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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:19
 

Les frontières existent et existeront encore longtemps si, jamais, elles sont appelées à disparaître un jour. Pour le moment, elles sont plutôt en expansion, avec la création de nouveaux États et ce n'est pas fini : 51 États membres de l'ONU en 1945, aujourd'hui 193. Cela veut dire que la réflexion doit porter sur la signification de la frontière

 

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Tout objet a une limite, plus exactement des limites. Qui dépendent des moyens d’appréhension de cet objet. Une statuette en bois a une limite dans l'espace, apparente au regard, confirmée par le toucher. Mais le bois dont elle est faite a une odeur qui dépasse ces premières limites perçues. Et la statuette que j'ai vue, que je ne vois plus, est dans mon esprit. Où est sa limite ?
La statuette n'a de sens que parce qu'elle est limitée. Ce sont ses limites qui la font statuette aux yeux de l'observateur. Ses limites et leur perception créent son identité.

 


Au delà de de l'objet, inanimé, la limite est pour les êtres vivants une condition de survie comme la membrane de la cellule, paroi qui donne l'individualité mais aussi assure la protection et l'échange avec le monde extérieur. Si cette barrière disparaît ou devient étanche, la cellule meurt.


Pour l'animal, c'est la barrière qui institue l'individu, pas seulement pour l'observateur externe, et assure sa survie. Pour l'être humain, on pense, bien sûr, à la peau mais ce n'est pas la seule barrière-lieu d'échange. Bien d'autres barrières existent qui facilitent certains échanges et empêchent les autres : barrière digestive, barrière respiratoire... même l’œil ou l'oreille, qui ne sont pas perçus comme cela, sont pourtant des barrières hautement sélectives. Chacune, toujours indispensable à la vie, enrichit et protège de l'extérieur.
La barrière assure la constance et l'équilibre du milieu intérieur, protège du danger extérieur, elle n'est pas étanche à tout, elle filtre et assure le renouvellement, l'enrichissement. Qu'elle devienne étanche ou qu'elle disparaisse, l'organisme meurt. La barrière-filtre est la condition indispensable à la survie et à l'intégration de l'être vivant à son environnement.

 


Les sociétés humaines sont aussi des êtres vivants qui, pour survivre, ont besoin d'une limite, avec les mêmes fonctions, la protection et l'échange.

Les limites, ici les frontières, sont une création historique souvent arbitraire, à partir d'un projet politique peut-être discutable mais qui, avec le temps, crée une entité. Leur tracé, leurs fonctions peuvent changer suivant les circonstances historiques, suivant le devenir du projet politique : élargissement, renouvellement, abandon...


Ces frontières sont quelquefois qualités de barrières, frontières « naturelles », elles le sont rarement. Elles sont proclamées telles le plus souvent en fonction du projet politique.


Les Pyrénées, le Rhin, par exemple, sont proclamées frontières « naturelles ». Mais par et pour qui ? Les Pyrénées sont-elles une barrière ou constituent-elles un ensemble géographique et humain ? Basques et Catalans sont de part et d'autre de cette frontière « naturelle ».
Le Rhin est-il une barrière ou une voie de communication ?
La Méditerranée, la nouvelle barrière, était hier « Mare nostrum » et le bassin d'une civilisation dont les frontières étaient plus loin à l'intérieur des terres.
Les frontières « naturelles » sont-elles, doivent-elles être fonction de la géographie, de la langue, de l'ethnie ?


Il existe aussi des limites géographiques internes aux Etats qui ne sont pas des frontières mais qui ont les mêmes fonctions, à un degré moindre, le plus souvent : régions, provinces, départements, communes... et leurs subdivisions. Chacune de ces « entités » a ses limites et à l'intérieur de ces limites son organisation. Et ses relations avec les autres.

 


Dans un même État, dans une même région, dans une même commune, des groupes sociaux peuvent se constituer : groupes sociaux de droit (associations, syndicats, communautés) ou de fait (classes, jeunes, bandes...) formés autour d'un projet. Ces groupes se constituent en fonction de différents critères dont certains peuvent être des limites géographiques ou non (groupe local, régional, national, international...).
Les limites ici ne sont pas des frontières mais répondent toujours aux deux fonctions fondamentales : la protection par un certain filtrage, un certain isolement, un certain repli ; l'échange, le contact pour permettre la survie, le développement. Communautés ouvertes, communautés fermées...

 


Mettre des limites, c'est organiser le monde. La barrière est une notion idéologique, un projet politique. C'est le projet politique qui instaure la frontière, qui permet la mise en place, de façon démocratique ou non, de règles qui vont gérer les relations à l'intérieur du groupe. Ainsi que les relations qui seront établies avec le monde extérieur par accommodation réciproque. Souvent en fonction du rapport de force à l'intérieur (entre les groupes) et à l'extérieur.

Et les dangers de la barrière sont les mêmes quel que soit le groupe : la dissolution, l'enferment, isolement, confrontation.


Au niveau des États, la frontière est la barrière-filtre évidente où l'autorisation d'entrée (ou de sortie) n'est pas générale : on parle de libre circulation des capitaux, des marchandises ou des hommes. Toutes « libertés » très fragmentaires. Et inégales suivant les intérêts, le projet politique du pouvoir. Et sa puissance.


La frontière ne fonctionne pas avec le seul État mitoyen. Les échanges sont organisés, plus ou moins limités, avec des pays qui peuvent être aux antipodes. La frontière n'est plus alors la simple ligne qui sépare deux États. Elle n'est plus qu'une ligne virtuelle dont l'efficacité peut-être très limitée. Certes, on peut bloquer, « à la frontière », les marchandises, plus difficilement les hommes, quant aux capitaux... et aux idées....


Il n'a jamais été facile de bloquer les « mauvaises » idées aux frontières. Aujourd'hui, c'est encore plus difficile. La diffusion des biens culturels par dessus les frontières est un enjeu aussi important que celle des biens matériels qu'elle peut d'ailleurs faciliter, précéder. L'effort de certains États pour favoriser la diffusion de leur langue, de leur culture et la volonté des autres d'échapper à cette influence montrent bien que les uns et les autres en ont compris l'enjeu.


Aujourd'hui, la radio, la télévision, internet semblent se jouer des frontières (malgré les barrières linguistiques... obstacles et moyens d'échange... ) et surtout des États qui veulent les contrôler. Mais au delà des États, ce sont les sociétés elles-mêmes, qui déterminent ce quelles acceptent ou refusent, sans avoir toujours un projet conscient et cohérent. Ce sont les sociétés qui sécrètent les anticorps qui vont neutraliser et rejeter ce qu'elles estiment inadmissible, au sens premier, et qui vont adopter, adapter ou digérer ce qui vient de l'extérieur.

 


 

Si les portes doivent être ouvertes ou fermées, les frontières sont toujours ouvertes et fermées. C'est ce jeu d'ouverture-fermeture différenciée qui permet non seulement la vie mais la croissance et la création, quelquefois douloureuse, conflictuelle, dans des sociétés qui se perpétuent en se renouvelant.

 

Refusé par Barricade le 10/01/12 Pubié le 11/01/12 par Agoravox

 

 

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Published by Paul ORIOL - dans Généralités
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clovis simard 26/04/2012 03:20

Voir mon blog(fermaton.over-blog.com),No-27. - THÉORÈME ÂGE4. - Âge limite de l'Humain.

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