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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 14:27

 

 

 

L'écologie est entrée dans la sphère politique depuis une quarantaine d'années, au moins depuis la candidature de René Dumont à la présidentielle de 1974 où il a recueilli 1,32% des voix. Depuis, l'écologie ne semble pas avoir beaucoup progressé au moins dans ce type d'élection. Depuis 1974, seul Noël Mamère, candidat en 2002, a réussi à dépasser les 5 % (5,5%). Tous les autres sont restés en dessous : Brice Lalonde, 3,88% en 1981, Antoine Waechter 3,78 % en 1988, Dominique Voynet 3,32 en 1995 et 1,57 en 2007.


Les premiers sondages après la désignation d'Eva Joly ont pu faire espérer des résultats différents pour 2012, certains parlaient alors d'un résultat à 2 chiffres ! En effet, les sondages lui donnaient 5% en juillet et août 2011 mais ces prévisions se sont effondrées depuis quelques mois rejoignant celles qui ont précédé les présidentielles de 1995 et 2007 où Dominique Voynet était candidate. Tout ceci augure mal du résultat en mai prochain, un redressement étant difficile à envisager. L'illusion d'un résultat à 2 chiffres envolée, l'EELV signerait aujourd'hui sans barguigner un petit 5% qui permettrait de récupérer les frais de campagne.

 

Il faut noter que dans le même temps les sondages créditent Jean-Luc Mélenchon, parti aussi de 5%, de résultats qui caressent les 10%.

 

 

 

Que c'est il passé ? Le seul énoncé comparé de ces données sondagières de Eva Joly et de Jean-Luc Mélenchon suggère une différence dans la qualité des 2 campagnes électorales. Probablement. Mais il est possible d'avancer d'autres explications. Notamment, une ligne floue et variante de EELV.

 


 

Après 2005, alors que les "non" de gauche s'entre-déchiraient pour prendre le contrôle de cette mouvance et s'enfonçaient dans le ridicule des résultats de la présidentielle de 2007, Les Verts lançaient, à l'initiative de Dany Cohn-Bendit, une audacieuse campagne d'ouverture et de regroupement des écologistes aussi large que possible y compris de ceux qui avaient voté "non" comme José Bové. Cet élargissement, la présence de Daniel Cohn-Bendit, un scrutin favorable, proportionnelle à l'échelle des grandes circonscriptions et Europe, permettaient une poussée remarquée aux élections européennes de 2009 avec un résultat national de 16,28%, double du précédent, prolongé même si amoindri d'un 12,2% aux élections régionales, scrutin plus difficile pour EELV. I

 

EELV trouvait sa place dans le paysage politique, y compris au Sénat avec la constitution d'un groupe parlementaire. EELV pouvait envisager de nouvelles aventures à l'échelon national pour la présidentielle et les législatives.

 


 

Fort de ces succès électoraux à l'élection européenne et aux élections régionales, Dany Cohn-Bendit pensait que EELV ne devait pas présenter de candidat à l'élection présidentielle et soutenir le PS dès le premier tour en échange d'un contingent substantiel de places de députés. Il a même pensé un moment se présenter à la primaire socialiste ce qui aurait démontré et l'intégration de EELV à la gauche classique comme l'a fait Baylet et dans le même temps chiffrer l'importance du courant EELV parmi les électeurs de gauche. Sans heurter les militants du PS qui auraient vu là (comme nombre de militants de EELV) un ralliement.

 

 

EELV et sa direction ont préféré compter leurs troupes au niveau de la présidentielle partant du principe, justifiée mais risqué, que l'écologie politique n'est pas réductible à un supplément d'âme du PS. Pour cela, la direction de EELV avait réussi à trouver un candidat médiatique en Nicolas Hulot. Les participants à la primaire verte en ont décidé autrement et choisi Eva Joly dont le passé professionnel est exemplaire de préférence à un Nicolas Hulot discuté pour ses relations avec l'industrie et sa position sur le nucléaire.

 

 

Les participants à la primaire verte choisissaient le fond plus que l'apparence. Dans le même temps, la direction d'EELV adoptait la souplesse par un contrat avec le PS que certains ont trouvé douteux par les concessions qui étaient faites sur le fond contre des sièges à l'Assemblée nationale. Des EELV qui avaient soutenu Eva Joly ont commencé à prendre du recul.

 


 

Les sondages ne sont pas favorables. Eva Joly, c'était son mandat, ne s'est pas cantonnée à l'écologie et ce sont des prises de position sur d'autres sujets qui ont fait du bruit : 14 juillet, désistement au second tour...
Sacrifiant le leurre des sondages, elle aurait pu essayer d'attaquer de front les questions fondamentales comme l'Union européenne, le réchauffement climatique, le prix du pétrole, les gaz de schistes, le nucléaire avec l'aide du choix de l'Allemagne d'en sortir et de développer l'emploi dans les énergies de substitution contrairement Nicolas Sarkozy.
Mais quand elle va au Japon ou en Grèce, cela ne fait pas l'événement. Quand elle prend position contre le traité et ce sont ses "amis européistes" qui s'insurgent...

 


 

La candidate EELV ne décolle pas. Elle n'a pas trouvé sa base électorale qui est peut-être trop diffuse dans la société pour s'exprimer dans l'élection forte qu'est la présidentielle. Corinne Lepage n'en tire aucun bénéfice même si elle énerve Eva Joly.

 


 

Mais, pour le moment, tout ne peut s'expliquer par le vote utile. La comparaison avec Jean-Luc Mélenchon montre qu'à ce stade il ne peut être qu'une excuse devant l'échec.

Jean-Luc Mélenchon a asséché l'extrême gauche qui n'avait pas besoin de lui pour cela, l'aventure du NPA n'a pas duré longtemps. Il a redonné de l'espoir à la gauche qui, depuis 2005 n'avait pas trouvé de lieu d'expression en dehors des luttes sociales et se constitue point par point une base électorale. Il rallie, malgré ses faiblesses de ce coté, un certain nombre d'écologistes déçus ce qui pourrait lui permettre de tenter la synthèse du rouge et du vert, synthèse difficile avec le poids traditionnel du "progrès" dans une partie importante de ses troupes.

 

 

Aux législatives, EELV risque de rencontrer des difficultés inattendues avec la possibilité d'une révolte des militants du PS dans les circonscriptions réservées à la suite d'un résultat trop faible à la présidentielle. Cela voudrait dire que le pari a été à moitié perdu, pour cette fois.

 


 

EELV survivra à cette mésaventure, qui n'est pas la première, car la question écologique ne peut pas quitter le devant de la scène. Mais faute d'un choix cohérent, une alliance en bonne et due forme avec le PS ou une autonomie franche, aujourd'hui ils ont probablement perdu une bataille. Et n'ont pas fait progresser leur cause.

 

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité
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Alain Vriens 11/03/2012 22:09

La candidature d'Eva Joly est surtout considérée comme celle d'une "étrangère" qui ne considère pas que la France est au centre du monde et la Révolution Française au centre de l'histoire. Jean-Luc
Mélenchon correspond plus à l'identité nationale faisant vibrer la fibre républicaine.

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