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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 23:58

 

 

Si, dans la révolution tunisienne, lerôle des Etats-Unis est resté discret, il n'en est pas de même en Egypte où Barack Obama intervient publiquement en continuité, semble-t-il , avec son discours du Caire du 4 juin 2009.

 

Pour la première fois (à ma connaissance du moins), le président des Etats-Unis a fait connaître sa volonté de voir un chef d'Etat céder son poste. Personne ne semble le lui reprocher, ni même s'en étonner. Il s'agit pourtant d'une immixtion caractérisée dans les affaires d'un autre pays. Jusque là, les Etats-Unis, et bien d'autres, soutenaient Moubarak : l'Egypie de Moubarak était, avec Israël, un des deux pays les plus aidés financièrement par les Etats-Unis. Obama change la donne. Et le dit.

 

Est-ce une habileté ? Il est, pour le moment, soutenu par John Mac Cain et même Bush père. Peut-être se rendent-ils compte que c'est une meilleure façon d'exporter une forme de démocratie, avec l'approbation de la population locale, que les interventions militaires en Irak. Si l'affaire tourne bien, Obama en aura le mérite peut-être au niveau électoral mais surtout, et avec lui, les Etats-Unis, au niveau de l'opinion publique de tout le Proche-Orient qui avait apprécié le discours du Caire.

 

Ce n'est pas sans risque. Car si la solution tarde, la situation peut dégénérer. Pour le moment, la nomination du général Omar Souleimane, chef des renseignements, comme vice-président et organisateur de la transition ne doit pas enthousiasmer la place Tahrir.

 

Les Occidentaux soutenaient les dictatures tunisienne et égyptienne en invoquant le barrage qu'elles constituaient face aux islamistes. Ce qui a surpris, c'est de voir qu'ils ont été pratiquement absents des soulèvements. Mais les négociations ont commencé avec toutes les forces d'opposition dont les Frères musulmans, structure principale en Egypte et El Nahda en Tunisie.

Et l'Occident se met à espérer l'apparition d'une "démocratie-musulmane", comme on dit démocratie-chrétienne, et trouvent positifs le parti "conservateur islamique" turc AKP.

 

Sans croire aveuglément à la théorie des dominos, la chute de Moubarak ouvre des espoirs et des craintes dans tout le monde arabe. Des espoirs pour les peuples qui luttent depuis longtemps pour la démocratie. Des craintes car si les Etats-Unis abandonnent leur principal point d'appui au Proche-Orient, que peuvent penser les autres potentats face à leur peuple ? La révolution en Tunisie et en Egypte ouvre la voie aux autres peuples, la politique d'Obama leur montre que la porte est aussi entre ouverte au niveau international. C'est avec un décalage de 20 ans une des conséquences de la chute du mur de Berlin.

 

Lors de la manifestation de solidarité avec le peuple égyptien, à Paris, des banderoles dénonçaient cependant "les ingérences étrangères" dans les affaires de l'Egypte. "Il faut que les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël respectent la volonté du peuple égyptien qui, dans son immense majorité, exige la fin de ce régime corrompu"... Le coup de pouce des Etats-Unis était-il inutile ? Il n'était probablement pas gratuit.

 

Dans les soulèvement tunisien et égyptien, les moyens modernes de communication (cela a du rappeler à certains les transistors de mai 68) ont été utilisés par la jeunesse pour renverser des dictateurs octogénaires et corrompus au pouvoir depuis de longues années. Sans aucune force réelle, structurée, organisée. Avec des mots comme démocratie, constitution, auxquels les pays occidentaux et les dictateurs (Rassemblement constitutionnel démocratique en Tunisie, Parti national démocratique en Egypte) n'ont pas réussi à enlever le caractère subversif.

 

Maintenant, chacun de guetter le prochain soulèvement en sachant que les choses bougent en Algérie, en Jordanie, au Yémen...

Au Maroc, la légitimité du roi est forte et repose sur la religion qui en fait un descendant du Prophète. En Algérie, celle de Bouteflika vient de la guerre delibération nationale. Ben Ali et Moubarak n'étaient que des héritiers. L'armée égyptienne a débarrassé le pays du roi Farouk, elle a connu son heure de gloire face à Israël, notamment avec Nasser dont on pouvait voir des portraits lors de la dernière manifestation à Paris. Mais l'un et l'autre se sont surtout appuyés sur une répression policière omniprésente. Pour défendre les intérêts d'un clan.

 

Les troubles en Algérie sont observé attentivement, ceux de Tunisie ont été négligés. Certains ont confondu Produit national brut et bonheur national brut. Ce qui valait à la Tunisie les félicitations des uns et des autres la démocratie pesant peu par rapport au taux de croissance... Là-bas, comme ici d'ailleurs, on a considéré que corruption et croissance des inégalités ne pouvaient poser problème..

 

Quant aux gouvernants français, ils regardent passer l'Histoire. Ils avaient d'excellentes relations avec les uns et les autres. Deux ministres empruntaient l'avion d'un ami tunisien, le Premier ministre un avion de l'armée égyptienne, pour leurs vacances. Il est évident que cela n'a pas favorisé leur clairvoyance et ne les a pas grandis aux yeux des peuples du sud et du nord de la Méditerranée. Ni la France.

 

Dans une véritable démocratie, ils auraient démissionné. Dans une démocratie exemplaire, ils sont toujours là. Jusqu'à ce que le peuple français reprenne le mot d'ordre du peuple tunisien ?

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité
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