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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 17:06
CHANCE
"La chance existe. Sans cela comment expliquer le succès des autres ?" (Marcel Achard).
Je n'ai pas eu beaucoup de succès, pourtant j'ai eu beaucoup de chance. Je n'ai pratiquement pas eu de problème de santé. Je n'ai pas eu à subir directement de guerre : j'étais trop jeune pour souffrir vraiment de celle de 1939-45. Etre sursitaire m'a évité celle d'Algérie. Mes parents n'étaient pas riches, ils s'entendaient bien et je n'a pas connu la misère.
Je ne crois pas à la liberté mais je me sens responsable. Qu'ai-je fait de ma chance ? Pas grand chose.

HERITIERS
Tous les jours, mon père se retrouvait au bistrot du quartier avec un ingénieur des Ponts et chaussées qui lui dit un jour ; " Je suis ingénieur, mon fils doit être ingénieur. Tu es maçon, ton fils doit être maçon".

Effectivement, mon père était maçon, le maçon de Pennautier, village à quelques kilomètres de Carcassonne. J'étais un lycée de Carcassonne avec le fils du médecin de Pennautier. Nous avons présenté le baccalauréat la même année. Le fils du médecin a été collé. Le fils du maçon a été reçu. Le médecin n'a plus fait travailler le maçon. Il a fait venir un autre maçon d'un village voisin.

Premier jour de stage à l'hôpital, en première année de médecine, le professeur Laporte fait l'appel dans un souci de connaissance (de reconnaissance ?) des étudiants. A l'appel de certains noms : "Vous êtes parents avec le docteur..." Y compris pour un copain, Michel M., qui appartenait, de loin, à la tribu des M., par ailleurs protestant comme le professeur Laporte.

Dans la salle de dissection, un tableau est affiché avec les noms des différents prosecteurs qui ont surveillé  les travaux pratiques dans les années précédentes. Il est curieux de constater que certains noms réapparaissent périodiquement. Par hasard.

Une année, remous autour de l'internat. Le bruit court que les collés allaient rendre publics les noms des soutiens, au sein du jury, des candidats reçus. Un fils de patron, brillant et brillamment reçu, a fait savoir que si cela avait ieu, il publierait la liste de tous les candidats, reçus ou collés, avec leurs soutiens. L'affaire en est restée là.

Robert S., doué, travailleur, d'origine audoise et paysanne, je crois, avait réussi à faire reconnaître ses qualités par un patron. Celui-ci l'a pris sous son aile et lui a promis qu'il serait reçu à l'internat. Avec cependant une condition. Il ne devait pas s'installer à Toulouse. Il est allé s'installer à Narbonne.
Cette poltique a duré, paraît-il, jusqu'au jour ou des spécialistes formés à Paris sont venus s'installer à Toulouse....

Nous avons logé, deux étudiants de Carcassonne pendant une période, chez la mère d'un de nos professeurs de médecine, Me Denard. Lors d'une conversation, elle me dit : "Non, mon fils n'est pas allé passer son agrégation. Il n'y avait personne dans le jury pour le défendre. C'était inutile".

Lors d'une revue de l'internat, je n'ai jamais assisté à une de ces revues, une petite comédie a été montée mettant en scène un jury d'internat. Au moment de la délibération, la note de chaque candidat est discutée. Le professeur Riser, fort connu, forte réputation  à l'époque, dit à son collègue : " "Votre" candidat est remarquable. Je vous félicite. Vraiment très, très bien. Tenez, on va lui mettre douze".
Vient le moment de noter "son" candidat, le Professeur Riser : "Vraiment, c'est très insuffisant, il n'a pas été à la hauteur. "on" va lui mettre "seulement" quatorze ! ! !"

Un moment très instructif sur la jeune élite médicale, le service militaire à Libourne où étaient réunis tous les médecins appelés d'une classe pour un enseignement de la médecine de guerre. Ce qui m'a frappé, c'est l'absence de toute dignité de tous ces "fils d'archevêque" (expression du Dr Robert Soum), patrons, fils de patrons, aspirants patrons, futurs patrons,  qui étaient prêts à toutes les bassesses pour obtenir un classement qui leur permettrait de choisir un poste proche de leur faculté.
Je ne les ais pas vu jouer de leur position sociale pour cela, peut-être en jouaient-ils par ailleurs. Mais devant nous, ils avaient plutôt l'air de larbins.

A la fin du séjour à Libourne, on pouvait choisir son affectation en fonction du classement. Je ne me souviens pas à quelle place j'étais. Mais j'ai étonné tout le monde parce que j'ai choisi l'Algérie quand tout le monde ne pensait qu'à rester en France. J'espérais pouvoir faire de la coopération. On en parlait alors mais rien n'était clair.
Heureusement, j'étais le 1er à choisir l'Algérie. Arrivé à Alger, nous étions 4. J'ai chois le 1er, j'ai été affecté à Mostaganem. Les 3 autre se sont retrouvés au Sahara dans la Légion ! Le Sahara d'accord mais la Légion !!!
Après mon choix, le médecin colonel  a éprouvé le besoin  de faire un discours à la gloire de la Légion. J'étais très content pour lui et pour moi d'avoir évité la Légion.
M. qui était un des quatre, originaire de la Guadeloupe et qui avait fait ses  études à Toulouse a donc été obligé de choisir un poste à la Légion. Je l'ai revu au moment de notre libération. Cela s'était bine passé, il avait senti un profond respect des légionnaires pour le "toubib".

ILLUSIONS
Quand je suis parti en Algérie, je partais à la découverte du monde et je pensais le changer. Je n'étais que jeune.
Le monde a beaucoup changé. Non dans le sens que je souhaitais, non comme j'ai essayé de le changer.
Le  monde m'a-t-il changé comme me l'annonçais un professeur d'histoire naturelle : "Oriol, on t'arrondira les angles !"
Le monde est aussi décevant que quand j'ai quitté la France, pensant ne jamais y revenir. C'était l'illusion lyrique. J'étais un petit bourgeois, ni mao, ni trotskyste, ni chrétien. Simplement, je pensais que la France était désespérante. Que les choses évoluaient dans le bon sens à l'échelle mondiale. Que j'allais y participer.
Les choses ont tourné autrement. Je suis revenu en France... Où sont passées mes espérance, mes illusions ? Simone de Beauvoir a dit, à la fin de sa vie : "On a été floué". C'est vrai, y compris par Sartre et Beauvoir.


ORIENTATION SCOLAIRE
J'étais en sixième au Bastion comme on disait (école du Bastion), durant tout le primaire (10ème, 9eme, 8ème, 7ème, 6ème). Arrivé à la fin de la sixième, il fallait choisir : passer en 5ème pour passer le "certificat" ou passer au cours complémentaire dans le même établissement. J'étais dans les 4 premiers avec Jean-Paul A., Louis G., André F.. Eux, l'année suivante, allaient au Lycée ! Et moi ? A la maison, je dis à mon père :
- "Je veux aller au lycée."
- "Pourquoi veux-tu aller au lycée ?"
Le lycée était l'école des "riches".
- "Pour faire des langues et au Bastion, on ne fait que de l'espagnol. Au lycée, je pourrai faire du latin, de l'anglais, de l'allemand."
Mon père avait été prisonnier de guerre avec un instituteur ou professeur du Bastion. Il est allé le consulter. Celui-ci lui a répondu :
" "S'il veut travailler, tu le mets au lycée. S'il faut le tenir, tu le mets au Bastion".
A son retour, mon père :
- "Tu veux travailler ?"
- "Bien sûr".
- "Bon, tu iras au lycée".
C'était l'orientation scolaire !

Dans la famille A, le père était cheminot, la mère au foyer. Ils était 4 frères et soeurs, je ne connais pas l'aînée. Mais l'aîné des garçons a commencé comme tout le monde par l'école primaire. Au Bastion, je crois. Fils d'ouvrier, il est passé dans l'enseignement professionnel. Repéré par les enseignants comme "bon élément", ils l'ont orienté vers le "cours complémentaire" du Bastion. Où, repéré comme "bon élément", après le BEPC, ils l'ont orienté vers le lycée. Il a fini médecin.
Son frère cadet est passé "directement" de l'école primaire du Bastion au cours complémentaire du Bastion puis au Lycée. Il a fini médecin !
La "petite dernière" est passee "encore plus directement" de l'école primaire au lycée. Elle est devenue... médecin !!!
C'était l'orientation scolaire !

Ma mère et moi, sommes allés voir le proviseur sur convocation. Il semble que le proviseur, Monsieur Vidal, surnommé par les élèves, le Pinus, recevait tous les nouveaux élèves et leurs parents lors de l'entrée en sixième.
- "Que veux-tu faire ? Classique ou moderne ?"
Silence gêné. Je me tourne vers ma mère,  qui se tourne vers moi ! C'est quoi ?
- "Avec latin ou sans latin ?"
- "Avec latin".
J'étais venu au lycée pour faire des langues.
-" Quelle première langue ?"
-"Anglais".
"Quelle seconde langue ?"
- "Allemand".
Le proviseur nous a alors longuement conseillé  de commencer par l'allemand puis de prendre l'anglais comme seconde langue en quatrième.
Je pense que c'était un avis judicieux. Mais peut-être tenait-il aussi à fournir un nombre d'élèves suffisant pour maintenir la division "allemand". En effet, il y avait une centaine d'élèves en sixième et seulement une dizaine qui faisaient allemand en première langue.
Quoi qu'il en soit, j'ai fait sept ans d'allemand. Et je ne parle pas allemand. Je n'ai fait que deux ans d'anglais au lycée et ensuite j'ai essayé d'en faire toute ma vie avec "assimyl", au centre culturel.... et encore aujourd'hui avec internet. Et je ne peux que baragouiner en anglais !
Je ne devais pas être très doué !



VIEILLESSE
Dans ma jeunesse, il me fallait deux heures pour reprendre mes forces. Maintenant, je dois me lever toutes les deux heures... pour pisser !

J'ai l'impression que les choses me quittent. Par moment, je me demande si je ne pense pas seulement par habitude.

Quand je regarde les gens dans la rue, au café, parler, rire, je me demande s'ils sont consciemment heureux ou s'ils font semblant. S'ils savent ce qui va leur arriver dans une minute, un mois, un an. Se croient-ils immortels ?
Pensent-ils ce qu'ils disent ? Est-ce si important ? Est-ce sérieux ? Jouent-ils ?
Et moi, quand je parle ? A quoi cela peut bien servir de parler, de se répéter, d'écouter le centième discours ?
Quand je tape sur ce clavier, pourquoi ? Pour qui ?






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Published by Paul ORIOL - dans Souvenirs
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