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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 15:34
ENFIN L'ALGERIE

Après l'émission de Claire Zalamansky ("Ma mère, pied-rouge en Algérie" dans le cadre de "Sur les docks" à France culture), après le livre de Catherine Simon "ALGERIE, LES ANNEES PIEDS-ROUGES DES REVES DE L'IDEPENDANCE AU DESENCHANTEMENT (1962-1969)" (LA DECOUVERTE), un colloque a eu lieu à l'Iremam à Aix en Provence sur "Le temps de la coopération au Maghreb" (1-2-3 octobre 2009), organisé par Jean-Robert HENRY  et Jean-Claude VATIN.
Avoir témoigné de ma petite expérience dans les 3
cas, (j'ai connu à Constantine la mère de Claire Zalamnsky qui était à Batna, J-R Henry et J-C Vatin à Alger) m'a amené à revoir les termes employés pour désigner ceux qui ont participé à ce moment, à leur rôle, à leurs motivations.

L'importance numérique, les motivations des personnes qui ont travaillé en Algérie pendant les années 60-70 ont beaucoup varié. C'est de façon un peu abusive que tous sont plus ou moins qualifiés de pieds-rouges. Les pieds-rouges étaient les plus engagés politiquement et les moins nombreux. Leur nombre varie beaucoup en fonction du degré d'engagement exigé pour entrer dans cette catégorie.

Voici une tentative de classification et de description forcément subjective.

- Dans la période qui précède l'indépendance, tout le monde n'a pas eu le même parcours. Certains militants se sont engagés dans l'aide au FLN ou ont déserté pour ne pas servir dans l'armée française pendant la guerre d'Algérie, d'autres étaient déjà en Algérie dans des organisations humanitaires comme la Cimade,
d'autres enfin ont seulement milité contre la guerre d'Algérie (ce qui a été mon cas).

- Immédiatement après le cessez le feu, en mars 1962, certains militants ont décidé, au moment où tous les cadres européens partaient, d'offrir leur compétence pour éviter l'effondrement technique et administratif de l'Algérie, le plus souvent pour de brèves périodes.

- D'autres, peut-être quelquefois les mêmes, ayant souvent apporté leur aide au FLN sont partis avec l'espoir de faire la révolution aux cotés des Algériens. Ce sont ces militants qu'il faut, à mes yeux, qualifier de pieds-rouges. C'est de cette histoire là que parle essentiellement le livre de Catherine Simon. Ils n'étaient pas, loin de là, les plus nombreux : quelques dizaines ? Quelques centaines ?
C'est en fonction de ce choix que Catherine Simon établit une cassure nette entre la période Ben Bella et la période Boumediene. Mais la majorité des Français qui travaillaient alors en Algérie est restée à son poste et n'a pas été inquiétée. Et certains pouvaient avoir des postes relativement importants.

- La grande majorité de ceux qui sont allés en Algérie après son Indépendance y sont allés simplement pour travailler, pour participer à la construction de l'Algérie nouvelle. Soit avec un statut local, c'est à dire avec un traitement algérien, soit dans le cadre de la Coopération française avec un traitement plus avantageux (Je suis parti en Algérie dans le cadre de la Coopération). Combien utilisaient la Coopération pour venir en Algérie, combien étaient envoyés par la Coopération ? Je ne saurais le dire. Ceux que j'ai connus, quel que soit leur statut se sentaient au service du peuple algérien. Et je n'ai jamais entendu parler d'interférence des autorités françaises à leur endroit.
Pour eux, le 19 juin 1965 n'a pas été une cassure. Anne est venue me rejoindre en septembre 1965 à Constantine, après le coup d'Etat de Boumedienne. L'administration française lui a demandé si elle maintenait sa candidature. Une femme seule (nous n'étions pas mariés) partant en Algérie dans cette situation... Et je ne l'ai pas dissuadée de venir.

Pour moi, nous n'étions pas des pieds rouges mais des pieds verts. Même si cela ne nous empêchait pas d'être au service d'une Algérie que nous voulions socialistes. Et nous participions à la construction d'un pays au milieu de multiples ambiguïtés, avec les contradictions que décrit Catherine Simon.
Pour ma part, je pensais aider à la mise en place d'une politique de santé publique à travers l'animation de l'équipe départementale de lutte contre le paludisme et les maladies infectieuses. Après deux ans à Constantine, je pensais rentrer en France pour faire la spécialité de pneumologie, la tuberculose était importante en Algérie, quand un directeur du ministère de la santé (Dr Benghezal) m'a proposé de la faire à Alger. En faisant ma spécialité, j'ai participé sur le terrain (Dispensaire antituberculeux d'El Harrach) et à la faculté avec le Professeur Chaulet et son équipe à l'élaboration et à la mise en pratique d'une politique ce lutte contre la tuberculose adaptée à l'Algérie.
En 1972, quand j'ai appris que, par suite d'une réorganisation administrative, j'allais être sous la tutelle d'un professeur qui avait un cabinet en ville, j'ai décidé de partir. Je ne pouvais servir d'alibi à un professeur qui disait une chose et en faisait une autre.
Le statut de la femme, mal ressenti par Anne a aussi contribué à ce départ. Sans elle, j'aurais alors accepté le statut de médecin chargé de la tuberculose dans un département saharien.

- Ensuite au fur et à mesure que la Guerre d'Algérie s'éloignait dans l'Histoire, que la coopération s'institutionnalisait, que se développait la possibilité de travailler en Algérie à la place du service militaire (VSNA), la motivation politique s'est peu à peu atténuée. Certains ont pu partir de France pour de multiples raisons, y compris financières, touristiques...
Un participant au colloque de l'Iremam a déclaré être parti après l'échec de mai 68 sans trop d'illusions sur le régime algérien.

Il ne faut pas oublier cependant que l'Algérie n'était plus française et qu'il y avait alors des compétences venues d'un peu partout dans le monde. Certains attirés par la situation politique, d'autres par l'argent, certains indépendants, d'autres envoyés par leur gouvernement, souvent d'un pays de l'Est. Les coopérants des pays de l'Est pouvaient être regroupés. Dans le département de Constantine, l'hôpital d'Aïn Beida fonctionnait, bien je le pense, avec une équipe de Vietnamiens qui avait sa politique. Il y avait aussi un nombre important de médecins bulgares qui, eux, avaient été dispersés dans les campagnes, à la demande du gouvernement algérien. Ils ont fait une excellent réputation à la médecine française. En effet, très spécialisés, formés pour travailler en équipe, ils ont été mis dans des postes isolés et faisaient ce qu'ils pouvaient. Et n'étaient guère aimés par les Algériens.

Les étrangers en Algérie étaient de toutes origines, travaillaient dans tous les secteurs. Une véritable "légion étrangère" aux motivations multiples. Du pied-rouge au mercenaire civil.
Je crois me souvenir, travaillant à la Direction départementale de la santé à Constantine d'avoir compté dans le département des médecins de 60 nationalités différentes !!!
Certains Algériens parlaient du "péril jaune" car le voitures des coopérants avaient des plaques jaunes.
Mais les Français étaient perçus de façon très favorable.

ANECDOTES (à suivre)
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Published by Paul ORIOL - dans Souvenirs
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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 21:34
Algérie mai 1966Le livre de Catherine Simon, "Algérie, les années pieds-rouges Des rêves de l'indépendance au désenchantement 1962-1969" vient de paraître à la Découverte. C'est, sans aucun doute, un excellent livre et un livre passionnant pour moi qui ai traversé cette période, en n'ayant qu'une conscience émoussée de ce qui se passaitEn partie par manque de formation politique probablement, bien que militant du Parti socialiste unifié (PSU), en partie à cause de l'aveuglement volontaire ou involontaire que décrit très bien Catherine Simon, aveuglement qui a touché aussi des militants plus aguerris.
Mais cette période a été aussi la période probablement la plus intéressante de ma vie professionnelle et militante. Je n'en regrette rien même si les choses n'ont pas évolué comme je l'aurais souhaité. C'est pour cet aspect qui apparaît seulement par quelques touches dans le livre de Catherine Simon qui se situe à un niveau plus politique, que je vais essayer de regrouper quelques souvenirs.

Pourquoi l'Algérie ?
J'ai commencé mes études en médecine avec le déclenchement de la guerre d'Algérie, je les ai finies avec l'arrêt de la guerre d'Algérie. Pendant toute cette période, les discussions pouvaient commencer par "il fait beau aujourd'hui", elles finissaient "pour ou contre la guerre d'Algérie". J'ai milité à l'UNEF qui s'est scindée sur la question. J'ai adhéré au PSU, 15 jours avant sa création, car il y avait des militants qui distribuaient des tracts au restaurant universitaire de la rue des Potiers et je leur avais promis d'adhérer après la fusion de l'Union de la gauche socialiste (UGS) et du Parti socialiste autonome (PSA). Ils m'ont pressé d'adhérer 15 jours avant cette fusion car ils voulaient renforcer l'UGS. C'était une vraie fusion, une fusion dynamique, c'est à dire l'addition des militants de plusieurs organisations. Depuis, les groupuscules auxquels j'ai adhéré ont inventé ce que j'appelle les mathématiques post-moderne où les fusions entraînent une diminution du nombre d'adhérents : 500 + 500 = 400.

Un facteur important de la naissance du PSU est la scission de la SFIO (Section française de l'internationale ouvrière, le PS de l'époque). Un nombre significatif de militants et de personnalités l'ont quittée parce qu'il ne supportaient plus la politique algérienne du gouvernement français, à majorité SFIO conduite par Guy Mollet. Ils ont alors fondé le PSA (Parti socialiste autonome). On peut dire que si certaines branches du PSU ont des racines profondes et lointaines, sa naissance doit beaucoup à la Guerre d'Algérie. Le PSU est donc né, notamment, contre la guerre d'Algérie mais, en plus, il a probablement été le premier à s'opposer à la guerre AVEC l'Algérie, c'est à dire à reconnaître l'Algérie avant sa (re)naissance ! Il n'est pas étonnant que dans le bouquin de Catherine Simon si, parmi les personnes interrogées (77), 17 disent avoir été membres d'un parti avant d'aller en Algérie, 7 font état de leur appartenance au PSU : par ailleurs, 7 se réclament des différentes branches du trotskisme, 3 du PCF (plus
2 de l'UEC et 1 des JC).

Quitte à être ridicule, je dois dire que depuis mon plus jeune âge, je voulais "partir" et partir en "Afrique". Que ce soit, suivant mon âge, aux "colonies", dans la "communauté" ou dans les pays devenus indépendants. Pourquoi ? Probablement le fruit d'une éducation chrétienne et de l'école républicaine, d'un besoin de justice... Je me souviens encore de l'image d'un livre de l'école primaire montrant Savorgnan de Brazza libérant des esclaves !!! Je pense qu'à la base de mon engagement quelle qu'en soit les sources, il y a le sentiment de l'absolu nécessité de combattre pour l'égalité et pour la liberté. Mais ce qui me fascinait, c'était l'Afrique noire... ce fut l'Algérie !

D'ABORD LA FRANCE
De gauche depuis toujours, sans aucune formation politique réelle, si ce n'est les discussions très animées avec mon père ou avec les copains, j'aurais adhéré à un parti chrétien si j'en avais connu un de gauche entre 15 et 20 ans. Mais ma première prise de parole publique a été, à Carcassonne, contre le MRP (Mouvement républicain populaire, démocrate chrétien) en faveur du Front républicain. Et c'est ce défaut de l'engagement à gauche qui m'a éloigné du christianisme.
J'aurais pu être à la SFIO mais son comportement en Algérie ne pouvait que m'en dissuader. J'ai eu une discussion houleuse avec le député de l'Aude, SFIO, Georges Guille qui justifiait l'expédition à Suez en comparant Nasser à Hitler...
Je n'étais pas attiré par le PC bien que suivant des cours de marxisme pendant mes études à Toulouse dans une arrière salle de bistrot. Mais je n'ai jamais reproché au PC d'avoir voté les pleins pouvoirs à Guy Mollet, chef du gouvernement, SFIO. Naïveté peut-être mais je pensais qu'ils étaient nécessaires à Guy Mollet s'il voulait réellement conduire une politique de gauche. Il s'en est servi pour faire une politique de droite !!! Guy Mollet m'a guéri définitivement de militer avec des socialistes qui ne l'ont jamais condamné. Et la politique de Mitterrand n'a pas été faite pour me faire changer d'idée !

J'ai donc milité contre la guerre. Mais je n'ai jamais fait de l'aide au FLN. Je me suis même opposé à ce que le PSU s'engage dans cette voie quand il en a été fortement question au sein des étudiants PSU de Toulouse. Je pensais que c'était une erreur d'engager le PSU en tant que parti. Qu'individuellement, cela était possible mais qu'en tant qu'organisation, le PSU ne pouvait le faire sans courir à sa dissolution. C'est probablement ce qui a fait que lorsque "Jeune Résistance" a été mise en place à Toulouse, je n'ai pas été sollicité.
Avec la guerre qui s'éternisait, la question cruciale était : que faire au moment de l'appel au service militaire. J'étais décidé à ne pas le faire. Qu'aurais-je fait si le cessez le feu n'était arrivé quelques mois avant mon incorporation ?  Bien entendu, je n'en sais rien. Mais je savais que je pouvais poser la question à Alexandre M. qui m'avait demandé une adresse sûre à Carcassonne pour servir de boite aux lettres au FLN.
Fort heureusement, pour l'Algérie, pour les appelés et pour moi même. Il y a eu le cessez le feu !

Pendant toute la guerre d'Algérie, nous avions beaucoup de difficultés à mobiliser. J'ai monté une liste de gauche pour la corpo de médecine et nous avons été élus sans problème. Nous étions la seule liste ! Quelques années plus tard, lorsqu'une liste de droite s'est présentée contre nous, nous avons été facilement balayés malgré le travail que nous avions fait.

Les étudiants en médecine avaient un sursis plus long que les autres étudiants. Quand les sursis ont été remis en question, les étudiants en médecine n'ont pas été touchés. Nous avons essayé de lancer un mouvement de solidarité avec les autres étudiants pour qu'ils puissent continuer leurs études et échapper, pour quelque temps à l'incorporation. Je ne pense pas avoir convaincu un seul étudiant quand j'ai pris la parole dans l'amphi.

Nous avons aussi essayé de mobiliser les mères d'appelés. La mère de Claude M. nous a répondu : "Ils peuvent le faire comme mon fils".
Tout ceci ne pouvait que me renforcer dans l'idée de quitter ce pays qui m'écoeurait profondément.

Ma thèse en poche, j'ai même essayé de partir par le canal de l'OMS. Je suis allé jusqu'à Genève pour voir si je pouvais me faire embaucher. On m'a dit que non. Ou alors au Ruanda. Et comme j'ai répondu : pourquoi pas ? Il s'est avéré que ce n'était pas possible. C'est probable pour de nombreuses raisons. Je n'avais pas encore fait le service militaire et je ne pensais qu'à partir. Définitivement.

Paradoxalement, je suis allé en Algérie, pour la première fois, pendant le service militaire après la proclamation de l'indépendance ! J'aurais pu y aller avant dans le cadre de l'Unef mais j'avais refusé d'envisager cette éventualité : aller dans l'Algérie en guerre avant son indépendance ! Par la suite, je l'ai un peu regretté car je n'avais aucun point de comparaison avec l'Algérie d'avant l'indépendance.

Pour beaucoup, être allé en Algérie comme militaire français après l'indépendance soulève l'incrédulité : "Après l'indépendance ?" Il faut se rendre compte qu'au moment du cessez le feu, il y avait des régiments entiers dans l'Algérie occupée. Que l'évacuation de ces régiments n'a pu se faire en un clin d'oeil. Que la structure des régiments devait être maintenue pour qu'ils puissent être rapatriés en bon ordre.

Lors de mon incorporation en janvier 1963, j'ai fait un séjour à Libourne où étaient regroupés tous les médecins appelés pour suivre une formation de médecine militaire avant l'affectation qui dépendait du classement. J'ai créé la surprise en demandant l'Algérie alors qu'il y avait encore quelques places en France. J'avais l'espoir, déjà, de faire de la coopération
dans le cadre du service militaire car on en parlait officiellement à l'époque. En réalité, j'ai passé mon séjour de 10 mois à Mostaganem dans une caserne. J'ai bien pris contact avec le Croissant rouge algérien mais sans suite. Et je ne sais pas comment aurait réagi le commandement s'il l'avait su.

Quelques petites anecdotes.
Arrivés à Alger, nous étions 4 médecins et j'ai pu choisir en premier mon affectation. Fort heureusement : il y avait 4 postes dont 3 dans la Légion ! Mon choix a semblé indigner le colonel qui nous recevait et qui, après mon choix, a tenu à nous dire qu'il était très fier d'être "première classe" de la Légion. Un camarade, martiniquais, qui avait fait ses études à Toulouse a eu un poste à la Légion : quand je l'ai revu après le service militaire, tout s'était bien passé pour lui.

Pendant notre bref séjour à Alger, nous sommes allés, à plusieurs, visiter la Casbah, en uniforme sans aucun problème si ce n'est des petits gosses qui nous suivaient en piaillant et qui étaient réprimandés par des adultes.

Au cours d'une balade, nous sommes montés à ND d'Afrique pour admirer un magnifique coucher de soleil. Et l'un des collègues de s'écrier : "Devant ce coucher de soleil, je comprends l'attachement des Pieds-noirs à ce pays". Et moi de répondre : "
Devant ce coucher de soleil, je comprends la volonté des Algériens d'être ici chez eux". La discussion n'est pas allée plus loin.

J'étais donc à Mostaganem pour le premier anniversaire de l'indépendance. Privilège d'officier, comme tout médecin j'étais aspirant, à cette époque, je logeais en ville à proximité de la caserne mais j'étais consigné à mon domicile. Voulant voir la manifestation, je suis descendu, en civil, j'ai demandé au policier qui était au coin de la rue s'il y avait danger pour un Français d'aller à la manifestation. Il a été très étonné de ma question. Et je suis allé me mêler à la foule. J'ai cru voir quelque étonnement dans les regards devant cet Européen inconnu.

C'est à Mostganem que j'ai vu pour la première fois "Octobre à Paris", film sur la sauvage répression de la manifestation des Algériens, le 17 octobre 1961, à Paris. J'étais en civil mais des appelés étaient venus le voir en militaire. Cela ne semble avoir posé aucun problème.

A l'époque des bruits circulaient que les Algériens tendaient des fils en travers de la route qui menait à la plage pour piéger les éventuels Pieds-noirs qui s'y rendaient. J'ai connu un pied noir à Mostaganem, un médecin radiologiste, assez âgé, qui se préparait à partir parce que, m'a-t-il dit, toutes ses connaissances étaient déjà parties. Il avait un revolver dont il voulait se débarrasser et que j'ai ramené à la caserne.

Notre régiment a été rapatrié en avril 1964 mais il y avait encore bien des militaires en Algérie, à Mers el Kebir, où j'étais allé avec une ambulance militaire, dans un aéroport aux environs d'Oran dont j'ai oublié le nom mais qui servait de relais, disait-on, pour aller en Afrique noire, au Sahara bien sûr. Le 15 août 1963, je suis allé en avion militaire à Colomb-Béchar, voir des collègues de Toulouse au prix d'une bouteille de wisky offerte à un adjudant...

Je me souviens d'une note du médecin chef du service médical militaire de toutes les troupes française en Algérie qui disait, partant à la retraite, que "les médecins étaient les seuls à servir à la fois leur pays et l'humanité" . Si c'est lui qui le dit, ai-je fait remarquer au médecin capitaine.

La présence militaire française a continué bien après le départ du régiment de Mostaganem notamment au Sahara pour les essais nucléaires et même à Alger où le drapeau de l'Amirauté a été ramené bien plus tard alors que j'étais de nouveau en Algérie mais cette fois comme coopérant civil.

LE MAROC ENSUITE
En réalité, avant d'aller en Algérie, je suis allé au Maroc. Par un copain, étudiant en médecine, nous avons demandé au professeur R. de nous envoyer au Maroc comme infirmier dans une colonie de vacances marocaine. Finalement, je suis le seul à être parti.

Première traversée en bateau Marseille-Casablanca. Avec un bateau qui n'était pas très grand, sur lequel voyageaient une quarantaine d'étudiants qui allaient ensemble au Maroc. Ils ont envahi le bateau, ont fraternisé avec l'équipage, piloté, pris des douches au tuyau d'arrosage, bu le pastis et poussé la chansonnette avec les matelots corses !

Il fallait que je passe au ministère pour mon affectation. J'ai été ébloui par l'avenue principale de Rabat. J'ai été envoyé à Saïdia, sur la côte méditerranéenne, au nord d'Oujda, à la frontière algérienne. C'était une colonie essentiellement sous toiles de tentes, au bord de la mer où j'ai passé l'été. C'est là que j'ai fait connaissance de Simone, Guillaume et leurs enfants (1). Ils étaient les seuls européens avec lesquels j'étais en contact et par eux, épisodiquement, avec quelques autres.

De ce séjour, je ne conserve que quelques anecdotes. Une chose qui m'a frappée, c'est l'antisémitisme de gens de gauche.  Chose impensable pour moi. Je me souviens de cette réflexion : "Nous avons su que le Maroc allait retrouver son indépendance, le jour où nous avons vu les Juifs manifester avec les Arabes".
J'étais en contact permanent avec l'encadrement de la colonie. Je dois dire que j'ai peu participé aux discussions car tout se déroulait en arabe et que je n'en comprenais pas un mot. J'ai cependant eu quelques discussions. Un des moniteurs ne parlait que de sport. La seule fois où il 'a parlé de politique ce fut pour me faire part de sa joie de la mort de Dag Hammarskjoeld parce qu'il était pour les juifs.

Parmi les enfants de la colonie de vacances, il y avait beaucoup de petits blonds ce qui m'avait beaucoup étonné. Il devait y avoir une trentaine de Mohamed ben Mohamed ! Comment s'y reconnaître ? Depuis l'état civil a été réorganisé. Une bonne partie des enfants étaient des réfugiés algériens.

Lors de mon retour de Saïdia à Rabat et Casablanca, j'en ai profité pour visiter Azrou, Ifrane et Fès grâce à un moniteur de la colonie. D'Azrou, jai ramené un plat et un marteau en olivier pour casser des noix qui est encore à Carcassonne et de Fès un sac en cuir pour ma mère que l'ami qui m'accompagnait a longuement marchandé, pour le plaisir, m'interdisant de me mêler de cette négociation complice.

En passant, nous sommes allés rendre visite à des cousins éloignés qui, après avoir quitté la Syrie, étaient installés à Meknès. Le cousin était maître bottier. Stupéfaction pendant le repas, mon ami marocain et mes "cousins" s'entendaient comme larrons pour faire de l'antisémitisme !!
  Quand je pense que lors d'un passage à Carcassonne, la "cousine" nous avait soutenu que les "arabes n'étaient pas comme nous, que d'ailleurs elle le savait bien elle qui en avait soigné et que leur sang n'avait pas la même couleur que le nôtre !!!".

Cela me rappelait une autre discussion à la maison entre des membres de ma famille et des Maliens qui étaient en math-élem avec moi et que j'avais invités. Tout le monde faisait assaut devant eux d'antiracisme. Je n'y ai pas tenu et je suis sorti pour aller donner des coups de pied dans la porte du jardin !

De Rabat, je suis rentré en Caravelle, premier voyage en avion ! et j'ai pu voir le détroit de Gibraltar, un avion militaire qui nous a suivis un moment et les parcelles minuscules de la campagne !

ENFIN, L'ALGERIE



1 - Voir "la vie extraordinaire de personnes ordinaires" -1.


                                  






 
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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 09:36
2 - Paulette C., Charles C. et André R..

Charles C.
J'ai fait ma spécialité de pneumologie à Alger avec Charles  qui faisait partie des "jeunes", puisqu'il était de la promotion suivante.
En réalité, quand je l'ai connu, Charles avait déjà une longue carrière, mouvementée derrière lui. Déjà médecin en1940, nationaliste, il n'accepte pas la défaite et décide de passer en Espagne. Entré nationaliste dans les geôles espagnoles de Figueras, il en ressort communiste et après avoir rejoint Londres, se retrouve médecin dans les sous marins, je crois !
A la libération, il sera médecin des houillères du Nord. Suite à un accident vasculaire cérébral qui ne lui laisse aucune séquelle, il lui est conseillé de ralentir un peu ses activités, ce qui le conduit à prendre un poste en Algérie, à Médéa, en coopération.

André R.
Dans le cadre de ses fonctions, il rencontre André R. Encore une figure ! André R. était alors médecin expert de l'OMS. Il a lancé en Algérie la Superamine
à base, essentiellement, de produits locaux (farine de lentilles et de pois chiches décortiqués notamment) qui était un aliment dit "de sevrage" que l'on donne pour remplacer ou compléter l'allaitement maternel. Aliment complet, réalisé à partir de la production locale, la Superamine était destiné à se substituer aux produits importés, chers, mal adaptés à la situation des familles algériennes. Malgré ses qualités, la Superamine a rencontré quelques difficultés à s'imposer à cause d'une présentation qui n'était pas suffisamment attractive par rapport aux produits importés, à cause de son image de produit local, ersatz des produits occidentaux.
André avait fait Santé navale et avait été le médecin de Malraux pendant la guerre, brigade Alsace-Lorraine, sur lequel il racontait quelques histoires pittoresques.
Après avoir été médecin en Afrique,
création/fondation de l'ORANA à Dakar (Office régional pour l'alimentation et la nutrition africaine). médecin  général, il était devenu expert en nutrition pour l'OMS. C'est dans ce cade qu'il voyageait en Algérie et que nous l'avons connu à Constantine et Charles à Médéa.
André était donc de passage à Médéa et Charles l'invite chez lui. Surprise dés que André voit  Paulette, l'épouse de Charles : "Mais je te connais !"

Paulette C.
Effectivement, André et Paulette s'étaient connus à Marseille pendant la guerre. A cette époque, Paulette était assistante sociale et dans le cadre de ses activités, professionnelles et militantes, rendait visite aux détenus, notamment aux résistants.
Lors d'un de ces contacts avec un officier allemand, dans le cadre de ses activités, celui-ci l'interpelle :
- Je sais ce que vous faites. Je voudrais vous voir après le service à tel endroit.
Après concertation avec les camarades de la Résistance, elle décide de se rendre au rendez-vous. L'officier allemand lui propose un marché. L'exfiltrer en échange du plan de répartition des mines de la ville de Marseille. Et le marché a été conclu.
C'est l'histoire qui m'a le plus frappé parmi celles que nous a racontées Paulette qui était aussi agent de transmission de la résistance. Jeune femme à cette époque, cela lui a permis, avec un sourire comme ausweis,  de passer sans difficultés des barrages.
Mais tout n'a pas été toujours drôle et elle souffrait d'insomnies et de claustrophobie depuis qu'elle avait été prise sous un bombardement où elle avait failli rester.
Je ne sais comment elle avait rencontré Charles. Toujours est-il qu'après avoir été mariée avec un officier, je crois apparenté à la famille de de Gaulle, elle s'en était séparée et était mariée avec Charles.
Tous deux militaient au PC. Elle racontait le nombre de fois où elle avait été convoquée par la police et inquiétée pour des articles qui étaient publiés sous son nom mais rédigés par des camarades du PC. Elle découvrait ces articles au Commissariat !
Tous deux, fidèle au PC, avaient une grande nostalgie de Paul Vaillant-Couturier qui aurait, pensaient-ils, empêché les errements du PC...
Bien entendu, c'est en Algérie que nous l'avons rencontrée où elle avait réussi à se faire de nombreux amis malgré un franc parler qui a du traumatiser plus d'une oreille algérienne notamment sur la condition de la femme.
Charles et Paulette sont rentrés en France au moment de la retraite de Charles.
Un jour, Paulette présente des symptômes qui font penser à Charles qu'elle avait un cancer. Il l'a fait examiner par une autorité médicale. A la fin du bilan, Paulette se trouve face au professeur :
- Alors, c'en est un ?
- Euh, je crois que...
-C'en est un ou non ?
- C'en est un.
- Opérable ou non opérable ?
- Opérable.
- Vous l'opérez quand ?
Ce fut l'histoire de son premier cancer qui s'est relativement bien terminée.
Relativement car, quelques années plus tard de nouveaux symptômes font penser à une métastase.
Même scénario. Même comportement. Même conclusion.
Paulette passera même à la télévision lors d'une émission pour dire qu'on pouvait survivre même à deux cancers.
Elle succombera au troisième.

En écrivant ces quelques mots. Je me rends compte de leur sécheresse. De la bêtise de ne pas avoir posé de questions, de ne pas avoir relevé au jour le jour les anecdotes racontées par les uns ou les autres. Qui aujourd'hui sont cachées dans une mémoire défaillante.


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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 15:56
3 - APO, "LA DOUCE TYRANE" ET LES AUTRES
J'ai aussi connu Apo en Algérie. Il faisait partie d'un groupe de révolutionnaires brésiliens échangés contre un ambassadeur.Je ne sais plus lequel car il y a eu, dans la même période, trois échanges entre les ambassadeurs d'Allemagne, de Suisse et des Etats-Unis, je crois, et un certain nombre de détenus politiques au Brésil, la plus importante a concerné 40 détenus.
Après un passage par Cuba, certains d'entre eux se sont retrouvés en Algérie et nous en avons connu plusieurs. Parmi ceux que j'ai connus, l'histoire la plus "extraordinaire" est celle d'Apo.
Apo était à l'école des officiers du Brésil quand a eu lieu une tentative de putsch de gauche. Apo s'est retrouvé exclu de l'Académie militaire mais comme un officier même "félon" ne pouvait être réduit à la mendicité, l'Etat a alloué à sa soeur une pension de "veuve de guerre" qui a permis à Apo de poursuivre, rémunéré par l'Etat, la carrière d'une vie de "révolutionnaire professionnel".
Apo était membre du parti communiste brésilien. Ses options politiques l'ont conduit à mettre les compétences acquises à l'Académie militaire au service du gouvernement espagnol, lors de la guerre civile. Qu'il a perdue, bien entendu.
Il s'est retrouvé ensuite dans les maquis français du Sud-ouest, "libérateur d'Albi et de Carmaux". C'est à cette occasion qu'il a rencontré une Française, Renée, Marseillaise, qu'il appelait sa "douce tyrane".
Rentré en famille au Brésil, avec au moins un enfant, il a repris ses activités militantes au PCB. Mais sous la dictature, ayant trouvé que le PCB n'était pas assez à gauche, il a fondé le PCB-R (révolutionnaire) qui est entré dans la lutte armée.
Apo était un homme étonnant. Bel homme, aux temps grises, à la voix douce, d'une courtoisie qui faisait penser à un gentleman "vieille France". D'après ses camarades, par ses discours, il arrivait même à séduire les gardiens de prison. En tout cas, il était très loin de l'image du communiste au couteau entre les dents. Je me souviens d'une rencontre devant la poste d'Alger où j'ai subi un "abraço" chaleureux qui m'a secoué pendant plusieurs minutes. Et d'un optimisme à toute épreuve. "Oriol, des lunettes vertes, il faut mettre des lunettes vertes".
Mais je vais trop vite. Comme beaucoup de ses camarades de clandestinité, Apo a été arrêté. Il n'a retrouvé sa liberté qu'en échange d'un ambassadeur. Arrivé à Alger, il a fait fonctionner le réseau des anciens résistants, il était, je crois, colonel des FTP,  et a pu revenir en France. Où il a reconstitué le réseau du PCB-R notamment avec d'autres "échangés" comme lui.
Quand nous sommes revenus d'Algérie, en 1972, nous avons acheté un appartement à Belleville (Paris) et le jour où nous nous sommes installés un couple de ses camarades que nous avions connus à Alger, nous attendaient assis devant la porte, au septième étage ! A l'étonnement des voisins qui leur ont demandé s'ils avaient l'intention de rester là longtemps !
Ils ont séjourné quelque temps chez nous puis l'appartement a servi de lieu de réunion. Quand nous rentrions, ils étaient installés dans la salle de séjour, assis sur le tapis du Djebel Amour, et  nous traversions la salle de séjour en ne voyant personne.
Plus tard, quand nous sommes allés au Brésil, nous avons rencontré certains de ces militants qui nous connaissaient pour nous avoir vu traverser la "salle de réunion" mais que nous ne connaissions pas.
Parmi les militants du PCB-R libérés, lors d'un autre échange, il y avait un fils d'Apo et de Renée. Ses activités militantes l'ont conduit au Chili où séjournaient beaucoup de révolutionnaires sud-américains du temps d'Allende. Nous l'avons rencontré quand nous y sommes allés lors de l'été 1972. Il y était encore en septembre 1973, lors du coup d'Etat de Pinochet et s'est retrouvé au Stade. Dont il est sorti en affirmant qu'il était français, ce qui était exact, français de sang par sa mère la "douce tyrane". Mais pour prouver sa nationalité, il a dû chanter la Marseillais sous les coups de crosses de militaires et les autorités diplomatiques françaises l'ont alors récupéré. Il est revenu rejoindre la cellule PCB-R de Paris. A Paris, il était donc français, il a été appelé pour faire le service militaire dont il s'est fait dispenser pour des raisons médicales : "claustrophobie", "intolérance à l'uniforme" à la suite des mauvais traitements subis pendant ses incarcérations.
Quand le retour au Brésil a été possible, tous sont repartis et beaucoup ont rejoint le PT. De telle sorte que, quelques années plus tard, quand ils nous ont invité au Brésil, nous avons pu bénéficier des "hôtels PT", c'est-à-dire faire le tour du Brésil en logeant chaque fois chez des camarades du PT que nous avions connus ou qui nous avaient connus à Alger ou à Paris.
Apo avait la carte  n°1 du PT, il a continué d'y militer jusqu'au bout. Il en était une personnalité emblématique. Lula lui a rendu hommage.

NB :
1) Une émission de télévision au moins a raconté une partie de la vie d'Apo, dans la résistance.
2) Apo a  publié un livre en portugais : "Vale a pena  sonhar"
Carvalho Apolonio De, Editeur : Rocco - Date : 1997
3)
Une biographie d'Apo et de Renée, plus complète et moins anecdotique peut être consultée sur : http://rioscope.com.br/?p=1005&lang_pref=fr
4) Sur Google 142 pages en français sont consacrées à Apo.
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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 04:55
L'Histoire est faite de multiples histoires méconnues.
En voici quelques unes. Qu'il faudrait raconter avec des talents de romancier que je n'ai pas. A partir de notes accumulées durant la vie que je n'ai pas prises. Il n'empêche. Je vais relater là, dans ce que j'en ai connu, la vie de quelques personnes que j'ai rencontrées avec une sécheresse notariale du langage. Je regrette, aujourd'hui, de ne pas les avoir interrogées. Il ne s'agira donc que de bribes de vie. Que ces quelques lignes me permettront de revivre. Même si je ne suis pas capable de les faire partager au lecteur éventuel.
Ces vies sont exceptionnelles. Mais elles ne sont probablement pas plus exceptionnelles que celles de multiples inconnus, croisés ou non. Anonymes ou discrets.
J'ai connu ces personnes, essentiellement en Algérie dans les années 60. Alger était alors un foyer en ébullition. Il s'y trouvait une "légion étrangère" de la Révolution. Je n'ai pas été un acteur de ce milieu, je ne l'ai fréquenté que marginalement. Si ceux qui l'ont réellement fréquenté prenaient la plume, des volumes pourraient être écrits. Mais pour beaucoup, il ne s'agissait pas d'écrire mais de faire. Même si tous ne faisaient pas.
Pour parler de ces vies, je n'ai aucun mandat. Aucune connaissance historique pour les replacer dans leur contexte. Aucune note. Je n'ai fait aucune recherche. Seulement le souvenir d'anecdotes, de conversations avec les uns ou les autres et une mémoire incertaine.
1 - Guillaume et Simone VIGNOTE
Guillaume était pharmacien en Espagne au moment de la guerre civile à laquelle il a participé dans les rangs socialistes. Au cours de laquelle, il n'a pas hésité (c'est lui qui me l'a dit) à envoyer à la mort un membre de sa famille qui n'était pas du bon côté.
Bien entendu, comme l'ensemble de la gauche, il a perdu cette guerre et s'est retrouvé en Algérie. Il a alors été envoyé casser des cailloux sur le Méditerranée-Niger, ligne de chemin de fer qui s'est perdue quelque part dans les sables du sud de l'Algérie. A la Libération, il a demandé la nationalité française qui lui a été refusée. Il était devenu communiste !
En Algérie, il a rencontré Simone. Elle s'était mariée à 17 ans pour fuir le milieu familial. Guillaume et Simone avaient chacun, de leur premier mariage, un fils. Celui de Guillaume est devenu médecin, je l'ai rencontré une fois à Oujda.
Car pour des raisons que j'ignore, Guillaume et Simone ont quitté l'Algérie pour s'installer à Oujda. C'est là où je les ai rencontrés pour la première fois. Plus exactement à Saïdia. Par piston, je m'étais fait engager comme infirmier dans une colonie de vacances. C'était pour moi, le premier pas d'un rêve : aller en Afrique.
Guillaume et Simone vivaient à Oujda. Guillaume était pharmacien à l'hôpital. Ils ont eu deux enfants qui étaient à la colonie de vacances et eux logaient en ville.

Cette colonie de vacances, sous toile de tente, était au bord d'une plage magnifique. Et peu éloignée de la frontière algéro-marocaine au point que les projecteurs de la ligne Morice balayaient et éclairaient de leur faisceau lumineux la colonie de vacances pendant la nuit. Tandis qu'on entendait, dans le lointain, les coups de feu des armes automatiques entre membres de l'Armée de libération nationale algérienne qui essayaient d'entrer ou de sortir d'Algérie et les militaires français qui voulaient leur barrer la route.

 

J'avais, à cette époque, un ami qui faisait son service militaire dans cette région, du côté Algérie. De temps à autre, il allait se baigner à Port Say, en Algérie. Bien sûr, nous n'avons pu nous rencontrer pendant mon séjour à Saïdia. Nous étions séparés par une ligne de défense de fil de fer barbelé,.. et une guerre. Plus tard, je suis allé à Port Say (El Marsa, je crois) qui est une plage encore plus belle que Saïdia.

Au Maroc, du temps du protectorat, Guillaume s'était rangé du côté des Marocains contre la France. Lors de l'indépendance du Maroc, il a demandé la nationalité marocaine qui lui a été refusée parce qu'il était communiste.

Quand j'ai connu le couple, le Maroc avait retrouvé son indépendance et abritait une forte colonie algérienne et en particulier l'armée algérienne sous les ordres d'un certain colonel Boumedienne. A cette époque, Guillaume était à leurs côtés. Il avait mis ses compétences à leur service, sans que je connaisse son rôle exact. Mais lors de l'indépendance de l'Algérie, Guillaume, Simone et leurs deux enfants sont rentrés en Algérie et se sont installés rue Pasteur où ils ont bénéficié d'un "bien vacant" : ces appartements abandonnés par les pieds noirs lors de l'été 62, récupérés par les Algériens et attribués par le gouvernement sous le nom de "biens vacants".

C'est là que je les ai retrouvés, je ne sais plus comment, quand je suis arrivé en Algérie comme coopérant (de 1964 à 1972).

Guillaume était pharmacien à l'hôpital Mustapha d'Alger. Il a alors demandé sa naturalisation pour devenir algérien. Qui... lui a été accordée. Mais entre temps, il y a eu le coup d'Etat de Boumedienne et Guillaume, communiste était donc au PAGS (Parti de l'avant-garde socialiste, suite du Parti communiste algérien) et a été emprisonné à Lambèse. Lambèse, au sud de Constantine, a une imposante prison construite, du temps de la France, avec les pierres romaines. Il ne pouvait se plaindre !

J'étais alors à Constantine. Quand j'ai appris l'arrestation de Guillaume, pensant qu'en plus du choc, Simone devait avoir des problèmes matériels, j'ai envoyé de Constantine une petite somme par la poste à Simone. Peu courageux, de façon anonyme, avec l'espoir d'éviter tout problème policier. Ce qui a causé un problème à Simone. Mon mandat était envoyé à Simone ; or Simone et Guillaume n'étant pas mariés. Elle avait toujours son nom de jeune fille. Je ne sais si je le connaissais à ce moment là mais je n'avais pas du tout pensé à la question. Simone avec beaucoup de complications a réussi à toucher cet argent. Je l'ai appris plus tard.

Simone et Guillaume n'étaient pas mariés, non par volonté (comme nous. J'étais au PSU et , Guillaume me traitait, amicalement, de trotzkiste, de contre tout) mais par impossibilité. Si Simone était divorcée, Guillaume ne pouvait divorcer, le divorce n'existant pas en Espagne. Alors Guillaume s'est converti à l'islam qui permet la polygamie. Il a pu ainsi se marier avec Simone.

En Espagne, des amis ont déclaré qu'il avait disparu. Ce qui a permis à sa femme, espagnole, de se remarier. Disparu et bigame !  Quand j'en ai parlé plus tard à leurs enfants, ils semblaient l'avoir ou oublié ou ignoré ! Le mariage de Simone et Guillaume a eu lieu, après la sortie de prison de Guillaume.

Mais à sa sortie de prison, Guillaume n'a pas été repris comme pharmacien à l'hôpital Mustapha. Il a fallu qu'il attende quelque temps pour trouver du travail. Grâce à un ministre de gauche dont j'ai oublié le nom, il a été nommé à la SOALCO (Société algérienne de conserverie) pour mettre sur pied le contrôle sanitaire de la production...

Ses fonctions l'ont amené à voyager en Europe et il est même revenu en Espagne où, avec Simone, ils ont retrouvé sa première épouse et ainsi, il s'est promené bras dessus bras dessous avec ses deux femmes, légitimes. La première présentant la seconde à ses amis en disant :

  • C'est Guillaume et son épouse. Je l'ai supporté 3 ans, elle le supporte depuis 30 ans !

Simone était femme au foyer. Elle mettait ses talents de couturière au service de ses amies. Ayant deux enfants d'une vingtaine d'années, leur appartement était trés fréquenté par de jeunes coopérants et coopérantes qui utilisaient ses compétences de couturière.

Lors du tournage à Alger de "Z", elle a été embauchée comme couturière sur le film. Elle s'est bien entendue avec la couturière en titre, elle a ensuite été embauchée à plusieurs reprises sur le tournage de films en France ce qui a fortement augmenté les revenus du ménage, car elle devait gagner beaucoup plus que Guillaume. Elle a aussi travaillé sur d'autres films algériens dont les "Hors la loi".

Lors d'un de ses voyages en France, Simone est allée à une fête du journal Libération. A la sortie de la fête, Libération était en vente avec, en première page, une photo du visage hilare de Simone.

Je ne sais combien d'exemplaires de cette première page elle a reçu à Alger. Je ne suis pas sûr que cela ait fait un grand plaisir à Guillaume.

Chez les Vignote, il n'y avait pas que les coopérants qui défilaient. Malgré son séjour en prison, Guillaume était toujours en contact avec la gauche algérienne dont des membres ou anciens membres du PAGS, il était très ami avec Ali Zamoun, grande figure de la gauche algérienne et ils ont accueilli Kateb Yacine lors de ses pérégrinations nocturnes dans Alger...

Cette continuité avec le PAGS a valu à Guillaume une autre brève arrestation. Probablement un message pour lui dire qu'il devait se tenir tranquille, qu'il était sous surveillance.

Des films ont té tournés dans leur appartement et Simone a joué dans "Bab el oued city",  ce qui lui a valu une certaine notoriété.

Après le décès de Guillaume, Simone a vécu seule pendant quelque temps à Alger. Leurs deux enfants se sont mariés en France et vivaient en France mais Simone, comme Guillaume, se voulaient profondément algériens. Elle voulait donc rester à Alger. Faisait des aller-retour. Mais au bout de quelque temps, elle a été menacée par des jeunes de son immeuble qu'elle avait vu grandir. Menace sérieuse ou espoir de récupérer un appartement qui était vide une bonne partie de l'année ? Elle a dû se résoudre à quitter l'Algérie.

Elle a vécu pendant plusieurs années dans un foyer, touchant en tant que française, le RMI. Elle sortait beaucoup dans Paris, ne manquant aucune manifestation culturelle algérienne tant que son état de santé le lui a permis, fréquentant les amis qu'elle avait connus à Alger et qui maintenant se retrouvaient à Paris. Lors d'une cérémonie culturelle, elle a été présentée comme la "grande dame du cinéma algérien" ce qui la faisait bien rire !
Pour notre part, nous allions la voir toutes les semaines pour l'amener au restaurant. Et parler de... l'Algérie.
Jusqu'au jour où elle a du être hospitalisée...


NB : Quand on cherche Guillaume VIGNOTE sur Google, on ne trouve aucune référence. Pour Simone VIGNOTE, il y en a 73 ou 158, de peu d'intérêt. Presque toutes tournent autour de Bab el oued city. Un seul site est intéressant qui publie un long entretien avec Simone tiré d'un livre que je n'ai pas lu.

Vivre en Algérie: des françaises parlent : enquêtes 1989-1995 - Andrée Dore-Audibert, Annie Morzelle - 1997 - 221 pages



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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 10:50
"Vingt ans après", la question du "voile islamique" est à nouveau dans l'actualité. Sauf qu'il ne s'agit plus de ce qui n'était que le foulard islamique que certains voulaient comparer au foulard de nos grandes mères. Il s'agit, cette fois, de différentes variantes du voile intégral.
Vingt ans plus tard, le même argument revient. C'est un phénomène marginal. La police est même capable de nous dire que cela ne concerne que 367 femmes dont 25% de "converties". Et il est inutile de légiférer pour un nombre aussi réstreint de personnes comme il était inutile de légiférer pour quelques foulards à l'école. Bien entendu, il sera ensuite impossible de légiférer quand cela touchera des dizaines de milliers de personnes parce que cette extension rendra l'application d'une loi éventuelle impossible.

Il semble que la loi sur le foulard à l'école a limité son extension. Resterait à apprécier à quel prix. Peu d'informations paraissent dans la presse sur ces deux questions.

Un important reproche fait à la loi sur le foulard à l'école était de conduire à l'exclusion des jeunes filles qui refusaient de le retirer. Mais ceux qui trouvaient cette sanction trop lourde pour une telle raison, se dérobaient pour fixer une limite qui entrainerait l'exclusion : refus de faire de l'éducation physique ? de la musique ? de suivre les cours de sciences naturelles ou d'éducation sexuelle ? de commenter des textes de Voltaire ? Point de réponses. Ceux qui refusaient les jeunes filles à foulard, étaient les mauvais. Les autres avaient bonne conscience mais refusaient de dire où ils situaient la barrière. Le port du foulard est ostentatoire. Le refus du programme est discret. Et ces questions ont été et restent voilées par le foulard.

Bien que soutenant que le port du foulard était une décision personnelle, volontaire, des jeunes filles, certains n'hésitaient pas à parler, en même temps, de double peine : le foulard et l'exclusion !

L'argument du port volontaire est, à nouveau, avancé aujourd'hui pour le voile intégral. Il ne fait pas de doute que c'est volontairement qu'un certain nombre de jeunes filles ou jeunes femmes portent le foulard ou le voile intégral quelle qu'en soit la raison. Et cet argument sert beaucoup car seules peuvent s'exprimer publiquement celles qui le portent volontairement. Croit-on qu'une jeune fille ou jeune femme qui serait contrainte par ses parents, par ses frères, par son époux ou par le climat de son quartier, à porter le foulard ou le voile viendra le dire à la télévision ?

Une amie italienne a fait un bouquin en interrogeant une vingtaine de jeunes filles porteuses du foulard. Elle a recruté ces jeunes filles dans l'entourage des deux soeurs par lesquelles la question a été mise sur la place publique en 1989. Avec un tel recrutement, elle ne pouvait avoir qu'une seule musique qui a parfaitement renforcé sa conviction. Mais il suffit de se promener en banlieue pour voir des enfants de 6 ou 7 ans se promener avec le foulard. Il ne fait pas de doute que ces petites filles le font volontairement. Que leurs parents n'y sont pour rien... et qu'il faudrait donc respecter leur volonté quand elles arriveront à l'école.

L'argument du respect des cultures d'origine peut être invoqué. Mais toutes les particularités culturelles ne sont pas également respectables. D'autre part, les familles musulmanes de France viennent, essentiellement, du Maghreb ou différents voiles existent et si le foulard a pu y arriver, il n'était pas traditionnel. Et le foulard, au Maghreb, peut apparaître comme une évolution favorable si c'est un compromis entre les voiles existants et l'absence de voile. C'est évidemment un recul, si cela conduit à l'obligation du foulard pour celles qui allaient jusque là tête nue, les autres conservant les différentes formes de voile traditionnel.

Le voile intégral, tel qu'il est apparu en France, ne vient pas de la culture maghrébine. Il vient du Proche et du Moyen Orient, peut-être par un détour au Royaume-Uni et probablement aucune mère de celles qui le portent aujourd'hui ne l'a porté. Encore moins, quand il s'agit de converties !

En réalité, le voile, quelle que soit sa forme, est un marqueur d'identité affirmée. Si le degré de pratique religieuse des musulmans de France semble peu éloigné de celui des autres religions, si le pourcentage d'intégriste n'est guère plus élevé, la situation n'est pas la même d'une religion à l'autre. Pour des raisons de politique internationale et de politique interne. Au niveau international, du fait de la question palestinienne mais pas seulement, le monde musulman est souvent en opposition avec l'Occident. Certains, en France, sont allés se ressourcer au Pakistan ou ailleurs. Ils en ont rapporté le voile pour leurs femmes (épouse,  soeur...).
Du fait de la situation sociale en France (racisme, chômage, assignation à résidence dans certains quartiers), certains peuvent penser, justement, qu'ils ne sont pas considérés comme des citoyens comme les autres. Et comme ce qui a servi de liant à d'autres époques, église, syndicat, parti, s'est consérablement affaibli, la tentation est forte de se retrouver ensemble dans des mouvements, des manifestaions, des apparences qui permettent d'être, de s'affirmer même si ce n'est pas toujours ce qu'on est vraiment.

L'islam cherche à se faire une place dans la société et c'est parfaitement logique. Même si ses revendications ne sont ni toujours musulmanes, ni toujours acceptables. C'est à la société, tout entière, de trouver le compromis. En démocratie, il est légitime d'avancer des revendications, y compris des revendications qui peuvent paraître inacceptables. Il est tout aussi légitime que la société, tout entière, dise, à un certain moment, où se situe le point d'équilibre. Ce ne peut être que le fruit d'un compromis.

Le rôle de la société, de l'école avant tout, est de favoriser l'émancipation des enfants, des jeunes, de leur permettre, au maximum, de réaliser leurs potentialités, de les arracher au maximum de conditionnements pour qu"ils puissent choisir leur propre voie. C'est en ce sens que joue la loi sur le foulard à l'école. Même si, pour un certain nombre de jeunes filles, l'exclusion est très grave. Mais en leur assurant et l'obligation scolaire et l'existence d'un milieu protégé, celles qui ne veulent pas du foulard se trouvent soutenues, légitimées par une autorité extérieure et supérieure à la famille, à l'entourage... Devenue adulte, chacune pourra alors choisir le type de vêtement qu'elle veut porter.
Mais il ne faut pas oublier que l'école seule, la seule loi sur le foulard ne changent pas les conditions générales de la société. Qu'il faudrait faire beaucoup plus pour que le foulard ne soit pas le moyen le plus commode d'affirmer une différence qui n'est quelquefois recherchée que faute de mieux. De ce point de vue, il serait intéressant de relire le rapport Stasi pour relever toutes les suggestions qui ont été oubliées.

Quand on parle de laïcité, il faudrait aussi permettre que chacun puise pratiquer sa religion correctement. Si s'opposer au foulard des jeunes peut être considéré comme une forme de laïcité, empêcher la construction de mosquées est une atteinte à la laïcité.

Bien entendu, l'école doit aussi former les jeunes à se défendre contre d'autres contraintes... Que cette formation à la citoyenneté soit insuffisante sur certains points ne justifie pas quelle le devienne sur d'autres.

Si la chose peut paraître simple pour les jeunes, elle devient beaucoup plus complexe pour les adultes. Et la première question sera celle de la limite entre les deux.

Qu'il s'agissse du foulard ou du voile intégral, la loi doit-elle dire aux citoyens et, ici, aux citoyennes comment ils ou elles doivent se vêtir. Encore que, là aussi, la société pose des limites qui correspondent plus ou moins à l'état moyen de l'opinon publique même si telle ou telle chose peut choquer les uns ou les autres. A une époque où la nudité s'affiche dans la publicité, dans les magasines, au cinéma, à la télévision, sans parler d'internet, la mode suit... mais il est interdit, même par forte chaleur, de se promener nu(e) dans la rue. Au moment où l'affirmation des jeunes va plutôt dans l'autre sens avec la caution de la tévision, du cinéma... Affirmation qui ne passe pas inapperçue et qui est quelquefois mal perçue.

La question vestimentraire est posée pour les femmes. Exceptionnellement pour les hommes et c'est alors par "ricochet".

Il paraît que la question vestimentaire s'est déjà posée au moment de la bataille autour de la laïcité. Certains voulaient interdire aux prêtres catholiques de se promener en soutane. Au nom de la liberté religieuse, au nom de la liberté, le tribunal a tranché : les prêtres catholiques pouvaient se promener en soutane. Pourtant il s'agit là d'un signe religieux ostentatoire indiscutable. Les religieuses catholiques faisaient de même. Mais, dans une société de plus en plus sécularisée, même si elle n'est pas plus laïque, prêtres et religieuses ont choisi de se fondre dans la masse. A l'exception de quelques uns qui continuent à porter soutane. C'est l'évolution propre à une société dont l'église catholique fait partie et qui change dans le même sens que cette société. Sa place n'est pas contestée. La laïcité, compromis imparfait, est majoritairement acceptée, y compris des catholiques dont certains pensent qu'elle a enrichi la religion en la débarrassant justement de la contrainte sociale.

C'est à partir de cette base que le voile n'est interdit qu'à l'école. Mais le phénomène est nouveau. Le foulard apparaît quand les soutanes disparaissent. Le foulard comme affirmation de différence quand les soutanes disparaissent par volonté de se fondre dans la société. La soutane encore aperçue quelquefois est la queue de la comète quand le foulard passe pour l'avant garde. C'est au moment où cette visibilité de l'église catholique dans la rue a pratiquement disparue qu'une autre religion revendique sa visibilité. 

Le foulard interdit à l'école, restent deux questions plus épineuses :
- L'apparence dans certaines fonctions. Les fonctionnaires peuvent-elles porter le foulard islamique ? Une personne affichant sa religion peut-elle représenter l'Etat laïque ?

La question se pose au niveau de l'école pour les enseignantes. Elle s'est posée aussi, de façon plus discutable, pour les mères accompagnant des enfants des écoles en déplacement.

Qu'en est-il pour les personnalités politiques ? Des prêtres ont été députés, Chanoine Kir, abbé Gau. Portaient-ils soutane ? La question vient d'être soulevée en Belgique pour une élue au foulard. En principe, un élu représente l'ensemble du peuple et non une fraction du peuple même s'il a été élu au nom de tel ou tel parti. En France, probablement par suite du grand combat de la laïcité, il n'y a pas de parti religieux, il n'y a pas de parti démocrate-chrétien comme en Allemagne par exemple. Même si certains partis se rattachent à cette école de pensée. Même si certains ne cachent pas leur religion.

Là encore, il y aurait beaucoup à dire sur le "compromis" laïque et il n'est pas exclu que demain, l'équilibre actuel ne soit pas remis en question. Notamment à la suite de déclarations ou de décisions du président de la République.

Des religieuses étaient infirmières : une jeune femme en foulard a eu, il y a quelques années, des problèmes lors de ses études d'infirmière à Bordeaux. Que se passera--il si une femme médecin officie dans les hôpitaux, quelle sera la réponse quand une personne voudra être soignée par cette médecin avec foulard ou quand une autre refusera d'être soignée par elle.
La question a été soulevée un moment par des patientes qui refusaient d'être soignées par des médecins hommes. Pourquoi des patients ne refuseraient-ils pas d'être soignés par des médecins femmes ?

- La question du voile intégral va bien sûr plus loin. Il témoigne d'une volonté de séparation. Au contraire du foulard qui affirme une identité, peut être un défi, mais aussi une demande de reconnaissance, d'intégration. L'une affiche sa volonté de différence, la revendique mais s'offre au regard des autres en demandant sa place. L'autre se cache, s'exclut.
Il est remarquable que ce voile intégral et les noms qu'on lui donne ne viennent pas du Maghreb. C'est une "tradition" importée directement du Proche ou du Moyen Orient et qui se rattache à des options politiques. Mais il n'est pas exclu que demain des jeunes femmes reprennent des traditions maghrébines que leur mère venant en France avaient abandonnées.

Il paraît difficile de légiférer sur le mode de vêtement des adultes. Il est cependant indispensable de répondre à des questions pratiques de la vie quotidienne.

Quid de l'accès à la nationalité française par naturalisation ? Comment toucher un recommandé ? Présenter un permis de conduire à un contrôle ? Comment établir une carte d'identité (on vient d'exiger d'un ami une photo d'identité, sans lunettes alors que, dit-il,  "je suis né avec des lunettes !") ? Comment prouver son identité dans les actes de la vie quotidienne ?

Pour toutes ces questions des règles existent qu'il faudra appliquer. Sans nécessairement une nouvelle loi. Chacun ensuite, connaissant les avantages et les inconvénients de la législation est libre de choisir son comportement et ses conséquences.

La carte d'identité est une invention récente en France (1921,1943), elle n'existe pas dans certains pays (Royaume-Uni, Etats-Unis)... Il apparaît cependant peu vraisemblable qu'on fasse machine arrière. Au contraire, la carte d'identité est en voie d'instauration aux Royaume-Uni.

Quant à la laïcité, elle n'avait jamais été aussi défendue depuis la  Seconde guerre mondiale. Si elle a été inscrite dans la Constitution de 1946, de multiples lois n'ont pas manqué de lui donner quelques coups de canifs depuis (7 lois ont été votées : 1951 Marie, 1951 Baranger, 1959 Debré, 1971 Pompidou, 1977 Guermeur, 1984 Rocard, 1992 Lang-Cloupet). Devant la question du voile, la Gauche s'est divisée, de même que les féministes. Et la droite s'est découverte soudainement des vertus laïques qu'elle ignorait jusque là. Peut-être pour masquer des sentimens moins avouables.







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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 15:33
En 1830, les Algériens étaient chez eux et Français nous étions chez nous.

Nous sommes allés chez eux et à partir de ce moment là, chez eux ils n'étaient plus chez eux mais chez nous et nous étions chez nous quand nous étions chez eux.

S'ils venaient chez nous, ils étaient (presque) chez eux alors que si nous allions chez eux, nous étions totalement chez nous. 

Certains sont même venus de chez eux pour venir chez nous et chasser les occupants qui étaient chez nous et qui se croyaient chez eux. Ils sont ensuite repartis car chez nous, ce n'était pas tout à fait chez eux et que nous préférions qu'ils soient chez eux plutôt que chez nous.

Mais certains pensaient que chez nous, ils avaient le droit de se sentir chez eux comme nous nous sentions chez nous quand nous étions chez eux. Et que si chez nous, nous étions chez nous et que eux n'étaient pas chez eux , ils ne devaient plus être chez nous quand ils étaient chez eux.

Désormais, nous ne sommes plus chez nous quand nous sommes chez eux. Et quand ils sont chez eux, ils ne sont plus chez nous mais chez eux !

(Les relations algéro-françaises racontées, il y a une vingtaine d'années par quelqu'un de la Cimade dont j'ai oublié le nom et non l'histoire)

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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 19:44

Les abstentions (Tableau 1)

 

Les abstentionnistes constituent le premier parti européen. Depuis que le Parlement européen (PE) est élu au suffrage universel, en 1979, le nombre d’Etats membres est passé de 9 à 27 et la participation moyenne de 63 à 43,1% soit une baisse de 19,9 points. Mais une telle affirmation a peu de sens car le taux de participation calculé mélange la participation de pays membres récents et anciens. Et même des pays où le vote est obligatoire comme le Luxembourg, Malte, la Belgique.


Considérant seulement les 4 pays fondateurs où le vote n’est pas obligatoire : Allemagne, France, Italie, Pays-Bas, la diminution est cependant pratiquement la même, soit 18 à 22 points.

 

Au passage, un argument explicatif de l’abstention est invalidé : d’après certains, les citoyens se sont abstenus parce que leur point de vue et leur vote ne sont pas pris en compte, notamment quand ils rejettent le Projet de traité constitutionnel. Sur les 4 pays, deux ont voté contre le Projet de traité constitutionnel et on n’a pas demandé leur avis aux peuples des deux autres pays. Les uns et les autres participent au scrutin européen dans les mêmes proportions. Le référendum a eu lieu en 2005, la diminution n’est guère différente d’un pays à l’autre en comparant 2004 et 2009 : +0,3 points en Allemagne, -6,6 points en Italie contre -2,1 en France et -2,8 aux Pays-Bas.

 

Pour les autres pays, il est difficile de porter un jugement d’ensemble tant la participation diffère d’un pays à l’autre. Et devrait interdire les comparaisons d’un scrutin à l’autre pour l’ensemble des Etats.

Si la participation semble diminuer en Espagne, au Portugal, en Grèce, elle reste à peu près constante au Royaume-Uni à un taux bas (moyenne 33,5), plus élevé en Irlande (moyenne 55,7) sans effet décelable du « non » au référendum entre le taux de 2004 et celui de 2009. Pour les pays entrés plus récemment dans l’UE, il plus difficile d’établir des règles générales, on peut remarquer le peu d’enthousiasme des peuples de l’est pour l’UE :

 

Il est souvent affirmé qu’un fort taux d’abstention favorise, en pourcentage, les partis extrémistes. Ce n’et pas le cas pour ces élections européennes en France si on classe dans les extrêmes le Front national (FN) d’un coté, le nouveau parti anticapitaliste (NPA) de l’autre.

En fait, l’abstention semble avoir touché essentiellement l’électorat de la gauche, les couches sociales défavorisées et les jeunes.


Parmi les explications de ce manque d’enthousiasme pour les élections européennes, une paraît importante, c’est la désinvolture avec laquelle gouvernement et partis traitent les questions et les élections européennes : circonscriptions électorales abstraites, absence de campagne électorale, parachutage des candidats…

Lors des 2 référendums sur l’Europe (Traité de Maastricht, Projet de traité constitutionnel européen) la participation était de 70% environ avec un débat important. Bien entendu, quand les électeurs sont intéressés, ce la risque de ne pas satisfaire tout le monde. Aux élections européennes, malgré un choix d’options très important, 28 listes en Île de France, les électeurs ne se sont pas déplacés.

Comme cela, c’est moins risqué. C’était peut-être le but recherché de la « campagne ».

 

Tableau 1 : Participation aux élections européennes depuis l'élection au suffrage universel

Année des élections

1979

1984

1989

1994

1999

2004

2009

Différence
entre 1979
et 2004

Nombre de pays participants

9

10

12

12

15

25

27

Taux de participation

63

61

58,5

56,8

49,8

45,7

43,1

- 19,9

Allemagne

65,7

56,8

62,3

60,0

45,2

43

43,3

- 22,4

France

60,7

56,7

48,7

52,7

46,8

42,8

40,7

- 20

Belgique

91,4

92,2

90,7

90,7

91

90,8

90,4

- 1

Italie

84,9

83,4

81,5

74,8

70,8

73,1

66,5

- 18,4

Luxembourg

88,9

88,8

87,4

88,5

87,3

89

91

+ 2,1

Pays-Bas

57,8

50,6

47,2

35,6

30

39,3

36,5

- 21,2

Royaume-Uni

32,2

32,6

36,2

36,4

24

38,8

34,3

 

Irlande

63,6

47,6

68,3

44

50,2

58,8

57,6

 

Danemark

47,8

52,4

46,2

56,9

50,5

47,9

59,5

 

Grèce

 

77,2

79,9

71,2

75,3

63,2

52,6

 

Espagne

 

 

54,6

59,1

63

45,1

46

 

Portugal

 

 

51,2

35,5

40

38,6

37

 

Suède

 

 

 

 

38,8

37,8

43,8

 

Autriche

 

 

 

 

49,4

42,4

42,4

 

Finlande

 

 

 

 

31,4

39,4

40,3

 

Tchéquie

 

 

 

 

 

28,3

28,2

 

Estonie

 

 

 

 

 

26,8

43,9

 

Chypre

 

 

 

 

 

71,2

59,4

 

Lettonie

 

 

 

 

 

41,3

52,6

 

Lituanie

 

 

 

 

 

48,4

20,9

 

Hongrie

 

 

 

 

 

38,5

36,3

 

Malte

 

 

 

 

 

82,4

78,8

 

Pologne

 

 

 

 

 

20,9

24,5

 

Slovénie

 

 

 

 

 

28,3

28,2

 

Slovaquie

 

 

 

 

 

17

19,6

 

Bulgarie

 

 

 

 

 

 

37,5

 

Roumanie

 

 

 

 

 

 

27,4

 

ENSEMBLE

63

61

58,5

56,8

49,8

45,7

43,1

 

Les vainqueurs et les vaincus.

Sans contestation possible, les partis de droite ont remporté cette élection sans qu’on puisse dire de façon certaine, tant que les groupes ne sont pas formés, dans quelle mesure ces élections renforcent la droite, la droite extrême ou l’extrême droite. Cependant, il est certain que les adversaires de droite de l’UE ont fait une avancée : Pays-Bas, Autriche, Hongrie, Royaume-Uni.

 

Tout aussi incontestable est la défaite de la gauche social-démocrate. Et quel que soit le cas de figure : droite au pouvoir, gouvernement d’union, gauche au pouvoir : le Parti socialiste (PS) s’effondre en France, le SPD n’est pas brillant en Allemagne, le parti socialiste en Espagne, le Parti travailliste fait son résultat le plus faible depuis… 1918 ! A quelques exceptions près : Belgique wallonne, Danemark, Grèce…

 

 

En France, la poussée des écologistes est remarquable : 14,28% pour Europe-Ecologie, 3,7% pour l’Alliance des Ecologistes Indépendants… Cette éclatante victoire d’Europe écologie avec 14 députés ne doit pas masquer que cette poussée n’est pas généralisée en Europe. Le groupe écologiste passera de 32 à 43 parlementaires européens mais 8 de ces 11 députés ont été gagnés en France.

La victoire d’Europe Ecologie peut être attribuée à plusieurs facteurs en plus du talent de Cohn-Bendit qui n’est pas négligeable :

Les écologistes ont été les seuls à mettre Europe dans le titre de leur liste et à faire campagne réellement sur l’Europe, proposant même de mettre en question M. Manuel Barroso comme président de la Commission européenne (CE).

Ils ont réussi à constituer autour des Verts, un rassemblement de personnalités écologistes venant du monde associatif mais aussi s’ouvrir aussi bien à José Bové qui a fait campagne pour le « non » qu’à Eva Joly, autant de personnalités, fortes et fortement médiatiques.

Europe Ecologie a probablement bénéficié de la « lutte sans enjeu », au moins en apparence, que sont les élections européennes à l’occasion desquelles les électeurs n’hésitent pas à voter suivant leurs idées, leurs coups de cœur, sachant que cela n’aura que peu d’influences sur le gouvernement.

Un coup de pouce qui n’est pas innocent a été donné par « Home », au cinéma, à la télévision…

Et surtout la détestable image qu’ont donnée les socialistes européens, incapables de s’entendre contre M. Manuel Barroso ou de mettre en avant une politique crédible et différente de celle du gouvernement et de la CE...

Quant à la Nicolas Sarkozy qui sort de la présidence de l’UE, du G20…  il a mis en avant un langage de crise sans ambiguïté contre les abus du capitalisme, les paradis fiscaux…, oubliant (presque) totalement le libéralisme dont il se faisait le chantre, il y a peu de temps, pour séduire une partie de l’électorat de gauche sans prendre de véritable mesures notamment contre le bouclier fiscal, et il a tenu des propos tout aussi fermes contre la Turquie, l’insécurité, les immigrés… pour maintenir le FN sous l’eau et séduire les électeurs âgés et de droite.

Le PS, empêtré dans une politique libérale qu’il a adoptée depuis des années, s’est retrouvé peu crédible face à Sarkozy, et n’a rencontré aucun écho quand il a repris le thème de l’Europe sociale qui avait déjà été utilisé en dehors de cette période de crise mais jamais mise en pratique quand les gouvernements de Gauche étaient majoritaires.

Cela n’a guère favorisé les dissidents de gauche des partis sociaux-démocrates, Die Linke en Allemagne (7,5%), Le Front de gauche (6,05 alors que le PC seul avait fait 5,9 en 2004). Le Front de gauche a échoué à faire l’unité des « gauches de gauches » (LO et surtout le NPA). Une telle unité aurait pu changer les choses avec des résultats à deux chiffres. Par ailleurs, le Front de Gauche est resté un front de partis ayant pour référence le Front populaire et non la question européenne même s’il a pu parler d’une autre Europe sans beaucoup de précision pour ne pas faire de clivage avec les souverainistes de gauche ou ceux qui veulent quitter l’UE.

Les élus

Les élus confirment certains points déjà avancés :

Les élus de Europe Ecologie sont en moyenne plus jeunes que ceux des autres formations, plus souvent des femmes et d’origine plus diverse. Si tous les élus du PS sont des socialistes, 6 élus d’Europe Ecologie sur 14 n’appartiennent pas aux Verts. Il a fallu la force de Cohn-Bendit pour faire avaler une telle composition des listes qui culmine avec 2 têtes de liste dans les places les plus convoitées en Île de France !

Quant aux élus de la « diversité », c’est au PS qu’ils sont les plus nombreux proportionnellement. EuropeEcologie « compense » par la présence d’un Allemand et d’une Franco-novégienne.

Au total la présence de 8 élus de la « diversité », 11 si on compte les élus des DOM-TOM fait de cette élection la plus ouverte à la « diversité » (11,1 ou 15,3%).

Tableau 2 : Les élus de la diversité

ELUS

UMP

PS

EE

MODEM

FG

FN

LIBERTAS

TOTAL

« diversité »

3+1

3+1

2

0

0+1

0

0

8+3

Total

29

14

14

6

5

3

1

72

 

 

 

+ 2

 

 

 

 

11,1/15,3

AGE

54

52

50,9

56,2

55,8

59,7

60

 

Femmes

13

6

8

3

1

1

0

32

Hommes

16

8

6

3

4

2

1

40

Les élections passées, les élections arrivent. Bien que presque tous les partis n’aient pensé qu’aux prochaines, il n’est pas sûr que les résultats facilitent les choses.

La crise a montré que l’UE était incapable de gérer collectivement la crise aussi bien par l’intermédiaire de son président de la CE qui ne pensait, paraît-il qu’à ménager tout le monde en vue de sa réélection qui semble désormais acquise. Qu’au niveau du Conseil européen. Qu’au niveau des chefs des « grands » pays de l’UE qui n’ont pas su s’entendre. Le résultat des élections européennes poussera-t-il à une réinvention de l’Union européenne ou donnera-t-il satisfaction à tus ceux qui n’en veulent pas et se contentent d’un marché unique ?

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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 20:58
Le récent voyage de Barack OBAMA et les élections européennes donnent lieu à un téléscopage qu'on peut intituler "Le chevalier blanc et les 27 nains".

Après l'ère Bush, les propos de Barack OBAMA apparaissent comme un changement total de langage qui vient réparer les erreurs grossières de la politique étrangère des Etats-Unis, notamment au Proche-Orient. Et on ne peut qu'approuver sa fermeté, dont il faut souhaiter qu'elle durera jusqu'à la paix, face à Israël. Il n'en demeure pas moins qu'en citant les textes sacrés, il a privilégié les interlocuteurs religieux sur les politiques. Ce n'est plus la croisade de Bush contre la terreur islamique. C'est le projet d'entente cordiale de toutes les religions, des livres, porteuses de paix. Ne manquant même pas de battre sa coulpe sur la poitrine des autres dans une formule quelque peu populiste sur le voile interdit aux femmes dans certains pays, probablement éloignés des livres sacrés. Désignant ainsi un adversaire commun à toutes les religions ?

La seconde partie du voyage de Barack OBAMA est tout aussi intéressante. Voyage en Allemagne, notamment à Buchenwald qui fut délivré  par les troupes  étasuniennes avec la participation d'un grand oncle, voyage sur les plages de Normandie où ont débarqué les troupes alliées conduites par les Etasuniens et qui ont abouti à la libération de l'Europe de la dictature nazie et de l'occupation.

Barack Obama était déjà venu en Europe, c'était essentiellement dans le cadre du G20 et de l'Otan donc du rôle prééminent  des Etats-Unis sur le plan économique et militaire. Cette fois, c'est pour célébrer le rôle historique indiscutable des Etats-Unis lors de la seconde guerre mondiale. Dans tous les cas et de façon plus habile que son prédécesseur, il a affirmé la prééminence "douce" des Etats-Unis et des intérêts des Etats-Unis, y compris en prônant l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.

Il a en plus profité de l'occasion pour faire comprendre aux Européens qu'ils n'existaient pas, que c'était lui le chef suprême qui conduisait le monde. Que Merkel, Sarkozy et les autres pouvaient jouer des coudes, ils n'étaient pas dans la même catégorie. Qu'il appréciait peut-être la cuisine française mais pas particulièrement celle de son "copain" de l'Elysée.

Pendant ce temps, se déroulaient des élections européennes qui montraient que les politiques de l'Union étaient incapables de se faire entendre de leurs peuples avec le taux d'abstention le plus élevé depuis que le Parlement européen est élu au suffrage universel. Ce camouflet en cours de visite du président des Etats-Unis ne fait que confirmer la désunion européenne dont ont fait preuve les Gouvernements face à la crise.

Le président des Etats-Unis aurait pu reprendre deux citations historiques :  " L'Europe, combien de divisions (dans les deux sens du mot) ?" , " L'Europe quel numéro faut-il appeler ?"

Après cette brève récréation électorale de sous préfecture qui n'a vu apparaître aucune vision de droite ou de gauche à la hauteur des problèmes et de l'Europe, les Européens devraient enfin s'apercevoir que leur petits jeux sont infantiles que les choses se décident ailleurs et que faute d'une unité économique, politique, diplomatique, ils ne seront pas plus utiles que des nains de jardin.

Dans ces conditions qui pourrait reprocher à Barack OBAMA de passer sa soirée à un bon repas en famille avec des amis ?
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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 10:45
QUEL SERA LE RESULTATS DES ELECTIONS ?

Participation
Depuis 1979, première élection du Parlement européen (PE) au suffrage universel
, à 2004, dernière élection européenne avec élargissement à 25, le taux de participation aux élections européennes est en constante diminution.
Le taux de participation des 6 Etats fondateurs diminue de près de 20 points entre 1979 et 2004, exception faite des pays dans lequel le vote est obligatoire.L'arrivée de nouveaux pays n'améliore pas les choses. La baisse de la participation des citoyens des pays fondateurs peut s'expliquer par un certain désenchantement pour l'Union européenne et une mauvaise information sur le rôle croissant du PE. Comment l'expliquer pour les nouveaux pays si ce n'est par le manque d'enthousiasme qui dément l'engouement de certains de leurs gouvernements.
Les résultats de 2009 confirmeront-ils cette défaite de la démocratie européenne telle qu'elle est organisée actuellement ?

Participation aux élections européennes depuis l'élection au suffrage universel


Année des élections

1979

1984

1989

1994

1999

2004

2009

Nombre de pays participants

9

10

12

12

15

25

27

Taux de participation

63

61

58,5

56,8

49,8

45,7

??

Allemagne

65,7

56,8

62,3

60,0

45,2

43

 ??

France

60,7

56,7

48,7

52,7

46,8

42,8

 ??

Belgique

91,4

92,2

90,7

90,7

91

90,8

 ??

Italie

84,9

83,4

81,5

74,8

70,8

73,1

 ??

Luxembourg

88,9

88,8

87,4

88,5

87,3

89

 ??

Pays-Bas

57,8

50,6

47,2

35,6

30

39,3

 ??

Royaume-Uni

32,2

32,6

36,2

36,4

24

38,83

 ??

Irlande

63,6

47,6

68,3

44

50,2

58,8

 ??

Danemark

47,8

52,4

46,2

56,9

50,5

47,9

 ??

http://www.ena.lu/taux-participation-elections-europeennes-1979-2004-012200031.html

Au niveau européen

Une chose paraît certaine, cette élection ne changera rien au rapport de force au sein du PE. De façon paradoxale, les forces de droite au pouvoir vont en sortir renforcées au détriment de la gauche y compris de celle qui est au pouvoir, pour de multiples raisons internes ("malheurs de Gordon Brown") au moment où la politique de droite est en plein désarroi, où les Etats-Unis de Obama virent au "socialisme" (dixit la droit étasunienne) !!!
Bien entendu, Barroso est assuré de rester en place, avec l'appui de la droite et d'une partie de la gauche.

Il a beaucoup été dit en France, à l'occasion de cette élection, que Droite et Gauche votaient souvent de la même façon au PE parce que les questions n'étaient pas politiques mais techniques, que la culture allemande notamment, du compromis permettait d'obtenir la modification des textes présentés et de faire face à la volonté du Conseil ou de la Commission.
Il est difficile de comprendre que les textes votés à Bruxelles ou Strasbourgs soient techniques et politiques à Paris ! Cette tactique a pu obtenir une atténuation des mesures décidées mais il n'en reste pas moins que, quelle que soit la majorité du Parlement, quelle que soit la majorité du Conseil européen (il fut un moment où 13 gouvernements sur 15 étaient "de gauche"), la tendance est toujours la même une mise en cause chaque jour plus profonde de ce qu'on glorifie aujourd'hui sous le terme des "amortisseurs sociaux" de la crise, à savoir toutes les mesures sociales mises en place concernant le chômage, la sécurité sociale, les services publics...

Finalement si Droite et gauche votent d'un commun accord les mêmes textes, ce qui est symbolisé par a présidence alterné du PE, entre PPE et PSE, quelle qu'en soit la majorité, alors à quoi bon aller voter pour l'un ou pour l'autre ? Pourquoi ne pas participer à la renationalisation de la campagne électorale ?

Une élection nationale

Si voter pour la droite ou pour la gauche n'a aucun intérêt pourquoi voter ? Ou si on vote, pourquoi ne pas voter en fonction de ce qui fait débat, c'est à dire la politique intérieure et les prochaines élections nationales ? Préparer les prochaines alliances ? Bien entendu, la presse et les sondages sont mis à contribution dans ce sens. Les politiques ne parlent pas de l'UE, les journalistes ne posent pas de question sur l'UE. Et les sondages ne sont que des pronostics de champs de course. Les commentaires font du billard à trois bande : on fait mousser telle liste non pour elle même mais pour ce à quoi elle peut servir dans la bataille principale.

Un des résultats au niveau européen de ces élections "sans utilité" est la montée probable de la droite extrême. En France, peut-être pas, la politique sécuritaire et anti-immigrés du gouvernement satisfaisant probablement cette partie de l'électorat. La droite nationaliste est divisée et la gauche de gauche, la gauche du "non" au projet de traité constitutionnel, a le génie de transformer l'or en plomb pour la défense des "exploités" ! Mais dans les autres pays de l'UE. Déjà les premiers résultats semblent le confirmer aux Pays-Bas, qu'en sera-t-il en Autriche et ailleurs... L'abstention favorise les partis qui sont capables de mobiliser leurs électeurs. .

C'est le cas dans cette période de crise de la droite populiste. Ce n'est pas des gauches toutes tendances confondues !


NB : Les professions de foi sont pas arrivées par le courrier de ce matin.



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