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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 21:18
Siège de la BCE à Fr'ancfort

Siège de la BCE à Fr'ancfort

Margaret Thatcher a gagné. Tina (There is no alternative, Il n'y a pas d'autre choix) a conquis le monde. Première ministre du Royaume-Uni, 1979-1990, elle a lancé la révolution conservatrice : libéralisme économique, privatisations, baisse des impôts directs et augmentation des impôts indirects, maîtrise de l’inflation et du déficit public, lutte contre les syndicats et... accroissement des inégalités. En politique étrangère, souveraineté britannique, guerre des Malouines, forte opposition à l’Urss dans le cadre de l’Alliance atlantique et Europe du marché, du libre-échange.

Cette politique n’a pas seulement séduit les conservateurs mais aussi, peu à peu, de nombreux partis de la gauche de gouvernement. Désormais, il est difficile de faire la différence entre une politique socio-économique de droite ou de gauche. Ce sont les questions sociétales plus qu’économiques et sociales qui font la différence.

Encore que sur ces questions, les pays occidentaux ont beaucoup évolué, par exemple sur le mariage entre personnes de même sexe. Dans le monde, 22 États l’autorisent. Dans l’Union européenne, 11 États l’ont légalisé, un projet de loi est en projet dans un État et 10 autorisent l’union civile. Cette reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe, commencée en 2001 aux Pays-Bas, s’étend peu à peu à tous les pays de l’Union européenne et correspond à une sécularisation des sociétés, avec ou sans laïcité, quelle que soit la religion dominante (1).

En France, malgré les démonstrations de La Manif pour tous et ses liens avec l’Église catholique, la droite et l’extrême droite, les partis de droite et d’extrême-droite ne parlent plus de le remettre en question.

Reste la question dure, un chômage important qui dure depuis 30 ans et qui touche tous les pays de l’Union européenne. Les gouvernements, de droite ou de gauche, avancent la même réponse : baisse des impôts et flexibilité de l‘emploi. Quelques années plus tard, certains gouvernements se félicitent des résultats comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Mais cette diminution du chômage se fait au prix d’une précarisation des travailleurs : augmentation du travail à temps partiel, auto-entrepreneurs, petits boulots…

Allemagne, Royaume-Uni, le modèle ?

Au Royaume-Uni, invention sublime, le zero-hour contract, contrat zéro heure !
Ce contrat prévoit que le salarié est disponible à n'importe quel moment de la journée, pour travailler suivant les besoins de l’employeur. Il n’oblige pas le patron à fixer un temps de travail minimal, ni un salaire minimum. Seules les heures travaillées sont rémunérées, pas de congé maladie, de congés paternité ou maternité. Les congés payés sont calculés sur les heures de travail effectuées. Parfois, une clause d'exclusivité lie le salarié à un unique employeur, quel que soit le nombre d'heures (2).

De nombreuses grandes entreprises utilisent ce type de contrat, par exemple Mc Donald’s (90% de ses 83 000 emplois au Royaume-Uni)… et même des collectivités locales, notamment pour l'accueil du public ou l'assistance aux personnes âgées. En 2015, environ 1,5 million de contrats avec quelques heures par mois et 1,3 million sans aucune heure travaillée. Plus d'un employeur sur dix y a recours (3).

En Allemagne, le taux de chômage, définition OIT, est de 4,3 % contre 10,5 % en 2006, le plus faible d’Europe, favorisé par l’importance de la population vieillissante, sortant du marché du travail et le besoin de main d’œuvre pour l’aide aux personnes âgées, une faible augmentation de la productivité surtout dans les services, suite à la faiblesse du coût de la main d’œuvre mais, surtout, hausse des emplois à temps partiel (4). Entre 2005 et 2015, la proportion des travailleurs à temps partiel est passée de 34,3 % à 38,3 %.
Depuis 2005, le gouvernement propose, aux bénéficiaires de minima sociaux, des ein euro jobs, emplois payés 1,05 euro de l’heure, pour des travaux d’intérêt général (5). En 2009, 280.000 personnes avaient un ein euro job sous peine de voir diminuer le montant de leurs indemnités.

La ministre du travail, Andrea Nahles, veut créer 100 000 emplois d’utilité publique pour les réfugiés, tremplins pour intégrer ensuite le marché du travail, rémunérés à 80 centimes de l’heure (6) alors que le Smic, nouvellement créé est à 8,5 euros de l’heure.
Ces ein euro jobs ont été mis en place sous le gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder, modèle de François Hollande, dans la lutte contre le chômage.

D'après les derniers chiffres d'Eurostat, le taux de risque de pauvreté - 60% du revenu médian, aides sociales comprises - en Allemagne et au Royaume Uni est de 17%, contre un peu plus de 13% pour la France. (7). Au total, moins de chômeurs mais plus de pauvres !
Est-ce le but recherché ? L’économie va bien, merci ! Les travailleurs…

La faiblesse des salaires, absence ou faiblesse du Smic, instauré seulement en 2015 en Allemagne (8,5 euros/heure contre 9,61 en France), la flexibilité, les ein euro jobs ne suffisent pas à expliquer les succès à l’exportation. Ils tiennent aussi à ses nombreuses et efficaces PME, à la réputation de la qualité allemande et à ses choix industriels : produits du haut de gamme...

Autant de questions dont sont responsables les gouvernements et les dirigeants des entreprises et non les travailleurs.

Car qui est, par exemple, responsable du choix du diesel, pollueur aujourd’hui condamné, dans la motorisation des voitures ? Soutenu depuis des années par les gouvernements… En 2012, Peugeot a investi en recherche et développement deux fois moins par voiture produite que Volkswagen (8).

Qui est responsable de l’engagement dans le nucléaire au détriment des énergies renouvelables plus favorables à l’emploi ? Areva vient de vendre à Siemens son secteur éoliennes en mer et devant le succès de la construction de l’EPR à Flamanville et en Finlande, se lance dans la construction d’un complexe au Royaume-Uni, deux réacteurs à Hinkley Point. Drôle de façon de sortir du nucléaire… Au prix d’une situation financière qui a entraîné la démission récente du directeur financier d’Areva.

Qui paie les conséquences des mauvaises orientations industrielles ? Ce ne sont pas les actionnaires, les dividendes augmentent, ce ne sont pas les Pdg, Carlos Tavares a doublé ses rémunération en 2015. Ce sont les travailleurs et les contribuables.
Sans compter le coût humain et financier de la protection des mines d’uranium du Niger…

Ce sont les dirigeants d’entreprises, quelquefois avec parmi eux des représentants de l’État qui ont pris les décisions d’investissement. Les salariés, les contribuables subissent les conséquence de ces décisions auxquelles ils n’ont pris aucune part.

On aimerait entendre ceux qui pourfendent l’assistanat, parler de l’assistanat aux entreprises, de l’augmentation des dividendes, des parachutes dorés des Pdg, indépendants des résultats de leur entreprise.

Allemagne, Royaume-Uni, le modèle ?

La politique salariale allemande n’entraîne pas seulement une augmentation de la pauvreté en Allemagne. Elle a des conséquences au niveau européen. Par l’hégémonie idéologique que la puissance allemande exerce sur les différents gouvernements européens. Par mimétisme ou par l’entremise des pactes européens.

La politique salariale de l’Allemagne favorise les exportations et freine la consommation donc les importations, notamment en provenance des autres pays de l’Union européenne.

En mettant en place une politique de modération salariale très sévère, l'Allemagne a permis à ses entreprises de renforcer leur compétitivité-prix, notamment au détriment de leurs principales rivales, les entreprises européennes et en particulier françaises. Sachant que la compétitivité hors prix des premières était déjà supérieure - ou jugée comme telle - à celles des secondes, l'Allemagne creuse l'écart (9).

Pour la troisième année consécutive, la Commission européenne a ouvert une procédure pour déséquilibres macroéconomiques en raison d'un important excédent dans la balance des transactions du pays. La Commission accuse l'Allemagne de mener une politique favorisant les exportations plus que la consommation. La politique d’austérité du gouvernement socialiste français pour l’instant relativement modérée favorise les importations d’Allemagne. La France contribue pour 60 % au solde commercial allemand sur la zone euro et contribue à la prospérité des entreprises allemandes.

Cette politique entraîne tous les pays de l’Union européenne dans une réduction compétitive des salaires, avec une augmentation de la pauvreté, notamment des travailleurs pauvres. Elle contribue au rejet du politique, surtout des politiques et de l’Union européenne. A ce jour, seule la Grèce de Tsipras et Syriza s’est opposée frontalement à la politique suivie. Plus récemment, Matteo Renzi a refusé de participer à la conférence de presse de Angela Merkel et François Hollande à Bratislava et a fait entendre son opposition à cette politique (et au manque de solidarité avec les pays en première ligne sur la question des réfugiés).

Cette politique d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble, de la CDU-CSU et non des Allemands, qui en paient aussi les conséquences, pourrait, devrait être un des points fondamentaux de l’élection présidentielle et des élections législatives de 2017.

Ce n’est pas le cas pour le moment. Il est beaucoup plus intéressant de parler du Grand Prix de l’Élysée, de spéculer sur le nombre de partants et le classement à l’arrivée quelle que soit la casaque et surtout le contenu de la besace.

1 - Pays autorisant le mariage entre personnes de même sexe dans l’Union européenne : Pays-Bas 2001, Belgique 2003, Espagne 2005, Suède 2009, avec obligation pour l’Église de trouver un pasteur pour célébrer les mariages religieux, Portugal 2010, Danemark 2012, France, 2013, Luxembourg 2014, Irlande 2015 et Finlande à partir de mars 2017. Pays autorisant une union civile : Allemagne 2001, Croatie 2003, Slovénie 2005, Tchéquie 2006, Hongrie 2007, Autriche 2010, Malte 2014, Chypre 2015, Grèce 2015, Estonie 2016, Italie 2016. Au Royaume-Uni, Angleterre, Pays de Galles, Écosse autorisent le mariage et et l’Irlande du Nord, l’union civile

2 - France Info 01/10/2015

3 - Wikipedia

4 - La Tribune, 31/03/2016

5 - L’Opinion 16/05/16

6 - latribune.fr 25/08/2016

7 - Antoine Krempf Radio France, 28/03/2016

8 - Politis 15/09/2016

9 - La tribune 11/02/2015

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité Europe
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