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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 15:05

 

Les dernières élections européennes vont-elles changer quelque chose ?

 

Les élections européennes sont, désormais, entrées dans la routine. Le 25 mai, ont-elles été différentes des précédentes ? C'était la huitième fois que les citoyens de l'Union européenne (UE) élisaient les députés du Parlement européen (PE) au suffrage universel direct. Pour la cinquième fois, des citoyens de l'UE, vivant dans un pays de l'UE dont ils n'avaient pas la nationalité, pouvaient voter dans le pays de résidence, ce qui est devenu une banalité. Tandis que les résidents étrangers, non ressortissants d'un État-membre, en étaient exclus, sauf au Royaume-Uni pour les ressortissants du Commonwealth. Pour la première fois, cette élection se déroulait dans 28 pays.

 

Les abstentionnistes : premier parti dans l'UE et en France.

Ce n'est qu'une confirmation des consultations antérieures. Mais, pour la première fois depuis 1979, à l'échelle de l'UE, le taux de participation qui diminuait à chaque nouvelle élection, s'est stabilisé. Bien que toujours faible. Cette année, la participation a été de 43,1% contre 43% en 2009.

 

Pour faire une analyse pertinente, il faudrait traiter les résultats et leur évolution, pays par pays car les abstentions varient beaucoup d'un État à l'autre : cette année de 10% en Belgique et au Luxembourg (vote obligatoire dans ces 2 pays) à 87 % en Slovaquie. Dans les pays de l'Europe de l'Est, l'abstention a été massive en Slovaquie mais aussi en Tchéquie 80,5 %, Slovénie 79 %, Pologne 77,3 %.

Elles diminuent par rapport à 2009 en Allemagne (48% d'abstentions), Roumanie (32,2 %), Finlande, Suède, de façon plus importante en Lituanie (79,02% en 2009 à 55,09%) et en Grèce (de 47,39% à 41,80%). Mais augmentent en Tchèquie (+9% par rapport à 2009), Danemark (+4%), Estonie (+8%), Irlande (+7%), Italie (+5%), Hongrie (+6%) et Slovénie (+8%). (Toute l'Europe 26/05/14).

 

En France, les abstentions ont légèrement diminué alors que les inscrits sur les listes électorales étaient plus nombreux. Au 1er mars 2014, l’Insee comptabilise 44,6 millions de Français inscrits : 700 000 électeurs ont été radiés mais 1 117 000 nouveaux électeurs ont été inscrits. Le nombre a donc augmenté de 417 000. Les jeunes inscrits sont plus nombreux (+179 000), notamment grâce à la procédure d’inscription d’office. Cette augmentation du nombre d’inscrits est moins forte qu'avant les élections présidentielle et législatives de 2012 mais, pour l’Insee, elle témoigne d’une volonté de participation aux élections municipales et européennes de 2014.

 

Des élections européennes ?

Pour une fois, les questions européennes ont été présentes lors de la campagne électorale : sortie de la zone euro, sortie de l'UE. Mais surtout parce que les 5 partis européens, les plus importants, ont désigné leur candidat à la présidence de la Commission européenne (CE) en cas de victoire. Ces candidats sont d'ailleurs intervenus dans la campagne électorale hors de leur pays, phénomène nouveau qui ne semble avoir posé de problème à personne.
Cet aspect de la campagne explique peut-être que certains électeurs ont pris conscience que cette élection, estimée habituellement sans importance, pouvait avoir des conséquences au niveau européen et a, probablement, contribué à enrayer la chute, jusque là constante, de participation.

Bien sûr, la situation politique à l'intérieur de chaque pays de l'UE, et particulièrement en France, a joué un rôle dans le choix des électeurs.

 

Personnellement, pour la première fois, j'ai voté « utile », quoique sans illusion, j'ai voté pour Martin Schulz, le candidat du Parti socialiste européen (PSE) à la présidence de la CE et, par la même occasion, pour Pervenche Bérès.

On ne peut pas se plaindre de l'absence de démocratie au niveau européen et ne pas appuyer les partis européens quand ils exigent que le candidat arrivé en tête à cette élection devienne président de la CE. Alors que ce n'est pas formellement dans les textes (1).

Malheureusement, le PSE est arrivé en deuxième position. Et c'est J-C. Juncker, libéral à à l’excès, ancien premier ministre d'un paradis fiscal européen, qui est en position de revendiquer le poste de président de la CE. Comme il n'a qu'une majorité relative au PE, les consultations-tractations ont commencé comme dans tout régime parlementaire dans la même situation. A.Merkel, après avoir tergiversé, ayant dans sa manche d'autres candidats dont Christine Lagarde, a fini par déclarer soutenir J-C Juncker.

Pour être élu à la présidence de la CE, ce dernier doit obtenir une majorité qualifiée de 73,9 %, soit 255 voix sur 352, au Conseil européen où chaque État a un nombre de voix en fonction de l'importance de sa population : Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni 29 voix chacune, Espagne, Pologne, 27 voix…
Il devra ensuite être élu par le PE à la majorité des voix, ce qui suppose, le PPE n'ayant pas la majorité, une probable grande coalition à l'allemande PPE-PSE.

 

Si J-C Juncker est, ainsi, élu président de la CE, cela devrait faire jurisprudence pour l'avenir et le PE aurait arraché une nouvelle parcelle de pouvoir. Malheureusement, les citoyens européens ont majoritairement voté pour le PPE.

 

Un tsunami relatif et annoncé

En France, la victoire du Front national est incontestable : ce n'est cependant pas le tsunami proclamé même si elle traduit la gravité de la situation politique, économique, sociale… Ce n'est qu'une victoire par abstention. Certes le FN a fait un bond par rapport aux élections européennes de 2009 mais près de 2 millions d'électeurs qui avaient voté pour Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2012 n'ont pas voté pour les listes du FN le 25 mai. L'abstention a cepednat moins frappé le FN que les autres partis politiques.

 

Les citoyens ont pensé, majoritairement, que leur vote n'influencerait en rien ni l'évolution de la politique et des institutions européennes ce qui était l'objet de la consultation. Ni l'évolution de la politique intérieure de la France, les municipales étaient passées par là et le gouvernement avait décidé qu'il devait persister dans sa politique…


Pour expliquer cette résistance relative du vote FN quand tous les autres partis s'affaissaient, bien des raisons ont été avancées. Les partis de gouvernement, conduisant des politiques sensiblement identiques, ont été traités par l'électorat de façon similaire. Et les démêlés multiples d'élus avec la justice n'ont pas arrangé pas les choses.

 

Le principal parti d'opposition, UMP, n'a pas profité, quelques semaines après les élections municipales du désenchantement vis à vis du président de la République et de sa politique. Et des électeurs déçus ont pu se reporter sur le FN.

Pouria Amirashi dit dans Politis (29 mai 2014), les électeurs socialistes « font grève ». Leur désarroi est tel qu'ils n'ont même pas voté pour les autres partis de gauche.
La logique erratique de EELV passant, sans transition, du gouvernement à l'opposition n'a pas convaincu de sa vocation à gouverner avec une politique cohérente et durable. Quant au Front de gauche, parti aux municipales avec le PS (pour le PC) et contre le PS (pour le PG), il a continué à étaler la mésentente de son duumvirat, prouvant bien par là qu'il n'était pas une solution de rechange sérieuse au gouvernement socialiste.

 

La victoire du FN n'a été une surprise pour personne sauf pour ceux qui commandent les sondages, ceux qui les font et ceux qui les commentent qui claironnaient depuis des semaines le FN premier parti de France. Ils parlent mais ne semblent pas écouter ou croire ce qu'ils disent !

Ils continuent d'ailleurs. Si la victoire électorale du FN est incontestable, elle ne suffit pas encore à faire de lui, le « premier parti de France ». Il n'a aujourd'hui ni les électeurs, ni les cadres, ni les militants, ni les élus en nombre et qualité suffisants pour pouvoir y prétendre. C'est de bonne guerre, pour lui, moins pour les sondeurs, commanditaires, commentateurs et concurrents, de le proclamer. Cela lui permet d'avancer sur son chemin avec l'appui de tous les autres.

 

Une exception française ?

Cette victoire électorale du FN en France a un retentissement au niveau européen. Pour des raisons européennes. La France fait partie des pays fondateurs de l'UE, est la seconde puissance économique de l'UE et le fonctionnement de l'UE a été bâti et repose sur l'équilibre relatif entre l'Allemagne et la France… Une France moins européenne, avec un gouvernement affaibli, une économie à la traîne, n'est pas satisfaisante pour le fonctionnement de l'UE.

 

Mais cet affaissement des partis de gouvernement, cette poussée contre l'UE est-elle un phénomène local ? Ce n'est pas certain à l'examen des résultats électoraux de partis clairement opposés à l'UE dans différents pays, même si les situations politiques, économiques ne sont pas les mêmes. Des partis de droite, anti-européens, font souvent de meilleurs résultats que lors d'élections antérieures et quelques-uns ont des résultats comparables à ceux du FN. Mais, leurs divergences sont telles qu'il n'est pas sûr qu'ils se retrouvent dans le même groupe au PE. Quelques partis à gauche de la gauche ont aussi de bons résultats.

Au Royaume-Uni, Nigel Farage, lui même, « avait promis un séisme politique et il a tenu promesse » (The Guardian, cité par Courrier international n°1230). A la tête de l'UKIP (United Kindom Indépendence Party), il a recueilli 27,5 % (3,1 % en 2010) des suffrages devenant comme le FN, le « premier parti » du Royaume-Uni devant le parti travailliste 25,4 % et les conservateurs au pouvoir 23,9 % dont le penchant pro-européen est, pour le moins, limité. Au Danemark, le Parti populaire (DF) de Kristian Thulesen Dahl est arrivé en tête avec 26,6 % (12,3 % en 2011) devant les sociaux-démocrates au pouvoir (19,1 %). Ces deux pays ne font pas partie de la zone euro. En Autriche, où le taux de chômage tourne autour de 5 %, le FPÖ n'arrive qu'en troisième position mais avec 19,7 % des voix contre 12,7 en 2009…
Le pourcentage de voix est moindre mais significatif dans plusieurs autres pays : le Jobbik 14,68 % en Hongrie alors que le parti de Viktor Orban récolte déjà 51,49 % des voix ; Ordre et Justice 14,27 % en Lituanie, le Parti pour la liberté (PVV), en baisse, 13,2 % aux Pays-Bas, Les vrais Finlandais 12,9 %, Les démocrates suédois 9,7 %, Aube dorée 9,38 % et les Grecs indépendants (ANEL) 3,45 % en Grèce, le Congrès de la nouvelle droite (KNP) 7,06 en Pologne, Alternative für Deutschland (AfD) 7 % en Allemagne (qui envoie en plus le premier néonazi au PE), la Ligue du nord 6,15 % en Italie (sans compter le Mouvement 5 étoiles à 21,15 %). (Le Monde 28 mai 2014).

 

Ces résultats disparaissent quelque peu devant l'importance accordée aux résultats du FN en France. Ils n'en traduisent pas moins un malaise européen qui dépasse les clivages ressassés d'opposition entre pays du nord et du sud, ils ne peuvent être liés de façon simple à la situation sociale, au chômage… L'Espagne, le Portugal, l'Irlande dans des situations sociales difficiles ne connaissent pas une telle poussée des partis de droite europhobes. En Espagne, la Gauche unie réalise un 9,99 % et Podémos, issu du mouvement des indignés 7,97 %, au Portugal, la Coalition démocratique 12,69 % avec les socialistes en tête (31%) et le Sinn Fein 17 % en Irlande..

 

Et en Grèce, le pays le plus touché par la crise et la troïka, malgré les résultats des partis europhobes, Syriza, avec à sa tête Alexis Tsipras, allié du Front de Gauche et candidat de la GUE (Gauche unie européenne) à la présidence de la CE arrive en tête avec 26,57 % (« premier parti » de Grèce ?) devant la Nouvelle démocratie (22,75%), parti du Premier ministre.

 

Au total, il semble que le vote protestataire « nationaliste » s'est exprimé pus fortement que le vote « protestataire » social ou a mieux su capter ces deux protestations.

 

Enfin, vint Le Pen…

La politique n'est pas rationnelle et les commentaires bruyants faits autour des résultats de ces élections sont peut-être plus importants que les résultats eux-mêmes. Le « tsunami » français, le « séisme » britannique et leurs répliques dans différents pays européens ont-ils été le véritable « vote utile » de ces élections ? Ils traduisent, avec la baisse significative des partis de gouvernement, de gauche ou de droite, qui suivent la même politique, une souffrance et une défiance de plus en plus grandes des citoyens, que tout le monde connaît depuis des lustres, qui s'exprime à travers les manifestations, grèves.. Mais que les politiques et les « élites » ne veulent pas entendre. Souffrance et défiance qu'ils semblent enfin découvrir à travers les votes cntestataires !.

Après les hauts cris du soir des élections, défiance e t souffrance ont-elle été entendues ? Seront-t-elles écoutées ?

 

Le second tour des élections européennes.

Le PE a su utiliser le traité de Lisbonne pour lui faire dire que le président de la CE devait être le candidat désigné par le parti qui gagnerait ces élections. Le président de la CE serait ainsi élu, au suffrage universel indirect, par les peuples de l'UE, mettant ainsi hors jeu le Conseil.

Suivant cette logique, J-C Juncker devrait devenir le prochain président de la CE. Même A.Merkel qui avait quelques réticences à cette évolution et avait plusieurs candidats de substitution dans la manche, dont Christine Lagarde, semble s'être ralliée à cette solution.
Mais, le futur président doit, en premier, être adoubé par une majorité qualifiée au sein du Conseil des chefs d’État et de gouvernement.

Et David Cameron, le Premier ministre britannique, a fait savoir qu'il s'opposerait à la candidature de J-C Junker : sa nomination pourrait entraîner le départ du Royaume-Uni de l'UE.

Si certains se réjouissent de cette déclaration pour des raisons différentes, les uns souhaitant barrer le candidat du PE pour maintenir la prééminence du Conseil, entraver le chemin vers une UE plus intégrée, les autres avec l'espoir de voir sortir le Royaume-Uni de l'UE, il n'est pas certain que les majorités du Conseil et du PE soient prêtes à ce bras de fer.
Le Royaume-Uni avec ses 29 voix au Conseil aurait déjà le soutien des Pays-Bas (13 voix), de la Hongrie (12 voix), la Suède (10 voix), la Finlande (7 voix), soit 71 voix quand il en faut 92 voix pour bloquer le mécanisme à ce niveau. Il est remarquable que des pays réputés pour leur système démocratique représentatif comme la Suède, la Finlande suivent le Royaume-Uni. Cela prouve à quel point l'image de l'Europe s'est dégradée surtout quand on voit dans ce groupe les Pays-Bas qui faisaient partie des six pays fondateurs.

 

Lors de la première réunion du Conseil après les élections, pour tenir compte de leurs résultats, il a été question d'une réorientation des priorités de l'UE. Mais comme on vient de le voir tout le monde ne met pas les mêmes choses quand il s'agit de progresser vers plus de démocratie et, éventuellement, mobiliser les citoyens.


Reste la question économique et sociale. François Hollande, au lendemain de son élection, n'a pas su faire entendre la nécessité d'une nouvelle orientation. En position de faiblesse aujourd'hui, malgré son effort d'alignement budgétaire, il aurait déclaré que « l'Europe doit entendre ce qui s'est passé en France ».Et plaidé pour une autre politique économique.

 

Pour sa part, Matteo Renzi qui va présider l'UE à partir du 1er juillet, fort de sa victoire en Italie, refuse de se prononcer sur un nom, demande « un programme et un agenda » tout en refusant habilement d'entrer dans « un conflit entre PE et Conseil » : « Tant que l’Europe ne se dote pas d’une méthode pour combattre le chômage, toute discussion sur les postes sera inutile et inefficace ». (Matteo Renzi Le Monde 31/05/1).

 

La partie est loin d'être jouée, les tractations continuent. Des nombreux noms ont été avancés. Le risque est grand que, de compromis en compromis, soit désigné la personnalité la plus insignifiante... mais pour une fois, une partie des choses se passe sur la place publique et pas seulement dans le huis clos du Conseil.


J-C Juncker n'a pas la majorité absolue au PE. Il est possible qu'on s'oriente vers une grande coalition que A.Merkel connaît bien. Dans cette optique, Martin Schulz pose ses conditions : lutte contre le chômage, contre l'évasion fiscale... Jusque là A.Merkel s'entête :  « Il s'agit de reconquérir les électeurs » qui se sont portés sur les extrêmes, a-t-elle expliqué, affirmant qu'une « politique de compétitivité, de croissance et d'emplois est la meilleure réponse au mécontentement ». Jusqu'à quand ?

La décision des 28 sera connue lors du prochain Conseil des 26 et 27 juin prochain.

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Published by Paul ORIOL - dans Europe
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