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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 20:50

 

Rien ne sera plus comme avant. Le Japon, seule victime d'une guerre nucléaire, a été hier, le symbole du rejet de l'arme atomique. Deuxième victime du nucléaire civil, le Japon devient aujourd'hui, le symbole du nécessaire rejet de l'énergie nucléaire civile. Fukushima comme Hiroshima ne sont pas des événements japonais même si les Japonais ont été ou sont les plus touchés.

 

Mais comme les symboles, ni les peuples ne font la loi, ce sont les conséquences économiques qui contraindront à revoir, profondément, les choix énergétiques et de société.

 

Three Mile Island en 1979 et Tchernobyl en 1986 étaient des avertissements, diversement entendus. Three Mile Island avait été contrôlé. Tchernobyl se passait dans un pays dont la suffisance occidentale dénonçait l'incompétence. Cela ne pouvait se passer nulle part ailleurs. Fukushima en 2011 survient au Japon, 3ème puissance économique mondiale, à l'avant garde des techniques modernes.

 

Bien entendu, les circonstances ont été exceptionnelles et non prévues. Elles seront exceptionnelles ailleurs et tout aussi non prévues. Nous apprenons aujourd'hui que tout n'était pas parfait à Fukushima. C'est aussi ce que nous apprendrons demain où que le nouvel accident ait lieu. Et peut-être même avant avec les tests et audits...

 

Au delà des victimes du tsunami, au delà des premières victimes du nucléaire qui vont apparaître jour après jour et pendant des années ou des dizaines d'années, c'est le bien fondé de la politique énergétique qui est en question.

 

En bref

 

L'accident de Fukushima dépasse largement le Japon.

 

Par ses conséquences immédiates, il touche le 3ème puissance économique mondiale, un pays inséré dans la mondialisation et donc relié à toute l'économmie mondiale. Cet accident a des conséquences dans tous les pays du monde.

 

Ce qui s'est passé là peut se reproduire partout. D'où la mise en question de l'industrie nucléaire dans le monde. Au niveau sûreté comme au niveau coût. Avec des conséquence importantes économiques et financières.

 

Le monde n'est pas encore sorti de la crise financière de 2008 et l'UE encore moins. Avec Fukushima, la grande crise est peut-être devant nous.

 

La civilisation industrielle s'est développée au risque de la santé et de la vie des travailleurs. La prise de conscience du risque encouru par la planète du fait des gaz à effet de serre est récente. Certains ont pensé qu'on pouvait y échapper en ayant recours à l'industrie nucléaire, en fermant volontairement les yeux sur ses risques. Risques dus aux accidents qui, de toute façon, sont réservés, le plus souvent, aux travailleurs, notamment à nombre de travailleurs intérimaires mal surveillés. Mais aussi les risques attachés à l'industrie nucléaire proprement dite : extraction du minerai, inutile d'en parler c'est au Niger, transport, traitement des déchets, démantèlement des réacteurs...


La société est sommée de choisir entre les risques climatique ou nucléaire, minorés en permanence par les « compétents » des 2 camps. Mais tous deux posant comme présupposé, indiscutable, le développement continu, le besoin toujours croissant d'énergie.

Le principe de précaution brandi à tout bout de champ, constitutionnalisé en France, n'est, curieusement, jamais invoqué.

 

Dans cette querelle de Charybde et Scylla, le nucléaire à l'avantage d'apporter à la France son indépendance énergétique, alléguée, en réalité reposant sur un néocolonialisme, « inconscient ? » qui fait que depuis des années le nucléaire français est édifié sur le minerai africain... même les enlèvements au Sahara de travailleurs français n'ont pas touché cette ligne de défense !

 

L'argument du faible coût de l'électricité nucléaire va être discuté à nouveau avec Fukushima qui met en évidence l'insuffisance des mesures de sécurité. Il va falloir ajouter le coût imprévu des nouvelles mesures dans toutes les centrales, en activité, en construction ou en projet... De même pour le démantèlement dont le coût a toujours été « oublié » ou sous estimé (estimé 65 milliards d'euros en 2004 par la Cour des comptes, cité par Alter éco avril 2011), mais l'heure de vérité approche avec les premiers travaux pratiques sur les centrales qu'il va falloir arrêter. Et le traitement et le stockage des déchets dont nul ne sait aujourd'hui comment s'en débarrasser. Ce n'est pas grave, ils seront stockés, « ailleurs ». Le coût du stockage a été réévalué de 15 milliards d'euros en 1996 à 58 milliards en 2003 (Alter éco avril 2011).

Tout cela va augmenter le prix de revient de l'énergie nucléaire, surtout pour les générations futures.

 

Les premières conséquences de Fukushima concernent évidemment la région dont les hommes, les animaux, la production agricole, la pêche vont être contaminés durant des années, des dizaines d'années... Pour le moment, « le Japon a perdu 4 voire 6 réacteurs nucléaires, soit une valeur de 20 à 30 milliards d'euros, démantèlement non compris. Plus d'un millier de km2 alentour sont contaminés à des degrés divers, rendant durablement impossible une vie normale. La centrale elle-même deviendra un cimetière nucléaire à surveiller pendant des centaines d'années » (Le Monde 30/03/11).

 

Fukushima a aussi un impact sur l'ensemble du Japon.

- Dans la zone sinistrée, se trouvent « près du quart de l'industrie de la pêche, 10% de la production du matériel informatique. 25% de la production japonaise d'huitres dont quantité de naissains qui partaient vers la France... » (Le Monde 27-28/03/11).

- Le séisme et le tsunami ont frappé plus largement l'ensemble de l'économie japonaise. «  Le gouvernement japonais estime... qu'il pourrait coûter plus de 200 milliards d'euros à l'économie nippone, sans compter l'impact sur l'activité des entreprises et les conséquences de l'accident nucléaire de Fukushima, soit 4,5% du produit intérieur brut de l'archipel » (JDD 24/03/11). Les exportations devraient particulièrement baisser dans l'automobile et l'électronique, secteurs dont la production est la plus affectée par les dégâts et perturbations engendrés par le séisme et le tsunami du 11 mars (LEMONDE.fr 05/04/11).

L'économe mondiale sera fortement touchée : "Outre les grands groupes japonais (Toyota, Suzuki, etc.) et leurs filiales étrangères, il existe également de par le monde de nombreuses multinationales (General Motors, Sony Ericsson, Volkswagen, Boeing, etc.) dont la production dépend de l'approvisionnement permanent d'éléments de construction et de pièces de rechange venant du Japon... Ces livraisons sont désormais interrompues. L'arrêt de la production au Japon pourrait aussi freiner très rapidement la dynamique de la production industrielle dans d'autres pays ».(Élet és Irodalom – Hongrie 25/03/11)

Les arrêts de fourniture d'électricité, plus ou moins prolongés, vont retentir sur la production industrielle. L'économie japonaise n'était pas au mieux depuis une dizaine d'années. Certains pensent que le Japon est un des pays les mieux armés pour relever un tel défi. Ils s'appuient sur le précédent du tremblement de terre de Kobé, en 1995. Il s'agissait d'un cataclysme naturel et les Japonais savent comment réagir à des phénomènes qu'ils ont appris à gérer à défaut de pouvoir les empêcher. Ils sont, cette fois, partiellement responsables. Ils s'en souviendront. Ils ont vu le désarroi de « compétents », techniciens et gouvernants. Qui peut croire qu'ils accepteront facilement de repartir dans l'industrie nucléaire.

 

« Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés». Dans une économie mondialisée qui fonctionne en flux tendu, avec zéro stock, la défaillance d'un maillon entraîne des conséquences en chaîne. Ce qu'illustre parfaitement la liste des composants venant essentiellement ou exclusivement du Japon, établie par Éric Besson, ministre de l'Industrie : disques durs, capteurs pour appareils photo numériques, transistors fins, batteries pour PC… 20% de la production électronique mondiale vient du Japon, et même 70% pour au moins trente secteurs technologique (JDD 24/03/11).

 

Tout ceci ne peut laisser indifférent le monde politique, économique et financier.

Angela Merckel et la coalition au pouvoir en Allemagne viennent d'en faire les frais, les premiers, en perdant la majorité au profit des Grünen et du SPD dans un État. Malgré la décision, précipitée et peu convaincante, de revenir sur sa décision de prolonger la vie de centrales : moratoire de trois mois sur l’allongement de la durée de vie de 17 réacteurs et l’arrêt provisoire de 7 centrales anciennes. Depuis, l’Allemagne est contrainte d'importer de l'électricité nucléaire française et tchèque produite par des centrales thermiques avec dégagement de gaz à effet de serre.

Cela va lui poser le choix de production de l'électricité nécessaire à son industrie, électricité plus chère qui diminuera sa compétitivité... Le surcoût touchera à la fois le titulaire de revenu minimum, comme l’industrie. FAZ.net 05/04/11 Revue de Presse allemande permalien #849


L'Italie avait arrêté ses investissement dans le nucléaire en 1987 et se préparait à les reprendre. Un référendum est organisé en juin sur la question. Il n'est pas sûr que les Italiens soient très enthousiastes après Fukushima et... l'Aquila !

 

En France, comme l'a dit Éric Besson, des industries sont dépendants de fournisseurs japonais : déjà, Peugeot a du ralentir une de ses chaines, certaines pièces indispensables n'étant fabriquées qu'au Japon

Mais .la question va se poser à d'autres niveaux. Sur le plan intérieur, avec ses 58 réacteurs en activité produisant 70% de son électricité, qu'il va falloir tester, renforcer au point de vue sécurité, peut-être arrêter. Et dont il sera difficile de prolonger l'utilisation ce qui était prévu, et contesté.

En France aussi, par suite de ses activités à l'exportation du nucléaire. Ce n'est pas étonnant que Areva avec 7 % des ventes au Japon aient été chahuté à la bourse. De lourdes incertitudes pèsent sur l'expansion internationale d'EDF. En décrétant un moratoire d'un an sur le nucléaire civil, le gouvernement Berlusconi fait peser une lourde incertitude sur la poursuite des projets Le Monde 01/04/11).

 

Fin 2010, plus de 60 États avaient informé l'AIEA... qu'ils envisageaient de lancer des programmes d'énergie nucléaire (Le Monde 07/04/11). Vont-ils témoigner du même enthousiasme dans les mois qui viennent ?
La puissance nucléaire installée est de 360 gigawatts (GW).Il était prévu 360 GW supplémentaires d'ici 2035... Avec Fukushima, l'AIEA n'en prévoit plus que 180 GW (Le Monde 02/04/11).

Le remplacement, pour une durée provisoire qui risque de durer longtemps, de l'énergie nucléaire, va pousser à la hausse le prix du pétrole, à l'augmentation des investissements dans les recherches de gaz, la remise en activité du charbon. Les énergies renouvelables vont intéresser davantage car elles apparaîtront désormais moins chères, moins dangereuses, moins polluantes.

 

Das cette nouvelle orientation, une fois de plus, l'Allemagne qui n'a pas fait, comme la France le choix du « tout nucléaire » se trouve bien placée pour produire, mettre en place, exporter...

En Espagne, le vent est déjà la première source d'électricité : 21% en mars et il est prévu de doubler la production d'ici 2020. Actuellement, l'ensemble des énergies renouvelables couvre 40,5% des besoins (Le Monde 02/04/11).

 

D'après l'AIEA, la production d'énergie au niveau mondial est tributaire pour 87% du pétrole-charbon-gaz , 7% pour les énergies renouvelables et 6% pour le nucléaire. Pour 2035, l'Agence internationale de l'énergie prévoyait respectivement 78%, 14%, 8%. (Le Monde 05/04/11).
D'ores et déjà, la part des énergies renouvelables est supérieure à celle du nucléaire à l'échelle mondiale. Il était déjà prévu de l'augmenter encore, avant Fukushima. Il y a fort à parier que cette tendance va s'accentuer, avec le renchérissement des prix des autres énergies, avec les résistances qu'on pourra difficilement ignorer,.

Ce que les politiques ont refusé à ce jour, sous la pression aveuglante des nucléocrates scientifiques et financiers, leur sera imposé demain par la contrainte économique et financière.
Pour échapper au dilemme, asphyxie ou irradiation, il faut mettre en chantier, rapidement, les sources d'énergie renouvelable, non polluante et surtout construire une société qui avancera comme priorité des priorités, les économies d'énergie.

La crise de 2008 n'est pas terminée. L'Union européenne est ébranlée. Le Japon esst durement frappé. Les États-Unis peinent à repartir. Qui peut dire que principal de la crise n'est pas à venir ? Malgré cela, l'économe mondiale, face aux problèmes écologiques, ne peut se contenter de faire toujours plus.


 

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité
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