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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 21:00

 

Avoir 20 ans en 1955, c'est appartenir à la « génération guerre d'Algérie », comme d'autres avant ont appartenu à la « génération front populaire », « guerre d'Espagne » ou « résistance ». Avec obligation de prendre position. Même sans formation politique particulière. Il était difficile de rester indifférent à ce qui se faisait là-bas, au nom du peuple français, quelques années après la défaite du nazisme.

En milieu étudiant, la discussion pouvait commencer sur les cours, les vacances, le temps, le dernier match ou le dernier film. Très souvent, elle débouchait sur « Pour ou contre la guerre d'Algérie ».

C'était particulièrement clair au niveau de l'Association générale des étudiants (Unef) : quand le point à l'ordre du jour était l'Algérie, l'assistance était multipliée par dix et la salle toujours trop petite.


 

De gauche, cette opposition à la guerre d'Algérie m'a conduit à adhérer au PSU, « le parti de la paix en Algérie », puis « le parti de la paix avec l'Algérie », adhésion 15 jours avant sa création à l'une de ses composantes. Et l’indépendance obtenue, les études terminées, à vouloir partir en Algérie, dés que possible.

Depuis toujours, je rêvais de partir. En Afrique noire. Les circonstances politiques m'ont conduit en Algérie !


 

De la guerre d'Algérie à l'Algérie nouvelle...


Le service militaire a été la première occasion, avec l'espoir de participer à la coopération technique dont on commençait à parler : de juin 1963 à avril 1964 à Mostaganem, dix mois dans une infirmerie à soigner les pieds de chasseurs portés !

En fait, une colonie de vacances au Maroc, comme infirmier, quelques années plus tôt, avait été le premier contact avec le Maghreb. Et même avec l'Algérie car la colonie était sur la plage de Saïdia, à quelques centaines de mètres des barbelés de la frontière algéro-marocaine : chaque nuit, les projecteurs du barrage promenaient leur faisceau lumineux jusque sur les tentes de la colonie. On entendait les échanges d'armes automatiques. Un ami, appelé, était là quelque part de l'autre coté.


 

Le véritable contact avec l'Algérie, c'est juin 1964, comme coopérant, en poste à Constantine puis de 1966 à 1972 à Alger. Pendant cette période, des milliers de jeunes et de moins jeunes, beaucoup de Français mais aussi des personnes de toute nationalité sont allées travailler à la construction de l'Algérie nouvelle. On les appelle parfois les « pieds rouges » par opposition aux « pieds noirs », les Français de la période coloniale.


 

Leur degré d'engagement était très variable. Les vrais « pieds rouges » venaient participer directement à la révolution algérienne. Certains avaient fait de l'aide au FLN, d'autres avaient déserté... Ils étaient venus au lendemain de l'indépendance (5 juillet 1962), quelquefois même, dès le cessez-le- feu (19 mars 1962) pour faire face à l'urgence. Dans une vision internationaliste, ils participaient aux niveaux politique et technique.

Mais les arrivants les plus nombreux étaient des jeunes, sensibilisés par la guerre, venant simplement apporter leurs compétences techniques. Après l'enthousiasme des débuts, les engagés parmi les nouveaux venus étaient moins nombreux, les motivation sont devenues plus diverses : éviter le service militaire, voir du pays, apprendre le métier...


 

Les Français n'étaient pas le seuls étrangers, toutes les nationalités étaient présentes. Malgré la proximité de la guerre, les Français n'étaient pas les plus mal accueillis, loin de là.
Par ailleurs, se retrouvaient à Alger tous les anti-colonialistes, les anti-impérialistes, les tiers-mondistes. Tous les mouvements qui luttaient, quelque part dans le monde, pour l'indépendance de leur pays ou la révolution étaient représentés et, notamment, à coté du Front national de libération du Sud-Vietnam tous les mouvements de libération africains : Angola, Mozambique, Guinée Bissau, Namibie, Afrique du sud, Zimbabwe...

Alger était ainsi le « centre du monde ». En effervescence. Où se rêvait le monde nouveau.
Coopérants, notre militance était, par obligation, limitée : groupe de réflexion sur le développement, comité de solidarité avec le Vietnam étendu aux mouvements africains de libération. Utilisé pour déclencher notre petit mois de mai 68 avec invasion de l'ambassade de France...

Le Festival culturel panafricain est l'événement emblématique de cette période avec l'activité soutenue de la cinémathèque algérienne, ouverture sur tous les cinémas du monde, classiques ou nouveaux...


 

Mais, à mes yeux, dans ce climat un peu euphorique, l'essentiel était la participation à une activité professionnelle adaptée à la situation du pays.

Dans le désert médical des premières années de l'indépendance, il y avait beaucoup à faire : et d’abord réfléchir et participer à une médecine adaptée au pays, de façon à toucher le plus grand nombre, et non se contenter d'une simple reproduction, impossible, de la médecine française, réservée à quelques privilégiés. Médecine qui fascinait de nombreux Algériens, aussi bien les patients, pour sa qualité, que nombre de médecins qui pensaient continuer la médecine libérale...

Mais comment faire quand il n'y a ni médecins, ni personnel paramédical, infirmières, laborantins... C'est à cette pénurie de personnel, à ce besoin de prise en charge de la population qu'il fallait répondre, le plus rapidement possible.


 

Au niveau local et au niveau national. A Constantine, le centre paramédical formait des infirmiers, des laborantins mais aussi des aides-soignants ruraux ou des accoucheuses rurales..., jeunes n'ayant souvent pas le certificat d'études primaires mais combien enthousiastes. Après avoir reçu une formation de base comportant notamment le maniement d'une cinquantaine de médicaments, ils étaient nommés dans un village pour assurer les premiers soins, les accouchements normaux, déceler les signes de gravité leur permettant de diriger les patients vers le centre le plus proche où pouvait se trouver une personne qualifiée.


 

A Alger, à une autre échelle, la chaire de pneumologie réfléchissait, planifiait, organisait une lutte antituberculeuse, adaptée au manque de médecins, de techniciens, d’hôpitaux spécialisés, permettant le dépistage, la prise en charge et le traitement ambulatoire et contrôlé des patients atteints de tuberculose avec une remarquable efficacité.


 

Cet engagement professionnel quotidien, 2 ans à Constantine, 6 ans à Alger, était, à mes yeux, profondément politique. Au point qu'il m'a conduit à partir quand, à la suite d'un remaniement administratif, il m'est apparu que mon travail servirait d'alibi pour l'activité libérale de certains. Aidé en cela par ma compagne qui parfaitement satisfaite dans son travail d'enseignante, supportait de plus en plus difficilement sa condition de femme.


 

C'est dire que le retour, en 1972, n'était pas lié à un jugement direct sur la situation politique nationale. Alors que certains, dès 1965, après le renversement de Ben Bella par le colonel Boumediene, les « pieds rouges » notamment, sont partis, par décision ou par contrainte. Malgré l'évolution politique, par suite d'une cécité bienveillante, par insuffisante formation politique, par optimisme ou par suite d'un moindre engagement, d'autres ont pensé que leur présence était utile, que leur travail participait au cheminement, long, difficile, contradictoire, avec ses avancées et ses reculs, vers une société nouvelle. Les retours se sont ainsi échelonnés...


 

Le tiers-monde commence au centre de Paris.


 

A l'époque, certains maoïstes proclamaient : « Le tiers monde commence dans la banlieue ! ».Il commençait en réalité au centre de Paris.



Arrivé à Paris, en décembre 1972, dans un 20ème arrondissement à forte composante immigrée, happé dés le premier jour, au sens littéral du mot, par la lutte déjà ancienne du Foyer Bisson, c'est tout naturellement que l'immigration est devenu le secteur principal de mon engagement militant au sein du PSU. Et en mai 1973, dans le soutien de lutte des 56 Tunisiens en grève de la faim dans la crypte de ND de Ménilmontant pour leur régularisation et l’obtention de papiers. Quarante ans plus tard, les protagonistes ont changé : la revendication demeure !


 

Lors de l'élection de François Mitterrand en 1981, il est apparu qu'il fallait aller au delà de ces luttes défensives, renouvelées sans cesse d'un groupe à l'autre. Et profiter de l'arrivée de la gauche au pouvoir pour avancer une revendication significative et gagnable qui assurerait une stabilité du séjour pour tous les étrangers résidant en France. Ce fut la campagne pour « la carte unique, valable 10 ans, renouvelable automatiquement », entreprise, à l'initiative de la commission Immigrés du PSU avec la Cimade, la Fasti, le Gisti, la Pastorale des migrants, rejoints ensuite par de nombreuses autres organisations.


 

Cette lutte ne fut victorieuse que grâce au succès de la « Marche pour l'égalité et contre le racisme », partie de Marseille et qui connut un énorme succès, en particulier lors de l'arrivée des marcheurs à Paris accompagnés de plus 100 000 manifestants. Quand le président de la République, recevant les marcheurs à l’Élysée, le 2 décembre 2003, leur a demandé quelles étaient leurs revendications concrètes, Toumi Djaija, l'un des initiateurs de la marche répondit : « la carte unique ». « Va pour la carte unique » répliqua François Mitterrand avant de s'enquérir auprès du père Christian Delorme de quelle carte il s'agissait.


 

C'était l'aboutissement de la campagne qui avait préparé le dossier et popularisé la revendication mais c'était surtout la victoire des Marcheurs et des militants qui les accompagnaient et qui l'avaient reprise. Avancée importante vers l'égalité des droits, carte « renouvelable automatiquement », qui assurait la sécurité du séjour et donc éloignait les menaces d'expulsion. Mais la carte unique, officiellement devenue « carte de résident », votée à l'unanimité en 1984 à l'Assemblée nationale, a beaucoup souffert des successifs ministres de l'intérieur. Il n'en reste plus que des lambeaux.


 

Du droit au séjour, au droit de vote...


 

Une certaine sécurité du séjour assurée, le moment était venu de reprendre et d'amplifier la revendication du droit de vote, étape emblématique vers l’égalité des droits de tous les résidents quelle que soit leur nationalité. Avec l'insuccès bien connu : au programme de François Mitterrand en 1981 (Proposition 80 : Droit de vote aux élections municipales après cinq ans de présence sur le territoire français ), elle était aussi au programme de François Hollande (Engagement 50 : J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans). Et semble devoir être remise à plus tard, faute d'une majorité constitutionnelle des trois cinquième au Congrès qui nécessite le vote favorable d'un nombre significatifs de parlementaires de droite... ou d'un référendum.


 

La revendication du droit de vote a fait l'objet depuis 30 ans de multiples campagnes, avec beaucoup d'espoirs et d'illusions, notamment, magie des anniversaires, avec le bicentenaire de la Révolution : certains pensaient que 1989 pouvait être le moment d'une avancé démocratique, ce ne fut que l'occasion d'une belle parade sur les Champs Élysées.


 

L'événement important de cette période est le traité de Maastricht qui instaure la citoyenneté de l'Union européenne, attribuée à tous les nationaux de l'un des États de l'Union.


 

Du point de vue de la lutte pour l'égalité, c'est à la fois une ouverture et une régression.
Une ouverture : Désormais, les citoyens de l’Union vivant dans un État de l'Union dont ils n'ont pas la nationalité pourront voter et être élus aux élections municipales et européennes dans les mêmes conditions que les nationaux. Ce droit n'est plus réservé aux seuls nationaux.

Une régression : Car le droit de vote reste attaché à la nationalité, non à celle du pays de résidence mais à celle de l'un des pays membres de l'Union. Jusque là, quand les pays avaient ouvert le droit de vote aux élections municipales ou locales, tous les étrangers en avaient bénéficié quelle que soit leur nationalité. Le traité de Maastricht a institutionnalisé une hiérarchie dans la citoyenneté dans l’immigration en fonction de la nationalité.


 

De la citoyenneté européenne à la citoyenneté européenne de résidence ?


 

Il n'y a pas de nationalité européenne. Avec le traité de Maastricht, une occasion a été manquée : créer une citoyenneté de l'Union détachée de toute référence nationale, une citoyenneté européenne, de résidence, ouverte à toute les personnes qui travaillent, vivent, résident sur le territoire de l'un des États membres. Une citoyenneté ouverte à tous, inclusive et non discriminante.

 

 

C'est devant cette conception, fermée, de la citoyenneté européenne et face à un certain découragement militant que la Lettre de la citoyenneté a été créée en 1994. C'est avec l'idée d'égalité de tous les étrangers que, à partir de 1994, presque chaque année, La Lettre de la citoyenneté a commandé un sondage avec, la même question, posée par le même institut : «  Les étrangers des pays de l'Union européenne résidant en France ont désormais le droit de vote aux élections municipales et européennes. Personnellement, seriez vous très favorable, assez favorable, assez opposé ou très opposé à l'extension du droit de vote pour les élections municipales et européennes aux résidents étrangers non membres de l'Union européenne vivant en France ? »

Si les réponses favorables tournaient autour de 30% lors des premiers sondages, elles dépassent 50% à partir de 1999, à l'exception des sondages réalisés aux décours des attentats du 11 septembre 2001 à New-York et du 11 mars 2004 à Madrid.


 

Parallèlement, d'autres initiatives ont été prises : réflexion sur la citoyenneté de résidence, interpellation de parlementaires européens, de l'ONG européenne ENAR (European network against racism), campagne « un million de signatures pour une citoyenneté européenne de résidence » et multiples interventions dans différents pays de l'Union et au niveau des Forums sociaux européens... avec, il faut le dire, un succès d'estime, souvent une approbation de principe mais qui n'a pas entraîné de mobilisations à la hauteur de l'enjeu. Les préoccupations varient suivant les pays avec une priorité urgente, les sans papiers.


 

La citoyenneté européenne de résidence et l'Union européenne


 

Au niveau de l'Union, le Comité économique et social européen, le Parlement européen ont pris position clairement, à plusieurs reprises, pour le droit de vote de tous les résidents étrangers aux élections municipales et européenne et même pour la citoyenneté européenne de résidence.
Ils peuvent pour cela prendre appui sur les textes fondamentaux de l'Union. Particulièrement la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (1).


 

Dès le Préambule, la Charte place « la personne au cœur de son action en instituant la citoyenneté de l’UE… » et affirme  « Toutes les personnes sont égales en droit » (Charte 20). Mais en conservant les critères du traité de Maastricht (2) « Est citoyen de l’Union européenne, toute personne qui a la nationalité de l’un de États membres » (Maastricht 17), elle exclut de la citoyenneté des millions de personnes (des non personnes ?) qui ont la nationalité d’un État tiers.


La Charte reconnaît de nombreux droits à toutes les personnes y compris des droits qui sont nommément attribués aux citoyens de l’Union, comme le droit de pétition : « Tout citoyen de l’Union ainsi que toute personne… résidant… dans un État membre, a le droit de présenter…une pétition au Parlement européen… » (Charte 44, Maastricht 21).


La possibilité de s’adresser au médiateur « habilité à recevoir les plaintes émanant de tout citoyen ou de toute personne… résidant… dans un État membre… » (Charte 43, Maastricht 21).



« Le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres » n’est reconnu qu’aux citoyens (Maastricht 18, Charte 45-1) mais la libre circulation des personnes « peut être accordée… aux ressortissants des pays tiers résidant légalement sur le territoire d’un État membre » (Charte 45-2).


Le droit de participer aux décisions politiques, attribut essentiel de la citoyenneté, est réservé aux citoyens de l’Union, droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales et européennes (Maastricht 19, Charte 39-40). Mais la Charte (art.12) affirme « Toute personne a droit … à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'association à tous les niveaux, notamment dans les domaines politique, syndical et civique… ». Ainsi, un étranger extra-communautaire est exclu du droit de vote mais peut être membre ou même président d’un parti politique !

En fait, ce sont les États qui attribuent la citoyenneté à travers leur législation sur la nationalité : un Marocain vivant en Belgique pourra obtenir la nationalité belge, donc la citoyenneté de l’Union, plus aisément que son frère en Autriche. Et ce sont encore les États qui attribuent le droit de vote aux élections locales. Au total, sur le territoire de l’Union, la population est divisée en « castes » en fonction de la nationalité des personnes et de la législation de l’État de résidence :

  • nationaux qui peuvent participer à toutes les élections,

  • citoyens de l’Union avec droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales et européennes,

  • ressortissants des États tiers qui ont, ou n’ont pas, le droit de vote aux élections municipales ou locales, avec ou sans éligibilité, en fonction de la législation du pays de résidence,

  • Sans compter les hors caste que sont les sans papiers.


Cette hiérarchisation institutionnelle légitime d’une certaine façon les nombreuses discriminations de droit ou de fait dont sont déjà victimes ces personnes.

 

 

 

Quand, en 1976, la Commission européenne s’est préoccupée du droit de vote, c'était pour les « migrants », non les migrants européens : « L'objectif à atteindre est celui d'accorder aux migrants, au plus tard en 1980, la participation complète aux élections locales sous certaines conditions à définir, notamment du temps de résidence préalable… » (3). Au plus tard en 1980 !!!

Car pour la Commission, « …l'octroi de droits civils et politiques aux immigrés titulaires d'un titre de séjour de longue durée… favorise l'intégration » (4).

Dans le même esprit, depuis le Forum des migrants en 1995, nombreuses sont les associations (dont Enar et l’Appel de Madrid en 2002) qui demandent l’attribution de la citoyenneté européenne à tous les résidents quelle que soit leur nationalité.


Et aussi les Institutions comme le Comité économique et social européen en 2002 : « Le Comité demande que la Convention étudie la possibilité d'accorder la citoyenneté de l'UE aux ressortissants des pays tiers ayant le statut de résident de longue durée » (5) ou en 2003 : «  Propose à la Convention que l'article 7 accorde la citoyenneté de l'UE non seulement aux ressortissants des États membres mais aussi à toutes les personnes qui résident de manière stable ou depuis longtemps dans l'UE. » (6)


Le Parlement européen, particulièrement intéressé car élu au suffrage universel, a voté de multiples résolutions depuis 1993, demandant le droit de vote ou la citoyenneté de l’Union pour tous les résidents : « 8. demande au Conseil, à la Commission et aux États membres de mettre fin à la discrimination à l'égard des citoyens "extracommunautaires" par rapport aux citoyens communautaires en accordant le droit de vote aux élections municipales aux personnes qui résident légalement depuis cinq ans dans un État membre ; 9. charge sa commission compétente d'élaborer le plus tôt possible un rapport sur les conditions d'accès au droit de citoyenneté pour les citoyens extracommunautaires ; 10. demande à la Commission d'élaborer une proposition sur cette question importante pour l'avenir de la Communauté et invite le Conseil à se prononcer en la matière lors du prochain Conseil européen. » (7)


La citoyenneté européenne de résidence est dans l’esprit des conclusions de Tampere qui proposait d’octroyer aux résidents « un ensemble de droits uniformes aussi proches que possible de ceux dont jouissent les citoyens de l'Union européenne, par exemple le droit de résider, d'étudier, de travailler à titre de salarié ou d'indépendant, ainsi que l'application du principe de non-discrimination par rapport aux citoyens de l’État de résidence. » (8)


L’Union s'est construite sur les principes de liberté, d’égalité, de justice. Son évolution récente tend à s'en écarter surtout si on tient compte de la montée des populismes dans différent pays d'Europe. Surtout si on considère la place que prennent les questions qui touchent aux immigrés et à l'immigration dans les batailles électorales et les querelles post-électorales.

Pourtant, nul n'ignore le besoin d'immigration, au point de vue démographique ou économique de tous les pays de l'Union. Il faut donc réfléchir à la place qu'on veut faire à ces nouveaux Européens ! Qui peut avoir intérêt à maintenir des millions de personnes dans la discrimination en contradiction avec les principes proclamés ? Pourquoi ne pas faire d'une citoyenneté ouverte le ciment de l’« Européanité » ?

Mais pour cela, il faut que la France comme l'Union européenne mettent leur législation en accord avec les principes proclamés dans les textes fondamentaux. Pour le moment, avec la montée des populismes, elles n'en prennent pas le chemin.




1 Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (2000/C 364/01)

2 Version consolidée du traité instituant la communauté européenne 24.12.2002 FR Journal officiel des Communautés européennes C 325/35

3 Programme d'action en faveur des travailleurs migrants et de leurs familles présenté le 18/11/74 à la Commission des communautés européennes, CEE Bruxelles COM (74) 22.50 Transformé en résolution le 9/02/76

4 Communication de la Commission au Conseil et PE : Une politique communautaire en matière d’immigration Bruxelles, le 22.11.2000 COM(2000) 757 final

5 Résolution à l'intention de la Convention européenne – CES 1069/2002)

6 Avis d’initiative sur « La citoyenneté de l'UE » Bruxelles 14-15/05/03 CESE 593/2003).

7 Résolution A3-0127/93 du 21/04/1993 sur la résurgence du racisme et de la xénophobie en Europe et le danger de la violence extrémiste de droite.

8 Le Programme de Tampere : vers une Union de Liberté, de Sécurité et de Justice, Conclusions de la Présidence, Conseil Européen de Tampere du 15-16 Octobre 1999.

 

 

 

 

 

 

a/ Commandé par et publié dans la revue Fédéchoses n°158

b/ Partiellement reproduit dans Taurilloneuromagazine 15/02/13 http://www.taurillon.org/De-la-guerre-d-Algerie-a-la-citoyennete-europeenne-de-residence,05474

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Published by Paul ORIOL - dans Immigration
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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 22:41

 

UN CARCASSONNAIS A LA DÉCOUVERTE DE L'AFRIQUE

 

UN VOYAGE, UN MONDE NOUVEAU... ET DES PROBLÈMES

 

 

Avertissement : J'ai retrouvé les coupures du « Midi Libre », édition de Carcassonne, à qui j'avais proposé le récit de notre traversée du Sahara. J'ai aussi retrouvé le texte original : une seule modification par rapport au texte proposé que je signale dans le texte et des erreurs sur les noms de localité et sur la date du début de la guerre en Guinée Bissau. J'ai fait les corrections.

 

Le titre est de la rédaction du Midi Libre

 

Bien entendu, les souvenirs sont toujours « inoubliables » mais pas toujours d'un grand intérêt pour les lecteurs... C'est pourquoi je les mets sur le blog mais sans avertir de la publication comme je le fais pour les autres articles, laissant le hasard trouver des lecteurs éventuels...

 

J'ai relu ce texte. J'avais oublié totalement qu'il y avait aussi une 3 CV. A la fin des articles, j'ai ajouté quelques anecdotes et quelques photos, de qualité incertaine, non publiées en 1970.

 

 

LE VOYAGE

Midi Libre 12/05/70

 

Sur la piste saharienne, des carcasses desséchées de moutons et des touffes d'herbes appelées pompeusement « pâturages »

 

Quel Carcassonnais n'a pas rêvé au moins une fois dans sa vie de s'évader pour un lointain voyage hors de son univers quotidien, d'abandonner l'ankylosante routine pour vivre des aventures originales avec, comme dans toute aventure, les imprévus qui en font justement le charme et la découverte d'impressions encore inconnues.

Arracher enfin quelque temps sa vie à l'uniformité de l'habitude pour s'insérer dans un monde nouveau, au milieu d'un peuple différent par sa mentalité, son mode de vie et ses coutumes.

Peut-être, est-ce pour cette raison que les manifestations culturelles qui concourent artificiellement à ce but – elles sont rares, hélas – connaissent toujours un réel succès. Nous n'en voulons pour preuve que les « semaines africaines » qui se tiennent actuellement dans notre ville, et qui sont l'occasion pour tous ceux qui n'ont pas la possibilité de faire de tels voyages, de fondre pour quelques instants leur rêve et la réalité.

Il est cependant un Carcassonnais qui a réussi à concrétiser cet espoir et ce désir que chacun porte en soi. Il s'agit d'un de nos lecteurs qui a été, il est vrai, favorisé par les circonstances.

M.Paul Oriol, originaire de Carcassonne où réside sa famille, est en effet, phtisiologue (traitement de la tuberculose) à Alger où il travaille au titre de la coopération. Au début de cette année, il a entrepris une longue randonnée, à travers l'Afrique avec trois camarades : Jean-Robert Henry, de Maubeuge, assistant à la faculté de droit d'Alger ; Yves Jarry, de Bordeaux, administrateur civil, travaillant au ministère de l'Agriculture à Alger également ; et Jean Mogès, rhumatologue à Hyères. Deux d'entre eux, d'ailleurs, sont venus à Carcassonne pour participer à des activités culturelles organisées en collaboration avec M.Paul Oriol.

Au fil de leur périple, 17 jours qui les a menés d'Alger à Dakar. Ils ont tenu un journal dans lequel ils consignaient tous ces petits événements qui font le pittoresque d'un tel voyage et les impressions qu'ils ont ressenties au contact d'une autre civilisation.

C'est le récit de ces aventures que nous publions à partir d'aujourd'hui en une série d'articles qui constitueront une première approche aux conférences que comptent faire les quatre hommes en septembre prochain dans notre cité, conférences qui seront agrémentées de projections cinématographiques dont nous aurons l'occasion de reparler.

Et maintenant, en route !

Depuis longtemps, nous en rêvions, depuis des mois nous en parlions, depuis quinze jours nous ne pensions qu'à ce voyage et nous le préparions. Et nous voici partis, deux par voiture, une Renault « 4L » et une Peugeot « 204 ».

La nuit vient de tomber sur Alger, quelques voitures se pressent pour le « ftor » (rupture du jeûne). Nous allons pouvoir quitter Alger sans être gênés par la circulation que nous ne retrouverons qu'à Bamako.

Nos voitures sont chargées au maximum. Les sièges arrière ont été enlevés et nous avons entassé alimentation, couchage, pièces de rechange, roues de secours, pneus et chambres neufs, outils, appareils de photo, jumelles... sans compter les bidons d’essence encore vides. Tout y est ! Les voitures semblent ramper, écrasées de chargement, et nous devons encore faire le plein d'eau et d'essence (30 litres d’eau par personne et 200 litres d'essence par véhicule). Les vieux amortisseurs de la 4L tiendront-ils ? Espérons.

De toute façon, le départ est donné.Nous n'avons qu’un désir, couvrir au pus vite les 1 6000 km de route goudronnée qui nous séparent d'Adrar. C'est chose facile, car si les quatre cents premiers sont relativement accidentés à cause de la traversée de l'Atlas, les routes du Sahara nous permettent ensuite de rouler assez rapidement. Partis le vendredi d'Alger à la tombée de la nuit, nous arriverons le dimanche après-midi à Adrar. A pied d’œuvre.

 

Premières difficultés

 

Adrar, ville rouge, dernière étape avant d'affronter la piste, le Tanezrouft. C'est ici que nous ferons les dernières provisions d'eau et d'essence pour faire les 1 400 km qui nous séparent de Gao. C’est ici que les premières difficultés commencent.

Difficultés administratives essentiellement, car il est interdit de traverser le Tanezrouft sans prendre certaines précautions qui paraissent ridicules à tout le monde. Et pourtant... Depuis deux jours, deux véhicules sont bloqués, une « 2 CV » et une « 3 CV » car on ne peut partir qu'en convoi. Notre arrivée ramène l’optimisme. A quatre voitures, nous pourrons peut être obtenir l'autorisation de départ. Heureusement, une Land Rover apparaîtra lundi matin. A cinq véhicules, la route nous est ouverte.

Nous ne tarderons pas, cependant, à comprendre les contrôles tatillons d'Adrar. A Reggan, un moment célèbre pour ses expériences atomiques, nous verrons notre « Land Rover » s'ensabler lamentablement où notre « 4L » est passée allègrement. Et nos compagnons de voyage, mécaniciens heureusement, passeront une partie de la nuit à démonter le pont avant qui a cassé au premier essai ! « Elle est vieille cette « Land Rover » nous avait dit le contrôleur (français) de la sous-préfecture qui en avait vu d'autres !

 

Traversée0029

 


Heureusement, le Tanezrouft ne présente pas de difficultés majeures, si on prend un minimum de précautions. Au mois de mars, un galop d'essai jusqu’à Djanet (Tassili), nous avait montré les difficultés que nous pouvions rencontrer. Ici, finalement, tout est plus simple. En voiture, le Tanezrouft n'est redoutable que par son immensité... et la folie de certains farfelus.

Sept cents kilomètres de plateau, sans le moindre relief ! Sans la moindre végétation ! Un désert de gravier sur lequel on peut rouler à 50-60 km/heure, à quelques centaines de part et d'autre de la piste. Sans relief, n'exagérons rien. Sur le bord de la piste, de temps en temps, de petits monticules, isolés ou groupés, montrent les étapes des camions. Ici , on s'est débarrassé de quelques moutons maliens qui n'ont pas supporté la traversée. Et qui dessèchent doucement au soleil. La quelques touffes d'herbe que le « guide bleu » appelle pompeusement pâturages !

Durant cette traversée, trois grands événements : le poste 230 (ex-poste Weygand), quelques baraquements abandonnés ! Le tropique du Cancer, une plaque ! Bidon V qui a hanté nos rêves d'enfance, quelques baraques abandonnées et un phare qui ne fonctionne plus  depuis des lustres !


250 km entre deux points d'eau

 

Mais pour goûter l'immensité de ce plateau, pour juger réellement son étendue, nous sommes mal placés. Il faut imaginer le long cheminement des nomades qui remontent du Mali. Les points d'eau sont séparés de deux cent cinquante kilomètres qu'ils doivent faire à pied ou à dos de chameau ! Trente jours de traversée pour troquer quelques moutons contre du tabac ou des dattes ! Tout cela sous un soleil qu'il est difficile de fuir. Nous sommes début décembre et tous en tenue ultra-légère !

Par ailleurs, nous ne manquons pas de distractions pour rompre la monotonie ! Grâce à nos compagnons de route. Celui-ci arrive du Canada en stop ! Pour tout équipement, il a acheté à Adrar un bidon de cinq litres d'eau et un pain ! Les nomades sont battus pour l'austérité. Nous devrons lui fournir l'eau, l’alimentation et le couchage. Car si le jour, le soleil n'épargne rien, il ne fait pas bon passer la nuit à la belle étoile sans un sac de couchage efficace.

Parti de Reggan, accompagnés d'une « L R » de la Gendarmerie, nous sommes assurés de ne pas perdre la piste qui est par ailleurs bien balisée. Mais il ne faut pas tenter le diable. Nous faisons voiture-balai. Tout à coup, une roue passe tranquillement, à coté de nous ! Insolite rencontre ! Nous récupérons la roue de secours de nos compagnons de route. Cinquante kilomètres plus loin, nous voyons la « L R » s'arrêter, un passager descendre et partir en arrière à la course à pied ! Vers une roue de secours qu'il trouverait difficilement en courant de cadavre de mouton en cadavre de mouton.


Sous les feux du soleil africain

 

Quelques ensablements sans gravité nous permettent d’expérimenter nos échelles qui, placées sous les roues motrices et une bonne poussée aidant, permettent de relancer la voiture. C'est ici qu’on apprécie le nombre.. Au 4ème ou 5ème, sous les feux du soleil saharien, cela devient rapidement une pénible corvée.

Durant toute la traversée, peu de rencontres. A une centaine de kilomètres au sud de Reggan, une carcasse de « 2 CV », immatriculée 64 ! Nos compatriotes palois n'ont pas dû aller plus loin. De la voiture, tout ce qui pouvait être récupéré a été démonté, il ne reste plus que la tôle.

Plus loin, un camion remonte son chargement de moutons maliens. Et un singe, ce qui est interdit et entraîne un procès.

Enfin non loin du poste frontière, un couple de Britanniques revient d'Afrique Noire avec un fourgon « Volkswagen ». Ceux-là semblent bien équipés et arriveront à Adrar. Car sur les pistes, les fantaisistes abondent : les uns comptent tranquillement que quelqu'un résoudra leurs problèmes éventuels, comme notre Canadien, sans bagage, sans couverture, sans nourriture qui se lance pour une traversée de cinq jours. Comme ce Français que nous avons rencontré dans le train Bamako-Dakar et qui faisait le voyage en utilisant sa blancheur tour à tour auprès de tous les blancs du train.

Les villes sahariennes foisonnent d'histoires de gens qui partent traverser le désert à pied, à bicyclette (une Anglaise qu'il a fallu rapatrier en état de déshydratation), à dos de chameau (un géologue qui traversait seul le désert avec son chameau) ou en voiture plus ou moins bien équipée.

C'est sans difficulté que nous atteindrons Bordj Moktar, poste frontière algérien autour duquel se fixent quelques nomades, une école... Nous y fêterons l'Aïd (qui rappelle le sacrifice d’Abraham) avec nos amis gendarmes après avoir joui du super-luxe d'une douche !

Le lendemain, nous passerons la frontière algéro-malienne !

 

 

Nous passons le Niger, 50 mètres plus loin,

nous sommes ensablés : 110 km en 12 heures.

Midi Libre du 15/05/70

 

Nous poursuivons aujourd'hui le récit de l'aventure africaine vécue au début de l'année par un Carcassonnais, M.Paul Oriol et trois de ses camarades. Nous le retrouvons à la frontière algéro-malienne qu'ils viennent de franchir après un certain nombre de péripéties.

 

Le changement est rapide.Nous voyons apparaître successivement le premier arbre, les premières touffes d'herbe, les premiers troupeaux. C'est alors que le Tanezrouft nous paraît vaincu que nous allons rencontrer les premières difficultés. Avant d'arriver à Gao, les freins de la voiture cèdent ; un tuyau usé laisse échapper le lockheed. Un manchon en caoutchouc n'améliore pas la situation. Il faudra faire 200 kilomètres absolument sans frein. Évidemment la circulation n'est pas un lourd handicap.mais on est à la merci d'un trou, d'une pierre ou d'un tournant maintenant que la piste court entre les arbres.


Pousser... réparer

 

Le sable, les crevaisons commencent. Et tour à tour, nous devrons pousser, réparer, pousser, réparer... Mais Gao approche et tout le monde est pressé d'arriver. Nous roulons de nuit sans frein... C'est à ce moment-là que les difficultés psychologiques apparaissent. Quand le but parait atteint, quand la fatigue commence à se faire sentir, aussi bien chez les passagers que pour les véhicules. Tour à tour la batterie de la « L.R. » flanche, elle peut repartir grâce à la « 204 », puis ce sera la « 2CV » qui sera dépannée par la « 3CV ».
Gao n'est plus très loin. Dernier campement. Nos amis allemands, pressés d'aller boire une bière nous quittent pour continuer de nuit... jusqu'au prochain passage de sable où nous les retrouvons au petit matin, ensablés.

Après 1 400 kilomètres de désert ou de savane semi-désertique, Gao apparaît comme une capitale débordant de luxe ! Un hôtel, 300 mètres d'asphalte, des voitures, des bicyclettes... Mais pas de mécanicien pour réparer notre frein. Et nous avons encore 1 1 100 kilomètres dont 600 de piste pour atteindre Bamako.


Le Tanezrouft vaincu

 

Certes nous avons vaincu le Tanezrouft , nous sommes les rois du désert ! Mais un mécanicien ferait bien notre affaire. C'est dans un garage de l'administration que nous pourrons faire notre réparation. Après 24 heures de repos, nous pouvons repartir tranquillement !TraverséeNiger13

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La traversée du Niger à Gao

 

Quelle rapide déception ! Nous passons le Niger sur un bac et, 30 mètres plus loin, la « 4 L » et la « 204 » sont ensablées ! Et ce n'est que le commencement. Ce jour là, de 7 heures du matin à 7 heures du soir, nous ne ferons que 110 kilomètres ! D'ailleurs, la journée avait mal commencé, la « 204 » refusait de démarrer ! Ce n'est qu'après avoir démonté, nettoyé, démonté, nettoyé... que nous avons pu partir avec une bonne heure de retard. Et sur les bords du fleuve, nous voilà déjà ensablés ! Il n'est que 9 heures, le soleil est déjà très chaud ; Au bout d'une dizaine d'ensablements quand tout le monde est épuisé, la « 204 » chauffe puis flanche carrément, posée doucement sur le sable.


Minute de désespoir

 

Notre mécano se remet au travail, sous l'oeil indifférent de trois touaregs qui ont abandonné un instant leurs troupeaux. Moment crucial quand un petit ressort du carburateur qui était plein de sable échappe aux doigts de notre mécano ! Il est 4 heures de l'après midi à 900 kilomètres de Bamako, sous un soleil qui nous paraît de plus en plus brûlant. Le petit ressort est quelque part dans le sable... C'est la minute de désespoir.

Le ressort retrouvé, le carburateur nettoyé et remonté, nous pouvons repartir pour quelques kilomètres avant la nuit. Mais cette journée a été très dure et nous avons pensé rester là , sur un bout de piste, ensablés.


A Hombori, l'unique puits est le salon de toilette

 

Le jour suivant sera encore une journée difficile surtout pour notre mécano épuisé. Et quand nous arrivons à Hombori, nous nous précipitons vers le puits pour la grande douche rafraîchissante. Je crois que ce jour-là nous fûmes la grande attraction du village car le puits est le rendez-vous, le salon de toilette. Notre arrivée en a fait un théâtre. A la grande joie de tout le monde.

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Jean-Robert et Jean

 

Après ce bain public et une bonne sieste, nous repartons pour affronter les pierres, le chemin de pierre où il faut rouler à 10 à l'heure, où nous crevons une dizaine de fois. La savane nous parait de moins en moins belle.

Enfin, nous voici à Mopti, sur la route goudronnée ! Nous sommes maintenant certains d'arriver à Bamako, 600 kilomètres de route nous apparaissent comme une petite promenade.


Après 17 jours, nous retrouvons la mer

 

A Bamako, nous mettrons nos voitures sur le train et c'est en train que nous rejoindrons Dakar. Cette partie du trajet ne sera pas la moins intéressante ! Et la moins riche en incidents. Depuis les deux vieilles femmes qui occupent huit places avec leurs multiples bagages, leurs fagots, leurs fruits qu'elles achètent ici et vendent là, se disputant tour à tour avec tout le monde. Depuis l'arrêt forcé, une machine est en panne, cela nous vaut d'attendre plus de deux heures sur le bord de la voie où s'installent les jeux de dames (qui semblent ici une véritable passion et où certains excellent). Jusqu'à l'alerte à la fièvre jaune qui entraîne le passage de tout le train à la poudre de DDT.

Au bout du compte,nous arrivons à Dakar avec quelques heures de retard. Mais la vue de la mer que nous avons laissée derrière nous, il y a dix sept jours nous apparaît merveilleuse. Après 5 000 kilomètre dont la moité de piste, après 1 200 kilomètres de train, nous voici disponibles pour jouer les touristes.

 

 

 

« LE FLEUVE NOIR,C'EST LA RUE PRINCIPALE

LE CENTRE COMMERCIAL, LE LIEU DE RENCONTRE

MAIS EGALEMENT L'ARTERE NOURRICIERE »
Midi Libre du 16/05/70


En réalité, touristes nous le sommes déjà depuis longtemps, car si nous vivons en Algérie depuis plusieurs années, si nous connaissons l'Afrique blanche dans notre travail quotidien, dans nos amitiés , dans nos multiples déplacements, nous sommes en Afrique Noire pour la première fois. Le monde noir est pour nous absolument nouveau et le premier contact avec ce monde a eu lieu à Tessalit, poste frontière malien.

Nous sommes assis à l'ombre du réservoir d'eau, nous attendons nos amis allemands qui sont allés acheter de l'essence au camp militaire. Avec un jour de décalage sur l'Algérie, c'est ici l'Aïd. Nous voyons arriver, d'un pas nonchalant, trois jeunes filles de 15 à 16 ans, fines, élégamment drapées dans leur boubou multicolore, la tête surmontée d'un foulard. La démarche cambrée. Elles viennent nous saluer, nous faire un brin de conversation, souriantes. Et repartent lentement de leur pas majestueux. En quelques minutes, nous venons de pénétrer dans un monde absolument différent de l'Afrique du nord. Pour nous, quoi qu'il puisse arriver, le Mali, le Sénégal, ce sera longtemps ces trois jeunes filles, dans leur sourire et leur beauté.


La beauté des Sénégalaises

 

Cette beauté, cette simplicité que nous retrouverons tout au long de notre voyage jusqu'à Dakar. Et la dernière image que nous emporterons sera aussi celle d'une femme au boubou rouge, étincelant, en parfaire harmonie avec le décor moderne de l'aéroport de Dakar.

Nous avions déjà apprécié dans les films de Sémbène Ousmane la beauté des Sénégalaises. Mais trop habitués au faux réalisme des productions cinématographiques, nous étions sceptiques. Tout au long de notre voyage, nous avons pu vérifier que ce n'était que réalité, sauf peut-être à Bamako qui nous a donné la pénible impression d'une ville en voie de paupérisation. Même le Niger est triste à Bamako !

Et pourtant à Gao, à Mopti, nous avons passé des heures sur le bord du Niger. Certes nous avons flâné dans les rues de Gao, nous nous sommes promenés dans de petits villages comme celui de Bouré avec sa belle mosquée soudanaise ou celui de Kiloanba, nous avons pu voir piler le mil, tisser les longues bandes multicolores. Mais rien n'égale les bords du Niger.

De Gao (capitale de la province orientale du Mali), partent 3 pistes qui vont vers Niamey (Niger), Adrar (Algérie) et Mopti (Mali). Nous avons vu les difficultés des pistes d'Adrar (1 400 kilomères) et Mopti (620 kilomètres). Niamey est plus proche, mais au Niger. L'artère nourricière, c'est le fleuve qui apporte le mil des USA, la farine d'Europe et tous les objets fabriqués sur un bateau au nom du général...

 

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Arrivée du bateau à Gao


Une variété de races, de couleurs, de cris


Le Niger, grâce à son immense delta intérieur permet la culture du riz et les pêches y sont miraculeuses. Le Niger, c'est la rue principale, le centre commercial, le lieu de rencontre. On y parle quatre ou cinq langues ou plus depuis le tamasheq jusqu'au français... On y trouve le poisson séché et les plaques de sel, les pileuses de mil et les forgerons, les tanneurs et les coiffeurs... C'est dans le Niger qu'on fait sa vaisselle ou sa toilette, c'est sur le bord du Niger qu'on lave son linge. Et tout cela dans une variété de races, de couleurs, de cris. A l'arrivée du bateau qui va décharger ses passagers et ses marchandises, la foule devient plus dense, le bruit des voix s'amplifie, les couleurs semblent s'aviver. Un instant l'image de je ne sais quel film traverse nos esprits devant ce spectacle des bords du Mississippi : quelques Blancs au pont supérieur, la masse des passagers noirs au pont inférieur, des sacs qui écrasent des épaules, des cris, des rires, des couleurs.

A l'hôtel où Benoît écrivit l'Atlantide, nous retrouvons le vieux monde autour de la bière allemande ou hollandaise. Pour le fuir, nous nous réfugions dans nos chambres où la musique « du petit bal du samedi soir » viendra nous tirer. A Gao, à Bamako comme à Ziguinchor (ville principale du sud du Sénégal), nous serons surpris le samedi soir par la musique afro-cubaine du bal hebdomadaire. Et encore plus surpris par la tristesse et l'ennui qui semblent y régner. Nous sommes très loin de la joie et du rythme qui accompagnent les luttes sénégalaises que nous avons pu voir aussi bien à Dakar qu'en Casamance.

 

Tourisme à l'américaine

 

Après une visite éclair chez les Dogons où tout est prévu pour le tourisme à l'américaine : motel à Mopti voyage organisé à partir de Mopti et pour les francs-tireurs guide Dogon avec meilleur angle de prise de vue pour la photo de la falaise et des villages, nous retrouverons à Mopti, construite sur 3 ilôts reliés par des digues, la luxuriance des bords du Niger. Faire 2 000 km de piste à travers la savane desséchée (la saison des pluies ou hivernage a lieu en août) aux arbres rabougris, aux multiples termitières (nous pensions que c'était des balises et nous avons failli perdre nos compagnons de route pour suivre une piste imaginaire) et sentir tout à coup l'odeur de la terre mouillée, la fraîcheur du Niger, puis se mêler à la foule animée. La foule des marchands de toutes sortes, poisson séché étalé sur une dizaine de mètres de toiles, dans des paniers, vannerie, bois, ferraille, pirogues...et partout la foule vivante, bruyante, colorée...

De Tessalit à Gao, comme de Gao à Bamako, le paysage change peu. Au début l'herbe est rare puis, peu à peu, plus dense, les arbres plus nombreux et bientôt apparaissent les énormes baobabs. La seule richesse est l'élevage des bovins (ici essentiellement des zébus).

Dès qu'on approche de l'eau, la vie reprend ses droits : le Niger au Mali, la mer au Sénégal donnent le poisson en abondance et permettent l'importation de toutes les marchandises qui en sont pas produites sur place.


La pêche du soir

 

Nous n'avons pu voir Djénné et sa mosquée d'où est né le style soudanais. Il aurait fallu faire une journée de pirogue et le temps nous manquait. Mais sur la digue nous avons pu voir les pêcheurs jeter et ramener leurs filets abondamment garnis.
A Kayar, petit port de pêche à quelques kilomètres au nord de Dakar, c'est encore plus fascinant. Alors que le soleil se couche lentement à l'horizon, nous assistons à la pêche du soir.

Sur la plage, muni de son filet, le pêcheur fouille l'eau de son oeil exercé, sous le regard des gens du village. Le pêcheur est immobile, évitant instinctivement la vague qui meurt à ses pieds, tout entier tendu dans son regard. Soudain, une légère agitation anime ses doigts, la tension augmente, le filet part. Et ramène un poisson de 30 à 40 centimètres. A plusieurs reprises, le même lancer, le même résultat devant les gens du village assemblés et qui discutent et qui conseillent.


Une ile de coquillages

 

Nous partons dans la brume du soir accompagnés des enfants du village qui nous racontent leur vie scolaire. Mais pour nous, c'est les vacances.Nous partirons demain pour de nouvelles plages. : Joal, village natal du « petit sérère » (président Senghor) avec ses barques multicolores et ses pêcheurs qui vendent le poisson... Fadiouth , village construit sur une île de coquillages où nous sommes surpris de trouver une multitude de porcs (le Sénégalais est essentiellement musulman et le porcs ne peuvent se voir que dans les villages de chrétiens). Il nous faudra ensuite passer le bac de Gambie et ceux de Casamance pour arriver à la merveilleuse plage de cap Skirring.

Sur le bord de la plage des huttes pour prendre le repas. C'est le 25 décembre, les Toubabs (les Blancs) sont descendus de Ziguinchor, de Kaolak pour visiter la Casamance et pour goûter en plein air des charmes de la plage et de la mer. Sur le sable une centaine de personnes. Mais derrière les rochers, une autre plage de sable blanc, très fin, bordée de cocotiers ! La plage exotique par excellence ! Et absolument déserte ! Un kilomètre de sable pour deux personnes et la mer tropicale qui déroule ses petites vagues. Heure de calme, de solitude, de douceur de vivre. Pourtant à 200 mètres de là, des militaires construisent un aéroport et à 2 ou 3 kilomètres au sud commence la Guinée Bissau où se poursuit depuis déjà sept ans une lutte de libération nationale.

Au delà de la plage, il y a les pavés.

 

 

 

Au Sénégal , le troisième plan prévoit

deux fois moins d'investissements

pour l'industrie que pour l'agriculture.
Midi Libre du 21/05/70

 

Nous poursuivons aujourd'hui la publication de la série d'articles relatant l'aventure africaine d'un Carcassonnais, M.Paul Oriol, qui, en compagnie de ses deux camarades, a parcouru ce continent pendant un mois et qui en revient avec d'inoubliables souvenirs. Nous avons suivi les trois hommes tout au long de leur voyage plein d'imprévus, de difficultés mais aussi de riches impressions. Le coté touristique ne doit pas faire oublier cependant l'aspect économique et humain de l'Afrique. Paul Oriol s'est penché plus particulièrement sur celui du Sénégal. C'est ce que cet article tente de faire ressortir.

 

Comme le dit la chanson, « il y a des cactus partout ». Sur les frontières du sud du Sénégal, en Guinée Bissau, la lutte dure maintenant depuis 1963 entre les maquisards du PAIGC et les troupes portugaises. Pendant notre séjour, un nouvel incident de frontière est venu nous le rappeler et nous avons pu visiter nous-mêmes un village détruit l'année dernière par des bombardements portugais. Mais si on a parlé de mouvements de troupes sénégalaises en direction de la frontière, ils étaient très discrets car nous n'avons rien vu lors de notre voyage en Casamance.


La Casamance : province espoir

 

La Casamance est la province frontière coincée entre « le doigt gambien » et la Guinée Bissau. C'est aussi la province espoir. De nombreuses expériences agricoles y sont réalisées. Et le Sénégal est un pays essentiellement agricole. Le président Senghor, lors du VII° Congrès de l'Union progressiste sénégalaise (parti unique du Sénégal) qui avait lieu pendant notre séjour, le rappelait dans son rapport de politique générale : « Il est question de donner la priorité au investissements productifs sur les autres, singulièrement, parmi ceux-là au secteur rural sur l'industrie, aux études et recherches sur les infrastructures ». Effectivement du Ier au III° plan, la part de l'investissement dans l'agriculture a presque doublé, tandis que celle de l'industrie diminuait de moitié.

Des recherches pour l'amélioration des rendements ont été poursuivies avec succès au Centre national de la recherche agronomique. Dans les parcelles expérimentales, on a pu multiplier les rendements traditionnels par quatre (pour le sorgho et l'arachide), par dix (pour le coton) et même par douze (pour le riz). Or le Sénégal retire la plupart de ses devises de l'exportation de l'arachide (78%) et doit importer des produits alimentaires.


Diffusion difficile dans les campagnes

 

Mais qu'en est-il en réalité dans la pratique ? Il semble qu'à l'aide de capitaux publics européens et grâce aux jeunes de l'animation rurale formés par l'École nationale d'économie appliquée que nous avons pu visiter, le gouvernement essaie d'insuffler le changement en milieu rural. Mais il semble que l'animation rurale est beaucoup moins active depuis la chute de Mamadou Dia et le progrès rencontre beaucoup de difficultés pour se diffuser dans les campagnes.
Par ailleurs, même si, par bonheur, plusieurs bonnes récoltes se succèdent, les problèmes de commercialisation se posent, aussitôt, certains milieux ruraux ayant pour coutume beaucoup plus d'accumuler que de vendre.

Pour l'arachide, le problème est encore plus dramatique. Base essentielle des exportations sénégalaises, son cours mondial a baissé de « 20% en deux ans », autrement dit la seule chute des cours a largement absorbé les gains éventuels de productivité. C'est tout le problème de la détérioration des termes de l'échange que posent les pays sous développés à chaque saison de conférence internationale et qui chaque fois évolue à leur désavantage.

 

Nationalisation...

 

Que faire ? C'est là que les critiques des opposants affluent. Et leur liberté de parole est aussi grande que leur nombre... Certes, il faut s'occuper de l'agriculture, certes il faut développer la production d'arachide tout en diversifiant les productions pour éviter d'importer des produits alimentaires qui peuvent et doivent être produits sur place . Nous avons vu qu'au Mali comme au Sénégal, une part importante de l'alimentation de base doit être importée (riz notamment). Mais un pays ne peut sortir du sous-développement en comptant uniquement sur son agriculture. Il faut qu'il prenne en charge son développement industriel et tout d'abord en nationalisant, (et en récupérant les richesses nationales comme disent les Algériens). (supprimé par le ML).
« Parler de la perspective de l'an 2000, comme le fait le président Senghor, c'est mystifier le présent, investir les fonds publics dans l'agriculture, dans le secteur rural et abandonner l'industrie aux investissements privés étrangers. Le plus important, c'est renoncer à toute volonté de développement réel : cela peut entraîner une certaine croissance économique, cela entraîne plus certainement une plus grand dépendance. »

 

...et investissements privés


Si on regarde les chiffres du III° plan quadriennal, on voit que l'industrie recevra de 1969 à 1973 deux fois moins d'investissements que l'agriculture et 80% de ses investissements au moins seront d'origine privée. Par ailleurs, conformément à « la planification partielle, indicative, incitative et participante » (président Senghor), ces capitaux seront essentiellement dirigés ou se dirigeront vers la transformation des produits de l'agriculture (laiteries, conserveries, rizeries, égrenage du coton... placements immédiatemnt rentables.

De plus, rapidement, dans toute conversation, dans le rapport du président Senghor lui-même, se trouve posé le problème de la sénégalisation : à la faculté (récemment encore l'université de Dakar était une université française) par les étudiants qui, depuis mai 1968, sont entrès dans l'ère de la contestation et demandent une sénégalisation de l'enseignement... dans l'administration où chacun accuse les étrangers d'occuper des postes que ne peuvent revendiquer, à titres égaux, des nationaux, au niveau du commerce et des entreprises industrielles.

 

 

 

En l'an 2000, le revenu national sénégalais pourrait atteindre 3 000F par habitant

Midi Libre XX/05/70

 

Il faut remarquer que 700 000 étrangers vivent actuellement au Sénégal pour une population de 3 600 000 habitants (soit environ 20% de la population). Rappelons pour mémoire qu'en France les étrangers ne représentent que 6% de la population et cela pose déjà pas mal de problèmes. Or au Sénégal si certains étrangers peuvent constituer une couche sous privilégiée (Il y a aussi des réfugiés de la Guinée Bissau), un certain nombre occupent des postes importants dans toutes les branches de l'activité nationale. A tout cela, le président Senghor essaye de répondre dans le cadre de l'humanisme libéral avec plus ou moins de bonheur (volonté de création d'une classe d'hommes d'affaires sénégalais, africanisation de l'Université sous la pression des étudiants...) surtout quand il s'agit de réforme de l'enseignement (« de même que les Français ont leur raison pour repousser en cinquième l'initiation au latin, nous avons des raisons politiques semblables pour commencer en sixième, au cours de l'année d'orientation, non seulement du latin mais encore de l'arabe »).

 

Le franc C.F.A


Parallèlement au problème des étrangers du commerce et de l'industrie se pose celui du franc C.F.A. Quand on connaît la rapidité avec laquelle les capitaux ont tendance à retourner se mettre à l'abri en Europe occidentale. Un restaurant libanais ne nous le cachait nullement au Mali, et s'étonnait de nous voir échanger des dollars à la banque, regrettant la bonne affaire qu'il venait de manquer. Or si les Libanais sont nombreux dans toute l'Afrique occidentale, ils sont loin d'être les seuls venus pour « faire du C.F.A. » comme on dit ici. Cela, une fois de plus rejoint le problème de tous les pays sous-développés où les capitaux ne viennent pas pour développer mais pour faire des bénéfices qui sont rapatriés aussi rapidement que possible dans des endroits plus rentables et plus sûrs. Certes ces capitaux entraînent une certaine croissance mais cette croissance est-elle un vrai développement ? Accentue-t-elle la dépendance ou l'indépendance vis à vis de l'ancienne métropole ou de ce que le président Senghor appelle : « La domination concertée que pratiquent les grandes puissances » ?


La poussée des jeunes

 

Les jeunes que nous avons pu rencontrer sont catégoriques et leur choix est fait. Mais tout n'est pas aussi simple qu'ils veulent bien le croire. L'échec du «  socialisme malien », les difficultés guinéennes sont là pour le prouver. Le Sénégal est un pays agricole, son sous-sol, comme ils l'espèrent, est peut-être riche, il reste à trouver ces richesses, à le exploiter.

Il serait intéressant de montrer et de comparer les solutions choisies par l'Algérie, pays aux richesses importantes ayant acquis son indépendance après une longue pénétration et exploitation (mise en valeur) coloniales et le Sénégal, essentiellement agricole, finalement peu pénétré par la colonisation et ayant retrouvé son indépendance politique sans lutte armée.

Si nous suivons le président Senghor dans la « Perspective de l'an 2000 », à cette date et par les voies tracées, le Sénégal aura 7 400 000 habitants et un revenu par tête d'habitant de 3 000 francs. D'ici là, nous pensons que beaucoup de choses auront changé dans ce pays, soit sous la poussée de l'opposition et le président Senghor a pris lui-même un certain nombre de mesures pour répondre à cette pression, soit même par l'irruption de la jeunesse actuellement sur les bancs des écoles, des lycées, des facultés.

 

 

Bonus

 

 

  • Nous étions recommandés à un officier de l'ANP (Armée algérienne) par un de ses parents, professeur de médecine avec qui je travaillais à Alger. Ce qui nous a peut-être valu un surcroit de protection, retardant notre départ de Réggan et l'accompagnement d'un véhicule militaire pour la traversée.

  • Dans notre convoi, il y avait donc un 4 X 4 avec 2 ou 3 Allemands, une 2 CV avec une personne qui allait en Afrique noire et qui n'en était pas à sa première expérience et le jeune Canadien qui allait en... Afrique du Sud en stop...

  • A Bordj Moktar, nous avons passé la soirée avec des militaires de l'ANP. L'un de nous a lâché que nous avions une bouteille de whisky... « Une bouteille de whisky ? » a sursauté l'adjudant qui n'a pas eu besoin d'une grande aide pour la boire dans la soirée.
    L'un de nous médecin est allé faire une visite de nuit pour voir une femme malade. Il n'a pu faire grand chose pour elle.

  • Nous circulions plus ou moins en convoi mais quand les freins de la 4L ont laché, les autres voitures allaient beaucoup plus vite. Quand la nuit est tombée, c'était encore plus dangereux sans frein. Au regroupement, j'ai fait une grosse colère, en leur disant que bière ou pas bière à Gao. Je ne bougeais plus delà jusqu'à l'aube.
    Seuls les Allemands alléchés par la bière de Gao, ont alors continué...

  • Après Gao, nos avons suivi une piste qui, à un moment, bifurquait. Notre mécano-guide décide de prendre une de ces pistes. Je n'étais pas très sûr de son choix « elles mènent au même endroit »... Nous avons un peu avancé, établi notre campement. Au matin, j'entends le trot d'un âne. Je me lève aussitôt et avec les quelques mots d'arabe que je connaissais je demande si c'était la bonne direction. La réponse m'a tranquillisé. Je ne sais pas si la question avait été comprise. C'était la bonne direction.

  • La piste passait à l'écart d'un village. Par curiosité, nous décidons d'aller voir le village. Il y avait un poste de l'armée malienne. Contrôle.
    En tant que Français, nous n'avions pas besoin de visa mais nous avons été soumis à des formalités qui ont pris un certain temps.
    Les Allemands avaient besoin d'un visa. Qu'ils n'avaient pas. Ils ont donc été expulsés, vers le pays le plus proche - ils allaient en Cote d'Ivoire – sans aucune formalité. Ils nous ont simplement attendu.

  • Dans un village, nous nous sommes arrêtés pour nous reposer. Quelques villageois sont venus parler avec nous. "Comment ça va ? Et Vous comment ça va ? Et là-bas, comment ça va ? Ou ça là-bas, là d'où vous venez..."
    On s'approche près d'une case où il y avait une réunion. On entre, je fais le tour pour serrer la main à tout le monde. Et l'un de villageois me demande : « Tu n'es pas un peu africain ? » « Pourquoi ? » « Tu dis bonjour à tout le monde ».

  • A Bamako, nous avons voulu mettre les voitures sur le train pour Dakar. Nous allons vers un bureau en passant devant un groupe d'hommes qui discutent. Le bureau, une centaine de mètre plus loi, est ouvert et vide. Nous attendons un moment. Puis repartons. Au groupe qui discutait, nous demandons où sont les fonctionnaires. C'était eux . Mais ils ne se sont pas déplacés et nous ont reproché de ne pas les avoir salués au passage.

  • Parmi les plus beaux souvenir : Mopti. Le plus grand regret : Ne pas être allé à Djéné.

  • Epilogue : à Dakar, une amie infirmière que nous avions connue en coopération à Constantine, nous hébergeait et a mis sa 2CV à notre disposition. Ce qui nous a permis de mettre nos voitures sur le bateau, la "4L" pour Casablanca et la « 204 » pour la France. Nous avons rejoint Casablanca par avion et quand nous sommes allés récupérer la 4L sur le port. Elle était seule dans un énorme parking, abandonnée, les pneus à plat... une vrai épave. Nous sommes cependant rentrés avec, à Alger.
    Par la suite, nous l'avons vendue à des coopérants.
    L'année suivante, sommes partis en vacances avec des amis jusqu'en Ecosse et tout à coup, arrêtés en pleine nature, que voyons-nous ? Notre ancienne 4L - l'immatriculation n'avait pas changé - qui passe...

 

Quelques images

 

 

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Les anges gardiens

 

 

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Le convoi

 

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Camion venant du Mali

 

 

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Bords du Niger

 

 

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Troupeau de zébus

 

 

 

 

 

 

 

 

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La pêche au filet sur la plage

 

Luttes casamancaises à Dakar

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Les lutteurs et leurs soutiens arrivent en dansant

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Le lutteur invoque les esprits

 

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Le combat

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Le vainqueur

 

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Published by Paul ORIOL - dans Souvenirs
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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 22:22

 

 

 

« Plus que l’Irak et l’Afghanistan, le Mali représentait un « testcase » pour l’Europe. Les Français l’ont bien compris. Avec leur action ils ont évité que le pays tombe sous le contrôle des rebelles et d’Al-Qaïda (…) Il est incontestable que des intérêts européens sont en jeu au Sahel, (…) mais la région est un paradis pour les terroristes et autres criminels. La faiblesse des États rend les frontières inefficaces et Al-Qaïda peut opérer librement au Maghreb. La situation au Sahel est grave et déstabilise en fait tout le Nord de l’Afrique et le Moyen-Orient avec des conséquences importantes pour la sécurité en Europe. Cela pourrait éventuellement exiger une mobilisation à grande échelle des armées européennes à condition que celles-ci soient encore mobilisables après toutes les coupes budgétaires ». Trouw Revue de Presse Ambassade de France à La Haye 01/02/13.


 

FINANCIAL TIMES appelle le gouvernement à réduire l’aide au développement pour financer l’armée, choisir une option moins onéreuse pour la dissuasion nucléaire et repenser sa coopération avec les partenaires européens. DAILY TELEGRAPH estime que « si M. Cameron veut battre les islamistes, il doit donner à l’armée les ressources nécessaires ». Revue de Presse Ambassade de France à Londres 01/02/13.


 

Le ministre de la Défense : « Le processus de réconciliation nationale au Mali doit reconnaître la spécificité des Touaregs qui pour leur part doivent se prononcer contre le terrorisme et contre toute intention de secession ». Le ministre « soutient le déploiement d’une force de paix de l’ONU dans laquelle la France, ‘évidemment’, aura un rôle à jouer ». L'agence informe que l’UNESCO aidera à « reconstruire et sauvegarder son patrimoine culturel ». Europa Press Revue de Presse Ambassade de France à Madrid 01/02/13.


 

Annonçant 2,2 milliards de pertes pour son dernier exercice, la Deutsche Bank...affiche un chiffre d'affaire de 2200 milliards d'euros avec un capital propre de 60 milliards seulement. Son bilan est équivalent au PIB de l'Allemagne... Son gigantisme est mis en cause, par le candidat chancelier social-démocrate notamment, auteur d'un texte de 30 pages sur la régulation bancaire, qui propose notamment la séparation des banques « universelles »...en deux établissements, l'un consacré aux investissements sur les marchés financiers, l'autre aux métiers de la banque classique. Revue de la presse allemande 01/02/13.

 


Six mois durant, les forces de l'axe (Allemagne-Italie-Japon) et l'armée soviétique totalisant plus de 3 millions d'hommes s'affrontent avec une violence inouïe lors des combats sanglants dans les ruines de Stalingrad et sur les immenses étendues alentour... 700 000 morts. CI 31/01-06/02/13.


 

De grandes multinationales ont installé dans le royaume (belge) leur "banque interne" qui joue le rôle de centrede financement et acquitte, en moyenne, 0,4 % d'impôt. Un chiffre étonnant pour un pays qui détient, en revanche, le record européen des charges sociales et de la taxation sur le travail, selon l'OCDE...
Le quotidien économique De Tijd a publié lei 2 février une longue enquête sur ces "véhicules financiers" très rémunérateurs. Elle conclut que la Belgique est réellement un paradis fiscal pour quelque 20 % des 100 plus grandes sociétés au monde.

Au total, le hit parade établi par le journal indique que les 25 premières sociétés de ce classement disposent, en Belgique, de 336 milliards de fonds propres, sur lesquels elles acquittent ensemble 180 millions d'euros d'impôts, réalisant un bénéfice global estimé de 25,4 milliards. Le volume d'emplois créés grâce à ce mécanisme est de... 760 unités.
C'est Arcelor Mittal Finance qui, avant sa récente annonce d'un déménagement vers Luxembourg, disposait des fonds propres les plus importants en Belgique... Le Monde.fr 03/02/13.

 

 

« Et encore une : deux des quatre grandes banques néerlandaises appartiennent maintenant à l'Etat » Volkskrant Revue de presse de l'ambassade de France à la Haye 05/02/13.

 

 

De l’aveu de ses propres concepteurs (FMI), ce programme s’est trompé sur ses deux composantes principales. Il a ... considéré que la dette grecque était viable, alors qu’elle ne l’était pas ; il a... estimé que l’impact de l’adaptation budgétaire sur l’économie serait limité et ordonné et s’est encore trompé. La CE et la BCE en sont également responsables, de même que le gouvernement grec de l’époque, qui s’est embarqué insouciant et frivole sur le mauvais bateau, avec le mauvais équipage, vers la mauvaise destination. Revue de presse de l'ambasade de France à la Haye 05/02/13.


 

Banques : Le gouvernement britannique envisage une séparation des activités de marché et de détail. Libération 05/02/13 (p15)
Des amendements en faveur d'une vraie séparation des banques ont été déposés et cette solution n'a rien d'utopique : entre 1933 et le milieu des années 90, c'est comme cela qu'a fonctionné le système bancaire mondial...
Quand les 4 présidents des banques universelles françaises et leurs cheveau légers vous disent que c'est impossible, trop dangereux... Libération 05/02/13 (p21).


Le gouvernement allemand entend élaborer d'ici 2014 une loi qui prévoit d'imposer aux banques de séparer leurs transactions à risque de leurs activités traditionnelles de dépôt et de crédit.

Le rapport Liikanen (ancien président de la banque centrale finlandaise) prévoit de séparer banques d'investissement et banques de dépôt... 07/02/13 Il sole 24 Ore Eurotopics

 

 

Après la nationalisation de la banque SNS, la grogne grandit aux Pays-Bas quant aux revenus et aux bonus élevés des anciens banquiers.… la nationalisation de SNS montre une nouvelle fois que les grands banquiers prennent des risques dont ils profitent eux-mêmes quand tout va bien, et dont les citoyens normaux doivent se porter garants financièrement quand les choses vont de travers. 07/02/13 De Groene Amsterdammer Eurotopics


 

Budget européen : Le contributeur français donne donc plus qu'il ne reçoit de l'Europe, 80 euros par habitant et par an. Un Allemand 110 euros, un Britannique 90 euros, à l'autre bout, un Grec reçoit 323 euros, un Polonais 220 euros et un Espagnol 90 euros. Huffington Post 07/02/13.


 

L’UE disparaît des nouveaux programmes de l'EN pour répondre à ceux qui craignent que leur contenu donne une vision trop favorable de l’intégration européenne”... toutes références économique ou politique à l’UE ont été effacées... Le gouvernement considère l’UE comme un bloc politique et économique qui ne doit pas être inclus dans les cours de géographie.The Daily Telegraph presseurop 08/02/13.

 

 

Que faut-il retenir de l'accord qui régira l'UE jusqu'à la fin de la décennie ? D'abord, la première baisse d'un budget pluriannuel dans l'histoire de l'UE, illustrant le regain d'euroscepticisme sur le continent. En second lieu, la préservation des intérêts nationaux, ce qui correspond peu ou prou à la même chose.
François Hollande a donc sauvé les meubles, enfin les bijoux de famille français, avec le maintien de la PAC. Huffington Post 08/02/13.

 

 

 

TOUIT touit TOUIT touit TOUIT touit TOUIT touit TOUIT touit TOUIT touit TOUIT touit

 


126 députés de droite ont disparu au moment du vote sur le "mariage". Combien étaient là pour légaliser l'inceste/la polygamie proposés ? 05/02/13.


 

Dialogue français ou européen au Parlement européen ? 7 des 11 députés qui ont interpellé F. Hollande, étaient français ! 05/02/13


 

Montebourg n'y a pas pensé ! Investir dans les claques et comme à Augsbourg (Bavière), offrir des emplois aux jeunes femmes ! 06/02/13 

 


Le gouvernement britannique, de droite ; envisage une séparation des activités de marché et de détail en 2014. 07/02/13

 

 

Le gouvernement allemand, de droite, veut imposer aux banques de séparer leurs activités à risque des activités de dépôt et de crédit…*07/02/13

 


En Finlande, l'ancien président de la banque centrale prévoit de de séparer banques d'investissement et banques de dépôt... 07/02/13

 


En France, un gouvernement de gauche, prétend que ce n'est pas possible... 07/02/13.

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 07:24

 

Dans son discours de Londres, David Cameron a annoncé que le peuple britannique serait consulté sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne d'ici 2017. On ne peut que se féliciter qu'un gouvernement consulte son peuple sur l'UE. C'est si rare. Et si la question et les débats sont clairs, si on tient compte des résultats du vote, ce sera exceptionnel.

Pour le moment, cela apparaît d'abord comme une manœuvre pour gagner les élections législatives de 2015. Car David Cameron consultera le peuple britannique après ces élections. Or, pour les gagner, il a absolument besoin de l'appui de l'UKIP (United Kingdom Indipendence Party), parti antieuropéen qui a fait une percée significative lors des dernières partielles.

S'il gagne les élections, le référendum aura lieu... avant 2017. Mais après négociation avec l'UE pour s'attaquer à l'unité européenne et la pousser plus encore à être une zone de libre-échange, lignes constantes de la politique britannique.

 

N'ayant pas participé aux premiers pas de l'unité européenne et devant un certain succès, imprévu, de cette entreprise qui réunissait Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas (1957), les Britanniques ont tenté de la contrer en créant l'Association européenne de libre échange (AELE), en 1960, avec le Danemark, la Norvège, la Suisse, le Portugal, l'Autriche et la Suède, formant une Zone de Libre Échange sans barrière extérieure commune. Sans grand succès !

Ils se sont donc résolus à présenter leur candidature, refusée par de Gaulle, à deux reprises, 1963 et 1967, bien que, lui aussi, défavorable à une Europe supranationale, mais méfiant devant l'atlantisme du R-U. Qui a finalement adhéré en 1973 avec l'Irlande et la Suède.

Dès lors, sa politique a consisté à freiner tout approfondissement de l'union, notamment en poussant à l'élargissement. A saper toute solidarité (I want my money back). A revendiquer le droit de retrait (opting out) de l'application des décisions communautaires.
Façon habile d'influencer les décisions sans s'y soumettre : dedans pour les négociations, dehors pour l'application des décisions.

 

Dans sa volonté d'avancer dans la libéralisation de la zone euro, Angela Merkel veut mettre en place, sous sa férule, avec la complicité de certains gouvernements une coordination plus étroite des politiques pour forcer le peuples à accepter l'austérité, la flexibilité... Devant les difficultés dans les prises de décision à 27, demain à 28, certains proposent des « coopérations renforcées». Ce qui ne plaît pas à Londres..

 

Mais, hors zone euro, pour mener la même politique économique, il n'est étonnant que Angela Merkel ait déjà parlé de « fair compromise » avec David Cameron. La politique est la même si les moyens sont différents.

 

La crise et son traitement libéral entraînent la grogne dans tous les peuples de l'UE qui se traduit par une montée des populismes dans les partis d'opposition mais aussi de gouvernement. Jouant sur ce repli national, David Cameron propose la rétrocession des compétences de Bruxelles à Londres et veut réduire le budget de l’UE.

 

Le référendum britannique est une menace de sortie de l'UE si certaines revendications de Londres ne sont pas satisfaites. Il y a fort à parier qu'elles le seront (« fair comproise »). Londres obtiendra encore des reculs, des ajournements, des exceptions non dans sa participation aux décisions mais dans ses engagements. Et restera au sein de l'UE. David Cameron l'a dit. Il souhaite " une Europe plus compétitive, plus ouverte et plus flexible ». Angela Merkel aussi. Dans laquelle le R-U aurait pleinement sa place ! Il veut seulement réussir à 27 ce que Londres n'a pu réaliser avec l'AELE.

Faire de l'UE simplement une zone de libre échange.

 

A moins que ceux qui sont pour une Europe de la croissance durable et solidaire ne se fassent entendre. Mais en France, la finance ennemie, c'était l'an dernier. Et ailleurs, les gouvernements sont plus tentés par le populisme que par la solidarité.

 

A moins que la colère des peuples réussisse à se faire entendre. Que les peuples refusent de subir le néolibéralisme, l'austérité, la flexibilité, sous la forme européiste (Angela Merkel) ou à la sauce antieuropéenne (David Cameron, populistes).

Tous ensemble.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 20:27

 

 

 

Espagne : Fin décembre, le pays comptait 5 965 400 chômeurs, soit plus de 26% des actifs... les jeunes 55,13% de la tranche d'âge 16-24 ans. La récession devrait s'établir à – 1,5% en 2012, - 0,5 en 2013 suivant le gouvernement et - 1,5% suivant le FMI. Libération 25/01/13.


"L'Europe a décidé de laisser la France seule. L'engagement militaire français ressemble ainsi à une action néocoloniale, destinée à protéger les intérêts français. Il y avait une alternative : nous aurions pu reconnaître l'importance pour l'Europe de stopper l'avancée de l'islamisme radical. Comprendre qu'il incombait à la 'communauté politique' européenne d'affronter cette menace et d''européaniser' l'intervention au Mali. Nous aurions alors peut-être créé les conditions d'une plus grande solidarité en Europe. Il est certain que cela n'aurait pas suffi à forger une Europe unie, mais on aurait au moins commencé à réfléchir dans le sens d'une 'communauté de destin'. Mais on a opté pour la stratégie de la passivité..." Corriere della sera Eurotopics 28/01/13.


 

De 2008 à 2011, ArcelorMittal Finance, en Belgique, a généré, 5,8 milliards d’euros de profits. Mais... elle a pu profiter des “intérêts notionnels”,une spécificité de la fiscalité belge qui prévoit une déduction fiscale sur les capitaux à risques. En 4 ans, la banque a déduit 5,6 milliards : par conséquent, ArcelorMittal a payé des impôts sur une seule année, en 2008, et pour un montant de 81 millions d’euros. Cela correspond à un taux d’imposition moyen de 1,4 % sur ces quatre années. Presseurop Le Soir 28/01/13.


Les partisans d’un maintien du R-U dans l’UE ont pour principal argument le marché unique, mais les bénéfices en sont grandement exagérés. Tout d’abord, au sein de la zone euro, Me Merkel et M. Hollande se sont mis d’accord pour faire en mai une proposition commune en matière d’intégration économique, qui couvrira les marchés de l’emploi, la sécurité sociale et la stabilité financière. En d’autres termes, la zone euro est en train de mettre en place un marché unique au sein du marché unique. Ensuite... il est question... d’une zone transatlantique de libre-échange. Une des grandes conséquences de ce projet... la possibilité de faire circuler librement des produits réglementés dans une juridiction sans qu’il y ait besoin d’autres réglementations. Même si le R-U était en dehors de l’UE, il serait sans aucun doute membre de cette zone de libre-échange. Il ne serait donc pas coupé des échanges commerciaux... le R-U serait toujours dans la zone économique européenne. L’objection à ce genre d’accord, c’est la perte de pouvoir politique : hors de l’UE... Toutefois, cet argument ne tient pas compte de ce que le R-U pourrait négocier... Si l’on est absolument certain de ne jamais rejoindre l’euro, il n’y a plus guère de raisons de rester dans l’UE... Le refus de rejoindre la monnaie unique finira par faire sortir le R-U de l’UE. La question logique dans un référendum – mais elle ne sera jamais posée – devrait être : voulez-vous rejoindre l’euro ou quitter l’Union ? Financial Times Revue de presse ambassade de France à Londres 28/01/13.


 

Que faut-il comprendre de son (Cameron)"discours de Londres" ? Ce que souhaite en fait le chef du gouvernement britannique c'est " une Europe plus compétitive, plus ouverte et plus flexible, et assurer la place du Royaume-Uni en son sein"... il affirmait que "la compétitivité exige de la fléxibilité, des choix et de l'ouverture, sinon l'Europe va se retrouver dans un 'no man's land', coincé entre les économies émergentes d'Asie et les États-Unis qui mènent toujours le marché. L'UE doit être capable d'agir avec la vitesse et la flexibilité d'un réseau, et non la rigidité plombante d'un bloc." Oui à l'Europe donc, mais avec un gros "mais". Toute l'Europe 24/01/13.

 


Le ministre de l’Environnement allemand veut contenir la forte augmentation des prix de l’électricité provoquée par la politique du tournant énergétique engagée par le gouvernement. La loi sur la promotion des énergies alternatives a augmenté la part de ces dernières de 8 à 23 %, mais la taxe payée par le consommateur pour financer le développement du solaire et de l’éolien va coûter plus de 20 milliards d’euros en 2013. En cette année électorale, le ministre veut geler cette taxe pour que le débat sur le tournant énergétique ne soit pas brouillé par la seule question du coût. Le secteur des énergies vertes déplore “un coup mortel”. Presseurop 29/01/13Handelsblatt.

 


 Les troupes britanniques vont « rejoindre la mission française au Mali » (GUARDIAN, SUN et DAILY MAIL). Tous soulignent cependant que celles-ci ne prendront pas part au combat. Revue de presse ambassade de France à Londres 29/01/13.

 


Europa Press informe que l’Italie « ne prêtera finalement pas de soutien logistique à la France » compte tenu « du manque de soutien parlementaire à la demande formulée par le gouvernement technocrate de Mario Monti ». Revue de presse ambassade de France à Madrid 29/01/13.

 


 

En 108 ans d'existence, Rolls Royce n'avait jamais vendu autant : 2 575 voitures en 2012... Alter éco Février 2013.

 

Quand le conseil régional d'Alsace gère 700 millions d'euros de budget, le Bade Wurtemberg, juste de l'autre coté du Rhin en brasse... 37 milliards. Alter éco Février 2013.

 

JP Morgan vient d'annoncerun résultat net de 21,3 milliards de dollars, soit 16 milliards d'euros...Bank of America est parvenu à dégager 2,8 milliards de profits... City Group affiche pour sa part 7,5 milliards de profits...les velléités régulatrices affirmées au plus fort de la crise ne sont plus au rendez-vous... Alter éco Février 2013.


 

Avant la crise, les 29 principales banques mondiales avaient vu leurs notes relevées d’à peine plus d’un cran par les agences de notation, car on tablait sur un soutien de l’État. Or, ces mêmes Léviathans planétaires bénéficient aujourd’hui d’un soutien implicite de près de trois crans... Cela se traduit dans les faits en une importante subvention implicite envers les plus grandes banques du monde sous la forme de coûts de financement réduits et de profits plus élevés. Avant la crise, des dizaines de milliards de dollars chaque année. Aujourd’hui, cela représente des centaines de milliards. http://www.euractiv.fr/economie-et-finance/analyse/letat-et-les-banques-ou-en-est-on-17924.html EurActiv.fr 01/02/13


 

La CE a gelé 890 millions d’aides versées à la Pologne pour l’infrastructure routière. L’événement ébranle l’image du premier bénéficiaire de fonds européens, réputé les employer correctement... après que la justice polonaise a démarré une enquête sur un possible cartel entre les compagnies de construction de routes. 11 personnes inculpées, des cadres d’entreprises ainsi qu’un ancien directeur de la direction publique des routes nationales et autoroutes. http://www.euractiv.fr/economie-et-finance/lue-suspend-laide-a-la-construction-de-routes-polonaises-pour-fraude-17929.html EurActiv.fr 01/02/13


 

Le gouvernement britannique prévoit d'interdire aux immigrés bulgares et roumains l'accès à certaines prestations sociales et de santé... crainte d'une vague d'immigration incontrôlée après l'ouverture du marché du travail britannique... à partir de 2014... L'initiative de Londres est illégitime car elle est prise de manière unilatérale... à l'encontre de citoyens d'un État membre, afin de les priver de droits sociaux et d'aides publiques auxquels ils ont droit… Elle est aussi hypocrite. Car la GB a été le principal promoteur de l'élargissement... sans exiger le respect des stricts critères de Copenhague, lesquels régissent toute nouvelle adhésion. Elle entendait faire de l'UE une simple zone de libre-échange. Eurotopics 01/02/13.


 

Depuis qu’il était devenu évident que l’Allemagne, la France et les autres n’étaient pas prêts à abandonner leur identité nationale, il était facile de présenter l’euro comme une monnaie sans avenir. Personne ne peut être sûr de la survie ad vitam æternam de cette monnaie… Or nous savons désormais que les dirigeants européens n’abandonneront pas avant d'avoir mené un combat féroce. Financial Times Presseurop 01/02/13.

 

 

 

Touit-Touit

 

« Les musulmans convertissent les intégristes catholiques de Civitas.... aux prières de rue ». 29/01/13.

 

« Copé contre le couple homosexuel et même la parité à la tête de l'UMP. » 01/02/13

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 23:36

 

«Les États n'ont pas d'amis mais des intérêts» aurait dit le général de Gaulle. C'est en ayant cette idée à l'esprit qu'il faut juger les interventions extérieures des États. Ou les non interventions. Et il faudrait aussi préciser, des intérêts «réels ou supposés».


 

En tout cas, cela incite à ne pas prendre pour argent comptant François Hollande quand il justifie (11/01/13) l'intervention de la France en disant qu'il s'agissait « non pas de ses intérêts fondamentaux mais des droits d’une population, celle du Mali, qui veut vivre libre et dans la démocratie ». Ce n'est pas exactement ce que dit Jean-Marc Ayrault : «Aujourd’hui, nous sommes engagés dans une démarche qui vise à défendre les intérêts de la France et à protéger la France».(AN 16/01/13).


 

Si la France doit intervenir chaque fois que les «droits d'une population» sont atteints, elle aura fort à faire de la Palestine... à la Corée du nord en passant par l'Arabie saoudite. Mais peut-être est-ce cette volonté de défendre tout le monde qui explique que « Depuis l’indépendance des pays africains, la France est intervenue une soixantaine de fois» ? (http://blogs.mediapart.fr/blog/antoine-montpellier/190113/mali-la-france-est-la-source-des-problemes-elle-ne-peut-etre-la).



Il ne faut cependant pas faire porter la responsabilité de toute les interventions extérieures de la France à François Hollande mais, au delà de l'urgence, juger sur pièce plus que sur parole. Pour le moment, ce qui frappe, ce n'est pas le changement mais la continuité.


Le président (Sarkozy) déclarait en 2008 : "La France n'a pas vocation à maintenir définitivement des forces armées en Afrique. L'Afrique doit prendre en charge les problèmes de sécurité". Et en juin 2010, à Nice, lors du sommet Afrique-France, il assurait que "les soldats de la France" n'avaient "pas vocation à s'ingérer dans les affaires intérieures de la Côte d'Ivoire".
Quelque temps plus tard, oubliant ces déclarations, il faisait entre en action la force Licorne, sous le mandat de l'Onu, pour destituer Laurent Gbagbo.


Le président (Hollande) déclarait en octobre 2012 : "Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l'Afrique, il y a le partenariat entre la France et l'Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité". M. Hollande a ajouté qu'il comptait bien refermer la longue parenthèse des réseaux d'influence (Le Monde 12/10/12).
Le 11 janvier,
«La France, à la demande du président du Mali et dans le respect de la Charte des Nations unies, s’est engagée pour appuyer l’armée malienne face à l’agression terroriste qui menace toute l’Afrique de l’Ouest... préparer le déploiement d’une force d’intervention africaine pour permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité... que les moyens utilisés par la France soient strictement limités par rapport à cet objectif... protéger nos ressortissants... Je rappelle que la France dans cette opération ne poursuit aucun intérêt particulier... (12/01/13).

 


Passons sur le fait que la protection des ressortissants français, on parle de milliers de personnes, ne soit pas un intérêt particulier pour la France ! Passons sur les discussions autour de la légitimité du gouvernement malien, issu de et mis en question , par un putsch militaire...

 


Pour empêcher l'arrivée des djihadistes à Bamako, inutile de compter sur les troupes de la CEDEAO ou autres contingents de l'ONU ! Les discussions sur une telle intervention traînaient depuis longtemps : «Je rappelle qu’une opération militaire est envisagée depuis avril 2011 ; j’ai en souvenir les déclarations du ministre de la défense en août 2012. J’ai surtout en souvenir le discours du Président de la République le 25 septembre à la tribune des Nations Unies où il évoque un soutien aérien et logistique à une initiative africaine.» (Intervention d'Hervé Morin à l'AN, 16/01/13).

La France faisait pression en faveur d'une intervention et le secrétaire de l'ONU et Romano Prodi l'annonçaient pour l'automne. Après cette information «téléphonée», il n'est pas étonnant que les djihadistes en aient tiré la conclusion logique de ne pas attendre pour lancer leurs troupes vers Bamako !

 


En quelques jours, les déclarations françaises ont beaucoup évolué ! Passant d'un soutien logistique à un appui au sol de l'armée malienne et finalement à un engagement sur le terrain, diplomatiquement, «aux cotés de l'armée malienne»... L'intervention visant à cantonner les djihadistes dans le nord, puis à les repousser, enfin à ne pas tolérer de poches de résistance et à les détruire.
Vérités successives, diplomatiques ou prises de conscience progressives des difficultés de l'entreprise...

 


« Heureux quand ils arrivent, heureux quand ils partent» (un ami parlant de ses enfants et petits enfants...)
Si les choses durent, l
'armée française, accueillie en libératrice à Bamako, risque d'être perçue comme une troupe d'occupation. Pas seulement au nord. Bienvenue en raison des «liens privilégiés», sa présence deviendra «néocolonialiste». Il peut en être de même, avec des mots différents, pour les troupes de la CEDEAO.

 


La réoccupation militaire du nord ne résoudra pas tous les problèmes. La question de l'indépendance ou de l'autonomie de l'Azawad, question posée depuis des dizaines d'années et non résolue malgré plusieurs accords...
En1957, les Touaregs refusaient d'être rattachés à l'ouest-africain et voulaient être intégrés au Sahara français. Ils se révoltèrent à plusieurs reprises en1963-1964, avec une sévère répression qui a laissé des traces. Nouvelle révolte en 1990-1996, puis dans les années 2000. Des accords ont été signés en 1990, 1991, 2006. Puis les Touaregs engagés en Libye sont rentrés, après la chute de Kadhafi, avec armes et bagages et le MNLA (mouvement national de libération de l'Azawad), hostile aux djhadistes, a mis en déroute l'armée malienne et proclamée l'indépendance de l'Azawad jusqu'à l'intervention des djihadistes.


A cet irrédentisme touareg, s'ajoute la présence de djihadistes dont certains sont étrangers, l'AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique) et le MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest) et d'autres touaregs (Ansar eddine).

 

 

L'Algérie a entamé des négociations pour séparer AQMI et le MUJAO du MNLA et Ansar Eddine (islamistes de l'Azawad). Ce sont ces derniers qui semblent avoir pris l'offensive vers le sud.

L'Algérie a combattu férocement les islamistes sur son territoire, ils se sont implantés dans l'Azawad (AQMI). L'Algérie affiche non interventionnisme absolu à l'extérieur et intransigeance absolue à l'intérieur avec les islamistes, la dernière prise d'otage le confirme. Finalement les djihadistes se sont partagés le travail : Ansar Eddine au sud, l'AQMI au nord !

 


Comment va se passer «l'occupation» du nord par des troupes maliennes ou étrangères, arrivées dans les fourgons de l'armée française et suspectant toutes les populations touaregs de solidarité avec les djihadistes. Les «libérateurs»vont avoir quelques difficultés à faire le tri. "Être arabe, touareg ou habillé de façon traditionnelle, pour quelqu'un qui n'est pas de Sévaré, cela suffit à le faire disparaître",(Express 21/01/13). Des plaintes contre les exactions de l'armée malienne existent déjà ! L'armée française va-t-elle rester inerte devant les éventuels écarts de comportement de ces troupes ou va-t-elle les «contrôler» ? A quel titre ?

 


L'engagement particulier de la France peut être qualifié de colonialiste ou post colonialiste car il repose sur un passé et des accords particuliers avec le Mali et la présence de troupes dans divers pays africains qui ont permis une intervention rapide.
Mais nul autre pays ne s'est précipité avec ses avions ou des troupes aéroportées... Cette non intervention est tout aussi intéressée que l'intervention française. Si celle-ci perdure, s'ensable, d'autres auront conservé leur innocence et seront prêts à prendre le relais politique et économique...

 


De toute façon, ou la France intervenait et elle était immédiatement soupçonnée de néocolonialisme y compris de ceux qui affirment que c'est à elle d'intervenir, ou elle n'intervenait pas et elle aurait été comptable des exactions des djihadistes et accusée de laxisme, de faiblesse, de trahison.

 


Restent les vraies questions, graves questions. Pourquoi le Mali, le peuple malien, son gouvernement, son armée sont dans un tel état.? Comment sera le Mali au départ des troupes françaises. Et les institutions, gouvernement, armée ? Et la démocratie ? Dans quel état sera la population civile ? Dans quelle situation seront les personnes déplacées ?.

Le Mali fait partie des pays les moins avancés. La France, le FMI ont une responsabilité dans l'effondrement de l'Etat malien avec les ajustements structurels qui l'ont mis à genoux. Un important pourcentage de la population vit sous le seuil de pauvreté soit 36,1 % (2005). Cette année là, à l'indice de développement humain, le Mali était classé 173e sur 177 pays. Il fait partie de 48 pays les moins avancés dont 33 sont en Afrique et 12 sont d'anciennes colonies françaises !

 


Il n'est pas sûr que les pays de la CEDEAO appelés à intervenir soient dans une situation bien meilleure ! La corruption à grande échelle n'est pas une spécificité malienne.
Dans la région, 18 millions de personnes souffrent de la faim, le désert s'étend et les jeunes, de plus en plus nombreux, n'ont pas de perspectives d'emplois. Les djihadistes n'en sont que plus séduisants. Mais même si on les chasse, on n'aura pas résolu les problèmes de l'Afrique occidentale. Un engagement plus durable sera nécessaire. Avec une politique commerciale plus équitable.
La France continue à extraire l'uranium d'Afrique occidentale à des prix dérisoires pour son industrie nucléaire, comme le ferait une ancienne puissance coloniale. (14/01/13
Tages-Anzeiger – Suisse).

 


L'armée malienne a montré son inexistence, chassée en quelques semaines du nord par le MLNA, lui même mis militairement hors jeu par les djihadistes. Concernant l'armée malienne, le Times écrit : «L'un des résultats les plus alarmants de l'épisode malien est que la plupart des soldats entraînés par les États-Unis sont, dit-on, restés dans leurs baraquements ou ont déserté pour rejoindre les islamistes»(cité par CI 14-30/01/13). Petit air de déjà entendu : parmi les djihadistes qui viennent de connaître une certaine célébrité, écho de l’Afghanistan, M. Belmokhtar y a acquis son entraînement alors que les États-Unis armaient les moudjahidines (Financial times Revue de presse de l'ambassade française à Londres 18/01/13).

 


Il est à craindre qu'une victoire militaire des Français au nord-Mali, sans solution politique dans l'Azawad et à Bamako, ne résolve pas les problèmes et soit à l'origine d'une dissémination des djihadistes dans l'ensemble du Sahel.

 


L'intervention au Mali a d'autres effets. Le soutien appuyé de Hollande à Bouteflika lors de son voyage en Algérie dépasse probablement la volonté de rapprochement des peuples. Soutien à un pouvoir qui a essayé de négocier avec Ansar eddine au Mali ? Contre l'armée, fer de lance contre les djihadistes ? Des craquements se font entendre entre Bouteflika et les militaires à propos d'In Amenas. Contre le peuple avec lequel la communication de Bouteflika est totalement absente ? Contre un peuple qui n'aime pas les djihadistes mais qui voit d'un mauvais oeil la France tentée par ses vieux démons coloniaux ?

 


Reste la question de la françafrique. Qui n'existe plus bien sûr. Mais les troupes africaines déployées au Mali viennent « du Bénin, du Nigéria, du Sénégal, du Togo, et du Burkina. Les autres se « préparent » à se déployer au Mali. Ainsi au Niger voisin, un bataillon est cantonné à Oualam, prêt à intervenir, avec les renforts tchadiens qui arrivent petit à petit. 400 militaires tchadiens seraient maintenant au Niger, sur les 2 000 prévus pour les opérations. Enfin, la Côte d'Ivoire promet elle aussi de participer avec un bataillon de 500 hommes...» (Rfi.fr 23/01/13). Si ce n'est pas une forme de Françafrique, cela lui ressemble beaucoup.

 


Si la France est si engagée dans l'aventure malienne, c'est parce qu'elle est l'ancienne puissance coloniale, avec des alliances d'État à État, des allégeances de chef de gouvernement souvent peu démocratiques, des troupes positionnées, des intérêts économiques et politiques. La motivation humanitaire et démocratique peut exister. Elle n'est pas suffisante pour justifier son intervention.

Elle permet de satisfaire l'orgueil national. Les djihadistes commettaient des crimes insupportables. Les troupes françaises sont bien accueillies. Faut -il croire que les autres pays européens sont pas aussi démocrates que la France, et leurs peuples aussi généreux que le peuple français ?

 


Il est évident que l'on est complètement désarmé devant la question : Alors, il fallait laisser faire ? Si on pose la question aux Français, c'est parce que la France a des responsabilités particulières par suite de son passé colonial et de ses relations néo-coloniales avec une partie de l'Afrique. Elle n'est pas posée de la même façon aux autres Européens.


Mais si des individus peuvent s'engager pour des raisons humanitaires, démocratiques. Les États ne le font que parce qu'ils ont des intérêts qu'ils accompagnent de justifications propres à entraîner l'adhésion des peuples. Pour lever le soupçon, il faut que le séjour militaire soit le plus bref possible suivi d'un soutien efficace  au pays.

 

Ajout  le 29/01/13 à 08h30  :  A noter, dans cette guerre très médiatisée, le peu d'informations sur les nombre de morts et de blessés qu'ils soient djihadistes, militaires de différentes nationalités ou appartiennent à la population civile. Il n'en sera pas toujours de même. D'autant qu'après le repli sans vraiment combattre des djihadistes, viendra le temps des coups de main.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 17:33

 

Islande ! Le gouvernement islandais est confronté à un euroscepticisime croissant de la population, désormais rassurée sur la santé économique de l'île. Le Monde 16/01/13.

 

Depuis la création de la zone euro en 1999, le PIB britannique a augmenté de 28%, contre 20% pour la zone euro. Libération 18/01/13.

 

La Cour européenne des droits de l'Homme a donné raison à 7 détenus italiens qui se plaignaient de leurs conditions de détention... La surpopulation carcérale est un fléau en Europe... Elle touche particulièrement la France, 'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni où plus de 50% des prisons sont surpeuplées. CI 17-23/01/13.


Croatie « La chrétienté se trouve de nouveau en prison » (homélie d'un père dominicain, le jour de Noël). L'école « refuge du diable »... La polémique porte sur l'enseignement de la sexualité... notamment sur un nouveau module de 6 heures évoquant l'homosexualité et les transgenres. CI 17-23/01/13.

 

Chypre... a besoin d’une aide équivalant à 92% de son PIB. Mais le paradis fiscal n’entend rien céder en échange. J.C. Juncker... «un problème plus grave que la Grèce»... comptant pour moins de 0,2% du PIB des Dix-Sept…

Le sauvetage des banques - 9 milliards d’euros... rapporté à la taille du pays, serait le deuxième plus gros du monde (50% du PIB), après le renflouement du secteur bancaire indonésien en 1997. En ajoutant l’aide de 7,5 milliards dont l’Etat a besoin... la facture pourrait dépasser… 92% de son PIB !
Fin 2012, un rapport des services secrets fédéraux évaluant à 20 milliards d’euros les capitaux russes sur des comptes chypriotes.
Toutes les sociétés... même taux d’imposition de 10%... sur ce territoire grand comme la Corrèze, sont aujourd’hui enregistrées 270 000 compagnies - deux fois plus qu’en 2005... P. Marini... de dire au ministre des Finances ce qu’il pensait d’un «impôt sur les sociétés à 10% dans un pays qui demande un renflouement de 17 milliards d’euros». La France, espère-t-il, saura conditionner son aide à la fin de ce dumping fiscal. Un chantage identique...- en vain - envers Dublin (qui a sauvé son taux à 12,5%)... Libération 18/01/13.

 

 Le SPD et les Verts ont arraché une majorité d'un siège au parlement de Basse-Saxe (Hanovre) face au libéraux du FDP et à la CDU, qui gouvernaient depuis 10 ans.
L'opposition SPD-Verts est maintenant majoritaire au Bundesrat...r et aura la possibilité d'impulser des propositions de loi alternatives à celles du gouvernement et du parlement, sur le salaire minimum entre autres. Ce qui ne sera pas indifférent à l'horizon des prochaines élections fédérales, dans le cadre de la campagne. Berlin Blog 21/01/13.


Qui à l'époque aurait pu penser qu'aujourd'hui, en pleine crise financière européenne, les économistes allemands débattent déjà de « l'hégémonie allemande »,de la concrétisation du leadership allemand ? L'Allemagne, à peine 20 pour cent de la population européenne, produit 30 pour cent de sa performance économique. Le président français tente désormais de forger avec les pays méridionaux en crise, l'Italie et l'Espagne, un front contre la suprématie allemande. Le traité de l'Elysée célèbre son jubilé, mais les chances de faire redémarrer l'axe Paris-Berlin sont nulles, aussi bien sur le plan personnel que factuel, et cela ne permettra pas de résoudre la crise européenne." Eurotopics Der Standard – Autriche 22/01/13

 

La bonne chose, c'est que les deux pays et les deux peuples ne sont plus dépendants de leurs dirigeants… Grandes et petites entreprises sont actives par-delà les frontières, les deux pays sont l'un pour l'autre les principaux partenaires commerciaux. Ministères et autres autorités effectuent des échanges réguliers. Il y a plus de 2.200 jumelages de ville et, année après année, un nombre croissant d'écoliers, d'étudiants et de touristes voulant découvrir le pays partenaire." Eurotopics Berliner Zeitung 22/01/13.

 

L’Allemagne, la France et neuf autres pays de la zone euro ont obtenu le feu vert de l’Union à la mise en oeuvre d’une taxe sur les transactions financières, en dépit des réticences des États abritant certaines des principales places financières du continent, comme Londres ou Luxembourg.
La majorité des ministres des Finances de l’UE ont donné leur accord... La taxation appliquée dans quelques mois, s’imposera quel que soit le lieu oú la transaction est réalisée, dès lors que l’acheteur ou le vendeur est basé dans un des pays qui l’ont adoptée. Euronews 22/01/13.

 

En 2012, plus de 4 000 personnes en provenance d'Espagne, de Grèce, d'Italie, du Portugal et d'Irlande ont demandé un permis de séjour en Suède. Ce chiffre a doublé depuis 2010 en raison de la crise économique en Europe, selon les services d’immigration suédois. Svenska Bagbladet presseurop 23/01/13.

 

En 2011, ces multinationales ont fait entrer et sortir des Pays-Bas 57 milliards d’euros sans payer beaucoup d’impôts. De Volkskrant presseurop 23/01/13.

 

Le Premier britannique s'est engagé à organiser, d’ici à la fin 2017, un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'UE. Il a promis de renégocier les termes de l'appartenance de la GB à l'UE au cours des deux années et demi précédant les prochaines élections de 2015, et de consulter les citoyens britanniques à ce sujet. The Guardian 03/01/13 presseurop

 

Le 22 janvier, les ministres européens des Finances ont donné leur aval au lancement de la “Tax Tobin” par 11 Etats membres, dont l’Allemagne, la France et l’Italie — le Royaume-Uni et le Luxembourg notamment n’y participeront pas. C'est l'ultime feu vert dont avaient besoin ces pays... LaTribune presseurop 23/01/13.

 

Selon le réseau Tax Justice Network, 21 000 milliards de dollars [plus de 15 800 milliards d’euros, ndlr] de fortune étaient abrités dans les paradis fiscaux en 2011. Sept fois plus que le déficit budgétaire de tous les États du monde ! Libération 24/01/13.


La croissance mondiale devrait être moins forte que prévu en 2013, freinée par les nouvelles «faiblesses» d’une zone euro qui se dirige vers une deuxième année consécutive de récession (- 0,2%, contre + 0,2% prévu auparavant), estime le FMI. La France voit encore sa prévision abaissée cette année (de 0,4% à 0,3%), alors que le gouvernement continue d’espérer bien mieux (+ 0,8%). Libération 24/01/13.

 

De grands groupes français (EDF, GDF Suez, Thales ou Veolia…)recourent de plus en plus à des holdings installés aux Pays-Bas afin de réduire leurs impôts, affirme le quotidien économique néerlandais Het Financieele Dagblad. Libération 24/01/13.


Les chancelleries européennes... en pleine ébullition après le discours du Premier ministre britannique. A Paris, le ministre des Affaires étrangères a déclaré que si le Royaume-Uni voulait quitter l’Europe, la France déroulerait volontiers le tapis rouge aux hommes d'affaires britanniques. Son homologue allemand Guido Westerwelle a estimé qu'“une politique à la carte” ne marche pas. Presseurop Süddeutsche Zeitung 24/01/13.


En annonçant l’organisation d’un référendum sur la place du Royaume-Uni dans l’UE, le Premier ministre britannique David Cameron fait la promotion d’une croyance dépassée qui voudrait que l’intégration économique puisse être séparée de l’intégration politique, selon Gazeta Wyborcza.


Cette vision dit “oui à la libéralisation du commerce et au marché unique” et aussi à “une coopération plus étroite en matière de politique internationale (avec une forte participation de l’OTAN). Mais elle pose un gros point d’interrogation sur les questions de coopération en matière de sécurité et de justice”, souligne le quotidien de Varsovie. Presseurop Gazeta Wyborcza 24/01/13.



Tweet : 18/01/13 : Parisot, précarité ou Poutine ? Précarité pour les autres, présidence du Medef à perpétuité pour elle ! Poutine disent ses petits camarades.

 

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 15:53

 

 

Une question est souvent posée : comment se fait-il que ce qui a été possible entre la France et l'Allemagne, la réconciliation quelques années après la fin de la guerre, ne soit pas possible entre la France et l'Algérie, 50 ans après son indépendance. Des différences, substantielles peuvent expliquer cette difficulté à réaliser un souhait, pourtant partagé par de nombreuses personnes de part et d'autre de la Méditerranée.


Il a fallu 80 ans et trois guerres entre la France et l'Allemagne pour en arriver là ! La première, en 1870, a servi à construire l'unité de la Prusse et des États allemands et s'est terminée par la chute de l'Empire, la défaite de la France, l'amputation de son territoire. Et la volonté de revanche et de restauration de son intégrité territoriale. Ce qui fut obtenu par la guerre de 14-18, Première guerre mondiale. Dont les conséquences seront utilisées par Hitler pour reconstituer la puissance de l'Allemagne et laver l'humiliation. Avec une Seconde guerre mondiale.


En 1945, la France, sûre d'elle-même, bénéficiant de l'habileté gaullienne qui l'avait maintenue, malgré sa défaite, dans le camp des démocraties victorieuses, se croyait encore une grande puissance, apparemment forte de son empire colonial dont l'Algérie.

Sortie du conflit écrasée, déplacée et divisée, l'Allemagne risquait de disparaître en tant qu’État. Difficile de rêver de grandeur, de puissance au décours de l'aventure nazie avec ses millions de morts et sa barbarie. Rares étaient en Allemagne ceux qui pouvaient se dire indemnes de toute responsabilité.


Mais la sagesse a prévalu. L'idée d'une unité européenne, déjà caressée dans l'entre deux guerres, a pu à nouveau être envisagée. Sous la pression directe des États-Unis et indirecte de l'Union soviétique. Sans mettre en question l'identité de l'Allemange et de la France, sans réanimer les nationalismes concurrents et éventuellement conflictuels.

Cette réconciliation s'est déroulée presque à chaud et, au minimum, en dehors des peuples. Il reste à savoir si, les forces reconstituées, cette unité, cet équilibre perdurera devant les nouvelles difficultés, en dehors d'une véritable menace extérieure. Alors que s'éloigne, pour les peuples, le souvenir des atrocités et, pour les politiques, celui des responsabilités.


Pour les Français, l'Algérie est une vieille histoire dont ils ne savent rien, hors la présentation officielle qui en a toujours masqué le « système  profondément  injuste et brutal : la colonisation. Et... les souffrances que la France a infligées au peuple algérien» dont a parlé François Hollande lors de son voyage en Algérie.
Pour ceux qui ont participé au « maintien de l'ordre », c'est un mauvais souvenir enfoui, dont il ne faut pas parler. Une contrainte, une mauvaise parenthèse dans la vie.
Quant aux « rapatriés » et aux « harkis », ils se sont sentis trahis par le pouvoir politique et n'ont pas été accueillis comme ils auraient dû l'être. Pour nombre d'entre eux et leurs descendants, le passé demeure entre nostalgie et douleur.


Un gros travail de dénazification a été entrepris en Allemagne. En France, il n'y a pas eu de travail de « décolonialisation », ni de « Commission de la vérité et de la réconciliation » comme en Afrique du sud après l'apartheid. Une fois de plus, l’État, par l'amnistie, a caché l'inacceptable sous le tapis tandis que ce passé devenait fonds de commerce politique et l'instrument de sabotage face à toute tentative de réconciliation par l'extrême droite, encouragée par des hommages rendus plus ou moins officiellement à des « héros » au passé discutable.


Le 17 octobre, François Hollande a fait un premier pas dans la reconnaissance des violences infligées au peuple algérien. Il a continué lors de son voyage en Algérie. Certains pensent que c'est insuffisant. Qu'il est bien tard. Il a fallu cinquante ans pour reconnaître le rôle de la France dans les rafles contre les juifs durant la seconde guerre mondiale. Cinquante ans pour la que la France reconnaisse l’injustice et les massacres de la colonisation.

Si comme le dit un politique algérien, « les équilibres internes dans l’État français » ont limité sa liberté de parole, François Hollande, avant d'être président de la République, a été secrétaire national du PS pendant 11 ans (1997-2008)... A quel moment, a-t-il officiellement désavoué le rôle de la SFIO et de certains de ses membres en Algérie comme Robert Lacoste (1) par exemple ?


L'occupation française a duré 132 ans et l'Algérie, comme État moderne, est née d'une guerre meurtrière de 7 ans contre la France. Guerre qui légitime, encore 50 ans après, le pouvoir en place.

Ces 132 années et la guerre ont profondément traumatisé la société algérienne dans tous les domaines et à tous les niveaux économique, social, culturel... L’Algérie de 1962 n'est pas l’Algérie de 1830 retrouvée, elle est une Algérie nouvelle bouleversée par une présence étrangère imposée et de longue durée, par une histoire volens, nolens partagée... notamment par la partie de ses ressortissants qui ont combattu avec la France, ont travaillé ou travaillent en France ou qui en rêvent même si la vie de ceux qui y sont n'est pas ce qu'elle devrait être.

Si l'indépendance a fait naître l’enthousiasme, 50 années plus tard elle laisse encore beaucoup d'insatisfaction. Il suffit de lire la presse algérienne dont la liberté d'expression est remarquable !


François Hollande venait de naître (1954) quand Abdelaziz Bouteflika rejoignait le FLN (1957). Il avait 14 ans quand, Bouteflika signait les accords franco-algériens de 1968 ! Quand le premier adhère au PS, le second est ministre d’État. Président de la République algérienne depuis 1999, Bouteflika se prépare pour un nouveau mandat ; Hollande a été élu récemment, 3ème président de la République française reçu par le président Bouteflika.

Les deux hommes sont bien différents, et leur histoire, leur rapport à l'Histoire. L'un, nouveau président pressé par le temps, affiche sa volonté d'engager un redressement économique et social difficile au sein de l'Union européenne tout en développant de profitables relations économiques et politiques. L'autre après 14 ans de présidence, dernier héritier de la légitimité révolutionnaire, affaibli par la maladie, ne semble plus avoir de projet que son maintien au pouvoir et la distribution de la rente pétrolière.

 

Pour qu'il y ait réconciliation, il faut une volonté politique affirmé clairement de part et d'autre. Si on a entendu les propos de Fançois Hollande, salués ou critiqués, d'un coté ou de l'autre, tous les observateurs ont été frappés par le silence du président Bouteflika.

 

Au point que, à plusieurs reprises, c'est François Hollande qui semble avoir parlé à sa place !

"Je ne viens pas ici, puisque ça n'est ni ce qui m'est demandé, ni ce que je veux faire, pour faire repentance ou excuse", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. Mais le président Bouteflika qui disait le 18 mai 2006, qu’ « il est aujourd'hui de notre devoir envers le peuple algérien et les chouhada (martyrs), de réclamer des excuses officielles de la part d'une nation dont la devise révolutionnaire a de tout temps été liberté, égalité, fraternité » n'a rien dit. A-t-il renoncé ? L'Algérie a-t-elle renoncé ?

Toujours le président Hollande, à propos des moines de Tibhirine : «J'en ai parlé avec le président Bouteflika, ce sujet fait partie de la sensibilité qui est forte compte tenu de la tragédie, il m'a dit qu'il avait donné toutes les instructions autant qu'il est possible, à la justice d'aller au bout de l'enquête.»

Et encore, «J'ai invité le président Bouteflika à venir en France au moment où il sera possible pour lui de le faire, il pourra s'adresser aussi à la France. Moi, je m'adresse aujourd'hui aux deux, pour dire que je suis lucide sur le passé, mais pour dire surtout que je suis désireux de faire avancer les deux pays, donner un nouvel élan.»
"Ce que je veux définir avec l'Algérie, c'est un partenariat stratégique d'égal à égal et qui permette d'entrer dans un nouvel âge", après un entretien avec son homologue Abdelaziz Bouteflika. Les deux hommes ont signé une déclaration commune "un partenariat exemplaire et ambitieux"


Mais pour qu'il y ait un nouvel élan, un partenariat stratégique d'égal à égal, exemplaire et ambitieux, il y faut un engagement des deux côtés. Il faut un projet politique commun. Bouteflika est-il décidé à partager un projet politique avec la France ? Est-il prêt à le porter ?

Pour expliquer son silence, il a dit attendre que son « peuple s'exprime sur le sujet ! » Mais, coincé entre les affairistes et son passé, le président a-t-il encore un projet politique pour son pays ?

Faute de quoi, une fois de plus, ces grandes déclarations, ces bonnes intentions n'iront pas plus loin que, comme les fois précédentes, un communiqué commun, quelques affaires propres à satisfaire les amis des uns ou des autres. Le tout sombrant dans la routine des affaires.

En attendant la prochaine élection présidentielle ? Ici ou là-bas ?

 

 

 

(1) : Robert Lacoste fut un des principaux acteurs de la répression du peuple algerien durant la guerre d'Algérie. Pour cela, il n'hésita pas à défendre l'usage de la torture par l'armée française et la police, en déclarant par exemple le 7 juillet 1957 à Alger devant des anciens combattants : « sont responsables de la résurgence du terrorisme, qui a fait à Alger, ces jours derniers, vingt morts et cinquante blessés, les exhibitionnistes du cœur et de l'intelligence qui montèrent la campagne contre les tortures. Je les voue à votre mépris. ». Il n'a jamais été exclu de la SFIO ou du PS. Wikipedia


Commentaire de A.M.

 
L'article analyse et pose clairement le problème des deux réconciliations : l'une en marche et l'autre en panne.
J'ajoute simplement les éléments de réflexion suivants :

   
- la réconciliation franco-allemande est désormais insérée dans la coopération et l'intégration européennes ; elle est devenue un processus multilatéral dont elle est le moteur, mais en tenant compte des autres partenaires. Cela est important par comparaison au projet franco-algérien qui est enfermé dans le bilatéral avec toutes les passions et contradictions que cela comporte. Certes, il y des projets multilatéraux comme l' Euro-Méditerranée ou les "5 +5" (Méditerranée occidentale) ; mais, outre qu'ils sont embryonnaires, ils ne peuvent pas jouer le même rôle que le projet européen;
     - il y a aussi le problème de savoir sur quel type de projet global pourrait s'articuler une réconciliation entre la France et l'Algérie. J'avoue ne pas en voir. Il y a en revanche des projets sectoriels intéressants, mais qui ne sont pas porteurs de la même espérance, comme tu le signales au demeurant ;
    - je me demande aussi dans quelle mesure les valeurs socio-culturelles, très largement partagées entre la France et l'Allemagne,  ne sont pas devenues des obstacles pour tout projet global entre l'Algérie d'aujourd'hui (de plus en plus arabisée et islamisée) et la France (laïque et démocratique).

En somme en parlant de réconciliation franco-algérienne, le problème est à la fois de savoir dans quel contexte et comment y parvenir – ce que l’article montre fort bien -et ce que l’on peut mettre intellectuellement et concrètement dedans pour l'avenir, ce qui est à peine esquissé. (A.M.)







Cet article a été publié dans Agoravox avec quelques 16 réactions : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-impossible-reconciliation-entre-129037

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 18:48

 

: Mais si l’UE trouve légitime de courtiser les personnes hautement qualifiées avec des conditions de rêve — vacances supplémentaires, primes nettes d’impôts, salaires confortables — les avantages des fonctionnaires européens sont loin de faire l’unanimité, car trop coûteux : Le PM britannique veut couper des milliards dans les salaires. Et la CSU [branche bavaroise de la CDU d’A. Merkel]... demande la suppression de 15 des 27 Commissaires européens... Quand les États membres doivent faire des économies, disent les critiques, l’UE ne devrait pas faire exception.
L’UE dépense 6% de son budget pour sa propre administration, soit 44 000 fonctionnaires – 55 000 employés si l’on compte les contractuels et les CDD. En 2011, 8,2 milliards d’euros étaient utilisés pour l’appareil. Die Welt presseurop 04/01/13.



: Selon un récent sondage, 62,5% des Polonais ne veulent pas remplacer le zloty par l'euro (seuls 29,7% sont pour). "L'introduction de la monnaie unique européenne apporterait certes des avantages mais aussi des engagements qui coûtent des milliards"... La Pologne aurait à supporter "d'éventuelles faillites dans l'UE", comme le montre le cas de la Grèce, qui a reçu une somme équivalente à un tiers du total des fonds structurels européens que la Pologne recevra sur la période 2014-2020 Dziennik Gazeta Prawna presseurop 04/01/13.



: Hervé Falciani, l'homme qui a révélé l’existence de comptes suisses appartenant à des ressortissants européens, collabore avec les autorités espagnoles, et est protégé par les forces spéciales espagnoles.100 milliards d’euros, placés sur des comptes appartenant à des Espagnols, seraient cachés en Suisse. Or la mesure d’amnistie – qui permet à ces contribuables d’être exonérés de poursuites s’ils déclarent leur patrimoine financier aux autorités de Madrid – a expiré en décembre. La Gaceta presseurop 04/01/13.


 : Depuis l'adhésion de leur pays à l'UE, en janvier 2007, 5 000 praticiens roumains (sur un total de 42 000) ont fait le choix de se déraciner. Plus d'un quart d'entre eux vivent en France ; les autres se sont installés en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni, en Espagne ou en Italie. Le Monde diplomatique Janvier 2013.


“ : La crise économique a porté le chômage dans la zone euro à un nouveau record. Selon les chiffres publiés par Eurostat, il y avait au mois de novembre 18,8 millions de sans-emploi dans les pays partageant la monnaie unique. Cela équivaut, écrit le journal, à 11,8% de la population active, soit 0,1% (ou 113 000) de plus que le mois précédent et 2,01 millions de plus que le même mois de l’année précédente”. presseuro La Voix du Luxembourg 09/01/13.


: TGV : Bruxelles veut briser le monopole de la SNCF... prévoira l’ouverture à la concurrence sans restriction des lignes nationales à grande vitesse dès 2019. Le texte en préparation tend à libéraliser totalement les chemins de fer européens, un mouvement engagé depuis plus de 10 ans. Le trafic fret l'est déjà depuis 2007. presseurop Les Echos 10/01/13/


Irlande : D'après les chiffres offciels, 87 100 personnes ont quitté le pays l'année dernière, soit près de 2% de la population. Sunday Times Dublin CI10-16/01/13.

 

Radio Cadena Ser s’intéresse au coût des études supérieures : « Faire des études en France coûte cinq fois moins cher qu’en Espagne ». Selon la radio, le nombre d’Espagnols qui « partent pour étudier dans des universités publiques françaises a augmenté de 20% ». Revue de Presse ambassade de France à Madrid 10/01/13.

 

Plus de la moitié des Européens (68%) estiment que leur voix ne compte pas en Europe – cela doit changer. Viviane Reding Toute l'Europe 10/01/13.

 

Le chômage en Grèce n’est plus de 26% de la population active en septembre mais de 26,8% au mois d’octobre, soit une progression de 3% sur un mois alors que la progression annuelle est de 37%. Le chômage chez les jeunes de la tranche 15-24 ans touche 56,6% de cette population alors que plus de 30% des femmes sont sans emploi contre 24% pour les hommes. Euronews 10/01/13.

 

Le président sortant de l’Eurogroupe, M. Juncker, devant la commission des affaires économiques du PE :« L’Europe serait imparfaite sans la Grèce ». M. Juncker a répondu affirmativement à la question de savoir s’il souhaiterait succéder à M. Barroso à la présidence de la CE... le souhait exprimé par M. Juncker que l’on fasse supporter les conséquences de la crise à ceux qui sont les plus forts, en Grèce.... la chasse aux fraudeurs grecs du fisc.. Revue de presse de l'ambassade de France à Athènes 11/01/13 .

 

Dans l'UE27, 53% des entreprises1 de l'industrie et des services ont déclaré avoir mené des activités d'innovation entre 2008 et 2010. Parmi les États membres de l'UE27, les plus fortes proportions d'entreprises ayant mené des activités innovantes ont été enregistrées en Allemagne (79% des entreprises), au Luxembourg (68%), en Belgique (61%) ainsi qu'au Portugal, en Suède et en Irlande (60% chacun), et les plus faibles en Bulgarie (27%), en Pologne (28%), en Lettonie (30%) ainsi qu'en Roumanie et en Hongrie (31% chacun).La France, avec 53,5% est en 13ème position. Eurostat 11/01/13.

 

L’activité économique s’est contractée en Allemagne au 4ème trimestre : c’est le ministre de l'Économie qui l’affirme, en raison de la baisse de production des entreprises engendrée par la faiblesse de la demande en Europe. Le ministre a toutefois précisé que la croissance de l‘économie allemande sera de nouveau au rendez-vous cette année. La croissance sera positive en Allemagne sur l’année 2012 : les économistes prévoient 0,8% de hausse du PIB. Euronews 11/01/13.

 

Athènes va faire payer des impôt à ses armateurs de bateaux battant pavillon étranger, une première depuis des décennies même si le régime fiscal du secteur reste privilégié. Libération 12/01/13.

 

Le Parlement polonais (Sejm) débattra la semaine prochaine de trois projets de loi visant à étendre les droits du mariage civil aux couples homosexuels. Ces trois propositions – dont deux sont présentées par l’Alliance démocratique de gauche et le Mouvement Palikot (RP) et la troisième par la Plateforme civique au pouvoir – ont beau ne pas accorder les mêmes droits civils aux couples homosexuels qu’aux couples mariés, le quotidien de Varsovie souligne que de toute façon, “il n’y a pas de majorité suffisante au Parlement pour faire passer aucun de ces projets”. Polska presseurop 14/01/13.

 

En novembre 2012 par rapport à novembre 2011, la production industrielle a baissé de 3,7% dans la zone euro et de 3,3% dans l'UE27. Eurostat 14/01/13.

 

"Les Français sont intervenus plus de 50 fois en Afrique depuis 1960. Ils ont combattu au Tchad, dans la guerre non déclarée avec la Libye, protégé les régimes de Djibouti et de République Centrafricaine des rebelles, empêché un coup d'état aux Comores, sont intervenus en Cote d'Ivoire. Que ce soit pour préserver des intérêts économiques, protéger les ressortissants français ou démontrer le statut de grande puissance du pays, les locataires de l'Elysée, de gauche comme de droite, ont fréquemment manifesté leur penchant pour les actions unilatérales. … Pourtant personne n'a jamais protesté. … Si les États-Unis intervenaient avec une telle véhémence, il y aurait des protestations interminables en Europe. Et les ambassades américaines verraient défiler des diplomates fâchés, à commencer par les Français." 15/01/13) Lidové noviny (Rep. Tchèque, Eurotopics

 

La Suisse se préparerait militairement à des soulèvements violents en Europe. L'opération a consisté à déployer ses troupes le long des frontières avec l'Italie et la France afin de les entraîner à prévenir ou contenir l'entrée massive de migrants en provenance de ces pays. L'Observatoire de l'Europe 15/01/13.

 

La crise frappe aussi la natalité. “Le taux de fécondité baisse pour quinze pays européens – sur 22 étudiés et comparables – entre 2008 et 2011” (Institut de démographie de Vienne).
La crise européenne a un impact direct, et plus profond, sur la natalité qui plonge en Grèce (1,43 enfants par femme), au Portugal (1,35), en Espagne (1,36) et en Irlande (2,05)... la France et l’Allemagne, 2 exceptions en Europe.
Même quand la natalité européenne était en forte progression dans les trois années de boom précédant la crise, l'Allemagne n'a jamais connu de hausse. La France aussi est un cas à part avec un taux de fécondité qui a progressé de 1,8 à 2 en dix ans, malgré la crise, grâce à une politique familiale généreuse.

L’Institut de Vienne met en garde sur le risque qui pèse sur le renouvellement des générations en Grèce, en Espagne et au Portugal.... en Grèce, le nombre d’avortements a augmenté de 50% en 2011. Au Portugal, le nombre de naissances est tombé en 2012 à 90 000, son point le plus bas depuis 60 ans. 15/01/13 Presseurop Le Figaro

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 11:04

 

(Note présentée le 08/01/13 au Cercle des Chamailleurs)


Ce livre très, intéressant, m'est apparu trop complexe pour que je puisse en faire un compte-tendu fidèle. Par ailleurs, la partie constructive n'est qu’ébauchée. Je me contenterai de quelques aperçus, notamment historiques concernant essentiellement les États-Unis et la France, quelquefois le Royaume-Uni.

 

Pour l'auteur, l'amour de l'égalité est à l'origine de la Révolution. Aujourd'hui, sous l'influence de l’idéologie dominante qui n'est plus l'amour de l'égalité mais la diabolisation de l’égalitarisme et le culte de l'égalité des chances, il y a un consentement à l'inégalité : 57% des Français jugent que les inégalités sont inévitables et sont un facteur qui favorise le dynamisme de l'économie. Et les inégalités se développent en France et dans le monde.

 

L'invention de l'égalité.

 

Le christianisme reconnaît l’égalité des hommes au point de vue spirituel et non social ou politique. Avant la Révolution, les nobles se voyaient comme une race à part (Sieyès) et c'est contre cette noblesse que s'est construite en France l'idée de la République des égaux. Une égalité qui ne s'oppose pas à la liberté : Rabaut Saint Étienne parle « d'égaux en liberté ».

Cette notion d’égalité-liberté est en accord avec le marché dans une société précapitaliste où le marché apparaît comme un lieu d'échange des fruits du travail entre égaux en indépendance sans grande interférence de l’État.

 

La société des égaux, c'est aussi une société de participation des citoyens. Avec le suffrage universel, on compte les voix, on ne les pèse pas comme avec les ordres (noblesse, clergé, tiers-état) où chaque voix n'avait pas le même poids.

Le vote est indissociable d'une communauté politique, la collectivité des citoyens, d'une histoire commune, dans une réunion vivante. On vote en public (isoloir 1913).

 

La société des égaux est une société de semblables. Est mise en place une politique d'uniformisation (départements contre provinces), d'appartenance, pour fortifier le sentiment d'égalité, pour instiller l'égalité-homogénéité, pour favoriser la norme, langue, mesures, mémoire.

La nation devient une totalité abstraite, détachée des identités sociales ou provinciales...

Dans la société des égaux, il peut y avoir des différences. Mais il faut « Que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul n'est assez pauvre pour être contraint de se vendre ».(Rousseau).

L'esprit d'égalité est fondé sur les droits du présent contre les droits du passé, des origines, contre les privilèges. La société de marché contre celle des ordres. De l'échange contre la rente foncière. L'argent est le grand niveleur.

 

L'inégalité des richesses est corrigé par la culture de l'unité nationale, de la fraternité. D'où l'abolition des titres de noblesse et de leur usage, réforme fondamentale qui s'attaque à l'identité des nobles, à leur singularité (19 juin 1790), à partir de 1792, tutoiement citoyen...

Aux États-Unis où il n'y a pas de nobles, après 1800, la démocratie évoque une forme de société plus qu'un régime politique : égalité renvoie au respect mutuel, à la facilité de contact. Servantest humiliant mais les domestiques sont beaucoup moins nombreux qu'en Europe et tout le monde est lady ou gentleman.

 

L'Amérique fait descendre l'idée d'égalité dans la vie sociale, les Français la projettent surtout dans la sphère politique.

 

La révolution industrielle, rupture décisive

 

En Amérique,en 1840 : 80% du travail est indépendant : petits cultivateurs, artisans, commerçants. Avec la révolution industrielle, les travailleurs sont des esclaves. « Les Noirs sont sous la dépendance de maîtres intéressés à leur conservation. Les ouvriers blancs peuvent mourir... On achète les uns, on loue les autres. »

 

En France, en 1803, Sismondi fait l'éloge de la liberté économique et, en 1819, souligne que travail et capital sont des puissances séparées, en lutte l'une contre l'autre... Certains parlent de 2 nations, privilégiés et prolétaires : « désormais les ouvriers naissent et meurent ouvriers ».

Le libéral-conservatisme va stigmatiser les ouvriers, justifier moralement les inégalités, en faire le moteur du développement industriel : « La misère est le châtiment de la paresse et de la débauche ». « Le développement de l'industrie serait... impossible si les hommes étaient tous également heureux... ». « Il est bon qu'il y ait des lieux inférieurs où soient exposés à tomber les familles qui se conduisent mal et d'où elles ne puissent se relever qu'à force de se bien conduire ».

La misère ne peut être surmontée par l'amélioration de la condition ouvrière mais par la moralisation.

 

La science va« naturaliser »les vertus, les talents, les localiser dans des zones du cortex (phrénologie) et rendre l'inégalité objective (le QI). Comme les inégalités sont dans la nature, on remplace la lutte pour l'égalité par l'égalité des chances, par la méritocratie : recruter des élites, déceler des génies mais sans fabriquer des frustrés par une ouverture inconsidérée de l'école, chercher partout des talents non une promotion sociale générale. L'égalité de chances masque la reproduction massive des places dans l'ensemble de la société.

 

Contre l'individualisme et la concurrence

 

Dés 1820, face à la « secte économique » pour qui la concurrence est la condition nécessaire au progrès, les socialistes vont imaginer des mondes parfaits où règnent l'unité et la fraternité : chacun est inscrit dans un ordre protecteur plus large, pas de concurrence possible, pas d'individu autonome. L'individu n'est qu'un rouage. Unité veut dire indistinction, suppression des antagonismes.

À la Révolution, cette notion d'individu abstrait est corrigée par la fraternité, la civilité, l'attention, la bienveillance.

La société des égaux dessine un horizon qui suppose l'éradication de tout ce qui peut nourrir la discorde, la domination et repose sur l'extinction du politique, de l'économique et du psychologique.

 

Extinction du politique : Dans cette société de semblables, tous égaux, l'unanimité règne, les membres de la communauté ne sont pas en concurrence mais les rouages d'un ensemble. Le suffrage universel, le pluralisme de la presse sont inutiles. Tout est pensé à l'avance, rationnel.

Extinction de l'économique : Par la suppression de la propriété privée, de l'accumulation de richesse ou de puissance, par une organisation rationnelle et le progrès technique « tous les besoins naturels pourraient être satisfaits avec abondance... l'égoïsme cessera d'exister ».

.Extinction du psychologique : L'éducation et l'école rendront possible l'éradication de l'envie, de l'égoïsme, du désir de distinction. « Partout, la fraternité, l'union, la paix ».

 

Une nouvelle espèce humaine va naître, dans un monde où tous les hommes ne sont pas seulement égaux mais identiques. Plus de rivalité possible, même dans la conquête des femmes toutes semblables.

 

Le national-protectionnisme

 

Face aux rêves socialisants, le national-protectionniste fonde une égalité-identité sur l'homogénéité nationale. Le prolétaire devient l'ouvrier « sous l'égide glorieuse du drapeau tricolore ». Mêlant les intérêts des industriels et des salariés d'où le nom du premier regroupement d'industriels : Association pour la défense du travail national (1846) contre la concurrence cosmopolite ...

Le protectionnisme se veut en faveur de tous les petits, ouvriers, ateliers et propriétés foncières et en définitive de la nation tout entière. La France protectionniste construit la cohésion nationale par une communion identitaire.

 

Les socialistes ont défini l'idée de nation sur un mode non nationaliste à construire comme espace de solidarité, de redistribution. La nation devient porteuse d'un idéal émancipateur à coté de l'internationalisme. Mais l'égalité des socialistes, égalité de tous les hommes, est exigeante et certains passent du radicalisme révolutionnaire à l'ultranationalisme (France aux Français, France envahie par les étrangers, socialisme nationaliste).

 

Le protectionnisme ouvrier a une efficacité immédiate. Il institue un traitement inégal entre étrangers et nationaux. Il va prendre la forme de la protection du travail national contre les étrangers, taxer leur utilisation, expulser ceux à la charge de l'assistance publique, prôner la préférence nationale. Il y aura des manifestations et des incidents contre les Belges dans le Nord , avec des morts à Aigues-Mortes en 1893 contre les Italiens,.

A ce national-protectionnisme va s'ajouter l'aventure coloniale qui diffuse, surtout après 1870, le sentiment collectif d'une entreprise conquérante et d'une supériorité par rapport aux peuples à civiliser.

 

A la société des égaux de la Révolution, le nationalisme de la fin du XIXème oppose l'intégration par la fusion des individus dans un bloc  : « L'idée de patrie implique une inégalité au détriment des étrangers » Barrès.

 

Le racisme constituant aux Etats-Unis

 

Aux États-Unis, le racisme n'est pas seulement une survivance de l’esclavage dans le sud, c'est aussi une création de la période, dite de Reconstruction.

A la fin de la guerre de Sécession, l'esclavage est aboli par le 13ème amendement (1865) et le droit de vote établi par le 15ème (1869). Mais les Noirs en sont exclus par des artifices : taxe de vote, capacité politique... qui ne touchent pas les Blancs, soit parce qu'ils ont déjà voté, soit parce qu'il descendent d'électeurs...

 

Durant la période esclavagiste, maîtres et esclaves cohabitaient : distance sociale et proximité physique avec une certaine tolérance aux relations sexuelles. Premières règles de ségrégation dans le nord où il n'y avait pas d'esclavage.

Le racisme aux États-Unis est une forme structurante de la démocratie. Cette séparation donne aux Blancs une identité qui masque les inégalités économiques, donne le sentiment de s'élever ensemble. Le racisme est plus structurant parce que permanent, plus lisible.

Les États-Unis sont le seul pays occidental qui n'a pas connu de parti socialiste important à cause de l'hétérogénéité ethnique et sociale du monde ouvrier, pas de passé féodal, ni d'ordres ; importance de l'individualisme et défiance envers l'État.

 

Les pauvres sont responsables de leur sort et nombre de Blancs suspectent les Noirs d'être des tricheurs, de profiter du système. Les Blancs ne veulent pas de système redistributif dont les Noirs pourraient bénéficier. Les États qui ont le moins de Noirs ont les prestations sociales les plus généreuses.

 

Le siècle de la redistribution

 

La révolution au XIXème siècle est une menace pour les uns, une espérance pour les autres. « Il faut choisir entre une révolution fiscale et une révolution sociale ».

 

La peur des conservateurs et la raison des socialistes conduisent à une politique de réduction des inégalités avec trois réformes au tournant du siècle :

  • adoption dans tous les grands pays de l'impôt progressif sur le revenu (Allemagne 1891, États-Unis, RU, France) avec un taux faibles au début (2% en France, 3% au RU payée par seulement 12 500 ménages).

  • Bismarck, en 1883, crée l'assurance maladie obligatoire, cotisations ouvrières et patronales, couvre l'incapacité en cas d'accident du travail en 1884 et en 1889, l'assurance vieillesse.

  • Les syndicats légalisés en France en 1884.

 

Avec la guerre, la nation est une communauté d'épreuve. L'égalité des poilus donne un sens directement sensible à l'idée d'une société de semblables. La guerre a exacerbé la nation-identité et la nation-solidarité : dette sacrée à l'égard des défenseurs de la patrie, par extension, protection et sécurité sociale, vision de l'État assureur.

De même, aux États-Unis, le patriotisme fiscal légitime l'impôt progressif sur le revenu, Revenu Act 1917 :« que les dollars meurent aussi pour la patrie ».

 

« L 'homme seul n'existe pas », il naît débiteur de la société. L’État est devenu « partie intégrante de chaque individu ». Solidarité socio-économique et citoyenneté politique tendent à se superposer. De plus, il y a la peur de la Révolution d'octobre et le poids du monde du travail, massivement organisé.

 

L'idée national-socialiste est un peuple souverain et homogène dans l'espace naturel, la race constitue une masse unie et indistincte. Il substitue l'homogénéité naturelle à l'égalité naturelle. La race conduit à l'expulsion d'une partie des hommes hors de l'humanité, condition de l'égalité. On passe du social au racial.

 

La victoire sur le nazisme écarte cette homogénéité d'exclusion. L'effort de guerre et le partage des sacrifices conduisent à la solidarité. On retrouve, encore plus qu'après la guerre de 14, la volonté de « garantir à tous les conditions de travail meilleures, la prospérité économique et la sécurité sociale » (1941 : charte de l'Atlantique).

En 1945, la peur du monde soviétique prend la suite de la peur de la Révolution d'octobre de 1917 et favorise l’État-providence.

 

Le grand retournement

 

L'éloignement des grandes épreuves, la mondialisation, l'effondrement du communisme affaiblissent le réformisme et font réapparaître les inégalités.

 

Le chômage de masse, l'insécurité sociale ont conduit à un État d'assistance qui gère surtout les situations d'exclusion les plus criantes.

Les hommes sont solidaires quand les risques sont diffus, de causes inconnues, non quand ils sont liées à des comportements individuels ce dont chacun a pris conscience. Les improductifs vivent aux dépens des productifs, le sentiment social de solidarité s'émousse, on explique la pauvreté par la paresse …

 

Dans le capitalisme classique, les travailleurs manuels sont interchangeables. Dans le nouveau capitalisme, les salariés doivent répondre à l'imprévu, la créativité est un facteur de production, l'économie de services donne de l'importance au consommateur et à la singularisation du travail : soin, conseil, enseignement, artisanat spécialisé, livraisons ou réparations à domicile. D'où la notion de qualité, indissociable d'une certaine autonomie.

 

Aujourd'hui, le marché du travail peut expliquer la hiérarchie des salaires mais le pdg qui gagnait 35 fois le salaire moyen de l'ouvrier en 1974, gagne 150 fois plus en 1990. Ce ne sont pas la vertu ou le mérite qui ont déterminé la montée en flèche des rémunérations. Mais la ruse, le rapport de force, la connivence voire la corruption entre dirigeants, administrateurs, actionnaires.

 

L'égalité radicale des chances

 

Les différences ne peuvent être justifiées que par le mérite ou le hasard, à la fois opposées et complémentaires : le mérite pour le talent (nature) et le comportement (vertu). La compétition révèle les capacités, la chance aide à supporter l'injustice ou la compétition trop rude.

L'égalité des chances liée à la méritocratie servent à disqualifier l'égalité par l'invention et la démonisation de l'égalitarisme.

 

L'égalité des chances a plusieurs aspects.

  • Égalité légale des chances : suppression des privilèges et des barrières juridiques ou corporatives avec Déclaration des droits de l'homme.

  • Égalité sociale des chances :

    • Neutralisation des distorsions par l’égalité institutionnelle : école républicaine, ouverte à tous. En 1793, proposition d'une école, maison de l'égalité, pour former des hommes nouveaux soustraits de 5 à 12 ans au milieu familial.

    • Une société démocratique appartient aux vivants, les morts n'ont rien à y jouer., d'où différentes propositions touchant à l'héritage : le supprimer (oisiveté héréditaire), abolir la « propriété par droit de naissance » et non « par droit de capacité », système de succession nationale pour doter les Français modestes au démarrage dans la vie, doter à 25 ans et retraite à 50, déclarer nulle toute disposition avantageant un héritier, forte fiscalisation,

Mais s'il y a une égalité permanente des chances, il n'y a plus de chance à saisir ou d'efforts à faire.

 

 

 

 

La société des égaux aujourd'hui

 

L'égalité des chances théorise les inégalités légitimes, justifie les enrichissements les plus spectaculaires par le mérite, critique l'État redistributeur, remplace les droits sociaux par la compassion.

 

L'individualisme d'universalité concerne des êtres humains, tous égaux, tous semblables, membres du souverain par le droit de vote. La société des égaux, au XIXème, est une société sans classes : « le développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». L'égalité des libertés est un idéal d'émancipation, d'autonomie. Une société où les différences ne créent pas d'exploitation, de domination ou d'exclusion.

 

L'individualisme de singularité. Aujourd'hui, les inégalités résultent autant de situations individuelles, de trajectoires personnelles que des conditions sociales.

Dans l'égalité de singularité chacun se manifeste par ce qui lui est propre, chacun a les moyens de sa singularité, de son autonomie, de se donner un avenir. La singularité n'est pas tendance à la distanciation mais attente d'une reconnaissance mutuelle des particularités. Faire société à partir de ce que les individus ont de spécifique.

 

Il faut des règles justes qui correspondent à l'individu universel.(pôle de généralité : droits sociaux et politiques, automatiques, inconditionnels) et des règles qui favorisent l'attention à autrui (pôle de singularité : respect, dignité, non-discrimination, possibilité de construire son histoire)

 

Le respect et la reconnaissance sont des biens sociaux fondés sur une relation de réciprocité, permettant à une multitude d'êtres singuliers de faire société. La réciprocité ne vise pas à l'égalitarisme, stricte égalité arithmétique, ni une égalité-indépendance hors d'atteinte dans un monde complexe mais une égalité d'engagement : mêmes droits et mêmes devoirs .

 

La pathologie de la singularité

A tous les niveaux de l'échelle sociale se sont développés des comportements d'éviction et de distinction : recomposition des identités collectives, segmentation, discrimination, séparatisme social.

  • La discrimination : c'est l'assimilation négative d'une personnes à l'un de ses caractères, la réduction d'un individu « à sa classe de singularité », « à cette singularité ».

  • L'âge des sécessions et des séparatismes : La frange la mieux lotie de la population vit en dehors du monde commun, elle fait sécession : émigrés fiscaux... Juridiquement citoyens, ils ne font plus partie de la communauté. Les conditions d'un divorce explosif entre 2 nations séparées et hostiles comme au XIXème.

  • La dépolitisation : La délégitimation de l'impôt redistributif et la tendance au séparatisme social traduisent une forme de dépolitisation. L'essence de la démocratie, c'est l'organisation d'une vie commune entre gens différents, la fusion des habitants en un même corps civique.
    Un groupement humain qui ne se pense que sous les espèces d'une homogénéité donnée n'est pas seulement non démocratique, il est aussi non politique.

  • Le séparatisme à base territoriale, régionale ou autre : Aux États-Unis, attaques du fédéralisme fiscal à fonction redistributive, « unincorporated areas » zones résidentielles sans structure municipale, ni services publics : forme la plus avancée pour substituer le principe d'homogénéité, à connotation identitaire, au principe démocratique.

La tentation de l'homogénéité

La robustesse de l'État-providence dans les pays scandinaves est lié au caractère socialement et ethniquement homogène. La diversité ethnique ou culturelle freine l'exercice de la solidarité.

 

Deux conceptions antagonistes de l'homogénéité :

  • La première sur le mode d'une qualité donnée équivalent à une identité figée.

  • La seconde comme travail d'homogénéisation lié à la réduction des inégalités et à l'exercice d'une démocratie fortement délibérative.

 

Conclusion

 

Comment être semblables et singuliers, égaux et différents, égaux sous certains rapports et inégaux sous d'autres ?

 

Lors des révolutions américaine et française, Les idéaux de similarité, d'autonomie et de citoyenneté s'accordaient. C'était le temps de l'égalité heureuse. Société des égaux dans une économie simple de l'égalité : droits de l'homme, suffrage universel, marché...

 

Aujourd'hui, dans une économie complexe à l'âge de l'individualisme de la singularité, l'égalité doit admettre la différence mais celle-ci tend à se transformer en inégalité destructrice. D'où la nécessité d'une réciprocité ouverte : « de chacun suivant ses possibilités à chacun selon ses besoins ». qui peut tolérer une inégalité économique tant que l'écart de ressources n'entame pas la forme de similarité, de réciprocité.

 

 

Trois choses me semblent ressortir de ce livre :

 

  • L'évolution parallèle des sociétés surtout étasunienne et française avec quelques particularités qui permettent de comprendre certaines différences.

  • Le retour périodique d'affrontements avec les mêmes arguments

  • La nécessité de réfléchir à une revendication moderne d'égalité qui ne peut s'en tenir à l'égalité universaliste de tous égaux, tous semblables de la Révolution mais qui doit être une égalité universaliste dans le respect des différences, ce que l'auteur appelle l'universalité de la singularité.

 

LA SOCIETE DES EGAUX Pierre Rosanvallon Le Seuil 2011 434 p

 

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