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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 20:08
Étendre le dialogue

Dans trois mois, élection présidentielle : politiques, observateurs, commentateurs discutent du tiercé gagnant. Pourtant facile à prévoir.
Le premier parti de France sera celui des non participants, non inscrits et abstentionnistes, suivi de celui des contestataires et, en dernière position, celui des partis de gouvernement qui se disputeront les restes. Même si, comme lors des élections précédentes, le nombre d’inscriptions de dernière minute a été important, même si la participation est toujours plus forte lors des élections présidentielles.
Se fiant aux sondages, pourtant malmenés ces derniers temps, la sphère médiatique spécule sur le candidat qui, ayant obtenu le plus fort reste, sera face à Marine Le Pen, avec de fortes probabilités d’arriver à la présidence de la République.

La faiblesse chronique de la participation ne chagrine guère politiques et journalistes. Seule question soulevée : qui bénéficiera de la plus ou moins grande participation ?
Pourtant le taux de participation devrait être la principale préoccupation de tous les démocrates. Une faible participation traduit un rejet, un dégoût des politiques ou, au moins, un sentiment de l’inutilité du choix, une indifférence à tout projet commun. Une négation de la démocratie.

A la vue des élections à l’étranger, aux États-Unis et dans plusieurs Länder en Allemagne, des référendums, au Royaume-Uni, le Brexit et, en Italie, l’échec de Mateo Renzi, il est permis de penser que la majorité des peuples des démocraties occidentales désapprouvent, plus ou moins largement, les politiques suivies ou proposées par les partis de gouvernement.
La plupart des gouvernements démocratiques tiennent leur pouvoir d’une minorité de la population de leur pays. Cela devrait les amener à en gommer les aspérités les plus blessantes. Au lieu de quoi, ils semblent s’aligner les uns sur les autres pour aller chaque jour plus loin.
Ils poussent les citoyens à s’enfermer davantage dans un isolement, individuel ou collectif, aux sombres perspectives. Dans un ressentiment qui risque, un jour, d’être explosif.

Pourtant face à ces gouvernements, à ces politiques, la société civile n’est pas sans réactions. La France a connu d’importantes manifestations de masse, répétées, pour exprimer le rejet de la loi travail, rejet confirmé par le Parlement qui a conduit le gouvernement a utiliser l’article 49-3 pour la faire adopter.
Il fut un temps où le gouvernement tenait compte de l’importance des manifestations, de l’opinion du parlement et retirait ou modifiait en conséquence son projet de loi pour obtenir un relatif consensus.
Il n’en est plus de même sous la direction du
faible président de la République et de son gouvernement. Qu’en sera-t-il demain avec son successeur ?

A coté des manifestations traditionnelles, de multiples initiatives prenant des formes diverses s’efforcent de contester les politiques suivies, considérées comme illégitimes. Depuis Nuit debout jusqu’à des actions de désobéissance civile, heureusement non violentes. Ces actions, sans entraîner de larges masses, trouvent des appuis dans une partie significative de la population et, bien que formellement illégales, un commencement de légitimité devant certains tribunaux.

Récemment, lors du procès intenté par BNP Paribas, Jon Palais était jugé pour le vol de 14 chaises, à visage découvert, dans une agence parisienne de la banque, en octobre 2015. Devant le concept de réquisition citoyenne de chaises contre l’évasion fiscale - rendez les milliards, nous rendrons les chaises ! - invoqué par Jon Palais, le procureur a confirmé la légitimité de ces actions en demandant la relaxe alors que BNP Paribas, non représentée au procès, demandait 1 € de dommages et intérêts. Le verdict sera rendu le 23 janvier prochain.

A Nice, Pierre Alain Mannoni était poursuivi pour avoir transporté, dans sa voiture, trois Érythréennes. C’est à dire pour avoir favorisé l’aide à l’entrée et au séjour sur le territoire national d’étrangers en situation irrégulière. Il a été relaxé par le tribunal correctionnel des Alpes Maritimes qui considère qu’il n’avait fait que préserver la dignité de ces personnes. Le parquet a fait appel (1) une dizaine de procès sont prévus à Nice dans les 3 mois qui viennent).

Devant le grand froid annoncé, une réquisition de salles de l’Hôtel Dieu à Paris a été organisée par le DAL (Droit au logement) pour mettre à l’abri des personnes sans logement et une aile de l’hôpital leur a été attribuée. Ce dont le DAL se félicite qui rappelle que des milliers de m2 sont toujours vacants à l’Hôtel Dieu, dans les locaux de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris et dans les hôpitaux en général, tandis que le nombre de sans abris ne cesse d’augmenter.
A Toulouse, le DAL local a annoncé la réquisition du pavillon de dermatologie de l’hôpital de La Grave, avec des sans toit, et invite à apporter des matelas, couvertures, matériel de cuisine, nourriture…

 

Étendre le dialogue

Si des actions de désobéissance civile, non violente, sont conduites dans plusieurs domaines – résistance à l’agression publicitaire, lutte contre les grands projets inutiles et imposés, réquisitions de logement vacants - c’est dans le domaine de l’accueil des étrangers en situation irrégulière que les actions de solidarité, légales ou non, sont le plus fréquentes depuis le réseau éducation sans frontière, la défense des mineurs étrangers isolés, l’aide à ceux de Calais, aux réfugiés voulant passer la frontière italienne...
On assiste depuis plusieurs mois à la recrudescence de cas où la solidarité est légalement organisée par des citoyens regroupés en comités d’accueil pour réfugiés délocalisés qui se forment malgré l’opposition de certains politiques et même d’élus.
Une centaine d’organisations associatives ou syndicales, locales ou nationales, ont publié un manifeste pour préserver le droit de regard, le droit de critique, le droit de s’opposer à des politiques qu’on désapprouve, le droit de se conduire autrement qu’en agent de politiques de fermeture : le droit d’agir en toute humanité (2 L’Humanité 12/01/17).

C’est un phénomène identique à celui observé en Allemagne au moment où de nombreux réfugiés arrivaient mais, là-bas, avec le soutien d’Angela Merkel, alors qu’ici le chef du gouvernement, laïque, et le prétendant, chrétien, à la présidence de la République font un concours à celui qui rejettera le plus de demandeurs d’asile.

Reste que ces manifestations, ces comités, ces collectifs, ces organisations qui montrent la voie, qui s’engagent réellement, personnellement, sont encore minoritaires dans la population comme le gouvernement avec la loi travail, et que leur volonté, leur courage n’a pas l’efficacité du 49.3 pour modifier la loi ou la pratique générale. Qu’ils n’ont pas trouvé la forme politique, la voix, les voix pour toucher la majeure partie de la population. Pour faire comprendre que la solidarité n’est pas la charité, que la mobilisation pour les uns et les autres, aujourd’hui les réfugiés ou les sans abri, est le chemin vers une solidarité plus grande et pour entraîner tous ceux qui s’enferment aujourd’hui et qui sont, peut-être, déjà victimes de certaines exclusions ou qui les craignent, demain.

Le succès de leurs engagements n’est possible que s’ils s’adressent au cœur de tous les Français et s’ils savent les mobiliser, au moment des élections - on aimerait entendre des voix de candidats qui rejettent les rejets - ou hors élection. S’ils arrivent à convaincre, largement au-delà des sphères politiques, militantes, humanitaires que la vie des gens, ici ou ailleurs, est plus importante qu’un pourcentage. Que l’accueil peut même être, comme on est en train de s’en apercevoir en Allemagne, un facteur positif au point de vue économique (3 Le Monde 13/01/17). Certes dans des circonstances différentes.

Pour cela, il faut inventer un nouveau langage, sortir de l’entre soi militant, pour prendre en compte la situation difficile dans laquelle bien des Français sont enfermés. Pour montrer que cette situation n’est le fruit ni des réfugiés, ni des sans abri, ni des sans papier, ni de la fatalité mais d’une politique nationale et internationale qui organise la montée des inégalités, la lutte de tous contre tous, la division de ceux qui ont intérêt à lutter ensemble contre les politiques austéritaires.

Ce sont les mêmes forces qui organisent les interventions extérieures, économiques et financières qui appauvrissent les populations ! Et militaires pour défendre les intérêts de qui ? Avec pour conséquence des millions de malheureux qui fuient misère et conflits. Tandis qu’ici, les mêmes forces politiques, économiques et financières rognent les dépenses publiques entraînant la diminution et la qualité des services publics dans tous les domaines santé, école, justice, sécurité publique, logements sociaux…

Étendre le dialogue

1 - Une dizaine de procès sont prévus à Nice dans les 3 mois qui viennent.

2 - L’Humanité 12/01/17

3 - Le Monde 13/01/17

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