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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 07:13
Le mot d'ordre de Sarkozy en faveur de l'immigration choisie indigne tout le monde. Comme si c'était une chose nouvelle. Parce qu'on ne tient pas compte du choix des personnes qui émigrent. Parce qu'on ne tient pas compte des pays d'émigration. Pourtant, il en a toujours été ainsi. Sarkozy n'innove pas. Il assume. Il proclame. Il veut aligner tous les pays de l'Union européenne sur son discours. En réalité, la tare fondamentale de l'immigration  "choisie " ? C'est son échec. C'est une déclaration purement idéologique qui ne marche pas. Mais c'est un facteur aggravant de la situation des "sans papiers" et de leur famille. Et de tous ceux qui leur ressemblent. Et rien ne ressemble plus à un "sans papiers" qu'un "avec papiers" et même pour être plus précis que quelqu'un qui a la nationalité française mais qui est "un peu trop coloré pour être honnête".

L"idée que l'arrivée d'immigrés devrait correspondre aux capacités d'accueil du pays n'est pas en soi scandaleuse. Malheureusement, elle est toujours utilisée dans le même sens : limiter le nombre d'arrivants sans jamais développer les qualités et les capacités de l'accueil. Dans sa complexité ; logement, égalité des droits... Et donc l'espace entre ces deux données, capacité d'accueil et nombre d'arrivants, ne peut que croître.

Il n'est pas scandaleux de penser que les immigrés doivent s'intégrer à la société française. Ce qui ne veut pas dire qu'ils doivent renoncer à ce qu'ils étaient avant d'arriver. De se mettre nu à la frontière et de revêtir le costume trois pièces et la cravate ou le béret et la baguette. Surtout qu'on le leur fournit pas.
Il n'est pas scansaleux de penser qu'il est nécessaire que les résidents étrangers doivent apprendre le français. Sans parler la langue française, ils ne pourront pas s'intégrer correctement à la société, ils n'auront pas les armes nécessaires pour se défendre... Ce qui est scandaleux et impossible à réaliser, c'est d'exiger que les immigrants connaissent  le français avant de venir. C'est à la société d'accueil de leur donner les moyens de l'apprendre et non à la société de départ.

A travers cette exigence, connaissance de la langue française, il y a la reconnaissance implicite que les immigrés ne sont pas de passage mais sont destinés à rester plus ou moins longtemps et peut-être définitivement. C'est un progrès. C'est bien différent de l'époque où le gouvernement confiait l'enseignement des "langues d'origine" à des enseignants venant des "pays d'origine" et payés par eux. L'idée sous-jacente était qu'ils devaient repartir avec leurs parents quand ceux-ci ne seraient plus utiles. C'était déjà de l'immigration choisie et même de l'émigration souhaitée.

Car le vieux rêve qui persiste encore était l'immigration de rotation. Vous venez, vous restez quelque temps, avant de repartir chez vous, sans vous incruster ici, muni du petit pécule que vous aurez constitué et qui vous permettra de vivre au pays. Il faut reconnaître que cela correspondait un peu à la vision qu'avaient les immigrés eux-mêmes. Passer quelques années, accumuler quelques économies et revenir au pays, monter un commerce, gérer un café, faire le taxi. Cela a l'avantage de mettre l'élevage, l'éducation à la charge des pays de départ, d'exploiter la personne pendant sa productivité maximale, de la renvoyer au pays sans avoir à assumer les charges du vieillissement, de la maladie... Ce n'est pas que l'immigration choisie. C'est aussi le choix de la partie la plus productive de la vie de l'immigré. Le reste est à la charge du pays d'origine.

Mais les choses ne tournent pas toujours comme les uns et les autres le souhaitaient. Comme l'a dit une jour un immigré espagnol : "J'étais venu pour un ou deux ans et j'ai rencontré une rouquine. Il y a dix-sept ans que je suis là". Par ailleurs, il est difficile de vivre longtemps loin des siens, de faire face aux dépenses et ici, et là-bas. De voir les amis vivre en famille... Et on fait venir la famille. Femme et enfants. C'est l'engrenage. Les enfants grandissent. Ils sont finalement d'ici. Font leur vie ici. Ne veulent pas partir ou repartir.

Si cet enchaînement est fréquent. S'il faut s'y préparer. S'il faut que la société s'y prépare, cela ne veut pas dire que tout doit reposer sur le candidat à l'immigration. Et exiger que lui, que sa famille parlent français avant de venir. C'est exiger que le travailleur, le gouvernement du pays de départ prennent en charge la formation du travailleur, de sa famille avant qu'il ne vienne ici. Exemple parfaitement concret de l'aide du Sud au Nord.

Ceci est en partie inclus dans le contrat d'accueil et d'intégration. Sauf que, là encore, les contrats sont asymétriques. Un contrat se passe entre parties qui ont des droits et des devoirs. Mais les termes du contrat sont établis par l'Etat qui est le seul garant et le seul juge. La personne est soumise à des exigences qui risquent d'entraîner le non renouvellement de ses titres de séjour. Il n'y a aucune exigence pour l'Etat qui ne risque rien à ne pas remplir ses devoirs. Le contrat devient un filtre pour trier les immigrants. Pour les choisir, les renvoyer éventuellement faute d'adaptation, de respect du contrat.

Dans un excellent article paru dans "Plein droit" de juillet 2007,  Alexis Spire montre à quel point cette politique n'est pas nouvelle : en 1932, Gérard Mauco opposait "immigration voulue" et "immigration imposée". Et Alexis Spire montre comment cette politique a été appliquée après-guerre. "De ce point de vue, la période immédiatement postérieure à 1945 est particulièrement riche d'enseignements car c'est à cette époque qu'a pu être mis en oeuvre le projet élaboré entre les deux guerres, d'une planification de l'immigration par nationalité et par secteur d'activité" . .

Pour que les choses soient bien claires, il suffit de rappeler le texte signé par le Général de Gaulle sur les naturalisations qui recommandait  de  "subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethniques, démographique, professionnel et géographique.... Sur le plan ethnique, limiter l'afflux des méditerranéens et des Orientaux..." (Patrick Weil, "Qu'est-ce qu'un Français? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution" Grasset, 2002). De ce point de vue les choses n'ont pas beaucoup changé (Migrations-société, mai-juin 1998, n°57, Migrations-société, septembre-octobre 2001, n°77).

De toute façon, cette immigration "voulue" ou "choisie" a toujours été un échec. D'où l'idée de renforcer les moyens de coercition pour aboutir. Ce qui se fait toujours au dépens de la démocratie et de l'intégration.
De la démocratie parce que cela contribue à renforcer les mesures de répression et à criminaliser les comportements et les rapports humains.
De l'intégration car cela conduit au contrôle au faciès et à la stigmatisation d'une population "d'apparence étrangère" qui est française quelquefois depuis plusieurs générations et qui se sent exclue, complètement à part. Ce qui ne peut qu'éloigner de la société des gens, notamment les jeunes qui sont d'ici et se sentent rejetés.

Et qu'est-ce que l'immigration "subie" ? Les entrés de clandestins ? mais en quoi est-elle subie ? par qui est-elle subie ? La politique gouvernementale de l'immigration est une des rares politiques qui n'est pas approuvée par le patronat. L'immigration subie lui donne satisfaction. L'appel d'air vient du patronat. L'étranger, quel que soit le chemin qu'il a pris pour venir, sait qu'une fois arrivé ici, surtout sans papiers, il trouvera du travail. Le patronat est satisfait d'avoir une main d'oeuvre qu'il peut payer bien au dessous du smic. Dont les moyens de défense sont très affaiblis. Cette délocalisation sur place lui est parfaitement utile.

Il n'est pas de barrière qui empêchera l'arrivée de ceux qui veulent venir. Cela leur coûtera plus cher. sera plus dangereux, permettra le développement de filières d'immigrations soumises au banditisme. Ce n'est certainement pas un facteur d'intégration. Et à coup de 30 000 expulsions par an, il faudra 10 à 15 ans pour expulser  toutes les personnes en situation illégale suivant les chiffres du gouvernement. Entre temps, les entrées nouvelles....

L'immigration "subie" c'est aussi l'arrivée de familles non désirées. Mais pourquoi "subie". C'est la France qui a décidé de signer la Convention européenne qui protège le droit de vivre en famille. Si elle est opposée à ce droit, elle peut dénoncer la Convention. Elle ne le fait pas. Elle reconnaît le droit de vivre en famille. Qu'elle s'en donne les moyens. Ce sont les "mauvaises" familles qu'elle ne veut pas, celles qui s'installent sans autorisation. Mais comment peut-on attendre l'autorisation quand pour faire" venir la famille il faut avoir un logement et pour avoir un logement, il faut avoir de la famille.

Comme souvent, la grande victoire de Sarkozy n'est pas ce qu'il a fait mais ce qu'il a dit.  L'immigration "choisie"  n'est pas une invention de Sarkozy et elle a toujours été un échec. Elle sera encore un échec. Mais elle lui a servi à capter les voix de l'extrême droite et a arriver au pouvoir.

L'immigration prouve, une fois de plus, son utilité.
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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 17:33
Cette querelle est pour moi difficile. Je ne suis démocrate que parce que les républicains ne sont pas républicains. Mais quand les démocrates poussent trop  dans la valorisation des particularismes, nationaux ou religieux, je suis heurté dans mes sentiments républicains.

Le principe de base est l'égalité de tous en droits. En droits. En sachant bien que l'égalité n'existe ni dans la nature, ni dans la société mais que la seule façon de lutter contre  ces inégalités dangereuses, c'est la proclamation de l'égalité de droits.  Cette recherche permanente de l'égalité des droits doit être une préoccupation fondamentale, constante, sans oublier le respect de la liberté. Et c'est là toute la difficulté. La liberté, sans l'égalité c'est le despotisme, l'exploitation ; l'égalité sans la liberté, c'est le goulag.

La recherche de l'égalité, ne veut pas dire la similitude. C'est l'égalité des droits. Il n'est pas question de nier les différences que je préfère nommer la diversité parce qu'on est différent de... d'une norme, d'un référent, d'un étalon or. La diversité, au contraire, ne suppose pas de norme. C'est l'égalité du multiple. La personnalité de chacun doit être reconnue. Il faut lui permettre de s'épanouir dans le respect du bien commun.

Aujourd'hui la diversité est reprise un peu partout. Pour parler de diversité ethnique. Pour éviter les contraintes et les sanctions que suppose la lutte contre les discriminations. Et les remplacer par des chartes de la diversité. Pour valoriser aussi cette diversité ethnique quelquefois de façon ambiguë. Au risque d'enfermer. Mais aussi en oubliant les autres formes de diversité, non ethniques. Et faire disparaître la diversité sociale, notamment de classe. Et de sexe. La lutte des races remplace la lutte des classes. On approche du choc des civilisations.

La où le républicanisme, au nom de l'universel, oubliait les différences culturelles ou raciales au profit d'un universalisme mal compris qui conduisait à une norme, homme-blanc-quinquagénaire-énarque, on tend à substituer la diversité raciale qui conduit à nier l'existence d'une autre diversité tout aussi importante mais moins immédiatement visible et passée de mode, la diversité sociale. Un enfant d'ouvrier aujourd'hui n'a pas plus de chance qu'hier de pénétrer dans les couches sociales dominantes. Il n'y a pas plus d'ouvriers à l'Assemblée nationale ou au Sénat que de Noirs ou de "basanés" mais cela ne saute pas aux yeux.

L'absence visible est celle des couleurs de peau et celle des femmes. Le reste., il n'en est plus question. La République devait résoudre le problème, pour d'autres il fallait attendre l'avènement du socialisme. Il faut se souvenir de l'époque où les colonisés, et les femmes, devaient attendre que la Révolution soit faite pour que ll'égalité des femme et des hommes, des "de couleur" et des blancs, des colonisés et des autres se réalise enfin. La République est avancée en âge... et la Révolution s'est éloignée. Combien de temps faudra-ti attendre pour que ce réalise la grande utopie de l'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme de 1789.

Mais le grand danger de la racialisation des rapports sociaux est l'affrontement. Certaines femmes, un moment, ont été tentées par un "développemnt séparé", par une séparation radicale des sexes. Et si, un moment, cette séparation a pu être utile ou peut l'être encore dans certaines circonstances, ce ne peut être que dans le but d'une unité de qualité supérieure, dans l'égalité. Il en et de même des regroupemnts par nationalité ou par origine nationale, par particulariés ethniques ou religieuses. Ce "communautarisme doux" peut être utile mais devient dangereux en cas d'enfermement. Sans fairte de lien, d'alliance avec une partie de la majorité, pour se reforcer et pour l'affaiblir.

C'est la faute politique, en dehors de toute considération sur la violence, faite par les Black Panthers, doublée de l'erreur de proclamer la lutte armée quand on est très minoritaire dans un pays aussi brutal que les Etats-Unis. Ils l'ont payée très cher.

Barak Obama est le contre-pied exemplaire. Il sera intéressant, en dehors des comparaisons simplistes  qui circulent en France, de voir les conclusions qu'en tireront ceux qu'attirent les "indigènes de la République" qui sont tnentés par le rejet global et des valeurs et des pratiques de la République.



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Published by Paul ORIOL - dans Généralités
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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 16:47
DES CONSEILS CONSULTATIFS DES ETRANGERS A LA CITOYENNETE DE RESIDENCE.
Strasbourg, 25 octobre 2008

La réunion d'aujourd'hui est, à plusieurs titres, un pont face au mur que constitue la politique de l'immigration actuelle.
- Un pont entre tous les résidents de la commune quelle que soit leur nationalité.
- Un pont de 7 ans , entre deux commissions consultatives. Celle qui existait jusqu'en 2001 et qui a été brutalement dissoute par la majorité municipale de droite et la future commission que vous allez mettre en place. La Commission mise en place par Bernard Delemotte a subi le même sort à la même époque par suite de l'arrivée à la mairie d'Amiens de M. de Robien "partisan du droit de vote". Ce pont entre 2001 et 2008 n'est pas matérialisé mais humanisé par la présence parmi nous, des trois anciens présidents de cette commission.  Par la présence d'anciens acteurs de cette commission qui ont pu voter en 2001 et 2008 parce qu'ils étaient des citoyens de l'Union européenne, ou qui sont aujourd'hui élus parce qu'ils ont pris la nationalité française.
- un pont entre 1999 et 2008. En effet, avec Bernard Delemotte et quelques autres, nous étions là en 1999 pour participer à l'Appel de Strasbourg, lancé par le Conseil consultatif et le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe. Nous étions là avec les résultats du premier sondage de la Lettre de la citoyenneté donnant une majorité de réponses favorables à l'extension du droit de vote aux ressortissants non communautaires pour les élections municipales et européennes.

Aujourd'hui, après de multiples réformes de la Constitution dont la dernière pour favoriser et moderniser la démocratie, les résidents étrangers non communautaires n'ont toujours pas le droit de vote aux élections municipales et européennes.

Le clivage, instauré par le traité de Maastricht entre les "bons" résidents étrangers et les autres, ce clivage qui date de 1992 est encore là. Certains espéraient qu'il serait de courte durée, comme cela a été le cas, certes seulement pour les élections municipales et sans éligibilité, dans deux pays voisins, Belgique et Luxembourg. La France a été le dernier pays à mettre en application le droit de vote des citoyens  européens pour les élections municipales, sera-t-elle le dernier pays de l'Union pour l'étendre aux ressortissants des Etats tiers ?

Les choses ont peu avancé sur le plan légal. Une loi votée en 2000 à l'Assemblée nationale n'est jamais arrivée au Sénat, probablement le pont manquant. Le Gouvernement vient de moderniser la Constitution, 41 articles ont été modifiés et le droit de vote a été "oublié". La loi n'a pas été modifiée mais l'opinion publique est toujours aussi favorable. Ce sont 63% et 65% des sondés qui se sont déclarés favorables au droit de vote pour les élections municipales lors des 2 derniers sondages sur la question. Ils sont 56% d'après le dernier sondage de la Lettre de la citoyenneté , favorables à la participation des résidents étrangers aux élections régionales. Et 50% de favorables parmi les personnes qui se disent proches de la droite contre 47% d'opposées.

En reprenant les sondages de  la Lettre de la citoyenneté de 1994 à 2008, il est possible de constater une évolution parallèle des personnes proches de la gauche et des personnes proches de la droite. Les deux secteurs de l'opinion publique sont de plus en plus favorables certes avec un certain retard d de la droite sur la gauche.
Il en est de même quand on compare les résultats en fonction de l'âge. Les jeunes sont toujours plus favorables que les plus âgés. Mais les jeunes d'aujourd'hui sont plus favorables que ceux d'hier, de même que les plus âgés sont aujourd'hui pus favorables qu'hier. Cela tend à prouver que c'est toute la population qui évolue favorablement à l'extension de ce droit.

Qu'est-il possible de faire ?
Etre citoyen, c'est participer à la vie de la cité. Et il y a de multiples façon. Notamment au niveau associatif. Le droit d'association, sans restriction, est reconnu depuis 19981, à toute personne résidant en France quelle que soit sa nationalité. C'est une avancée importante due à la gauche au pouvoir. Cette liberté d'association est confirmée par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qui dit dans son article 12 : " Toute personne a droit ... à la liberté d'association, à tous les  niveaux, notamment dans les domaines politique, syndical et civique..." Alors chacun doit s'engager dans les associations de quelque nature qu'elles soient. Y compris syndicales et politiques.

La constitution d'un conseil consultatif des résidents étrangers est l'occasion d'un tel engagement citoyen. C'est l'occasion de prendre des responsabilités, de voir de près les rouages de l'administration locale... Ce n'est pas la citoyenneté pleine et entière ? Ce n'est qu'une citoyenneté consultative ? Qui n'a aucun pouvoir réel sauf celui qui lui est concédé ? Sauf celui qu'elle saura acquérir  par son travail. Par ses initiatives.

La durée est la grande difficulté des Commissions consultatives, faute d'assise juridique solide et de pouvoir réel. Il faut donc que les commissions consultatives soient déterminées, qu'elles se donnent des buts clairs, quelles interviennent sur tous les problèmes de la cité pour faire entendre la voix de ce qui n'ont pas droit au chapitre. Mais leur composition  les désignes pour deux tâches particulières : la lutte contre les discriminations  et le droit de vote. Avec persévérance. Car si l'opinion publique évolue; c'est aussi grâce au travail militant. La Commission consultative a là un rôle à jouer.

Il est facile d'oublier ce qui est déjà acquis. Bien des droits qui étaient réservés, hier, aux nationaux sont reconnus aujourd'hui à tous les résidents. Le droit d'association bien sûr. Et la citoyenneté sociale étendue aux résidents étrangers, c'est à dire le droit de bénéficier des lois sociales qui, autrefois, étaient réservées aux seuls nationaux, au nom de la solidarité nationale. Tout n'est pas parfait. Mais la citoyenneté de résidence est plus avancée au niveau social qu'au niveau politique.

Elle est aussi plus avancée en ce qui concerne les droits des travailleurs. Certes les étrangers continuent à être soumis à des discriminations importantes dans le domaine du travail, dans les faits et dans la loi : environ 30% des emplois sont soumis à condition de nationalité dont les emplois publics mais aussi des emplois privés fermés aux étrangers non communautaires.
Mais comme salariés, les étrangers ont obtenu peu à peu les mêmes droits que les nationaux, pour les rémunérations, les conditions de travail. La même protection juridique. Ils peuvent se syndiquer, être délégués du personnel, être élus au Comité d'entreprise, délégués syndicaux. Ils peuvent assister un autre salarié lors d'une procédure de licenciement ou devant le Conseil des Prud'hommes.
En décembre, vont avoir lieu les élections prud'homales : tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité peuvent y participer comme électeurs. Mais le droit d'être élu n'est pas encore ouvert aux travailleurs étrangers. C'est une revendication qu'il faut soutenir et porter y compris au niveau syndical.

La citoyenneté de résidence entre peu à peu dans les moeurs. La citoyenneté de résidence au niveau politique est la prochaine étape.


La mise en place de Commissions consultatives de résidents étrangers fait partie de la démarche même si elle dépend de la volonté du maire. Et ce qu'un maire fait, un autre maire peut le défaire et vous êtes bien placés pour le savoir.
Vient ensuite la question du rôle de cette commission, de la possibilité d'initiative, d'intervention dans la vie de la cité. Tout cela dépend des moyens politiques et matériels qu'elle aura ou qu'elle obtiendra. Il peut être frustrant de ne pas participer à la décision  proprement dite. Mais cette citoyenneté consultative est le premier pas  vers la citoyenneté délibérative, la participation aux décisions. En attendant ce qui viendra peut-être un jour  une véritable citoyenneté participative où tous les citoyens auront leur mot à dire à tous les niveaux : choix des projets, préparation, décision, contrôle de l'exécution.
Pour le moment, la citoyenneté politique, délibérative, reste attachée à la nationalité, y compris la citoyenneté de l'Union européenne rattachée à la nationalité d'un Etat membre. Et la citoyenneté participative n'est qu'un rêve.

Surtout, il ne faut pas désespérer. Quand le président de la République se prononce pour le droit de vote après 10 ans de présence et sous réserve de réciprocité, il n'avance là que des modalités d'application. Il a abandonné devant l'évolution de l'opinion publique, y compris de son électorat les principes invoqués il y a peu de temps. Notamment le lien nationalité citoyenneté.

Dans les faits, ce lien nationalité citoyenneté est loi d'être constant. Dans sa thèse Hervé Andrès a étudié la législation de 192 pays et a trouvé que dans 64 pays , soit un tiers de ces pays et la moitié des pays démocratiques, des étrangers ont le droit de vote sur tout ou partie du territoire à certaines élections. Dans 4 pays, les étrangers ont le droit de vote à toutes les élections (Chili, Nouvelle-Zélande, Uruguay, Venesuela).
Conséquence, les Français ont le droit de vote, hors Union européenne, sur tout ou partie du territoire de 23 pays dont 4 aux élections nationales. Le président de la République, favorable au droit de vote sous condition de réciprocité, n'a pas avancé de projet de loi, n'a pas suggéré lors de la récente réforme constitutionnelle de donner aux ressortissants de ces pays vivant en France, des droits équivalents. Ce qui montre bien qu'il s'agit là d'arguties, de manoeuvres de retardement, en attendant que ses troupes aient enfin compris qu'il fallait le faire.

La route est longue pour arriver à un suffrage réellement universel. Si la France a été le premier pays à instaurer le suffrage universel masculin à l'échelle nationale en 1848, il a fallu attendre 96 ans pour que le suffrage universel soit étendu aux femmes, en 1944, alors qu'il était en place en Nouvelle-Zélande depuis 1893... C'est en 1974 qu'il a été étendu aux 18-21 ans et 1992 aux citoyens de l'Union européenne qui ont pu voter aux seules élections européennes en 1994 et  municipales en 2001.

Avant de terminer, je voudrais rappeler l'importance de la citoyenneté de résidence, du droit de vote de tous les résidents.
- Reconnaître la citoyenneté politique aux résidents étrangers, c'est d'une certaine façon, légitimer leur présence, leur droit d'être ici, le droit d'avoir des droits, d'en revendiquer de nouveaux avec et comme tous les autres citoyens. C'est leur reconnaître leur égale dignité.
- C'est un pas de plus vers la reconnaissance de l'égalité. Ce n'est pas l'égalité, c'est un nouveau pas vers. Le droit n'est qu'une égalité formelle. Il faut ensuite qu'il soit effectif. Ce n'est pas toujours le cas. Les femmes ont le droit de  vote depuis 1944 et une loi sur la parité depuis 2000 : 18% des députés qui sont des femmes et  22% des sénateurs sont des sénatrices.
- L'accès des résidents étrangers à la citoyenneté  ne touche pas seulement les intéressés. Mais aussi leur famille et particulièrement leurs enfants dont beaucoup comprennent mal qu'ils aient le droit de vote, eux qui ne se sont "donnés que la peine de naître" alors que leurs parents ne l'ont pas, qui ont contribué  au même titre que les autres travailleurs à la construction du pays.
- La participation électorale des résidents étrangers augmentera le poids électoral de certains quartiers et
des couches populaires sans croire que le vote de ces personnes est acquis à tel ou tel.
- Enfin, ce serait un nouveau pas vers la démocratie. En France, d'après le recensement de 1999, sur 45 millions d'adultes, 1,2 million avaient la nationalité d'un Etat extra-européen. C'est donc environ 2,6% des électeurs potentiels qui sont exclus du droit de vote, simplement parce qu'ils n'ont pas la bonne nationalité !
Mais les résidents étrangers sont très inégalement répartis sur le territoire français et ce déni de démocratie devient criant dans certaines communes où l'exclusion peut toucher plus de 30% des adultes.
Ainsi dans une commune de l'île de France, un moment sous les projecteurs de l'actualité, 33% des adultes sont exclus de tout scrutin politique parce qu'ils n'ont pas la nationalité française ou celle d'un pays membre de l'Union européenne. Et le futur maire a recueilli, au premier tour des élections municipales, 16 des voix des adultes de la commune. Cela n'entame pas la légitimité de l'équipe élue. Mais pose le problème de la démocratie. Trop de personnes sont exclues, de droit ou de fait . Peut-on se satisfaire d'une démocratie à 16% ?

La question n'est plus de savoir si les résidents étrangers auront le droit de vote. Mais quand ? et à quelles élections ? Au sein de l'Union européenne, des pays ont donné le droit de vote  aux élections municipales ou locales avec éligibilité, d'autres le droit de vote sans éligibilité et d'autres sous condition de réciprocité aux élections municipale et quelquefois nationales. Au Royaume-Uni, tous les ressortissants du Commonwealth, 53 pays, ont le droit de vote et d'éligibilité à toutes les élections, y compris les élections européennes.
Et puis, il y a 10 pays dont la France qui assurent le service minimum : le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales et européennes  pour les seuls citoyens de l'Union européenne.

A la fin de cette journée, j'espère que la Commission consultative que vous allez mettre en place fera progresser sur ce long chemin vers le suffrage universel et l'égalité pour tous les résidents quelle que soit leur nationalité. Je vous souhaite bon courage et je remercie la municipalité et particulièrement monsieur le maire pour cette initiative.


Bibliographie :
  • http://pagesperso-orange.fr/   Tous les articles publiés
    http://pagesperso-orange.fr/paul-oriol/livre050731.pdf   Plaidoyer pour une citoyenneté européenne de résidence

  • Diaporama : Les Français favorabls au droit de vote : http://www.dailymotion.com/video/x9pknh_acer-droit-de-vote-des-etrangers-en_news
  • Diaporama d'affiches en faveur du droit de vote des résidents étrangers : http://www.dailymotion.com/video/x9e42q_acer-droit-de-vote-des-etrangers-2_news

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Published by Paul ORIOL - dans Immigration
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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 13:48
A l'occasion de la réunion du Cercle des Chamailleurs du 25/09/08, autour du chapitre "liberté" dans "Présentation de la philosophie" de André Comte-Sponville (Livre de Poche).

Ce texte sur la liberté, dans un livre "Présentation de la philosophie", débute paradoxalement par la liberté de faire, pragmatique, politique qui peut sembler une évidence à toute personne vivant en démocratie. Puisque chacun peut aller et venr à sa convenance. La liberté est donc une évidence irréfutable. Et avec une comparaison des plus douteuses : l'eau, "captive" dans le vase, "libérée" si on casse le vase ! La comparaison paraît ici déraison. Ou exemple, involontaire, que la liberté n'existe pas. Dans le vase, intact ou cassé, l'eau n'est pas libre. Elle est soumise aux mêmes lois dans les deux situations. Totalement soumise. Et qu'elle "s'échappe" ou non, c'est seulement parce qu'elle obéit aux mêmes lois physiques qui la font couler ou l'empêchent de couler.
De cette démonstration, accompagnée d'un tutoement qui témoigne d'un certain mépris pour le lecteur et que le lecteur n'est pas libre d'accepter ou de refuser sauf à jeter le livre, l'auteur arrive à la conclusion que la liberté politique est "la seule dont on ne puisse contester la réalité ni le prix".
C'est aller un peu vite en besogne et faire entrer le lecteur dans la nasse. Si on ne peut contester cette liberté, il est difficile de contester les autres.
La question est ensuite posée de savoir si on est "libre de vouloir ce qu'on veut". A cette question, la réponse est pour le moins discutable et peu discutée, avec une virtuosité de l'usage des mots pour impressionner le lecteur : "La liberté est le pouvoir déterminé de se déterminer soi-même", "je veux ce que je veux et c'est en quoi je suis libre de le vouloir", "Etre libre de vouloir, c'est vouloir ce que l'on veut".
Si le lecteur a un doute, la démonstration est claire : "Mon cerveau me commande ? Soit, mais je suis mon cerveau, c'est donc que je me commande moi-même..." Alors que dire de la volonté du fou ? Elle ne dépend que de lui. Donc, il est libre. Bien sûr que non puisqu'il est fou. C'est pourtant son cerveau qui le commande. Bien sûr, un cerveau aliéné donc non libre. Où est le passage entre la folie et la non folie ? Entre le libre et le non libre ? Si le diabétique a un comportement anormal, c'est parce qu'il est en hypoglycémie. C'est l'hypoglycémie qui est responsable. S'il est en normoglycémie, il a un comportement "normal", ce n'est pas la glycémie qui en est responsable mais lui... Et Freud n'a jamais existé.
Et l'oiseau n'obéit qu'à lui même, il est donc pafaitemnt libre. Libre comme l'air. Comme l'eau. Il est libre car soumis à sa seule nécessité.
Mais, finalement, arrive l'aveu : "La liberté est un mystère : nous ne pourrons jamais la prouver, ni la comprendre tout à fait... Je peux toujours croire que je suis libre sans jamais pouvoir le prouver".
Il faut donc en conclure que, pour le philosophe, la liberté est, avant tout, une acte de foi. Ce qui ne l'empêche pas de manier le paradoxe. Je ne peux comprendre tout à fait la liberté, je ne suis pas sûr d'être libre mais je dois "comprendre comment je peux le devenir davantage". "Que nous soyons libre ou pas,  cela ne saurait nous dispenser de devenir ce que nous sommes".

Dans tout ce texte, il est étonnant que n'apparaisse pas la vieille question de Dieu. Peut-on être libre si Dieu existe ? Mais l'auteur est, je pense, athée, ce qui le dispense d'une question difficile .

* - * - * - *
Etre déterminé par soi-mê ne veut pas dire être libre. Cela veut dire que les pensées, les actes obéissent à des mécanismes internes. Ou surtout internes. Cela veut dire que bien que je ne sois pas libre, j'ai le sentiment d'être libre. Je sais que je ne suis pas libre mais je crois que je le suis. Et je sais que personne n'est libre mais que chacun peut avoir le sentiment de l'être. Je crois que c'est Rousseau qui a dit quelque chose comme : "Le raisonneur aura me dire que je ne suis pas libre j'ai en moi le ferme sentiment de cette liberté". C'est pourquoi il est quelquefois plus facile de percevoir ce qui influe le comportement des autres.

Et donne la possibilité de jouer sur les déterminants des autres. Comme le tyran par la peur, la menace... Comme le manipulateur qui agit sur certains ressorts que l'intéressé ne perçoit peut-être pas... Comme le démocratie qui peut argumenter ou modifier certaines conditions sociales qui changeront les comportements individuels...
Car l'homme n'est pas seulement biologiquement déterminé. Il est aussi socialement déterminé. Et peut être surtout socialement déterminé, étant donné les énormes possiblités de son cerveau. L'homme naît avec d'immenses potentialités qu'il ne peut réaliser que s'il est "humanisé"  par d'autres hommes.

La cellule souche "homme"  est très polyvalente à la naissance. Elle ne pourra réaliser que certaines de ses potentialités en fonction des circonstances. Si on ne naît pas libre et si on ne le devient pas, il est certain que le nouveau-né à de multiples avenirs possibles mais il ne choisit pas librement ce qu'il va faire ce qu'il va devenir, ce qu'il va "être". Ce sont ses capacités génétiques et son conditionnement social qui vont l'amener à "devenir ce qu'il est" (?). Au détriment de tous les autres possibles qui sont négligés. Einstein placé dans les conditions de Tarzan ne serait pas devenu Einstein. Serait-il devenu Tarzan ?
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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 16:21
LES VERTS SONT-ILS MÛRS

Daniel Cohn-Bendit semble avoir réussi son projet de regroupement des différentes tendances écologistes derrière son nom pour les prochaines élections européennes. Le CNIR (le parlement des Verts) a adopté ses propositions à l'unanimité.

En réalité, certains écologistes sont encore à l'extérieur de cette grande coalition : certains Alter-écolos à gauche, les waechtériens et , en tout cas, Waechter lui-même, Corinne Lepage, toujours au Modem avec Benhamias. Et surtout,  Hulot qui envoie son lieutenant mais se contente, pour l'instant, d'un soutien vidéo.

Cet attelage ne manque pas d'allure sur le papier, encore plus au niveau médiatique, de Bové à Hulot,  ce qui est possible étant donné l'évolution de Hulot. Mais quel en sera le résultat électoral car il s'agit bien d'une opération électorale ?

Cette opération traduit le désaarroi des Verts en général et de la gauche des Verts enparticulier. Il est évident que le score de Dominque Voynet  à la présidentielle (1,57%) comparé à celui de Daniel Cohn-Bendit à la tête des Verts aux européennes de 1999 (9,72%) a pesé lour dans la décision des membres du Cnir. Cohn-Bendit n'a pas hésité à faire miroiter un résultat à deux chiffres et donc des élus alors que le score Voynet  signifie la disparition des Verts français du Parlement européen.

Au delà de la présence de Cohn-Bendit, il est évident que l'élection européenne, sans enjeu véritable, est moins sujette "au vote utile" que l'élection présidentielle surtout après la mésaventure Jospin. Il est donc permis de penser qu'avec ou sans DCB, les Verts auraient fait mieux que Dominique Voynet à la présidentielle. Mais auraient-ils eu des élus ?

Et DCB continue de charger la barque, la venue de Eva Joly sur la liste "écologiste" ne peut que renforcer la tendance au rêve avec deux élus possibles dans la région Ile de France : deux élus qui ne seront pas Verts "pur sucre". Il faut encore que les militants de la région approuvent cette figure.

Ce n'est pas tout. Il faut aussi faire une place, en tête de liste dans une autre région à José Bové. Et aussi à Hulot s'il se décide ! Encore deux élus potentiels qui ne seront pas Verts ! Reste que cette opération valorisée médiatiquement peut entrainer l'élection ou la réélection des député(e)s  des Verts dans les autres régions, élection ou réélection qui sans cela aurait été problématique.

Mais cette opération si elle est assurée d'un succès médiatique est cependant plus difficile au niveau électoral : il faut que les électuers suivent. Dans toutes les régions. Quelle que soit la personne en tête de liste. Même si elle ne correspond pas à leur orientation poltique. Les électeurs favorables à Bové voteront-ils ici pour Cohn-Bendit dans l'Ile de France. Les partisans de Cohn-Bendit voteront-ils là pour Bové ? S'ils ne le font pas, les résultats peuvent être bien inférieurs aux espérances.

Et tout cela, à quel prix ? Au prix de l'abandon, au mojns momentané, de l'écologie politique qui a été le clivage avec les waechtériens, le ni droite, ni gauche... Bien sûr, l'arrivée de José Bové peut satisfaire l'aile gauche de l'écologie. L'élection de Bové au Parlemnt européen serait pour l'écologie politique, pour la gauche écologiste un porte-voix phénoménal qui contrebalancerait au moins partiellemnt le libéralisme de Cohn-Bendit. Encore faut-il qu'il soit élu.

Lors de la prochaine échéance électorale législative, la tentation sera grande de revenir à la gauche plurielle  déjà ébauchée à la fête de l'Humanité où se trouvaient côte à côte, François Hollande, Cécile Duflot et Marie-George Buffet.  Condition nécessaire pour avoir des élus !

Au moment où les prévisions des Verts se réalisent, il est triste de voir les Verts ainis ballottés d'un coté à l'autre, avec pour seule ligne cohérente, avoir des élus.
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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 12:46
QUI A PEUR DE LA DEMOCRATIE ?

LE MALAISE....


A la suite du "non" des Français et des Néerlandais en 2005, des Irlandais en 2008, les observateurs les plus honnêtes, sinon les plus avisés car cela n'échappe à personne, ont parlé de malaise des peuples européens devant l'évolution de l'Union européenne.

L'adoption par voie parlementaire, en France et aux Pays-Bas, du traité de Lisbonne n'est pas faite pour faire disparaître ce malaise, bien au contraire. Elle a mis en évidence la faiblesse des convictions démocratiques de ceux qui gouvernent et même un certain mépris pour les peuples.

Constitutionnellement, l'Irlande ne peut avoir recours à ce tour de passe-passe. Et le succès du second référendum n'est pas aussi assuré que la passage par la voie parlementaire.

Au delà de la mini-campagne "il faut respecter le non irlandais", la gauche devrait prendre conscience de l'importance des garanties formelles dont témoigne l'exemple irlandais. On peut être assuré que, désormais, il y a peu de probabilités qu'un gouvernement lance, en France, un nouveau référendum sur un traité européen sauf s'il y est obligé.

La victoire du "non" aux référendums permettait à une gauche réellement démocratique de prendre la tête d'une campagne européenne pour l'élection d'une constituante européenne.

En fait, cela était impossible :
- Parce que les partis n'ont pas une ligne claire sur la question des institutions européennes : on a vu comment l'UMP ou le PS ou les Verts se sont divisés au moment du Projet de traité constitutionnel européen.
- Parce que de nombreux politiques, de droite et de gauche, ne veulent pas dire publiquement quelles institutions ils voudraient pour l'Union européenne.
-Parce que les prises de position, au moment du référendum étaient conditionnées, et pas seulement chez les partisons du "non" par bien d'autres choses que le texte du traité.
- Enfin, si demain le débat portait sur les institutions, et seulement sur les institutions, il faudrait rebattre les cartes, ce qui montrerait la fragilité des partis politiques. Les souverainistes de droite ou de gauche  se retrouveraient sur des positions proches... De même les fédéralistes de tous les bancs parlementaires... Et tous préfèrent l'ambiguïté...

A défaut de l'élection d'une assemblée constituante européenne que la victoire du "non" permettait de proposer, les élections européennes pourraient être l'occasion de lancer le débat pour un parlement européen "constituant" et sur ce que devraient être des institutions européennes démocratiques. Il y a peu de chances pour que ce soit le cas.
Il sera plus facile à chacun de proclamer "l'Europe que nous volons" sans dire comment y arriver et en sachant très bien qu'avec l'organisation actuelle des pouvoirs, elle continuera d'avancer dans le même sens. Sauf à compter sur une explosion européenne, toujours possible mais difficile à prévoir étant donnée l'absence d'espace public européen.

Comme on ne changera pas les règles du jeu, il est à craindre que le malaise dure longtemps.

Souveraineté populaire bien encadrée

L'article 8b du traité de Lisbonne prévoit : "Des citoyens de l'Union, au nombre d'un million au moins, ressortissants d'un nombre significatif d'Etats membres, peuvent prendre l'initiative d'inviter la Commission européenne, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent  qu'un acte juridique de l'Union est nécessaire aux fins de l'application des traités".

Cet article a été particulièrement invoqué, lors du référendum, pour souligner l'avancée démocratique qu'il constituait. Il est vrai qu'un million de citoyens sur 450 millions d'habitants est un nombre raisonnable. Il faut cependant remarquer que sont exclus de ce "droit de pétition" les résidents étrangers non citoyens de l'Union alors qu'ils ont le droit, à titre individuel ou collectif,  d'envoyer une pétition au Parlement européen ou au médiateur. C'est donc un recul démocratique. Les résidents non communautaires peuvent avoir, comme les autres citoyens, un avis sur l'application des traités. Ils n'ont pas le droit de la faire connaître à la Commission.
Par ailleurs, la Commission sera invitée, ce ne sera pas une obligation, à soumettre une proposition dont elle seule définira les termes et qui ne permettra pas de demander une moidification des traités eux-même (pour, par exemple, ouvrir la citoyenneté de l'Union aux non communautaires).

Au niveau français, la nouvelle constitution prévoit  : "Un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa [sur l'organisation des pouvoirs publics, sur les réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendent à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions] peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales".

Ici l'encadrement est beaucoup plus strict. Ce sont les parlementaires qui auront l'initiative et encore faut-il qu'ils soient 182 au moins (un cinquième des parlementaires) : ce qui semble limiter sérieusement  cette possibilité pour l'opposition ! Ils devront être soutenus par un dixième des électeur, soit 4,5 millions de personnes environ (un dixième des électeurs). Ici encore en sont exclus les résidents étrangers non communautaires et probablement les autres citoyens de l'Union qui n'ont pas la nationalité française. Ainsi d'ailleurs que les citoyens qui ne sont pas inscrites sur les listes électorales !!

En comparaison, le PTCE ou le traité de Lisbonne avec un million de ressortissants sur 450 millions d'habitants pourrait passer pour une démocratie exemplaire ! Mais les termes du référendum seront probablement ceux de la pétition présentée par les parlementaires.

Ici et là, au delà des déclarations de principe sur la démocratie, un effort est encore nécessaire pour la mise en place de véritables institutions démocratiques aussi bien au niveau national qu'au niveau européen..
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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 08:22
L'immigration a été utilisée par Nicolas Sarkozy pour prendre les voix de l'extrême droite qui lui ont permis de devenir président de la République. On pouvait espérer que, fortune faite, il se rangerait des affaires. Mais changer une politique qui gagne est peut-être au dessus de ses forces. Du moins pour le moment. C'est pourquoi, il a créé le ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement durable.

Les mots " identité nationale" dans l'intitulé du ministère ont d'emblée fait problème. Et  certains de crier que l'immigration n'avait rien à voir avec l'identité nationale. D'autres, plus éclairés, ont insisté sur l'usage qui a toujours été fait de ce lien immigration-identité nationale.

C'est aux premiers que, dans leur Lettre de mission à Brice Hortefeux, le président de la République et le Premier ministre ont répondu en affirmant justement : " Il est aussi inconscient de croire que l'immigration est sans incidence sur le devenir de notre nation que de penser que l'immigration n'a pas contribué à forger notre identité".

C'est là une évidence. Qu'auraient été les "Trente glorieuses" sans la main d'oeuvre immigrée, la science française sans Marie Curie, les lettres sans Rousseau et Zola, la politique française sans Gambetta, Balladur et... Sarkozy ? Il est plus difficile de dire quelle incidence elle aura sur le devenir de notre nation. Il n'est pas interdit de poser la question de façon différente : quelle influence aura la politique actuelle de l'immigration sur le devenir de notre nation ?

Et là, les choses sont plus claires. Qui ne voit les conséquences sur la vie de millions de personnes, y compris françaises, de l'obsession de l'immigration et de l'immigration clandestine ? Rafles dans les quartiers "immigrés", arrestations dans les écoles ou à la sortie des classes, contrôles au faciès, suspicion des mariages mixtes, criminalisation des actes de solidarité, y compris au sein d'une famille...

Qui ne voit à quel point l'obsession de la fraude concernant la nationalité française entraîne les pratiques administratives sur des chemins dangereux et réveille de grandes douleurs qui touchent de nombreux Français quelle que soit leur origine. Libération  s'en est fait l'écho durant l'été 2007 : suspicion quant à la possession de la nationalité française à la simple vue du patronyme ou à cause de la naissance de la personne ou de ses parents à l'étranger ou même dans un département appartenant ou ayant appartenu à la République... Certains fonctionnaires semblent ignorer que l'Alsace est, malgré les vicissitudes de l'Histoire, une terre française, que l'Algérie l'était jusqu'en 1962 ! Voici des Français à qui on demande de prouver une nationalité qu'ils ont depuis de longues années ou depuis toujours, quelquefois transmise par plusieurs générations, qui onf fait une carrière de fonctionnaire, de militaire, qui ont été élus de la République... Etrange retour de l'Histoire : certains à qui on voulait, en d'autres temps, retirer leur nationalité française - et la vie - à cause de leur religion qu'ils devaient déclarer sur leur carte d'identité ou sur leur poitrine, doivent fournir un certificat de religion pour se la voir reconnue !

Il ne fait pas de doute qu'une telle paranoïa laissera des traces. Et pas seulement chez les victimes. Pour certains, ce comportement administratif les confortera dans l'idée qu'il y a parmi nous des "pas vraiment français".

Quant à l'intégration et au développement solidaire, il en sera question plus tard. La lutte contre l'immigration clandestine a été planifiée avec des objectifs chiffrés sans étude d'impact et autres dommages collatéraux, il n'en est pas de même pour l'intégration et le développement solidaire. Il ne fait pas de doute que M. Hortefeux sera jugé sur le nombre d'expulsions, non sur l'intégration (mesurée comment ?) ou sur le développement durable.

La France préside l'Union européenne pendant six mois. Nicolas Sarkozy donne comme premier chantier de cette présidence : " le pacte sur l'immigration et l'asile". L'unité des Etats s'est souvent faite en s'inventant un ennemi. Nicolas Sarkozy a trouvé l'ennemi de l'Union européenne. Ce n'est pas un hasard si le premier projet qu'il avance renforce l'idée d'Europe forteresse face au reste du monde. Et avec le pacte pour la Méditerranée, il ne cache pas son désir d'en faire un nouvel instrument pour cantonner les populations du sud chez elles.

Ces propositions sont en contradiction avec les valeurs affichées au niveau national comme au niveau européen, de liberté, d'égalité. Et les murs de cette forteresse ont leur prolongement à l'intérieur de l'Union : rien ne ressemble plus à un immigré illégl qu'un immigré légal ou qu'un national d'origine immigrée... Et la chasse au faciès étant inefficace, il faudra passer au profil scientifique, empreintes digitales, pour les Roms d'abord en Italie, ADN... Edvige, Edvige ne vois-tu rien venir ?

L'Union européenne que Sarkozy et ses collègues préparent est bien libérale au point de vue économique, le traité de Lisbonne, le garantit et sera appliqué quel que soit son avenir irlandais. Elle n'est pas libérale au point de vue politique. Elle sera égalitaire dans le fichage non dans les droits.

C'est une autre Europe qu'il faut proposer. Celle de l'égalité et du partage. Incapable de l'envisager au niveau national, comment Nicxolas Sarkozy pourrait-il l'envisager au niveau international ?

NB : Une partie de cet article a fait l'objet d'un éditorial de la Lettre de la Citoyenneté.


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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 16:56
Les primaires étasuniennes touchent à leur fin. Le candidat républicain est connu depuis longtemps. Il devient maintenant de plus en plus probable que Barack Obama sera le candidat démocrate. Ces longues (et chères) primaires ne permettent pas de se faire une idée très précise du programme des candidats mais, suivant une phrase attribuée à Charles Pasqua, les promesses, les programmes n'engagent que ceux qui y croient...

Ces primaires n'en sont pas moins intéressantes. Les femmes ont le droit de vote depuis 1919. Ce n'est qu'en 1964 que la loi instaure le suffrage universel pour les Noirs. Jusque là, dans la plupart des Etats du Sud, les Noirs devaient prouver l'ancienneté de leur appartenance à la nation américaine et être capables de commenter la Constitution de 1787. Malgré ce retard pour le droit de vote, il est possible que le premier candidat noir à la présidence précède la première femme candidate.

Barack Obama est-il un Noir candidat ou un candidat noir (à la candidature) à la présidence ? En fait, Barak Obama n'est pas noir mais métis. Mais aux Etats-Unis, et pas seulement aux Etats-Unis, il suffit d'avoir une "goutte de sang noir" pour être considéré comme noir, aussi bien par les Noirs que par les Blancs. Mais les choses se compliquent parce que Barack Obama est né aux Etats-Unis (sinon il ne pourrait être candidat à la présidence) d'un père d'origine kenyane. Il appartient donc à la catégorie des descendants d'immigrants et rejoint ainsi le "mythe américain" : descendant d'immigré et melting pot. "Je suis le fils d'un noir du Kenya et d'une blanche du Kansas".  Il n'appartient donc pas aux Noirs américains descendants d'esclaves mais a "épousé une Noire américaine qui porte en elle le sang des esclaves et de leurs maîtres".

C'est sur le "mythe américain" que Barack Obama s'appuie dans sa campagne. Barak Obama ne s'est pas enfermé,  et  a su ne pas se laisser enfermer,  dans le "vote noir" qui ne pouvait que le marginaliser. Il est loin du "Balck power". De façon plus subtile, Barack Obama s'appuie sur les cotés consensuels de Martin Luther King (celui de "j'ai fait un rêve") et gomme les prises de positions antérieures du pasteur dénonçant les 3 tares fondamentales des Etats-Unis, le génocide, le racisme et le capitalisme dont il est nécessaire qu'ils se débarrassent.

Quand on veut lui faire endosser les propos de Jeremiah Wright, il prononce un mémorable discours à Philadelphie où a eu lieu la Grande Convention  qui a proclamé en 1787 la Constitution des Etats-Unis , toujours en vigueur. Et ce discours reprend les grands thèmes du "mythe américain". Les Etats-Unis ne sont pas parfaits mais beaucoup a été fait et beaucoup reste à faire, ensemble. Il faut comprendre la souffrance des Noirs mais aussi celle des Blanc. Poursuivant l'oeuvre des pères fondateurs, il se propose de "continuer la longue marche de ceux qui nous ont précédé, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus généreuse, plus prospère".

Jusqu'aux années 70, le mythe américain reposait sur le melting pot qui s'est brisé sur la question noire, sur la révolte des Noirs et qui a débouché sur le multiculturalisme. Barack Obama ne reprend pas formellement le melting pot, il ne nie pas la diversité des histoires, il comprend la diversité des colères mais il reprend la colère des Blancs et la colère des Noirs, l'anxiété des Noirs et l'anxiété des Blancs, il veut les canaliser pour bâtir une Amérique plus forte, plus juste... "nous ne pourrons résoudre les problèmes de notre temps que si nous les résolvons ensemble... nous ne pourrons parfaire l'union que si nous comprenons que nous avons une histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs, que nous ne sommes pas tous pareils  et que nous ne venons pas tous du même endroit mais que nous voulons  aller dans la même direction, vers un avenir meilleur, pour nos enfants et nos petits enfants".

La colère de Jeremiah Wright est juste mais mal orientée, comme est juste la colère des Blancs mais il ne fut pas monter les uns contre les autres :"ses propos sèment la discorde à un moment où nous devons trouver ensemble des solutions à nos problèmes : deux guerres, une menace terroriste, une économie défaillante, une crise chronique du système de santé, un changement climatique aux conséquences désastreuses. Ces problèmes ne sont ni noirs, ni blancs, ni hispaniques, ni asiatiques mais ce sont des problèmes qui nous concernent tous... La plupart des Américains de la classe ouvrière et de la classe moyenne  blanche... Leur expérience est l'expérience de l'immigrant - dans leur cas, ils n'ont hérité de personne, ils sont partis de rien. Ils ont travaillé dur toute leur vie, souvent pour voir leurs emplois délocalisés et leurs retraites partir en fumée.... Tout comme la colère noire s'est souvent avérée contre-productive, la rancoeur des Blancs nous a aveuglés sur les véritables responsables de l'étranglement de la classe moyenne - une culture d'entreprise où les délits d'initié, le pratiques comptables douteuses et la course aux gains rapides sont monnaie courante : une capitale sous l'emprise des lobbies et des groupes de pression, une politique économique au service d'une minorité de privilégiés...
Et pourtant, souhaiter la disparition de cette rancoeur des Blancs, la qualifier d'inappropriée, voire de raciste, sans reconnaître qu'elle peut avoir des causes légitimes - voila aussi qui contribue à élargir la fracture raciale et faire en sorte que l'on n'arrive pas à se comprendre.
Mais j'ai affirmé ma conviction profonde  - une conviction ancrée dans ma foi en Dieu et ma foi dans le peuple américain - qu'en travaillant ensemble  nous arriverons à panser nos vieilles blessures raciales et qu'en fait nous n'avons plus le choix si nous voulons continuer d'avancer dans la voie d'une union plus parfaite.
L'erreur profonde du Rev. Wright n'est pas d'avoir parlé du racisme  dans notre société. C'est d'en avoir parlé comme si rien n'avait changé, comme si nous n'avions pas accompli de progrès, comme si ce pays - un pays ou un Noir peut être candidat au poste suprême  et construire une coalition de Blancs et de Noirs, d'hispaniques et d''asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux - était encore prisonnier de son passé tragique.
Mais ce que nous savons - ce que nous avons vu - c'est que l'Amérique peut changer. C'est là le vrai génie de cette nation. Ce que nous avons déjà accompli nous donne l'espoir - l'audace d'espérer - pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain.
Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toute couleur et de toute croyance qui versent ensemble  leur sang sous le même fier drapeau".

Tout ceci ne préjuge en rien des résultats des élections si Barack Obama est candidat des démocrates. Arrivera-t-il à dépasser le handicap que constitue le fond raciste du pays ? La même question se pose pour Hilary Clinton candidate : saura-t-elle dépasser  l'antiféminisme d'une partie de la société ? Se posera aussi le dépassement des rancoeurs accumulées entre les deux candidats durant les primaires.

Et in fine, l'élection de l'un ou de l'autre ne permet pas de savoir quelle politique conduira le nouvel élu une fois au pouvoir. Mais l'élection de l'un ou de l'autre montrera le chemin parcouru depuis l'élection de J.F.Kennedy, premier président catholique.


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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 06:45
Au mois de mars, les résidents étrangers ayant la nationalité de l'un des Etats membres de l'Union européenne ont pu participer, pour la deuxième fois, à des élections municipales en France. Ceux qui ont une autre nationalité, sont restés devant la porte des bureaux de vote.
C'est une discrimination.

Le président de la République a fait mettre à l'étude une modernisation et une démocratisation des institutions de la République. Dans les propositions, sans tabou, qu'il a soumises au comité ad hoc présidé par Edouard Balladur, il a oublié de mettre le droit de vote des résidents étrangers. Sachant qu'il s'est prononcé, à titre personnel, en faveur de cette mesure.
L'erreur est humaine.

Le Comité, la voix de son maître, a avancé 77 propositions sans un mot sur la 78ième, le droit de vote. Comme le président du Comité et quelques uns de ses membres, réputés favorables à cette mesure, ont été interpellés par "votation citoyenne" pour éviter un fâcheux oubli...
Il ne s'agit plus d'oubli mais de persévérance dans l'erreur...
 
Parmi les mesures proposées, certaines demandent une réforme de la Constitution qui n'est pas possible sans l'appui du parti socialiste. Le président du groupe socialiste au Sénat a avancé comme condition d'un soutien éventuel une "exigence démocratique" préalable qui ne nécessite pas la réforme de la Constitution, le mode d'élection du Sénat. Cela permettrait de discuter ensuite d'autres questions " le partage du temps de parole audiovisuel, la nomination des membres du Conseil constitutionnel ou du CSA, le droit de vote des étrangers aux élections locales"  (Libération 17 avril 2008).
La question du droit de vote apparaît donc enfin comme facteur de démocratisation et de modernisation de la vie politique en France sur le même plan que le Conseil constitutionnel, le CSA, le temps de parole audiovisuel...

Mais attention, il est énoncé parmi d'autres points. Or toute négociation se conclut sur un compromis, certains points sont actés, d'autres non. Il ne faudrait pas que le droit de vote soit avancé comme point à négocier mais comme exigence sine qua non. Si l'accord se faisait sur le dos du droit de vote, la déception ne serait que plus grande pour tous ceux qui le demandent, chaque jour plus nombreux (plus de 80 000 participants à l'opération "votation citoyenne " en 2006) , ou qui l'attendent depuis 30 ans (voir les sondages de la Lettre de la Citoyenneté).
Un accord sans droit de vote des résidents étrangers ne serait pas un compromis mais une compromission.

Et lourde de conséquences. Car la revendication du droit de vote apparaîtrait, justement, à ceux qui sont exclus de la démocratie comme une revendication jouant le rôle de monnaie d'échange et eux mêmes comme les supplétifs d'un autre combat.

Pourtant ce combat mérite d'être mené par le PS. Parce que c'est une promesse de trente ans. Parce qu'elle ne peut être menée sans réforme de la Constitution et donc sans participation de la droite. Parce que Nicolas Sarkozy, en d'autres temps, a dit qu'il n'y était pas opposé et que cela l'obligerait à mettre ses actes en accord avec sa parole. Parce que l'ouverture à gauche ne serait pas un simple débauchage mais un pas en avant. Parce que l'idée de droit de vote avance chez les électeurs de droite et peut-être aussi chez les politiques dont certains regrettent d'avoir manqué des réformes comme le PACS.

Paradoxalement, le moment est venu pour le PS de tenir parole sur le sujet alors qu'il est dans l'opposition. Qu'il transforme l'essai ou qu'il échoue et rompe, dans les deux cas ce sera porté à son crédit.

Bibliographie :
  • http://pagesperso-orange.fr/   Tous les articles publiés
    http://pagesperso-orange.fr/paul-oriol/livre050731.pdf   Plaidoyer pour une citoyenneté européenne de résidence

  • Diaporama : Les Français favorabls au droit de vote : http://www.dailymotion.com/video/x9pknh_acer-droit-de-vote-des-etrangers-en_news
  • Diaporama d'affiches en faveur du droit de vote des résidents étrangers : http://www.dailymotion.com/video/x9e42q_acer-droit-de-vote-des-etrangers-2_news









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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 13:36
Coopérant en Algérie de 1964 à 1972, j'étais à Alger en mai 68.

Comme en France, pendant les années antérieures, nous avions monté un comité Viêt-Nam, nous cotisions et nous avions constitué un bon carnet d'adresses de coopérants.

A l'époque, Alger faisait figure de capitale de la lutte contre l'impérialisme et hébergeait les mouvements de libération africains des colonies portugaises, Angola, Mozambique, Guinée Bissau-Cap Vert,  de l' Afrique du sud, du Zimbabwe... Nous avions des groupes de travail sur ces paysqui avaient des relations avec le MPLA, le FRELIMO, Le PAIGC, l'ANC... et quelques fiches ont été réalisées sur ces pays et leur mouvement de libération.

En principe, toute activité politique était interdite aux étrangers mais nous savions par le FLNC que la notre était connue du FLN et des autorités algériennes et qu'elle était tolérée. Elle était dans les clous.

Les événements de mai se poursuivant en France, dans la seconde quinzaine, nous avons décidé de "passer à l'action" et nous avons utilisé le carnet d'adresses pour donner rendez-vous à tous les Français et envahir l'ambassade. Bien entendu, notre convocation avait été transmise , et l'ambassade a été mise au courant. Quand nous sommes arrivés, le portail de l'ambassade était fermé.

Assez nombreux, nous avons pu forcer l'entrée et nous nous sommes retrouvés devant un cordon de police. Il n'y a pas eu d'affrontement violent. Après négociation, l'ambassadeur a mis à notre disposition une salle où tous les jours, il pouvait y avoir une AG. C'est lors d'une de ces AG que j'ai vu pour la première fois Stéphane Hessel qui était en poste à l'ambassade (il n'était pas ambassadeur) mais probablement préposé aux bonnes relations avec les contestataires.

Je ne me souviens  que d'une proposition d'action qui a été faite pendant cette période :  former une caravane de voitures et , drapeaux rouges au vent, traverser l'Espagne (franquiste) pour rejoindre la Révolution. Elle n'a pas été suivie du moindre commencement de réalisation.

Inutile de dire que pour nombre d'Algériens (non politisés bien sûr), les Français étaient devenus fous ! Ils avaient tout et ils voulaient plus encore...

Bien entendu, aucun courrier n'arrivait de France. Une lettre d'une copine rentrée d'Algérie l'année précédente qui me disait de venir à Paris, partie au début du mois de mai est arrivée courant juin. Et quand je suis venu à Paris, en juillet, le tour des lieux historiques et des facs de Paris, avec un copain, en scooter, m'a permis de faire des photographies des affiches dont les murs de Paris étaient encore couverts. 21/04/08


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