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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 10:19


 

Les élections régionales approchent, la plupart des partis ont désigné les candidats à la présidence des régions et les têtes de liste départementales. Georges FRECHE et Julien DRAY ont été reconduits par le PS.


Pour Georges FRECHE, ses dérapages multiples, dignes d'un ministre de l'immigration, lui ont valu, sans condamnation de la justice, d'être exclu du PS. Il est, cependant, candidat à sa propre succession, sans opposant du... et même avec le soutien du PS !!!!


Julien DRAY a une passion onéreuse pour les montres anciennes, ce qui n'est pas condamnable en soi. Il n'a pas bénéficié de la présomption d'innocence, ni de la confiance absolue de ses petits camarades : ils ont soumis sa nomination comme tête de liste dans l'Essonne à la condition de n'être point poursuivi par la justice. Ce que celle-ci a annoncé fort opportunément. Encore, avec quelques restrictions, car elle n'a pas prononcé un non-lieu mais un "rappel à la loi".

C'est à dire ? "Le rappel à la loi est une possibilité offerte au parquet, en cas d'infraction de faible gravité, de faire prendre conscience à l'auteur de l'infraction qu'il a commis un acte illégal pour éviter qu'il ne récidive. Le rappel à la loi... n'est pas mentionné dans le casier judiciaire parce qu'il ne constitue pas une condamnation. Le rappel à la loi suspend la prescription de l'action publique et, en cas d'échec, laisse la possibilité au procureur une de mettre en œuvre une composition pénale ou d'engager des poursuites" (1).


Tout ceci n'est pas gravissime mais pour un parti qui, d'après le président de la République, regorge de talents... D'ailleurs, ces talents sont fort bien utilisés. Passons sur ceux qui rendent des services au pays et à Sarkozy, par la même occasion, en acceptant des missions ici ou là, qui irritent la droite car elles lui échappent et la gauche parce qu'elle ne sait jamais jusqu'où ira de dévouement patriotique.


Mais deux membres du Parti socialiste français jouent un rôle important à l'échelle mondiale.

Dominique Strauss-Kahn est socialiste et directeur général du Fonds monétaire international. Il est certain qu'il a été mis à ce poste, présenté par Nicolas Sarkozy et l'Union européenne avec le consentement des États-Unis, pour faire avancer le socialisme à l'échelle planétaire. Il est permis d'espérer qu'à ce poste, il sera moins pire que d'autres, mais est-ce la place d'un sociaiste ?


Pascal LAMY, avec l'appui du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et du président de la République, Jacques Chirac, (déjà DRH du PS ?) a été élu le en mai 2005, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour 4 ans. Seul candidat à sa propre succession, il a été reconduit le 30 avril 2009 à la tête de l'Organisation pour un second mandat, par acclamations des 153 membres. Cette unanimité internationale vient probablement récompenser une gestion socialiste des relations commerciales internationales.


Finalement, seule la France refuse, à ce jour, d'être dirigée par un socialiste français, à moins qu'une taupe ne soit en place à l'Elysée ?


(1) : http://www.vos-droits.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=10062&ssrubrique=10201&article=11142

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité
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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 15:16

Enquête par sondage sur le droit de vote des étrangers et son rôle dans l'intégration en Île de France.
Pour l'attribution de la citoyenneté de l'Union Européenne à tous les résidents quelque soit leur nationalité.

 

 

Le  30 septembre 2009, cette question a été débattue, à la demande de l’Acer (Association pour une citoyenneté européenne de résidence), par quelques militants favorables au droit de vote pour essayer de faire progresser la réflexion. Les lignes qui suivent  reprennent et discutent certains points avancés à cette occasion.

 

L'extension du droit de vote aux résidents étrangers, quelle que soit leur nationalité, est pour beaucoup une nécessité évidente. Au moins aux élections locales. Des campagnes ont été organisées sur ce thème depuis des lustres.

 

Les faits

 

D'après les sondages de la Lettre de la citoyenneté, la proportion de personnes favorables au droit de vote des résidents étrangers varie en fonction du type d’élection : plus de 50% pour les élections municipales et européennes depuis 1999. Ces pourcentages sont plus faibles quand il s’agit des élections législatives ou présidentielles. D'autres sondages donnent une proportion plus forte (60 et 65%) pour les seules élections municipales ou locales. (Tableau 1).

 

Diapositive36-copie-1.jpg

 

Tous les partis politiques de gauche sont favorables au droit de vote et d’éligibilité pour les élections municipales, pour les élections locales, quelquefois pour toutes les élections. Progressivement, la droite évolue. Des personnalités se sont prononcées favorablement. De telle sorte qu'actuellement seule la droite extrême et l'extrême droite sont clairement contre : ni l'une, ni l’autre ne remettent en question la participation des citoyens européens qui n'ont pas la nationalité française mais qui résident en France aux élections municipales et européennes.

 

De plus, la bataille idéologique est gagnée : quand Nicolas Sarkozy se dit favorable au droit de vote aux élections municipales, après 10 ans de présence et sous condition de réciprocité, cela veut dire qu'il a renoncé aux arguments de principe et n’avance que des modalités d’application pour retarder l'échéance et satisfaire les intransigeants de son camp, seule justification de son inertie.

 

Alors pourquoi cette revendication n'aboutit-elle pas ?

 

Au delà des déclarations de principe, la France est un pays peu démocratique : il a fallu les Révolutions de 1789 et 1848 pour que soit instauré le suffrage universel masculin. C'est le programme du CNR qui, à la Libération, a permis son extension aux femmes. Le traité de Maastricht, approuvé par le peuple français par référendum, a institué la citoyenneté de l’Union européenne, proposition de Felipe Gonzalez acceptée par François Mitterrand. Les parlementaires français ont donc été obligés de reconnaître aux citoyens de l'Union européenne le droit de vote pour les élections municipales et européennes. Les débats parlementaires ont permis de voir les réticences de certains face à une telle obligation.

 

Devant cette mauvaise volonté démocratique, à défaut de circonstances exceptionnelles (1848, 1944), il faudrait une importante pression pour amener les parlementaires à avancer. A l'évidence, la mobilisation des associations est loin d'être suffisante.

 

Tout le monde est pour mais le monde politique est sous influence : l'extrême droite a réussi, au delà de ses forces réelles, à peser pour mettre son rejet de l'immigration au centre du débat. La dernière élection présidentielle a montré comment Sarkozy avait réussi à capter l'électorat de l'extrême droite en lui empruntant son langage. Il tente une réédition de cette opération avec l’identité nationale. Et la gauche s'est trop souvent montrée timide ou s'est alignée. Elle a été incapable de répondre coup pour coup sur la défense de la démocratie et de promouvoir l'égalité.

 

Tout le monde est pour mais aucun parti politique, aucune personnalité nationale, comme Robert Badinter pour la peine de mort ou Simone Weil pour la libéralisation de l’avortement, aucun candidat de poids à la présidence n’en a fait un thème important. Le droit de vote des résidents étrangers a plutôt été utilisé, à droite ou à gauche, comme chiffon rouge.

 

A l'heure où la mondialisation lisse les identités nationales, où l'Europe accentue cette uniformisation jusque dans les détails, où il est question de diminuer le nombre de communes, de départements, de reconstituer des régions à l'échelle européenne (régions artificielles qui n'ont pas d'histoire commune, d'unité géographique...), où se situe l'identité collective ?

 

D'autant que la mondialisation, l'Europe ne sont présentées que de façon et négative et obligatoire. Ce qui va mal ne dépend ni de nous, ni de notre gouvernement. C'est la faute de la mondialisation. De l'Europe. Nous n'y pouvons rien. Il faut se soumettre. Il n'y a pas de projet politique qui mobilise la majorité de la population, les démocrates.

Que reste-t-il comme projet politique ? Si ce n'est le repliement, le rejet de l'autre comme seule possibilité d'affirmation de soi. Pour le moment, la population dans son ensemble n'est pas totalement réceptive. Cependant, des pays européens qui passaient pour des champions de la démocratie, de l'ouverture évoluent. Leur politique touchant l'immigration se durcit. Ils ne sont pas revenus sur le droit de vote des étrangers. Mais, ils ne progressent plus. En un sens, le rejet de l’autre est un des rares sentiments commun à une partie importante de  l’opinion publique européenne.

 

Quelques questions

 

Pour certains, le fond de la question est la « nation » avec une double difficulté :

La nation, ceux qui sont « de souche », est la seule composante légitime de la collectivité. L’immigration est un risque « d’envahissement ». Mais la situation n’est pas nouvelle. Les immigrations précédentes ont été intégrées ou assimilées mais la question du droit de vote des étrangers n’était pas posée alors.

Difficulté supplémentaire aujourd’hui est, faire entrer les ressortissants des anciennes colonies dans cette nation. Avec, en plus, une visibilité physique et religieuse.

 

Tous les pays de l’Union européenne sont construits plus ou moins sur le modèle de l’Etat-nation. Ils ont cependant ouvert de façon très variable, le droit de vote aux étrangers résidant sur leur territoire (Tableau 2).


Tableau 2 : Le droit de vote des résidents étrangers non communautaires dans les différents pays de l’Union européenne.

7 pays ont donne le droit de vote ET d'éligibilité aux élections locales

Danemark 1981, Finlande 1991, Irlande 1963, Lituanie 2002, Pays-Bas 1985, Slovénie 2002, Suède 1975

 

5 pays ont donne le droit de vote SANS éligibilité aux élections locales

Belgique 2004, Estonie 1993, Hongrie 1994, Luxembourg 2003, Slovaquie 2001

3 pays ont donne le droit de vote aux élections locales, sous réserve de réciprocité

Espagne 1985, Portugal 1971, République tchèque 2001

 

1 cas particulier

Royaum-Uni 1948

11 pays n'ont pas donné le droit de vote

Allemagne, Autriche, Bulgarie, Chypre, France, Grèce, Italie, Lettonie, Malte, Pologne, Roumanie

 

Cinq de ces pays ont un passé colonial récent : ils ont tous une législation différente. Bien entendu, en comparant les deux tableaux, on peut voir que la diversité de situations est la même dans les pays qui n’ont pas de passé colonial.

 

Tableau 3 : le droit de vote des étrangers dans les pays de l’UE ayant un passé colonial récent

Pays-Bas : droit de vote ET d'éligibilité aux élections locales en 1985

Belgique : droit de vote SANS éligibilité aux élections locales en 2004

Portugal : droit de vote aux élections locales, sous réserve de réciprocité, essentiellement à ses anciennes colonies en 1971

Royaum-Uni : droit de vote et d’éligibilité à TOUTES les élections aux ressortissants du Commonwealth en 1948

France : droit de vote à aucun étranger non membre de l’Union européenne.

 

Pour avancer, il faut mettre en avant les notions de « société », de « vivre ensemble » et de « démocratie ».

 

Si le droit de vote est une vieille revendication, elle n’a jamais été réellement portée par les résidents étrangers eux-mêmes. Mais, c’est aussi le cas dans les pays de l’UE qui ont donné le droit de vote. Cet élargissement du suffrage universel s’est fait dans des pays à fort sentiment démocratique, souvent dans une démarche bipartisane, associant droite et gauche.

 

Longtemps convaincus du prochain retour, de la nécessité de lutter au pays,  les résidents étrangers n’ont pas fait de cette revendication leur priorité quand ils n’y étaient pas opposés. Actuellement, la « vieille immigration » y est devenue favorable mais ne se mobilise pas énormément. Une bonne partie de cette immigration est devenue française et la revendication de la « diversité » dans la représentation politique est plus portée que le droit de vote. Par ailleurs, la situation des « jeunes des quartiers populaires » est très préoccupante et mérite une mobilisation. Et des mesures.

 

Il n’en demeure pas moins que l’immigration continue, que de nouveaux résidents n’ont pas la nationalité française et sont donc exclus du jeu démocratique. Le droit de vote n’est pas seulement le droit de vote pour les résidents étrangers qui sont là mais aussi pour ceux qui arriveront demain et dont tout le monde sait maintenant qu’ils seront nombreux et destinés à rester.

 

Quant à la nouvelle immigration elle-même, elle a d’autres questions plus urgentes, les « papiers » qui mobilisent et les immigrés et leurs soutiens. Submergées par les injustices, les associations de solidarité, sur la défensive, ne se sont pas emparées du droit de vote, rare revendication « positive ».

 

Cette notion de revendications plus urgentes a toujours été avancée par les militants des droits des résidents étrangers. Qui, inconsciemment, considéraient le droit de vote comme « l’aboutissement d’une intégration réussie » plutôt que comme une nécessité et un levier vers l’égalité.

 

La revendication du droit de vote pour les seules élections locales ou municipales  peut aussi être considérée comme un aveu de faiblesse. Politique certainement. Avec quelle efficacité réelle ? Au point de vue idéologique, comment justifier cette citoyenneté partielle ? Limiter le droit de vote aux seules élections municipales, locales, est certainement insuffisant au point de vue démocratique et timoré au point de vue politique. La revendication du droit de vote et d’éligibilité à toutes les élections serait peut-être plus efficace. Elle aurait le mérite de redonner son sens au mot « égalité ». A défaut, l’alignement des droits de tous les résidents sur ceux des citoyens de l’Union européenne supprimerait la différence de droits entre les « bons » étrangers et els autres !

 

Le « retard français » est-il spécifique ? Une dizaine d’Etats de l’Union européenne sont dans la même situation. Mais il est d’autant plus choquant que la France parle souvent des droits de l’homme. Il serait cependant intéressant d’étudier les cheminements dans les pays étrangers. Et en France, voir ceux qui, favorables au droit de vote, en position de le faire avancer, ne l’ont pas fait. Pourquoi ? Comment faire pour aider leurs successeurs à passer cet obstacle ?

 

Le travail en direction de l’opinion publique a porté ses fruits et a peut-être atteint ses limites. Il est maintenant nécessaire d’interpeller, autrement, les politiques et notamment les politiques de droite.

 

Il faut continuer à déconnecter nationalité et citoyenneté : le traité de Maastricht a ouvert une brèche. Il faut s’adresser à ceux qui ont le pouvoir de décision. Promouvoir la démocratie et peut-être pas seulement en ce qui concerne le droit de vote des résidents étrangers.

 

Pour consulter le CR de la réunion : Site PO

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 11:45

  *Fête de la Liberté. Porte de Brandebourg. 1000 dominos tombent

N'ayant pu assister à l'événement en 1989, nous avons décidé de déplacer notre semaine annuelle en Allemagne (Anne est germaniste) de l'été vers l'automne de façon à pouvoir assister à la Commémoration de la Chute du Mur. Nous avons donc échappé aux articles (et nous n'avons pas la télévision), participé à la commémoration et visité, sur place,quelques unes des expositions.

La Chute du Mur de Berlin est le triple symbole de la fin du communisme mis en place en 1917, du rideau de fer qui séparait les pays d'Europe, de la RDA après 40 années d'existence.

La fin du communisme était en marche depuis longtemps même si elle nous paraissait improbable à l'époque, annoncée par de multiples événements. L'arrivée de Gorbatchev au pouvoir, ce Kerensky à l'envers, n'a pas permis d'assurer une réforme du régime soviétique et son évolution vers une démocratie teintée de social. Mais le rôle essentiel de Gorbatchev a été d'abandonner Honecker, de refuser l'effusion de sang. C'est grâce à Gorbatchev que Alexanderplatz n'a pas été Tien An Men. Cela justifie sa place à Berlin le 9 novembre 2009.

Les Allemands reconnaissent que la Chute du Mur doit  beaucoup à ce qui
s'est passé en Pologne. Ils l'ont reconnu et l'ont illustré en demandant à Lech
Walesa, leader de Solidarnosc, de déclencher la chute symbolique des 1000 dominos.



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*Cela a commencé en Pologne 

La Chute du Mur est un important événement pour l'Allemagne.
    - Elle est le symbole de la réunification de Berlin, de l'unification (Vereinigung) allemande et non réunification  (Wiedervereinigung) : l'Allemagne n'a jamais existé ni dans ses limites territoriales actuelles, ni avec sa constitution actuelle.
- Bien sûr, cet événement remonte loin. Mais alors qu'il peut apparaître comme fondateur pour le nouveau Berlin, pour la nouvelle Allemagne, personne ne parle du renversement du Mur (la "Prise" de la Bastille) mais de la chute du Mur, comme s'il était tombé tout seul. Pourtant quand les Allemands parlent de "révolution pacifique", ils ont bien raison. C'est le peuple de l'Est qui s'est mis en marche. Le peuple de l'Ouest ne semble pas avoir beaucoup participé, ce jour là. Et les gouvernements, heureusement, sont restés bien passifs...
- D'une certaine façon, ce 9 novembre 1989 efface, tout en le rappelant comme l'a fait le maire de Berlin, le 9 novembre 1938 où les synagogues brûlaient. Le 9 novembre 1989 fait du peuple de Berlin un peuple libérateur pas seulement de lui-même. Ce n'est pas étonnant qu'il soit célébré avec éclat et que le 9 novembre 2009 soit devenu "La fête de la Liberté". Pourquoi a-t-il fallu 20 ans ?
** Nous sommes un peuple

- Le 9 novembre aurait pu aussi bien devenir le jour de la Fête nationale allemande. Cela a été refusé à cause de "l'autre" neuf novembre 1938 ou "Nuit de cristal". Le 3 octobre a été choisi pour célébrer  "l'Entrée de la RDA dans la Loi fondamentale de la RFA".
L'Allemange a donné au 9 novembre un caractère européen, international. Cela lui permet d'affirmer sa place à la tête de l'Europe des libertés. Le 3 octobre, comme Fête nationale, redonne toute leur place aux politiques et rappele qu'il s'agit de l'adhésion de la RDA à la RFA.

Reste que l'Histoire ne s'arrête pas le 9 
novembre. Certes, le rêve de l'unité du peuple allemand est maintenant réalisé. Mais tout n'est pas résolu. Même 20 ans après la Chute du Mur. Des clivages existent encore les habitants de l'Est et ceux de l'Ouest. Les rêves des uns et des autres n'étaient pas les mêmes.

***Le Mur est parti ! Quand tombera-t-il  dans les têtes ?

  Si le Mur est tombé, il est encore dans bien des têtes semble-t-il. Et si le 9 novembre est la Fête de la Liberté, l'Allemange n'a pas connu sa "nuit du 4 août", l'abolition des privilèges. L'égalité de la monnaie de l'Est avec celle de l'Ouest ne veut pas dire l'égalité des niveaux de vie à l'Est et à l'Ouest. Si les Allemands de l'Est ont retrouvé la Liberté, ils se plaignent d'avoir perdu la sécurité. Et, 20 ans après la chute du Mur, les résultats électoraux montrent   bien l'importance de leur insatisfaction.
Il faut constater, une fois de plus, que Liberté et Egalité sont des valeurs qu'il faut rendre complémentaires.
                                                              
                                                         
     Il n'est pas question de regretter la disparition des dictatures communistes. Mais la Chute du Mur, c'est aussi la voie ouverte à un du libéralisme sans limite. Qui n'a plus peur d'un communisme déconsidéré y compris dans les couches les plus défavorisées de la population, et pas seulement en Alleamnge.  Qui n'a plus d'adversaire à sa taille. C'est la croissance généralisée des inégalités à l'échelle mondiale.


















****Tous les murs ne sont pas tombés           *****Siège d'une banque à Berlin

La Chute du Mur, ce n'est pas, malheureusement, la chute de tous les murs, la liberté pour tous... Si tout le monde semble se glorifier de la Chute du Mur de Berlin, d'autres sont parfaitement tolérés entretenus ou construits aujourd'hui. Si la Chute du Mur est effectivement à fêter comme une
victoire de la Liberté, il ne faut pas oublier tous les murs qui  demeurent entre
les Corées, en Palestine, au sud des Etats-Unis comme au sud de l'Union européenne : murs juridiques, murs de pierre ou d'acier. Murs aussi meurtriers aujourd'hui qu'hier.

Ces murs sont aussi attentatoires aujourd'hui qu'hier à la liberté. Si certains sont construits par des dictatures, ce qui est dans la logique des choses, d'autres sont mis en place par des démocraties, basées officiellement sur les principes de Liberté et d'Egalité. Encore plus grave, cela nous concerne directement. Les murs que d'autres avaient construits à l'Est, nous les construisons au Sud.






   Il reste encore des bastilles à prendre.
 Des murs à renverser.








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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 21:17
Un débat sur l'identité nationale est lancé. Pourquoi pas. Ce débat est tout aussi légitime qu'un autre. Ce qui plus discutable et qui a été dénoncé lors de sa création, c'est l'existence d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Et le débat est lancé par ce ministère pour opposer immigration et identité. Cette liaison montre bien qu'il y a préméditation.

Les cartes sont sur la table. Ce n'est pas un débat sur l'identité nationale mais sur l'immigration et l'identité nationale. Lancé par un ministre et un gouvernement qui, depuis des mois, n'arrêtent pas de tenir des propos et de promouvoir des politiques contre l'immigration : les trois Afghans "chartérisés" étant le dernier acte significatif. Faut-il rappeler que le Gouvernement a "oublié" de participer à l'inauguration du musée de l'immigration (Cité nationale de l'histoire de l'immigration) ? Faut-il rappeler les propos de tel ou tel ministre (suivant son ministre, la police n'interpelle désormais que des personnes apparemment "auvergnates")... Le sujet du débat aurait tout aussi bien pu être "L'identité européenne" puisque Nicolas Sarkozy veut européaniser sa politique de l'immigration et ses charters pour les expulsions.

En fait, il s'agit pour le gouvernement de lancer un débat politique sur l'immigration comme danger pour l'identité nationale et conforter par là et sa politique et l'élimination du Front national en lui prenant ses voix au moment des élections locales à mi-mandat de sa présidence. Si la seule conséquence était de faire chuter les voix d'extrême droite, ce serait réjouissant. Mais le corollaire est une exacerbation du débat sur l'immigration et une possible radicalisation droitière de l'opinion publique.

Et c'est un débat très encadré. Au niveau des 100 préfectures et des 350 sous-préfectures pour tenter une prise en main idéologique de la population avec force de sondages et s'ouvrant sur un colloque qui nous délivrera une vérité officielle et des propositions contraires à l'identité nationale, notamment en avançant une éventuelle remise en cause de principes plus que centenaires  comme le droit du sol (partiel) ou la reconnaissance de la double nationalité. La commission Marceau Long avait déjà eu cette fonction.

Face à cette tentative d'institution d'une vérité officielle (il y a peu, une autre tentative pour instaurer une histoire officielle n'a pas abouti), les cris d'égorgés de la gauche. Qui se sent incapable de faire face.
Parce qu'elle ne sait se cantonner que dans le contre. Mais l'assume difficilement ici, parce qu'elle a, trop souvent, eu une politique très proche de celle de la droite concernant l'immigration. Parce qu'elle est incapable de lancer de vrais débats nationaux. De proposer une politique de rechange et d'espoir qui redonne un sens aux mots, peuple, solidarité...

La première réponse de certains consiste à nier les faits. Il n'y a pas d'identité nationale. Et d'ailleurs, l'immigration ne joue aucun rôle sur cette identité. C'est de plus un facteur d'enrichissement pour la nation, voyez Marie Curie... C'est classique : la vieille casserole trouée que tu ne m'as pas prêtée, je te l'ai rendue neuve.

Il est évident que l'immigration a une relation avec l'identité nationale. De même que Europe ou la mondialisation. Et que l'identité nationale sera modifiée par l'immigration, comme par l'Europe et la mondialisation. En bien ou en mal. L'identité nationale d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier. Ou plutôt, c'est celle d'hier modifiée par de multiples contacts avec le monde.
Car l'identité nationale n'est pas définie pour l'éternité. Elle n'est pas figée, stable, elle est complexe, à facettes diverses. Résultante de multiples identités individuelles ou collectives, et contradictoires.

Quand je suis parti, coopérant en Algérie en 1964, je disais : "Je ne suis pas français, je suis socialiste !" Quelle erreur ! En Algérie, j'ai rapidement compris et je disais : "Je suis socialiste français". Faut-il préciser que par socialiste ou socialiste français, je n'entendais nullement membre du parti socialiste, la SFIO d'alors, qui avait conduit la guerre d'Algérie.

L'histoire française, comme l'histoire de tous les pays, est aussi riche de choses admirables que de choses épouvantables. C'est un bloc hétérogène dans lequel il est nécessaire de faire le tri. Mais qui nous imprègne. Il n'est pas possible d'effacer l'histoire : la France, c'est la Révolution, la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen et le colonialisme, la Résistance et la torture en Algérie, c'est la Fille aînée de l'Église et la laïcité...

L'identité nationale, c'est un choix politique. C'est "Liberté, égalité, fraternité" ou "Travail, famille, patrie". C'est le choix de l'un, en sachant que l'autre face existe. Sachant qu'il ne suffit pas de dire mais qu'il faut faire aussi. Le débat tel qu'il est lancé aujourd'hui va contribuer à modifier l'identité nationale. Il va laisser des traces comme tous les événements, tous les débats. La solidarité avec les juifs pendant l'occupation était un crime. La libération en a fait un acte héroïque. Voici que la solidarité avec les sans papiers devient un délit. Même si la filiation n'est pas linéaire. Comment seront perçus demain les actes de solidarité ? L'immigration, les discours, les moyens de lutte contre l'immigration auront eu une influence sur l'identité nationale.

A l'étranger et particulièrement dans les anciens territoires sous domination française , de façon caricaturale, la France, c'est la Déclaration des droits de l'Homme, de Gaulle et Paris (la Tour Eiffel) ! C'est dire qu'aux yeux de l'étranger, la Déclaration fait partie de l'identité de la France, malgré tous les actes contraires à cette déclaration dont la France a été responsable dans le monde. Bien entendu, cette vision de l'identité française n'est pas éternelle. Elle change au fil du temps. Et la politique de la Françafrique lui porte un nouveau coup sérieux. Comme la politique de l'immigration ! Et le débat sur l'identité nationale !!

Et l'immigration et l'identité nationale ? Comme le reste, l'immigration n'est ni totalement bonne, ni totalement mauvaise. L'usage qui en est fait actuellement est particulièrement dangereux. L'immigration a un rôle négatif sur l'identité nationale quand elle est utilisée par les politiques pour masquer leurs échecs. Quand la solidarité devient un délit. Elle est un enrichissement quand elle est permet l'épanouissement des personnes au bénéfice de la société tout entière.

Inutile de comptabiliser la part du PNB qui est due aux immigrés, et les gloires nationales, sportives, artistiques, scientifiques... Ce qui est important aussi bien pour les immigrés que pour les Français d'hier, d'aujourd'hui ou de demain, c'est la qualité de l'accueil, la reconnaissance de la part de dignité dont ils sont porteurs. La place qui leur est faite.

Bien sûr, les promoteurs de la campagne ne manqueront pas de dire qu'il y a les "bons immigrés" et les autres... Ils laisseront à d'autres, moins diplomates, la responsabilité de dire les choses autrement et plus crûment. Quant à eux, ils diront qu'il fut intégrer les bons, quant aux autres,  notamment les sans papiers, il faut les refouler. Mais ce discours qui est tenu depuis plus de 30 ans, ne conduit jamais à améliorer les conditions d'accueil et justifie toujours de nouvelles mesures  plus répressives qui ne touchent pas seulement les "mauvais" immigrés. Ce qui fait porter la suspicion sur toute personne étrangère ou d'origine étrangère ou semblant d'origine étrngère...

Ce qui est une atteinte à l'identité de la France, ce sont le mépris, les brimades, la stigmatisation dont ils sont victimes. Ce sont toutes les épreuves qu'ils doivent endurer pour qu'une place leur soit enfin reconnue ici. Ce n'est pas seulement une atteinte à  l'identité de la France, c'est aussi une atteinte à sa Constitution qui inclut la Déclaration de 1789. Et c'est probablement là le plus grave : cette contradiction lancinante entre les textes "sacrés" et les paroles, les comportements de ceux qui représentent la France !

Comment faire croire à des principes affichés quand ils sont bafoués, tous les jours, ouvertement ? Les jeunes chanteront peut être la Marseillaise mais que penseront-ils quand ils seront victimes des passe-droits, du plafond de verre, de la chasse au faciès, des plaisanteries douteuses...

Mais qui dit principe d'égalité ne dit pas similitude. L'égalité n'est pas résevée, ne doit pas être réservée aux Français mais étendue à tous ceux qui vivent sur le territoire est sont soumis aux lois de la République. Quelle que soient leur couleur, leur religion... C'est par l'application, générale, de ces principes que tout un chacun, Français ou non, quelle que soit la couleur de la peau...., sera incité à participer à la construction d'un avenir commun.

Il peut apparaître paradoxal, peut-être prémédité, que le débat soit lancé dans les termes actuels par ceux qui veulent mettre à bas le système social, la solidarité nationale, qui se précipitent dans un modèle qui fait actuellement les preuves de son inhumanité. Quand on accentue chaque jour les inégalités en diminuant les impôts des riches, en mettant en cause la protection sociale, il peut être utile de détourner  le mécontentement vers ceux qui ont encore moins. Faute d'ennemi extérieur, pourquoi ne pas utiliser ceux qu'on a sous la main.

C'est, d'une certaine façon créer une division au sein de ceux qui souffrent également de la politique suivie. C'est agiter le leurre du "choc des civilisations" face à la montée du mécontentement social. Susciter une agitation nationaliste pour détourner d'une mobilisation sociale.

Si l'identité de la France, c'est "liberté, égalité, fraternité", qui porte atteine aujourd'hui à ces valeurs ? Qui multiplie les fichiers, les contrôles au faciès, supprime les juges qui ne sont pas complètement aux ordres, accentue périodiquement la répressivité des lois ? Qui appauvrit les pauvres et enrichit les riches ? Qui désigne la partie la plus fragile de la population comme responsable de la situation ?

Une caste est au pouvoir, sans véritable contre pouvoir. Elle profite de la situation et veut en profiter encore. Mais pour cela, il lui faut donner le change.
Faute de proposer un avenir solidaire à  tous, elle divise en offrant à ceux qui souffrent un exutoire illusoire mais qui lui assure la poursuite de sa domination.

La meilleure façon de préserver l'identité de la France, c'est d'appliquer les principes dont elle se dit porteuse : liberté, égalité, fraternité, pour tous quelle que soit la couleur, la religion, la langue, la nationalité.
Les inégalités, les exclusions, le repliement sont porteurs d'affrontements violents. L'égalité pour tous aujourdhui, dans les discours et dans les faits, est l'assurance de l'unité de demain.





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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 23:50
La citoyenneté, c'est la possibilité de participer à la vie de la cité :
- dans tous les domaines, de la vie culturelle à la vie politique en passant par l'économie, le syndicalisme, le culturel, le cultuel, la vie associative, la vie du quartier.... du cercle des joueurs de belote ou de boulistes à la politique.
- les niveaux de cette participation peuvent être très variables : du simple consommateur ou commentateur à l'élu ou au militant avec tracts, pétition, manifestations, réunions, articles, interpellations...

Mais, très souvent, quand il est question de citoyenneté, on pense droit de vote surtout s'il s'agit de la citoyenneté des résidents étrangers. Certains affirment alors que la citoyenneté est attachée à la nationalité, que le droit de vote n'appartient qu'aux nationaux.

Vers l'égalité et la citoyenneté de tous les résidents

La citoyenneté au sens large, telle qu'elle est décrite ci-dessus n'est, évidemment, pas attachée à la nationalité. Les étrangers vivant en France, ont la liberté d'expression, de publication, de manifestation (y compris les sans papiers)...
Ils sont soumis aux mêmes lois. Quelquefois, certains parlent de la nécessité d'avoir les mêmes devoirs puisqu'ils ont quasiment les mêmes droits.
En fait, il faudrait poser la question dans l'autre sens : ils ont tous les devoirs, pourquoi n'ont-ils pas les mêmes droits ? Car, ils ont les mêmes devoirs surtout depuis que le service militaire obligatoire n'existe plus. Mais ils n'ont pas encore les mêmes droits : sans entrer dans le détail, il faut signaler que certaines professions sont interdites aux étrangers, qu'ils ne sont pas éligibles aux prud'hommes et, bien sûr, qu'ils n'ont pas le droit de vote et d'éligiblité aux élections politiques.

Autrefois, de nombreux droits étaient réservés aux nationaux, ils sont maintenant reconnus à tous les résidents quelle que soit leur nationalité. Un exemple particulièrement intéressant est le droit d'association. Jusqu'en octobre 1981, le droit d'association des résidents étrangers était limité. Depuis cette date, il n'existe plus, en France, d'association étrangère. Le statut des associations est le même quelle que soit la nationalité de leurs membres qui peuvent exercer, au sein de ces associations, toutes les fonctions.
Cette liberté d'association est pleinement reconnue par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qui dit dans son article 12 : "Toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'association, à tous les niveaux, notamment dans les domaines politique, syndical et civique..."
Comme les partis politiques ne sont que des associations, un étranger peut être membre d'un parti politique, il peut même en être secrétaire général ou président... mais il ne peut voter aux élections ! Le droit de vote est réservé aux nationaux et aux citoyens de l'Union européenne pour les élections municpales et européennes.

Nationalité, citoyenneté

Ceux qui s'opposent au droit de vote des résidents étrangers affirment qu'en France nationalité et citoyenneté sont très fortement liées. Ce n'est pas une spécialité française. Surtout au niveau déclaratif.  Dans les faits...
D'abord parce que les droits rattachés à la citoyenneté nationale sont de plus en plus reconnus aux citoyens étrangers. De plus, en étudiant la législation concernant le droit de vote dans 192 Etats, Hervé Andrès, dans sa thèse qui peut être consultée sur la toile, relève 64 pays qui ont donné le droit de vote sur une partie ou la totalité de leur territoire, à certaines élections ou à toutes, à certains ou à tous les  résidents étrangers. Dont la France qui reconnaît le droit de vote et d'éligibilité aux citoyens de l'Union européenne résidant sur son territoire.

Nationalité et citoyenneté ne répondent pas à la même question : la nationalité répond à la question : Qui suis-je ? Je suis français,  architecte... La citoyenneté répond à une tout autre question : Que faisons-nous ensemble dans la cité ?
Donner le droit de vote le plus largement possible, à tous les résidents, cela veut dire les inviter à participer à la vie de la cité, aux décisions concernant le vivre ensemble. Quelle que soit, par ailleurs les critiques que l'on peut faire à la qualité de la démocratie.

Donner le droit de vote serait une atteinte à la souveraineté nationale. Que 40 ou 50% du CAC 40 appartienne à des étrangers, non résidents, n'est pas une atteinte à la souveraineté nationale. Mais donner le droit de vote à ceux  qui partagent notre vie quotidienne serait une atteinte à la souveraineté !  Donner le droit de vote aux Allemands, aux Polonais, aux Portugais qui vivent en France, n'est pas une atteinte à la souveraineté ; le donner aux Etasuniens, aux Marocains, aux Norvégiens le serait !

Bien sûr, ils pourraient prendre la nationalité française (ce qu'on n'exige pas des citoyens de l'Union), c'est si facile... Mais quand on regarde le taux de refus ou d'ajournement lors des demandes de naturalisation, il est facile de constater que ce taux de refus ou d'ajournements augmente en fonction de la couleur de la peau... Ce n'est pas aussi facile pour tous.

Principes et réalité


Au niveau des principes les choses sont claires aussi bien au niveau national, qu'au niveau de l'Union européenne. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (partie du bloc constitutionnel) comme la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne parlent d'égalité de tous. Mais l'article 3 de la Constitution réserve le droit de vote aux seuls nationaux. Et le traité de Maastricht a réservé la citoyenneté de l'Union aux seuls nationaux de l'un des pays membres de l'Union.
De telle façon que, désormais, les personnes résidant sur un même territoire appartiennent à des castes différentes suivant leur nationalité :
- les nationaux qui ont le droit de vote et d'éligibilité à toutes les élections ;
- les citoyens de l'Union qui ont le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales et européennes ;
- les nationaux des états tiers qui ont ou n'ont pas le droit de vote aux élections municipales ou locales avec ou sans éligibilité, suivant la législation du pays dans lequel ils résident ;
- et les sans papiers, les hors castes...

Où en est-on en France ?

Il fut un temps où la seule invocation de réformer la Constitution montrait l'illégitimité d'une telle revendication. Mais, depuis quelque temps, la réforme de la Constitution semble être devenue un sport national. La dernière modification a touche des dizaines d'articles mais le droit de vote a été "oublié"

L'opinion publique, si on en croit les sondages de la Lettre de la citoyenneté sur le droit de vote aux élections municipales et européennes est désormais favorable. Encore plus quand il s'agit des seules élections locales ou municipales.

Tous les partis de gauche y sont largement favorables et les politiques de droite évoluent dans ce sens. Le président Sarkozy, lui-même, a affirmé qu'il était favorable au droit de vote aux élections municipales sous deux conditions "10 ans de résidence" et "réciprocité".
Ce qui montre bien qu'il n'y a pas de raison de fond, il ne semble plus y avoir d'atteinte à la souveraineté nationale. Seulement des modalités d'application à titre de retardement.

Car la réciprocité est une bien mauvaise raison : le président Sarkozy, ni aucun parlementaire n'a avancé de projet  ou de proposition de loi visant  donner le droit de vote aux ressortissants des pays qui reconnaissent ce droit aux résidents français sur leur territoire. Notamment à ceux où les Français peuvent voter à toutes les élections : Chili, Equateur, Hong Kong, Nouvelle Zélande, Venezuela. Cette demande est une argutie plus qu'un argument.

Conclusion

La lutte ppour l'égalité, pour le droit de vote est un long chemin : 1848, suffrage universel masculin, 1944 droit de vote des femmes, 1975, jeunes de 18-21 ans, 1992 citoyens de l'Union européenne.

Le droit de vote ne résout pas tout : la question ouvrière n'est pas résolu, l'égalité des droits entre femmes et hommes n'est pas encore acquis malgré une loi sur la parité.... mais qui songerait revenir en arrière sur ces acquis. Même l'extrême droite ne demande pas de retirer le droit de vote aux résidents de l'Union européenne !!!

Reconnaître le droit de vote, c'est reconnaître l'égale dignité de tous les résidents. Cela ne supprimera pas toutes les discriminations,cela ne les a pas supprimées pour les femmes même après 60 ans de droit de vote. Mais cela permet de mieux les combattre.

Pour en savoir plus, consulter :
La thèse de Hervé Andrès qui peut être consultée sur la toile
ou
"Résidents étrangers, citoyens ! Plaidoyer pour une citoynneté de résidence" qui peut être lu sur mon site.


Diaporama d'affiches en faveur du droit de vote des résidents étrangers



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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 15:34
ENFIN L'ALGERIE

Après l'émission de Claire Zalamansky ("Ma mère, pied-rouge en Algérie" dans le cadre de "Sur les docks" à France culture), après le livre de Catherine Simon "ALGERIE, LES ANNEES PIEDS-ROUGES DES REVES DE L'IDEPENDANCE AU DESENCHANTEMENT (1962-1969)" (LA DECOUVERTE), un colloque a eu lieu à l'Iremam à Aix en Provence sur "Le temps de la coopération au Maghreb" (1-2-3 octobre 2009), organisé par Jean-Robert HENRY  et Jean-Claude VATIN.
Avoir témoigné de ma petite expérience dans les 3
cas, (j'ai connu à Constantine la mère de Claire Zalamnsky qui était à Batna, J-R Henry et J-C Vatin à Alger) m'a amené à revoir les termes employés pour désigner ceux qui ont participé à ce moment, à leur rôle, à leurs motivations.

L'importance numérique, les motivations des personnes qui ont travaillé en Algérie pendant les années 60-70 ont beaucoup varié. C'est de façon un peu abusive que tous sont plus ou moins qualifiés de pieds-rouges. Les pieds-rouges étaient les plus engagés politiquement et les moins nombreux. Leur nombre varie beaucoup en fonction du degré d'engagement exigé pour entrer dans cette catégorie.

Voici une tentative de classification et de description forcément subjective.

- Dans la période qui précède l'indépendance, tout le monde n'a pas eu le même parcours. Certains militants se sont engagés dans l'aide au FLN ou ont déserté pour ne pas servir dans l'armée française pendant la guerre d'Algérie, d'autres étaient déjà en Algérie dans des organisations humanitaires comme la Cimade,
d'autres enfin ont seulement milité contre la guerre d'Algérie (ce qui a été mon cas).

- Immédiatement après le cessez le feu, en mars 1962, certains militants ont décidé, au moment où tous les cadres européens partaient, d'offrir leur compétence pour éviter l'effondrement technique et administratif de l'Algérie, le plus souvent pour de brèves périodes.

- D'autres, peut-être quelquefois les mêmes, ayant souvent apporté leur aide au FLN sont partis avec l'espoir de faire la révolution aux cotés des Algériens. Ce sont ces militants qu'il faut, à mes yeux, qualifier de pieds-rouges. C'est de cette histoire là que parle essentiellement le livre de Catherine Simon. Ils n'étaient pas, loin de là, les plus nombreux : quelques dizaines ? Quelques centaines ?
C'est en fonction de ce choix que Catherine Simon établit une cassure nette entre la période Ben Bella et la période Boumediene. Mais la majorité des Français qui travaillaient alors en Algérie est restée à son poste et n'a pas été inquiétée. Et certains pouvaient avoir des postes relativement importants.

- La grande majorité de ceux qui sont allés en Algérie après son Indépendance y sont allés simplement pour travailler, pour participer à la construction de l'Algérie nouvelle. Soit avec un statut local, c'est à dire avec un traitement algérien, soit dans le cadre de la Coopération française avec un traitement plus avantageux (Je suis parti en Algérie dans le cadre de la Coopération). Combien utilisaient la Coopération pour venir en Algérie, combien étaient envoyés par la Coopération ? Je ne saurais le dire. Ceux que j'ai connus, quel que soit leur statut se sentaient au service du peuple algérien. Et je n'ai jamais entendu parler d'interférence des autorités françaises à leur endroit.
Pour eux, le 19 juin 1965 n'a pas été une cassure. Anne est venue me rejoindre en septembre 1965 à Constantine, après le coup d'Etat de Boumedienne. L'administration française lui a demandé si elle maintenait sa candidature. Une femme seule (nous n'étions pas mariés) partant en Algérie dans cette situation... Et je ne l'ai pas dissuadée de venir.

Pour moi, nous n'étions pas des pieds rouges mais des pieds verts. Même si cela ne nous empêchait pas d'être au service d'une Algérie que nous voulions socialistes. Et nous participions à la construction d'un pays au milieu de multiples ambiguïtés, avec les contradictions que décrit Catherine Simon.
Pour ma part, je pensais aider à la mise en place d'une politique de santé publique à travers l'animation de l'équipe départementale de lutte contre le paludisme et les maladies infectieuses. Après deux ans à Constantine, je pensais rentrer en France pour faire la spécialité de pneumologie, la tuberculose était importante en Algérie, quand un directeur du ministère de la santé (Dr Benghezal) m'a proposé de la faire à Alger. En faisant ma spécialité, j'ai participé sur le terrain (Dispensaire antituberculeux d'El Harrach) et à la faculté avec le Professeur Chaulet et son équipe à l'élaboration et à la mise en pratique d'une politique ce lutte contre la tuberculose adaptée à l'Algérie.
En 1972, quand j'ai appris que, par suite d'une réorganisation administrative, j'allais être sous la tutelle d'un professeur qui avait un cabinet en ville, j'ai décidé de partir. Je ne pouvais servir d'alibi à un professeur qui disait une chose et en faisait une autre.
Le statut de la femme, mal ressenti par Anne a aussi contribué à ce départ. Sans elle, j'aurais alors accepté le statut de médecin chargé de la tuberculose dans un département saharien.

- Ensuite au fur et à mesure que la Guerre d'Algérie s'éloignait dans l'Histoire, que la coopération s'institutionnalisait, que se développait la possibilité de travailler en Algérie à la place du service militaire (VSNA), la motivation politique s'est peu à peu atténuée. Certains ont pu partir de France pour de multiples raisons, y compris financières, touristiques...
Un participant au colloque de l'Iremam a déclaré être parti après l'échec de mai 68 sans trop d'illusions sur le régime algérien.

Il ne faut pas oublier cependant que l'Algérie n'était plus française et qu'il y avait alors des compétences venues d'un peu partout dans le monde. Certains attirés par la situation politique, d'autres par l'argent, certains indépendants, d'autres envoyés par leur gouvernement, souvent d'un pays de l'Est. Les coopérants des pays de l'Est pouvaient être regroupés. Dans le département de Constantine, l'hôpital d'Aïn Beida fonctionnait, bien je le pense, avec une équipe de Vietnamiens qui avait sa politique. Il y avait aussi un nombre important de médecins bulgares qui, eux, avaient été dispersés dans les campagnes, à la demande du gouvernement algérien. Ils ont fait une excellent réputation à la médecine française. En effet, très spécialisés, formés pour travailler en équipe, ils ont été mis dans des postes isolés et faisaient ce qu'ils pouvaient. Et n'étaient guère aimés par les Algériens.

Les étrangers en Algérie étaient de toutes origines, travaillaient dans tous les secteurs. Une véritable "légion étrangère" aux motivations multiples. Du pied-rouge au mercenaire civil.
Je crois me souvenir, travaillant à la Direction départementale de la santé à Constantine d'avoir compté dans le département des médecins de 60 nationalités différentes !!!
Certains Algériens parlaient du "péril jaune" car le voitures des coopérants avaient des plaques jaunes.
Mais les Français étaient perçus de façon très favorable.

ANECDOTES (à suivre)
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Published by Paul ORIOL - dans Souvenirs
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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 21:34
Algérie mai 1966Le livre de Catherine Simon, "Algérie, les années pieds-rouges Des rêves de l'indépendance au désenchantement 1962-1969" vient de paraître à la Découverte. C'est, sans aucun doute, un excellent livre et un livre passionnant pour moi qui ai traversé cette période, en n'ayant qu'une conscience émoussée de ce qui se passaitEn partie par manque de formation politique probablement, bien que militant du Parti socialiste unifié (PSU), en partie à cause de l'aveuglement volontaire ou involontaire que décrit très bien Catherine Simon, aveuglement qui a touché aussi des militants plus aguerris.
Mais cette période a été aussi la période probablement la plus intéressante de ma vie professionnelle et militante. Je n'en regrette rien même si les choses n'ont pas évolué comme je l'aurais souhaité. C'est pour cet aspect qui apparaît seulement par quelques touches dans le livre de Catherine Simon qui se situe à un niveau plus politique, que je vais essayer de regrouper quelques souvenirs.

Pourquoi l'Algérie ?
J'ai commencé mes études en médecine avec le déclenchement de la guerre d'Algérie, je les ai finies avec l'arrêt de la guerre d'Algérie. Pendant toute cette période, les discussions pouvaient commencer par "il fait beau aujourd'hui", elles finissaient "pour ou contre la guerre d'Algérie". J'ai milité à l'UNEF qui s'est scindée sur la question. J'ai adhéré au PSU, 15 jours avant sa création, car il y avait des militants qui distribuaient des tracts au restaurant universitaire de la rue des Potiers et je leur avais promis d'adhérer après la fusion de l'Union de la gauche socialiste (UGS) et du Parti socialiste autonome (PSA). Ils m'ont pressé d'adhérer 15 jours avant cette fusion car ils voulaient renforcer l'UGS. C'était une vraie fusion, une fusion dynamique, c'est à dire l'addition des militants de plusieurs organisations. Depuis, les groupuscules auxquels j'ai adhéré ont inventé ce que j'appelle les mathématiques post-moderne où les fusions entraînent une diminution du nombre d'adhérents : 500 + 500 = 400.

Un facteur important de la naissance du PSU est la scission de la SFIO (Section française de l'internationale ouvrière, le PS de l'époque). Un nombre significatif de militants et de personnalités l'ont quittée parce qu'il ne supportaient plus la politique algérienne du gouvernement français, à majorité SFIO conduite par Guy Mollet. Ils ont alors fondé le PSA (Parti socialiste autonome). On peut dire que si certaines branches du PSU ont des racines profondes et lointaines, sa naissance doit beaucoup à la Guerre d'Algérie. Le PSU est donc né, notamment, contre la guerre d'Algérie mais, en plus, il a probablement été le premier à s'opposer à la guerre AVEC l'Algérie, c'est à dire à reconnaître l'Algérie avant sa (re)naissance ! Il n'est pas étonnant que dans le bouquin de Catherine Simon si, parmi les personnes interrogées (77), 17 disent avoir été membres d'un parti avant d'aller en Algérie, 7 font état de leur appartenance au PSU : par ailleurs, 7 se réclament des différentes branches du trotskisme, 3 du PCF (plus
2 de l'UEC et 1 des JC).

Quitte à être ridicule, je dois dire que depuis mon plus jeune âge, je voulais "partir" et partir en "Afrique". Que ce soit, suivant mon âge, aux "colonies", dans la "communauté" ou dans les pays devenus indépendants. Pourquoi ? Probablement le fruit d'une éducation chrétienne et de l'école républicaine, d'un besoin de justice... Je me souviens encore de l'image d'un livre de l'école primaire montrant Savorgnan de Brazza libérant des esclaves !!! Je pense qu'à la base de mon engagement quelle qu'en soit les sources, il y a le sentiment de l'absolu nécessité de combattre pour l'égalité et pour la liberté. Mais ce qui me fascinait, c'était l'Afrique noire... ce fut l'Algérie !

D'ABORD LA FRANCE
De gauche depuis toujours, sans aucune formation politique réelle, si ce n'est les discussions très animées avec mon père ou avec les copains, j'aurais adhéré à un parti chrétien si j'en avais connu un de gauche entre 15 et 20 ans. Mais ma première prise de parole publique a été, à Carcassonne, contre le MRP (Mouvement républicain populaire, démocrate chrétien) en faveur du Front républicain. Et c'est ce défaut de l'engagement à gauche qui m'a éloigné du christianisme.
J'aurais pu être à la SFIO mais son comportement en Algérie ne pouvait que m'en dissuader. J'ai eu une discussion houleuse avec le député de l'Aude, SFIO, Georges Guille qui justifiait l'expédition à Suez en comparant Nasser à Hitler...
Je n'étais pas attiré par le PC bien que suivant des cours de marxisme pendant mes études à Toulouse dans une arrière salle de bistrot. Mais je n'ai jamais reproché au PC d'avoir voté les pleins pouvoirs à Guy Mollet, chef du gouvernement, SFIO. Naïveté peut-être mais je pensais qu'ils étaient nécessaires à Guy Mollet s'il voulait réellement conduire une politique de gauche. Il s'en est servi pour faire une politique de droite !!! Guy Mollet m'a guéri définitivement de militer avec des socialistes qui ne l'ont jamais condamné. Et la politique de Mitterrand n'a pas été faite pour me faire changer d'idée !

J'ai donc milité contre la guerre. Mais je n'ai jamais fait de l'aide au FLN. Je me suis même opposé à ce que le PSU s'engage dans cette voie quand il en a été fortement question au sein des étudiants PSU de Toulouse. Je pensais que c'était une erreur d'engager le PSU en tant que parti. Qu'individuellement, cela était possible mais qu'en tant qu'organisation, le PSU ne pouvait le faire sans courir à sa dissolution. C'est probablement ce qui a fait que lorsque "Jeune Résistance" a été mise en place à Toulouse, je n'ai pas été sollicité.
Avec la guerre qui s'éternisait, la question cruciale était : que faire au moment de l'appel au service militaire. J'étais décidé à ne pas le faire. Qu'aurais-je fait si le cessez le feu n'était arrivé quelques mois avant mon incorporation ?  Bien entendu, je n'en sais rien. Mais je savais que je pouvais poser la question à Alexandre M. qui m'avait demandé une adresse sûre à Carcassonne pour servir de boite aux lettres au FLN.
Fort heureusement, pour l'Algérie, pour les appelés et pour moi même. Il y a eu le cessez le feu !

Pendant toute la guerre d'Algérie, nous avions beaucoup de difficultés à mobiliser. J'ai monté une liste de gauche pour la corpo de médecine et nous avons été élus sans problème. Nous étions la seule liste ! Quelques années plus tard, lorsqu'une liste de droite s'est présentée contre nous, nous avons été facilement balayés malgré le travail que nous avions fait.

Les étudiants en médecine avaient un sursis plus long que les autres étudiants. Quand les sursis ont été remis en question, les étudiants en médecine n'ont pas été touchés. Nous avons essayé de lancer un mouvement de solidarité avec les autres étudiants pour qu'ils puissent continuer leurs études et échapper, pour quelque temps à l'incorporation. Je ne pense pas avoir convaincu un seul étudiant quand j'ai pris la parole dans l'amphi.

Nous avons aussi essayé de mobiliser les mères d'appelés. La mère de Claude M. nous a répondu : "Ils peuvent le faire comme mon fils".
Tout ceci ne pouvait que me renforcer dans l'idée de quitter ce pays qui m'écoeurait profondément.

Ma thèse en poche, j'ai même essayé de partir par le canal de l'OMS. Je suis allé jusqu'à Genève pour voir si je pouvais me faire embaucher. On m'a dit que non. Ou alors au Ruanda. Et comme j'ai répondu : pourquoi pas ? Il s'est avéré que ce n'était pas possible. C'est probable pour de nombreuses raisons. Je n'avais pas encore fait le service militaire et je ne pensais qu'à partir. Définitivement.

Paradoxalement, je suis allé en Algérie, pour la première fois, pendant le service militaire après la proclamation de l'indépendance ! J'aurais pu y aller avant dans le cadre de l'Unef mais j'avais refusé d'envisager cette éventualité : aller dans l'Algérie en guerre avant son indépendance ! Par la suite, je l'ai un peu regretté car je n'avais aucun point de comparaison avec l'Algérie d'avant l'indépendance.

Pour beaucoup, être allé en Algérie comme militaire français après l'indépendance soulève l'incrédulité : "Après l'indépendance ?" Il faut se rendre compte qu'au moment du cessez le feu, il y avait des régiments entiers dans l'Algérie occupée. Que l'évacuation de ces régiments n'a pu se faire en un clin d'oeil. Que la structure des régiments devait être maintenue pour qu'ils puissent être rapatriés en bon ordre.

Lors de mon incorporation en janvier 1963, j'ai fait un séjour à Libourne où étaient regroupés tous les médecins appelés pour suivre une formation de médecine militaire avant l'affectation qui dépendait du classement. J'ai créé la surprise en demandant l'Algérie alors qu'il y avait encore quelques places en France. J'avais l'espoir, déjà, de faire de la coopération
dans le cadre du service militaire car on en parlait officiellement à l'époque. En réalité, j'ai passé mon séjour de 10 mois à Mostaganem dans une caserne. J'ai bien pris contact avec le Croissant rouge algérien mais sans suite. Et je ne sais pas comment aurait réagi le commandement s'il l'avait su.

Quelques petites anecdotes.
Arrivés à Alger, nous étions 4 médecins et j'ai pu choisir en premier mon affectation. Fort heureusement : il y avait 4 postes dont 3 dans la Légion ! Mon choix a semblé indigner le colonel qui nous recevait et qui, après mon choix, a tenu à nous dire qu'il était très fier d'être "première classe" de la Légion. Un camarade, martiniquais, qui avait fait ses études à Toulouse a eu un poste à la Légion : quand je l'ai revu après le service militaire, tout s'était bien passé pour lui.

Pendant notre bref séjour à Alger, nous sommes allés, à plusieurs, visiter la Casbah, en uniforme sans aucun problème si ce n'est des petits gosses qui nous suivaient en piaillant et qui étaient réprimandés par des adultes.

Au cours d'une balade, nous sommes montés à ND d'Afrique pour admirer un magnifique coucher de soleil. Et l'un des collègues de s'écrier : "Devant ce coucher de soleil, je comprends l'attachement des Pieds-noirs à ce pays". Et moi de répondre : "
Devant ce coucher de soleil, je comprends la volonté des Algériens d'être ici chez eux". La discussion n'est pas allée plus loin.

J'étais donc à Mostaganem pour le premier anniversaire de l'indépendance. Privilège d'officier, comme tout médecin j'étais aspirant, à cette époque, je logeais en ville à proximité de la caserne mais j'étais consigné à mon domicile. Voulant voir la manifestation, je suis descendu, en civil, j'ai demandé au policier qui était au coin de la rue s'il y avait danger pour un Français d'aller à la manifestation. Il a été très étonné de ma question. Et je suis allé me mêler à la foule. J'ai cru voir quelque étonnement dans les regards devant cet Européen inconnu.

C'est à Mostganem que j'ai vu pour la première fois "Octobre à Paris", film sur la sauvage répression de la manifestation des Algériens, le 17 octobre 1961, à Paris. J'étais en civil mais des appelés étaient venus le voir en militaire. Cela ne semble avoir posé aucun problème.

A l'époque des bruits circulaient que les Algériens tendaient des fils en travers de la route qui menait à la plage pour piéger les éventuels Pieds-noirs qui s'y rendaient. J'ai connu un pied noir à Mostaganem, un médecin radiologiste, assez âgé, qui se préparait à partir parce que, m'a-t-il dit, toutes ses connaissances étaient déjà parties. Il avait un revolver dont il voulait se débarrasser et que j'ai ramené à la caserne.

Notre régiment a été rapatrié en avril 1964 mais il y avait encore bien des militaires en Algérie, à Mers el Kebir, où j'étais allé avec une ambulance militaire, dans un aéroport aux environs d'Oran dont j'ai oublié le nom mais qui servait de relais, disait-on, pour aller en Afrique noire, au Sahara bien sûr. Le 15 août 1963, je suis allé en avion militaire à Colomb-Béchar, voir des collègues de Toulouse au prix d'une bouteille de wisky offerte à un adjudant...

Je me souviens d'une note du médecin chef du service médical militaire de toutes les troupes française en Algérie qui disait, partant à la retraite, que "les médecins étaient les seuls à servir à la fois leur pays et l'humanité" . Si c'est lui qui le dit, ai-je fait remarquer au médecin capitaine.

La présence militaire française a continué bien après le départ du régiment de Mostaganem notamment au Sahara pour les essais nucléaires et même à Alger où le drapeau de l'Amirauté a été ramené bien plus tard alors que j'étais de nouveau en Algérie mais cette fois comme coopérant civil.

LE MAROC ENSUITE
En réalité, avant d'aller en Algérie, je suis allé au Maroc. Par un copain, étudiant en médecine, nous avons demandé au professeur R. de nous envoyer au Maroc comme infirmier dans une colonie de vacances marocaine. Finalement, je suis le seul à être parti.

Première traversée en bateau Marseille-Casablanca. Avec un bateau qui n'était pas très grand, sur lequel voyageaient une quarantaine d'étudiants qui allaient ensemble au Maroc. Ils ont envahi le bateau, ont fraternisé avec l'équipage, piloté, pris des douches au tuyau d'arrosage, bu le pastis et poussé la chansonnette avec les matelots corses !

Il fallait que je passe au ministère pour mon affectation. J'ai été ébloui par l'avenue principale de Rabat. J'ai été envoyé à Saïdia, sur la côte méditerranéenne, au nord d'Oujda, à la frontière algérienne. C'était une colonie essentiellement sous toiles de tentes, au bord de la mer où j'ai passé l'été. C'est là que j'ai fait connaissance de Simone, Guillaume et leurs enfants (1). Ils étaient les seuls européens avec lesquels j'étais en contact et par eux, épisodiquement, avec quelques autres.

De ce séjour, je ne conserve que quelques anecdotes. Une chose qui m'a frappée, c'est l'antisémitisme de gens de gauche.  Chose impensable pour moi. Je me souviens de cette réflexion : "Nous avons su que le Maroc allait retrouver son indépendance, le jour où nous avons vu les Juifs manifester avec les Arabes".
J'étais en contact permanent avec l'encadrement de la colonie. Je dois dire que j'ai peu participé aux discussions car tout se déroulait en arabe et que je n'en comprenais pas un mot. J'ai cependant eu quelques discussions. Un des moniteurs ne parlait que de sport. La seule fois où il 'a parlé de politique ce fut pour me faire part de sa joie de la mort de Dag Hammarskjoeld parce qu'il était pour les juifs.

Parmi les enfants de la colonie de vacances, il y avait beaucoup de petits blonds ce qui m'avait beaucoup étonné. Il devait y avoir une trentaine de Mohamed ben Mohamed ! Comment s'y reconnaître ? Depuis l'état civil a été réorganisé. Une bonne partie des enfants étaient des réfugiés algériens.

Lors de mon retour de Saïdia à Rabat et Casablanca, j'en ai profité pour visiter Azrou, Ifrane et Fès grâce à un moniteur de la colonie. D'Azrou, jai ramené un plat et un marteau en olivier pour casser des noix qui est encore à Carcassonne et de Fès un sac en cuir pour ma mère que l'ami qui m'accompagnait a longuement marchandé, pour le plaisir, m'interdisant de me mêler de cette négociation complice.

En passant, nous sommes allés rendre visite à des cousins éloignés qui, après avoir quitté la Syrie, étaient installés à Meknès. Le cousin était maître bottier. Stupéfaction pendant le repas, mon ami marocain et mes "cousins" s'entendaient comme larrons pour faire de l'antisémitisme !!
  Quand je pense que lors d'un passage à Carcassonne, la "cousine" nous avait soutenu que les "arabes n'étaient pas comme nous, que d'ailleurs elle le savait bien elle qui en avait soigné et que leur sang n'avait pas la même couleur que le nôtre !!!".

Cela me rappelait une autre discussion à la maison entre des membres de ma famille et des Maliens qui étaient en math-élem avec moi et que j'avais invités. Tout le monde faisait assaut devant eux d'antiracisme. Je n'y ai pas tenu et je suis sorti pour aller donner des coups de pied dans la porte du jardin !

De Rabat, je suis rentré en Caravelle, premier voyage en avion ! et j'ai pu voir le détroit de Gibraltar, un avion militaire qui nous a suivis un moment et les parcelles minuscules de la campagne !

ENFIN, L'ALGERIE



1 - Voir "la vie extraordinaire de personnes ordinaires" -1.


                                  






 
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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 09:36
2 - Paulette C., Charles C. et André R..

Charles C.
J'ai fait ma spécialité de pneumologie à Alger avec Charles  qui faisait partie des "jeunes", puisqu'il était de la promotion suivante.
En réalité, quand je l'ai connu, Charles avait déjà une longue carrière, mouvementée derrière lui. Déjà médecin en1940, nationaliste, il n'accepte pas la défaite et décide de passer en Espagne. Entré nationaliste dans les geôles espagnoles de Figueras, il en ressort communiste et après avoir rejoint Londres, se retrouve médecin dans les sous marins, je crois !
A la libération, il sera médecin des houillères du Nord. Suite à un accident vasculaire cérébral qui ne lui laisse aucune séquelle, il lui est conseillé de ralentir un peu ses activités, ce qui le conduit à prendre un poste en Algérie, à Médéa, en coopération.

André R.
Dans le cadre de ses fonctions, il rencontre André R. Encore une figure ! André R. était alors médecin expert de l'OMS. Il a lancé en Algérie la Superamine
à base, essentiellement, de produits locaux (farine de lentilles et de pois chiches décortiqués notamment) qui était un aliment dit "de sevrage" que l'on donne pour remplacer ou compléter l'allaitement maternel. Aliment complet, réalisé à partir de la production locale, la Superamine était destiné à se substituer aux produits importés, chers, mal adaptés à la situation des familles algériennes. Malgré ses qualités, la Superamine a rencontré quelques difficultés à s'imposer à cause d'une présentation qui n'était pas suffisamment attractive par rapport aux produits importés, à cause de son image de produit local, ersatz des produits occidentaux.
André avait fait Santé navale et avait été le médecin de Malraux pendant la guerre, brigade Alsace-Lorraine, sur lequel il racontait quelques histoires pittoresques.
Après avoir été médecin en Afrique,
création/fondation de l'ORANA à Dakar (Office régional pour l'alimentation et la nutrition africaine). médecin  général, il était devenu expert en nutrition pour l'OMS. C'est dans ce cade qu'il voyageait en Algérie et que nous l'avons connu à Constantine et Charles à Médéa.
André était donc de passage à Médéa et Charles l'invite chez lui. Surprise dés que André voit  Paulette, l'épouse de Charles : "Mais je te connais !"

Paulette C.
Effectivement, André et Paulette s'étaient connus à Marseille pendant la guerre. A cette époque, Paulette était assistante sociale et dans le cadre de ses activités, professionnelles et militantes, rendait visite aux détenus, notamment aux résistants.
Lors d'un de ces contacts avec un officier allemand, dans le cadre de ses activités, celui-ci l'interpelle :
- Je sais ce que vous faites. Je voudrais vous voir après le service à tel endroit.
Après concertation avec les camarades de la Résistance, elle décide de se rendre au rendez-vous. L'officier allemand lui propose un marché. L'exfiltrer en échange du plan de répartition des mines de la ville de Marseille. Et le marché a été conclu.
C'est l'histoire qui m'a le plus frappé parmi celles que nous a racontées Paulette qui était aussi agent de transmission de la résistance. Jeune femme à cette époque, cela lui a permis, avec un sourire comme ausweis,  de passer sans difficultés des barrages.
Mais tout n'a pas été toujours drôle et elle souffrait d'insomnies et de claustrophobie depuis qu'elle avait été prise sous un bombardement où elle avait failli rester.
Je ne sais comment elle avait rencontré Charles. Toujours est-il qu'après avoir été mariée avec un officier, je crois apparenté à la famille de de Gaulle, elle s'en était séparée et était mariée avec Charles.
Tous deux militaient au PC. Elle racontait le nombre de fois où elle avait été convoquée par la police et inquiétée pour des articles qui étaient publiés sous son nom mais rédigés par des camarades du PC. Elle découvrait ces articles au Commissariat !
Tous deux, fidèle au PC, avaient une grande nostalgie de Paul Vaillant-Couturier qui aurait, pensaient-ils, empêché les errements du PC...
Bien entendu, c'est en Algérie que nous l'avons rencontrée où elle avait réussi à se faire de nombreux amis malgré un franc parler qui a du traumatiser plus d'une oreille algérienne notamment sur la condition de la femme.
Charles et Paulette sont rentrés en France au moment de la retraite de Charles.
Un jour, Paulette présente des symptômes qui font penser à Charles qu'elle avait un cancer. Il l'a fait examiner par une autorité médicale. A la fin du bilan, Paulette se trouve face au professeur :
- Alors, c'en est un ?
- Euh, je crois que...
-C'en est un ou non ?
- C'en est un.
- Opérable ou non opérable ?
- Opérable.
- Vous l'opérez quand ?
Ce fut l'histoire de son premier cancer qui s'est relativement bien terminée.
Relativement car, quelques années plus tard de nouveaux symptômes font penser à une métastase.
Même scénario. Même comportement. Même conclusion.
Paulette passera même à la télévision lors d'une émission pour dire qu'on pouvait survivre même à deux cancers.
Elle succombera au troisième.

En écrivant ces quelques mots. Je me rends compte de leur sécheresse. De la bêtise de ne pas avoir posé de questions, de ne pas avoir relevé au jour le jour les anecdotes racontées par les uns ou les autres. Qui aujourd'hui sont cachées dans une mémoire défaillante.


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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 15:56
3 - APO, "LA DOUCE TYRANE" ET LES AUTRES
J'ai aussi connu Apo en Algérie. Il faisait partie d'un groupe de révolutionnaires brésiliens échangés contre un ambassadeur.Je ne sais plus lequel car il y a eu, dans la même période, trois échanges entre les ambassadeurs d'Allemagne, de Suisse et des Etats-Unis, je crois, et un certain nombre de détenus politiques au Brésil, la plus importante a concerné 40 détenus.
Après un passage par Cuba, certains d'entre eux se sont retrouvés en Algérie et nous en avons connu plusieurs. Parmi ceux que j'ai connus, l'histoire la plus "extraordinaire" est celle d'Apo.
Apo était à l'école des officiers du Brésil quand a eu lieu une tentative de putsch de gauche. Apo s'est retrouvé exclu de l'Académie militaire mais comme un officier même "félon" ne pouvait être réduit à la mendicité, l'Etat a alloué à sa soeur une pension de "veuve de guerre" qui a permis à Apo de poursuivre, rémunéré par l'Etat, la carrière d'une vie de "révolutionnaire professionnel".
Apo était membre du parti communiste brésilien. Ses options politiques l'ont conduit à mettre les compétences acquises à l'Académie militaire au service du gouvernement espagnol, lors de la guerre civile. Qu'il a perdue, bien entendu.
Il s'est retrouvé ensuite dans les maquis français du Sud-ouest, "libérateur d'Albi et de Carmaux". C'est à cette occasion qu'il a rencontré une Française, Renée, Marseillaise, qu'il appelait sa "douce tyrane".
Rentré en famille au Brésil, avec au moins un enfant, il a repris ses activités militantes au PCB. Mais sous la dictature, ayant trouvé que le PCB n'était pas assez à gauche, il a fondé le PCB-R (révolutionnaire) qui est entré dans la lutte armée.
Apo était un homme étonnant. Bel homme, aux temps grises, à la voix douce, d'une courtoisie qui faisait penser à un gentleman "vieille France". D'après ses camarades, par ses discours, il arrivait même à séduire les gardiens de prison. En tout cas, il était très loin de l'image du communiste au couteau entre les dents. Je me souviens d'une rencontre devant la poste d'Alger où j'ai subi un "abraço" chaleureux qui m'a secoué pendant plusieurs minutes. Et d'un optimisme à toute épreuve. "Oriol, des lunettes vertes, il faut mettre des lunettes vertes".
Mais je vais trop vite. Comme beaucoup de ses camarades de clandestinité, Apo a été arrêté. Il n'a retrouvé sa liberté qu'en échange d'un ambassadeur. Arrivé à Alger, il a fait fonctionner le réseau des anciens résistants, il était, je crois, colonel des FTP,  et a pu revenir en France. Où il a reconstitué le réseau du PCB-R notamment avec d'autres "échangés" comme lui.
Quand nous sommes revenus d'Algérie, en 1972, nous avons acheté un appartement à Belleville (Paris) et le jour où nous nous sommes installés un couple de ses camarades que nous avions connus à Alger, nous attendaient assis devant la porte, au septième étage ! A l'étonnement des voisins qui leur ont demandé s'ils avaient l'intention de rester là longtemps !
Ils ont séjourné quelque temps chez nous puis l'appartement a servi de lieu de réunion. Quand nous rentrions, ils étaient installés dans la salle de séjour, assis sur le tapis du Djebel Amour, et  nous traversions la salle de séjour en ne voyant personne.
Plus tard, quand nous sommes allés au Brésil, nous avons rencontré certains de ces militants qui nous connaissaient pour nous avoir vu traverser la "salle de réunion" mais que nous ne connaissions pas.
Parmi les militants du PCB-R libérés, lors d'un autre échange, il y avait un fils d'Apo et de Renée. Ses activités militantes l'ont conduit au Chili où séjournaient beaucoup de révolutionnaires sud-américains du temps d'Allende. Nous l'avons rencontré quand nous y sommes allés lors de l'été 1972. Il y était encore en septembre 1973, lors du coup d'Etat de Pinochet et s'est retrouvé au Stade. Dont il est sorti en affirmant qu'il était français, ce qui était exact, français de sang par sa mère la "douce tyrane". Mais pour prouver sa nationalité, il a dû chanter la Marseillais sous les coups de crosses de militaires et les autorités diplomatiques françaises l'ont alors récupéré. Il est revenu rejoindre la cellule PCB-R de Paris. A Paris, il était donc français, il a été appelé pour faire le service militaire dont il s'est fait dispenser pour des raisons médicales : "claustrophobie", "intolérance à l'uniforme" à la suite des mauvais traitements subis pendant ses incarcérations.
Quand le retour au Brésil a été possible, tous sont repartis et beaucoup ont rejoint le PT. De telle sorte que, quelques années plus tard, quand ils nous ont invité au Brésil, nous avons pu bénéficier des "hôtels PT", c'est-à-dire faire le tour du Brésil en logeant chaque fois chez des camarades du PT que nous avions connus ou qui nous avaient connus à Alger ou à Paris.
Apo avait la carte  n°1 du PT, il a continué d'y militer jusqu'au bout. Il en était une personnalité emblématique. Lula lui a rendu hommage.

NB :
1) Une émission de télévision au moins a raconté une partie de la vie d'Apo, dans la résistance.
2) Apo a  publié un livre en portugais : "Vale a pena  sonhar"
Carvalho Apolonio De, Editeur : Rocco - Date : 1997
3)
Une biographie d'Apo et de Renée, plus complète et moins anecdotique peut être consultée sur : http://rioscope.com.br/?p=1005&lang_pref=fr
4) Sur Google 142 pages en français sont consacrées à Apo.
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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 04:55
L'Histoire est faite de multiples histoires méconnues.
En voici quelques unes. Qu'il faudrait raconter avec des talents de romancier que je n'ai pas. A partir de notes accumulées durant la vie que je n'ai pas prises. Il n'empêche. Je vais relater là, dans ce que j'en ai connu, la vie de quelques personnes que j'ai rencontrées avec une sécheresse notariale du langage. Je regrette, aujourd'hui, de ne pas les avoir interrogées. Il ne s'agira donc que de bribes de vie. Que ces quelques lignes me permettront de revivre. Même si je ne suis pas capable de les faire partager au lecteur éventuel.
Ces vies sont exceptionnelles. Mais elles ne sont probablement pas plus exceptionnelles que celles de multiples inconnus, croisés ou non. Anonymes ou discrets.
J'ai connu ces personnes, essentiellement en Algérie dans les années 60. Alger était alors un foyer en ébullition. Il s'y trouvait une "légion étrangère" de la Révolution. Je n'ai pas été un acteur de ce milieu, je ne l'ai fréquenté que marginalement. Si ceux qui l'ont réellement fréquenté prenaient la plume, des volumes pourraient être écrits. Mais pour beaucoup, il ne s'agissait pas d'écrire mais de faire. Même si tous ne faisaient pas.
Pour parler de ces vies, je n'ai aucun mandat. Aucune connaissance historique pour les replacer dans leur contexte. Aucune note. Je n'ai fait aucune recherche. Seulement le souvenir d'anecdotes, de conversations avec les uns ou les autres et une mémoire incertaine.
1 - Guillaume et Simone VIGNOTE
Guillaume était pharmacien en Espagne au moment de la guerre civile à laquelle il a participé dans les rangs socialistes. Au cours de laquelle, il n'a pas hésité (c'est lui qui me l'a dit) à envoyer à la mort un membre de sa famille qui n'était pas du bon côté.
Bien entendu, comme l'ensemble de la gauche, il a perdu cette guerre et s'est retrouvé en Algérie. Il a alors été envoyé casser des cailloux sur le Méditerranée-Niger, ligne de chemin de fer qui s'est perdue quelque part dans les sables du sud de l'Algérie. A la Libération, il a demandé la nationalité française qui lui a été refusée. Il était devenu communiste !
En Algérie, il a rencontré Simone. Elle s'était mariée à 17 ans pour fuir le milieu familial. Guillaume et Simone avaient chacun, de leur premier mariage, un fils. Celui de Guillaume est devenu médecin, je l'ai rencontré une fois à Oujda.
Car pour des raisons que j'ignore, Guillaume et Simone ont quitté l'Algérie pour s'installer à Oujda. C'est là où je les ai rencontrés pour la première fois. Plus exactement à Saïdia. Par piston, je m'étais fait engager comme infirmier dans une colonie de vacances. C'était pour moi, le premier pas d'un rêve : aller en Afrique.
Guillaume et Simone vivaient à Oujda. Guillaume était pharmacien à l'hôpital. Ils ont eu deux enfants qui étaient à la colonie de vacances et eux logaient en ville.

Cette colonie de vacances, sous toile de tente, était au bord d'une plage magnifique. Et peu éloignée de la frontière algéro-marocaine au point que les projecteurs de la ligne Morice balayaient et éclairaient de leur faisceau lumineux la colonie de vacances pendant la nuit. Tandis qu'on entendait, dans le lointain, les coups de feu des armes automatiques entre membres de l'Armée de libération nationale algérienne qui essayaient d'entrer ou de sortir d'Algérie et les militaires français qui voulaient leur barrer la route.

 

J'avais, à cette époque, un ami qui faisait son service militaire dans cette région, du côté Algérie. De temps à autre, il allait se baigner à Port Say, en Algérie. Bien sûr, nous n'avons pu nous rencontrer pendant mon séjour à Saïdia. Nous étions séparés par une ligne de défense de fil de fer barbelé,.. et une guerre. Plus tard, je suis allé à Port Say (El Marsa, je crois) qui est une plage encore plus belle que Saïdia.

Au Maroc, du temps du protectorat, Guillaume s'était rangé du côté des Marocains contre la France. Lors de l'indépendance du Maroc, il a demandé la nationalité marocaine qui lui a été refusée parce qu'il était communiste.

Quand j'ai connu le couple, le Maroc avait retrouvé son indépendance et abritait une forte colonie algérienne et en particulier l'armée algérienne sous les ordres d'un certain colonel Boumedienne. A cette époque, Guillaume était à leurs côtés. Il avait mis ses compétences à leur service, sans que je connaisse son rôle exact. Mais lors de l'indépendance de l'Algérie, Guillaume, Simone et leurs deux enfants sont rentrés en Algérie et se sont installés rue Pasteur où ils ont bénéficié d'un "bien vacant" : ces appartements abandonnés par les pieds noirs lors de l'été 62, récupérés par les Algériens et attribués par le gouvernement sous le nom de "biens vacants".

C'est là que je les ai retrouvés, je ne sais plus comment, quand je suis arrivé en Algérie comme coopérant (de 1964 à 1972).

Guillaume était pharmacien à l'hôpital Mustapha d'Alger. Il a alors demandé sa naturalisation pour devenir algérien. Qui... lui a été accordée. Mais entre temps, il y a eu le coup d'Etat de Boumedienne et Guillaume, communiste était donc au PAGS (Parti de l'avant-garde socialiste, suite du Parti communiste algérien) et a été emprisonné à Lambèse. Lambèse, au sud de Constantine, a une imposante prison construite, du temps de la France, avec les pierres romaines. Il ne pouvait se plaindre !

J'étais alors à Constantine. Quand j'ai appris l'arrestation de Guillaume, pensant qu'en plus du choc, Simone devait avoir des problèmes matériels, j'ai envoyé de Constantine une petite somme par la poste à Simone. Peu courageux, de façon anonyme, avec l'espoir d'éviter tout problème policier. Ce qui a causé un problème à Simone. Mon mandat était envoyé à Simone ; or Simone et Guillaume n'étant pas mariés. Elle avait toujours son nom de jeune fille. Je ne sais si je le connaissais à ce moment là mais je n'avais pas du tout pensé à la question. Simone avec beaucoup de complications a réussi à toucher cet argent. Je l'ai appris plus tard.

Simone et Guillaume n'étaient pas mariés, non par volonté (comme nous. J'étais au PSU et , Guillaume me traitait, amicalement, de trotzkiste, de contre tout) mais par impossibilité. Si Simone était divorcée, Guillaume ne pouvait divorcer, le divorce n'existant pas en Espagne. Alors Guillaume s'est converti à l'islam qui permet la polygamie. Il a pu ainsi se marier avec Simone.

En Espagne, des amis ont déclaré qu'il avait disparu. Ce qui a permis à sa femme, espagnole, de se remarier. Disparu et bigame !  Quand j'en ai parlé plus tard à leurs enfants, ils semblaient l'avoir ou oublié ou ignoré ! Le mariage de Simone et Guillaume a eu lieu, après la sortie de prison de Guillaume.

Mais à sa sortie de prison, Guillaume n'a pas été repris comme pharmacien à l'hôpital Mustapha. Il a fallu qu'il attende quelque temps pour trouver du travail. Grâce à un ministre de gauche dont j'ai oublié le nom, il a été nommé à la SOALCO (Société algérienne de conserverie) pour mettre sur pied le contrôle sanitaire de la production...

Ses fonctions l'ont amené à voyager en Europe et il est même revenu en Espagne où, avec Simone, ils ont retrouvé sa première épouse et ainsi, il s'est promené bras dessus bras dessous avec ses deux femmes, légitimes. La première présentant la seconde à ses amis en disant :

  • C'est Guillaume et son épouse. Je l'ai supporté 3 ans, elle le supporte depuis 30 ans !

Simone était femme au foyer. Elle mettait ses talents de couturière au service de ses amies. Ayant deux enfants d'une vingtaine d'années, leur appartement était trés fréquenté par de jeunes coopérants et coopérantes qui utilisaient ses compétences de couturière.

Lors du tournage à Alger de "Z", elle a été embauchée comme couturière sur le film. Elle s'est bien entendue avec la couturière en titre, elle a ensuite été embauchée à plusieurs reprises sur le tournage de films en France ce qui a fortement augmenté les revenus du ménage, car elle devait gagner beaucoup plus que Guillaume. Elle a aussi travaillé sur d'autres films algériens dont les "Hors la loi".

Lors d'un de ses voyages en France, Simone est allée à une fête du journal Libération. A la sortie de la fête, Libération était en vente avec, en première page, une photo du visage hilare de Simone.

Je ne sais combien d'exemplaires de cette première page elle a reçu à Alger. Je ne suis pas sûr que cela ait fait un grand plaisir à Guillaume.

Chez les Vignote, il n'y avait pas que les coopérants qui défilaient. Malgré son séjour en prison, Guillaume était toujours en contact avec la gauche algérienne dont des membres ou anciens membres du PAGS, il était très ami avec Ali Zamoun, grande figure de la gauche algérienne et ils ont accueilli Kateb Yacine lors de ses pérégrinations nocturnes dans Alger...

Cette continuité avec le PAGS a valu à Guillaume une autre brève arrestation. Probablement un message pour lui dire qu'il devait se tenir tranquille, qu'il était sous surveillance.

Des films ont té tournés dans leur appartement et Simone a joué dans "Bab el oued city",  ce qui lui a valu une certaine notoriété.

Après le décès de Guillaume, Simone a vécu seule pendant quelque temps à Alger. Leurs deux enfants se sont mariés en France et vivaient en France mais Simone, comme Guillaume, se voulaient profondément algériens. Elle voulait donc rester à Alger. Faisait des aller-retour. Mais au bout de quelque temps, elle a été menacée par des jeunes de son immeuble qu'elle avait vu grandir. Menace sérieuse ou espoir de récupérer un appartement qui était vide une bonne partie de l'année ? Elle a dû se résoudre à quitter l'Algérie.

Elle a vécu pendant plusieurs années dans un foyer, touchant en tant que française, le RMI. Elle sortait beaucoup dans Paris, ne manquant aucune manifestation culturelle algérienne tant que son état de santé le lui a permis, fréquentant les amis qu'elle avait connus à Alger et qui maintenant se retrouvaient à Paris. Lors d'une cérémonie culturelle, elle a été présentée comme la "grande dame du cinéma algérien" ce qui la faisait bien rire !
Pour notre part, nous allions la voir toutes les semaines pour l'amener au restaurant. Et parler de... l'Algérie.
Jusqu'au jour où elle a du être hospitalisée...


NB : Quand on cherche Guillaume VIGNOTE sur Google, on ne trouve aucune référence. Pour Simone VIGNOTE, il y en a 73 ou 158, de peu d'intérêt. Presque toutes tournent autour de Bab el oued city. Un seul site est intéressant qui publie un long entretien avec Simone tiré d'un livre que je n'ai pas lu.

Vivre en Algérie: des françaises parlent : enquêtes 1989-1995 - Andrée Dore-Audibert, Annie Morzelle - 1997 - 221 pages



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