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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 22:58

L'accord de Paris, COP21, obtenu par le consensus des 195 États membres des Nations Unies, est un événement historique, limité certes et qui reste à accomplir..

La COP21 et après ?

Historique.

Parce qu’il était impensable, il y a quelques années.

Parce qu'il ne porte pas sur un petit ou un grand conflit entre deux États ou groupes d’États.

Parce qu'il est le fruit de la mobilisation, depuis des dizaines d'années, de la société civile, des scientifiques, des petites et grandes organisations écologiques dans leur diversité, nationale et internationale.

Parce qu'il n'a pas été obtenu par l'hégémonie dans un camp et dans l'autre d'une grande puissance mais avec la participation de tous les États, y compris les États minuscules qui, regroupés, les 43, ont su, pour essayer de survivre, faire entendre leur voix qui est aussi celle de l'intérêt général.

Parce qu'il témoigne d'une nouvelle conception du mode de production, du mode de vie de la planète, quelles que soient les restrictions mentales, les embûches ou les rétropédalages auxquels il faut s'attendre.

Limité.

Parce qu'il a été obtenu par consensus. C'est à dire sans vote. La voix de Laurent Fabius ayant, bien à propos, couvert celle de contestataires....

Parce qu'il faut maintenant qu'il soit, effectivement, signé par les États, entre le 22 avril 2016 et le 21 avril 2017. Et qu'il n'entrera en vigueur que lorsque 55 États, responsables de 55 % des émissions de carbone l'auront signé.

Parce que tout ce qui faisait problème, tout ce qui faisait obstacle à l'accord a été évacué dans le préambule ou en annexe. Ne gardant dans les 29 articles de l'accord que les contraintes acceptables par tous, notamment par les États-Unis ; ne gardant que ce qui, par d'habiles imprécisions, pouvait être accepté par tous.

Le traité est un document politique et diplomatique qui donne des orientations claires. Il demande aux États d'assumer leurs engagements sous le regard des pairs et de la société civile internationale. Sans prévoir de sanctions. Sans préconiser des mesures techniques précises.

Les commentaires des participants ont proclamé leur extrême satisfaction devant le résultat obtenu et le travail, pour aboutir, accompli par la diplomatie française, notamment Laurent Fabius et Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, cheville ouvrière de l’accord.
Mais aussi sur le travail qui reste à faire pour donner vie à cet accord en l'élargissant pour arriver au résultat nécessaire..

Car cet accord est le fruit d'un compromis et, comme dans tout compromis, il est facile de relever un certain nombre de limites qu'il faudra dépasser. Pour éviter le pire.

- L'annonce principale est la volonté affichée de maintenir le réchauffement « bien en deçà de 2°C » par rapport à l'ère pré-industrielle (nous sommes déjà à + 0,8°C) et de faire des efforts pour tenter de rester en-dessous de 1,5°C, à la fin du siècle, comme le demandaient les 43 pays vulnérables, dont les petits États insulaires. Même si les spécialises du climat disent que le franchissement de la barre des 1,5°C est inéluctable. Avec les promesses des 179 pays (95 % de la population, 94 des émissions), l'augmentation serait de 2,7 degrés contre 3 à 3,7 au rythme actuel. C'est dire que ces engagements, qui ne sont que dans les annexes de l'accord, sont déjà insuffisants et qu'il faudra aller au-delà !

- Le transport maritime et aérien international n'a pas été pris en compte dans la réduction des gaz à effet de serre, soit 10 % des rejets mondiaux. Il est impensable que cette question ne revienne pas un jour ou l'autre sur le devant de la scène.

- Une révision des engagements est prévue avant 2020, premier rendez-vous fixé pour 2018, puis tous les 5 ans. Les circonstances pousseront à une révision à la hausse des engagements.

- Bien qu'excluant toute « responsabilité ou compensation » par les pays riches pour les « pertes et dommages » des pays victimes des préjudices climatiques, ils est déjà prévu que les 100 milliards de dollars, figurant seulement dans une annexe, ne sont qu'un plancher et qu'ils devront être revus rapidement à la hausse et ce avant 2025.

Certains, dans l'euphorie, ont pu parler de l'accord de Paris comme un moment de passage historique, de basculement, de partage des eaux entre l'ère des combustibles fossiles et celle de l'énergie propre, le premier pas irréversible vers une société décarbonée.
D'autres, comme Laurence Tubiana, considèrent que « l’accord de Paris doit être une prophétie autoréalisatrice », ou la ministre sud-africaine de l'environnement que « c'est le premier pas d'un long voyage ».

Pour que cet accord vive, il faut passer des déclarations aux choses concrètes. Ces dernières sont, souvent, moins satisfaisantes. Les mesures plus ou moins récentes du gouvernement français montrent qu'il y a une distance certaine entre les intentions affirmées et la réalité : l'acharnement du gouvernement sur l’aérodrome de Notre-Dame des Landes et les positons de Ségolène Royal contre l'écologie punitive, contre la taxe carbonée, ses reculs sur l'écotaxe, ses bavardages sur les péages des autoroutes, contre Airparif, « un peu trop sectaire », pour la poursuite des recherches sur des procédés d'extraction propre à long terme des gaz de schistes, contre « un impôt supplémentaire » sur le diesel, contre les péages à l'entrée des grandes villes...

Le gouvernement français ne sera pas le seul à biaiser avec la réalité… Pour les petits États insulaires, « il faut garder en tête que l’Histoire nous jugera non pas sur ce que nous avons accompli aujourd’hui mais sur ce que nous ferons à partir de maintenant ». En étant plus trivial, ils pourraient dire, pour garder la tête hors de l'eau, pour garder nos îles, hors de l'eau, il est nécessaire d’aller plus loin.

Pour François Hollande, la réussite de la COP21 est une occasion inespérée pour passer à la postérité comme le président qui a ouvert l'avenir et faire oublier tous ses échecs et toutes ses trahisons. Mais le travail n'est pas fini et il lui reste si peu de temps, pour aller au bout du problème : un an avant la prochaine élection présidentielle, un an pour susciter le maximum de signatures, un an pour lancer les premières mesures significatives, un an pour montrer le chemin...

La COP21 et après ?

Selon ne étude du CNRS, 10.000 à 20.000 îles et archipels pourraient totalement disparaître avant la fin du siècle. Courrier international reproduit un article de « Foreign affairs » du 4 septembre 2015 (CI 17/12/15 au 06/01/16).

« Pour les scientifiques, les Tuvalu sont vouées à disparaître dans les 50 années prochaines ; les Maldives d'ici 30 ans. Les îles voisines subiront le même sort qui menace environ 9,2 millions de personnes dans 22 États insulaires de l'Océan pacifique…

Le réchauffement climatique menace désormais l'existence même des États insulaires… perte physique complète et définitive du territoire d'un État, accompagnée du déplacement de toute sa population. »

Que vont devenir ces États, ces populations ? Des juristes, peu optimistes, se penchent déjà sur les structures en place pour des populations, des États, sans territoire…

Nous savons. Tout le monde sait ou peut savoir. Les scientifiques ne manqueront pas de suivre l'évolution de la situation. Et toute la société civile. Le texte, insatisfaisant dans l'absolu, est cependant une bonne arme pour les citoyens et les associations. Face aux insuffisance de son propre gouvernement. De tous les gouvernements.

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité
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Serrurier Paris 14/01/2017 10:23

Je vous rejoins totalement, il est temps de passer au choses sérieuses maintenant. Nous avons assez discuté, maintenant il est temps d'agir !

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