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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 09:58

Le Troisième Homme est, dans mon souvenir, un très beau film policier, en noir et blanc, illuminé par le visage, le sourire d’Orson Welles et porté par un air de cithare.

C’est d’ailleurs, la cithare et son jeu de cordes qui ouvrent le générique avec l’air qui accompagnera le film tout au long. La Vienne de 1948 où se déroule l’histoire, est présentée dans un montage rapide, accompagné d’un commentaire : à moitié détruite, Vienne a perdu sa splendeur d’avant guerre, son indépendance, son unité, démembrée, divisée en secteurs sous l’autorité des forces d’occupation étasunienne, britannique, russe et française et livrée à des trafiquants sans scrupules qui profitent des pénuries et jouent de la division des autorités.
Cette Vienne de l’après-guerre est peut-être le personnage principal du film. Une Vienne qui enferme les personnages dans ses filets et dont les quelques rares habitants aperçus sont réduits au rôle de passants, de figurants.


 

 

Le Troisième Homme

C’est dans cette ville-piège, partagée en deux camps, que débarque l’innocent, le naïf Holly Martins (Joseph Cotten), auteur de romans populaires, qui vient retrouver son vieil et fascinant ami, Harry Lime (Orson Welles) qui lui a promis un emploi.
Malheureusement, il arrive le jour de
son enterrement, victime d’un accident de voiture devant son domicile.

L’accident s’est produit en présence de deux amis de Harry, Kurtz et Popesco, qui ont transporté son corps. Sur les lieux, Kurtz raconte les circonstances de l’accident. Au moment de se quitter, ils croisent un policier autrichien qui fait sa ronde banale, passant entre les deux amis de Harry, séparant le bien et le mal. Popesco confirme, un peu plus tard, le récit de Kurtz. Mais d’après le gardien de l’immeuble, trois personnes ont transporté le corps de Harry.
Cette contradiction rend l’accident rapidement suspect à Holly Martins et le pousse à la recherche de ce Troisième homme. Contre la police qui soupçonne son ami d’être à la tête d’un trafic criminel, il entreprend sa propre enquête en interrogeant les quelques amis de Harry, entrevus au cimetière. Pour établir la justice.

Jusqu’au coup de théâtre. Un soir, sortant un peu éméché de chez Anna Schmidt (Alida Valli), l’amie de Harry, il aperçoit un homme qui se cache dans l’embrasure d’une porte, avec un chat à ses pieds, le chat qui, d’après Anna, n’aimait que Harry. Suite aux interpellations tapageuses de Martins, une fenêtre s’allume, éclaire furtivement le visage de l’inconnu : Harry. Martins s’élance, une voiture passe. La porte est murée. Harry a disparu. Harry qu’il finira par retrouver.

Ce film noir où humour et cynisme se côtoient, pose la question de savoir qui est bon et qui ne l’est pas, que peut l’amitié ou l’amour face à la découverte du pire. Le major Calloway (Trevord Howard) et Anna conseillent à Martins de ne pas s’occuper de cette affaire qui ne peut rien apporter maintenant à Harry, décédé.
Tout au long du film qui se déroule essentiellement la nuit et, dans la journée, souvent en intérieur, l’angoisse naît des sous-entendus menaçants de quelques conseils des amis de Harry. Du dialogue de Martins avec Harry retrouvé, en haut de la Grande roue où les propos de Harry laissent percevoir à la fois ses sentiments et son cynisme effrayant.
Surtout
l’atmosphère du film est créée, dès le début, par la silhouette des amis de Harry, les expressions du visage et le regard de Kurtz, le décor de l’appartement du Dr Winckel, les cadrages débullés, des lumières et des ombres, de l’ombre du marchand de ballons, les places et les rues désertes aux pavés luisants, les visages en gros plans, inquiets ou inquiétants des quelques Viennois, les multiples canaux des égouts d’où viennent des voix ou des aboiements qui se referment sur un Harry aux abois. Du sourire séduisant, narquois, menaçant, sûr de lui-même et finalement vaincu et consentant.

Le Troisième Homme

Harry Lime est le troisième homme qui donne son sens, son intensité au film par le manque que crée son absence pendant la première heure du film, et l’éclat de son apparition dans une embrasure de porte et de sa présence imposante dans la suite du film. Il est le personnage vers lequel convergent tous les autres : le moteur du groupe criminel avec Kurtz et Winckel (et Popesco et ses deux hommes de main) ; le séducteur d’une amitié de vingt ans de Martins et de l’amour d’ Anna ; la cible de l’enquête policière de Calloway (qui a son portrait sur sa table comme Montgomery avait celui de Romel) et du sergent Payne son adjoint (Bernard Lee). Tous en sont marqués.

Dans le parallélisme entre l’amour de Anna et l’amitié de Holly, c’est l’amour qui domine. Lors du premier enterrement de Harry, Anna s’en va sans jeter un peu de terre sur le cercueil comme si elle sentait qu’il n’est pas là. Tandis que Martins fait le geste traditionnel avant les complices de Harry qui savent. Lors du second enterrement, elle accomplit le geste. Malgré la gravité des crimes qu’elle connaît maintenant, un lien demeure avec Harry tel qu’il était. Martins ne le fait pas. Ce geste était naturel quand Harry était son ami. Il ne l’est plus. Il assume sa rupture, sa trahison.
Pourtant si Harry n’avait pu être là au moment de l’arrivée à Vienne de son ami, il avait organisé sa prise en charge, il pensait à lui pour un emploi, confiant, il s’est rendu aux deux rendez-vous que lui a proposés Martins. Le second lui a été fatal.

Visage lumineux d’Orson Welles, dominateur et angoissant en haut de la Grande roue ; vaincu, au sourire toujours ambiguë, devant la mort, dans un égout sans issue. Harry, le seul aimé d’amour et d’amitié, finalement trahi et puni par son plus vieil ami. Harry Lime, finit seul. Nous l’aimions tous les deux, qu’avons nous fait pour lui, dit Anna.

Après l’enterrement, Anna avance dans l’allée du cimetière, aux arbres nus d’où tombent les dernières feuilles d’automne, passe devant Martins qui a trahi pour lui rendre la liberté, et devant nous, sans un regard, quitte le cimetière. Seule devant un mauvais choix : refuser les papiers qu’elle peut récupérer et être expulsée ou les accepter et repartir avec Martins, éventuellement. Récompense d’une trahison qu’elle n’a pas commise.


 

1 - Le Troisième Homme (The Third Man) de Carol Reed, sur un scénario de Graham Greene, tourné en1948 à Vienne, sorti en 1949, Grand Prix au Festival de Cannes, avec une musique, Thème d'Harry Lime, composé et joué par Anton Karas. Avec Joseph Cotten (Holly Martins), Orson Welles (Harry Lime), Alida Valli (Anna Schmidt), Trevord Howard (major Calloway), Bernard Lee (sergent Paine).

Le DVD du film existe avec un bonus fort intéressant.

Le Troisième Homme de Graham Greene existe en Livre de Poche




 

Bonus

Comme dans le jeu du cadavre exquis (1), les trois premiers films vus dans le cadre du Cercle des Chamailleurs (2), choisis indépendamment par trois personnes, ont étrangement des parentés et des différences qui enrichissent la vision de chacun grâce aux deux autres.

J’avais oublié La fiancée du pirate, je me souvenais de Miracle à Milan, de toute l’histoire, presque image par image. Le Troisième homme, vu deux fois dont une, à Vienne, à quelques pas de la Grande roue où nous étions montés, restait, dans ma mémoire, comme un film noir, illuminé par le visage d’Orson Welles et la musique du film.

1 - Les trois sont historiquement situés mais de façon bien différente.

La fiancée du pirate, film sorti en 1969, s’inspire nettement de l’esprit de 1968 même s’il n’en montre pas une image et n’en parle jamais. Tout au plus, peut-il être situé dans le temps, notamment, par la feuille de journal sur la contraception affichée sur la porte de la cabane de Marie. Cet esprit 68 explique, en partie, l’accueil qu’il a reçu à sa sortie notamment dans le mouvement des femmes.

Le troisième homme, sorti en 1949 et Miracle à Milan, sorti en 1959, sont des films de l’après guerre.

Le premier se passe dans la Vienne occupée par les quatre grandes puissances et livrée à tous les trafics. Avec des gens qui essaient de survivre grâce à ces trafics dont certains criminels. La fin du nazisme n’est pas la fin du cynisme. Une intrigue policière.

Milan est le cadre du second. Essentiellement un bidonville de Milan dont la cathédrale, reconnaissable, n’est vue que lors de la scène terminale : l’envol des pauvres pour le pays où bonjour veut dire bonjour. Ici, c’est l’humanité des pauvres qui est montrée, toujours dans la misère plus de dix ans après la fin de la guerre, tandis que les riches étendent leur empire avec la complicité des forces de l’ordre et se disputent la suprématie. Un conte néo-réaliste et utopique.

2 - Ces trois films sont aussi bien différents dans la forme.
Miracle à Milan, un conte de fées, dans la grisaille de l’hiver et de la misère : seule la neige est blanche, un rayon de soleil réchauffe momentanément un espace où se précipitent les pauvres… Une comédie dramatique où la seule chaleur véritable vient de la solidarité, de l’optimisme et du sourire de Toto il buono.

La fiancée du pirate, un film satirique, en couleur, sur la noirceur d’un monde paysan agité par la vitalité de Marie et la beauté des différents visages de Bernadette Lafont.

Le troisième homme, film policier, en noir et blanc, la nuit, avec lumières et ombres, gros plans de visages inquiétants. Harry Lime, personnage essentiel, n’apparaît que tardivement : lumineux au sourire narquois, la nuit, dans l’embrasure d’une porte-murée ; dominateur et angoissant en haut de la grande roue ; vaincu, demi sourire toujours aussi ambiguë, devant la mort, dans un égout sans issue.

Le Troisième Homme

3 - Les trois films sont intéressants par leur construction cinématographique.
En quelques minutes, les premières images de Miracle à Milan donnent à voir la naissance de Toto, sa première éducation au bonheur : par de brèves scènes attachées les unes aux autres par des fondus enchaînés qui se recouvrent par le son ou par l’image. Puis, ses premiers malheurs et devenu adulte son accueil solidaire chez les pauvres dans un monde par ailleurs indifférent. Le personnage est posé, son histoire peut commencer.

Les trois premières minutes de La fiancée du pirate annoncent tout le film en deux longs mouvements de caméra qui montrent le milieu terne, paysage et ferme, dans lequel les personnages médiocres vont être perturbés par la prise en main de sa vie par la belle Marie.

Après un générique sur fond de cithare, la Vienne du Troisième homme est présentée, sous la neige, avec ses bâtiments somptueux et ses ruines, ses troupes d’occupation et ses trafiquants, dans un montage rapide, accompagné d’un commentaire qui surplombe les images et leur rend une certaine unité. Cette Vienne de l’après guerre et qui enferme les personnages dans ses filets.

4 – Les conflits

Un conflit de classe. Les pauvres de Miracle à Milan s’envolent, tous ensemble, vers le pays où bonjour veut dire bonjour. Encore dans l’utopie, l’espérance sociale, finissante ?, de l’après guerre.

Un conflit libérateur contre une mini-société paysanne. Méprisée. Dans l’esprit libertaire d’un certain mai 68, Marie de La fiancée du pirate s’éloigne, jeune et belle, sur la grande route de l’espoir, échappant à son milieu et au spectateur, par une journée printanière, vers un destin nomade, peut-être à deux.

 

Le Troisième Homme

Un conflit destructeur entre société et trafiquants. Dont Anna fait les frais. Dans une allée de cimetière, elle s’avance et passe devant nous sans un mot, sans un regard pour celui qui a trahi pour lui rendre la liberté. Elle est seule. Sinon sans avenir, du moins sans espérance.

5 – Un thème musical soutient les trois films. Dont deux ont connu un grand succès. La cithare du Troisième homme, je m’balance de La fiancée du pirate, chanté par Barbara.


 


 

1 – Cadavre exquis : jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes.

2 – Le Cercle des Chamailleurs, un groupe d’amis qui se réunissent une fois par mois pour discuter d’un sujet, d’un livre, d’un film…

Published by Paul ORIOL - dans Cinéma
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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 01:04

Ces temps-ci la démocratie vacille. Les peuples semblent vouloir n’en faire qu’à leur tête. Ils ne suivent pas ce que les compétents veulent, ils ne font pas ce que les compétents ont annoncé. Tout a été mobilisé l’argent, les sondages, les moyens d’informations. Rien n’y fait. Pourtant les sondages étaient bons, la politique était mauvaise.

Manipulateurs automanipulés ?

Bien entendu, il n’est pas question de faire une autocritique ou, pour être plus à la mode, un mea culpa. Les compétents avaient raison hier, ils ont raison aujourd’hui, ils auront raison demain.

Parmi eux, les sondeurs. Ils se sont quelque peu égarés concernant le Brexit, l’élection présidentielle étasunienne, la primaire de la droite et du centre en France… Il faut cependant les écouter car ils peuvent tout, ou presque tout, expliquer et montrer, par quelques contorsions, qu’ils ne se sont pas trompés… Quoi qu’il en soit, par les résultats publiés de leurs enquêtes, ils induisent une bonne partie des discussions politiques et donc influencent les résultats, à partir d’une réalité qu’ils ont mesurée de façon quelquefois très approximative.
Mais laissons les sondeurs à leur science inexacte. Ils ne sont pas les plus responsables. Ils font ce pour quoi ils sont payés. Ils doivent même donner satisfaction puisque les commanditaires en redemandent !!!

A coté, des sondeurs, tout à coté, il y a ceux qui commandent les sondages, ceux qui commentent les sondages, ceux qui accusent les sondeurs de se tromper, qui expliquent pourquoi ils se trompent grâce aux résultats d’autres sondages.
Que feraient les journalistes sans sondages ? Peut-être feraient-ils des enquêtes, au-delà des compétents qu’ils fréquentent tous les jours. Tiendraient-ils compte de ce qu’ils entendraient ou verraient ? Ce n’est pas certain.

 

 

Manipulateurs automanipulés ?

Ils ont accepté pendant des années de prévoir, grâce aux sondages les résultats des élections. Puis, devant les résultats qui n’étaient pas ceux annoncés, ils ont accepté d’écrire, sous la dictée, que les sondages n’étaient pas des prédictions mais seulement une vision de l’opinion publique à un instant t (pour faire scientifique). Sans en tenir vraiment compte. Ils ont, par exemple, claironné que l’élection de Hilary Clinton était acquise – à 75, à 80 % ? - et pourquoi.
Ils ont immédiatement, après les résultats, expliqué, grâce aux sondages sortie des urnes, pourquoi elle avait été battue.

 

Les sondeurs ont accepté, après bien des années de refus, de chiffrer la précision des sondages suivant l’importance de l’échantillon… généralement autour de 2 à 3 % mais les sondeurs et les journalistes ont continué à spéculer sur la progression d’un candidat ou à établir des classements de concurrents quand la différence était bien inférieure à ces 3 %, dans le même journal, dans la même page, quelquefois dans le même article !
C’est aussi passionnant que le prix de l’Arc de Triomphe avant le virage. Est-ce plus politique ?

 

La divine surprise pour les politiques de droite, c’est le remplacement de ce parvenu, encombrant mais jusque là nécessaire pour la bonne société de droite, qu’était Nicolas Sarkozy, par son éminent collaborateur de 5 ans, à la suite d’une primaire qui a mobilisé plus de 4 millions de personnes qui se sont déclarées à 80 % contre l’ancien président et à 44 % pour son ancien premier ministre ! Qui étaient coresponsables de la politique suivie pendant 5 ans.
Les journalistes, les politiques, les sondeurs avaient tous expliqué qu’une forte participation donnait l’avantage à Alain Juppé, une participation restreinte à Nicolas Sarkozy. La participation a été importante et a mis largement en tête François Fillon qui était relégué à la troisième ou à la quatrième place…

 

Comme on ne fait que ce que l’on sait faire et par un phénomène d’accoutumance irrépressible, vingt-quatre heures ne s’étaient pas écoulées après la primaire de la droite et du centre qui a montré un gouffre entre les résultats des sondages et la réalité, qu’apparaissent les premiers sondages sur l’élection présidentielle de 2017. Une enquête qui place le candidat de la droite en position très favorable dans la perspective de l'élection de 2017 (1).
B
ien entendu, sondage à l’instant t, pour une élection qui n’aura lieu que dans six mois et pour laquelle on ne connaît ni les candidats, ni les circonstances mais qui permet de faire du papier et du conditionnement d’opinion.

 

La question que pose le Figaro est très simple : « Candidat investi par la primaire de la droite et du centre dimanche, François Fillon profitera-t-il de la dynamique engendrée par sa large victoire et la mobilisation de 4,4 millions d'électeurs ? » La réponse est claire : « Cette spirale vertueuse bénéficie au champion de la droite si l'on en croit l'étude...le lendemain de son élection. »

Cette affirmation s’appuie sur les résultats du sondage. François Fillon obtient, au premier tour, 28 à 31 % des intentions de vote et Marine Le Pen 23 à 25 %. Au second tour, il « sortirait vainqueur avec 66% des voix contre 34 pour Marine Le Pen ». Il ne s’agit plus des intentions de vote mais de voix, petit glissement sémantique… propre à fortifier les intentions. Et la « spirale vertueuse ».

Or en consultant sur Wikipedia, les résultats des sondages concernant la présidentielle de 2017, Odoxa lui donnait le 25 et Harris le 27 novembre, au premier tour, 32 et 26% des intentions de vote et à Marine Le Pen à 22 et 24 %. Et au second tour, 71 contre 29 et 67 contre 33 (2).
Il faut avoir une loupe à fort grossissement pour voir une spirale vertueuse, une différence significative même en ne tenant pas compte de la marge d’erreur de 2 à 3 % !

Si les journaux s’occupaient moins des sondages, ils pourraient faire un travail politique d’enquête et de véritable analyse, ils pourraient envoyer leurs grands reporters dans ce continent exotique et inconnu qu’est la France profonde… des électeurs. Pour le moment, les grands magazines semblent surtout se regarder le nombril et en faire sinon le centre du monde au moins la Une de leur publication.
Ainsi,
Robin Andraca (3) relève que François Fillon, avec66 % des électeurs de droite, « a gagné sans faire une seule fois la couverture d'un grand hebdomadaire français en 2016. Tout le contraire d'Alain Juppé, qui depuis 2014 avait les faveurs des hebdos, à gauche comme à droite »  comme Society, janvier 2016, L’Obs, 20-29 octobre 2016, Les Inrockuptibles, 12-18 novembre 2016, Marianne, 16-22 octobre 2015. Bien entendu, les choses ont changé depuis les résultats de la primaire.

Cela me rappelle deux anecdotes : celle de cet électeur français que j’ai très bien connu, qui prétendait que la télévision avait toujours raison et votait régulièrement communiste ; et celle qui m’a été rapportée, de ce jeune polonais qui lorsque la télévision communiste annonçait qu’il neigeait à Varsovie disait à son père « Papa ! Ce n’est pas vrai ». La télé ne pouvait que mentir.

Quoi qu’ils fassent, la résilience des peuples est remarquable et leur est difficilement supportable. La situation n’est pas complètement désespérée.

Manipulateurs automanipulés ?

1 – Kantar Sofres Onepoint réalisée pour RTL, Le Figaro et LCI Le Figaro 29/11/16),

2 - https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_sondages_sur_l'%C3%A9lection_pr%C3%A9sidentielle_fran%C3%A7aise_de_2017

3 - Arrêt sur image, 28/11/2016.

15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 08:25
C’est loin l’Amérique ? (2)

Souvent, ce qui se passe aux États-Unis d’Amérique (ÉUA) arrive quelque temps plus tard en Europe. D’où la question : Faut-il s’attendre à des résultats semblables à ceux de l’élection présidentielle étasunienne, lors des consultations importantes qui vont avoir lieu dans les mois qui viennent : référendum en décembre en Italie, élections au printemps en France et aux Pays-Bas, en septembre en Allemagne.

En réalité, cette fois, c’est plutôt dans les pays européens que les choses ont commencé.

 

La tornade libérale qui a envahi le monde est partie du Royaume-Uni sous l’impulsion de Margaret Thatcher suivie aux ÉUA de Ronald Reagan avant de se répandre dans les autres pays.

 

C’est la même antériorité du Royaume-Uni que Donald Trump a reconnue en promettant de faire de l’élection présidentielle aux ÉUA un Brexit puissance trois ! Promesse tenue !

Mais au Royaume-Uni, la dynamique est partie en dehors des deux grands partis de gouvernement qui en ont été ébranlés.

 

Un rejet des gouvernements des États et de l’UE parcourt toute l’Europe. Ce rejet a, jusqu’ici, été maîtrisé par des astuces juridiques, des immixtions politiques, des pressions financières. De véritables dénis de démocratie. Ce qui entraîne la formation et la croissance de mouvements et de partis qui s’attaquent de plus en plus, au-delà des gouvernements, à des principes démocratiques que l’on croyait définitivement installés.

 

Les premières atteintes à la démocratie, dans son esprit, sont venues des gouvernements dans la construction de l’UE. Ils ont contesté le résultat des référendums dans plusieurs pays.
Les peuples ont ainsi appris qu’il y avait une seule réponse possible lors des référendums. Si la réponse n’était pas satisfaisante pour ceux qui la posaient, un second référendum était organisé. Ou le peuple était déchargé de sa responsabilité, trop grande pour lui, en faveur de ses représentants qu’il avait désavoués.

 

Dans ces occasions, comme lors des résultats du référendum sur le Brexit ou lors de l’élection présidentielle aux États-Unis, l’énorme majorité des compétents sont stupéfaits de voir que les peuples peuvent avoir un avis autonome. D’où un mépris affiché avant, pendant et après la consultation : le peuple n’a rien compris. Seule autocritique possible, les compétents n’avaient pas suffisamment expliqué les bienfaits qu’il fallait attendre des solutions proposées. Malgré la quasi-unanimité des médias.
Leur intelligence était dés lors toute mobilisée pour voir comment contourner cette volonté populaire aberrante.


Un pas de plus vient d’être franchi. L'Accord économique et commercial global (AEGC) ou Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA), traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, signé le 30 octobre par les 28 gouvernements européens et le gouvernement canadien, sera appliqué, provisoirement, avant que les parlements ne l’aient adopté. Quelle pudeur, provisoirement !

Même les parlements vont être court-circuités ! Que se passera-t-il si un ou plusieurs pays de l’UE refusent de l’entériner quand il sera en application depuis une ou plusieurs années…

Que va devenir l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE, mis, provisoirement, au réfrigérateur mais non annulé, depuis son rejet par référendum aux Pays-Bas ?

Pendant ce temps, du fait de la politique suivie, la faille entre les riches et les pauvres ne cesse de grandir, y compris dans les pays dits exemplaires qui ont inventé les jobs, ein euro ou les zero contracts !

Inutile de revenir sur les péripéties de la politique sociale et économique imposée au peuple grec et à son gouvernement légal, malgré élection et référendum… Politique imposée par Wolfgang Schäuble avec le soutien des autres États et de la troïka ; ou sur la résistance du gouvernement de Matteo Renzi face à la Commission européenne (CE).

 

C’est loin l’Amérique ? (2)

Certains en viennent à remettre en question la pratique du référendum comme Nicolas Sarkozy qui n’a pas provoqué un nouveau référendum pour le texte modifié du projet de Constitution européenne mais l’a fait adopter par le parlement dont l’immense majorité approuvait le texte avant sa modification. Succès assuré. Il n’a pas respecté le peuple souverain.

Par contre, le même Nicolas Sarkozy est plein de respect pour le peuple souverain qui vient d’élire Donald Trump parce qu’il espère gagner avec des méthodes proches, promettant tout et son contraire suivant les circonstances.
Il aurait pourtant du se rendre à l‘évidence : il est plus facile d’analyser collectivement un texte aussi complexe soit-il que de savoir ce qui se passe dans la tête d’un président nouvellement élu.

Beaucoup se posent aujourd’hui la question à propos de Ronald Trump dont les propos de campagne n’ont pas toujours respecté les canons de la logique. Mais qui avait prévu, adversaire ou partisan, ce que ferait François Hollande de sa présidence ?

 

Ne serait-il pas plus judicieux que tous les démocrates se posent la question de la mise en place d’une assemblée nationale constituante par élection de ses membres ou tirage au sort ? Pour remplacer la constitution de la Vième République qui a instauré une présidence pratiquement sans contre pouvoir et dont on peut constater les inconvénients.

 

Donald Trump n’est pas le premier à gagner une élection grâce à sa fortune personnelle. Silvio Berlusconi l’a précédé depuis longtemps dans cette voie. L’un est devenu célèbre, par sa fortune dans l’immobilier et son émission de télé-réalité The Apprentice, l’autre tout aussi chef d’entreprise et surtout patron de chaînes de télévision. Tous deux étaient déjà bien connus avant leur engagement politique.

Coté fortune, Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen ne sont à plaindre.

 

Donald Trump a probablement gagné les élections par le mépris affiché des convenances dont il a fait preuve. Silvio Berlusconi a, ici aussi, montré l’exemple et a fait une longue carrière (terminée?) avec ses plaisanteries douteuses, poursuivi du mépris de ses collègues au niveau international.

 

Donald Trump a prononcé des phrases, discutées par ses partisans et ses adversaires au pont de devenir centrales. En France, Nicolas Sarkozy, une proposition par jour, et Jan-Marie Le Pen spécialiste des suggestions racistes répétées, ont construit une bonne partie de leur popularité sur cette technique d’occupation de l’espace médiatique en permanence.

Jean-Marie Le Pen est probablement le père de la technique. Mêlant patience et provocations, il a réussi à se hisser au second tour de l’élection présidentielle de 2002. C’est un véritable virtuose en matière de racisme antisémite avec un succès indiscutable. Lançant une phrase douteuse mais qui touchait une partie de la population et qui était renforcée par les explications de ses adversaires donnant à voir leur sens caché et se faisant ainsi interprète et porte-parole inconscients. Se plaçant toujours sur le terrain qu’il avait choisi au lieu d’avancer des propositions constructives.De même, pour son racisme anti-immigrés, avançant des chiffres ou des propositions contestables et amenant ses adversaires à les discuter et donc à les valider par cette prise en considération.
Il suffit de voir tous les argumentaires publiés pour dénoncer ses affirmations. Qui tournent depuis 40 ans autour des mêmes questions. Et qui
contestent Jean-Marie Le Pen avec des propos rationnels pour personnes convaincues. Le seul fait d’expliquer ou de dénoncer ces mensonge les renforce.
Donald Trump a pu avoir des mots encore plus méprisants contre les Noirs, les femmes, les Latinos, qui étaient largement repris par les médias et ne risquaient pas de le conduire devant un tribunal pour le délit de racisme qui n’existe pas aux ÉUA ?

Les Français dans leur immense majorité ne sont pas racistes même si certains tiennent des propos racistes et si quelques uns vont jusqu’à l’acte. Mais les sondages de la Commission nationale consultative de défense des droits de l’homme permettent de constater que la tolérance a progressé. Et même après les graves événements de ces derniers mois, il n’y a pas eu la dérive dangereuse que beaucoup craignaient.
Mais qui a pris le temps de s’adresser au cœur de ces Français au lieu de les traiter, avec suffisance, de beauf, d’imbéciles ou de racistes. Est-ce ainsi qu’on veut les faire changer ?

Donald Trump a porté la technique de Jean-Marie Le Pen à l’échelle étasunienne. Avec les médias numériques, peu importe ce qui est dit : ce qui compte, c’est le nombre de clics ! Comme ses déclarations ont choqué et augmenté l’audience des chaînes d’information, elles lui ont proposé de s’expliquer, poussant des opposant à réfuter ses arguments… Et CNN aurait gagné environ 100 millions de dollars de plus que prévu pendant le cycle électoral. En grande partie grâce à Trump (Courrier international 10-16/11/16).

En France les Le Pen, père et fille, n’ont pas beaucoup à se plaindre de leur place dans les médias. Mais la plupart de leurs adversaires n’ont guère de propositions à avancer en dehors de la politique suivie depuis des lustres et qu’ils se proposent d’accentuer. Et qui aboutissent à enfoncer les plus faibles dans la pauvreté, la culpabilité et le mépris.

La révolte sourde a été rendue visible au Royaume-Uni par le Brexit, aux ÉUA par l’élection de Donald Trump, en France avec la montée du Front national qui ne date pas d’hier mais qui peut franchir une nouvelle étape. Elle se voit aussi dans des pays, autrefois au dessus de tout soupçon : Belgique avec le Vlam Belang (Intérêt flamand), Pays-Bas avec le Parti pour la liberté (PVV), Allemagne avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), Italie avec la Ligue du Nord et le Mouvement cinq étoiles, Hongrie avec Viktor Orbán et encore plus à droite le Jobbik (Alliance des jeunes de droite - Mouvement pour une meilleure Hongrie), Roumanie avec le Parti de la Grande Roumanie, Autriche avec le FPÖ (Parti de la liberté d'Autriche), Norvège avec le Parti du progrès ou Danemark avec le Parti populaire (Mediapart 10/11/16).

Dans les faits, le premier parti des pauvres est celui des abstentionnistes. A chaque fois qu’ils ont eu un début d’espoir, ils se sont, au moins partiellement, mobilisés et n’ont pas tardé à être déçus. Ils ne se sont pas sentis abandonnés, comme on le lit partout, ils ont été abandonnés et trahis. Certains ont même théorisé cet abandon : les questions sociétales, qu’il ne faut pas négliger, sont plus importantes que les questions sociales qui sont négligées

Reste à espérer est-ce réaliste ? que ceux qui ne se trompent pas d’adversaire et qui essaient de redonner un espoir et un sens à la révolte sauront les motiver : Podemos en Espagne, Die Linke en Allemagne, Syriza en Grèce malgré ses échecs, Bloc des gauches au Portugal, France insoumise, travaillistes de Jeremy Corbyn, électeurs de Bernie Sanders….

Aux élections étasuniennes on a vu que les abandonnés, les jeunes pouvaient se mobiliser avec Sanders, mais non avec ceux ceux qui les enfoncent à l’occasion de la crise la plus importante depuis 1929, qui dure maintenant depuis près de 10 ans et risque de tourner à la catastrophe…
Plus que tous, ils ont intérêt à renverser la table.

Papa, c’est loin l’Amérique ? Ne te laisse pas faire ! Ne te laisse pas mener par le bout du nez ! Pense par toi-même, agis, parle, vote !

C’est loin l’Amérique ? (2)
14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 00:19
C’est loin l’Amérique ?

C’est loin l’Amérique ?

Personne ne conteste la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle des États-Unis d’Amérique (ÉUA). Étant donnés leur place et leur rôle dans le monde, il est évident que cette élection est importante pour les Étasuniens d’abord mais aussi pour les Français, les Européens et tous les habitants de la planète.
Il suffit de penser aux réticences de Donad Trump sur le réchauffement climatique et de se souvenir du rôle des ÉUA à Kyoto et à Copenhague…

Au lendemain de l’élection de Barack Obama, le premier président noir des ÉUA, beaucoup se sont faits des illusions, comme ici après la victoire des bleus, blacks-blancs-beurs, toute proportion gardée quant à l’événement. L’élection de Barack Obama n’avait pas la signification que beaucoup avaient voulu lui donner.

Il a intégré la sphère dirigeante des ÉUA.
En huit ans, sa politique n’a pas changé profondément les ÉUA. Et, quel que soit le jugement porté sur cette politique, Barack Obama avec ses équipes est, en partie, responsable de la victoire de Donald Trump. Il n’a pas réussi à réduire la division du peuple étasunien que Hilary Clinton découvre après sa défaite.

Il en est de même en France. Quoi que pense Jean-Christophe Cambadélis des enfantillages de la gauche dont il a parlé récemment, quels que soient les résultats de la prochaine élection présidentielle, François Hollande et le Parti socialiste en sont fortement responsables. Surtout qu’ils disposaient, un moment, de tous les pouvoirs politiques : présidence de la République, majorité à l’Assemblée nationale, majorité de gauche au Sénat, majorité dans tous les conseils régionaux (excepté Alsace et Guyane).

Les électeurs étasuniens qui ont élu Barack Obama hier, sont ils si différents de ceux qui ont élu Donald Trump aujourd’hui ?
Hilary Clinton a recueilli plus de voix (60 839 922 soit 47,8%) que Donald Trump (60 265 858 soit 47,3%) mais n'a obtenu que 228 grands électeurs contre 290 pour Donald Trump quand il en faut 270 pour être élu dans ce scrutin indirect.

Ce phénomène s’est produit 5 fois aux ÉUA, dont la dernière, en 2000, lors de l’élection de George W. Bush grâce aux résultats de la Floride entachés, en plus, de fraude électorale ce qui n’est pas le cas cette fois. Al Gore avait aussi recueilli au niveau national environ 500 000 voix de plus que George W. Bush. C’est dire une certaine constance de l’équilibre démocrates-républicains.

Par ailleurs, Barack Obama a dû composer avec le Congrès n’ayant pas la majorité. En même temps que l’élection présidentielle, des élections avaient lieu, pour le Sénat et la Chambre des représentants. Si les Républicains conservent la majorité qu’ils avaient sous la présidence de Barack Obama, ils perdent cependant quelques sièges dans les deux assemblées, ce qui ne traduit pas un grand changement dans l’électorat.

 

Composition du Sénat

Parti

Avant l’élection de novembre 2016

Après l’élection de novembre 2016

    

Parti démocrate

44

46

    

Parti républicain

54

52

    

Indépendant

2

2

Total

100

100

https://ballotpedia.org/United_States_Congress_elections,_2016

 

Composition de la Chambre des représentants

Parti

Avant l’élection de novembre 2016

Après l’élection de novembre 2016

    

Parti démocrate

186

194

    

Parti républicainn

246

241

    

Vacant

3

0

Total

435

435

https://ballotpedia.org/United_States_House_of_Representatives_elections,_2016


 

Comparant les résultats des sondages sortie des urnes de 2012 lors de l’élection qui opposait Barack Obamam à Mitt Romney et ceux de 2016, la proportion des Africains-Américains (7-8%), des Latino-américains (27-29%) et des jeunes (38-37%) qui ont voté pour Mitt Romney ou Donald Trump est identique. Par contre dans ces mêmes populations, les résultats de Hilary Clinton sont inférieurs à ceux de Barack Obama de 5 à 6 points.
En 2016, plus de 7 millions de voix (5,44%) se sont portées sur les petits candidats alors qu’ils n’étaient que 2,2 millions (1,74 %). Des millions d’électeurs qui n’ont probablement pas voulu prendre position pour l’un ou l’autre des deux gros candidats.

Sondage Sortie des urnes : CNN

 

Hilary Clinton

Donald Trump

Barack Obama

Mitt Romney

Africain-américains

88

8

93

7

Latino-américains

65

29

71

27

Age 18-29 ans

54

37

60

37

En regardant les chiffres, on peut dire que les équilibres n’ont pas changé profondément, que les résultats témoignent plus d’une désaffection pour la personnalité de Hilary Clinton qu’une poussée des Républicains ni à la présidentielle, ni lors des élections pour le Sénat ou la Chambre des Représentants.
Ce sont le système électoral, les thèmes et les termes de la campagne de Donald Trump, la position hégémonique de la classe politique, des démocrates aux républicains, au nez pincé, de l’aveuglement des sondages, de l’hégémonie de la presse qui font de cette élection un échec de tous les compétents.

Alors que l’électorat national se divise à parties égales entre démocrates et républicains, plus de 200 journaux ont pris position pour Hillary Clinton, contre six seulement pour Donald Trump d’après Jean-Bernard Cadier, correspondant BFMTV à Washington. C'est là une tâche importante sur la démocratie malgré l'existence du suffrage universel.
Non seulement, et ceci explique peut-être cela, cette presse soutenait Hilary Clinton, vantait sa compétence et en plus annonçait, les sondages aidant, sa victoire. Et même la possibilité pour le parti démocrate de reconquérir le Congrès !

Ni les thèmes abordés par Donald Trump, ni son vocabulaire, ni son comportement personnel n’ont éloigné les électeurs malgré la pression constante des media. Ce qui est le plus spectaculaire, ce sont les prises de position de la presse et les commentaires des grands compétents internationaux. Leur assurance pour se tromper, pour expliquer pourquoi ils se sont trompés, pour nous assurer qu’ils ont compris…
A rendre crédible n’importe quelle information sur la toile !

Le 8 novembre, plus de 150 questions, variables suivant les États, ont été posées aux électeurs par référendum.
Alors que le salaire minimal est de 7,5 dollars de l’heure pour l’ensemble des États-Unis, il a été porté de 8,05 à 12 dollars d’ici 2020, par 59 % des votants dans l’Arizona où Donald Trump l’a remporté avec 49,5% des voix, de 8,31 à 12 par 55 % dans le Colorado où Hilary Clinton l’emportait avec 47,2%, de 7,5 à 12 par 55 % dans le Maine (Clinton 47,9 %), de 9,47 à 13,5 dollars par 60 % dans l’État de Washington (Clinton 54,9%).
Le port d’arme a été limité p
ar 71 % des votants dans l’État de Washington, (Clinton 54,9%), par 67 % en Californie (Clinton 61,5%) et le Nevada par 50 % (Clinton 47,9).
Autrement dit, dans ces États, ces mesures ont été adoptées par une partie importante des citoyens qui n’ont pas voté pour le même candidat à la présidentielle.

Comme souvent, ce qui se passe aux ÉUA arrive quelque temps plus tard en Europe. Beaucoup se demandent s’il faut s’attendre à des résultats similaires ici, d’autant que des élections importantes doivent avoir lieu dans les mois qui viennent : référendum en décembre en Italie, élections au printemps en France et aux Pays-Bas, à l’automne prochain en Allemagne.

Bien entendu, la presse française n’a pas fait mieux que la presse étasunienne. Ils se sont contentés de commenter les sondages et les commentateurs des sondages. Ils sont prêts à recommencer. A vrai dire, ils n’ont pas arrêté. Le spectacle est continu.

Papa, c’est loin l’Amérique ? Ne te laisse pas faire ! Ne te laisse pas mener par le bout du nez ! Pense par toi-même, agis, parle, vote !

 

PS : Complément :

1 une étude plus complète sur la presse étasunienne : https://www.les-crises.fr/usa-le-soutien-des-journaux-pour-la-presidentielle/

2 un article intéressant de Michael Moore qui annonçait la victoire de Donald Trump : http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/

 

8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 12:54

 

Dans La fiancée du pirate (1) réalisé par Nelly Kaplan, sorti en soixante-neuf, une jeune femme se libère des dominations de l’Église, de l'exploitation par les hommes et même de la sorcellerie.

 

La fiancée du pirate

Les trois premières minutes. Dans la grisaille de l'aube, le clocher qui domine le village s’éloigne lentement et, pendant le générique, la campagne, une prairie avec une barrière... Un bouc passe... Deux silhouettes se rapprochent, toutes deux en uniforme, le père en facteur, avec son fusil de garde-champêtre, le fils, en scout… Ils voient le bouc, le chassent avec des pierres... Et continuent leur chemin.
Dans la cour de la ferme, au sol détrempé, un tracteur, un hangar, des volailles, des vaches, des bidons de lait, la maison en pierres, Marie (Bernadette Lafont) avec un seau qu’elle remplit à la fontaine, prend une serpillière, entre dans la maison et se met à nettoyer le sol, à quatre pattes sous le regard du Vieux, dans son lit, une photo de militaire au mur et une croix, en train de manger sa soupe qui coule de la bouche. Il ne quitte pas Marie des yeux une seule seconde, et ses belles fesses...
Derrière elle, apparaissent deux jambes bottées d’un paysan qui s'approche (elle l'a vu car comme sa mère, elle a, bien sûr, des yeux dans le dos), s’accroupit, la prend par la taille. Elle continue son travail, indifférente. Il lui parle de la nuit prochaine…
Le Vieux ne peut en supporter plus, balance son assiette dont le bruit fait descendre Irène, la patronne, de l’étage. Elle invective Marie qui ne bronche pas, soulève son visage avec sa botte de cuir, donne un coup de pied dans le seau qui arrose Marie et s'en va…

Tout est dit : poids de l’église, sorcellerie, uniforme, exploitation sociale et sexuelle.

Marie et sa mère sont arrivées, nomades, sans papiers, dans le village quand elle était toute petite. Elles ont été exploitées. Elle est devenue une belle fille. Maintenant, elle travaille chez Irène, la plus grosse propriétaire terrienne de Tellier. Elle est l’objet sexuel des hommes du hameau. Et même d’Irène.

Jusqu’au jour où sa mère meurt, victime d’un chauffard. Elle hérite d’un peu d’argent et va se venger. Pour Nelly Kaplan c'est « l'histoire d'une sorcière des temps modernes qui n'est pas brûlée par les inquisiteurs, car c'est elle qui les brûle ».

 

De ce jour, elle prend sa vie en main. Et d’abord, elle organise l’enterrement de sa mère. Contre l’adjoint Le Duc, contre l’abbé qui ergotait sur l’absence de certificat de baptême mais qui ne peut supporter l’enterrement hors les murs du cimetière.
Elle dit à chacun ses vérités : comment ils les ont traitées à leur arrivée, exploitées. Ce qu’ils disaient de sa mère : folle,
nomade, sorcière… Irène la ramène pour la nuit chez elle, lui retire la tasse de café qu’elle vient de lui offrir, pour lui faire l’amour.

 

Elle achète victuailles, alcool, bougies... chez Félix, café-épicerie. La nuit, elle fait manger, boire surtout, les hommes qui ne pensent qu’à une seule chose, et les utilise pour creuser la tombe, à coté de leur cabane, à l’endroit qu’elle a choisi mystérieusement.

 

Désormais, il n’y aura plus droit de cuissage ouvert à tous. Mais le même tarif pour tous. Avec l’argent gagné et la complicité d’André, client intermittent et amant de cœur, exploitant de cinéma ambulant, elle va, peu à peu, équiper sa cabane, construire avec les objets inutilement achetés son jardin idéal. C’est elle qui décide. Réduit le facteur au voyeurisme et au fétichisme d’une culotte volée. Le seul homme qui lui propose le mariage. Le seul quelle rejette constamment, pour son uniforme ? Son arme ? Ses opinions ? Et déniaise son fils.
C’est elle qui fixe et augmente les tarifs à sa guise. Et fait céder l’opposition concertée qu’ils essaient d’organiser. Par provocation, gratuitement, devant Le Duc et Félix, elle fait l’amour,à un ouvrier agricole étranger, impécunieux, encore un sans papier ? Ce que vous ferez au plus petit d’entre le miens, c’est à moi que vous le ferez. Et ce plus pauvre s’appelle Jésus ! Double blasphème.


La fiancée du pirate est un film de l’après 1968. Burlesque par le ridicule des personnages. Féministe, libertaire mais aussi un peu méprisant pour ce monde de cul-terreux de toute classe, odieux, hommes et femmes, riches et pauvres, obsédés, à la sexualité bestiale. Marie les punit tous parce qu’ils les ont faites souffrir, elle et sa mère. Le plus puni, est l’ouvrier agricole qui est licencié à cause d’elle et réduit à la mendicité. Seul échappe au jeu de massacre, André qui ne fait que passer dans le village, client et ami fidèle, amoureux discret. Et Victor, un commerçant de la ville chez qui André l’a amenée pour faire des courses.

 

Marie évolue, un peu rapidement, de la fille apparemment simple et soumise, à la jeune femme, avertie, se jouant des uns et des autres par ses réparties et ses stratagèmes, ignorante des choses élémentaires de la vie moderne et s’adaptant facilement au maniement des objets, du tourne disque avec la voix de Barbara, moi j’me balance (2) qui accompagne le film, au magnétophone. Au courant de la contraception et du traitement des maladies vénériennes. Et surtout experte dans le maniement de la parole et des hommes.

 

Marie aux multiples visages. De la belle servante de ferme à la beauté amoureuse, de la blancheur spectrale à la brune beauté fatale maquillée aux fruits rouges et au noir de fumée, envoûtante pour les hommes. Possédée, peut-être...
Le bouc diabolique qui passe, seul, dès les premières images, que chassent le facteur et son fils, le bouc du médaillon, le bouc auquel elle adresse ses seuls mots d’amour, qu’elle bichonne, qu’elle lave. Que le facteur-garde champêtre tue. Et pour lequel elle demande une messe au curé. Provocation certes... La chauve-souris clouée sur une planche où elle accroche ses montres trophées...

Marie, maquillée, au regard noir et fixe quand elle brûle sa cabane. Visage beau et tragique, derrière un rideau de flammes et de fumée, comme sur le bûcher. Ce sont Marie, la sorcière, et la maison qui brûlent et disparaissent.
 

Même si son œuvre ne se termine qu’à l’église, un dimanche pendant la messe, au moment où elle dépose, devant la statue de sainte Sarah, la patronne des communautés gitanes et… de Tellier, le magnétophone qui va diffuser, à toute l’assistance, les déclarations faites par les hommes en visite, sur leur femme ou proposition de marché ou les propos de l’abbé sur ses ouailles.
 

Délivrée enfin de son passé, Marie peut quitter Tellier. Elle passe le panneau Limite de stationnement des nomades, voit l’affiche annonçant la projection dans la région de La fiancée du pirate. Elle hésite et s’en va, seule sur la route, vêtue de blanc comme une jeune fille, se débarrasse de ses chaussures et avance pieds nus.

 

La route de la vie, de la liberté est devant elle, longue et droite entre les arbres. Fille nomade, va-telle rejoindre André et son cinéma ambulant ?

 

1 – La fiancée du pirate, film de Nelly Kaplan, 1969, 108 mn, avec Bernadette Lafont, Georges Géret, Michel Constantin, musique de Georges Moustaki, chanson interprétée par Barba ra. Film difficile à trouver en DVD, visible sur You tube.

2 - Moi, je m’balance : http://www.lyricsmania.com/moi,_je_me_balance_lyrics_barbara.html

 

La fiancée du pirate

16/11/15 : J’ai paris depuis que brûler son campement quand on le quitte était une tradition des Roms. Marie met le feu à sa cabane avant de partir et assume par là sa filiation nomade.
Par contre, elle laisse intact son
jardin idéal qui rappelle le facteur Cheval ou l’art brut et ce sont les gens du village, furieux, qui le détruisent avec rage. Exclus de ou refusant la modernité, consommation ou art ?

Published by Paul ORIOL - dans Cinéma Bernadette Lafont
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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 17:19
Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

Face aux gros partis de gauche en très mauvais état, quel que soit le jugement qu’on porte sur leur ligne politique, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Les Verts, le Front de gauche (FdG) ont pensé, chacun à son tour, que le moment était venu de prendre une initiative pour se développer. Avec le même insuccès. C’est, aujourd’hui, le cas de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon.

Les résultats électoraux du Parti communiste (PC) se détériorent depuis 1978. Cette baisse continue s’est accentuée avec la victoire de François Mitterrand et la disparition de l’Union soviétique. Le PC n’incarne plus l’espoir de classes populaires.
Quant au Parti socialiste (PS), en cette fin du quinquennat de François Hollande, il est dans un désarroi pire que celui qui a suivi le passage au pouvoir de Guy Mollet : sans ligne politique, sans candidat naturel, ni légitime qui fasse une relative unité dans ses rangs et avance des propositions pour l’avenir du pays.
De ce relatif vide politique est née l’idée qu’il existe un espace à coté ou à la place des partis traditionnels.

Le moment LCR
La décadence électorale du PC peut se lire aussi bien au niveau du résultat des présidentielles que des législatives. La baisse du nombre de députés et de mairies est moins importante que celle du nombre de voix par suite de la persistance de quelques isolats, plus forts, et d’accords électoraux.

Tableau 1 : Pourcentage des suffrages exprimés obtenus par le PC aux élections présidentielles

1981

1988

1995

2002

2007

15,35

6,76

8,64

3,37

1,93

Tableau 2 : Pourcentage des suffrages exprimés et nombre de députés obtenus par le PC aux élections législatives

 

1978

1981

1986

1988

1993

1997

2002

2007

2012

Voix en %

20,61

16,17

9,78

11,32

9,30

9,92

4,82

4,29

6,91

Nb députés

86

44

35

27

24

35

21

15

7

Le relatif succès du candidat de la LCR, Olivier Besancenot, à deux présidentielles successives 1 210 562 voix soit 4,25 % des suffrages exprimés en 2002 et 1 498 541 voix soit 4,08 % en 2007, a fait du parti trotskyste le deuxième parti de gauche quand le PC, avec Marie-George Buffet, s’effondrait à 1,93 % ainsi que Lutte ouvrière (LO), l’autre parti trotskyste, avec Arlette Laguiller à 1,33% en 2007 contre 5,72 % en 2002.
La LCR décide alors de se dissoudre, de s’ouvrir en créant le Nouveau parti anticapitaliste  (NPA). Lors de sa création en février 2009, il compte 9 123 cartes, soit près de 3 fois les effectifs de la LCR.

Si les résultats des élections européennes de 2009, 840 713 voix, soit 4,88 %, malgré l’absence d’élu, sont dans le prolongement de ceux des présidentielles de 2002 et de 2007, ils ne constituent pas la percée espérée. Les élections suivantes vont signer l’échec de l’ouverture : 3,4 % lors des régionales de 2010 et 1,15 % à la présidentielle de 2012 (Philippe Poutou remplaçant Olivier Besancenot). Et lors des élections européennes de 2014, le NPA ne dépasse pas 1 %.
Échec confirmé, au niveau de l’organisation, le nombre d’adhérents du NPA, lors du congrès de 2013, 4 ans après sa création, tombe à 2 500.

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

La poussée électorale de la LCR, avec la candidature d’Olivier Besancenot a précédé la tentative de mutation mais n’a pas eu de suite. LO a connu une poussée identique lors des élections présidentielles de 1995, 5,30 % et 5,72 % en 2002 avec Arlette Laguiller et le même retour à la normale en 2007 avec 1,33 %.
Ces bons résultats de LO d’abord, de la LCR ensuite tiennent probablement plus à la personnalité d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot qu’à leur programme bien que, en 2002, leurs résultats associés atteignent presque 10 %.

La tentative de mutation du NPA, nature et pratique, élargissement et transformation, verdissement de la ligne rouge révolutionnaire/anticapitaliste, n’a porté ses fruits ni au niveau électoral, ni au niveau militant. Il n’a pas réussi sa percée comme meilleur et nouveau parti révolutionnaire d’opposition.

Le Moment Les Verts

Presque en même temps, une autre partie est en cours chez Les Verts, après les élections municipales de 2008, pour élargir leur audience. Daniel Cohn-Bendit propose de constituer des listes ouvertes Europe-Écologie pour rassembler largement les écologistes aux élections européennes de 2009. Elles obtiennent des résultats remarquables, 2 803 759 voix soit 16,3 %, arrivant en troisième position, juste derrière le PS (2 838 160 voix et 16,48 %). Et devant dans l’Île de France. Avec 13 députés européens pour Europe-Écologie, 14 pour le PS, 3 pour le PC et 1 pour le Parti de gauche (PG).
Aux régionales de 2010, Europe Écologie récolte, au 1er tour, 2 372 379 voix soit 12,2 % des suffrages exprimés.

En novembre 2010, Les Verts disparaissent pour donner naissance à Europe-Écologie-Les-Verts (EELV) qui regroupe les Verts et tout ceux qui veulent participer à l’aventure sans adhérer aux Verts. Mais dés le départ des tensions, entre les anciens Verts et la « coopérative », regroupant les nouveaux adhérents, montrent que la fusion n’a pas eu véritablement lieu entre les anciens et les nouveaux.

Aux élections européennes de 2014, EELV n’obtient que 8,95 % des voix, au lieu de 16,28 en 2009 et seulement 6 députés. Mais, il est vrai, Daniel Cohn-Bendit qui portait Europe Écologie en 2009, s’est déjà éloigné.

Comme pour le NPA, le plus grand succès de EELV, élections européennes de 2009, précède sa création, officialisée en 2010. Lors de l’élection présidentielle de 2012, après une primaire qui l’a élue comme candidate, Eva Joly n’obtient que 2,31 % (828 345) des voix au premier tour, supérieur au score de Dominique Voynet en 2007 (576 666 voix soit 1,57%) mais nettement inférieur aux espérances et au projet d’EELV.

Cependant, grâce au PS, EELV fait élire 10 sénateurs en 2011 et 17 députés avec le soutien du PS dans une soixantaine de circonscriptions aux législatives de 2012. EELV obtient ainsi un groupe parlementaire au Sénat et à l’Assemblée nationale.
Victoire à la Pyrrhus ? Car, désormais, EELV est engagé dans un partenariat conflictuel avec le gouvernement qui va entraîner des remous et l’affaiblir : participation au gouvernement dans un premier temps (2012-2014), refus de participation dans un second (avril 2014, gouvernement Valls), dissidence de parlementaires et de la secrétaire nationale qui entrent au gouvernement…

Proportionnellement au nombre d’adhérents, EELV est, probablement, le parti qui a fourni le plus de ministres durant le quinquennat. Pour un parti qui voulait faire de la politique autrement... Ces variations serpentines ne donnent satisfaction ni aux partisans d’une totale autonomie vis à vis du du PS, ni à ceux qui veulent un alignement sur celui-ci et participer au gouvernement. D’où fuite des adhérents, démission de parlementaires et de certaines personnalités...

Si les effectifs de EELV varient suivant les interlocuteurs de 3 000 adhérents d’après Emmanuelle Cosse, ancienne secrétaire nationale, à 8 000 selon Sandrine Rousseau, porte-parole, contre 16 000 en 2010... la comparaison du nombre de participants au premier tour des primaires en 2011 et en 2016, ouverte aux sympathisants, permet de se faire une idée du rayonnement de l’organisation.

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

Sur le tableau 3, on peut de voir que le nombre d’inscrits et de participants a diminué de moitié entre ces deux dates. Certes, le duel Eva Joly-Nicolas Hulot constituait une affiche incitant plus à la participation que la compétition entre Cécile Duflot, seule candidate de la primaire à être connue nationalement du fait de ses anciennes fonctions à EELV et au gouvernement et 3 concurrents aussi peu connus, en dehors des militants, que les députés européens en France, quelles que soient leurs qualités. Ce que confirme le pourcentage des suffrages favorables aux 2 candidats arrivés en tête : 90 % en 2011, 66 % en 2016.

Tableau 3 : Résultats de la primaire organisée par les Verts en vue de la présidentielle en 2011 et 2016.

2011

2016

Candidats

Voix

%

Candidats

Voix

%

Eva Joly

12 571

49,74

Yannick Jadot

4 395

35,61

Nicolas Hulot

10 163

40,22

Michèle Rivasi

3 723

30,16

Henri Stoll

1 269

5,02

Cécile Duflot

3 013

24,41

Stèp. Lhomme

1 172

4,64

Karima Dellii

1 212

9,82

Inscrits

32 896

100

Inscrits

17 146

100,00

Participation

25 437

77,33

Participation

12 582

73,38

Exprimés

25 274

99,36

Exprimés

12 343

98,10

Les résultats de cette primaire permettent de dire que la candidate considérée par beaucoup comme la plus légitime, certains pensaient qu’elle serait élue au premier tour, a été rejetée par plus de 75 % des suffrages exprimés. Qu’il faudra beaucoup de talents au candidat ou à la candidate de EELV pour se faire entendre lors de l’élection présidentielle. Que le rêve d’un élargissement a échoué au moment où l’écologie est, plus que jamais après les accords de Paris, sur la place publique et dans l’esprit de tout un chacun.

Le Moment FdG

Le NPA voulait devenir un parti révolutionnaire qui compte, comme le PCF à une certaine époque. EELV voulait entrer dans la cour des partis à vocation gouvernementale dépassant le stade du strapontin. Le FdG avait une autre ambition devenir la première force à gauche.
La méthode est aussi différente. La LCR voulait une croissance sous contrôle, pour se dépasser : la LCR en plus grand. EELV a été impulsé par une forte personnalité qui était plus à l’extérieur que dans le parti des Verts et qui voulait modifier à la fois sa ligne et son fonctionnement. Qui était plus imaginatif que structurant.

Le FdG était un cartel électoral pour les élections européennes de 2009, au départ… Il regroupe plusieurs organisations dont la principale est le PC et son réseau national de militants et d’élus, le Parti de gauche (PG) et la Gauche unitaire (GU). Puis la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), République et socialisme, Parti communiste des ouvriers de France, Gauche anticapitaliste et Convergence et Alternative, venues du NPA, et Alternatifs.

Le FdG obtient des résultats variables suivant les élections mais loin de son ambition : 6,47 % et 5 élus aux européennes de 2009 (3 PC dont 2 sortants, 1 PG, Jean-Luc Mélenchon, 1 élue de la société civile) ; 5,84 % aux régionales de 2010 ; 10,38 % aux cantonales de 2011 : 6,91 % et 10 élus (7 PC, 2 FASE, 1 PG) aux législatives de 2012.

Ce qui fait date, c’est le résultat de l’élection présidentielle de 2012 où le candidat du FdG, Jean-Luc Mélenchon, obtient 11,11 % des suffrages soit 3 985 298 voix, et se classe en quatrième position. Pour la première fois, depuis l'élection présidentielle de 1981 et les 15,35 % de Georges Marchais (PC), un candidat à la gauche du PS franchit la barre des 10 %. Ce succès n’a pas de suite lors des élections suivantes : 6,61 % et 4 élus aux européennes de 2014 et aucune liste n’obtient 3 % lors des régionales de 2015.

Ces résultats exacerbent les désaccords entre le PC qui cherche des alliances larges, surtout en direction du PS pour s’assurer l’élection ou la réélection d’élus locaux, et une ligne autonome en opposition avec le PS. C’était déjà visible aux régionales, cela devient évident pour les municipales de 2014 où les alliances sont différentes suivant les villes, en fonction des intérêts locaux, enlevant toute cohérence à une ligne FdG.

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

Le Moment La France Insoumise

La présidentielle approche. Les primaires de la droite et du centre, de EELV, du PS occupent l’espace médiatique. Le PS est un champ de ruines en plein désarroi. A bout de souffle. Va-t-il continuer, faisant les fonds de tiroir à chercher un candidat ou une candidate expiatoire ayant le courage d’assumer toute la misère du PS. Et son enterrement pour un bout de temps. Ou l’urne magique de la primaire livrera-t-elle un candidat ou une candidate capable de tracer un nouveau projet et faisant l’unité de toutes les écuries du PS ? Le PC est-il prêt à une alliance avec le PS, quelle que soit son orientation, pour assurer la survie difficile de quelques mairies et sièges parlementaires ?

Constatant la mort de fait du FdG, Jean-Luc Mélenchon quitte la direction du PG, confirme, en février 2016, sa candidature à la présidentielle en dehors de tout parti et lance le mouvement citoyen la France insoumise.

Le but de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, à l’évidence, n’est pas de renforcer un parti. Puisque c’est une initiative individuelle, sans base partidaire même si le PG et quelques petits partis de gauche apportent immédiatement leur soutien. Jean-Luc Mélenchon place la barre très haut. Il veut, par cette candidature gaullienne, au delà des partis, être qualifié au premier tour et ensuite élu à la présidence.

La France insoumise réunit toutes les personnes qui soutiennent la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Elles doivent, à partir de L’Humain d’abord, programme électoral du FdG de 2012, élaborer le programme de 2017, L’Avenir en commun : partage des richesses, planification écologique, sortie des traités européens et... du nucléairePlus de 3000 amendements ont été proposés par internet...
Une nouvelle étape a été franchie avec la réunion de la Convention, à Lille, avec un millier de participants dont 650 ont été désignés par tirage au sort, à parité, à partir de volontaires, parmi les 130.000 soutiens à la candidature. Les autres sont des syndicalistes, militants écologistes et sociaux et des membres de mouvements politiques.

La démarche de Jean-Luc Mélenchon est par certains cotés paradoxale : utiliser la monarchie constitutionnelle de la V° République pour passer à la Constitution de la 6°, s’engager dans une campagne hors des partis quand on a été militant pendant des décennies dans un parti…

Mais le moment France insoumise est bien différent des moments précédents. Quant aux méthodes, avec la participation des soutiens à la candidature, tirés au sort pour participer directement à la Convention, quant au programme qui a progressé en faisant de l’écologie une question centrale, quant à l’utilisation des moyens informatiques pour suivre la Conventions en direct... .

Reste à savoir si la France insoumise arrivera à déclencher une véritable révolution citoyenne, permettra à Jean-Luc Mélenchon de collecter les 500 signatures nécessaires pour se présenter à la présidentielle, les conflits avec le PC ne faciliteront pas les choses. Il a été dit récemment qu’il en avait 270. Il doit tripler le nombre de voix du premier tour de 2012 pour participer au second tour et bien plus pour être élu...
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que si, la présidentielle est la mère de toutes les élections, les législatives auront lieu peu après. La France insoumise doit se préparer, dès aujourd’hui, à présenter des candidats (choisis par tirage au sort ?) dans toutes les circonscriptions pour organiser le soutien au nouvel élu en cas de victoire ou la résistance en cas de défaite.

Le moment La France insoumise est en cours, pour aboutir, il lui faut susciter une véritable révolution citoyenne !

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?
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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 06:47

Tous les touts depuis 2013 sont publiés dans Touits. Pour des raisons techniques, les nouveaux sont publiés dans "Touits 2"

09/12/16 : Figaro: France, 8,8% des salariés ont de bas salaires. Allemagne 22,50% Royaume-Uni 21,30%. Témoins de la flexibilité du marché de l'emploi.

08/12/16 :Etrange : la majorité du Parlement britannique vote contre elle-même pour respecter la volonté populaire. Ici effacée par l'A.N. en 2005.

06/12/16 : Alternance : Valls, négatif au gouvernement, positif en campagne. Gauche inconciliable hier, gauche unie, aujourd'hui. Derrière moi bien sûr.

06/12/16 : Renouveau ? Fillon, 5 ans premier ministre, Valls, 5 ans ministre/premier ministre. Ils feront ce qu'ils n'ont pas fait. Promis, juré. Votez

03/12/16 : Hollande a manqué la dernière synthèse au PS, l'inversion de la courbe du chômage, l'unité pour la déchéance de la nationalité,

02/12.16 : Hollande : un seul regret... la déchéance de nationalité... nous a divisés. Il regrette la division, non l'infamie de la proposition.

01/12/16 : Différence entre une fausse nouvelle sur réseaux sociaux et officiels ? La seconde dure plus longtemps. Ex : Demain, l'Europe sociale.

27/11/16 : Fillon bat son ex-président Sarkozy. Valls sent pousser ses ailes. A défaut de Hollande-Sarkozy. Y aura-t-il Fillon-Valls ? Pauvre de nous !

26/11/16 : Le mouvement Ensemble ! et le PCF apportent leur soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Un début d'espérance à gauche ?

25/11/16 : Primaire Verte, contre Duflot candidate naturelle 75%. Droite, contre Sarkozy candidat naturel 80%. Gauche, Hollande candidat contre-nature?

10/11/16 : Brexit, Trump, les classes moyennes se "sentent" abandonnées. Elles ne le sont pas ? Et les classes inférieures ? Sont ? Se sentent ?

10/11/16 : Après le Brexit, les compétents-démocrates voulaient supprimer le référendum. Après la victoire de Trump vont-ils supprimer les élections ?

09/11/16 : Suède : le gouvernement social-démocrate veut limiter à 7% du CA les profits des maisons de retraites, écoles, hôpitaux privés. Indignation!

07/11/16 : 2015, le Parlement britannique, aux six septièmes, vote de soumettre  l'appartenance à l’UE au peuple. Qui dit non ! Que faire, se dédire ?

07/11/16 : Selon la Commission européenne la France est la meilleure dans le secteur des chemins de fer. C'est pourquoi il faut les démembrer ?

05/11/16 : 38 assemblées nationales/régionales doivent approuver CETA. Cela prendra des années. Mais il sera appliqué provisoirement ! Et si 1 refuse ?

02/11/16 : "J’ai quitté un pays communiste, la France, pour venir dans un pays libéral, la Chine!". Pierre Gattaz va demander la nationalité chinoise ?

28/10/16 : Pour moi, Daniel Blake, le cinéma, c'est parfois la vie !

 

 

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 11:23
Dans mes petits souliers…

Dans mes petits souliers…

Ce matin, le temps était d’un gris à faire pleurer Cécile, pourtant mes chaussures frétillaient d’impatience. Une odeur de cirage noir était dans l’air. Elles en étaient sevrées depuis si longtemps. Et elles étaient si lourdes de la terre amollie par les racines car il n’avait pas plus depuis longtemps. Comme une collerette jaune.

Mes chaussures ne tenaient plus en place, prêtes à s'échapper. Comme Daniel parlait à son scooter de gauche pour le calmer devant sa participation à la primaire de droite, j’allais être obligé de leur dire quelques mots doux sous peine de les voir esquisser quelques écarts de danse et me mettre en difficulté pour les suivre. Vous rendez-vous compte, une odeur de cirage. Cela ne leur était pas arrivé depuis des mois !
Si le temps était gris, si le cuir était terne et humide après être passé sous un jet d’eau pour enlever la boue, si le cirage était noir, il ne fait pas de doute que quelques coups de brosse allaient leur redonner du brillant. Non, elles n’auraient pas le vernis tape-à-l’œil, dur, des chaussures ferrées du danseur de claquettes mais l’éclat odorant du cuir bien ciré.
Malgré ce temps maussade, derrière ces gros nuages noirs, le ciel, c’est certain, était bleu. Mes chaussures étaient prêtes à la fête, à une promenade qui serait ensoleillée.

Je me sentais parfaitement à l’aise dans ces souliers qui brillaient inhabituellement comme un euro neuf mais, déjà rodés, parfaitement adaptés à mes pieds pour monter la rue de Ménilmontant, descendre dans le métro, parcourir des kilomètres à travers Paris. Fiers de leur nouvelle apparence, ils saluaient, d’un crissement étonnant étant donné leur âge, l’étrange diversité des chaussures rencontrées dans une ville où tout s’uniformise, rythmé par la mode…

J’entendais presque leurs murmures, leurs commentaires sur les collègues qu’ils croisaient. Peu à peu je me mis à suivre leur regard vers les chaussures de sport, les plus fréquentes en ville, de toute les couleurs, pimpantes, pas seulement chez les dames ou longuement vieillies, avec des bandes auto-agrippantes ou des lacets défaits, signe de jeunesse... les mocassins, souples, légers, les décolletés nus devant ou les découpé nus derrière… les bottines enveloppantes ou les rares bottes.

Dans mes petits souliers…

Soudain un pas décidé frappe le pavé et annonce des talons aiguilles qui, par un réflexe bunuelien, me font imaginer de longues jambes de faon, inattendues, étrangères sur le boulevard de Belleville. Incapable de ralentir pour laisser passer ce qui n’est peut-être qu’un mirage acoustique, je me retourne rapidement pour remonter vers ce qui ne peut être qu’une beauté exotique…

Dans mes petits souliers…

Et je me réveille à l’hôpital. La belle avait un regard profond, probablement un peu moins que le trou du boulevard que je n’ai pas vu. Je ne sais où sont passés mes petits souliers noirs, peut-être ont-ils continué leur aimable conversation avec les stilettos… Quant à mon pied gauche, il est dans le plâtre.

Il est certain que je ne cirerai pas mes chaussures pendant quelques mois, je m’arrangerai pour qu’elles soient moins brillantes et moins joyeuses. Et, désormais, je regarderai soigneusement où je mettrai les pieds même si des anges passent.

Dans mes petits souliers…
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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 22:25
La droite impose le tempo

La droite impose le tempo

 

La révolution conservatrice, libéralisation économique et financière, avec toutes ses conséquences au niveau social, a conquis le monde, non seulement les conservateurs mais aussi les partis de la gauche de gouvernement. Désormais, il est difficile de faire la différence entre une politique économique et sociale de droite ou de gauche. La question du chômage perdure depuis 30 ans et les inégalités ne font que croître à l’échelle nationale et mondiale.

Étant donnée l’incapacité des précédents présidents de la République et gouvernements, de droite ou de gauche, à faire baisser le taux de chômage en France dans le passé, il est peu probable que de nouvelles propositions soient avancées par les partis de gouvernement. Cela supposerait qu’ils remettent en question les contraintes budgétaires des traités européens qu’ils considèrent comme intouchables. Tout autant que l’intérêt des catégories sociales dominantes dont ils sont les représentants.

Comme lors du premier débat pour la primaire de droite et du centre, ils proposeront de diminuer les impôts, de diminuer le budget de l’État, et donc le budget social, le nombre de fonctionnaires en supprimant des services ou en les privatisant. Le concours sera à celui qui respectera le plus rapidement possible les règles du traité de Maastricht sur le déficit, la dette, la balance commerciale…

Cette politique et ses conséquence sociales – augmentation du nombre de pauvres, des riches chaque jour plus riches – entraîne, dans la plupart des pays, la montée d’un sentiment d’abandon, le rejet de la politique et surtout des politiques… Ce dont témoignent l’augmentation du nombre de citoyens qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales, qui s’abstiennent parce que cela ne sert à rien de voter ou qui votent pour des formations non gouvernementales.

Toute autre politique suppose un affrontement avec la tutelle de Wolfgang Schäuble et un changement des règles budgétaires ou une sortie des normes de l’Union européenne. Il n’est possible que de se soumettre ou d’affronter. Pour beaucoup, le choix est déjà fait.

D‘autant que les candidats à la candidature peuvent difficilement incarner le renouveau. A la primaire de droite et du centre, sur les sept candidats, six ont participé à la politique de la droite au pouvoir : l’un comme président de la République, avec un avenir judiciaire, deux comme premiers ministres dont un avec un passé judiciaire, trois comme ministres (Jean-François Coppé 2002, NKM 2007, Bruno Le Maire 2008).
Les choses sont légèrement différentes dans l’autre parti gouvernemental, le PS qui n’a pas empêché la poursuite de la politique de François Hollande depuis le début du quinquennat. Pour le moment, en attendant une éventuelle candidature de François Hollande, six personnes se sont déclarées dont 2 ont démissionné du poste de ministre pendant le quinquennat.

 


 

La droite impose le tempo

Les sondages ont persuadé tous les prétendants à la candidature que l’extrême droite est déjà qualifiée pour le second tour de la présidentielle. La question est donc qui l’affrontera avec toutes le chances d’accéder à la présidence de la République par suite du tout sauf Marine Le Pen que tout le monde pense qu’il est, encore ?, largement majoritaire dans l’électorat, sondages à l’appui.

Lors de la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy, malgré le tout sauf Sarkozy, important à l’époque, avait pu dépasser Marine Le Pen en reprenant une partie de ses arguments. Et il échouait de peu lors du second tour (48,36% contre 51,64 %). Apparemment la même tactique emploe aujourd’hui, avant d’annoncer et après avoir annoncé sa candidature, en multipliant déclarations sur l’immigration, l’identité nationale… Il n’est pas sûr qu’il ait le même succès. Il y a, cette fois, une primaire de droite, difficile à gagner, et un candidat à cette primaire qui a surpris et qui a pu apparaître plus sérieux, plus posé et tout aussi droitier que lui.

Les dernières élections présidentielles devraient conduire à disqualifier d’un point de vue démocratique, l’élection présidentielle et encore plus l’élection présidentielle dans le cadre de la Vième République qui n’institue aucun contre-pouvoir et fait du président élu un monarque républicain. Phénomène encore accentué par la place dans le calendrier des élections législatives.

En dehors de cette malformation congénitale, il faut ajouter l’usage qui en été fait : quel voyant extralucide pouvait prévoir, en 2012, la politique que suivrait François Hollande pendant son quinquennat. Quant à Nicolas Sarkozy, comme il a tout dit et son contraire…

La droite impose le tempo

Mais la dangerosité de Nicolas Sarkozy est ailleurs. Elle est dans son extraordinaire énergie pour occuper l’espace médiatique par des déclarations tonitruantes qui font parler de lui, tous les jours, sa capacité à lancer des propositions, toujours plus à droite. Suivant les conseils de son ancien ami Patrick Buisson. Propositions auxquelles il ne croit pas obligatoirement, dont ils sait lui-même qu’elles sont quelquefois inapplicables mais qui laissent des traces dans les têtes.
D’autant que, aujourd’hui, ces thèmes sont repris, souvent avec les mêmes mots par la droite qui court après l’extrême droite et la gauche qui court après la droite !!! Et donc légitiment des paroles et des comportements très discutables.

Cette tactique a failli lui réussir en 2012 malgré le tout sauf Sarkozy. Il essaie de la reprendre en vue de 2017. Allant glaner le plus possible dans le jardin de Marine Le Pen, il a l’espoir de paraître plus crédible car plus susceptible qu’elle de vaincre au second tour. Et de faire passer certaines de ces propositions dans les faits.

Avec le risque de recentrer l’extrême droite.C’est un peu ce qui est apparu dans le premier débat pour la primaire de droite et du centre avec un Jean-Frédéric Poisson, plus à droite sur les questions sociétales, avortement, mariage pour tous, en accord sur de nombreux points avec Marion Maréchal-Le Pen, et beaucoup moins virulent, à la surprise générale, que la droite classique sur les fonctionnaires, les syndicats, les 35 heuresEn fait plus proche de l’extrême droite et plus convenable qu’elle et que Nicolas Sarkozy…

Pour le moment, malgré l’opposition de la population, d’après les sondages, l’importance des manifestations, répétées, l’obligation d’utiliser le 49/3 à l’Assemblée nationale, la loi Travail a été adoptée. Dans cette période préélectorale, le débat public ne porte pas sur les questions sociales mais sur des thèmes choisis par la droite : immigration, roman national, identité, questions sur lesquelles l’extrême droite et la droite sont souvent fort proches. Et sur lesquelles la gauche n’est pas toujours claire et capable de faire entendre un autre discours, cohérent et audible par de larges couches de la population.

La droite impose le tempo
10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 22:40

Miracle à Milan

Miracle à Milan (Miracolo a Milano), 1951, Grand prix à Cannes la même année (La Palme d’or n’existait pas de l’époque) est un film de Vittorio de Sica d’après un roman de Cesare Zavattini, Totò il buono de 1943. De Sica, comme réalisateur, et Zavattini, comme scénariste, ont réalisé ensemble plus de vingt films et font partie du néo-réalisme dont l’histoire s’étend de 1943 à 1955.

Miracle à Milan

Pour Cesare Zavattini, un de ses théoriciens, le néoréalisme veut faire reconnaître l’existence et la peine des hommes, dans leur dure réalité, afin de correspondre à l’appel qui est fait par les victimes de notre égoïsme, appel qui rend toujours plus urgent la demande de solidarité.

Parmi les films néoréalistes les plus célèbres, Roma, città aperta (Rome, ville ouverte), 1945, de Roberto Rossellini, Sciuscià, 1946, de Vittorio de Sica, Païsa de Rossellini, 1946, Ladri di biciclette (Le voleur de bicyclette), 1947, de Vittorio de Sica, Caccia tragica (Chasse tragique), 1947, de Giuseppe De Santis, La Terra trema (La terre tremble), 1948, de Luchino Visconti.

Néoréaliste, Miracle à Milan veut montrer la peine des hommes…. victimes de notre égoïsme… et la nécessaire solidarité. Mais c’est aussi une fable, un conte (il était une fois...) et il ne faut pas chercher dans ce film la vraisemblance, il faut voir la réalité à travers la fable, le conte.

Par opposition aux films du temps de Mussolini, dits des téléphones blancs, les films néoréalistes étaient tournés dans la rue avec des acteurs non professionnels. Ici, les acteurs sont des professionnels qui ont, quelquefois, beaucoup joué au cinéma avant Miracle à Milan et le film a été tourné en studios.

Film inoubliable, vu pour la première fois, il y a 50 ans en ciné-club. Seul souvenir précis, René Nelli avait fait remarquer que, dans la dernière scène, les « zonards » s’envolent sur les balais suivant l’axe de la cathédrale de Milan et donc vers l’est. Vers Jérusalem ? C’était un film chrétien. Vers Moscou ? C’était un film communiste…

C’est plus probablement un film chrétien, on pourrait même dire franciscain. Bien qu’on ne voie dans le film, à part la cathédrale finale, aucun prêtre, aucun signe religieux, en réalité un signe de croix non significatif. Seulement des anges (?), plutôt défenseurs de la loi et l’ordre : ils respectent même les indications de l’agent qui règle la circulation !

Miracle à Milan

Au contraire, Totò, est bon, naïf, de bonne foi, toujours en compréhension, en confiance, avec les gens qu’il rencontre, riches ou pauvres. Il pousse par l’exemple à l’organisation des pauvres, à la solidarité. Il met les pouvoirs que lui confère la colombe donnée par sa mère, Lolotta, au service de la résistance non-violente ou presque de ses compagnons et exauce leurs vœux personnels...

Il fait preuve d’empathie avec les enfants, avec les cabossés de la vie… Totò ne juge pas ou rarement. Il a même une certaine référence naïve devant les riches à la sortie de l’opéra où il est le seul à applaudir, devant le couple bourgeois et hautain qui est obligé de venir se réfugier dans le bidonville où ils montrent qu’ils savent encore exploiter la jeune servante et la naïveté des gens…

Le film est découpé en plusieurs épisodes, la jeunesse de Totò, rapidement décrite, la reconstruction du bidonville dans la solidarité, la lutte plus ou moins animée contre le propriétaire du terrain et ses troupes, la satisfaction des désirs des gens de la zone, la défaite et l’envol final de tous les compagnons.

La liaison, entre ces épisodes et entre les scènes, est souvent faite de raccourcis rapides, menés en douceur par fondu-enchaîné et annoncés ou accompagnés sur la bande sonore par le sifflet du train, des paroles, des cris, de la musique.
Par exemple, deux médecins, en noir, dignes de Molière, encadrent Lolotta, dans son lit blanc, et prennent son pouls. On les entend encore compter alors que, par un fondu-enchaîné, Totò prend place, seul derrière le corbillard de sa mère.

Ces deux médecins en noir annoncent l’entrée du petit Totò, sept-huit ans, à l’orphelinat, minuscule entre deux hommes habillés en noir. Qui ressort immédiatement, âgé de 18 ans, encadré par deux hommes qui lui serrent la main et le laissent partir, seul avec une petite sacoche. A l’entrée comme à la sortie, on voit au fond, le porche de l’orphelinat avec les mêmes pensionnaires, faisant la même gymnastique.

La seule personne rejetée par tous, y compris par Totò, c’est Rappi, joué par Paolo Stoppa, égoïste, méprisant, traître... que Totò ridiculise comme il ridiculise l’armée, la police... Il le chasse de la zone poursuivi par une flopée de hauts de forme…

Dans ce film sur la misère, les occasions de rire ne manquent pas : les deux médecins en noir, ridicules, prenant le pouls de Lolotta ; dans l’antre du capitaliste, un homme suspendu, dehors, à la fenêtre, donne le temps qu’il fait pour que le patron mette un foulard autour du cou ; dans la baraque des bourgeois du bidonville, l’enfant est attaché au bout du cordon de la sonnette et crie qu’il y a quelqu’un quand il est secoué ; rencontre des deux capitalistes au moment du marchandage pour le rachat du terrain sur lequel est le bidonville, la négociation est faite de propositions contradictoires et ils finissent par aboyer sous les regards des zonards qui font la même chose ; la jeune servante qui pour récompenser Totò de l’avoir soutenue face à sa patronne en disant qu’il aime être arrosé, lui verse à nouveau un seau d’eau sur la tête ; le marchand de ballons un peu trop léger, à qui Totò donne un sandwich tandis qu’on met des pierres dans ses poches pour qu’il ne s’envole pas…

Mais c’est surtout quand il est pourvu de pouvoirs exceptionnels par la colombe que Totò organise la résistance pacifique de la zone face aux militaires, en les ridiculisant, sans violence : les gaz lacrymogènes repoussés par les zonards qui soufflent, les ordres d’assaut donnés sur un air d’opéra, les parapluies face aux lances à eau qui se tarissent rapidement, le terrain qui devient une piste de patinage sous les pieds des policiers…

Quand Totò utilise son pouvoir pour répondre aux désirs de ses compagnons, les résultats sont cruels. Dans la zone, c’est souvent chacun pour soi. Aucune demande de solidarité, quelquefois demandes de concurrence, de surenchère : avoir un million de millions de millions... plus un ajoute celui qui veut avoir le dernier mot. Beaucoup ont un rêve personnel : une machine à coudre, une armoire qui n’entre pas dans la cabane, une valise (demandée par le voleur pour remplacer la sacoche volée à Totò), une fourrure comme le traître et les riches, et tout le monde en veut une, des habits encore plus beaux pour être encore plus bourgeois prétentieux. Totò leur donne satisfaction même s’il hésite à donner vie à la femme-statue... Il donne à l’homme qui ne mesure qu’un mètre vingt, par tatonnement, la taille qu’il désire et répond au désir du Noir qui, par amour, veut devenir blanc et à la jeune femme banche qui, par amour, veut devenir noire… Impossible rencontre…

Par deux fois, Totò utilise ses pouvoirs pour son seul bénéfice personnel dans l’oubli des autres... Et, à chaque fois, les anges lui reprennent la colombe.

Finalement, Lolotta rapporte la colombe et l’amour change de mains, de Lolotta à Edvige, de la mère à la jeune servante, et les zonards arrivés sur la place du Duomo, s’emparent des balais des employés qui nettoient la place, les abandonnent, ce n’est pas la Révolution, et s’envolent pour un pays où Bonjour, veut dire bonjour.

Miracle à Milan
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