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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 20:02
Présidentielle : bombe à fragmentation et à retardement ?

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Emmanuel Macron est élu président de la République, après une campagne électorale dévastatrice : tout est à reconstruire pour tout le monde. Et surtout pour la démocratie.
Emmanuel Macron a été élu avec une majorité confortable. Mais…

Il ne faut pas oublier que, lors du premier tour, il n’a obtenu que 24 % des voix et qu’une bonne partie des 66 % obtenus au second tour sont des voix de refus de Marine Le Pen. Quoi que dise la presse nationale aujourd’hui, qui a fait du vote utile au premier et au second tour l’argument essentiel du vote Macron. La presse internationale, soulagée, fait de cette élection une adhésion inconditionnelle à l’Union européenne, baptisée Europe. Ce qui promet plus d’alignement sur l'Union européenne telle qu'elle est que d’initiatives pour une Europe sociale et démocratique.
Encore plus que son prédécesseur, tout sauf Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron est élu par défaut, tout sauf Marine Le Pen. La magie du système électoral magnifie la ligne politique de moins d'un quart des votants du premier tour...

Avec quelle équipe ? C’est ici que les problèmes commencent. Il n’est pas étonnant qu’Emmanuel Macron ne soit pas pressé de donner le nom de son Premier ministre. L’ambiguïté doit durer le plus longtemps possible pour entretenir l’espoir de chacun en vue des élections législatives.

Présidentielle : bombe à fragmentation et à retardement ?

Il n’y a plus de parti de gouvernement uni, de droite ou de gauche, si cela a jamais existé. Il y avait au moins les apparences. Les caciques sont ou éliminés ou en grand danger de l’être. On comptera les survivants après les élections législatives.
Il n’y a pas, pour le moment, de majorité de gouvernement. Tout dépend des prochaines élections. Que va décider Emmanuel Macron quant aux investitures : candidats En Marche, pur label ? Majorité présidentielle, ouverte à tous les soutiens, avec quelle répartition entre PS, LR et macroniens pur sucre ? Quelle place pour le recyclage ? Pour les députés sortants ?

La bombe à fragmentation de l’élection présidentielle est aussi une bombe à retardement. Ses effets vont se faire sentir lors des législatives et bien après. Une recomposition de tout le paysage politique est probable. Pour que rien ne change. Lors des législatives, tous ceux qui ont voté Emmanuel Macron ne voteront pas pour les candidats estampillés Macron. Risquent d’apparaître des concurrents multiples ralliés de la première ou de la onzième heure

Déjà, se font entendre ceux qui veulent participer au gouvernement et ceux qui veulent seulement soutenir. Ceux qui veulent faire un parti présidentiel et ceux qui veulent conserver, sous une forme ou une autre leur vieille structure, d'opposition ? de participation ? Des scissions sont en cours à droite. Certains pensent qu’il y a une place pour une opposition de droite qui pourrait récupérer une partie des électeurs de Marine Le Pen et même faire un bout de chemin avec la partie raisonnable de ce parti qui veut aussi s’ouvrir pour approcher du pouvoir.

 

Présidentielle : bombe à fragmentation et à retardement ?

Car il ne faut pas oublier Marine Le Pen et le Front national. Elle est arrivée deuxième au premier tour, avec 21,3 % et a réuni 34 % et 10,6 millions de voix au second. Soit deux fois plus que Jean-Marie Le Pen (5,5 millions) en 2002 face à Jacques Chirac.
Ces résultats sont les meilleurs obtenus par le FN et Marine Le Pen et constituent une progression importante par rapport aux résultats antérieurs, témoins de l’échec des politiques suivies à ce jour.
Ce vote risque d’être un peu oublié, surtout si le plafond de verre est efficace localement aux législatives pour empêcher l'élection de députés du FN. Car ces résultats n’inquiètent les politiques que modérément. Ils sauront les utiliser, à nouveau aux législatives, pour favoriser le vote utile pour eux, qui leur permet de continuer. Ce qui les inquiète encore moins que les résultats, c’est la situation des citoyens qui votent Front national par souffrance et désespoir.

L’entreprise de dédiabolisation s’est traduite dans les derniers jours de la campagne par la volonté de Marine Le Pen de ne pas apparaître comme la présidente du FN, par l’ouverture vers Nicolas Dupont-Aignan, les cafouillages sur les retraites ou la sortie de l’euro… Mais trop peu et trop tard. Insuffisant pour approcher du pouvoir et des 40 %.
D’où sa volonté de poursuivre un changement qui fait apparaître des divisions entre ceux qui veulent aller plus loin, changer le nom du parti, élargir encore… Et ceux qui veulent maintenir et revenir aux fondamentaux, notamment sur l’immigration. Avec quelques errements comme le comportement de Marine Le Pen lors du débat entre les deux tours, la nomination malheureuse d'un président intérimaire peu présentable…
Avec aussi la tentation du durcissement, de la violence pour certains qui supportent difficilement une dédiabolisation qu'ils acceptaient dans l'espoir d'accéder prochainement au pouvoir.

Un PS maintenu semble avoir peu de chances. Ceux qui pourraient le faire, parce qu’ils tiennent l’appareil, ne le veulent pas. Valls l’a dit depuis longtemps, le mot socialiste irrite ses gencives. Ceux qui voudraient ne le peuvent pas. Les 6 % de Hamon ne suffisent pas. Et est-ce jouable, étant données les vicissitudes historiques de la famille qui va de Guy Mollet à François Hollande en passant par l’illusionniste François Mitterrand ?

François Hollande, par son sacrifice, a pratiquement réussi. Casser le PS et ouvrir la voie à un parti de gouvernement qui n’aura pas la finance comme ennemie, qui aura éliminé tout surmoi socialiste pour en faire l’équivalent du Parti Démocrate (PD) italien ou du Parti social démocrate (SPD) allemand. L’exception socialiste française, certes illusoire, a vécu.

Pour la minorité du PS, pour EELV, leur avenir séparé est fragile. Leur avenir en commun incertain. Tentation d’un nouveau PSU ? Avec le même avenir ? Une fusion dynamique vers un parti écologiste de gauche sans équivoque ? Ou queue de comète réunissant des écologistes qui ont suivi les tribulations du PS et des socialistes qui les ont dénoncées ?

La gauche de gauche est dans une situation, apparemment, plus positive. Le travail, les méthodes et les résultats de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise sont porteurs d’espoir avec beaucoup d’embûches. Jean-Luc Mélenchon et François Hollande ont tué le PS. Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent vont-ils tuer le PC ? Ou le PC et la France Insoumise?

Les restes du PC sont-ils suffisants pour maintenir en survie un appareil faiblissant et un nom dont l’attractivité est discutable ? Sa capacité de nuisance peut-elle faire basculer une alliance rétive en une bataille de chiffonniers ? La dynamique de la France Insoumise est-elle suffisante pour mobiliser les Insoumis, ceux qui, dans le PC, espèrent un véritable changement et des écologistes ? Au PC et chez EELV, certains ont fait le pas dés le 1er tour. D’autres le feront-ils maintenant ?

L’importance, jamais atteinte, de l’abstention et de votes blancs ou nuls peut faire espérer la continuation de la mobilisation autour de la France Insoumise. Ce sont plus de 4,2 millions d'électeurs qui se sont déplacés pour le second tour et ont mis un bulletin blanc ou nul dans l'urne (2,15 millions en 2012), soit un record pour un tel scrutin, déjà marqué par une très forte abstention (25,44%). Mais il ne faut pas l’oublier que ces abstentions et ces votes ne sont pas tous de gauche.
Par ailleurs, si la gauche de la gauche retrouve un certain dynamisme, elle peut attirer à nouveau une partie de ceux qui ont voté Macron sous la pression des commentateurs de sondages (plus que des sondages eux-mêmes), des éditorialistes, de certains penseurs de gauche qui ont joué de la peur, de la mauvaise conscience. Au premier et au second tour.

Au premier tour, 4 candidats ont obtenu des résultats proches de 20 % avec un taux d’abstention du même niveau. Au second tour, Emmanuel Macron l’a emporté loin devant Marine Le Pen. Mais les résultats et l’importance des abstentions et du vote blanc et nul, aux deux tours, ne permettent pas de prévoir la composition de la prochaine Assemblée nationale d’autant qu’elle va dépendre de circonstances très différentes dans les 577 circonscriptions. Elle dépendra de la dynamique qui va être créée dans les jours qui viennent.
Il n'est pas sûr qu'elle bénéficie seulement à Emmanuel Macron.

Cela permet à chacun de partir avec quelque espérance. Et avec beaucoup d’espérances pour les sondages et leurs commentateurs.

Présidentielle : bombe à fragmentation et à retardement ?

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