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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 22:47

Suite au rassemblement à la Bastille, le 18 mars 2012, Jean-Luc Mélenchon avait appelé les soutiens de la France Insoumise à sa candidature pour une marche de la Bastille à République, ce 18 mars 2017.

 

 

 

Voici quelques images sur le parcours ...

Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France InsoumiseBastille République de la France InsoumiseBastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France InsoumiseBastille République de la France InsoumiseBastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France InsoumiseBastille République de la France InsoumiseBastille République de la France Insoumise

Quelques images plus personnalisées.

Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise

Des points du programme repris par de nombreux manifestants.

Bastille République de la France Insoumise

Place de la République

Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 17:21
Les urnes de Pandore

Tout était prévu pour ces printanières élections. La campagne électorale n’a pas commencé, déjà, sur le bord de la route, quelques dégagés, en attendant l’ouverture des urnes de Pandore de la présidentielle et des législatives dont personne ne peut dire ce qui en sortira.

 

Surtout pas les sondeurs. Leur prudence apparaît après les déboires en France lors des primaires de droite et de gauche et lors du référendum britannique et de l’élection présidentielle aux États-Unis.

Désormais un sondage sur les élections ne peut être publié sans qu’il soit précisé : attention, il ne s'agit pas d'une prédiction du vote des Français mais d'une photographie des intentions à la date de réalisation du sondage (1).


Les sondeurs ne présentent pas encore correctement leurs résultats qui devraient être, par exemple : candidat A, 26 +/–3 %, candidat B, 23 +/-3 %. Ceci conduirait à reconnaître que ces résultats sont quasiment identiques pour A entre 23 et 29 % et pour B entre 20 et 26 %. Cela anéantirait la pertinence de maintes discussions, notamment sur les avancées ou les reculs de 1 ou 2 % de tel ou tel candidat.
 

Le second tour de la présidentielle 2017 devait être identique à celui de 2012.
 

Le président sortant, candidat naturel malgré les statuts de son parti, une politique rejetée dans les urnes aux élections intermédiaires, dans la rue (manifestations à répétition), au parlement (49-3), dans la courbe du chômage qui refusait de plier à ses injonctions depuis 2013 et même dans son impopularité lue... dans les sondages et la volonté d’exfiltration bienveillante de certains de ses amis qui avaient inspiré sa politique...
Finalement, François Hollande a pris la décision unique dans l’histoire de la V° République de renoncer à défendre son bilan dans la primaire de gauche d’abord et dans une éventuelle candidature à la présidentielle.

 

Après cette historique abdication, la primaire citoyenne de la Belle Alliance populaire, le parti socialiste et ses alliés du gouvernement, a entraîné un deuxième dégagement, celui du Grand Vizir qui voulait être Calife à la place du Calife, mis benoîtement sur la touche.

Petite tempête, chez EELV, troisième dégagement, l’ancienne ministre qui se croyait candidate légitime, dés le premier tour de la primaire écologiste.

 

Dégagement dès le premier tour de la primaire de la droite et du centre : l’ancien président de la République, doublement légitime, en tant qu’ancien président et tête du parti d’opposition, malgré un bruit de fond de casserole. Suivi, au second tour, du meilleur d’entre nous, ancien premier ministre, malgré le soutien de généreux contributeurs de la gauche, du centre, de la droite. Éliminé au profit du Premier-ministre-collaborateur-honnête-notable-discret mais résilient pendant cinq ans d’un président de la République parvenu et m’as-tu-vu.


 

Les urnes de Pandore

Avec le changement climatique, les perturbations sont quelquefois soudaines. Le notable, honnête, catholique, gaulliste, qui ne pouvait imaginer la candidature de son ancien chef de service, mis en examen, se retrouve quelque jours plus tard dans cette situation. Face à la perfidie de ses adversaires, de ses amis, de la presse et des juges, il n’hésite pas à faire appel au peuple de droite, contre tout le monde, pour renverser le vent de destitution annoncée. Appel gaullien et mea culpa, devant ses troupes catholiques, le voila transformé, obligeant tous, amis et ennemis, fidèles et traîtres, à se rallier car il y aura plus de joie à l’Élysée pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance.

 

Finalement, le désir de changement a, déjà, emporté deux anciens présidents de la République, deux anciens premiers ministres et une ancienne ministre. Tout ceci parfaitement imprévu par ceux qui savent, dont les déclarations remplissent quotidiennement la presse sous toutes ses formes. Et, bien sûr, imprévu par les sondages.


 

Les urnes de Pandore

Tous aux abris. Des dégagements, importants par le nombre, sont à prévoir avec les élections législatives : ceux qui annoncent leur renoncement, leur retraite et ceux qui, du fait de la limitation du cumul des mandats, donneront leur préférence à un mandat local sûr, qui n’est pas en jeu pour le moment, plutôt qu’à un mandat national incertain…

 

Il est possible d’annoncer un certain renouvellement du personnel politique au niveau national qui ne préjuge en rien d’un changement de ligne. Mais aussi des sondages toujours aussi intéressants à commenter. Par les mêmes toujours aussi compétents.

 

Reste qu’à ce jour, et le présent article n’y échappe pas, il a été beaucoup plus discuté des affaires que de la politique, de la ligne politique des candidats. On est cependant en droit de se poser la question de savoir si c’est une qualité ou un défaut.

Car l’impression qu’on peut avoir d’assister à la fin d’un régime, d’un système tient à plusieurs choses :

- la multiplication des affaires qui arrivent sur la place publique, qui témoignent d’un changement d’époque, même si beaucoup se terminent par un non-lieu dont chacun sait qu’il est dû surtout aux qualités procédurières des avocats ;

 

- la parole changeante d’un candidat d’une semaine à l’autre : je ne serai pas candidat si je suis mis en examen suivi d’un je serai candidat même si je suis mis en examen avec quelques hésitations mais sans aucune sanction des éléphants de son clan, ni semble-t-il de ses potentiels électeurs – encore faut-il attendre, prudemment, le résultat de l’élection ;

 

- le candidat élu ne suit que de très loin le programme qu’il a annoncé. La primaire, relativement réussi de la gauche en 2012, a permis de voir que la politique suivie par le président élu n’était pas celle attendue, notamment avec l’arrivée comme premier ministre de celui qui n’avait recueilli que 5 % des voix à cette primaire !

 

- l’apparition de concurrents qui ont été membres d’un même gouvernement, l'un ne s'est pas présenté à la primaire pour faire cavalier seul ou les autres se sont présentés avec des propositions complètement différentes en annonçant qu’ils se désisteraient en faveur du gagnant et qui refusent, ensuite, de le suivre parce qu’il maintient les propositions annoncées...

 

Seule espérance que cette déliquescence morale et politique soit sanctionnée par les électeurs à l'élection présidentielle et aux législatives..

 

 

Les urnes de Pandore

1 – Ces précautions n’existent toujours pas dans les autres sondages. Pour une raison simple : il est possible de comparer les résultats des sondages et de l’élection. Les erreurs apparaissent alors.
Ce moment de vérité n’existe pas devant tous les sondages qui assurent que les Français pensent telle ou telle chose. La qualité du sondage peut être difficilement estimée.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 22:38

Il y a un an, jour pour jour, disparaissait Jacques Salvator.

Aujourd'hui, 11 mars 2017, son nom a été donné à une rue d'Aubervilliers dont il a été maire-adjoint puis maire de 2008 à 2014, en présence du président de la République, de plusieurs ministres, de nombreux élus de la municipalité, du département... et de son épouse Évelyne Yonnet-Salvator, sénatrice.

J'ai connu Jacques Salvator au PSU.
Membre, pendant plusieurs années, de la commission immigration du PSU et de ses avatars, Arev, Les Alternatifs, nous avons toujours eu des relations amicales.
Il nous a apporté son soutien au PSU où il avait des responsabilités. Quand il est devenu maire, socialiste, à Aubervilliers, j'ai animé, à plusieurs reprises, des réunions sur l'immigration et plus particulièrement sur le droit de vote des résidents étrangers non communautaires aux élections municipales et européennes.

Voici quelques photos en témoignage de cette amitié pour Jacques et Évelyne.

Rue Jacques Salvator à Aubervilliers
Rue Jacques Salvator à Aubervilliers
Évelyne Yonnet-Salvator

Évelyne Yonnet-Salvator

François Hollande,président de la République, Évelyne Yonnet-Salvator, Meriem Derkaoui, maire d'Aubervilliers

François Hollande,président de la République, Évelyne Yonnet-Salvator, Meriem Derkaoui, maire d'Aubervilliers

Rue Jacques Salvator à Aubervilliers
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Published by Paul ORIOL - dans L'événement du jour
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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 00:01
L’identité est un projet politique

Les prochaines élections se feront en partie sur la notion d’identité nationale, de défense de l’identité nationale. Thème, depuis des années, de l’extrême droite et de la droite, sur lequel la gauche n’apporte pas de contribution satisfaisante.

 

Le débat sur l’identité nationale.
La première contribution est simple. Il suffit que l’extrême droite dise l’Angleterre est une île, pour entraîner une réponse fulgurante, l’Angleterre n’est pas une île ! Cette fausse réponse n’a pas plus d’effet sur la montée de l’extrême droite et de ses idées que sur les moyens de communication entre le continent et les Îles britanniques.

 

Répondre à une question en la niant. Malheureusement, la droite martèle sa réponse et, comme aucune réponse claire ne vient de la gauche, la seule entendue, de droite, devient l’évidente vérité.

 

En suivant cette voie, certains croient résoudre le problème en affirmant : l’identité nationale, ça n’existe pas. Parce que l’identité n’existe pas. Parce que la nation n’existe pas. Ce ne sont que des constructions historiques. Déconstruire, disent-ils, et l’identité et la nation. Sans rien proposer de positif. Par de longs articles et de gros livres qui n’atteignent en rien le cœur qu’ils visent : le sentiment national reste intact dans la grande masse des gens. Peut-être même quelquefois, négligé, brocardé, ce sentiment national en est-il exacerbé.

 

De façon triviale, il suffit de voir l’augmentation du nombre de licenciés dans tel sport, hier pratiquement inconnu, à la suite des succès de l’équipe nationale ou l’audience des reportages télévisées lors des grands matches d’une équipe nationale… Bien entendu, cela n’a rien à voir avec le sentiment national, avec l’identité nationale, c’est seulement l’amour du sport… Il suffit de ne pas mettre de réunion politique ces jours là…

 

Emmanuel Macron, et-gauche-et-droite, a prononcé, le 10 janvier à Berlin, un discours entièrement en anglais, par facilité et pour que nous nous comprenions sur la relation franco-allemande et le futur de l’Union européenne. Il a affirmé, la culture française n’existe pas, le 5 février à Lyon, l’art français, je ne l’ai jamais vu, le 21 février à Londres. Emmanuel Macron est candidat à la présidence de la République française ? L’a-t-il vue ? Existe-t-elle ? A-t-elle besoin d’un président ? Ce n’est, après tout, qu’une construction historique !

L’identité est un projet politique

Identité nationale et immigration
Ce débat sur l'identité nationale se double de celui sur l'immigration. Sur l’immigration et l'identité nationale, l'immigration comme danger pour l'identité nationale (1).

 

La réponse de la gauche à cette mise en question de l’identité nationale par l’immigration suit la rhétorique bien connue : la vieille casserole trouée que tu ne m'as jamais prêtée, je te l'ai rendue neuve. L’identité nationale n’existe pas et voyez comment l’immigration, qui ne touche en rien à l’identité nationale, a participé et participe à son enrichissement, à son rayonnement depuis Marie Curie jusqu’à Zinedine Zidane, l’équipe black-blanc-beur et le couscous.

 

Il est évident que l'immigration a une relation avec l'identité nationale. De même que Europe ou la mondialisation. Et que l'identité nationale a été, est et sera modifiée par l'immigration, par l'Europe et la mondialisation. En bien et en mal. Cela dépend beaucoup de comment ces questions sont traitées à l'intérieur. L'identité nationale d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier. Ou plutôt, c'est celle d'hier modifiée par de multiples contacts avec le monde dont l’immigration, l’Europe, la mondialisation...
Car l'identité nationale n'est pas définie
scientifiquement. Ni pour l’éternité. Elle évolue en fonction des faits historiques. De leur interprétation. De l’image de la France qui est renvoyée de l’extérieur.

 

L’identité nationale inclut, parfois de manière conflictuelle, les multiples appartenances individuelles et collectives qui, finalement, la constituent : identités régionales, professionnelles, religieuses, linguistiques, sociales, ethno-raciales… Elle peut être niée, refusée par des individus ou des communautés tout en y participant, volontairement ou non (2).

 

L'histoire française, comme l'histoire de tout pays, il n’y a pas de pays élu, est aussi riche de choses admirables que de choses épouvantables. C'est un bloc dans lequel il est nécessaire de faire le tri. Mais dont les cotés positifs ou négatifs imprègnent tout le monde, différemment. Il n'est pas possible d'effacer totalement l'Histoire mais on peut la relire en fonction de ce que l’on en sait à un moment donné, des questions qui se posent, de l’avenir qu’on envisage…
L'identité nationale n’est pas donnée, n’est pas achevée. Elle n’est pas totalement homogène. Elle contient des contradictions. Et à partir de ces contradictions, elle est toujours en construction. C’est la volonté de construire un avenir en s’appuyant sur les faits historiques qui sont porteurs de tel avenir. C'est un projet politique.

L’identité est un projet politique

L’anti-France
Évidemment, chacun peut avoir des idées différentes de l’identité nationale, des valeurs qui la fondent : officiellement, les valeurs qui fondent l’identité nationale sont Liberté, Égalité, Fraternité. Ce sont des valeurs inclusives. Valables pour tous. Inscrites dans la Constitution, sur les frontispices.
Cela ne veut pas dire
qu’elles sont correctement appliquées mais que chacun peut s’en réclamer. Cela ne veut pas dire qu’elles sont pleinement reconnues par tous. Elles sont combattues par certains.

 

Léon Daudet, en 1918 : Il faut qu'on le dise : l'affaire du traître Dreyfus a eu comme premier résultat une première invasion, la formation chez nous d'une anti-France.
Charles Maurras parle des quatre États confédérés, protestants, juifs, francs-maçons et métèques.
Le régime de Vichy s’identifie à Travail, Famille, Patrie et le communiste, le juif, le franc-maçon et l’étranger sont les forces de l'Anti-France. Aujourd’hui encore, les intégristes catholiques interprètent ainsi l’avènement de la France moderne comme le triomphe du complot mené par l’Anti-France constituée par les « juifs, protestants, métèques et franc-maçons » contre la chrétienté (3).
Pendant la guerre d’Algérie, ceux qui luttaient contre cette guerre et contre le colonialisme français étaient aussi qualifiés d’anti-France. Voici que maintenant, pour un candidat à la présidence de la République, la colonisation française est un crime contre l’humanité ! (4)

 

La droite reproche aux bien-pensants d’enfermer les Français, en permanence, dans la culpabilisation et la repentance. Elle exige que l’on regarde, que l’on enseigne l’Histoire de France comme un roman national, l’excellence incarnée : My country, right or wrong ! Bon ou mauvais, mon pays !
Contre certaines vérités dérangeantes. Comme des familles vivent sur un secret malheureux qui les marque perpétuellement. La France officielle n’a pas toujours été du bon coté. N’a pas toujours appliqué les principes qu’elle proclame. Et quand son gouvernement a fait un choix pour le moins discutable, il y a toujours eu, heureusement, des Français, plus ou moins connus, plus ou moins nombreux, pour ne pas le suivre et choisir l’anti-France.

 

Le plus célèbre hérétique, dans l’histoire moderne, est le général De Gaulle, avec bien d’autres, en France, à Londres ou ailleurs, minoritaires, condamnés par le gouvernement officiel de la France, qui ont refusé de suivre le maréchal Pétain, dans l’armistice et la collaboration. Tous les deux, Pétain et De Gaulle, ont été au pouvoir avec l’aide d’armées étrangères, le premier avec l’aide de l’armée allemande nazie et des collaborateurs, le second avec celle des armées alliées et des Résistants.
Tout le monde aujourd’hui se glorifie, officiellement, de l’appel du 18 juin, de la Résistance, de la République restaurée… Tout est bien qui finit bien !

 

La colonisation, elle, n’a pas bien fini ! Elle n’est pas encore finie dans touts les têtes.
Si dans un premier temps, le jeune Jean Jaurès pensait comme Jules Ferry que les peuples supérieurs ont le droit et même le devoir de civiliser les peuples inférieurs. Peut-être pensait-il que la colonisation allait leur apporter, de façon un peu forcée, dévoyée, l’universalisme français, Liberté, Égalité, Fraternité... Il ne tarda pas à comprendre : La politique coloniale [...] est la conséquence la plus déplorable du régime capitaliste, [...] qui est obligé de se créer au loin, par la conquête et la violence, des débouchés nouveaux. Et, paroles prémonitoires ? Mais si les violences du Maroc et de Tripolitaine achèvent d’exaspérer, en Turquie et dans le monde, la fibre blessée des musulmans, si l’islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ? »(5).
Est-ce ce Jean Jaurès que Nicolas Sarkozy voulait récupérer ?

De même, Georges Clemenceau répond à Jules Ferry : Non, il n’y a pas de droits de nations dites supérieures contre les nations dites inférieures ; il y a la lutte pour la vie, qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation, nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit ; mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation ; ne parlons pas de droit, de devoir ! La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires, pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit : c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence l’hypocrisie (6).

C’est le même général De Gaulle qui a refusé d’approuver la signature de l’armistice quand la France était militairement vaincue, qui signe la fin de la guerre d’Algérie alors qu’elle ne l’était pas. Mettant fin à l’empire colonial qui avait survécu, en partie grâce à lui, à la seconde guerre mondiale !

Le général De Gaulle a su transformer le récit national, recréer l’unité nationale, revivifier l’identité nationale, en faisant de la guerre de 1940-45 une victoire française grâce à la résistance intérieure et extérieure, en oubliant, en intégrant ceux qui avaient été du mauvais coté. Ce qu’il a su faire après la Seconde guerre mondiale qui avait pourtant profondément divisé les Français, il ne l’a pas réussie avec la décolonisation, après l’indépendance de l’Algérie.

L’identité est un projet politique

Esclavage et traite des Noirs
La droite veut gommer l’esclavage et la traite des Noirs. Il est impossible d’oublier que l’État a souvent, pas toujours, soutenu l’esclavage ou la traite dont certains ont tiré de gros profits. Il faut dire clairement qui a favorisé, entretenu, tiré bénéfice de l’esclavage et de la traite. Et qui n’y est pour rien et qui l’a combattue.

Louis X dans un édit de 1315, le sol de France affranchit l’esclave qui le touche. Louis XIII autorise la traite en 1642 et surtout le grand Louis XIV l’organise, fonde la Compagnie du Sénégal pour fournir des esclaves à Saint-Domingue. Il promulgue en 1685 le fameux Code noir qui range l’esclave au rang de meuble qui peut être vendu ou transmis par héritage. L’autorisation de la traite permet de faire librement le commerce des nègres. Le profitable commerce triangulaire : plus de 3300 expéditions négrières à partir des ports français.

Tout le monde, en France, n’est pas responsable de la traite et de l’esclavage. On connaît le vœu de Champagney, un de ces villages qui, dans son cahier de doléances de 1789, demande l’abolition de l’esclavage. D’autres cahiers contiennent des revendications équivalentes. En 1788, est fondée la Société des amis des Noirs, pour l’égalité, l’abolition de la traite et de l’esclavage, présidée par Jacques Pierre Brissot et Étienne Clavière puis par Condorcet et Jérôme Pétion de Villeneuve.
L’esclavage est aboli en 1794… La France
est le premier pays à abolir l’esclavage dans ses colonies… rétabli en 1802 par Napoléon Bonaparte… et heureusement aboli à nouveau en 1848. Cette abolition est alors inscrite dans la Constitution (7).

Si la notion de crime contre l’humanité n’est entrée dans le droit positif qu’en 1945, lors du procès de Nuremberg pour juger le nazisme, Patrick Weil rappelle... en 1848, le décret qui abolit l'esclavage le déclare déjà « crime de lèse-humanité » et prévoit la déchéance de nationalité pour tout Français qui se livrerait à la traite ou achèterait un esclave. Il ne faisait que reprendre le dispositif voté en 1794. La République française a donc été la première à inscrire le concept de crime contre l'humanité dans son droit appliqué à l’esclavage. Toute cette histoire, liée à nos colonies, fait partie intégrante de l'histoire de France. Il faut l'enseigner, ce qui permet de faire une histoire commune qui parle à tous les Français (8).
Le pape François a repris, récemment, le terme de lèse-humanité dans un message du 8 décembre 2014. Aujourd’hui, suite à une évolution positive de la conscience de l’humanité, l’esclavage, crime de lèse- humanité, a été formellement aboli dans le monde. Le droit de chaque personne à ne pas être tenue en état d’esclavage ou de servitude a été reconnu dans le droit international comme norme contraignante (9)..

Cette brève histoire de l’abolition de l’esclavage et de la traite, qui ne rappelle pas les multiples révoltes des intéressés dans les territoires français, avec notamment, Le Noir des Lumières, Toussaint Louverture (10), montre bien qu’il n’est pas possible d’en faire porter la responsabilité à tout le monde et qu’elle mériterait d’être enseignée dans les écoles. Tous les Français, encore moins les contemporaine, ne sont pas responsables de l’esclavage et de la traite mais tous méritent de savoir. Il y a eu l’esclavage et la traite, et des opposants, cela fait partie de l’Histoire de France.

On peut rappeler et raconter cette histoire sans haine et sans fausse culpabilisation. Comme l’a fait la commune de Champagney en érigeant un mémorial de l'esclavage, la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme en 1971 ou la ville Nantes avec le Mémorial de l’abolition de l’esclavage d’Europe ouvert en 2012. Alors que Nantes est le port le plus important de la traite négrière, du commerce triangulaire, responsable du transport de 450 000 Noirs, soit 42 % de la traite française du XVIII°siècle… qui ne finira qu’en 1831 malgré les interdictions. Nantes lui doit théâtre, bourse, places, hôtels particuliers, folies.
Il est possible d’échapper au roman national[de Nicolas Sarkozy] pas forcément la vérité historique dans son détail ( vous avez dit détail ? 430 000 Noirs déportés par les navires français ?) et le remplacer par un récit historique. Il n’est pas question de faire croire, accusation de Dimitri Casali, que les Français ont tous été d'horribles esclavagistes au XVIIIe siècle, d'infâmes colonisateurs au XIXe siècle et uniquement des collabos au XXe siècle... (11). Ni de dire que l’histoire de France est une large avenue pavée de roses. Seulement rétablir les faits dans leur complexité.

Il a fallu attendre 1995, 50 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour que Jacques Chirac, président de la République, reconnaisse la responsabilité de l’État français dans la déportation et l’anéantissement de près de 76 000 juifs de France. Les mots de Jacques Chirac, la reconnaissance de la responsabilité de l’État français ne sont pas une atteinte à l’identité de la France, bien au contraire : Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire et l’idée que l’on se fait de son pays... Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français. Ce qui est une atteinte à l’identité de la France, ce sont les faits. La négation des faits. La non-reconnaissance des faits. Tout de qui donne à penser qu’il existe toujours une solidarité de la France, du gouvernement de la France avec ceux qui ont commis de telles actions.
D’autres Français ont commis le crime de solidarité avec les juifs pourchassés pendant l'occupation, car c’était un crime, dangereux pour ceux qui se sont alors engagés. Aujourd’hui, ils sont reconnus comme des justes parmi les nations.
Sans pousser la comparaison trop loin, les risques ne sont pas les mêmes, aujourd’hui, la solidarité avec les sans papiers est un délit. Comment seront perçus demain ces actes de solidarité ?

L’identité est un projet politique

Alors qui défend l’identité nationale ? Qui est l’anti-France ?
Les dreyfusards ou les anti-dreyfusards ? Les résistants ou les collaborateurs ? Les anticolonialistes ou les colonialistes ? Tout dépend, évidemment, de l’idée qu’on se fait de la France, de l’identité nationale, du projet politique que l’on a pour la France. L’identité nationale dans chaque période, douloureuse ou non, dépend de choix politiques. Elle guide, elle est construite, à chaque instant, par des choix politiques. Elle est la charpente d’une certaine continuité.

A travers ces quelques exemples, on voit qu’il est possible de tenir un autre langage que le déni de vérité ou la culpabilisation de tout le monde. De reconnaître les faits dans leur complexité, leur contexte. Et, peut-être, permettre à chacun de mieux se situer dans cette Histoire de France.

Les risques de l’identité nationale
L’identité nationale n’est pas faite seulement de valeurs proclamées, imparfaitement assumées, même si elle sont officielles. C’est aussi la langue, la culture, la grandeur passée, contestée aujourd’hui, grandeur en partie liée à des guerres, à des conquêtes coloniales, aux anciens empires. Le poids de l’histoire politique que tout le monde ne lit pas de la même façon. Lectures contradictoires, obscurément mêlées.
Et de l’image renvoyée par les regards extérieurs . La France, c’est alors la Tour Eiffel, Zinedine Zidane… De Gaulle, les philosophes du XVIII° siècle, les Lumières et la Révolution,
le pays qui a inventé les Droits de l’Homme et du Citoyen, non le pays des droits de l’Homme car il ne les respecte pas toujours, ni dedans, ni dehors...

Un risque important pour tout pays est de proclamer son identité nationale comme supérieure à toutes les autres et d’entraîner vers le nationalisme et l’affrontement avec les autres nations.
Ce risque est
important pour la France. Parce que l’identité nationale s’appuie, pour les uns sur la nostalgie d’une grandeur passée, pour les autres sur des valeurs à prétention universelle. Qui ont pu être dévoyées pour justifier des aventures extérieures, mélangeant vrai nationalisme et faux universalisme : exporter militairement les Droits de l’Homme ou civiliser les races inférieures.
Dans tous les cas, il ne s’agissait pas de faire le bonheur des peuples, contre leur volonté, mais de s’assurer d’avantages économiques, de débouchés et de sources de matières premières. Comme le disaient à leur époque et Jean Jaurès et Georges Clemenceau.

Ce qui est un danger pour l’identité nationale, plus que l’immigration elle-même, c’est la manière dont elle est traitée, c’est la contradiction lancinante entre les textes sacrés et les paroles, les actes de ceux qui gouvernent ! La manière dont est conduit le débat sur l’immigration, les réfugiés, les sans papiers, la nationalité. Faute d’un avenir solidaire pour tous, proposer à ceux qui souffrent un exutoire illusoire contre ceux qui sont encore plus démunis. Remplacer les clivages sociaux, par des clivages raciaux. La lutte des classes par la lutte des races.

Les populations défavorisées ont toujours été concentrées dans des banlieues, des quartiers stigmatisés : hier, banlieues ouvrières, contestation sociale, politique incarnée par le PCF, de ce fait appelées banlieues rouges ; aujourd’hui qualifiées par l’origine des habitants et non par leur statut social et stigmatisés comme banlieues ou quartiers immigrés.

On aimerait entendre des voix politiques plus fortes pour unir ceux qui souffrent plutôt que les diviser. Quelles que soient leurs origines. S’inspirer du passé pour préparer l’avenir et réunir autour des principes fondamentaux les enfants de ceux qui, hier, ont pu être sur des positions différentes mais qui, aujourd’hui, doivent se retrouver dans la lutte pour l’égalité, la solidarité.

En 1983, à la suite d’une flambée de crimes racistes, des jeunes de la banlieue de Lyon ont lancé la Marche contre le racisme et pour l’égalité, revendication politico-sociale transformée par la presse en Marche des beurs ! Marche ethnique. Communautaire ?
Reçus à l’Élysée par le président Mitterrand, les marcheurs obtiennent la carte unique, valable 10 ans, renouvelable automatiquement, pour les résidents étrangers alors qu’ils étaient conduits par Toumi Djaïdja, français, fils de harki, qui n’avait pas besoin de cette carte. Ils s’étaient réunis, quel que soit le parcours de leurs parents, dans une revendication de dignité, d’égalité plus que de contestation.
Ce titre de résident a été démantelé progressivement dans les années suivantes, par les gouvernements successifs.

L’identité est un projet politique

Comment faire adopter et croire à des principes affichés quand ils sont bafoués, tous les jours, ouvertement ? Les jeunes chanteront peut être La Marseillaise mais que pensent-ils quand ils sont victimes de plaisanteries douteuses, du plafond de verre, des contrôles au faciès. Quand les auteurs de bavures s’en tirent toujours avec un non lieu ? On ne peut pas mettre tous les policiers dans le même sac : tous ne sont pas des baveurs. On ne peut pas mettre tous les députés dans le même sac : tous ne font pas profiter leur famille d’emplois fictifs ! Pourquoi tous les jeunes sont-ils mis si facilement sur le même plan ?

 

Une lecture dépassionnée de l’Histoire est nécessaire pour former le citoyen moderne qui ne peut être étroitement nationaliste mais qui, fort d’une ouverture compréhensive du passé national, sera mieux armé pour comprendre sa place en Europe et au Monde.

 

Malgré les déclarations stigmatisantes, répétées depuis des dizaines d’années, contre l’immigration non seulement par la droite et l’extrême droite mais aussi par de nombreux politiciens de gauche, il faut remarquer la résistance, la tolérance du peuple français. Il faut remarquer les sondages sur les personnalités les plus populaires, les plus aimées des Français, les résultats favorables au droit de vote des résidents étrangers.


L’absence d’agressions irréparables qui auraient pu passer comme des actes de vengeance, d’une partie de la population sur une autre à la suite des attentats (12).
La population résiste à ceux qui voudraient réserver la solidarité nationale aux seuls Français. A ceux qui voudraient l’entraîner dans une bataille des civilisations.
Exclure certains de la solidarité nationale, c’est pousser à la recherche de solidarités subsidiaires, c’est pousser à des regroupements communautaires. Qui ont toujours existé de façon temporaire mais qui disparaissent dés que la solidarité institutionnelle répond aux besoins.
C
e pays est plus riche que jamais mais la politique d’austérité creuse de plus en plus les inégalités et encourage la concurrence entre les plus défavorisés. Il faut faire l’unité contre l’austérité, contre les inégalités.

 

Il faudrait aller plus loin, trouver les mot pour parler à la raison mais aussi au cœur. On voit bien que, malgré le climat anti-immigrés, anti-réfugiés, sans aucun appui d’aucun parti national, de nombreux actes de solidarité s’organisent ici et là pour aider ou accueillir.

 

Un simple coup d’œil sur la presse permet de voir que les élus ne sont pas à la hauteur du peuple ! Ils se préoccupent plus de la montée de l’extrême droite dans les sondages que de la situation qui fait que des citoyens en arrivent à voter pour elle. Ils voient que d’autres enfreignent la loi par solidarité mais ils sont incapables de prendre les mesures, de prononcer les mots qu’il faudrait pour réintégrer tous ceux qui se sentent exclus.

L’identité est un projet politique

1 - Le Musée de l'histoire de l'immigration a été ouvert en 2007, il n’a été inauguré qu’en 2014… enthousiasme.

2 – Quand je suis parti en coopération en Algérie, en 1964, je disais je ne suis pas français, je suis socialiste (pas à la manière SFIO). J’ai rapidement changé d’idée et j’ai alors dit, je suis socialiste français.

3 – https://fr.wiktionary.org/wiki/anti-France

4 - L’Allemagne a édifié un centre de documentation sur le nazisme, inauguré, en présence de la ministre fédérale de la Culture, de vétérans américains et de survivants de l'Holocauste, sur le site de l'ancien QG du parti nazi à Munich, le 30 avril 2015, jour anniversaire de la libération de la capitale bavaroise par les troupes américaines et du suicide de Hitler, dans son bunker berlinois (Le Figaro 30/04/2015). Y-aura-t-il un jour, en France, un centre de documentation sur le colonialisme français ?

5 - http://www.jaures.eu/syntheses/jaures-et-le-colonialisme/

6 – http://www.lecanardrépublicain.net/spip.php?article31

7 - http://dp.mariottini.free.fr/esclavage/france-negriere/france-negriere.htm

8 - Alter éco septembre 2015

9 - http://www.hommenouveau.fr/1141/rome/l-esclavage-un-crime-de-lese-humanite.htm

10 - https://www.herodote.net/Toussaint_Louverture_1743_1803_-synthese-403.php

11 – Le Figaro Vox, 20/09/16

12 - Rachid Benzine Politis 13/10/16

L’identité est un projet politique
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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 22:33

Quelques images du Carnaval 2017 sur le Boulevard de Belleville à Paris

CARNAVAL à PARIS  2017CARNAVAL à PARIS  2017
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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 13:22

CHOCOLAT
ou 2 clowns pour le prix d’un

Ce film narre l’histoire, au tournant du 19° et 20° siècles, d’un duo de clowns, Footit et son comparse Chocolat (1), premier clown noir qui eut son heure de gloire, à Paris, avant de tomber complètement dans l’oubli.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Deux clowns pour le prix d’un, c’est ainsi que le patron et maître Jacques du Cirque Delvaux présente la première apparition de Footit et Chocolat sur la piste. Pour le film Chocolat, on pourrait dire deux films pour le prix d’un. En effet, Chocolat présente la vie du fameux clown dans l’atmosphère raciste de l’époque mais aussi l’histoire de son ambition, stimulée par son statut et conclue par l’échec : devenir un homme comme les autres.

C’est sous le nom de Kananga, que le héros apparaît dans un petit cirque où il est présenté comme le roi du pays des mille collines, chaînon manquant (sous entendu entre l’homme et le singe), avec ses cris gutturaux, ses roulement d’yeux, un fémur au poing, un collier de dents humaines, effrayant femmes et enfants et… gagnant de quoi vivre et perdre au jeu.

Après cette entrée spectaculaire, bien connotée, apparaissent les multiples facettes du racisme que subit le héros et auquel d’une certaine façon il se prête. Au cirque, avec ses camarades de jeu – tu finiras à poil comme en Afrique, en Afrique ce n’est pas avec des dés qu’on joue mais avec les os des blancs – plus subtil quand Georges-Footit qui va l’embaucher, lui demande avec une certaine bienveillance, en parlant du singe qu’il est en train de caresser : c’est un garçon ou une fille ?... Tu me comprends ? Un léger temps mort, Kananga se retourne, brutalement, poussant un cri menaçant, effrayant Georges et répond doucement c’est une femelle, on ne dit pas fille chez les singes.
Dans cette scène, l’image en 3 plans illustre la phrase du directeur du cirque sur le chaînon manquant : Georges au premier plan, le singe au fond et Kananga entre les deux.
Racisme inconscient accepté quand, sur l’injonction de Delvaux, – Kananga c’est bon pour un roi nègre, pas pour un clown – Georges le baptise Chocolat et lui explique son rôle dans le duo : tu es le pitre, l’idiot...


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Après avoir, pour gagner sa vie, joué les cannibales, il devient le partenaire de Footit et reçoit, tous les soirs, sa ration de coups de pied au cul qui vont satisfaire la clientèle et conduire le duo à une importante promotion : se produire dans le Nouveau Cirque à Paris. Où la bonne société se presse et où ils connaissent la gloire et, pour Chocolat, le même racisme ambiant auquel il sait répondre. Au Musée Grévin où il a sa statue de cire, des journalistes : Il paraît que vous ne savez pas écrire. Il paraît aussi que je suis incapable de faire rire. Comment se nomme votre prochain numéro ? C’est Guillaume Tell, un lointain cousin suisse. Mais nettement moins beau que moi… Et, dans la presse, Footit et son nègre triomphent au Nouveau Cirque.

Ce succès sur la piste le fait rêver de passer à la scène pour interpréter Roméo et Juliette que Camille, la jeune et belle écuyère du cirque Delvaux, lui a fait découvrir et qu’il a lu plusieurs fois. Victor, un Haïtien, compagnon de cellule, emprisonné pour propos subversifs lui conseille plutôt de jouer Othello qui n’a jamais été joué par un Noir en France.

Cette idée souterraine va rejaillir quand le duo est sollicité pour une campagne publicitaire où, sur un affiche pour le chocolat Félix Potin, avec un contrat fort lucratif, il va apparaître caricaturé, simiesque, à coté de Footit : Chocolat Félix Potin : battu mais content…

Magnifique. On est tous d’accord, se félicitent Georges, le directeur du cirque, le directeur de Félix Potin, sans demander son avis à Chocolat qui s’insurge : Vous faites de moi, une attraction, un animal de foire. Pourquoi vous me dessinez comme ça. C’est moi ? C’est mon visage ?

Sa révolte va se concrétiser sur la piste quand Chocolat donne un coup imprévu à Footit qui en tombe à la renverse, physiquement et mentalement. Chocolat, sous les éclats de rire : Eh oui M Footit, vous ne rêvez pas. Et en aparté. Tu vois, ça marche aussi dans ce sens ! C’est fini, Georges.
Il quitte, triomphant, la piste. Tandis que Footit, effondré, salue tristement et se retire vers les coulisses où la caméra l’attend, en contre-plongée, le montre désemparé, écrasé par la masse du cirque et des spectateurs hilares, sur les épaules.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Pour être Othello, il joue, avec le directeur du Théâtre Antoine, de la couleur de sa peau - Qui d’autre que moi peut jouer Othello avec autant de réalisme. Il est présenté comme un Othello, plus vrai que nature à l’acteur qui va jouer Iago : avec lui, le public ne sera pas chocolat et trompé sur la marchandise.

Il a connu et connaît aussi le racisme dur, celui qu’ont subi ses parents à Cuba, la mère dans les champs de canne à sucre, le père serviteur, humilié, faisant le caniche, sous ses yeux ; son arrestation par la police parisienne, comme sans papier, sur dénonciation de son ancienne patronne ; le traitement violent par les policiers en prison qui le passent au balais brosse sous un jet d’eau pour lui montrer qu’il ne sera toujours qu’un négro.
Le racisme dur, institutionnel, lors de l’Exposition coloniale qu’il visite avec Marie et ses enfants où, devant le zoo humain, on entend la voix d’un guide : Vous êtes en présence de sauvages les plus primitifs... mission civilisatrice tandis que des enfants blancs jettent des pièces que se disputent les enfants exposés. Un jeune Noir, en colère, sort d’une case et interpelle, dans un champ-contre champ qui devient de plus en plus vif, un Chocolat muet, interloqué, dans une langue qu’il ne comprend pas, à coté d’un panneau : Défense de donner à manger aux indigènes, ils sont nourris.

Le plus douloureux est l’échec final dans son rôle d’Othello, hué, par un public raciste : scandaleux, reviens au cirque.
Fuyant alors le théâtre, il est rattrapé par une bande de nervis qui massacrent sa main droite, la main qui vient d'étrangler Desdémone, la femme blanche, la main du joueur qui n'a pas payé ses dettes : c’est celui qui a voulu jouer Othello, il en porte encore l’habit et  le joueur pour ses dettes de jeu, qui est puni.
Kananga-Chocolat, Rafaël Padilla, son véritable nom qu’il espérait pouvoir porter un jour, a définitivement perdu sur tous les plans. Il finit balayeur dans un cirque misérable, atteint de tuberculose, avant d’être arrivé à la cinquantaine.

Il n’a pas connu que le racisme. Il se sent bien dans le petit cirque Delvaux où il a connu l’amour de Camille qu’il oubliera en profitant de sa richesse nouvelle, des femmes, de la vie facile de Paris. L’amour aussi de Marie qui le soutiendra jusqu’au dernier jour, elle même en butte au racisme de la voisinetraînée - d’une cliente au marché – c’est la femme du nègre. C’est elle, infirmière qui a fait jouer le duo des clowns dans un hôpital pour enfants et l’a présenté à un directeur de théâtre qui accepte sa proposition de jouer Othello : C’est gonflé. C’est sacrément gonflé. Le rôle n’a jamais été tenu par un acteur de couleur... ce sera un sacré coup de projecteur pour le théâtre… Mais je compte sur vous pour le remplir, ce théâtre.

S’il veut jouer ce rôle, c’est qu’il l’a très bien compris que toute la pièce, c’est l’échec d’Othello à devenir un homme comme les autres. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est à quel point il est Othello : un homme peu accessible à la jalousie. Et qui, une fois, excité par elle a été entraîné jusqu’aux derniers excès.

Car dans son entourage, s’il y avait le racisme auquel il savait répondre, il y avait aussi la jalousie des ambitions contre laquelle il était moins armé. Et qui a, aussi, nourri son ambition.
Jalousie de Camille qui le voit partir avec Footit : C’est quoi ton vrai nomEt lui, pourquoi il ne s’appelle pas Farine ou Pot de chambre ? Fais gaffe aussi, tu n’es pas sa chose à Footit…
Jalousie d’un clown concurrent du Nouveau Cirque qui dévaste la loge du duo.
Jalousie de Georges, qui lui reproche
d’en faire un peu trop, voiture, costumes, ses retards, de négliger son travail pour faire le joli cœur avec Camille puis pour Marie, mais qui cache probablement derrière ces remontrances un penchant homosexuel – on le voit dans un bistrot refuser une proposition, plus tard, lisant un journal avec un ongle verni. Dans un dialogue où Marie est dans l’axe de la caméra et il n’est vu que dans un miroir, il avoue : Moi aussi, je l’ai aimé, nourri, choyé. On m’a regardé comme si j’avais perdu la raison... Tout ça, pour quoi ? Pour qu’il me lâche en peine course. Pour vous plaire. Pour faire le beau au théâtre...
Jalousie chatouillée par Victor, le Haïtien subversif, pour la bonne cause : C’est toi l’artiste qui se fait botter le cul tous les soirs par un blanc ?... Il a peur de te perdre ton Footit. Sans son faire valoir, sa victime préférée, il redevient banal, à pleurer.
Jalousie qui s’exprime finalement dans la colère quand il dit à Georges : quand on touche la paie. C’est toi qui empoche le double. Le double du négro et tu n’es même pas sur l’affiche.

Chocolat qui avait une idée en tête. Il voulait changer. Changer quoi ? J’ai voulu changer de peau, stupide négro. J’étais pas mauvais. Tu étais mieux que ça. Tu étais un prince. J’ai pas trop su aller plus loin. Ensemble, on était les rois. On n’avait pas de limite.
Il restera Chocolat. Avec une ambiguïté souriante, Victor lui avait dit que Chocolat était son identité dans cette société et qu’il était chocolat, pris au piège.
Phrase qu’il assume,
au moment de mourir, devant Georges : il était Chocolat, le grand clown mais aussi chocolat, la victime. L’aventure est finie. Il ne sera jamais reconnu comme Rafaël Padilla.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

1 – Chocolat, réalisé par Roschdy ZEM, 2016, 110 mn. S'inspire librement du livre Chocolat, clown nègre : l'histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française de Gérard Noiriel, Bayard 2012. Interprètes principaux Omar SY (Rafaël Padilla dit Kananga puis Chocolat), Jammes Thierrée (Georges Footit), Clotilde Hesme (Marie).

NB : Une scène du film montre les frères Lumière en train d’enregistrer le duo des clowns. La séquence authentique, filmée par les Lumière est projetée en fin du film.
Actuellement sur les écrans, on peut voir,
Lumière ! l’aventure commence. Un film de Thierry Frémaux qui présente 108 films de 50 secondes sur les plus de 1 000 réalisés par les frères Lumière et leurs opérateurs envoyés à travers le monde.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 13:20

Ce film (1), librement inspirée d’une histoire vraie relatée par Gérard Noiriel, fait revivre le premier artiste noir qui a conquis une certaine célébrité, à Paris, au tournant des 19° et 20° siècles puis est tombé dans l'oubli.


 

CHOCOLAT,  une homme oublié

A travers son scénario, ses dialogues, le jeu des acteurs, le film de Roschdy ZEM donne à voir l’état de la France à cette époque, 1897-1917, des limites qu’elle oppose à un Noir qui a quelques ambitions pour sortir de la place, limitée, qui lui est accordée quelle que soit sa valeur personnelle.

C’est l’époque de l’empire français, sur lequel le soleil ne se couche jamais, qui étale, avec bonne conscience, sa suffisance civilisatrice lors de l’Exposition coloniale avec son zoo humain… Une époque où triomphe un racisme polymorphe qui s’exprime dans le film, sous toutes ses facettes, depuis le racisme inconscient, pourquoi le clown noir s’appelait-il Chocolat et son partenaire blanc Footit et non farine ou pot de chambre comme le suggère sa petite amie du moment ? Jusqu’au racisme le plus dur, les policiers qui le passent au balais brosse sous un jet d’eau pour lui montrer que, quoi qu’il fasse, il ne sera jamais qu’un négro. En passant par le racisme bon enfant dont, astucieux, il sait se sortir grâce à son intelligence et ses bons mots.

Trois Noirs sont aperçus dans le film, tous trois sont assignés, enfermés dans un lieu précis : l’un en prison, pour idées subversives, qui préfère regagner Haïti, après avoir tâté du Paris de Liberté, Égalité Fraternité ; l’autre, temporairement, dans une case du zoo humain avant d’être renvoyé quelque part en Afrique, qui interpelle Chocolat dans une langue qu’il ne comprend pas ; Chocolat, clown sur la piste du cirque, le plus favorisé, contesté par les deux autres, le plus intégré, dans un rôle dont il ne sortira que pour son malheur.

Preuve d’une renommée certaine, une séquence du film montre le duo, Footit-Chocolat, filmé par les frères Lumières. Ce film, une séquence de 50 secondes, longueur maximale autorisée à l’époque par la technique des frères Lumières, est projetée à la fin du film (2).

La gloire acquise, dans un rôle assigné, clown de cirque, lui donne l’idée de faire du théâtre. Et il se sert du préjugé racial pour revendiquer le rôle d’Othello : qui d’autre que moi peut jouer Othello avec autant de réalisme. Paradoxalement, il veut incarner un Noir au théâtre pour ouvrir une brèche, comme le lui a soufflé Victor, le Haïtien, pour changer de peau… pour devenir aussi blanc que les blancs, pour échapper à la malédiction d’être né fils d’esclave.
Oubliant que l’art de l’acteur n’est pas d’être mais de paraître, de créer, que dans la tradition théâtrale les acteurs pouvaient avoir des masques, que les hommes ont longtemps joué des rôles féminins ou inversement, à l’époque de Chocolat, avec Sarah Bernhardt jouant Hamlet… Mais surtout que, si l‘époque pouvait faire une gloire à un Noir qui jouait les faire-valoir, à qui on bottait les fesses tous les soirs, qui faisait des grimaces et roulait de gros yeux, elle n’était pas prête à voir un Noir, incarner un personnage, même noir, du répertoire, quel que soit son talent d’acteur.

Le film ne fait pas seulement le portrait dénonciateur d’une société, d’une époque. Il montre aussi que Rafaël – Kananga - Chocolat est un homme complexe qui a une histoire avant, pendant et après la gloire : Rafaël, fils d’esclave ayant vu son père humilié à Cuba, Kananga, cannibale de cirque, aimé d’une jeune écuyère qu’il oublie dès qu’il arrive à Paris et qui, devenu le grand Chocolat, découvre la vie facile, les femmes, l’alcool et même le laudanum, et le luxe, tout ce que l’argent gagné peut lui procurer. Mais aussi, qui aime les enfants et est aimé d’eux. Qui aime, est aimé par celle qui l’aide à réaliser son rêve et le soutien contre amis et famille. Qui finit par se révolter contre son maître, celui qui lui a tout appris, celui qui ne l’abandonnera pas, celui qui l’aime d’amour ce dont il ne s’apercevra jamais.

Dans le film, certaines scènes semblent se répéter avec un éclairage différent.
Les gendarmes viennent dans le petit cirque : Kananga, sans papier, se cache sous une roulotte et ne voit plus son ami Georges que de pieds à la taille comme l’enfant Rafaël avait vu les gardes et leur fouet dans le champ de canne. Fausse alerte.
Mais quand, la police, vient
contrôler ses papiers devant le Nouveau Cirque. Le maintenant célèbre Chocolat leur demande s’ils viennent pour un autographe dans une image en contre plongée qui montre bien qu’il est, désormais, sûr de lui-même. Un peu trop. Il se retrouve en prison.
C’est l’enfant qui, timidement, touche son visage pour vérifier si sa couleur de peau n’est pas un maquillage pendant que Chocolat signe un autographe d’une écriture incertaine… Geste qu’il reproduit au Grand Cirque auprès d’un clown concurrent pour signifier son authenticité.

Il finit par reconnaître qu’il a été chocolat, qu’il n’a pas réussi à changer de peau, à être ce qu’il ambitionnait d’être mais que son nom était finalement Chocolat, celui d’un grand clown.

CHOCOLAT,  une homme oublié

1 – Chocolat, de Roschdy ZEM, 2016, 110 mn. S'inspire librement du livre Chocolat, clown nègre : l'histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française de Gérard Noiriel, Bayard 2012. Interprètes principaux Omar SY (Rafaël Padilla dit Kananga puis Chocolat), Jammes Thierrée (Georges Footit), Clotilde Hesme (Marie).

2 – Lumière ! l’aventure commence, de Thierry Frémaux, 2017, 90 min. Ce film présente 108 films de 50 secondes sur plus de 1 000 tournés entre 1895 et 1905 par les frères Lumière et leurs opérateurs dans le monde.

NB : article proposé à Agoravox. On trouvera sur ce blog un article plus détaillé sur le même sujet.

CHOCOLAT,  une homme oublié
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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 20:34

La nation dans tous ces États

 

La question de la nation est sur la scène politique, impulsée, depuis des années, par le nationalisme de l’extrême droite, relayée par la droite. Une partie de la gauche, par conviction nationaliste ou par calcul électoral, court derrière.

Beaucoup à gauche ont quelque peine, aujourd’hui, à assumer l’idée de nation, ce qui n’a pas toujours été le cas. Ils ont abandonné la nation à sa dérive nationaliste et ont voulu la déconstruire, la nier, au profit de la lutte des classes.

 

La nation dans tous ces États

Les prolétaires n’ont pas de patrie. La nation, le sentiment national, le récit national n’existent pas ou n’ont pas lieu d’être. La nation n’est qu’une construction historique. Bien sûr, la nation, et surtout l’État-nation, sont des constructions historiques. La nation n’a pas toujours existé et, telle quelle, n’existera pas toujours. Comme toute institution, l'État-nation est une construction, elle existe. Historique, elle existe aujourd’hui.


En 1945, 51 États ont participé à la fondation de l’Organisation Nations Unies qui devrait plutôt se nommer Organisations des États Unis (mais le terme était déjà pris). L’ONU en comprend, aujourd’hui, près de 200 et cette multiplication devrait continuer en application du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. De nombreux peuples ont obtenu, souvent avec l’appui de la gauche, la reconnaissance de leur État, de leur État nation, d’autres espèrent y parvenir un jour, y compris en Europe.


A côté des États nations, certains États fédéraux font preuve de stabilité comme la Suisse - 26 cantons, 4 langues officielles – ou l’Inde - 29 États, 23 langues… Dautres États, parfois anciens, semblent avoir des difficultés à perdurer en l’état mais ce n’est pas pour disparaître, simplement, dans le néant... Ils risquent d’être démembrés pour donner naissance à d’autres États nations. Ainsi, l’Espagne, agitée par des volontés séparatistes voulant devenir de nouveaux États nations : Catalogne, Euskadi. Au Royaume-Uni, l’Écosse a échoué de peu au dernier référendum et relance la question à l’occasion du Brexit. La Belgique est en proie à des tentations séparatistes...
Dans le monde, existent de nombreux peuples sans État…


L’État nation est une construction… encore en expansion numérique, d’une certaine façon, on pourrait dire qu’il y a, à ce jour, une tendance à la mondialisation de l’État nation. Même si, à l’avenir, la mondialisation peut le mettre en cause au moins dans sa forme actuelle.


Les constructions historiques supranationales comme l’Union soviétique, la Yougoslavie, la Fédération du Mali, la République arabe unie… ont eu une existence relativement éphémère. Aujourd’hui, l’Union européenne, non aboutie, est mal en point. Avec le Brexit d’abord, avec la montée des nationalismes à l’intérieur de ses différentes composantes. Elle semble plus fragile que bien des États qui la composent… et dont certains lui doivent, en partie, leur existence ou leur renaissance.


Il fut un temps où certains opposaient nation et lutte des classes. Pour nombre de partisans de la lutte des classe, la nation n’existait pas ou était un moment éphémère à dépasser. Ce qui a joué dans le soutien à la patrie du socialisme contre les revendications nationales et dans le retard à reconnaître le moment historique des luttes de libération nationale : elles auraient dû attendre mais ont atteint leur but avant la révolution socialiste libératrice dans les métropoles qui devait leur ouvrir la voie


Plus habiles, ceux qui opposaient contradiction principale et contradiction secondaire, avec l’avantage de pouvoir changer suivant les circonstances. Les révolutionnaires ont essayé d’utiliser les luttes nationales pour déboucher sur le socialisme. Dans les faits, c’est plutôt le nationalisme qui a profité de l’aide des pays et des militants souvent communistes qui l’ont quelquefois payé cher. Les pays sont devenus indépendants, ils sont souvent passé, au moins verbalement, par une période socialiste mais les conditions sociales des couches les plus exploitées ont peu évolué.
L
a domination étrangère, coloniale, a été remplacée par des dominants nationaux souvent soutenus de l’extérieur.

Dans les nouveaux États nations comme dans les anciens, les rapports sociaux, dominants-dominés, sont peu différents. Qu’on l’appelle domination de classe, opposition compétents-exécutants, élites-masses populaires..., la division de la société entre ceux d’en haut et ceux d’en bas demeure.


Ce rapport de domination existe aussi au niveau international : La Lutte des classes existe, nous l’avons gagnée, énonce Warren Buffett, troisième homme le plus riche du monde. En effet, il existe, malheureusement, une internationale des capitaux, des dominants, Davos peut en être le symbole.
Il n’existe pas une internationale des dominés qui soit capable de faire face. Mais des structures internationales cache-misère et des initiatives qui ont peine à déboucher malgré quelques succès ponctuels.


Il en est de même au niveau européen. Les institutions européennes sont aux mains des forces dominantes et de leurs groupes de pression organisés, structurellement. Il n’existe pas de véritable parti ou syndicat européens – la Confédération européenne des syndicats est inaudible. Dans l’Union européenne, les contestations, nombreuses, sont surtout organisées au niveau national et, de plus en plus, avec une connotation nationaliste.
La naissance et le développement de Syriza a pu susciter quelques rencontres d’espoir et quelques manifestations de soutien. Au moment de l’épreuve de force, face à l’étouffement organisé par la troïka, le mouvement populaire est resté étrangement insuffisant à l’échelle européenne.


L’organisation européenne des droites nationalistes serait-elle plus avancée - réunion de Coblence - que celle des syndicats ou des partis de gauche, internationalistes ?


L’État nation est le seul lieu où s’exerce une démocratie incomplète, discutable, locale, régionale, nationale. Les démocraties populaires n’ont pas fait leur preuve. Pour le moment, il n’est rien de mieux que cette démocratie incertaine même si elle est fortement biaisée par des inégalités croissantes aux niveaux économique, social, culturel... La règle est une personne, une voix mais le poids des personnes ne se résume pas au bulletin de vote. Certains n’ont pas besoin de voter pour peser sur les décisions grâce aux moyens matériels et immatériels dont ils disposent… Renforcé par l’organisation institutionnelle de l’Union européenne, structure de démocratie indirecte, voulue par les gouvernements des États membres...


La nation est un lieu d’homogénéisation culturelle, linguistique (homogénéisation de la langue nationale, parfois contre d’autres langues), nationalisation de la société. Cette homogénéisation peut rencontrer des difficultés avec des populations nouvellement arrivées, être en conflit avec des entités locales, régionales – qui revendiquent leur droit à l‘existence culturelle ou même étatique au nom du principe des nationalités. Elle peut être menacée par des tendances supranationales, Europe, mondialisation. Mais cette homogénéisation permet d’assurer le vivre ensemble dans une société relativement pacifiée et un fonctionnement institutionnel dans le respect de certaines règles.


C’est aussi le lieu le plus important de solidarité institutionnelle. Certes la solidarité familiale n’est pas négligeable. Mais la solidarité institutionnelle est essentiellement nationale, solidarité entre communes, départements, régions, même si, à ce niveau, l’Union européenne joue un certain rôle. Solidarité nationale surtout entre individus et générations, solidarité de plus en plus attaquée par la mise en question de tout le système de protection sociale : sécurité sociale, allocations diverses, retraites, chômage… Par sa privatisation, par l’internationalisation de la finance et des assurances et au niveau idéologique.


En France, pour l’Insee, la part des dépenses socialisées dans la consommation des ménages s’élevait à 25 % en 2015. Beaucoup plus dans des secteurs essentiels, aux trois quarts pour les dépenses liées à la santé et lenseignement est financé à 90 % par l’État…


Cette homogénéisation de la nation peut, aussi, être dangereuse si elle est dévoyée dans sa forme nationaliste ce qui a malheureusement souvent été le cas. Quand elle s’éloigne de la légitime satisfaction d’être à la prétention d’être supérieure à toutes les autres : ce qui a été porté à son paroxysme par le nazisme sur le plan intérieur et sur le plan extérieur. Ou quand ce nationalisme a détourné un universalisme proclamé pour exporter la civilisation et la construction d’un empire colonial hier ou promouvoir, aujourd’hui, une politique d’exclusion à l’intérieur : liberté, égalité, fraternité confinées à une partie de la population. Qui divise les couches sociales les plus défavorisées et les entraîne dans des affrontements fratricides.


Faute de proposer un avenir solidaire à tous, l’extrême droite divise en offrant à ceux qui souffrent un exutoire illusoire mais qui assure la poursuite de son développement. Pour paraphraser un ancien président de États-Unis si, faute d’ennemi extérieur vous pouvez convaincre l’homme blanc... qu’il vaut mieux que l’homme de couleur le plus talentueux, de grands espoirs vous sont permis.


La nation a eu de multiples définitions mais c’est, probablement, le sentiment d’appartenance qui la définit le mieux. Or le sentiment d'appartenance à la nation française s'affirme régulièrement au fil des générations, y compris chez les enfants de l’immigration - 93 % d’entre eux se sentent Français d’après l’Insee (Figaro 08/01/16). Mais si la solidarité nationale se délite, elle risque d’être remplacée par d’autres solidarités dangereuses pour l’avenir.
La glorification dangereuse de l'État nation et l'appâtage des minorités qui va avec, libèrent une énergie antidémocratique.

La nation dans tous ces États

Lors de la Conférence de Paris sur le climat, 195 États ont pris, à l’unanimité, des décisions pour faire face au réchauffement climatique. Devant le risque que court l’espèce humaine dans sa survie sur la planète, pour la première fois, ils n’ont pas regardé ailleurs, même si ces décisions peuvent paraître insuffisantes et encore plus leur suivi qui risque fort de ne pas être à la hauteur.


La forme État nation étant la construction historique, pour le moment, la plus répandue, il reste à dire quelle place, quel rôle on veut lui attribuer dans la situation actuelle. Si l’on considère que la question fondamentale aujourd’hui est le dérèglement climatique, l’organisation de la vie de 10 milliards de personnes dans un espace planétaire limitée, avec des ressources limitées dont l’exploitation peut être catastrophique, ce n’est pas un État aussi puissant soit-il ou quelques États qui pourront apporter une réponse efficace.


Cette question ne peut être résolue à l’échelle nationale. Une solution au niveau international, mondial est, évidemment nécessaire.


Dans cette optique, les États nations ont, encore, un rôle fondamental à jouer. Dans le cadre d’institutions telles que l’Organisation des nations unies qui pourrait organiser une réponse cohérente, mondiale dans le respect d’une mondialisation des États-nations, de leurs particularismes qui n’entacheraient pas la poursuite du but commun et qui font le sel de la vie.
A défaut, il est à craindre que particularismes nationaux et démocratie soient peu ménagés par une dérive autoritaire généralisée au nom d’une efficacité nécessaire pour la survie.


Le non respect de la démocratie et de la diversité risque d’entraîner des coûts en vies humaines, déplacements de populations, affrontements, qui viendraient s’ajouter à ceux d’un dérèglement climatique qu’il serait encore plus difficile de juguler.

La nation dans tous ces États
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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 11:11

Laïcité, ensemble

 

 

Laïcité, ensemble

La laïcité, délaissée depuis longtemps par la gauche, a été reprise par ceux qui la combattaient, la droite et l’extrême droite, pour en faire une arme d’exclusion, contre les musulmans.

Article 2 de la Constitution de 1958 : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances…

Sans être juridiquement définie, la laïcité repose sur quelques principes : liberté de conscience, liberté de croire ou non, d’avoir une religion ou non, séparation du pouvoir spirituel et temporel, des Églises et de l’État, refus de la domination de la religion sur la société, neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses.

Le mot laïc est apparu au Moyen Âge pour désigner l'homme du commun non instruit dans la religion, ni clerc, ni religieux. Mais l'idée de laïcité a des sources lointaines, chez les philosophes grecs et romains et même chez Averroès, Ibn Roched, philosophe et théologien musulman du douzième siècle. Certains considèrent qu’elle peut être déduite de l’Évangile selon Marc 12:17 : Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
A Rome, les empereurs étant considérés comme des dieux, les chrétiens reconnaissaient son pouvoir temporel et non son pouvoir religieux, forme de laïcité qui leur a valu quelques persécutions jusqu’à la conversion de l’empereur ce qui a renversé la situation.

La laïcité n’est pas une invention, une exclusivité françaises, même s’il est souvent dit que cette notion est intraduisible dans de nombreuses langues. Elle a pris, ailleurs, d’autres formes. Mais elle a été et demeure, en France, l’objet d’un long combat… contre la domination de l’Église catholique sur l’État et la société.
Le débat actuel sur la laïcité ne peut s’abstraire de cette histoire et se résumer à la séparation des Églises et de l’État et au statut scolaire qui ont été plus ou moins stabilisés en fonction du rapport des forces à un moment donné. Et qui peut, à tout moment, être modifié, brutalement ou à la marge, en fonction de nouvelles situations. L’Histoire ne s’arrête pas à la fin du dix-neuvième, début du vingtième siècle.

 

Laïcité, ensemble

En France, comme dans bien des pays européens, pendant des siècles, l’Église a exigé la soumission à l’autorité divine. A sa propre autorité. Les rois étaient de droit divin, représentants de Dieu sur terre, leur pouvoir venait de l’Église ou, au moins, était consacré par elle… Cette alliance du trône et de l’autel est bien illustrée par le sacre des rois de France dans la cathédrale de Reims du huitième au dix-neuvième siècle : trente-trois rois en un peu plus de 1000 ans. Leur autorité était liée. Même si ce n’était pas toujours sans conflit.

Napoléon mit les choses au point pour son sacre qui eut lieu à Notre-Dame de Paris, en 1804. Il se couronnerait lui-même et... le pape donnerait seulement sa bénédiction… Après s'être couronné lui-même, Napoléon couronna Joséphine... Le pape durant toute la cérémonie eut toujours un peu l'air d'une victime résignée, mais résignée noblement.

Laïcité, ensemble

Pour la période moderne, c’est au dix-huitième siècle qu’est fortement contestée, notamment par d’Alembert, l'abus de l'autorité spirituelle réunie à la temporelle. Et, si les mots laïcité, laïciser..., sont des mots de la Troisième République, les choses sérieuses ont commencé bien avant et sont devenues très concrètes avec la Révolution de 1789. Décapiter le Roi n’était pas un simple meurtre familial, comme il y en avait eu ici ou là, mais la suppression d’un roi de droit divin, non remplacé, et du pouvoir de l’Église catholique, par la même occasion. Remplacement de la loi divine par la loi des hommes.

D’autres décisions, moins sanglantes mais tout aussi traumatisantes, allaient dans le même sens : déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, abolition des privilèges (1789), proclamation de la liberté de culte, mariage comme contrat civil (1791), laïcisation de l’État civil - alors que, depuis le seizième siècle, baptêmes, mariages et décès étaient inscrits sur les registres paroissiaux - autorisation du divorce dans certaines conditions (1792), calendrier républicain (1793, aboli en 1806 par Napoléon)...
Cela ne s’est pas fait sans résistance de la part de l’Église. Durant l’été 1793, deux lois sont adoptées contre les prêtres qui s’opposeraient à l’état civil et à la loi sur le divorce que l’Église condamne. En 1801, une loi interdit aux prêtres de célébrer le mariage religieux avant le mariage civil...

Après des péripéties diverses, c’est sous la Troisième République que la laïcité reprend sa progression : suppression du repos dominical obligatoire (1879), sécularisation des cimetières (1881), loi Jules Ferry sur l’instruction publique obligatoire (1882), suppression des prières publiques parlementaires (1884), académiques (1875-1886), judiciaires (1883-1900), loi de séparation des Églises et de l’État (1905) : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes… ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte... sauf pour des dépenses relatives à des exercices d’aumônerie.
En 1905, l’Alsace-Moselle était sous autorité allemande. De ce fait, c’est toujours le concordat de 1801 qui s’y applique, à la demande des élus alsaciens, lors du rattachement à la France en 1919.


 

Laïcité, ensemble

La laïcité a été condamnée à maintes occasions par Rome (1832, 1864, 1906, 1925, 1926). Et cet équilibre, si vanté aujourd’hui par certains, est mis en question dès que les circonstances s’y prêtent.
Pendant le régime de Vichy, le cardinal Gerlier, primat des Gaules déclare : Travail, Famille, Patrie, ces trois mots sont les nôtres. La loi du 5 juillet 1904 qui interdisait aux religieux d'enseigner dans le public, est abrogée en septembre 1940 et l'enseignement privé confessionnel reçoit des subventions de l'État (400 millions de francs en 1941).

Les circonstances changent. Après 1945, la position de l’Église sur la laïcité évolue : parce qu'on ne peut demander aux Français ce qu'on exige des Espagnols » (Pie XII). Les évêques, discrédités pour une bonne part d'entre eux - pas tous, le cardinal Saliège est connu pour ses prises de position courageuses pendant l’occupation – par leur soutien au régime de Vichy ou par leur passivité, admettent le principe d'une juste laïcité.

Depuis la Libération, cette juste laïcité a été retouchée à plusieurs reprises : alors que la France se sécularise, l'aide aux écoles religieuses, les subventions déguisées aux lieux de culte et de culture augmentent. La droite n’a cessé de légiférer contre la laïcité pour renforcer l’école privée, catholique essentiellement : décret Poinso-Chapuis (1948), lois Marie (1951), Barangé (1951), Debré (1959), Guermeur (1977). Législation jamais remise en cause…
En 2004, l’extrême droite et la droite découvrent et reprennent à leur compte la laïcité pour faire adopter, à une forte majorité, la loi qui interdit le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse : en fait, le port du voile par de jeunes musulmanes à l’école. Elle sera suivie, en 2010, par la loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.

La gauche s’est alors divisée entre ceux qui ont approuvé cette loi, pour qui c’était une loi en faveur de la laïcité à l’école, même si elle était présentée par la droite.
Et ceux qui voyaient là essentiellement une loi contre les musulmans, un ersatz de racisme. Parce qu’ils avaient abandonné le combat laïque et n’osaient pas le rependre contre l’islam sur les pas de la droite. Parce qu’ils avaient été incapables de mener à bien la décolonisation. Par paternalisme, faute d’avoir su faire l’unité des travailleurs exploités, de ceux qui croient au ciel et de ceux qui n’y croient pas. Par solidarité avec une partie de la population une fois de plus stigmatisée.

La lutte pour ou contre la laïcité ne se limite pas au vote d’une loi. Elle se continue avec des déclarations comme celles de Nicolas Sarkozy, président de la République, donnant sa version d’une laïcité ouverte et positive en affirmant que dans la transmission des valeurs […] l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. Suivi récemment par son ancien collaborateur qui a utilisé sa foi chrétienne pour authentifier une fibre sociale publiquement discutée – faut-il et suffit-il d’être chrétien pour être social de façon insoupçonnable ? - et, par la même occasion, faire un appel communautariste à l’électorat catholique.

Entendons-nous bien. Un citoyen a le droit, peut-être aussi le devoir, de militer en fonction de ses croyances. François Fillon comme tout autre. Il est plus contestable de suggérer qu’à défaut de foi, il serait difficile d’être social. Il est tout autant discutable de faire campagne en avançant sa foi chrétienne, si on s’oppose à ce que d’autres le fassent en fonction d’une foi différente.
Une telle démarche préfigure une organisation de la vie politique, en fonction des appartenances religieuses et met en question non seulement la laïcité mais aussi le
vivre ensemble. Surtout au moment où Fr. Fillon semble s’aligner sur les positions les plus rétrogrades d’une partie des catholiques français réunis dans la Manifestation pour tous ou Sens commun.

Il faut remarquer une différence fondamentale entre manifester pour le droit à… et manifester contre le droit à… Dans le droit à l’avortement ou au suicide assisté, il ne s’agit en rien d’obliger qui que ce soit à faire quoi que ce soit. Seulement une liberté nouvelle adoptée majoritairement. Ceux, celles qui ne veulent pas utiliser la possibilité ouverte par la loi, n’ont aucune contrainte. Leur liberté est et doit être totalement respectée.
Être contre le droit à…, c’est vouloir limiter la liberté d’autrui. Pourquoi veulent-ils limiter la liberté de ceux qui ne pensent pas comme eux et qui ne leur font aucun tort ?
Tout simplement parce qu’ils veulent mettre la loi divine – leur loi divine, proclamée et interprétée par eux – au dessus de la loi des hommes, démocratiquement adoptée.

La laïcité, c’est aussi cela. Ouvrir au maximum la liberté de chacun tant qu’elle n’empiète pas sur la liberté des autres.

 

François Fillon a déclaré Je suis gaulliste et de surcroît, je suis chrétien. On voit mal de Gaulle, tout aussi gaulliste et chrétien, qui allait à la messe tous les dimanches sans que quiconque y trouvât à redire, faire une telle déclaration ! Des personnalités chrétiennes et/ou de droite se sont étonnés d’une telle déclaration.
Ainsi, le député Les Républicains, Henri Guaino : Répondre à une question sur sa foi et ne pas avoir honte de répondre est une chose, mais en faire un argument électoral me pose un vrai problème.
François Bayrou, connu comme catholique et démocrate chrétien : Je connais François Fillon depuis longtemps, je ne l'ai jamais vu faire de déclaration de cet ordre. Ça doit être lié aux élections d'une manière ou d'une autre, à ce qu'on croit être un corps électoral, et je me refuse à regarder les croyants comme un corps électoral, les athées comme un corps électoral, les agnostiques comme un corps électoral, je ne comprends pas qu'on se laisse aller à ce type de dérive-là, je trouve qu'il faut mettre un terme à ces mélanges déplacés (...) On a l'impression qu'on en est à un point, en raison d'un certain nombre de dérives, où on considère que tout doit être l'objet d'une instrumentalisation politique.

 

Laïcité, ensemble

Dans la situation actuelle, il est difficile de parler de laïcité sans avoir une immédiate montée aux extrêmes quelquefois à front renversé.

D’un coté, il y a ceux qui veulent voir dans la laïcité un rempart contre l’islam au nom de la lutte contre l’islamisme, le djihadisme, le terrorisme islamique. Ceux qui veulent profiter du moment pour défendre la France éternelle, fille aînée de l’Église, l’occident chrétien et même l’occident judéo-chrétien depuis peu. Après la Shoah et près de 2000 ans d’antisémitisme chrétien. S’ajoutent à ceux-ci, les réalistes de gauche qui courent après la droite pour combattre l’extrême droite sur son terrain : sécurité et laïcité.

De l’autre ceux qui espèrent un retour du religieux. Qui, récemment ou depuis toujours, veulent des accommodements raisonnables de la laïcité, toujours plus raisonnables, toujours dans le même sens. Qui utilisent toutes les occasions de revenir en arrière, comme les différentes lois en faveur de l’école privée.
Il en est qui acceptent, difficilement, la moindre visibilité de la religion catholique dans l’espace public et qui s’engagent derrière la visibilité revendiquée par les musulmans pour ouvrir une nouvelle visibilité religieuse.

Pourtant, ce ne sont pas les laïques qui ont obligé les prêtres ou les religieuses à quitter leur uniforme. Le droit à s’habiller à leur convenance leur a été reconnu devant les tribunaux au début du vingtième siècle.
Certains milieux catholiques se sentent en porte-à-faux face à ces musulmans ou musulmanes qui s’affirment comme tels dans la rue. Ils espèrent un retour à une grande visibilité quand d’autres religions qui n’ont pas le même contentieux historique la revendiquent.

Cette sécularisation catholique de la rue – la disparition des soutanes – a probablement joué dans la perception du voile islamique des femmes musulmanes.

On a beau dire que l’islam est présent en France depuis de nombreuses années, il n’a pas participé à l’histoire de la laïcité comme les laïques et les catholiques ou même comme les protestants et les juifs. Il a pu être présent dans les interstices de la société. Et, hélas !, dans l’histoire coloniale de la France.
C’est l’augmentation significative des musulmans en France qui justifie la demande que l’islam soit considéré comme une religion de France comme les autres.
Dans cette optique, il est normal que les musulmans posent certaines revendications qui plaisent ou non et que ces revendications soient discutées pour savoir ce que la société estime acceptable ou non. Il y a là des points de vue différents qui peuvent être gérés et résolus démocratiquement.


 

Laïcité, ensemble

Si les revendications des musulmans posent problème, c’est qu’elles n’apparaissent pas dans une atmosphère apaisée. Qu’elles sont instrumentalisées politiquement de tous les cotés pour transformer des questions qui, souvent, pourraient être résolues sereinement en affrontements plus ou moins énergiques. Qu’elles sont l’occasion pour certains, pas toujours du même coté, de prolonger, de recommencer la Guerre d’Algérie. De les utiliser comme nouvelle forme de racisme. De pousser plus loin les revendications pour exacerber les oppositions.

Ainsi, la loi interdit le port du voile, comme vêtement ostentatoire, au sein des établissements scolaires. Mais reconnaît que les adultes ont le droit de se vêtir librement à condition de ne point cacher le visage.
Ce point acquis, certains ont lancé le burkini, idée remarquable qui peut être considérée comme provocatrice mais qui ne contrevient à aucune loi, ni à celle de l’hygiène, ni à celle de la pudeur, ni à la liberté pour les adultes de se vêtir à leur convenance.
Cette tenue a conduit à l’adoption de quelques arrêtés municipaux dont un pris par une municipalité qui organise sur la commune une plage naturiste. Ces arrêtés contre le burkini ont été annulés juridiquement mais ont conduit à des querelles estivales qui ne vont pas dans le sens de l’apaisement. Et qui risquent de reprendre à la prochaine saison estivale.

D’autres querelles ont déjà été soulevées qui pourraient être réglées si les interlocuteurs avaient le souci du compromis.

Désormais les repas sont souvent pris dans des cantines avec des possibilités de choix des plats. Il ne paraît pas insurmontable d’offrir la possibilité de présenter des repas sans porc ou des repas végétariens. Pendant des années les élèves et étudiants laïques ont été soumis au poisson du vendredi : l’affreux merlan du vendredi au restaurant universitaire !

 

Les tenants de la laïcité, les anciens et les nouveaux, devraient s’étonner qu’en France sur les 11 jours fériés annuels, 6 concernent des fêtes religieuses catholiques – lundis de Pâques et de Pentecôte (?), Ascension, Assomption, Toussaint, Noël (aux États-Unis et en Russie, Noël est la seule fête religieuse). Lors de l’élection présidentielle de 1981, la candidate du PSU, Huguette Bouchardeau, avait proposé que 6 jours mobiles soient mis à la disposition du travailleur qui pourrait les répartir à sa convenance, avec l’accord de l’employeur. C’était un façon laïque de respecter le libre choix des travailleurs en fonction de leurs convictions. Probablement trop simple, trop laïque… En tout cas, pas entendu en 1981, passé inaperçu.
Une telle mesure qui établirait simplement une égalité de traitement de tous, quelle que soit la religion ou l’absence de religion, ne bouleverserait pas grand-chose. Serait le signe d’une volonté d’apaisement. Mais cette proposition serait-elle acceptée sans nouvelles querelles ?

Accepter ou proposer des réformes ne veut pas dire accepter toutes les revendications. La Commission Stasi avait relevé des propositions qu’elle considérait comme acceptables ou non. Malheureusement, le gouvernement, les gouvernements, les politiques ont jugé la question résolue avec le vote de la loi sur le voile. Le reste a été envoyé aux oubliettes. La Commission avait joué son rôle. Et les questions, les solutions remises à plus tard à l’occasion d’une nouvelle montée de fièvre.

Il n’est pas possible de parler, en France, de laïcité vis à vis de l’islam comme cela s’est posé vis à vis de l’Église catholique. L’islam dans le monde est tout aussi opposé à la laïcité que l’était le catholicisme. Mais sa force, en France, n’est pas la même. Il n’en demeure pas moins que certaines revendications avancées par certains musulmans en France sont difficilement admissibles. La condamnation du blasphème ou de l’apostasie est un problème interne à l’islam tant qu’elle ne se traduit pas par des actes contraires à la loi. Le statut de la femme ne concerne pas seulement les musulmanes et le port du voile. Certains comportements – refus de serrer la main, refus d’être soigné par une personne d’un autre sexe - n’enfreignent en rien les lois sur la séparation des Églises et de l’État ou la laïcité de l’école encore que ce soit différent quand il s’agit du refus de reconnaître la supériorité hiérarchique d’une femme, enseignante par exemple, refus de certains cours, de la mixité… Elles n’en demeurent pas moins inacceptables.

Dans cette bataille autour de la laïcité, il est étonnant de voir que certains qui sont en pointe pour revendiquer une laïcité appliquée, quelquefois de façon abusive, aux musulmans de France, sont alliés avec les autorités de pays qui imposent à leur peuple les contraintes religieuses les plus strictes. Il est vrai que ces pays ont des ressources qui leur permettent d’acheter des armes, de faire des investissements et même de financer les tendances les plus intégristes de l’islam.

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 20:12

Guerres du Vietnam et d’Algérie
Deux films

 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

Vus par hasard à trois jours d’intervalle, deux films bien différents sur les guerres des États-Unis au Vietnam par un cinéaste étasunien (1) et de la France en Algérie par un cinéaste français (2).

Le premier est un film de guerre, classique, qui raconte un épisode d’après un fait réel qui s’est déroule en 1966.
Dans un bus, un homme jeune dévisage une jeune asiatique et s'endort.
Il se retrouve dans la guerre du Vietnam. Une permission de sortie ayant été refusée, son supérieur, un sergent, avec trois de ses hommes, enlève une jeune fille dans le but de la violer. Le héros du film ne cesse d'exprimer son désaccord jusqu'à se mettre en danger. Après qu’elle a été violée et blessée, il tente de la soigner mais ne peut la libérer. Au cours d’une attaque contre un groupe vietcong, ils l’assassinent. Le héros du film dénonce ces crimes malgré les tentatives de dissuasion de son commandement hiérarchique. Le sergent et ses complices sont condamnés en cour martiale.
Il
se réveille dans le bus et revoit la jeune asiatique qui a suscité ce retour dans le passé. Vous avez fait un cauchemar mais je pense que c'est terminé maintenant, dit-elle.
C’est la dernière phrase du film. Mais ce n’est terminé ni pour ceux qui ont été au Vietnam, ni pour ceux qui ont été en Algérie.

Le second est un documentaire fait d’entretiens avec des hommes qui, entre 1954 et 1962, ont participé à la Guerre d’Algérie, qui ont connu les tortures, les corvées de bois (exécutions sommaires de prisonniers lors de fuites simulées)… qui n’ont pu oublier et qui, au moment de toucher la retraite d’ancien combattant, décident, enfin, de parler et de donner leur retraite à des associations algériennes. A l’occasion de retours en Algérie, ils retrouvent des anciens combattants de l’autre bord et essaient de nouer une solidarité fraternelle.

 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

Les films étasuniens qui sont arrivés jusqu’ici et qui dénoncent la guerre du Vietnam sont bien plus nombreux que les films français sur la guerre d’Algérie. Les deux films ci-dessus montrent les difficultés que rencontrent ces jeunes de 20 ans mis dans des situations impossibles. Et tout le monde connaît les dégâts que cela a pu entraîner sur des générations. Le cas des Vétérans a été maintes fois signalé. Les témoignages en France sont plus rares, les appelés se sont très souvent enfermés dans le silence.

Les deux films parlent de responsabilité, de culpabilité ?, des blessures chez ceux qui ont participé à ces guerres mais de façon différente. Dans Casualties of War, il s’agit de jeunes engagés et l’épisode décrit est celui d’un sergent qui entraîne ses subordonnés dans une action criminelle. Dont un soldat au nom hispanique, probablement catholique qui avait promis de refuser. Par l’action du héros, luthérien, avec l’aide d’un aumônier méthodiste, le groupe sera condamné malgré les réticences de la hiérarchie, par le tribunal militaire.

Le héros du film n’a pu sauver la jeune vietnamienne. Celle qu’il voit dans le bus est-elle un reproche muet de son impuissance ? Par qui a-t-elle été sauvée ? Par l’État qui lui permet de faire des études sur un beau campus ? L’État sort totalement indemne de ce film.

Dans Retour en Algérie, il ne s’agit pas d’une bavure mais de pratiques couvertes, assumées par une hiérarchie, dénoncées seulement par le général Jacques de Bollardière (dont la femme témoigne dans le film), mis aux arrêts et condamné à 60 jours de forteresse. Il n’a jamais été réhabilité.
Pourtant
le général Massu, responsable de la bataille d’Alger, des années plus tard, a reconnu : on aurait dû faire autrement.

C’est ce que des milliers d’appelés ont essayé de faire à l’époque (3). C’est ce que certains d’entre eux essaient de faire aujourd’hui, regroupés en association (4)


 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

1 - Casualties of War (Outrages) de Brian de Palma,1989, 113 mn, se passe en 1966. Ce film a eu une diffusion normale.

2 – Retour en Algérie de Emmanuel Audrain, 2014, 52 mn. Ce film, produit avec l’aide de France Télévisions, n’est passé sur aucune chaîne. Il est diffusé tous les samedis à 11 heures au cinéma Luminor-Hôtel de ville à Paris pendant les mois de février et mars.

3 – Le nombre d’insoumis, déserteurs ou objecteurs de conscience est estimé à 12 000.

4 - Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre (4acg) : association fondée par 4 appelés du contingent en 2004.

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Published by Paul ORIOL - dans Cinéma
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