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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 21:17

FRANCE ET UNION EUROPÉENNE

Connaissant le prix des affrontements entre l'Allemagne et la France en 1870, 1914-18 et 1939-45, des États européens ont conclu des traités dont le premier est celui de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) avec l'intention d'aller vers une union européenne pacifique construite autour du couple Allemagne-France. Ce fut d'abord avec la Belgique, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, l'Europe des six.

Cette construction reposait sur l'illusion d'une France « victorieuse », à la « tête d'un empire », disposant de la « force nucléaire » et d'un « siège » au Conseil de sécurité et qui croyait en intégrant l'Allemagne, vaincue et frappée d'indignité, avec le Benelux et l'Italie, construire une Europe correspondant à sa vision.
Mais « la victoire » et « l'empire » s'effacent dans le passé comme « défaite » et « l'indignité ». « L'arme nucléaire » est une bombinette chère mais sans utilité militaire ou diplomatique aujourd'hui et le « siège » au Conseil de sécurité le reflet de circonstances historiques. Et l'Europe des 6 est devenue l'Union européenne à 28.

La France à la remorque

Il a souvent été question du bimoteur européen, Allemagne-France, pour faire avancer l'unité de l'Europe. Depuis quelque temps, la puissance économique de l'un et l'affaiblissement politique de l'autre font que désormais, le rapport de force au sein d'une Union européenne à dimension variable, tourne, de plus en plus, à l'avantage de l'Allemagne. L'Europe rêvée, à la française, s'estompe derrière l'Europe réelle, à l'allemande.

La domination allemande dans la politique européenne actuelle est visible dans le traitement des différentes questions européennes : politique(s) monétaire, économique, sociale, gestion de la question grecque, de l'immigration, de la négociation avec la Turquie… Toutes questions où ce n'est pas la Commission européenne et son président, Jean-Claude Juncker, qui négocient mais Angela Merkel ou Wolfgang Schäuble.

Cette domination, particulièrement nette, ne pourrait exister sans le consentement de la France. Il suffit de voir comment, certes exemples discutables, le Royaume-Uni depuis toujours et avec David Cameron encore récemment ou Viktor Orbán et le groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), refusent d'obtempérer et posent leurs conditions sur telle ou telle question.

On a vu comment Aléxis Tsípras a affronté Wolfgang Schäuble et la troïka, seul, dans une situation particulièrement difficile : crise économique et financière, faible poids économique et politique au sein de l'UE et sans aucun allié réel face au ministre des finances allemand.

François Hollande était déjà passé par là avec, théoriquement, plus de poids... Candidat à la présidentielle, il avait annoncé que, s'il était élu, il renégocierait le projet de « pacte budgétaire européen ou traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » à travers un nouveau « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance » (1). Dans son allocution de victoire, le 6 mai, il avait rappelé que « l'austérité pouvait ne plus être une fatalité » et sa volonté de « donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi, de prospérité, d'avenir » (2). Le lendemain, 7 mai, l'Allemagne répondait en excluant toute renégociation du pacte budgétaire européen. La chancelière, prête à l'accueillir « les bras ouverts », affirmait qu'elle ne voulait pas « d'une croissance par des déficits, mais d'une croissance par des réformes structurelles ». Il n'était pas question d'encourager des politiques de relance, mais de promouvoir la voie choisie par l'Allemagne et les réformes du marché du travail mises en place par l'ancien chancelier Gerhard Schröder.

« Il n'est pas possible de renégocier le pacte budgétaire », qui a déjà été « signé par vingt-cinq des vingt-sept États membres de l'Union européenne » [dont la France] et qui a pour but de renforcer la discipline dans la gestion des finances publiques, a dit le porte-parole de la chancelière (3).


FRANCE ET UNION EUROPÉENNE

On a vu comment Aléxis Tsípras a affronté Wolfgang Schäuble et la troïka, seul, dans une situation particulièrement difficile : crise économique et financière, faible poids économique et politique au sein de l'UE et sans aucun allié réel face au ministre des finances allemand.

François Hollande était déjà passé par là avec, théoriquement, plus de poids... Candidat à la présidentielle, il avait annoncé que, s'il était élu, il renégocierait le projet de « pacte budgétaire européen ou traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » à travers un nouveau « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance » (1). Dans son allocution de victoire, le 6 mai, il avait rappelé que « l'austérité pouvait ne plus être une fatalité » et sa volonté de « donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi, de prospérité, d'avenir » (2). Le lendemain, 7 mai, l'Allemagne répondait en excluant toute renégociation du pacte budgétaire européen. La chancelière, prête à l'accueillir « les bras ouverts », affirmait qu'elle ne voulait pas « d'une croissance par des déficits, mais d'une croissance par des réformes structurelles ». Il n'était pas question d'encourager des politiques de relance, mais de promouvoir la voie choisie par l'Allemagne et les réformes du marché du travail mises en place par l'ancien chancelier Gerhard Schröder.

« Il n'est pas possible de renégocier le pacte budgétaire », qui a déjà été « signé par vingt-cinq des vingt-sept États membres de l'Union européenne » [dont la France] et qui a pour but de renforcer la discipline dans la gestion des finances publiques, a dit le porte-parole de la chancelière (3).

Le texte du traité a été signé, le 2 mars 2012 par les chefs d'État et de gouvernement. Il a été approuvé à l'Assemblée nationale le 9 octobre 2012, au Sénat le 11 et ratifié le 22. Le président de la République l'avait accepté en juin. « Dans la campagne présidentielle, j'avais annoncé que je voulais renégocier ce qui avait été décidé... Ce sommet [de Bruxelles] a permis d'aboutir à cette renégociation » (4). Ce que lors de l'émission Des Paroles et des Actes, Jean-Marc Ayrault infirmait : « D'un point de vue juridique, si vous prenez la ligne exacte de la phrase qui sera soumise à la ratification, le traité n'a pas été renégocié ». Mais ce qui compte, « c'est tout ce qui va avec : le paquet croissance, le paquet perspective pour enfin faire que l'Europe ne soit pas seulement une zone de libre-échange, mais qu'elle porte aussi un projet, qu'elle redonne de l'espoir » (5). L'important n'est pas ce qu'on signe, l'important est ce qu'on ne signe pas !

La résistance de François Hollande, un mois, a été bien inférieure à celle d'Aléxis Tsípras devant le froncement de sourcil d'Angela Merkel ! Cet effacement du président français n'est pas le premier, ni le dernier. Il s'accompagne toujours d'une promesse : demain ce sera mieux…

Par exemple, le traité de Maastricht devait être suivi de l'Europe sociale… Il suffit de se souvenir des discours de l'époque. Comme cette déclaration de Martine Aubry : « C’est principalement peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contrevérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les plus inquiets sur ces contrevérités. Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui ? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion » (6).

Lors de la dernière consultation des Français sur l'Union européenne par référendum, la question était : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ? » La réponse a été claire. Cette proposition de constitution européenne qui constitutionnalisait une politique économique, sociale, étrangère, a été rejetée… Cette proposition et cette politique que Sarkozy, méprisant le résultat du référendum, a fait adopter par voie parlementaire avec l'appui... des parlementaires socialistes. C’est aussi cette politique que les Français ont cru rejeter en votant contre Sarkozy lors de l'élection présidentielle de 2012.

Le renoncement de François Hollande a trois facettes : l’Allemagne de Merkel et Schäuble impose sa politique à l'Union européenne et à la France de Hollande ; cette politique est exactement opposée à celle qu’annonçait le candidat Hollande ; le vote des Français n'a été pris en compte que pour changer de président et non de politique. Peut-être, est-ce que voulaient dire les chroniqueurs quand ils affirmaient que l'élection s'était faite plus contre Nicolas Sarkozy que pour François Hollande !

Il y a eu changement de président. Continuité politique.

L'Europe n’intéresse pas les politiques français

Concernant l'Union européenne, la plupart des politiques peuvent être mis dans le même sac. Ils disent, fréquemment, que telle ou telle mesure a été imposée par « l'Europe ». Mais ils cachent que, le plus souvent, cette mesure a été approuvée au niveau européen, quelques mois ou quelques années auparavant, par les représentants de la France.

Lors des campagnes pour les élections européennes, il est rarement question de l'Europe. L'élection est toujours le premier, le deuxième ou le troisième tour d'une élection nationale qui va suivre ou qui a précédé. Les arguments portent plus sur les questions nationales que sur les questions européennes.

Les candidats sont rarement des personnalités politiques de premier plan et encore plus rarement des personnalités qui ont vocation à une carrière européenne. Tellement l'Union européenne et le Parlement européen sont considérés comme sans intérêt dans le cadre d'une carrière politique. Faire élire un « ami »au Parlement européen, c' est une façon de le recaser ou de l'éloigner dans l'attente de jours meilleurs. Ce peu d'intérêt pour l'Union européenne explique qu'au cours de de la mandature 2009-2014, les élus français se sont distingués par un taux de démissions parmi les plus importants : 18 % ont abandonné leur siège pour une autre fonction probablement plus « intéressante » contre 4 % chez les Allemands. En conséquence, les eurodéputés français effectuent en moyenne 1,76 mandat tandis que les Allemands affichent une moyenne de 2,48 et les Britanniques 2,23 (7).

Avec 74 députés, la France pèse moins que l'Allemagne qui en a 96. De plus, la Fondation Robert Schuman constate « une perte d’influence significative » des Français au sein du Parlement, notamment avec l’arrivée de 23 députés eurodéputés du FN lors des dernières élections contre 3 précédemment. Deuxièmes par le nombre d’eurodéputés (76/750), les Français sont en troisième position au groupe PPE (Parti populaire européen) et en sixième dans le groupe S&D (Socialistes & Démocrates), groupes les plus importants au Parlement européen (8).
L’obtention de postes par des Français est limitée. Les députés allemands, outre la présidence du Parlement européen, ont obtenu 2 vice-présidences (une pour les Français) et 5 présidences de commission (2 pour les Français). Au total, 26 députés français sur 74 exercent des responsabilités importantes, moins que l’Italie 29 postes pour 73 députés, le Royaume-Uni 28 pour 73 députés et l’Allemagne qui en détient 56 pour 96 députés.

La règle du non-cumul des mandats sera interdite à partir de 2019 à Bruxelles pour les mandats exécutifs locaux, comme maire, maire-adjoint, président ou vice-président de conseil départemental ou régional. Pour le moment, sur 74 élus, ils sont presque la moitié à cumuler un mandat d’élu local.

Cette prééminence se retrouve au niveau des hauts fonctionnaires de la Commission européenne. Ce n’est pas un hasard si les commissaires du collège présidé par Jean-Claude Juncker choisissent massivement du personnel allemand : ils veulent avoir «une ligne ouverte avec Berlin» (9).


Il serait exagéré de dire que la politique de la France est toujours alignée sur celle de l'Allemagne. Certains le regrettent peut-être quand Manuel Valls va à Munich pour faire des déclarations contre la politique d'Angela Merkel et de Jean-Claude Juncker sur l'immigration. Et affirme que la France n'augmentera pas son effort sur l'accueil des réfugiés syriens.
Plus discrètement, la France et le Royaume-Uni,
« fiers » des résultats de leur précédente intervention en Libye poussent à de nouvelles frappes dans ce pays. Cette fois-ci, le gouvernement français a-t-il prévu l'arrivée en conséquence de nouveaux réfugiés en Italie et est-il prêt à l'aider comme cela n'a pas été fait précédemment. Sur cette question, l'Italie de Matteo Renzi « maintient sa ligne de prudence sur l’intervention en Libye, à la différence de la France et de l’Angleterre... Le danger que divisions ou accords fragiles ouvrent la voie à des initiatives isolées, comme il y a 5 ans, et à des remèdes qui sont pires que les maux » (10).

Mais le nœud central de la politique de l'Union européenne qui a touché de façon particulièrement aiguë la Grèce mais intéresse la France, l'Italie et bien d'autres pays de l'Union européenne est la politique d'austérité.

Sur cette question, il semble que c'est surtout l'Italie de Renzi qui pousse à la roue . Pour Renzi : « La politique d’Obama a créé de l’emploi, l’austérité en Europe a fait perdre des postes de travail » (11). Il semble vouloir devenir « le leader de ‘’l’autre Europe’’, celle qui se bat contre la rigueur teutonique et nordique » (12). Sera-t-il soutenu par François Hollande ? « François Hollande, occupé par l’urgence terrorisme et les comptes publics en difficulté, est le pion décisif dans l’échiquier communautaire… d’une politique économique centrée sur la croissance et la création d’emplois » (13).

Il ne semble pas que François Hollande soit prêt à s'engager franchement pour un changement de politique économique au niveau européen. Auquel le peuple allemand a aussi intérêt et qui est possible alors que l'Allemagne se retrouve avec une balance des paiements excédentaire de huit pour cent (14).

Mais la vrai question qui se pose, en cette fin de quinquennat, est de savoir si François Hollande, faible comme il est décrit, a cédé à la pression d'Angela Merkel ou s'il a, comme certains de ses prédécesseurs à la SFIO (Guy Mollet) ou au Parti socialiste (François Mitterrand), pris le pouvoir en annonçant une politique de gauche pour faire une politique de droite. Les provocations « réformistes » et les déclarations de Manuel Valls et d'Emmanuel Macron ne feraient alors que répondre à la volonté de François Hollande d'être le Gerhard Schröder français.

Avec le même résultat électoral pour lui, ce qui n'est pas grave, plus catastrophique pour son parti… Et surtout pour le peuple français.


1 - Discours de François Hollande au meeting du Bourget, 22/01/12

2 - La Croix 06/05/12

3 - Le Monde 07/05/16

4 - Le Monde 29/06/12

5 - JDD 28/09/12

6 - Martine Aubry, 12/09/92, discours à Béthune http://yetiblog.org/index.php?post/1486

7 - Euractiv 03/07/14

8 - Euractiv 03/07/14

9 - Libération Jean Quatremer 20/10/14

10 - La Stampa 23/03/16

11 - La Repubblica 11/01/16

12 - La Stampa 14/01/16

13 - La Repubblica 09/02/16

14 - Financial Times 17/01/16

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Published by Paul ORIOL - dans Europe
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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 11:21

Touchée ! Coulée ?

L'Union européenne et les réfugiés.

Il est souvent dit que l'Union européenne ne sait avancer que par crises. Le moment est donc venu d'une grande avancée ou d'une dislocation car, cette fois, la crise est multiple, profonde. Elle touche les gouvernements et les instances européennes.

Le seul projet de l'Union européenne serait-il « sauve qui peut ? »

Difficile de croire que l'Union européenne peut aller indéfiniment, de réunion en réunion de la dernière chance, avec quelques bricolages. Dramatisant les rencontres dont les « responsables » sortent avec le « meilleur accord possible » après une longue nuit de discussion. En attendant la réunion suivante, bien sûr de la dernière chance.

Jusqu'à l'explosion ?

Les peuples qui ont laissé faire plus que participé, s'en détournent de plus en plus. Ceux de la vieille Europe comme ceux de la nouvelle. Lors des consultations, quel qu'en soit le type, le nombre des eurosceptiques et des opposants augmente.

La seule Europe qui existe vraiment est celle des problèmes. Que chaque État feint d'ignorer tant qu'il n'est pas immédiatement concerné. Que l'Union européenne ne sait pas résoudre parce que les règles instituées ne sont pas adaptées car les problèmes ne peuvent être traités de la même façon tant la situation est différentes d'un État à l'autre, au point de vue matériel mais aussi politique. Elles sont finalement traitées, le plus souvent, suivant les intérêts du plus fort à des conditions qui ne sont pas toujours supportables par tous et qui suscitent des phénomènes de rejet. Le plus souvent de « l'Europe », quelquefois de tel ou tel État, apparu comme directement responsable.

Faute d'un projet commun qui justifierait une certaine solidarité et des compromis.

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

Avec la « crise des réfugiés », les autres questions ne font plus la une de l'actualité mais reparaîtront demain : crise économique qui perdure depuis 2008 avec une déflation, entretenue par une politique austéritaire ; éventuel éclatement d'une bulle européenne ; crise climatique que la COP21 a médiatisée, sans suite concrète au niveau européen ; relations avec la Russie et l'Ukraine ; recul de la démocratie dans plusieurs États membres qui ne pourraient, aujourd'hui, être candidats à l'Union européenne ; terrorisme ; Brexit ; Grexit hier et avenir de la Grèce aujourd'hui...

Et l'impuissance face aux guerres, aux portes de l'Europe, qui menacent la stabilité d'autres pays de la région..

Angela Merkel a vu juste, qui déclarait sur la chaîne de télévision ZDF : « Cette question de savoir comment nous agissons avec les migrants… va nous occuper bien, bien plus que la Grèce ou la stabilité de l’euro » (1). En effet, la question ne peut être réglée entre amis, par un communiqué insipide et incompréhensible, après une longue soirée de discussion. Le premier naufrage d’un navire transportant des migrants a eu lieu, il y a une vingtaine d'années... Combien de sommets européens depuis ?

Aujourd'hui, des centaines de milliers de réfugiés sont là, d'autres sont en chemin ou en attente...

« L’Europe n’avait jamais vu un tel afflux de réfugiés. D’après l’Office européen de statistiques Eurostat, plus d’1,25 million de personnes ont déposé une demande d’asile dans l’Union européenne en 2015, soit plus de deux fois plus qu’en 2014. La plupart des migrants viennent de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak.
Et ce flux migratoire ne ralentit pas, au contraire. Depuis janvier, 130 000 réfugiés sont arrivés en Europe. Or la fermeture partielle des frontières sur la route des Balkans rend leur périple de plus en plus incertain. » (2)
« La plupart des migrants viennent de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak », lieux de conflits dans lesquels bien des pays de l'Union européenne sont militairement engagés.
Notamment la France.

Dans le monde, en 2014, il y avait 60 millions de réfugiés (1% de la population mondiale) dont 50% étaient des enfants. Il y a 10 ans, ils étaient « seulement » 37 500 000.
Leur nombre a augmenté suite à 14 conflits dans le monde (3).
En Syrie, plus de 7 millions de réfugiés à l'intérieur du pays, plus de 3 millions à l'extérieur. Surtout dans les pays limitrophes : Turquie (3% de la population), Jordanie (12%), Liban (20%).
Un million ou deux millions de réfugiés de toutes origines en Europe pour 500 millions d'habitants ?
La question n'est pas insurmontable, matériellement. Mais politiquement ?

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

Tous les États de l'Union européenne et l'Union européenne ont adhéré à la Convention relative au statut des réfugiés (Genève 1951) : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays. » (art.14-1). Elle s'applique à toute personne « Qui craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays... » (art. 1A2).

En signant la Convention, l'Union européenne et les États de l'Union se sont donnés l’obligation d'examiner la situation de tout demandeur d'asile qui se présente à la frontière.

De toute façon, ils sont là. Leur renvoi en masse – où ?- est difficile humainement, juridiquement, politiquement, matériellement.

Les accords de Schengen, entrés en vigueur en 1995 pour les sept premiers signataires, ont été étendus aux 26 États adhérents. La procédure Dublin, née avec « l'espace Schengen » de « libre circulation », est simple dans son principe : pour que le demandeur d'asile ne puisse déposer son dossier dans plusieurs États, le traitement de la demande incombe au premier pays qui a laissé entrer, volontairement ou non, le demandeur d'asile.

Cette politique, logique et égalitaire en apparence, n'était pas prise en charge par tous. « L'Allemagne aussi s'y [à une solution commune] est opposée, du temps où les réfugiés n'étaient pas encore aussi nombreux à arriver. L'Allemagne a imposé le système de Dublin à l'Europe... Elle a ainsi pratiquement évacué son droit fondamental à l'asile. Il fallait arriver en Allemagne en parachute pour pouvoir faire appel légalement à ce droit international (4).

Seuls les pays ayant des frontières externes avaient cette charge administrative et financière : Espagne, Italie, Grèce… Cela ne gênait guère les autres États, ni les institutions européennes. Tant que les demandeurs d'asile étaient en nombre limité, cela ne concernait que les pays périphériques. Tout le monde fermait les yeux.

Ces candidats, à l’immigration ou à l'asile, arrivaient morts ou vivants, faisaient la « une » de quelques journaux. Les survivants s'égaillaient ensuite vers l'Europe du nord qui les absorbait.

Les choses sont devenues plus graves avec les printemps arabes et les arrivées en nombre qui ne touchaient que l'Italie ou presque. La France fermait ses frontières à Vintimille pour quelques milliers de personnes. L'Italie payait : « L’Italie a été le premier pays à affronter la crise des réfugiés et a déjà dépensé plus de 9 milliards pour cette urgence... » (5). « L’opération ‘’Mare Nostrum’’ montée par la Marine italienne, a coûté un milliard. Toutefois, cela a évité des tragédies dans la Méditerranée. 366 passeurs arrêtés, 439 interventions effectuées » (6).

Avec la guerre en Syrie, la migration s'est déplacée vers la mer Égée, la Grèce et ses îles. Le nombre de demandeurs d'asile est passé de dizaines à des centaines de milliers. Qui se dirigent vers les pays rêvés : Allemagne ou Suède. Le 25 août dernier, Angela Merkel annonçait, sans avoir consulté aucun État, aucune institution de l'Union européenne, sa décision de ne plus renvoyer les Syriens vers le pays d'entrée de l'espace Schengen, la Grèce, en rupture unilatérale de la Convention de Dublin. Ce geste fort et courageux a été salué par beaucoup. Elle est devenue l'héroïne des migrants syriens et a été entendue jusque dans les camps.

Ce geste n'intéressait pas seulement les Syriens, l'Allemagne et les Allemands mais tous les pays sur la route des Balkans de la Turquie à l'Allemagne.

Le 31 août, Angela Merkel se félicitait du « rêve » d'Allemagne de nombreux réfugiés. Une chance pour le pays. « Wir schaffen das » (On y arrivera). Même si le mouvement Pegida (7), créé en octobre 2014, a trouvé là un motif nouveau de mobilisation. Même si des foyers d’accueil d'immigrants étaient plus souvent attaqués : 202 entre janvier et juin 2015, autant que pour l'ensemble de 2014.
L'Allemagne s'est mise au travail : financièrement, elle en a les moyens, mise en place de sites d'hébergement d'urgence, cours de langue pour permettre le travail, transmission des valeurs constitutionnelles avec pour but l'assimilation (8). La population a réagi plutôt favorablement, même si tout n'est pas rose...
Même si le ministre de l'intérieur, Thomas de Maizière, annoncait le 13 septembre que l'Allemagne rétablissait des contrôles à la frontière avec l'Autriche.

Car des réticences se sont rapidement exprimées, au delà de l'opposition d’extrême droite, de la part de la CSU surtout, branche bavaroise de la CDU, parti d'Angela Merkel, hostile à sa politique d'intégration. L'arrivée quotidienne de milliers de réfugiés en Allemagne pose de sérieux problèmes. Dans le Tagesspiegel, Sigmar Gabriel, le vice-chancelier et président du SPD déclare « C'est moins le nombre de réfugiés que la vitesse à laquelle ils arrivent qui rendent la situation si difficile » (9). Pendant des mois, des centaines de maires et de conseillers régionaux se sont mis en quatre… car ils croient la situation exceptionnelle (10).
Les actes de solidarité de la population continuent : par exemple à Berlin où la ville a organisé une opération « Merci à tous les Berlinois qui se mobilisent pour accueillir les réfugiés » avec le soutien de la presse : « Merci ! Sans votre engagement, cela n'aurait pas marché. » titre le Tagesspiegel (11). Il faut noter que Berlin (3,5 millions d'habitants) a accueilli 80 000 personnes en 2015, autant que l'Autriche (plus de 8 millions d'habitants). Pendant cette même année, la France a accordé l'asile à 79 000 personnes.

Peu à peu, les États sur le chemin de l'Allemagne, et bien d'autres, ferment leurs frontières suivant l'exemple de la Hongrie, tant décriée quand elle a érigé le premier mur pour « protéger l'Union européenne de l'invasion ». La route des Balkans vers l'Allemagne est de plus en plus hérissée de barrages à chaque frontière.
Qui vont transformer la Grèce en une vaste zone de regroupement.

Finalement, Angela Merkel, abandonnée « courageusement » de tous, y compris de ceux qui, comme la France, n'étaient pas sur la route, a dû annoncer, à l'approche d'élections dans trois régions, que l'Allemagne ne pouvait recevoir tout le monde. D'autant que "selon un sondage récent, 81% des Allemands pensent que son gouvernement a perdu le contrôle de la crise des migrants" (12). Ce qui se traduit aujourd'hui par la poussée électorale de l'AfD (Alternative für Deutschland) qui entre au Parlement des trois Länder Bade-Wurtemberg (15,1 % des voix, 19 élus), Rhénanie-Palatinat (12,6%, 7 élus), Saxe-Anhalt (24,5%, 24 élus). Dans ces trois régions, l'AfD fait une poussée remarquable et remarquée en nombre de voix et de sièges !
Revers électoral pour la droite, notamment CDU-CSU, plus que pour Angela Merkel. La Berliner Zeitung écrit
: « Outre l’électrochoc de l’AfD, c'est une grande continuité qui ressort de ces élections. Le candidat sortant vert Winfried Kretschmann reste ministre-président [de Bade-Wurtemberg]. Le SPD reste au pouvoir en Rhénanie-Palatinat et le candidat de la CDU Haseloff reste aux manettes en Saxe-Anhalt. Et la chancelière dans tout ceci ? Les trois vainqueurs des élections soutenaient sa politique migratoire. C’est donc elle qui a remporté ces élections - et non pas son parti, qui ne peut s'en prendre qu'à lui même.» (13).
Ce qu’entérine la Frankfurter Allgemeine Zeitung, les candidats chrétiens-démocrates ayant pris leur distance avec la chancelière sur les migrants l'ont payé cher, comme Julia Klöckner, favorite en Rhénanie-Palatinat qui s'est finalement inclinée. Analyse partagée par Gero Neugebauer, politologue allemand dans La Tribune de Genève : « les deux grands vainqueurs de ces élections, un écologiste dans le Bade-Wurtemberg ou une sociale-démocrate en Rhénanie-Palatinat, ont défendu ouvertement la ligne de la chancelière tandis que les perdants, dans le camp conservateur, se sont opposés à Merkel » (14).

Les opposants de la CDU-CSU et l'AfD n'ont à proposer que la fermeture des frontières qui « ne nous permettrait pas de garantir notre confort de vie à long terme. La Méditerranée se transformerait en gigantesque cimetière, la Grèce évoluerait rapidement en État failli et l'Italie redeviendrait instable. Fait notable, la fraction favorable à l'isolement de l'Allemagne n'avance aucune suggestion en vue d'une meilleure gestion du problème des réfugiés… Ceux qui refusent d'y voir un problème européen ne font que mentir à leur public. Et refusent de reconnaître que notre continent, après tant de guerres de religion et d'atrocités, a su établir un système politique viable, et qu'ayant prouvé sa capacité à établir des règles et à garantir la diversité, il est prédestiné à accueillir les migrants » (15).


La CDU-CSU et les chancelleries européennes ne tireront probablement pas de ce scrutin la même conclusion. Angela Merkel risque d'en être affaiblie mais ne semble pas renoncer à sa politique. Alors qu'elle a entamé une négociation avec la Turquie, au nom de l'Union européenne : « Pour lancer un signal de possible réduction des flux à la veille des élections en Allemagne, Merkel s’est comportée comme un vrai ‘’panzer’’ au sommet de l'UE, mettant les partenaires devant le fait accompli d’une ébauche d’entente négociée directement avec les Turcs. Cela n’a été apprécié par personne, également à cause du coût collectif : 6 milliards d'euros et la libéralisation anticipée en juin des visas UE pour les Turcs, ainsi que l’accélération des négociations pour l’adhésion. Le flux des migrants pourrait passer par l’Albanie ou la Libye et l’Italie pourrait devenir le grand ‘’entrepôt d’âmes de l’Union » (16).

Incapables de peser pour une solution pacifique en Syrie, l'Union européenne et les États de la région, membres ou non de l'Union européenne, n'ont qu'une pensée : bloquer à la frontière, les arrivants quels qu'ils soient, en provenance de Turquie…
Peu importent le droit, traités et conventions, et les droits des demandeurs d'asile.

Depuis juin 2015, l'opération EUNAVFOR med s'active dans les eaux internationales entre l’Italie, la Libye et l’Égypte pour « démanteler le modèle économique des réseaux de trafic de clandestins et de traites des êtres humains ». Avec l'accord de la Turquie et de la Grèce, « l’Allemagne dirige actuellement un groupe de navires de guerre de l’OTAN croisant en Méditerranée orientale, qui seraient engagés pour cette opération destinée à compléter le travail de l’agence européenne de surveillance des frontières de l’Union européenne, Frontex » (17).
En décembre, la proposition de la Commission européenne « décupler les moyens et les pouvoirs des garde-frontières et des garde-cotes européens » a reçu un bon accueil et devrait être adoptée en avril par le Conseil européen et le Parlement européen.
Il n'est pas sûr que ces actions soient très efficaces pour une réduction significative des passages.

Devant les nombreuses arrivées et conscient que ce ne pouvait être du ressort d'un seul pays, quel qu'il soit, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a proposé une répartition des demandeurs d'asile entre les différents États de l'Union en fonction d'un certain nombre de critères.
L'accord, été 2015, prévoyait 160 000 relocalisations au niveau européen, quelques centaines ont eu lieu à ce jour. Pour la France, cela impliquait de recevoir 30 000 réfugiés sur deux ans. Mais le démarrage est laborieux, avec 300 personnes, la France est en tête des pays d'accueil devant la Finlande (140 personnes). Bernard Cazeneuve estime que « les dispositifs d'accueil et de répartition des réfugiés dans les “hot spots” ne fonctionnent encore que de façon très imparfaite » (18). A Barcelone, la mairie a lancé une opération « Barcelone, ville refuge » et attend désespérément l'arrivé de réfugiés, plus de six mois après le lancement du plan d'accueil (19).

Seule Angela Merkel pousse pour que cette modalité de prise en charge soit pérennisée par des pays volontaires. Ce que refuse toujours le groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) qui réclame une meilleure protection des frontières de Schengen. Ainsi que Manuel Valls, bruyamment à Munich, sur sa barricade : «Les solutions sont au Levant, en Turquie, en Jordanie, en Méditerranée. Mais il faut un message très clair qui dise "maintenant, nous n’accueillons plus de réfugiés ''» (20).

Le dernier volet pour répondre à cette crise des réfugiés est la négociation avec la Turquie qui pose beaucoup de questions quant au respect des droits des demandeurs d'asile mais aussi quant à la Turquie et aux relations entre ce pays et l'Union européenne.

L'efficacité des actions en mer et de l'accord du 29 novembre 2015 avec la Turquie ne semble pas très grande alors qu'arrivent, sur les côtes grecques, 2 à 3 000 personnes. chaque jour.
Faute d'une politique de l'Union européenne, l'Union européenne aborde cette négociation en mauvaise position. Recep Tayyip Erdoğan sait que la Turquie ne remplit pas les conditions pour être admise dans l'Union européenne mais il nargue une Union européenne aux abois en mettant sous tutelle de Zaman, le principal quotidien du pays jugé séditieux à la veille d'une nouvelle rencontre.

Contre l’engagement de fixer sur le territoire turc les quelque 2,7 millions de réfugiés syriens qui y sont installés, Recep Tayyip Erdoğan pose ses conditions : aide financière de 6 milliards d'euros, libéralisations des visas d’entrée dans l'Union européenne pour les citoyens turcs, accélération des négociations de son adhésion à l'UE...
Récemment, Ankara a proposé avec l'accord d'Angela Merkel et de Mark Rute, premier ministre néerlandais et actuel président du Conseil (de l'Union européenne) que l’Union européenne mette en place, en échange des Syriens reconduits en Turquie, un corridor humanitaire permettant le départ de Syriens depuis les camps installés sur son territoire : « 1 Syrien pour 1 Syrien » (21).

La « crise des réfugiés » est une des crises les plus graves depuis la mise en place de « l'Europe des 6 ».

Dublin a été balayé par l'ensemble des États de l'Union européenne et les accords de Schengen. Mis en place à la demande de la France et de l'Allemagne, ils ne peuvent ni être repris tels quels, ni être abandonnés totalement. Dans tous les cas, cela annonce une longue négociation. Entre combien de partenaires ? Certains calculent déjà, en cas de suppression de ces accords, le coût économique et financier. « C’est à la demande des acteurs économiques, qui souffraient des surcoûts impliqués par les frontières, que le processus qui a abouti à la convention de Schengen... a été lancé dès 1984 par l’Allemagne et la France (accord de Sarrebrück) » (22). Mais aussi le coût politique.
Le démembrement de Schengen première étape de l'agonie de l'Union européenne, au moins dans sa forme actuelle ?

Évolution vers un espace de libre-échange comme le veulent le Royaume-Uni et bien d'autres. Ou division de l'Union européenne en une Union espace de libre-échange et une Union-puissance qui continuerait le rêve. Des propositions sont faites en ce sens. Quoi qu'il en soit, le coup est parti pour de longues, très longues négociations à très grand risques d'éclatement sinon de disparition totale de l'Union européenne. Et peut-être aussi de grands risques pour les « démocraties relatives » de l'Europe.

Dans les mois qui viennent, de nombreuses élections vont avoir lieu dans différents pays de l'Union européenne : en 2016, Autriche, présidentielle, Écosse, Pays de Galle, Irlande du Nord, Chypre, législatives, Royaume-Uni, référendum sur l'Europe, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et Berlin, régionales, Lituanie, législatives, Bulgarie, présidentielle, Pays Basque, Roumanie, législatives ; en 2017, Allemagne, présidentielle, Pays-Bas législatives, France, présidentielle et législatives, Sarre, régionales, République tchèque, Allemagne, Norvège législatives.
Gageons que, pour une fois, la question de l'Europe sera à l'ordre du jour. Même si ce n'est pas tellement le cas encore en France où il est plus questions de tiercé et d'écuries que d'Europe.

Reste que la question des réfugiés, urgente, demeure. Pour les États comme pour l'Union européenne, la question est la même : « droit d'asile ou barbarie » ? (23).

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.
Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

1) Euractiv 17/08/15
2) Euronews 05/03/16
3) http://www.planetoscope.com/Immigration/1912-refugies-dans-le-monde.html)
4) Der Spiegel 23/01/16 cité par Courrier International 04-10/02/16
5) Il Messaggero 04/02/16
6) La Stampa 04/02/16
7) « Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes », « Les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident »). Depuis sa création, le 20 octobre 2014 à Dresde, Pegida manifeste tous les lundis son refus d’être « envahie » par les immigrés et sa méfiance des élites. Pegida a des branches dans l'UE : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, Estonie, France, Grande-Bretagne, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Suède, Suisse.
8) Le Figaro 09/09/15
9) Le Monde 14/09/15
10) Süddeutsche Zeitung 30/01/16, Courrier International 04-10/02/16
11) Mediapart 12/02/16
12) Financial Times cité par Toute l'Europe 29/02/16
13) Eurotopics 14/03/16
14) Toute l'Europe 15/03/16
15) Die Welt 20/01/16)
16) Sole 24 Ore 10/03/16
17) Toute l'Europe 11/02/16
18) Figaro 07/03/16
19) Libération 26/02/16
20) Libération 15/02/16
21) Le Monde 07/03/16
22) Libération 07/02/16
23) Le Monde 11/03/16

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 18:24

Après la manifestation des femmes partie de Belleville (Paris) dimanche dernier, (article précédent), "la " manifestation traditionnelle des femmes a eu lieu, le mardi 8 mars, à partir de la Fontaine des innocents (Paris).

Par rapport à celle du dimanche précédent étaient présentes des organisations plus traditionnelles (comme la LDH), la participation était en moyenne plus âgée, plus masculine

Certaines organisations (ont participé aux deux : femmes thaïlandaises, "Fières" et surtout femmes iraniennes.

En voici quelques images.

L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
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L'événement du jour : Manif femmes du 8 mars
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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 14:49

Pour la troisième année consécutive, une quarantaine d'associations ont organisé une manifestation féministe au départ de Belleville (Paris) à l'occasion de la « Journée internationale de luttes pour les droits des femmes ».

Leurs revendications : Tant qu'il le faudra : féministes !

Doubles journées de travail, inégalités salariales, harcèlement dans l'espace public, sur le lieu de travail et dans l'intimité, violences sexuelles, violences et discriminations sexistes : voici... le lot quotidien des femmes et des minorités de genre.

Notre féminisme se fonde sur la légitimité des premièrEs concernéEs à décider de leurs stratégies de lutte contre les violences et discriminations qu'elles subissent. Nous réaffirmons que le féminisme n'est soluble ni dans le racisme ni dans la droitisation généralisée ni dans les stratégies politiciennes !

Organisons-nous pour nous défendre ! Réclamons une meilleure répartition des richesses que nous produisons, exigeons un système de santé respectueux de nos corps et de nos décisions, revendiquons un espace public accessible à touTEs et soyons solidaires avec les plus stigmatisées, réprimées et précaires d'entre nous !

Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
Evénement du jour : MANIFESTATION FEMINISTE
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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 15:42
L'Allemagne et l'Union européenne

L'Allemagne et l'Union européenne

L'Allemagne fait partie des six pays fondateurs ce la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), signé en 1951, premier pas vers l'Union européenne (1). Non seulement elle est l'un des États fondateurs mais elle en est l'élément central. En effet, un des buts de la Communauté était de « neutraliser » le charbon et l'acier et, par là, l'industrie de l'armement, notamment allemand. Et de rendre impossible un nouvel affrontement entre les anciens belligérants européens de la Seconde guerre mondiale.

En complément, pour préserver l'unité de la partie occidentale de l'Allemagne (zones occupées par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France) tout en évitant un pouvoir fort centralisé, les alliés occidentaux ont soutenu la Loi fondamentale (Grundgesetz), constitution qui a donné naissance à la République fédérale allemande (RFA) en mai 1949. La zone occupée par l’Union soviétique est devenue la République démocratique allemande en octobre 1949 (RDA). Et l'« Accession de la RDA à la zone de validité de la Loi fondamentale de la RFA » a eu lieu en 1990.

L'Allemagne et l'Union européenne

Pendant les années qui ont suivi la fin de la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne (RFA) s'est reconstruite, a retrouvé son honorabilité, a repris sa place dans le concert des nations, atteint la prospérité économique, et la puissance du mark. L'unité européenne a avancé grâce à un certain équilibre entre la force économique de l'Allemagne, limitée politiquement par son passé récent, et la force politique (membre du Conseil de sécurité de l'ONU) et militaire (dont le nucléaire), de la France plus faible économiquement.

Dans un esprit proche de celui des années cinquante et de la mise en place de la CECA, pour que l'unité allemande ne se fasse pas au détriment de l'unité européenne, la monnaie européenne a été mise en place (discussions sur l'Union économique et financière commencées bien avant la chute du mur, notamment en 1989 entre François Mitterrand et Helmut Kohl). L'effet n'a pas été celui escompté car l'équilibre a été progressivement rompu en faveur de l'Allemagne.

Ce n'est pas l'Allemagne qui a été attachée à l’Union européenne mais la politique de l'Union européenne qui a été rattachée à la politique allemande de l'euro-mark.

L'Allemagne n'est plus le pays vaincu, à moitié détruit et moralement discrédité. Avec le temps, l'histoire s'estompe. Le personnel politique qui a connu la Seconde guerre mondiale disparaît peu à peu, laissant la place à des politiques qui ont une histoire bien différente. La période des dialogues plus ou moins égalitaires entre chanceliers allemands et présidents français s'épuise peu à peu.

L'Allemagne et l'Union européenne

Helmut Kohl, chancelier de 1982 à 1998, qui a mené et l'unification allemande et la naissance de l'euro, est le dernier chancelier né avant la Seconde guerre mondiale (1930). Les suivants sont nés en 1944, Gerhard Schröder, chancelier de 1998 à 2005 et en 1954, Angela Merkel, chancelière depuis 2005. De plus, Angela Merkel a un autre passé, bien que née à Hambourg, elle a grandi et vécu jusqu’à la chute du mur en Allemagne de l'Est (RDA). De même que Joachim Gauck, né en 1940, actuel président de la République.

On a, longtemps, parlé du rôle moteur du binôme franco-allemand dans la conduite du projet européen (Charles de Gaulle – Konrad Adenauer, Valérie Giscard d’Estaing - Helmut Schmidt, François Mitterrand - Helmut Kohl), on parle beaucoup plus depuis quelque temps des couples Merkozy ou Merkhollande. Car, logiquement, l'Allemagne, consciente de sa supériorité économique, n’a cessé de vouloir assumer un rôle politique plus important. Et, comme l'a reconnu Michel Sapin à Yanis Varoufakis, « La France n’est plus ce qu’elle était » (2). Peut-être aurait-il pu dire aussi : « Les présidents français ne sont plus ce qu'ils étaient ».

L'acceptation par l'Allemagne des conditions posées par David Cameron, quel que soit le résultat du prochain référendum britannique, montre bien que le gouvernement allemand, fort aujourd'hui de sa réussite économique, a choisi l’entente libérale germano-britannique plutôt que la construction d'une Europe solidaire, aussi imparfaite fût-elle.

L'Union européenne est en panne sur bien des plans et l'accord euro-britannique, entériné ou non lors du référendum, est une avancée vers le détricotage de ce qui existait de solidarité au niveau européen. Le libéralisme prôné par l'Allemagne peut paraître bon pour elle, même s'il n'est pas toujours bon pour tous les Allemands, il n'est pas nécessairement bon pour les autres États membres de la zone euro.

C'est ce libéralisme qui explique, en bonne partie, le traitement différencié réservé au petit poussé vers le Grexit ou la totale soumission et le soutien apporté au encore plus libéral maître-chanteur, « retenez-moi ou je fais un Brexit ! » .

Malheureusement, les voix des chefs d’État ou de gouvernement ou celles des présidents européens, l'Union européenne ne manque pas de présidents, (du Parlement européen, du Conseil européen, de la Commission européenne, du Conseil de l'Union européenne) ont été discrètes face au Grexit. Elles ont été beaucoup plus nombreuses pour crier à la « catastrophe » en cas de Brexit et donc à soutenir les exigences de David Cameron, y compris la possibilité pour le Royaume-Uni de mettre son nez dans la zone euro sans en faire partie et sans contrepartie. Tout en gardant « le chèque britannique », depuis 1984, pour lequel la France est d'ailleurs le principal contributeur, entre 1,3 et 1,7 milliard d'euros, soit environ 27 % de son montant global (3).

C'est à la mesure de la politique libérale de l'Allemagne et non obligatoirement de l'intérêt des Allemands qu'il faut regarder les difficultés actuelles dans lesquelles se débat l'Union européenne.

Avec plus de 81 millions d'habitants dont 7,9 millions d’étrangers (parmi lesquels les Turcs, 1,5 millions, devant les Italiens, les Polonais, les Russes, les Grecs...), l'Allemagne est le pays le plus peuplé de l'Union européenne, elle en est aussi la première puissance économique. Au niveau mondial, elle est le pays ayant le plus grand excédent commercial, le premier pays exportateur, la deuxième destination d'immigration la plus prisée après les États-Unis…

Cette suprématie allemande était politiquement évidente et assumée lors de la négociation entre la Grèce et l'Union européenne avec la place prise, au vu de tous, par Wolfgang Schäuble. Elle est tout aussi évidente quand les ministres français, Manuel Valls, Michel Sapin ou Emmanuel Macron, vont directement à Berlin sans passer par Bruxelles pour faire avaliser leur « devoir » budgétaire… Ou quand Angela Merkel se déplace et négocie en Turquie, notamment sur la reprise des négociations pour l'adhésion à l'Union européenne. Elle est tout aussi évidente, quoique plus discrète dans la répartition des postes importants au niveau de l'administration européenne de Bruxelles (4). Ou dans le nombre de députés exerçant des responsabilités importantes, 26 pour la France, 28 pour le Royaume-Uni, 29 pour l'Italie et 59 pour l'Allemagne (5).

Si la prééminence de l'Allemagne sur bien des points est indiscutable, elle n'est pas suffisante pour entraîner, sans discussion, les autres États de l'Union européenne, pour promouvoir une véritable politique commune, dessiner un avenir commun. L'Union européenne ne peut avancer avec un seul moteur. L'Allemagne a besoin d'un ou de plusieurs moteurs auxiliaires aux intérêts éventuellement différents pour promouvoir une position commune de l'Union européenne à la suite de discussions et d'éventuels compromis. A défaut, sa suprématie la voue à des positions qui ne peuvent être, consciemment ou inconsciemment, que nationales et ressenties comme unilatérales, plus ou moins imposées et inadaptées à la situation d'autres États membres. Conduisant à un certain isolement d'un côté et, de l'autre, à la montée d'oppositions, de rancœurs qui risquent d'amener des régressions nationalistes dans un certain nombre d’États. Et finalement à mettre en danger l'Union européenne, rejetée de plus en plus par des fractions importantes de la population, des partis politiques et finalement par des gouvernements.

C'est ce qu'on peut constater avec la politique économique à l'échelle de l'Union européenne adoptée sous la forte influence du gouvernement allemand qui, depuis des années, n'arrive pas à faire redémarrer la croissance. Et qui, avec ou sans le Brexit (1), met sérieusement en danger l'avenir de l'Union européenne.

1 – Article précédent : Le Royaume-Uni et l'Union européenne.

2 - Le Monde 23/08/15

3 - Le rabais britannique est-il encore justifié ? Rapport d'information n° 603 (2010-2011) au nom de la commission des affaires européennes, déposé le 14 juin 2011.

4 - Jean Quatremer : Berlin, nouvelle capitale de l’Europe, Libération, 20/10/14.

5 - Euractiv 17/03/15.

L'Allemagne et l'Union européenne
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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 17:54
Référendum populaire ?  Référendum populiste ?

Référendum populaire ?

Référendum populiste ?

Pour certains bons esprits, il n'était pas pensable de laisser à la porte, Platon et le pays qui a inventé la démocratie. C'était la seule raison pour admettre la Grèce à l’Union européenne et à la zone euro. Les Grecs anciens ont inventé la démocratie. Les Grecs modernes ne sont peut-être que des métèques.
On peut les admettre dans la cité sans qu'il soit nécessaire de tenir compte de leur vote que ce soit dans le cadre de la démocratie représentative, élection d'Aléxis Tsipras, ou de la démocratie directe, référendum du 5 juillet
2015.

Pour l'Union européenne, il y a deux sortes de référendum sur les questions européennes. Quelle que soit la question. Ceux auxquels les peuples répondent « oui », les référendums démocratiques, populaires et ceux auxquels ils disent « non », les référendums populistes.
Pour les « non » populistes, deux solutions : faire revoter les électeurs pour qu'ils disent « oui » lors d'un référendum qui devient populaire. Ou se passer de référendum en utilisant la voie parlementaire, démocratique.
On ne fait jamais revoter un peuple qui s'est prononcé pour le « oui », car la réponse est démocratique et donc définitive. De plus, on ne sait jamais, en cas de nouveau vote, le référendum pourrait virer au populisme.

David Cameron, Premier ministre du pays auquel on doit la démocratie parlementaire, a inventé le chantage au référendum pour obtenir ce qu'il désire.
S'il n'obtenait pas satisfaction, il répondrait « non » au référendum qu'il organiserait. Ayant obtenu satisfaction, il répondra « oui ».
Ce référendum sera donc démocratique et populaire ou populiste suivant le résultat !

Ayant posé ses conditions, David Cameron s'est dépensé en rencontres avec ses collègues, chefs d’État ou de gouvernement mais aussi avec les différents présidents de l'Union européenne, mis en place par ces mêmes chefs d’État et de gouvernement. Mais il a refusé l'invitation de s'exprimer publiquement devant le Parlement européen, seule instance européenne élue, préférant rencontrer, à huis-clos, son président et les présidents des groupes politiques.

Il va maintenant défendre son projet devant le peuple britannique. Ce référendum comporte un aspect plébiscitaire pour ou contre David Cameron. Notion qui fait bondir tout démocrate sincère mais qui, ici, est mise en sourdine.

En fait, ce référendum est, avant tout, politicien. David Cameron a gagné les dernières élections législatives avec sa promesse de référendum pour couper l'herbe sous les pieds de l'UKIP (United Kingdom independence party). Nombre d'électeurs ont pensé que voter pour les Conservateurs était la seule possibilité d'être consultés sur l'appartenance à l'Union européenne.

Le pari de David Cameron sera dénoué le 23 juin. Quel que soit le résultat, il sera probablement suivi d'élections législatives.*
Si le « non » l'emporte, il devra présenter sa démission.
Si c'est le « oui », il en profitera, vraisemblablement, pour déclencher des élections législatives et essayer d'obtenir sur la lancée une majorité confortable à la Chambre des communes. Et, ainsi, se renforcer face aux opposants et à l'Union européenne pour les négociations nécessaires à l'application des avantages obtenus.

Il faut, au moins, reconnaître à David Cameron le mérite d'avoir fait ce qu'il avait annoncé lors de sa campagne électorale. Ce n'est pas le cas de tous les chefs d’État ou de gouvernement de l'Union européenne.

Bien entendu, les autres peuples de l'Union européenne n'auront rien à dire sur cet accord euro-britannique qui porte cependant sur la nature de l'Union européenne et intéresse l'ensemble des peuples de l'Union européenne.

Pour la Grèce, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, avait dit : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Le rappellera-t-il à pour le Royaume-Uni ?

*Mise à jour le 21/02/16 à 22h20 " En se prononçant pour une sortie du Royaume-Uni de l’UE, le maire de Londres affaiblit le camp mené par David Cameron pour le maintien du pays dans l’Union." Le Monde 21/02/16.
C'est probablement en pensant à ces législatives que Boris Johnson s'est prononcé pour le "non".

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 17:51

Le mythe européen a été porté par des Européens, surtout des chrétiens démocrates et des sociaux démocrates, avec le soutien des États-Unis et la complicité involontaire de l'Union soviétique.

Après la Seconde guerre mondiale, connaissant les conséquences du traité de Versailles et de « l'Allemagne paiera » après la Première, pour éviter un nouveau conflit, certains pays ex-belligérants ont décidé de s'unir : Allemagne de l'Ouest, dénazifiée et fédérale, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas.


Les États-Unis ont joué les bailleurs de fonds et ont contrôlé cette politique, en intégrant les pays européens dans l'Alliance atlantique face à l'Union soviétique.

Le tout dans une politique libérale, tempérée par la menace de l'Union soviétique et de partis communistes puissants en Italie et en France.

Royaume-Uni  et Unité européenne

Dehors ! Dedans ? Dehors ?

Winston Churchill, dans « un discours à la jeunesse étudiante » tenu en 1946 à l'université de Zurich, s'est prononcé pour une unité européenne, reprenant même le terme, « États-Unis d'Europe », déjà employé par Victor Hugo (1) et même Trotski (2) ! . « Il nous faut recréer la famille européenne en la dotant d'une structure régionale placée sous cette organisation mondiale [ONU], et cette famille pourra alors s'appeler les États-Unis d'Europe... Si, au début, tous les États européens ne veulent ou ne peuvent pas adhérer à l'Union européenne, nous devrons néanmoins réunir les pays qui le désirent et le peuvent. » (3)

Mais il avait dit auparavant à de Gaulle : « Sachez-le: chaque fois qu'il nous faudra choisir entre l'Europe et le grand large, nous choisirons le grand large ! »

Dehors !

Après le coup de Prague*, Belgique, France, Luxembourg, Pays-Bas et Royaume-Uni signent, en 1948, le Traité de Bruxelles qui annonce une Union occidentale avec collaboration en matière économique, sociale, culturelle et de défense. L'année suivante, l'OTAN, alliance militaire, est créée avec de nombreux pays européens et surtout le Canada et les États-Unis.
L'idée d'une Europe unie est lancée par Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, le 9 mai 1950, pour mettre sous l'autorité de la France et de l'Allemagne (de l'Ouest), le charbon et l'acier, étroitement liés à l'industrie de l'armement. La Communauté européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) naît en 1951, avec six pays fondateurs : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas. Mais sans le Royaume-Uni.

Elle scelle, ainsi, la fin du conflit entre belligérants européens et met en place une organisation bénéficiant d'une certaine autonomie face à l'énorme influence des États-Unis, notamment à travers le plan Marshall. Elle sera suivie en 1957 de la Communauté économique européenne (CEE) qui inclut aussi l'Euratom.

Dès ce premier petit pas européen, le Royaume-Uni applique la doctrine énoncée par Winston Churchill, et choisit « le grand large ». Le Royaume-Uni ne se contente pas de se tenir à l'écart, il va plus loin en suscitant, en concurrence, l'Association européenne de libre-échange (1960) regroupant Royaume-Uni, Autriche, Danemark, Irlande, Norvège, Portugal, Suède, Suisse.

Alors que le marché commun supprimait les barrières douanières internes et mettait en place une frontière externe commune, le but du Royaume-Uni était de créer une simple zone de libre-échange pour les produits des pays signataires, sans politique commune et sans aucune perspective d'union politique. Ce but n'a jamais varié.

Dedans ?

Sans pouvoir, de l'extérieur, sur la CEE, le Royaume-Uni pose sa candidature en 1963 et 1967. De Gaulle la refuse pour diverses raison et termine sa conférence de presse du 27 novembre 1967 en précisant sur l'adhésion éventuelle du Royaume-Uni : « ce ne serait pas là du tout le chemin qui pourrait conduire à ce que l'Europe se construise par elle-même et pour elle-même, de manière à n'être pas sous la dépendance d'un système économique, monétaire, politique, qui lui soit étranger. Pour que l'Europe puisse faire équilibre à l'immense puissance des États-Unis, il lui faut non pas du tout affaiblir, mais au contraire resserrer, les liens et les règles de la Communauté ». (4)

C'est pendant la présidence de Georges Pompidou (qualifié « L'Anti-De Gaulle », livre publié par Louis Vallon, membre du même parti que Pompidou) que les négociations reprennent en 1970 et aboutissent à l'adhésion à la Communauté économique européenne du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark en 1973.

Ayant adhéré à la CEE, les Britanniques ne vont pas changer de comportement, notamment avec la présence à la tête du gouvernement britannique de Margaret Thatcher, de mai 1979 à novembre 1990. Elle considérait que la CEE ne devait être qu'un moyen de mettre en place d'une zone de libre-échange et de concurrence économique plus importante. Avec le libéralisme économique comme idéologie : privatisations, baisse des impôts directs, augmentation des impôts indirects, dérégulation financière…


Au niveau européen, elle demande que le Royaume-Uni ne paye pas plus que ce qu'il reçoit de l'Europe : « I want my money back » (Je veux récupérer mon argent), ce qu'elle a obtenu en 1984 et qui dure encore, « le rabais ou chèque britannique ».

L'élargissement de la CEE va continuer à la suite de la chute des dictatures avec l'adhésion de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal, puis à la CEE devenue Union européenne en 1992, de l'Autriche, de la Finlande, de la Suède (1995) et des États l'ex-Europe de l'Est de 2004 à 2013.

Ces élargissements successifs, l'hétérogénéité des nouveaux participants, aussi bien au point de vue historique qu'économique, l'éloignement des faits qui avaient suscité l'élan vers l'unité et des hommes qui l'avaient portée, le libéralisme effréné à la suite du démantèlement du bloc soviétique, ont changé peu à peu la nature de l'Union européenne. Et l'influence du Royaume-Uni qui va toujours dans le même sens.

Viviane Reding, Luxembourgeoise, ancienne vice-présidente et membre de la Commission européenne, pendant quinze ans, a connu de l’intérieur les difficiles rapports entre Européens et Britanniques de 1999 à 2014. Elle ne mâche pas ses mots sur la Radio Télévision Suisse : « Choisissez ce que bon vous semble mais ne perturbez plus l’Europe… Les Anglais, jusqu'à présent, ils n'ont pas vraiment fait partie de l'Europe. Ils avaient toujours un problème avec l'Europe politique et l'Europe des êtres humains, ils voulaient un grand marché et rien d'autre ». (5)

Mais jusque là, tout a bien réussi à Londres qui « s'est taillé un statut sur mesure, ne participant qu’aux politiques qui l’intéressent : elle n’est ni dans l’euro, ni dans l’union bancaire, ni dans la politique d’immigration et d’asile, ni dans Schengen, ni dans la politique de défense et à peine dans le budget communautaire. » (6)

Royaume-Uni  et Unité européenne

Dehors ?

Aujourd'hui, l'Union traverse de nombreuses crises, terrorisme, crise de l'euro, politique d'austérité, chômage, arrivée de réfugiés… entraînant dans tous les pays une montée du populisme, de la xénophobie, du souverainisme. Pour faire face au même danger qui le menace au Royaume-Uni avec la montée de l'UKIP (United Kingdom Independence Party), David Cameron a annoncé un référendum sur le maintien ou la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Et posé ses exigences, conditions sine qua non, pour qu'il soutienne lors de ce référendum le maintien de son pays au sein de l'Union.

Dans cette nouvelle entreprise contre l'Union, David Cameron est en situation de force pour obtenir ce qu'il demande, traité ou pas traité. Car ses interlocuteurs les plus puissants au niveau de l'Union partagent nombre de ses idées libérales et ne veulent pas perdre un allié, de poids, même si c'est au prix de quelques entorses institutionnelles. Face aux pays du sud de l'Union qui souffrent de la politique économique imposée au niveau européen.

A Davos, « Chacun à leur tour, ces dirigeants ont lancé un vibrant appel pour que la Grande-Bretagne reste dans l’Europe » « Un Brexit serait une catastrophe » a abondé le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble". (7)


Le Premier ministre britannique n'a plus qu'à tenir ferme dans son chantage au « Brexit » et l'arrangement diplomatique sera trouvé pour lui donner satisfaction sans modification de traité. Il suffit de voir l'évolution de la négociation avec Donald Rusk. , président du Conseil européen.


Au départ, David Cameron faisait une demande impossible à satisfaire : la suppression pendant quatre ans des aides sociales destinées aux ressortissants de l'Union au Royaume-Uni. Elle mettait en question un des grands principes de l'Union : la libre circulation des travailleurs.
Mais Donald Tusk a proposé un mécanisme de « sauvegarde » qui pourrait être invoqué, par n'importe quel État membre au cas d'un « afflux d'ampleur exceptionnelle de travailleurs venus d'autres États membres » qui mettraient en danger les services sociaux du pays d'accueil. Sous contrôle strict de la Commission. Par n'importe quel État membre. Mais le Royaume-Uni « déjà confronté à (cette) situation exceptionnelle (…) serait en droit de déclencher le mécanisme, avec toutes les chances qu'il soit finalement approuvé ». (8) C'est du « sur-mesure » et presque un tour de passe-passe.

Il est à noter que ni l'Italie, ni la Grèce n'ont connu un telle sollicitude lors de l'arrivée en nombre de demandeurs du droit d'asile, par exemple. Il est aussi important de noter que face au Royaume, c'est le président du Conseil européen qui négocie. Face à la Grèce, certains ministres, parmi les moins compréhensifs, ont pris une place bien plus grande…

Autre point difficile : le Royaume-Uni, depuis quelque temps, veut avoir un droit de regard, sans participation, sur l'eurozone. Afin que l'euro et la Banque centrale européenne ne fassent pas de l'ombre à la City. D'où un mécanisme, accepté par Donald Tusk, qui permettrait aux neuf États non membres de la zone euro de se faire entendre par les dix-neuf autres. Une fois de plus, le Royaume-Uni veut voir, sans payer pour voir.

Il y a fort à parier qu'il n'y aura pas, en réciprocité, un droit de regard des dix-neuf sur la politique de la City !

Par ailleurs, David Cameron ne veut pas une Union européenne à deux vitesses alors que l'Union est à multiples vitesses depuis longtemps et même « à la carte » pour le Royaume-Uni , notamment avec l'euro et tous les droits de retrait (« opting out »). Il veut probablement un alignement sur la vitesse du Royaume-Uni.

Une fois les négociations abouties, officiellement, entre Donald Tusk et David Cameron, leurs conclusions devront être entérinées par les 27 pays de l'Union européenne, probablement lors du prochain sommet européen..

Bien que désireux de défendre leurs ressortissants travaillant au Royaume-Uni, il est peu probable que les pays comme la Pologne opposent un veto à l'accord. Ce serait un camouflet pour David Cameron et un soutien au vote en faveur du « Brexit ». Qui pourrait se retourner contre les droits sociaux des travailleurs étrangers européens au Royaume-Uni qui pourrait devenir totalement libre de sa législation..

David Cameron, « Saint George ayant terrassé le dragon européen », pourra, alors, lancer la procédure du référendum. Il n'est pas certain cependant que les europhobes britanniques, notamment, l'UKIP (United Kingdom Independence Party), se satisfassent des résultats obtenus et que le « oui » l'emporte devant une Europe en difficulté sur bien des points. Alors que, selon Laurent Wauquiez « L'Europe qu'on est en train de construire ,c'est, en réalité, le rêve de Margaret Thatcher: une grande Europe qui est un grand marché d'échanges économiques mais dans laquelle on a trop peu de politique communes, trop de pays différents et où on n'arrive plus à faire de choses ensemble. » (9)

L'Union européenne sortira affaiblie de ce nouvel épisode avec le Royaume-Uni. Que le Royaume-Uni quitte ou non l'Union européenne.


Pour le journal finlandais, Iltalehti, « le pire des scénarios serait que le Brexit fasse des émules et que d’autres pays lui emboîtent le pas. Ce serait la fin de l’UE telle qu’on la connaît. En revanche, les pays désireux de développer les règles communes de l’Union pourraient rester en son sein. Ce n'est pas une mauvaise perspective ». (10)

Ou bien va-t-on vers la fin de l'Union pour aboutir à un grand espace européen de libre échange ?

* Le Coup de Prague est le nom donné à la prise de contrôle de la Tchécoslovaquie en février 1948 par le Parti communiste tchécoslovaque, avec le soutien de l'Union soviétique, aboutissant au remplacement de la « troisième République tchécoslovaque » par la République socialiste tchécoslovaque. Les historiens tchèques parlent en tchèque de « Février 1948 ».

Pendant la période socialiste, le terme Vítězný únor (« Février victorieux ») était le terme officiellement employé pour décrire les événements qui, du 17 au 25 février 1948, conduisent le président de la République tchécoslovaque, Edvard Beneš, à céder le pouvoir aux staliniens et à leurs dirigeants, Klement Gottwald et Rudolf Slánský, après deux semaines de pressions intenses des Soviétiques. (wikipedia)

1 -http://lecoeurdumonde.free.fr/Le_coeur_du_monde/Conclusion_files/Victor%20Hugo%20Discours%20d'ouverture%20du%20%20Congre%CC%80s%20de%20la%20Paix.pdf

2 - https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tats-Unis_d'Europe

3 - http://europa.eu/about-eu/eu-history/founding-fathers/pdf/winston_churchill_fr.pdf

4 - http://www.cvce.eu/content/publication/2004/5/7/d47637f7-b66c-44a7-8cff-2b6b45c53424/publishable_fr.pdf

5 - Radio Télévision Suisse, le 7 janvier 2016

6 – Jean Quatremer 4 février 2016 Les coulisses de Bruxelles

7 - http://www.touteleurope.eu/actualite/revue-de-presse-les-crises-de-l-europe-au-centre-des-debats-de-davos.html

8 - Le Figaro.fr 3 janvier 2016

9 - Laurent Wauquiez Ouest-France.fr 16 février 2014

10 - Iltalehti 09 février 2016

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 21:27

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Cette phrase a été prononcée par Jacques Chirac en 2002, au IV° sommet de la terre, sans conséquences, ni pour lui, en dehors de la mise en place de la taxation des billets d'avion pour financer l'aide au développement, ni pour le Sommet. (1)

A la COP21 (2), les 195 chefs d’État et de gouvernement des États membres de l'ONU ont porté leur regard sur l'incendie et montré un visage nouveau par rapport à toutes les réunions internationales antérieures : ils ont adopté l'accord de Paris, par consensus, à l'unanimité.

Rue de Belleville Parisd 20°

Rue de Belleville Parisd 20°

Attention, cependant, au « paradoxe de l'unanimité » (3) : « Toutes les preuves concordent ? Il doit y avoir une erreur ». Nous n'irons pas jusqu'à dire que certains n'ont pas vu les conséquences de l'accord de Paris. Mais le marteau de Laurent Fabius a bloqué, opportunément, une contestation de cette unanimité. Maintenant, les États doivent signer et ratifier cet accord entre le 22 avril 2016 et le 21 avril 2017. Certains vont, probablement, « se hâter lentement ». Ils devraient ensuite prendre des mesures concrètes et la pression attentive de tous, gouvernements et ONG, sera nécessaire pour aider certains pas hésitants.

Cette unanimité fait suite aux avertissements renouvelés des chercheurs du GIEC (4) qui décrivent l'avenir de la planète si perdurent les mêmes émissions de gaz à effet de serre. Ces annonces sont graves.
Entérinant l'accord de Paris, tous les chefs d’État et de gouvernement ont reconnu en être informés. S'ils ne prennent pas les mesures nécessaires, ce sera donc consciemment.

L'accord n'est pas contraignant, les faits risquent de l'être.

- L’année 2015 a été l'année la plus chaude depuis que sont relevées les températures devant 2014, 2010, 2013, 2005, 2009 et 1998.

- La température moyenne du globe s'est élevée de 0,9°C depuis l'avènement du capitalisme industriel.

- Si les émissions de gaz à effet de serre continuent au même rythme, une hausse de 5°C sera observée d'ici à la fin du siècle. Or, un réchauffement supérieur à 1,5°C produirait un dérèglement climatique irréversible.

- Pour la COP21, les États responsables de plus de 90% des émissions mondiales ont fixé leur objectif. Ces engagements conduiraient, s'ils étaient respectés, à un réchauffement de 2,7-3°C par rapport au niveau de l’ère préindustrielle. L'effort n'est pas suffisant.

- L'accord de Paris propose de contenir « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques ».

- Descendre au dessous des 2°C implique une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 70 à 85 % d'ici à 2100.

- Pour la revue scientifique Nature : « Un changement climatique non jugulé va probablement réduire le revenu du terrien moyen de près de 23 % en 2100 ». Et accroître les inégalités au niveau global car le réchauffement est bon pour les pays froids qui tendent à être plus riches, plus dommageable pour les pays chauds qui tendent à être plus pauvres. (5)

- Les représentants des pays considérés comme les plus vulnérables ont appelé la Conférence à s’entendre sur un seuil de 1,5°C au lieu de 2°C. Ils n'ont été que partiellement entendus. Parmi ces États, de nombreux États africains qui ont émis peu de gaz à effet de serre et font partie des pays les moins avancés, les petits États insulaires dont l'intégrité territoriale et la survie sont menacées par la montée du niveau des mers. Dangereuse aussi pour les populations, de plus en plus nombreuses, qui vivent sur les côtes.

Du fait de la prise de conscience de cette situation, la lutte contre le dérèglement climatique a remplacé, au moins pendant la Conférence de Paris, la volonté de croissance qui, jusque là, était le fondement de toute politique gouvernementale.
Dès le lendemain, ce n'est plus aussi évident à l'écoute des informations : discours des politiques, cours de la bourse, taux de croissance de tel ou tel pays... Tous les gouvernements sont à la recherche de l'introuvable croissance qui va résoudre tous les problèmes sauf les inégalités, les mauvaises conditions de travail et... le réchauffement climatique qui touche tout le monde. Mais pas de la même façon.

Bien sûr, il est plus facile de signer, de ratifier un texte que de réorienter l'économie mondiale, plus soumise aux intérêts financiers immédiats qu'à l'état de la planète et au bien-être de ses habitants.
Mais si décideurs et commentateurs croient vraiment aux prévisions annoncées à Paris, aucune décision ne devrait être prise sans que soit affiché et discuté son impact sur le réchauffement climatique.

Ce passage de la recherche de la croissance à la prévention des bouleversements climatiques et de leurs conséquences aurait dû et devrait entraîner une croissance explosive des partis écologiques qui, depuis longtemps, ont attiré l'attention sur l'impossibilité d'une croissance infinie dans un monde fini. Il n'en est rien.
Il faut dire que si le pronostic était juste, l'argument principal a changé du tout au tout. Hier, il était question de l'épuisement des ressources et du fameux pic de Hubert qui reculait, sans cesse. Aujourd'hui, c'est la nécessité de laisser 70 à 80 % des ressources dans le sous-sol sous peine de rendre la terre invivable par la production de gaz à effet de serre.
Si les partis écologiques ont échoué, il faut dire que, au moins en France, ils y ont mis du leur. Ils regardent si souvent ailleurs ! Mais, dans le dernier sondage du JDD, 50% des Français et 61% des sympathisants de gauche souhaitent voir jouer un rôle plus important à Nicolas Hulot qui incarne l'écologie au niveau national.

Heureusement, le GIEC a produit de l'information pour les gouvernements et les grandes organisations internationales et nationales qui ont su mobiliser l'opinion publique, attaquer les grandes sociétés multinationales et peser à leur tour sur les gouvernements.

Arrivée de la marche Alternatiba , place de la République,  à Paris

Arrivée de la marche Alternatiba , place de la République, à Paris

Une Internationale nouvelle est née. Et les nouvelles mobilisations rencontrent les mêmes adversaires que les anciennes. Elles ont déjà poussé certaines banques et compagnies internationales à modifier et déclarations et investissements, peut-être encore à la marge…
BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale se sont engagées à ne plus financer les projets miniers de la côte orientale de l’Australie où se dresse la Grande Barrière de corail. Elles rejoignent huit banques internationales qui ont pris des engagements similaires sur l’extension du port minier d’Abbot Point : Deustche Bank, HSBC, RBS, Barclays, Citi, Morgan Stanley, JP Morgan Chase et Goldman Sachs (6).

Des entreprises, choisies par le gouvernement français pour participer au financement privé de la COP21, ont éprouvé de besoin d'améliorer leur image alors qu'elles n'ont pas les mains blanches car elles émettent massivement des gaz à effet de serre ou en tirent leurs profits : EDF, Engie avec leurs centrales à charbon ; Air France opposée à la réduction des émissions dans le secteur de l’aviation ; Renault-Nissan et ses automobiles polluantes (voir les dernières enquêtes) ; Suez Environnement, membre du lobby gaz de schiste. Elles n'ont contribué qu'à la moitié du financement privé prévu par le gouvernement.
Car d'autres ont refusé de participer : les assureurs et banques AG2R, BPCE, HSBC, Allianz, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Crédit Agricole, American Express, Rotschild, Groupama ; les bétonneurs Eiffage, Vinci, SPIE, Bouygues ; les géants des NTIC Microsoft, IBM, Apple, Nokia, Free ; les géants de la distribution alimentaire Auchan, Casino, Pernod Ricard, Unilever, Danone ; et autres, Lafarge, Veolia, Airbus, Vivendi et Avril. (7)
Cela n'a pas empêché les unes ou les autres de hanter les couloirs pour ralentir l'évolution du monde. Elles continueront.

Les pays les plus menacés sont des pays pauvres, peu armés pour en limiter les effets sur leur territoire. L'accord de Paris reconnaît « la nécessité d’éviter et de réduire au minimum les pertes et dommages liés aux effets néfastes du changement climatique et y remédier ». Mais ne s'engage pas à indemniser ces pays des préjudices climatiques.
On le comprend.
Un rapport de l'ONU de 2012
prévoit 250 millions de personnes déplacées dans le monde en 2050. Et selon une étude du CNRS, 10.000 à 20.000 îles et archipels pourraient totalement disparaître avant la fin du siècle. Un article de « Forein affairs » va dans le même sens. « Pour les scientifiques, les Tuvalu sont vouées à disparaître dans les 50 années prochaines ; les Maldives d'ici à 30 ans. Les îles voisines subiront le même sort qui menace environ 9,2 millions de personnes dans 22 États insulaires de l'Océan pacifique… Le réchauffement climatique menace désormais l'existence même des États insulaires… perte physique complète et définitive du territoire d'un État, accompagnée du déplacement de toute sa population. » (8) Que vont devenir ces États, ces populations ? Des juristes, bienveillants ou cyniques, en tout cas peu optimistes sur les conséquences de l'accord de Paris, se penchent déjà sur les structures à mettre en place pour des populations, des États, sans territoire…

Au XXème siècle, le niveau de la mer est monté de 17 cm. Les prévisions pour le XXIème siècle varient suivant les études mais toutes vont dans le même sens : d'ici à 2100, montée de 0,18 à 0,42 m pour le GIEC (en 2007), portée (en 2012) à 0,50 - 1 m. La NASA envisage une hausse d'au moins 0,90 m et plus probablement de 1 m. Le point culminant des Maldives est à 2,3 m, à 5 m pour les Tuvalu.
De plus, ces îles subissent des submersions marines, « inondations temporaires de la zone côtière par des eaux d’origine marine lors d’événements météorologiques (tempête ou simple conjonction d'une forte dépression et d'un vent de mer) et océanographiques (houles, marée) d’ampleur très inhabituelle ».

On comprend l’inquiétude de ces populations et de leurs gouvernements. La différence entre 1,5 ou 2°C n'est pas mince. Mais, désormais, nous savons. Tout le monde sait. Les scientifiques ne manqueront pas de suivre l'évolution de la situation. Et toute la société civile. Le texte de l'accord est, évidemment, absolument insatisfaisant. Il n'a été accepté que pour éviter le veto du Sénat étasunien qui défend les grands intérêts privés, et donc pour éviter l'échec de la Conférence.
Il n'en reste pas moins une
arme pour les citoyens et les associations. Face aux insuffisances de leur propre gouvernement. De tous les gouvernements.

Dans son discours sur l'état de l'Union de 2015, le président Barack Obama a été très clair : « aucun défi – aucun – ne constitue une menace pour les générations à venir aussi grand que le changement climatique. Si nous n’agissons pas sous la contrainte, nous continuerons à avoir des sécheresses et des inondations, et des bouleversements de telle ampleur qu’ils vont provoquer des migrations et des conflits partout dans le monde. » (9)

La chaine humaine COP21

La chaine humaine COP21

Le diagnostic est posé. Largement partagé. Le but est fixé.
Comment l'atteindre reste, dans le cadre de l'accord de Paris, de la responsabilité
de chaque gouvernement. Tous ou presque se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. De façon encore insuffisante. Le temps presse.
Les scientifiques dir
ont en continue où en est le réchauffement, appuyés par l'évolution du climat.
Pour éviter le passage aux situations irréversibles et les bouleversements prévus dans 30 à 50 ans, suffira-t-il de faire moins ? Moins de croissance carbonée et plus de croissance verte ? Moins de gaspillage, moins d'obsolescences programmées ou non ? Tout en continuant à vivre comme aujourd'hui.

Ou faudra-t-il changer toutes les structures sociales, inventer un autre type de société ? De nouveaux modes de production, de nouveaux modèles de consommation ? Applicables à l'échelle de la population mondiale.

On a déjà vu à Paris l'opposition entre des négociateurs qui défendaient de intérêts différents et qui, dans 30 ou 50 ans, auront disparus ou seront à la retraite comme ceux qui prennent chaque jour les décisions, bonnes ou mauvaises.
Si des solutions énergiques ne sont pas prises en temps utiles, au fur et à mesure de l'aggravation des situations, de fortes tensions apparaîtront aux échelles nationales et internationale.

Et maintenant des devoirs à faire à la maison.

Tout le monde s'est félicité du travail de la diplomatie française notamment de Laurent Fabius et de Laurence Tubiana, la cheville ouvrière, sous la direction de François Hollande. Les lampions éteints, les mesures concrètes sont attendues. Pour la France, tout repose, au moins pour quelques mois, sur François Hollande et sur Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Qui semble avoir été plutôt discrète pendant la COP21 et sa préparation.

Il n'est pas sûr que Ségolène Royal soit prête à mettre en place des mesures en phase avec l'accord de Paris si on considère ses prises de position ou ses décisions plus ou moins récentes sur « l'écologie punitive » : renoncement à l'écotaxe pour les poids lourds, proposition de rendre gratuites les autoroutes lors des week-ends, opposition à l’interdiction des feux de cheminée en Île de France et discrédit jeté sur Airparif "un peu trop sectaire sur la question de la prise en compte de la pollution de l'air", opposition à une hausse de la fiscalité sur le diesel et aux péages urbains à l'entrée des grandes villes, opposition en 2009, à la taxe carbone de Nicolas Sarkozy… Cette taxe qui est « de 14,5€ en 2015 et bien loin des recommandations de la "commission Rocard" (32 € dès l'année 2010 pour atteindre 100 € en 2030) ». (10)

Il serait injuste de ne parler que de Ségolène Royal, la fibre écologique de Français Hollande n'est guère plus flamboyante que celle des gouvernements antérieurs et ne semble pas avoir pris de la vigueur à l'occasion du sommet de Paris.

La Cour des Comptes souligne le peu d'empressement des pouvoirs publics à lutter contre la pollution de l'air que ce soit contre les insecticides ou les gaz à effet de serre ce qui vaut à la France d'être classée quinzième sur vingt-huit au niveau européen. La France est menacée de peines d'amende pour son incapacité à maîtriser les émissions d'oxyde d'azote et de particules dans de nombreuses agglomérations. Sans oublier la très longue réflexion pour aligner les taxes sur le diesel sur celles sur l'essence, dont il est question depuis 2000. (11) Un premier pas pourrait être envisagé en 2016, pour dégager 200 à 300 millions d'euros pour fiancer les infrastructures de transport. (12)

A l'opposé des efforts certains que faisait la France pour réussir la Conférence de Paris, alors que le niveau d'investissement dans les énergies renouvelables a augmenté entre 2005 et 2014, ce niveau a sombré de 53 % entre 2014 et 2015 tandis qu’ils augmentaient de 4 % dans le monde. (13)

Ce qui est, malheureusement, cohérent avec la disparition du rapport commandé par l'Ademe sur une France 100 % renouvelable en 2050 et publié par Mediapart (14). Ce rapport « explique que rien n’empêche qu’en France 100 % de l’électricité provienne de sources renouvelables en 2050... que ce scénario ne coûterait pas beaucoup plus cher aux consommateurs que le maintien du nucléaire à 50 % de la production électrique, seuil fixé par François Hollande pour 2025… Dans leur cas de référence, la production (d'électricité) se décompose entre 63 % d’éolien, 17 % de solaire, 13 % d’hydraulique et 7 % de thermique renouvelable (incluant la géothermie). »

Les succès de François Hollande durant son quinquennat ne sont pas si nombreux, il lui reste quelques mois pour engager la France sur des pratiques cohérentes avec les conclusions de la COP21. Et entrer dans l'histoire avec le sommet de Paris.
Pour le moment, la récolte est maigre et l'orientation semble discutable. Le renoncement à l'aéroport de ND des Landes pourrait être un premier signe. L'annonce de la fermeture effective de la centrale de Fessenheim, bien que le nucléaire ne soit pas dans l'accord de Paris, serait une façon de montrer qu'il prend au sérieux les questions d'environnement. Ces deux annonces semblent s'éloigner alors que les échéances électorales approchent.

Les décisions de la ministre et du gouvernement ne semblent pas traduire une prise conscience réelle de ce que signifie et implique l'accord de Paris. Mais comment peut-on penser qu'un président qui depuis 2012 a reculé au niveau social devant le Medef, au niveau européen devant la politique de la droite allemande, comment penser qu'un tel président puisse ne pas reculer devant le complexe nucléaro-industriel.


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1 - Cette image pourrait aussi être utilisée pour la situation de l'Union européenne (UE) qui est en crise depuis 1988 et court le risque d'une désintégration avec la montée des populismes, la « crise migratoire », la situation internationale, le risque de Brexit après celui de Grexit...

Elle peut aussi illustrer la situation politique de la France qui se repaît de sondages en vue d'une élection présidentielle où aucun candidat n'est capable de faire passer le moindre souffle d'avenir…

2 - 21e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques et 11e conférence des parties siégeant en tant que réunion des parties au protocole de Kyoto.

3 - Courrier international du 21-27 janvier 2016.

4 - Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, créé par le G7 sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, afin d'empêcher une agence de l’ONU, soupçonnée de militantisme écologique, de mettre la main sur l’expertise climatique.

5 – VOX Europe 29/10/15

6 - Les banques françaises se retirent du plus grand projet charbonnier au monde. Le Monde.fr 08.04.15.

7 - Note d'information COP21, réalisée par Maxime Combes, Attac France, 24/11/15.

8 - Reproduit dans Courrier international 17/12/15 au 06/01/16.

9 - VOX Europe 26/01/16

10 – L'économie politique n°66 avril 2015

11 - Journal de l'Environnement 22/01/16

12 - Le Monde 20/01/16

13 – EurActiv.fr 18/01/16

14 - Énergie : le rapport caché sur une France 100% renouvelable Mediapart 08/04/15

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 10:05

Dans mon enfance, j'ai entendu mon père, indigné, dire : « A Bram, on échangeait une montre contre une bouchée de pain ! »
Je n'ai rien compris à cette phrase. Bram est une localité, 3 000 habitants, à une vingtaine de kilomètres de Carcassonne. On pouvait y aller à bicyclette. Plus tard, j'ai eu l'explication.

Après la victoire de Franco, des centaines de milliers de Républicains espagnols ont cherché refuge en France. Beaucoup ont été regroupés dans des « camps ». Le plus célèbre est celui de Rivesaltes (1, 2) mais il y en eut d'autres comme celui de Bram, mieux organisé, semble-t-il, et moins célèbre.

Quand des Républicains espagnols ont été enfermés dans le camp de Bram, certaines personnes sont venues leur apporter de l'alimentation en échange de bijoux et objets de valeurs qu'ils pouvaient récupérer.
Il y avait peut-être aussi des gens désintéressés.

Malheureusement, cet échange inégal n'a pas été une pratique réservée à Bram : « Il était arrivé un grand nombre de trafiquants, certains venus d'assez loin, attirés par des affaires à réaliser sur le dos de ces pauvres gens, prêts à vendre n'importe quoi pour subsister. Dans les coins discrets se tenaient de fébriles conciliabules : les trafiquants achetaient l'or en le pesant dans leur mains ». (1)

Depuis, en ces lieux, un mémorial a été édifié.

Rivesaltes

Rivesaltes

Les temps ont bien changé. Certes, la récupération individuelle existe toujours. Tout le monde condamne cette pratique des passeurs. Mais les demandeurs d'asile arrivés dans la terre espérée, la récupération devient, quelquefois, institutionnelle...

Depuis plusieurs années, en Suisse, les réfugiés doivent remettre aux autorités tous les biens valant plus de 1000 francs suisses (environ 900 euros). En échange, ils reçoivent un récépissé. Cette pratique parfaitement légale est prévue par une loi sur l’asile (26 juin 1998) qui exige des réfugiés qu’ils contribuent dans la mesure du possible au coût de leur demande d’asile et d’une assistance sociale. Par la suite, si la personne obtient le droit d’asile, elle devra verser 10% de ses revenus pendant 10 ans. L’an dernier, la Suisse a reçu près de 40 000 demandes d’asile.

Cet exemple, venant d'un pays aussi vertueux que la Suisse, ne pouvait passer inaperçu. Le Danemark a décidé de confisquer les effets de valeur des migrants pour financer leur séjour. Ce projet de loi, controversé, donne le droit aux policiers de « saisir des biens que les demandeurs d’asile apportent avec eux afin de couvrir leurs besoins en alimentation et en hébergement ». Pour financer les aides et décourager les demandeurs d’asile à venir au Danemark. Le texte doit être adopté le 26 janvier.
La loi, pleine d'attention, prévoit, cependant, que les demandeurs d'asile pourront conserver les biens ayant « une valeur sentimentale », comme les alliances.

Les passeurs, individuels, rémunérés, indignent l'opinion publique. Frontex les poursuit. Qui poursuivra les États passeurs ?

1 – Vous avez la mémoire courte… 500 000 républicains venus du Sud « indésirables » en Roussillon. René Grando, Jacques Queralt, Xavier Febrés éditions du chiendent, 1981, 258 p.

2 - Rivesaltes : le camp de la France. 1939 à nos jours., Canet-en-Roussillon : Ed. Trabucaire, 2015, 161 p.

NB : Article précédent sur les camps, publié le 7 septembre 2011, FRIBOURG, RIVESALTES, GURS

28/01/16

Une amie ma envoyé le commentaire suivant :

"J'ai lu le texte dans lequel tu évoques le camp de Bram .

A Bram, comme dans les autres camps, il n’y eut dans un premier temps, au moment de la retirada, que des républicains espagnols. Mon grand père y était, très rapidement un agriculteur du coin lui a proposé du travail, il put sortir et faire venir avec lui, à la ferme, ma grand’mère et ses enfants qui étaient réfugiés à Condom dans le Gers. Pas dans un camp, ma grand mère avait trouvé du travail comme lingère dans un hôtel, des familles avaient pris ma mère et mes tantes en pension et mon oncle était en apprentissage chez une famille de cordonniers italiens. La famille ne s'en sortait pas trop mal, même si mon grand père, s'il était nourri et logé, ne percevait aucun salaire. On ne faisait pas seulement du trafic d'argent, de bijoux, mais aussi de bras ! La plupart des réfugiés espagnols n'avait rien à échanger. Et ceux qui avaient pu emporter des économies n'ont pu les utiliser, le nouveau gouvernement espagnol ayant déclaré obsolète l'argent de la République, ma mère conserve précieusement un rouleau de billets que ma grand mère avait cache sous ses jupes pendant la retirada. Les enfant ont été scolarisés pendant quelques mois à Bram et c’est là qu'ils ont commencé à apprendre le français .

Tout est devenu très très difficile à partir de septembre 1940 où le régime de Vichy à obligé tous les étrangers à être regroupés dans des camps . A Bram se côtoyaient de nombreuses nationalités. Ma famille est revenue au camp de Bram, puis transférée à Argelès puis à Rivesaltes où c'était très dur. Là, ma grand mère a fait appel aux familles qui l'avaient aidée au moment de la retirada à Condom et ce sont celles ci qui ont fait appel aux Quackers pour les aider à sortir du camp. La famille à donc terminé la guerre dans une colonie de Quackers où étaient recueillis des enfants de républicains espagnols et aussi des enfants juifs cachés. Ma grand-mère a de nouveau travaillé comme lingère dans cette colonie pour ne pas être séparée de ses enfants. Pendant ce temps mon grand père travaillait pour les compagnies volontaires de travail qui venaient chercher de la main d’œuvre gratuite dans les camps.

Si le trafic d'argent, de biens, se faisait individuellement (Quoique pour la population juive ...) l'utilisation de la main d’œuvre des camps était si j’ai bien compris, une une affaire d’ État .

Bon, j'arrête là mon bavardage ..."

O.C.

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 18:00

LES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE

TOUS ÉGAUX !?

Le délire hollandais contre les binationaux a de la peine avec le délire sarkosyen contre les binationaux pour rendre leur stigmatisation unique, républicaine, obligatoire et constitutionnelle.

Pour essayer de rejoindre cette cohorte de mal aimés de la République, je me suis plongé dans les archives familiales pour voir si je ne pouvais pas adjoindre à ma nationalité française de souche, par ma mère, une nationalité de souche espagnole par mes grands-parents paternels. Je n'ai pas encore trouvé la solution.

Mais j'ai trouvé de vieux papiers qui m'ont étonné malgré leur banalité.

Dans un acte du 26 décembre 1933, mon père a « déclaré autoriser expressément… son épouse, demeurant avec lui », ma mère, « à l'effet d'exercer le commerce de modiste qu'elle exploite... » « dont elle s'est rendue personnellement propriétaire… moyennant un prix qu'elle a payé avec des fonds provenant de son travail personnel ; et ce du consentement de M. O. comparant ; d'exploiter en conséquence le dit fonds de commerce, en son propre nom, en se livrant à toutes opérations…. »

Au delà du style notarial, sans mettre en cause les relations entre mes parents qui m'ont toujours paru relativement égalitaires, légalement, l'homme devait autoriser expressément, donner son consentement à l'exploitation d'un commerce que la femme, avait payé avec des fonds provenant de son travail !

Dans un acte du 13 juillet 1949, devant le même notaire ont comparu… « Madame Orosina Carmen O., sans profession, épouse assistée et autorisée de Monsieur L.R.… née à… le dix janvier mil neuf cent vingt deux... » pour bénéficier de l'héritage de ses parents après leur décès.

Pour hériter de son père, la femme devait être assistée et autorisée par son mari ! Aurait-elle été déshéritée s'il ne l'avait pas assistée et autorisée ?

Par ces 2 actes qui datent, certes, du siècle dernier mais appartiennent à mon histoire familiale immédiate, sous la Troisième République, ma mère âgée de 24 ans, avait besoin de l’autorisation, devant notaire, de son mari pour exploiter un fonds de commerce acquis « avec des fonds provenant de son travail personnel » !

Sous la Quatrième République, ma tante, âgée de 26 ans, devait être « assistée et autorisée » par son mari pour hériter de ses parents !

Bien sûr, cette tutelle des femmes nous paraît dater d'une république antédiluvienne, aujourd'hui où l'égalité femmes-hommes est si souvent, si hautement, proclamée valeur fondamentale de la République.

LES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE : TOUS ÉGAUX !?

Faut-il rappeler que le droit de vote date de 1944, que ce n'est que depuis 1965 que les femmes peuvent gérer leurs biens propres, ouvrir un compte bancaire et exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari ?

Faut-il rappeler toutes les inégalités qui perdurent encore et qui sont parfaitement connues de tous : répartition déséquilibrée des professions, les femmes plus souvent à temps partiel, sous représentation des femmes dans les institutions (27 % à l’Assemblée, 25 % au Sénat malgré la loi sur la parité), inégalités de salaires*…

Certains prétendent que des statistique ethniques sont nécessaires pour lutter efficacement contre les discriminations et les inégalités. Nécessaires ? Peut-être. Mais non suffisantes. Les inégalités hommes-femmes sont connues, étudiées, publiées depuis longtemps, les inégalités perdurent…

Il est étonnant de constater comment, hier et aujourd’hui, nous pouvons vivre sereinement dans une situation que nous connaissons et que tout le monde (ou presque) condamne.
Mais avec les proclamations répétées, désintéressées, sans aucune arrière pensée, des politiques de tous bords, cette partie de novaleurs va rapidement entrer dans les faits.

Le projet de réforme de la Constitution est en marche, l'élection présidentielle approche, tous pour l'égalité des droits !?

LES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE : TOUS ÉGAUX !?

* Liste non exhaustive reprise des premiers titres qui apparaissent dans « observatoire des inégalités » quand on tape « inégalités hommes-femmes » sur un moteur de recherche.

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