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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 08:22
L'immigration a été utilisée par Nicolas Sarkozy pour prendre les voix de l'extrême droite qui lui ont permis de devenir président de la République. On pouvait espérer que, fortune faite, il se rangerait des affaires. Mais changer une politique qui gagne est peut-être au dessus de ses forces. Du moins pour le moment. C'est pourquoi, il a créé le ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement durable.

Les mots " identité nationale" dans l'intitulé du ministère ont d'emblée fait problème. Et  certains de crier que l'immigration n'avait rien à voir avec l'identité nationale. D'autres, plus éclairés, ont insisté sur l'usage qui a toujours été fait de ce lien immigration-identité nationale.

C'est aux premiers que, dans leur Lettre de mission à Brice Hortefeux, le président de la République et le Premier ministre ont répondu en affirmant justement : " Il est aussi inconscient de croire que l'immigration est sans incidence sur le devenir de notre nation que de penser que l'immigration n'a pas contribué à forger notre identité".

C'est là une évidence. Qu'auraient été les "Trente glorieuses" sans la main d'oeuvre immigrée, la science française sans Marie Curie, les lettres sans Rousseau et Zola, la politique française sans Gambetta, Balladur et... Sarkozy ? Il est plus difficile de dire quelle incidence elle aura sur le devenir de notre nation. Il n'est pas interdit de poser la question de façon différente : quelle influence aura la politique actuelle de l'immigration sur le devenir de notre nation ?

Et là, les choses sont plus claires. Qui ne voit les conséquences sur la vie de millions de personnes, y compris françaises, de l'obsession de l'immigration et de l'immigration clandestine ? Rafles dans les quartiers "immigrés", arrestations dans les écoles ou à la sortie des classes, contrôles au faciès, suspicion des mariages mixtes, criminalisation des actes de solidarité, y compris au sein d'une famille...

Qui ne voit à quel point l'obsession de la fraude concernant la nationalité française entraîne les pratiques administratives sur des chemins dangereux et réveille de grandes douleurs qui touchent de nombreux Français quelle que soit leur origine. Libération  s'en est fait l'écho durant l'été 2007 : suspicion quant à la possession de la nationalité française à la simple vue du patronyme ou à cause de la naissance de la personne ou de ses parents à l'étranger ou même dans un département appartenant ou ayant appartenu à la République... Certains fonctionnaires semblent ignorer que l'Alsace est, malgré les vicissitudes de l'Histoire, une terre française, que l'Algérie l'était jusqu'en 1962 ! Voici des Français à qui on demande de prouver une nationalité qu'ils ont depuis de longues années ou depuis toujours, quelquefois transmise par plusieurs générations, qui onf fait une carrière de fonctionnaire, de militaire, qui ont été élus de la République... Etrange retour de l'Histoire : certains à qui on voulait, en d'autres temps, retirer leur nationalité française - et la vie - à cause de leur religion qu'ils devaient déclarer sur leur carte d'identité ou sur leur poitrine, doivent fournir un certificat de religion pour se la voir reconnue !

Il ne fait pas de doute qu'une telle paranoïa laissera des traces. Et pas seulement chez les victimes. Pour certains, ce comportement administratif les confortera dans l'idée qu'il y a parmi nous des "pas vraiment français".

Quant à l'intégration et au développement solidaire, il en sera question plus tard. La lutte contre l'immigration clandestine a été planifiée avec des objectifs chiffrés sans étude d'impact et autres dommages collatéraux, il n'en est pas de même pour l'intégration et le développement solidaire. Il ne fait pas de doute que M. Hortefeux sera jugé sur le nombre d'expulsions, non sur l'intégration (mesurée comment ?) ou sur le développement durable.

La France préside l'Union européenne pendant six mois. Nicolas Sarkozy donne comme premier chantier de cette présidence : " le pacte sur l'immigration et l'asile". L'unité des Etats s'est souvent faite en s'inventant un ennemi. Nicolas Sarkozy a trouvé l'ennemi de l'Union européenne. Ce n'est pas un hasard si le premier projet qu'il avance renforce l'idée d'Europe forteresse face au reste du monde. Et avec le pacte pour la Méditerranée, il ne cache pas son désir d'en faire un nouvel instrument pour cantonner les populations du sud chez elles.

Ces propositions sont en contradiction avec les valeurs affichées au niveau national comme au niveau européen, de liberté, d'égalité. Et les murs de cette forteresse ont leur prolongement à l'intérieur de l'Union : rien ne ressemble plus à un immigré illégl qu'un immigré légal ou qu'un national d'origine immigrée... Et la chasse au faciès étant inefficace, il faudra passer au profil scientifique, empreintes digitales, pour les Roms d'abord en Italie, ADN... Edvige, Edvige ne vois-tu rien venir ?

L'Union européenne que Sarkozy et ses collègues préparent est bien libérale au point de vue économique, le traité de Lisbonne, le garantit et sera appliqué quel que soit son avenir irlandais. Elle n'est pas libérale au point de vue politique. Elle sera égalitaire dans le fichage non dans les droits.

C'est une autre Europe qu'il faut proposer. Celle de l'égalité et du partage. Incapable de l'envisager au niveau national, comment Nicxolas Sarkozy pourrait-il l'envisager au niveau international ?

NB : Une partie de cet article a fait l'objet d'un éditorial de la Lettre de la Citoyenneté.


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Published by Paul ORIOL - dans Immigration
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