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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 08:04

DUFLOT QU'ON VOIT DANSER...

 

Habile Cécile Duflot et rapide. Elle a mis Europe-Écologie-Les-Verts (EELV) en situation de bataille pour les élections européennes du mois prochain. Avec comme perspective, un résultat à deux chiffres, comme ambition collective un dépassement du PS en pleine déconfiture et, à la clef, une candidature qui ne serait pas que de témoignage à l'élection présidentielle. Bien entendu, la candidature de Cécile Duflot.

 

Le temps passe vite. Il est peu probable que Cécile Duflot, après avoir été candidate à la candidature en 2007, déclare comme en 2012 qu'elle n'est pas prête, qu'elle a peur, qu'elle n'a pas les épaules assez larges. Elle a montré, au niveau de l'organisation comme au ministère, qu'elle n'en pense rien.

 

Duflot-014.jpg

 

Elle a gravi, rapidement, toutes les marches, chez les écologistes : adhésion aux Verts en 2001, élue au collège exécutif en 2003, porte-parole en 2005, candidate à l'a candidature pour la présidentielle en 2007, secrétaire nationale (à 31, ans la plus jeune secrétaire nationale des Verts) en 2006, (ré)élue secrétaire nationale de EELV en 2008 jusqu'en 2012 date à laquelle, nommée ministre, elle abandonne cette fonction.

 

L'ascension est tout aussi rapide dans les institutions bien qu'elle ne repose pas sur des résultats électoraux véritablement porteurs. Qui reflètent plus les mouvements d'un yo-yo de faible amplitude : de 1,31 % en 1974 (René Dumont, avant la création des Verts) à 5,25 % en 2002 (Noël Mamère) à l'élection présidentielle, de 1,08 % en 1991 à 6,83 % en 1997 aux législatives et de 2,95 % en 1994 à 16,28 % en 2009 (tête de liste Daniel Cohn-Bendit) aux européennes.

Mais, jouant avec le PS, alternativement, l'autonomie et l'association, la politique des Verts et de EELV porte ses fruits en nombre d'élus. Aux élections législatives : 7 députés en 1997,3 en 2002, 4 en 2007 puis 5 à la suite d'une élection partielle en 2010 et 17 en 2012. Comme aux sénatoriales, le nombre d'élus est passé de 4 à 10 en 2010, grâce aux résultats des listes communes avec le PS, le PCF et le PRG. Il est de 12 aujourd'hui.

 

L'ascension de Cécile Duflot dans les institutions profite du même mécanisme : candidate aux élections municipales à Villeneuve-Saint-Georges, année de son adhésion aux Verts, en 2001, conseillère municipale d'opposition en 2004, candidate aux législatives en 2007 dans le Val de Marne (3,5 % des voix), élue aux municipales à Villeneuve-Saint-Georges, en 2008 sur une liste d'union conduite par le PC, avec PS, MRC, PRG, elle devient maire-adjoint, tête de liste aux élections régionales de 2010 en Île-de-France (16,58 %), tête de liste au second tour dans le Val de Marne sur la liste d'union avec PS et PC, elle est élue conseillère régionale. Pour ne pas cumuler, elle renonce au mandat de maire-adjoint. Par un accord avec le PS, elle est parachutée et élue députée, au second tour, avec 72,18 % des voix dans une circonscription en or, avec comme suppléante la députée sortante, Danièle Hoffman-Rispal, qui avait obtenu 69,12 % des voix en 2007. Elle est enfin nommée ministre, de l'égalité des territoires et du logement en mai 2012.

A ce poste, elle fait adopter plusieurs textes. La loi « Duflot » du 18 janvier 2013 sur le renforcement du seuil minimal de logements sociaux de 20 % à 25 % avant 2025, les investissements dans l'immobilier neuf avec réduction d'impôts qui ne semble pas avoir rencontré le résultat escompté. Le report d'un an du deuxième volet de la loi de Robien. La loi ALUR sur la trêve hivernale des expulsions, la garantie universelle des loyers, leur encadrement, les locations meublées. Ces textes vont s'appliquer progressivement et certaines mesures attendent leur décret d’application...

 

Elle n'a pas hésité à jouer une petite musique personnelle, en interpellant l'archidiocèse de Paris en faveur des SDF, dans le cadre de ses responsabilités ministérielles. Mais aussi au delà, faisant entendre sa différence avec la politique du gouvernement : dépénalisation du cannabis, soutien aux opposants à l'aéroport de ND des Landes, pour le droit de vote des résidents étrangers aux élections municipales. Réserves aussi quant au plan d'austérité gouvernemental, aux propos du ministre de l'Intérieur sur les Roms...

 

Tandis que la politique écologique du gouvernement était tout sauf satisfaisante pour les écologistes.
Depuis mai 2012, le « ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l'Énergie » a eu à sa tête Nicole Bricq qui changera d'attributions à la suite de certaines décisions et déclarations (suspension de tous les permis de forages exploratoires d'hydrocarbures au large de la Guyane, volonté de protéger la faune marine et de l'environnement et d'éviter le recours à la technique très polluante des boues à l'huile, dénonciation d'un code minier « inadapté et obsolète » ainsi que le permis exclusif de recherches à un consortium privé sans contrepartie suffisante pour l'intérêt national). Delphine Batho lui succédera mais sera remerciée par le président de la République à la suite d'une déclaration dans laquelle elle qualifiait de « mauvais » le budget 2014 de son ministère et avouait sa « déception à l'égard du gouvernement ». Philippe Martin, enfin.

 

Malgré les insuffisances gouvernementales sur toutes ces questions, l'insatisfaction d'une partie des membres de l'organisation et d'associations dans lesquelles militent activement des membres de EELV, Cécile Duflot reste à son poste ministériel. Par contre, elle renonce à participer au gouvernement Valls alors que l'occasion lui est donnée d'occuper une poste important assorti de propositions nouvelles et alléchantes.

 

En effet, quand il est question de remaniement du gouvernement et que le nom de Manuel Valls comme premier ministre apparaît de plus en plus, Cécile Duflot déclare que, dans cette éventualité, elle quitterait le gouvernement.

Cette décision n'a pas été prise de façon démocratique par EELV mais personnellement par la ministre. Elle met François Hollande dans une situation ambiguë : soit il ne nomme pas Manuel Valls et les spéculations vont bon train sur l'influence disproportionnée d'EELV, soit Manuel Valls est nommé premier ministre et cela conduit à la non participation des ministres sortants et très probablement de EELV. Dans les deux cas, Cécile Duflot espère en tirer bénéfice.

 

Après son refus, Cécile Duflot obtient l'approbation d'une large majorité au Conseil fédéral d'EELV car la forte minorité qui, depuis toujours, est opposée à la participation ne peut que l'approuver. Au prix cependant, d'une division de son propre courant, la majorité des parlementaires étant opposés à cette décision.

Car, Manuel Valls proposait à Cécile Duflot, le poste de numéro 2 du gouvernement avec un grand ministère et un certain nombre de mesures conformes au programme de EELV. « Une corbeille bien pleine » : la loi de transition énergétique pour traduire la promesse hollandaise de réduction de la part du nucléaire à 50% dans le mix énergétique avec discussion sur le nombre de réacteurs à fermer, pas de nouveaux EPR, pas de remise en cause de l'interdiction des gaz de schiste ou de la politique sur les OGM. De plus, selon Manuel Valls les arbitrages devaient être décidés entre le président de la République, le premier ministre et le ministre de l’écologie seulement.

D'autres points auxquels tiennent les écolos ont été abordés : la décentralisation avec redécoupage des régions, une part de proportionnelle aux législatives et même « à demi-mots, la fin de NDDL »... Au point que Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale de EELV s'est dite « ébranlée »... car « sa proposition était solide et correcte ».

 

Mais arrivait trop tard, semble-t-il, après deux ans d'insatisfaction avec perte de confiance, après surtout une cuisante défaite du PS aux élections municipales dont EELV a su se prémunir. Et avant des élections européennes où EELV, avec des listes autonomes, très clairement pro-européennes, espère faire des résultats supérieurs à ceux de PS, à la ligne plus confuse. La démission de Harlem Désir, aussi peu efficace dans ses mandats de député européen que de secrétaire national du PS, et sa nomination au secrétariat d'État chargé des affaires européennes, sous tutelle de la présidence de la République, est une aide précieuse que leur apporte François Hollande. Tant elles montrent une certaine désinvolture quant à l'importance de cette fonction et donc de l'Europe aux yeux du président.

 

Reste maintenant à affronter les européennes et à faire mieux qu'aux précédentes et à passer, éventuellement, devant le PS. En 2009, avec 16,28 % des voix et 14 élus au niveau national, EELV arrivait en troisième position juste après le PS 16,48 %. Les résultats étaient particulièrement favorables dans la région Île de France où la liste menée par Daniel Cohn-Bendit avec 20,86 % et 4 élus passait loin devant la liste du PS conduite par Harlem Désir, 13,58 % des voix et 2 élus.

 

Il est difficile de savoir si les électeurs potentiels seront reconnaissants à EELV d'avoir renoncé à la participation à un gouvernement qui a déçu beaucoup d'espoirs et qui continue (suppression du ministère de la ville par exemple !) ou s'ils lui reprocheront une dérobade au moment où une action positive était possible au moins sur les questions écologiques, quitte à démissionner en cas de rupture de contrat.

Penseront-ils qu'il faut renforcer EELV avant de revenir, demain, avec un rapport de force plus favorable ou lui reprocheront-ils de perdre 2 ou 3 ans, pour satisfaire quelques ambitions personnelles ou collectives, au lieu d'impulser des politiques positives même partielles.

La vieille tactique du soutien sans participation permettra-t-elle d'avoir plus d'influence sur le gouvernement ou réduira-t-elle EELV à être la mouche du coche, à commenter une politique qui se décidera ailleurs ?

 

Les parlementaires étaient favorables à la participation, EELV se déclare dans la majorité présidentielle, il est vraisemblable qu'ils feront entendre leur voix au parlement, qu'ils voteront pour, s’abstiendront ou voteront contre certains textes mais ne pourront se permettre de mettre en danger le gouvernement.

 

Pendant ce temps, Ségolène Royal ne se contentera probablement pas d'être une ministre placebo. Si elle réussit dans sa nouvelle fonction, elle risque de mettre en question la nécessité d'une présence de EELV au gouvernement, cantonnant les écologistes au rôle de groupe de pression, d'association d'alerte nécessaire mais inutile au niveau gouvernemental.

 

Après avoir été ornements écologistes et alliés du PS, réussiront-ils à en devenir les principaux concurrents à gauche ?

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité
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