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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:07

Et les politiques qui ont oublié leurs promesses regardent ailleurs ! Aucune voix de poids ne s'élève pour dénoncer les apparences et mettre devant les yeux des peuples de l'UE que rien ne fonctionne, que c'est probablement la plus grande crise de la construction européenne depuis ses premiers pas. Q'uil ya d'autres voies. Que ce ne sont pas seulement les spéculateurs qui en sont responsables mais aussi la politique institutionnelle et la politique économique de l'UE.

L'Europe sociale

Le traité de Maastricht devait apporter tant de choses grâce à l'euro, aux critères de convergence...« Votez Oui à Maastricht et on se remettra au travail tout de suite sur l’Europe sociale.» affirmait Jacques Delors quelques jours avant le référendum. Le Traité était très insuffisant en matière sociale mais il ne fallait pas casser la dynamique européenne. Les Français l'ont cru et ont voté "oui". Nous avons l'euro, maintenant monnaie de 16 pays de l'Union sur 27. Une monnaie sans gouvernement économique, sans même une concertation pour favoriser une convergence des politiques économiques... Et depuis, les avantages sociaux ne font que régresser parallèlement dans les différents pays.

Cette semaine, ce sont la Grèce et l'Espagne qui manifestent, demain....

L'Europe économique

L'euro est en pilotage automatique, soustrait à toute tutelle politique. En fait, c’est l’euro qui soumet les gouvernements nationaux à la contrainte des critères de convergence concernant la dette, le déficit, l’inflation. Tout le monde sait que la situation économique des 16 pays de l’euro est bien différente, que l'euro ne peut être spontanément adapté à ces politiques diverses. Il faut donc que chaque pays s'adapte à l'euro. Ou mentir sur ses comptes.

La stratégie de Lisbonne, les conclusions de la présidence du Conseil européen, (23 et 24 mars 2000), étaient claires et chantantes pour les lendemains : "L’Union s’est aujourd’hui fixé un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale." Qu'en est-il aujourd'hui ? Quel est le bilan de "la décennie" ?
La Commission a quelques difficultés à masquer son échec : "Dans l'ensemble, la stratégie de Lisbonne a eu des effets positifs sur l'Union même si ses objectifs essentiels (à savoir un taux d'emploi de 70 % et des dépenses en R&D équivalant à 3 % du PIB) ne seront pas atteints. Le taux d'emploi dans l'UE s'élevait à 66 % en 2008 (contre 62 % en 2000) avant de reculer de nouveau en raison de la crise. Cependant, l'UE n'a pas réussi à combler l'écart de croissance de la productivité avec les plus grands pays industrialisés: les dépenses totales en R&D dans l'UE, exprimées en pourcentage du PIB, n'ont progressé que légèrement (passant de 1,82 % en 2000 à 1,9 % en 2008)" Et "la croissance de l'emploi n'a pas toujours permis de sortir les gens de la pauvreté…" (Commission européenne, Bruxelles, le 2.2.2010 SEC(2010) 114 final Document de travail des services de la Commission, Document d'évaluation de la stratégie de Lisbonne Lisbon_strategy_evaluation_fr.pdf)
Et la Commission nous promet pour les 10 années à venir "une croissance intelligente, verte et inclusive" (Communication de la Commission au Conseil européen 2010_com_Europe_2020-3.pdf°).

Hier, les critères de convergence étaient invoqués pour empêcher toute politique sociale et permettre un grand essor économique. Arrivent les turbulences, les critères de Maastricht sont jetés par dessus bord pour sauver les banques et les entreprises. Chaque État, ses banques et ses entreprises : l’Eurogroup et son président, chargés de coordonner si possible les politiques des différents pays, restent silencieux. « La gestion économique en Europe est devenue, durant la crise, plus nationale qu’elle ne l’était avant son déclenchement » (Giscard d'Estaing, Le Monde, 13/01/2009)

L'Europe libérale de Maastricht est au bord de l'explosion ! L'UE a bien une monnaie unique gérée par une banque européenne indépendante. La « concurrence libre et non faussée », voulue par les gouvernements, a empêché toute harmonisation fiscale et sociale pour favoriser le « moins disant » social et la concurrence entre les travailleurs. Les Etats affrontent la crise en ordre dispersé. Chacun espère tirer son épingle du jeu mieux que son voisin. Les agences de notation baissent la note de certains. Ce qui n'entraîne aucune solidarité des autres Etats. L'un après l'autre, ils passent outre aux critères de Maastricht. Ils sont tous au courant des "comptabilités imaginatives" de tel ou tel gouvenement au moins depuis 2004 et pas seulement pour la Grèce. Les enqêteurs d'Eurostat sont en congé de complaisance. Car comment éplucher les chiffres de la Grèce sans parler de ceux des "grands pays". Qui ne le veulent pas.

Il faut la grande attaque spéculative contre la Grêce pour qu'une enquête soit déclenchée. Après vérifications des comptes, par Eurostat et la Bundesbank (en vertu de quel traité, la Buba ?), la Grèce sera aidée à condition que soit mis en place un plan de rigueur qui ne touchera pas les responsables mais les victimes. Pas les banques, mais les travailleurs. Aux Etats-Unis, la Fed (banque centrale) enquête sur les relations entre la Grèce et Goldman Sachs et autres banques (Le Monde 27/02/10). Ce n'est pas le cas en Europe.

L'euro fort devait nous mettre à l'abri de tout et tout est aujourd'hui attaqué par des banques et menace l'UE d'éclatement. Au point qu'il n'est pas inimaginable que le FMI soit appelé à intervenir pour éviter la faillite de la Grèce ! Et demain de l'Italie ? De l'Espagne ? Et de qui d'autre ?

L'Europe politique

Le traité de Lisbonne, adopté finalement au forceps et en pleine crise, entérine sans broncher les critères de Maatricht que personne ne respecte. Prometteur d'une importante avancée politique d'après tous les gouvernements, il se met en place dans la plus grande confusion. Au point que Obama refuse de venir en Europe se faire photographier à coté des roitelets qui se disputent une présidence improbable. Kissinger demandait : l'Europe ? Quel numéro de téléphone ? En fait, la présidence de l'UE est un véritable annuaire ! Chaque président est accroché à son portable dans l'espoir d'entendre un appel d'outre-Atlantique : le président de la Commission, le président de l'Union, le président tournant, le président tournant suivant, le président du Parlement, le président de l'Eurogroup, sans parler de la Haute présentante, vice-présidente...

Copenhague a bien montré que l'UE n'existait pas et que séparément les 27 ne faisaient pas le poids face aux Etats-Unis (le chevalier noir et les 27 nains !) et à la Chine. Sur quel dossier pèse-t-elle ? Les débuts de la Haute représentante ne semblent pas beaucoup plus porteurs d'espoir d'une poltique étrangère commune d'autant que son rôle est bordé de tous les cotés par les présidents.

Où va-ton ?

De façon peu étonnante, ceux qui hier faisaient de superprofits grâce à une compétence qui n'était discutée que par les altermondialistes et qui a mené à la faillite, sont aujourd'hui ceux qui font des superprofits en gérant la crise suivant leurs intérêts.

Pendant ce temps, l'UE fait son petit bonhomme de chemin en chantonnant. Le président de la CE dont l'efficacité a étonné le monde est réélu avec une majorité plus importante que lors de son premier mandat. Il faut croire que tout le monde en est satisfait. Les Commissaires passent des auditions et sont acceptés non à cause de leur compétence, de leur vision politique de l'avenir de l'UE mais grâce aux équilibres politiques et géographiques.

Paradoxalement (?), l'énorme cacophonie de l'UE, la mise en cause de l'euro, met en lumière la nécessité d'un direction politique et économique européenne. Et pousse les plus réticents. A coté d'Eurotstat, c'est la Bundesbank qui va contrôles les finances grecques ! Car tout le monde attend la participation de l'Allemange au sauvetage de la Grèce. Après l'euro-mark, l'Allemagne va-t-elle prendre la tête d'une direction économique de l'UE qu'elle refusait obstinément ?

La crise est venu du dérèglement de la finance étasunienne (spéculation sur les subprimes hier et contre la Gèce aujourd'hui) qui a ébranlé l'euro. Sera-t-elle à l'origine de la mise en place d'une direction politique et économique de l'Union ? Avec à sa tête, peut-être pas formellement, la première puisance industrielle de l'UE ? Il est moins question ces temps-ci de société post-industrielle. La livre s'étiole. Le yuan (aministré) s'appuie sur l'industrie chinoise et l'euro résiste grâce à l'Allemange.

Si la crise est favorable à une réforme des institutions, il est peu probable que les peuples de l'Union en tirent un grand bénéfice. Pour renforcer la compétitivité, il faudra réduire les "charges" sociales ou salariales. Car le producteur est une charge. Même avec retard, les gouvernements trouveront la solution pour changer sans que rien ne change.

En France, la gauche de gauche s'acharne dans sa division. La gauche raisonnable nous promet le président du FMI comme futur président de la République qui nous proposera peut être un autre socialiste le directeur de l'OMC comme premier ministre ? Attention le changement. Avec une telle gauche, la droite peut dormir tanquille. Et le capital prosperer.

La révolte gronde. Les peuples sentent bien ce qui arrive : ils manifestent en Grèce, en Espagne, demain en Italie ? En France ?Ces manifestations sont vouées à l'échec. Car si la convergence des gouvernements face à la crise a pris bien du retard celle des peuples n'est toujours pas visible. Tous sont neutralisés par leur volonté de ne pas retarder la marche en avant de l'Union. Et l'Europe sociale est toujours considérée comme un obstacle à cette progression. Il y a toujours une raison pour la remettre au lendemain. Il n'y a pas d'espace public européen, il n'y a pas de contre pouvoir européen. Les protestations se déroulent sans coordination au niveau européen. Tant que la société civile européenne sera fragmentée, tant qu'un lien européen ne sera pas établi entre associations ou syndicats ou partis, pour promouvoir de nouvelles règles du jeu et une nouvelle politique, il est vain d'attendre autre chose que des adaptations institutionnelles au marché.

C'est la règle du jeu qu'il faut changer de fond en comble. Au Parlement européen, l'idée de limiter la souveraineté économique des États progresse. Mais une fois de plus, cela se fera sans consulter réellement les peuples. Pourtant,c'est aux peuples de dire ce qu'ils veulent et non aux gouvernements. Mais pour arriver à cela, il faut une forte mobilisation populaire au niveau européen.

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Published by Paul ORIOL - dans Europe
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