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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 12:11

 

L'Europe (la France) et la guerre


La réussite la plus éclatante de la construction européenne, généralement reconnue, c'est d'avoir évité aux différents pays européens les malheurs de la guerre.
Il faut dire que, entre 1870 et 1945, l'Allemagne et la France se sont affrontées à 3 reprises dont deux ont abouti à un conflit mondial et ont entraîné des millions de morts... La dernière a laissé la plupart des pays européens exsangues...



A la suite de ces catastrophes et, notamment, après la Seconde guerre mondiale, l'idée de construire une Europe unie et donc pacifiée s'est développée de façon à enchaîner volontairement les deux « géants » néfastes du passé. Avec l'aide, décisive, des deux vrais puissances géantes du moment, l'URSS menaçante et les États-Unis intéressés.

Aux soixante et dix ans d'affrontement ont succédé soixante et dix ans de paix et de stabilité démocratique pour l'Allemagne, la France et quelques autres. Sans pouvoir affirmer que cela est dû, seulement, à la construction de l'Europe. Mais paix et démocratie n'ont pas intéressé de la même façon toute l'Europe. La construction de « l'Europe » n' a touché au départ que 6 des 10 pays membres du Conseil de l'Europe et aujourd'hui 28 pays sont dans l'Union européenne sur les 47 du Conseil de l'Europe.



Depuis 70 ans, Allemagne et France ont pacifié leurs relations, peut-on dire, pour autant, que les pays européens ont rompu avec la guerre ?

Cette relative réussite de l'Europe de la paix et de la démocratie ne doit pas faire passer sous silence ses vicissitudes internes avec l'oubli des dictatures au Portugal (1926-1974) et en Espagne (1939-1975), la guerre civile en Grèce (1946-1949) puis la dictature des généraux (1967-1974).

Tandis qu'en Europe de l'Est, la « pax sovietica » était marquée par une démocratie très relative et différents épisodes sanglants avant d'aboutir à la chute du mur en 1989 : coup de Prague (1948), insurrection de Berlin (1953), soulèvement de Poznań (1956),insurrection de Budapest (1956), mur de Berlin (1961-1989), printemps de Prague (1968).

Avec l'effondrement de l'Union soviétique, l'Europe, unie et démocratique, s'est agrandie, non sans mal, notamment avec le démembrement douloureux de l'ex-Yougoslavie (guerres de Croatie, Bosnie-Herzegovine, Kosovo). Qui n'a pas déclenché cependant un nouvel affrontement armé entre la France et l'Allemagne...

Sans oublier les guerres de l'Union soviétique avec l'Afghanistan (1980-1989), de la Russie avec laTchétchénie (1994-1996 et 1999-2009) et tous les autres conflits de l'ex-Union soviétique : Abkhazie, Arménie, Azerbaïdjan, Ciscaucasie, Géorgie, Moldavie, guerres de l'Ossétie,Tadjikistan, Ukraine...



En Europe de l'Ouest, si la défaite nazie a déconsidéré, pour un bon moment, toute tentative d'aventure extérieure de l'Allemagne, il n'en est pas de même pour tout le monde.

Plusieurs États européens se sont engagés dans des conflits avec ou sans le soutien de l'ONU ou dans des alliances comme celle de l'Otan : guerre de Corée (1950-53), guerre du Golfe (1991), Afghanistan (2001...), guerre d'Irak (2003-2011), intervention en Libye (2011), guerre contre l’État islamique (2014...).


Une place à part doit être réservée à l'aventure de Suez (1956) menée par la France, le Royaume-Uni et Israël et bloquée par les États-Unis et l'URSS montrant à ces pays les limitesde leur liberté politique.

 


Plusieurs États européens, Belgique, Espagne, France, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, étaient des puissances coloniales. La décolonisation a toujours été le fruit d'un affrontement souvent armé, depuis des incidents plus au moins importants, qu'il est difficile de tous dénombrer, jusqu'à de véritables guerres. Notamment pour le Portugal et la France.


Pour le Portugal, les conflits ont été longs et graves : guerres coloniales en Angola (1961), en Guinée Bissau et Cap Vert (1963) au Mozambique (1964). Elles se termineront, de façon remarquable, par un soulèvement de l'armée contre le régime dictatorial, la Révolution des œillets, en avril 1974, qui conduira pour le Portugal à un régime démocratique, à l'adhésion à l'Europe et pour les colonies portugaises à l'indépendance (1975).


La décolonisation la plus difficile, la plus meurtrière, sera la décolonisation française avec la guerre d'Indochine de 1946-1954 (500 000 morts), l'insurrection de Madagascar en 1947 (des dizaines de milliers de morts), la guerre d'Algérie de 1954-1962 (800 000 à 1 500 000 morts).


Mais les interventions françaises  ne s'achèvent pas avec les indépendances des années 60 en Afrique. Une vingtaine d'accords de défense et de coopération ont été signés entre la France et les anciennes colonies africaines devenues indépendantes : ces accords devraient plutôt porter le nom d'accords de soutien au régime en place et aux intérêts français. D'où une multitude d'interventions des forces françaises en Afrique dans ce cadre. Et d'autres, dans un cadre plus large avec l'approbation des Nations-Unies en collaboration avec d'autres pays.


Au total, il est difficile de trouver, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les années où les armées européennes et surtout françaises ne bataillaient pas quelque part dans le monde. Et aujourd'hui, d'après Newsweek (cité par Courrier international 13-19/11/14), « des forces françaises sont déployées dans au moins 10 pays africains... A ce jour, les Français ont mené plus de 40 interventions militaires officielles en Afrique pour protéger des dirigeants à leur goût ou en écarter d'autres qui ne l'étaient pas...
Les 4 interventions militaires menées au cours des deux premières années de son mandat
[Hollande] ont été moins opaques : Paris a consulté ses alliés africains, les Nations Unies et l'UE et les a invités à participer aux opérations. »


Environ 10 000 militaires français sont répartis, en 2013, dans une dizaine d'opérations extérieures (OPEX), dont les plus importantes se situent au Mali, en Centrafrique, au Liban, en Afghanistan, en Côte d'Ivoire et dans les Balkans (Wikipedia).

 


Finalement, la construction d'une unité européenne a contribué à une pacification interne mais les pays européens sont partie prenante dans de multiples guerres dites « locales » ou « périphériques », parce qu'elles se passent chez les autres et qu'ellen'ont pas dégénéré en conflit mondial...


Dans ces « pays européens » qui vont guerroyer au loin, la France est en « bonne place », ce qui permet au président de la République de dire : « La France, une nation qui compte dans le monde, sur la scène internationale, une nation qui prend ses responsabilités pour assurer la sécurité, la sécurité de l’Europe mais aussi la sécurité dans le monde, et pour agir partout où nous sommes appelés pour la paix » (Discours lors de la commémoration du 70ème anniversaire du débarquement en Provence au Mont-Faron 15/08/14).


Bien entendu, les derniers conflits dans lesquels la France s'est engagée n'ont rien de comparable pour leurs dégâts immédiats avec les deux guerres mondiales. Ou même avec les guerres d'Indochine ou d'Algérie.
Ici, la France n'a pas les mêmes buts. D'autant qu'elle sait qu'elle n'en a pas les moyens. Ces interventions, ces guerres, sont conduites, d'après le président de la République, au nom de la sécurité, « de la sécurité de l'Europe » qui n'en partage pas les frais humains et financiers et s'en tient à distance. Mais aussi au nom de la « sécurité du monde » dont le président de la République et donc la France, s'autoproclame responsable !
Certes ce n'est pas quand la maison brûle qu'il faut penser à contracter une assurance. Mais cinquante années d'interventions n'ont pas été la bonne méthode pour assurer la stabilité, le développement et les bonnes relations avec les pays africains.



Peut-on espérer aujourd'hui de meilleurs résultats ? C'est peu probable. Combien de temps faudra-t-il pour s'en apercevoir ?

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Published by Paul ORIOL - dans Généralités
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