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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 21:28
Égalité aujourd’hui, unité demain !

La liberté sans l’égalité des droits pour tous, c’est la liberté du plus fort, la loi faite pour et par le plus fort : des riches de plus en plus riches, dans le respect ou non de la loi, des pauvres de plus en plus nombreux. C’est la situation actuelle dans presque tous les pays. La lutte pour l’égalité des droits est la seule façon de rassembler tous ceux qui sont plus ou moins exploités, plus ou moins marginalisés, plus ou moins exclus de la répartition des biens, du pouvoir et des lieux de décision.
Et habilement divisés par ce plus ou moins… Cette division, quelle qu’en soit la raison, affaiblit l’ensemble et, bien manipulée, peut conduire à des affrontements.

La bipolarisation ne touche pas seulement la société française mais tous les pays. La lutte doit être entreprise et soutenue partout.
Particulièrement, ici. Au nom, peut-être, de cette fraternité qui est inscrite sur le fronton des palais et dans la Constitution. Non seulement au nom d’une fraternité morale mais surtout au nom d’une solidarité active, mobilisatrice, unificatrice, de tous les plus ou moins.

Dans un monde où le libéralisme et le chacun pour soi triomphent et pénètrent tous les espaces de la société, la solidarité agissante, malgré certaines exceptions, a peu de place en dehors de la charité fraternelle ou compatissante.

En France, au nom de la recherche d’économies, les acquis de la Libération sont attaqués par la diminution des budgets sociaux : diminution de la protection sociale, lutte contre l’assistanat. Les niches fiscales ne sont pas de l’assistanat ! Au nombre de 450 en 2013, elles ont coûté 72 milliards d’euros, elles n’ont baissé que de 500 millions au lieu des 3,6 milliards annoncés (1).
 

Égalité aujourd’hui, unité demain !

La lutte contre les fraudes sociales fait plus souvent la une que celle contre les fraudes fiscales. Et pourtant...
Sur un montant de 4,629 milliards en 2012, les fraudes sociales s’élevaient à 562,3 millions pour la Sécurité sociale et 39 millions pour Pôle emploi. Contre 3,66 milliards pour les impôts et 366,5 millions pour les douanes. Selon un rapport du syndicat Solidaires Finances publiques, la fraude fiscale coûterait, chaque année, entre 60 et 80 milliards à l’État (2) !
Devant cette importante fraude fiscale, la solidarité entre compétents fonctionne bien, par exemple, en diminuant le nombre de fonctionnaires et les possibilités d’action des administrations fiscales et pas seulement en France ! Entre 2008 et 2012, le nombre d'employés dans les administrations fiscales a diminué de 2,6 % en Allemagne, 6,9 % en Autriche, 8,8 % en France, 9 % aux Pays-Bas, 9,2 en Italie, 10,4 % au Portugal, 11,9 en Belgique, 14,7 % en Roumanie, 17,4 % en Tchéquie, 20,7 % au Royaume-Unie, 21,9 % en Grèce (3).

L’optimisation fiscale qui n’est une fraude fiscale, prospère, largement répandue avec la complicité des banques et de paradis fiscaux qui ne sont pas seulement exotiques mais aussi au sein de l’Union européenne.
Le Boston Consulting Group (BCG), cabinet étasunien de conseil en stratégie, (4) estime à 10 000 milliards de dollars en 2015,la richesse placée hors des pays d’origine, pour l’essentiel dans des États ou territoires offrant des régimes fiscaux avantageux. En hausse de 3 % sur un an.

Égalité aujourd’hui, unité demain !

La banque BNP Paribas a été la cible de plusieurs manifestations dont les réquisitions citoyennes de chaises. Elle possède 171 filiales dans les paradis fiscaux. Cet amour inconsidéré pour les paradis fiscaux sert, bien entendu aux clients. Mais les activités des cinq grandes banques françaises dans leurs paradis fiscaux sont 60% plus lucratives que dans le reste du monde. L'explication : à taux de profits égaux, les banques françaises paient deux fois moins d’impôts dans les paradis fiscaux et, dans 19 cas, n’en paient aucun (5).

En période de crise ou non, mais la crise est bien utile, des mesures sont annoncées pour conserver ou améliorer la place des entreprises dans la compétition. Pour cela, les entreprises cherchent à augmenter les recettes ou à diminuer les dépenses. Ce dont on parle le plus, c’est la baisse du coût de production. Et, essentiellement, du coût du travail. Le travail n’est plus considéré comme un facteur de production. Le travailleur ne produit pas, il coûte. Il faut donc diminuer les charges sociales, les salaires, intensifier le travail…
Avec, quelquefois, des conséquences très dramatiques. D’après les syndicats CGT et Sud-PTT, La Poste aurait enregistré une cinquantaine de suicides en 2016 ! Les syndicats ont tiré, à plusieurs reprises, la sonnette d’alarme sur les conditions de travail qui auraient entraîné AVC, tentatives de suicide et suicides. Notamment chez les postiers victimes de réductions d’effectifs, de réorganisations du travail… Un phénomène de même type avait été constaté en 2008 à France Telecom. Sept des anciens dirigeants sont poursuivis pour harcèlement moral ou complicité...

Dans le coût de production, il est rarement question des dividendes, et c’est justice, ils ne participent pas à la production.

La santé des entreprises dépend aussi de leurs orientations stratégiques. Ce n’est pas le coût du travail ou la productivité des travailleurs français, elle est souvent supérieure, qui explique les difficultés de certaines entreprises. Mais le choix des produits proposés, de gamme moyenne, avec des prix supérieurs à ceux de l'Europe du sud. Au contraire de BMW ou Mercedes. Ce n’est pas non plus le coût du travail qui est responsable de la catastrophe financière annoncée d’Areva et d’EDF…
Il est rarement question des erreurs stratégiques des dirigeants, sauf si les dividendes diminuent trop, alors on peut licencier les dirigeants... avec un parachute doré !

Ces temps-ci, on n’en est pas là. D’ailleurs un collègue bien placé a pensé à ces amis, malheureux cadres de grandes entreprises. Dans sa loi de 2015, Emmanuel Macron a allégé certaines taxes : pour une attribution d'actions d'une valeur d'un million d'euros, la nouvelle fiscalité va faire économiser en moyenne environ 200.000 euros de prélèvements obligatoires au bénéficiaire et 150.000 euros à l'entreprise... L'enveloppe d'attributions d'options et d'actions 2015 aura été supérieure de 32% à celle de 2014 sur les 40 sociétés de l'indice (6). Aux dernières nouvelles, les levées de fonds en vue de la présidentielle sont bonnes ainsi que la couverture médiatique...

Si le chômage ne diminue guère, si les salaires n’augmentent guère, les dividendes et les revenus des cadres du CAC40 ne souffrent pas beaucoup : plus de 80% des sociétés de l’indice, qui ont déjà communiqué sur leur politique de distribution, maintiendront ou augmenteront leur coupon (7) ; selon Les Échos, les salaires des dirigeants des 40 entreprises du Cac 40 ont augmenté de 4% en 2015. Soit 2,34 millions d’euros en moyenne pour chacun des heureux bénéficiaires. (8). Et les entreprises française se sont largement désendettées ces dix dernières années (9). Pendant la crise, les affaires continuent.

D’après le BCG, malgré la crise, malgré la pression fiscale insoutenable, la richesse mondiale privée a augmenté de 5,2 % en 2015 après une hausse de 7,5 % en 2014. Les millionnaires sont toujours plus riches et plus nombreux : 6 % de plus en 2015. Ils possèdent 47 % de la richesse mondiale privée et détiendront plus de 50 % en 2020. Il seraient 445 000 en France (4).

La solidarité n’est pas nécessaire seulement entre les personnes mais aussi entre les pays, les peuples de tous les pays qui se battent contre l’injustice du monde ! La politique austéritaire imposée par l’Union européenne et du gouvernement allemand écrase le peuple grec. Comment se fait-il qu’on n’entende pas une condamnation virulente par les peuples, les associations, les syndicats, les partis politiques de l’Union ?
Tout le monde a été soulagé par la victoire des Verts en Autriche et
reste silencieux devant le refus d’annuler la dette illégitime et insupportable de la Grèce.
N’est-il pas évident que ce silence, cette inertie est contraire aux intérêts de
tous les peuples de l’Union ? Il ne servira à rien de défiler demain aux cris de le fascisme ne passera pas quand il sera déjà passé, là ou ici ?

Solidarité avec la Grèce ? Solidarité avec l'Italie ? Bien des États dont la France discutent ou refusent les quotas de répartition face à l'arrivée de milliers de réfugiés sur ses côtes... et celles de la Grèce… Solidarité avec les pays d'où viennent les immigrés ? Les aides au développement diminuent tandis qu'augmentent les dépenses militaires, pour les expéditions démocratiques et pour le blocage des migrations souvent secondaires à ces interventions.

L’abandon de l’Espagne républicaine et le désastreux accueil des réfugiés espagnols est aujourd’hui oublié. Ils n’ont pas tenu la France à l’écart de la guerre. La solidarité avec les juifs pourchassés était hier un crime. La Libération en a fait, ce que c’était, un acte courageux. La solidarité avec les sans papiers, avec ceux qui fuient les guerres est un délit. Alors que la France n’a jamais été aussi riche. Les moyens existent. Une bonne partie de la population, ici comme ailleurs, est prête à accueillir quand elle n’est pas poussée, par certains, à les rejeter comme hier les républicains espagnols.

L’égalité ne peut être réservée à certains mais doit être étendue à tous ceux qui vivent sur le territoire et sont soumis aux lois de la République. En confiner certains, comme on le fait depuis des années, ne peut conduire qu’à des déboires, à des repliements opposés des uns et des autres. L’égalité pour tous, c’est ouvrir des perspectives, donner un sens à la vie de chacun, c’est contribuer à l’unité de demain et inciter à construire un avenir commun.

Égalité aujourd’hui, unité demain !

1 - Libération 29/05/14

2 - La Tribune 30/10/13

3 - Alter éco mai 2015

4 - cité par Le Monde du 07/06/16

5 - Le Monde 16/03/16

6 - La Tribune 21/04/16

7 - Le Revenu 10/03/16

8 - Marianne 14/04/16

9 - Net Investissement 20/09/16

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité Démocratie
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commentaires

Gineste Pierre 26/12/2016 08:27

Salut Paul,
je n'ai encore pas tout lu
J'ai trouvé "la lutte contre les fraudes fraudes sociales...". Encore une fraude passée en douce.
On trouve aussi:
"les entreprises elle cherchent..."

Je suis en train de faire un website sur mon quartier: https://lesalouettessite.wordpress.com/
Tu me diras ce que tu en penses et me feras des suggestions

Joyeuses fêtes
Vous rentrez quand à Paris? Moi demain
Pierre

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