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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 21:13

 

Les derniers films de 2 des plus grands réalisateurs étasuniens actuels occupent les écrans avec un succès certain : Django Unchained de Quentin Tarantno et Lincoln de Steven Spielberg. Tous deux se situent au milieu du XIX° siècle : le premier, à la veille de la guerre de Sécession, en pleine période esclavagiste, est l'histoire de la lutte d'un ancien esclave pour libérer sa bien aimée ; le second, à la fin de cette guerre, narre le combat de Lincoln pour l'abrogation de l'esclavage. 


 

Django Unchained se présente comme un western. Deux ans avant la Guerre de Sécession, le Dr Schultz, allemand soi-disant dentiste mais réel chasseur de primes, achète un esclave noir à qui il promet la liberté s'il l'aide à reconnaître les frères Brittle, meurtriers qu'il doit ramener morts ou vifs. Dans ce rôle invraisemblable dans le sud des États-Unis à cette époque, Django va, rapidement, devenir l'égal de son maître. La mission accomplie, émancipé, avec l'aide de son ancien maître, il va libérer sa femme, maintenue en esclavage dans une plantation aux mains d'un propriétaire sadique.
Si les scènes de western sont conventionnellement invraisemblables, Noir montant à cheval et le faisant danser devant la plantation en feu, portant des lunettes de soleil, libérant sa bien aimée seul contre tous. Ces scènes sont, aussi, sanguinolentes, dignes du grand-guignol.

On aimerait être certain que le traitement des esclaves, tout aussi invraisemblable à nos yeux, soit imaginaire : la femme de Django « au four » pendant huit jours pour avoir voulu s'échapper, moindre mal car ses 2 compagnons de fuite sont livrés aux chiens et déchiquetés, combat à mort entre 2 esclaves dans le salon pour le plaisir du seigneur des lieux...

L'histoire est dans la lignée politique et morale de la plupart des westerns et des États-Unis : la réussite par le combat solitaire du héros, sous le regard quelquefois satisfait d'esclaves craintifs et malgré l'opposition perspicace du majordome noir au service du maître de céans.


 

Lincoln est un biopic, un film biographique qui relate les derniers mois du président des Etats-Unis qui fait voter l'abolition de l'esclavage, au prix de sa vie. Lincoln est un fim « historique » qui donne libre cours à l'interprétation de l'événement, personnage et circonstances, par le réalisateur.

Ici, l'esclavage est invisible. Les Noirs sont au combat dans l'armée ou serviteurs. On ne saura rien des activités abolitionnistes connues du majordome, ici réduit à ce seul rôle : le service du bon génie. Comme l'autre, dans Django, l'était du mauvais. Ou spectateurs invités dans les travées ouvertes au public le jour du vote. Toute trace de la lutte des Noirs pour leur émancipation a été, volontairement (1) gommée pour magnifier, une fois encore, la rôle du héros solitaire.

Lincoln ne manie pas le pistolet. Seulement, l'intrigue parlementaire, la corruption au service de sa détermination qui permettra le vote de la loi, qu'il arrachera, avec l'aide de ses collaborateurs, en arrivant à convaincre ou à corrompre les quelques voix nécessaires pour obtenir le vote du 13° amendement à la majorité qualifiée nécessaire à son adoption.

 


Alexandre Dumas aurait dit « Qu'importe qu'on viole l'Histoire si on lui fait un bel enfant ». A vous de juger.Mais au-delà de la vérité historique, dans Django comme dans Lincoln, la fin justifie les moyens employés s'ils sont mis par le héros au service de la juste cause. Que faut-il en penser au moment où des États font des meurtres ciblés, notamment avec des drones ? Ou autrement.

(1) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/070213/avec-lincoln-spielberg-blanchit-le-combat-abolitionniste

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Published by Paul ORIOL - dans Cinéma
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commentaires

Pierre Gineste 18/02/2013 23:13

salut le critique,
te dire tout de suite que je ne suis pas d'accord. Une question tout d'abord: as-tu vu les 2 films? J'avoue que je n'en ai vu qu'un, Django unchained. Je suppose que Lincoln est à prendre au
premier degré, avec le plus grand sérieux. Ce ne peut être le cas de Django.
Au départ, j'avais décidé d'aller à mon cinéma préféré, Les Lumières à Nanterre. Sans choisir lequel des deux qui étaient projetés la même heure, lundi 18h. En fait j'avais une préférence pour
Lincoln. Et puis tes commentaires m'ont fait changer d'avis. Quitte à aller voir un film où celui qui fait l'histoire est un héros solitaire plutôt que les masses populaires, allons voir celui qui
est en bas de l'échelle plutôt que celui qui est en haut, l'esclave plutôt que le maître. Eh bien à mon avis il y a erreur sur la nature du film. Tu l'as remarqué: la moindre balle qui touche un
corps provoque un geyser, le héros trucide 50 personnes sans la moindre égratignure, d'un côté que des bons, de l'autre que des méchants... cette caricature aurait du te mettre la puce à l'oreille.
Ce n'est pas une fresque historique, c'est une comédie sanguignolante. En bref, je dirais:
1/ Django est à Lincoln ce qu'Astérix est à César (le vrai, celui des commentaires de la guerre des Gaules)
et pour ceux qui ont noté que c'est un film de Quentin Tarentino et se rappelle de Kill Bill:
2/ Django est aux cow-boys ce que l'héroine de Kill Bill est aux samourais: une caricature ébouriffante.
Dans Lincol, je suppose que l'on est dans l'histoire. Dans Django on est dans la BD style Astérix, Luky Luke. Dans ces ouvrages aussi ce sont les héros qui font l'histoire. Une raison pour ne pas
aimer les lire?
bonne nuit
Pierre

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