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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 09:24
Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

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Plus de 150 films ont été présentés à la 74° Mostra dans une dizaine de sélections (1).

Les problèmes des jeunes, leurs amours, leurs difficultés, leurs révoltes sont souvent abordés par le cinéma. Cette année, plusieurs films parlaient de jeunes mais aucun n’a constitué le moment fort de Venise 2017.

 

Très attendu, le nouveau film d’Abdellatif Kechiche, MEKTOUB, MY LOVE : CANTO UNO (180mn, Venezia 74), salué par les critiques du Monde et de Libération, est bien loin de La vie d’Adèle et ne mérite pas les trois heures de projection dont une bonne partie à contempler de jeunes sétoises se trémoussant. Son intérêt est de montrer une jeunesse mélangée, sans problème, en dehors du jeune Samir, en vacances, qui a des difficultés pour conquérir une vieille amie d’enfance, Charlotte, qui n'attend que ça.

 

LEAN ON PETE (Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir Charlie Plummer) d’Andrew Haigh (121mn, Venezia 74)
Sorte de road movie pédestre. Le jeune Charley, 15 ans, vit seul avec son père, plus préoccupé par ses conquêtes que par son fils. Charley trouve du travail chez un propriétaire douteux de chevaux de course, se lie d'amitié avec l’un des animaux et s'enfuit avec lui pour le sauver de l'abattoir et rejoindre, après de nombreuses péripéties, une tante. Qui sera sa mère de substitution.

Même aux États-Unis, les jeunes, aussi courageux qu'ils soient, ne sont pas que des symptômes d’un avenir radieux mais sont aussi des enfants.

 

MARVIN (2) de Anne Fontaine (115mn, Orizzonti).
Doublement intéressant. Par l’histoire, celle d’un jeune de milieu populaire, dans une famille recomposée et agitée, persécuté pour ses tendances homosexuelles par ses pairs. Il s’en sort, grâce à l'école, à ses talents de comédien, à ses rencontres artistiques, à la protection d'un riche homosexuel qui le recommande à Isabelle Huppert.

Aussi, au point de vue cinématographique : le film présente sa vie familiale de façon réaliste puis dans un monologue de sa facture devant Isabelle Huppert et enfin dans une pièce jouée avec Isabelle Huppert. Qui joue le rôle d’Isabelle Huppert.

 

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

NICO 1988 (Prix Orizzonti) de Suzanna Nicchiarelli (93mn).
Première image, une enfant regarde la rougeur nocturne à l'horizon et sa mère lui dit, c'est Berlin qui brûle. Nico sera marquée à vie par ce bruit de défaite, des avions, des explosions. Essayant de le retrouver partout.
Le film reprend les deux dernières années de sa vie, 1986 à 1988, de créatrice et d’interprète de ses propres chansons, à l’occasion d’une tournée dans les pays de l’Est, rythmée par le fond sonore des explosions et ses propres chansons. La vie, agitée de la chanteuse n’est qu’évoquée : mort du père pendant la guerre, privations, mannequin puis chanteuse de Velvet Underground, mère célibataire...

L’actrice et chanteuse danoise, Trine Dyrholm, joue le rôle de et chante Nico.

 

Dans UNA FAMIGLIA de Sebastiano Riso (105mn, Venezia 74), un couple franco-italien semble vivre le parfait amour. Mais l’homme entraîne le couple dans une bonne affaire : vendre à un couple homosexuel l’enfant qu’ils vont faire. La femme qui a accepté, par amour, ne continue que sous la pression, et ne peut aller jusqu’au bout surtout quand le couple homosexuel refuse l’enfant qui a une malformation…
Aspect sordide de la GPA.

 

SENZA DATA, SENZA FIRMA de Vahid Jallivand (104mn, Orizzonti).
Un médecin, en voiture, renverse un scooter avec un couple et son enfant. Il indemnise le père avec de l’argent et lui conseille d’amener l’enfant à l’hôpital qui est proche. Il voit le scooter partir qui ne va pas à l’hôpital. Il apprend plus tard que l’enfant est mort. De botulisme selon l'autopsie faite par sa femme, elle-même médecin...

Mais le médecin se sent toujours coupable...

 

THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI (Prix du scénario Martin McDonagh) de Martin McDonagh, (110mn, Venezia 74).
Neuf mois après que sa fille a été violée et assassinée, sans que le coupable ait été trouvé, une mère, énergique, loue les 3 grands panneaux publicitaires à l'entrée de la ville pour afficher la question : que fait la police ? Ce qui ne passe pas inaperçu et met en évidence des tensions et, notamment, la violence de certains policiers racistes…
Mais la mère résiste... Les panneaux publicitaires sont incendiés… Elle met le feu au bureau du shérif... Un jeune homme se vante d’avoir tué et violé une jeune fille. Grâce à l'ADN, il est innocenté...
Avec un policier repenti, elle décide de le poursuivre pour l'abattre… En chemin, tous deux se demandent s’ils veulent encore…

 

ANGELS WEAR WHITE (JIA NIAN HUA) de Vivian Qu (107mn, Venezia 74) se passe dans un hôtel chinois. La réceptionniste se fait remplacer par une amie, femme de service, qui voit, dans là nuit, sur l'écran de vidéosurveillance, le directeur pénétrer dans la chambre de deux fillettes qui le repoussent...
Une avocate fait une enquête parallèle à celle de la police, plus ou moins aux ordres. Mais une expertise officielle établit que les jeunes n’ont pas été violées. Ceci satisfait une famille qui ne veut pas d'histoire. Le père de la seconde fillette proteste en vain.
Plus qu’un film sur les jeunes, c’est un aperçu de la société chinoise : jeune femme sans papier, pression vers la prostitution, corruption, direction intouchable…

 

THE THIRD MURDER de Kote-ada Hirokazu (124mn, Venezia 74). Un industriel japonais est assassiné sur les bords du fleuve. Un employé accusé reconnaît le crime puis se rétracte. Qui a tué ? Pour le compte de qui ? L’employé pour son propre compte ? Pour le compte de la femme de l'industriel qui veut toucher l'assurance ? Pour celui de sa fillette qui a été violée ?
Peu importe à l’employé d'être condamné à mort, il veut seulement être reconnu innocent par son avocat.

 

FOXTROT (Lion d’argent, Grand prix du jury) de Samuel Maos (113 mn, Venezia 74) narre le drame d’une famille israélienne informée, par erreur, du décès du fils à l'armée dans une opération, nom de code, Foxtrot. Quand l'erreur est reconnue, le père fait une crise et obtient que son fils soit libéré des obligations militaires... Il ne le reverra pas.

 

THE INSULT (Prix d'interprétation masculine Kamel El Basha) de Ziad Doueiri (115mn, Venezia 74) se passe au Liban. Ce qui devrait rester un banal incident de voisinage dégénère en affrontement communautaire entre un chrétien libanais et un travailleur palestinien, sans papier, chef de chantier. On apprend finalement au tribunal qu’ils ont des histoire proches. Tous deux ont dû fuir la destruction de leur village, dans des circonstances différentes.
La conclusion d’un avocat, nous devons apprendre à vivre ensemble.

 

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

ESPÈCES MENACÉES de Gilles Bourdos, (105mn, Orizzonti) est construit autour de 3 histoires qui finissent par se rencontrer. La nuit de noces d'un couple commence mal : le jeune marié fait une scène de jalousie sur le passé de sa jeune épouse. Cela n’en restera pas là… Dans l'appartement mitoyen, en train de se séparer de son épouse, le voisin profite, malgré lui, des affrontements musclés. Tandis que sa fille, 18 ans, lui annonce qu'elle est enceinte et va épouser un professeur de faculté âgé de 63 ans...

 

Dans PIN CUSHION de Deborah Haywood (85mn, Settimana della Critica), une mère et sa fille, toutes deux marginales, essaient de s'intégrer à la communauté mais sont repoussées, moquées, la mère pour ses excentricités vestimentaires malgré sa gentillesse, la fille à cause de sa naïveté.

Les personnages sont trop caricaturaux, à la fois trop benêts et apparemment trop benêts. Les deux actrices font cependant un travail remarquable.

 

C’est aussi une question d’intégration qu’illustre SUBURBICON de George Clooney (104mn, Venezia 74) mais beaucoup plus classique. Pour fuir les ennuis de la ville, s’isoler, garder son entre-soi, de nombreux Étasuniens ont acheté le logement de leur rêve dans un condominium où tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais une famille noire s'installe et les protestations, les pétitions commencent…

 

C’est encore d’intégration que parle Abel Ferrara dans PIAZZA VITTORIO (82mn, Fuori concorso). Il interroge anciens et nouveaux habitants, très divers, de la place Vittorio Emanuele à Rome. Bien entendu les opinions sont contradictoires et mettent en relief des expériences négatives et positives de l'intégration en Italie.

 

Ce n’est pas pour sauvegarder leur microcosme mais pour sauver la vie sur une planète qui court à l’asphyxie, que des savants norvégiens, dans DOWNSIZING de Alexander Pagne (135 mn, Venezia 74), proposent d’appliquer leur découverte à toute la planète : miniaturiser les humains pour diminuer leur empreinte écologique. Dans la société miniaturisée se retrouvent les mêmes problèmes sociaux...
La majorité de la population n’ayant pas choisi la miniaturisation, le monde va à sa perte, les miniaturisés les plus convaincus décident de s'enfermer dans un souterrain préparé pour survivre. Le héros dont l’épouse a reculé, au dernier moment, lors de la miniaturisation décidée en commun, ne participe pas à cette nouvelle aventure...

 

La même préoccupation écologique se retrouve dans FIRST REFORMED de Paul Schrader (108mn, Venezia 74). Dans la première église réformée de l’État, le prêtre prend à confesse une jeune femme qui lui demande de rencontrer son mari, activiste, perturbé par l’avenir de la planète. L’entrevue n’aboutira pas à la solution espérée.

 

Dans LA VILLA de Robert Guediguian (107mn, Venezia 74), il n’est pas question de la survie de la planète mais, plus modestement, de celle d’un petit monde de solidarité, de fraternité vivant dans une calanque près de Marseille. Autour du restaurant tenu par l'un d'entre eux qui a pris la succession de son père très malade. Sont là aussi son frère retraité avec sa trop jeune fiancée qui va le quitter, sa sœur, comédienne, venue de Paris, un jeune pécheur, amateur de poésie et de théâtre parce qu’il a entendu, il y a longtemps, la voisine comédienne, un couple de vieux retraités que leur fils vient voir et qui ne veulent pas son soutien financier.
Tout ce petit monde vit dans la nostalgie. Sauf la jeune fiancée et le fils des voisins qui sont, ailleurs, modernes, ordinateur, moto, à l’aise dans les affaires.
Un monde en voie de disparition en dehors du jeune pêcheur et peut-être des jeunes arrivés par la mer…

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

Le quatrième âge peut aussi avoir sa modernité. Dans THE LEISURE SEEKER (Ella & John) de Paolo Virzi (112mn, Venezia 74), à l'initiative de la femme, un couple de nonagénaires reprend la vieille caravane, sans avertir leurs enfants, pour une (dernière) grande virée : comédie avec une femme de tête et un mari, spécialiste de Hemingway, à la mémoire à éclipses...

 

OUR SOULS AT NIGHT (Lion d’or pour leur carrière, Jane Fonda, Robert Redfort) de Ritesh Bacra (103mn, Fuori concorsi). Addie et Louis, veufs octogénaires, sont voisins mais ne se connaissent guère. Un jour, Addie décide de traverser la rue et d’aller proposer à Louis de venir coucher chez elle, non pour le sexe mais pour combattre la solitude de leurs nuits. Finalement, Louis accepte.
Bien sûr, les choses n’en resteront pas là… Leurs nuits communes devenant plus fréquentes, plus visibles, font jaser les copains... Le couple finit par s'afficher, bras dessus-bras dessous en ville...

Mais cela ne plaît guère au fils d’Addie qui élève seul son fils… Finalement Addie ira vivre chez lui pour s'occuper de son petit fils.
Les amants n’auront plus qu'à reprendre leurs conversations nocturnes par téléphone.

 

Le cinéma italien a présenté 2 films BRUTTI E CATTIVI de Cosimo Gomez (86mn, Orizzonti) et AMMORE E MALAVITA de Manetti Bros (133mn, Venezia 74). Annonce d’un nouveau genre italien ?

Brutti e cattivi dont le titre rappelle Affreux, sales et méchants (Brutti, sporchi e cattivi) d’Ettore Scola, détourne le film de voyous qui font le casse de leur vie en une comédie sanglante et grotesque. Dans la bande de voyous qui se lance dans le casse pour s’assurer la sécurité financière pour longtemps, le chef amputé des deux jambes perdra un bras, sa belle n’a pas de bras, elle sera amputée d’une jambe, leur équipe est constitué d’un nain... Bien qu’une mafia chinoise se mette en travers de la route, le héros récupérera tout l’argent et se fera fabriquer de magnifiques prothèses.

Dans Ammore et malavita, Don Vincenzo, roi du poisson et membre de la camora napolitaine, se sentant en danger, décide de mourir pour pouvoir profiter calmement de la vie. Mais une infirmière, ayant vu ce qu’elle ne devait pas voir, doit disparaître. Ciro, chargé de l’affaire, découvre que Fatima est son premier et grand amour. Pour la protéger, il va devoir affronter toute son ancienne équipe au service de Don Vincenzo.

Sur ce scenario, une comédie sanglante et musicale napolitaine qui ne se prend pas au sérieux.
A l’inverse, GATTA GENERENTOLA d’Alessandro Rak, Ivan Cappiello (86mn, Orizzonti) reprend Cendrillon en dessin animé sous forme de thriller.

 

Le film australien, SWEET COUNTRY (Prix spécial du jury) de Warwick Thornton (112mn, Venezia 74) reprend la tradition du western mais ici les indiens sont les aborigènes victimes du racisme y compris policier contre lequel le juge local arrive à faire respecter la loi.
Sam, l’aborigène est acquitté mais il doit quitter la ville, escorté par le shérif. Il est abattu aux portes de la ville.

 

MOTHER de Darren Aronofsky (120mn, Venezia 74). Un grand poète, en difficulté de création, vit dans une belle maison reculée sous la protection de son épouse. Un soir, on frappe à la porte, un médecin égaré. Le poète offre l'hospitalité malgré les réticences de son épouse. Arrive ensuite la famille. Ces hôtes s'avèrent de plus en plus envahissants mais grands d'admirateurs du poète qui ne peut donc rien leur refuser... Le médecin est malade, il faut l’évacuer vers l'hôpital, les enfants viennent, se disputent... Tout le voisinage sait que le grand poète est là, qui ne peut rien refuser... La maison est pillée mais la vanité est satisfaite. La maison brûle. La femme meurt mais le poète extrait de son cœur, son amour, le diamant qui l'aidera dans son travail de création...

 

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

Pour faire ce long documentaire, à la hauteur des situations dramatiques, HUMAN FLOW (140mn, Venezia 74), Ai Weiwei a fait le tour du monde des camps de migrants disséminés sur tous les continents, de l'Asie à l'Amérique, de l'Afrique à l'Europe, en passant par Gaza ou Paris et Calais... évidemment pas avec le beau rôle.
Des images qu’on n’ose qualifier de belles, notamment des vues d'avion, montrent l'étendue du problème, des villes de camps, dans les différents pays. A l’échelle des statistiques qui sont quelquefois abstraites.

 

LES BIENHEUREUX (Prix d'interprétation féminine Lyna Khoudri) de Sofia Djama (102mn, Orizzonti), seul film africain de la Mostra. Film de fiction qui fait un tableau réaliste et assez pessimiste de la situation algérienne. A Alger, quelques années après la guerre civile, un couple décide de fêter leur vingtième anniversaire de mariage au restaurant. Ce qui donne l’’occasion de voir quelques contraintes et difficultés de la vie quotidienne d’un couple bourgeois pour qui l’Algérie n’est pas celle qu’ils espéraient.
Les Bienheureux est à prendre au second degré. Si le mari affirme, nous avons été heureux, la femme ajoute au prix de combien de renoncements.
En parallèle, la vie de leurs enfants, qui n’ont pas connu la décennie noire et qui essaient de s’adapter à la situation...

 

THE SHAPE OF THE WATER (Lion d’or) de Guillermo del Toro (119mn, Venezia 74). Dans l'atmosphère des années 60, les services des États-Unis ont capturé un monstre aquatique, convoité par les Soviétiques, sur lequel ils font des expériences.
Le monstre est enchaîné mais n’est pas méchant. Une femme de service, muette comme lui, le prend en affection. De petits cadeaux, le langage des signes permettent une histoire d'amour, entre ces deux exclus. Avec la complicité d'une collègue noire, d'un ami peintre et d’un scientifique d'origine russe, après bien de difficultés, ils rendent sa liberté au monstre qui emporte son amie au fond des océans...

La belle, handicapée, et la bête peuvent communiquer, partager des sentiments : message universel d’amour et de liberté.

 

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

Vus également 

LOS VERSOS DE OLVIDO de Alireza Khatami (92mn, Orizzonti), NAUSICAA-L'ALTRA ODISSEA de Giuseppe Vigna (20mn, Settimana Della Critica), DUE de Riccardo Giacconi (17mn, Settimana Della critica), DRIFT de Helena Wittmann, (97mn, Settimana Della Critia), THIS IS CONGO de Daniel Mac Cabe (91mn, Fuori concorsi), IL SIGNOR ROTPETER de Antonietta DeLio (37mmn, Fuori concorso), MAI MEE SAMUI SAMRAB TER (SAMI SONG) de Peb-ek Ratanaruang, (108mn, Giornate degli autori), EX LIBRIS – THE NEW-YORK PUBLIC LIBRARY de Frederick Wiseman (197mn, Venezia 74), LA NUIT OÙ J'AI NAGÉ de Damien Manivel et Igarashi Kohei (79mn, Orizzonti) et deux séances de courts métrages en Réalité Virtuelle.

 

1 – Les films peuvent être présentés dans différentes sélections : Venezia 74, la plus prestigieuse, sélection officielle concourant pour le Lion d’or, Orizzonti (Horizons), Fuori Concorso (Hors concours), Giornate degli autori (Journées des auteurs), Settimane della critica (Semaine de la critique), Proiezioni speciali (Projections spéciales), Venezia classici-Restauri ou Documentari (Venise Classiques-restaurés ou documentaires), Orizzonti - Concorso Corti (Horizons Courts métrages), Cinema nel Giardino (Cinéma du Jardin).
Des billets sont vendus pour accéder à ces projections : cette année, la Tessera Promozionale, proposée aux moins de 26 ans ou plus de 60 permettait l’accès, dans la limite des places disponibles, à la projection de plus de 150 films, lors de séances ouvertes aux accrediti. La Tessera coûtait 80, la carte pour les étudiants 40.

2 - Inspiré du livre En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis, 2014, Le Seuil

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 18:44
A l’Ouest, rien de nouveau

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Le roman A l’Ouest, rien de nouveau (titre original, Im Westen nichts Neues) d’Erich Maria Remarque (1) est sorti en 1929, rapidement suivi par le film qu’il a inspiré (All Quiet on the Western Front) de Lewis Milestone (2). Les deux, pacifistes, la guerre de 14-18 vue par un jeune soldat volontaire allemand ont connu un grand succès.

 

En Allemagne, le livre a été vendu à 800 000 exemplaires entre 1930 et 1935, date de l’exil de Remarque (paru en France en 1930, 600 000 exemplaires), c’est un des meilleurs tirages du 20ème siècle, au minimum, 30 millions dans le monde. Le film a obtenu deux Oscars, meilleur film, meilleur réalisateur, en 1930.
Les nazis ont brûlé le livre lors des autodafés de 1933, censuré et interdit le film.

Le film n’est pas l’illustration, image pour mot, du livre. Des situations, des dialogues du livre s’y retrouvent mais certaines scènes ont disparu, d’autres ont été ajoutées. Ces modifications, sans trahir l’esprit pacifiste du roman, apportent un point de vue un peu différent.

Il suffit pour s’en rendre compte de comparer premières pages et premières images.

Les premières lignes du livre sont consacrées à une séance mouvementée de distribution du repas. La nourriture, question concrète, revient à plusieurs reprises tout au long du roman : les soldats sont mal et irrégulièrement nourris. Jusque là on mélangeait de la nourriture avec de la sciure, maintenant nous n’avons plus que de la sciure dit l’un d’entre eux.

Mais ce jour là, les choses sont bien différentes. La nourriture de la deuxième compagnie est arrivée, pour 150 soldats. Le cuisinier ne veut faire la distribution que lorsque tout le monde est là. La deuxième compagnie, partie en première ligne à 150, est revenue à moitié décimée : ils ne sont plus que 80 !
Il y a 150 rations et 80 soldats. La nourriture est pour la deuxième
compagnie. Chaque soldat veut donc, aujourd’hui, deux rations. Y compris de tabac. Le cuistot ne veut rien entendre. Ce conflit qui menace de mal tourner est résolu par un officier qui tranche en faveur des soldats.

Le ton est donné. Le roman portera essentiellement sur les situations concrètes, sur la vie quotidienne des soldats, notamment des condisciples du narrateur. Et leurs conséquences : la faim bien sûr, la mort, les blessures, la peur, la promiscuité, le moral, les attaques et contre attaques… Et les réflexions sur la guerre, sur leur situation concrète, sur les crises de désespoir et de nostalgie...

 

C’est l’engagement guerrier qui ouvre le film. L’enthousiasme du professeur. Qui annonce à la femme de service, tous deux en train de nettoyer l’école, le succès du jour : 30 prisonniers français, des Russes, beaucoup plus que ça !
Il ouvre la porte de l’école à deux battants, les troupes défilent dans l’enthousiasme populaire : le facteur annonce fièrement son départ, le lendemain, comme sergent de réserve ; la fleuriste est dévalisée de sa marchandise par les femmes qui jettent des fleurs aux militaires qui défilent...
Tout en suivant le défilé, la caméra entre, par un mouvement arrière, dans la salle de classe, se fixe, en légère plongée, sur le professeur devant le tableau noir aux écrits en latin et en grec. S’élargit ensuite aux deux fenêtres qui l’encadrent dans lesquelles le défilé se poursuit, la musique militaire couvrant ses paroles.

L’image se concentre, alors, sur le professeur, sur son discours, la musique militaire devenant inaudible. Il s’adresse à tous les élèves, les exhorte à l’engagement : l’un se voit arrivant chez lui en uniforme, au grand effroi de sa mère et à la joie fière de son père ; un autre s’imagine au volant d’un véhicule militaire entouré par deux jeunes femmes admiratives.

Puis le professeur, en gros plan, s’adresse à quelques uns nommément, l’œil menaçant, les provoquant personnellement, jusqu’à déclencher le volontariat de toute la classe. Cris, chants, un élève efface sur le tableau le latin et le grec et inscrit Nach Paris, (A Paris), les autres jettent les cahiers, l’école est finie comme pour des vacances, ils forment un monôme et sortent de la classe. Ils passent bruyamment devant les fenêtres.

La classe est vide. Les cahiers épars. Tout est dit. La culture, latin et grec confondus, cède face aux ardeurs belliqueuses. La guerre a déjà tout dévasté. Les élèves, dupés par leur professeur, partent insouciants. Ils n’en reviendront pas ou cassés. Physiquement. Psychiquement. Moralement.

C’est de cette réalité, de cette absurdité, la mort contre le service de la patrie, que les élèves devenus soldats vont prendre conscience au cours de leur séjour au front. C’est de l’écrasant mécanisme qui va les broyer dont le film va témoigner.

 

Dans les dernières pages du livre et les dernières images du film, Paul, le narrateur, meurt. Dans le livre, une simple notice : Il tomba, en avril mille neuf cent dix huit… Il était tombé, la tête en avant... Dans le film, Paul paie de sa vie une imprudence en essayant d’attraper un papillon. Trop belle image de la mort...
Mais alors que dans les feuilles précédentes, Paul confie et son désespoir, et la force de vie qui est en lui, la dernière image du film est une superposition de la deuxième compagnie qui monte au front, image déjà vue, et d’un cimetière militaire aux croix blanches, innombrables.


 

A l’Ouest, rien de nouveau

Bien sûr, livre et film montrent, tous deux, la misère, les souffrances, la présence de la mort, la peur, l’adaptation nécessaire pour la survie au prix d’un réalisme qui pourrait passer pour du cynisme – le passage des bottes devenues inutiles d’un soldat amputé à un autre qui les convoite puis à un autre après sa mort... Des discussions sur le pourquoi de la guerre, sur les responsables de cette tuerie. De l’inutilité de ce qui a été appris, hier à l’école, pour faire la guerre, et de ce qui est appris, aujourd’hui, pour survivre demain, la paix revenue. De l’impossible réadaptation des jeunes à la société civile, la paix revenue…

 

Des scènes sont communes au livre et au film, aussi dramatiques quand Paul poignarde un Français qui meurt lentement sous ses yeux, aussi poignantes quand il va voir sa famille, notamment sa mère gravement malade. Ou ridicules quand les stratèges de bistrot indiquent à Paul qu’il faut casser le front ennemi et foncer sur Paris.

 

Le livre aborde des sujets plus intimes, des réflexions personnelles de l’auteur sur les petits moments de bonheur, sur l’accoutumance à la souffrance, à la mort des autres, sur une confortable promiscuité insupportable dans la vie civile : latrines mobiles qui permettent de jouer aux cartes, scène d’amour à l’hôpital, sous la protection de ses camarades, d’un blessé que sa femme est venue voir…

 

Les scènes ajoutées montrent l’emprise de tous les instants de la machine sur les hommes, exercices, y compris brimades, de centaines de jeunes recrues dans une cour de caserne, l’agitation des troupes, infanterie et artillerie aux abords du front, attaques contre attaques, bombardements, vie dans la tranchée, qui font participer le spectateur à la guerre.

 

Dans le livre plus encore que dans le film, aucune haine contre l’adversaire, l'ennemi, le frère qu’il faut tuer pour survivre. Qui est peut-être mieux loti, français ou anglais, corned-beef, pain blanc, cognac... Qui est encore plus démuni, plus malheureux, prisonnier russe… mourant, vraiment, de faim…

 

La guerre, vue par les deux bouts.
La force brute de la machine qui blesse ou tue au hasard, qui asservit, à laquelle le soldat obéit, parce qu’il doit obéir, parce qu’il est devenu un automate.
L’horreur au ras du sol, ressentie au quotidien, les souffrances physiques et morales, la débrouille pour trouver à manger, les combines, pour une place aux cuisines, quelques cigarettes contre morphine pour le camarade qui souffre...


Quand nos partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes.

 

 

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A l’Ouest, rien de nouveau

1 - Erich Maria Remarque, né en 1898, de son vrai nom Erich Paul Remark, ne s’est pas engagé : il a été mobilisé en 1916, envoyé au front en 17 et blessé en juillet. Sa mère, s’appelait Maria, comme celle du héros du roman, Paul Bäumer, elle est décédée d’un cancer en septembre 17.

2 - Lewis Milestone (1895-1980) a obtenu en 1930, l’Oscar du Meilleur réalisateur pour A l’Ouest rien de nouveau qui a eu aussi celui du Meilleur film. Nominé aussi pour le meilleur scenario et la meilleurs photographie.
Lewis Milestone avait déjà eu en 1929 l’Oscar du Meilleur réalisateur de comédie pour Two Arabian Knights

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 13:22

CHOCOLAT
ou 2 clowns pour le prix d’un

Ce film narre l’histoire, au tournant du 19° et 20° siècles, d’un duo de clowns, Footit et son comparse Chocolat (1), premier clown noir qui eut son heure de gloire, à Paris, avant de tomber complètement dans l’oubli.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Deux clowns pour le prix d’un, c’est ainsi que le patron et maître Jacques du Cirque Delvaux présente la première apparition de Footit et Chocolat sur la piste. Pour le film Chocolat, on pourrait dire deux films pour le prix d’un. En effet, Chocolat présente la vie du fameux clown dans l’atmosphère raciste de l’époque mais aussi l’histoire de son ambition, stimulée par son statut et conclue par l’échec : devenir un homme comme les autres.

C’est sous le nom de Kananga, que le héros apparaît dans un petit cirque où il est présenté comme le roi du pays des mille collines, chaînon manquant (sous entendu entre l’homme et le singe), avec ses cris gutturaux, ses roulement d’yeux, un fémur au poing, un collier de dents humaines, effrayant femmes et enfants et… gagnant de quoi vivre et perdre au jeu.

Après cette entrée spectaculaire, bien connotée, apparaissent les multiples facettes du racisme que subit le héros et auquel d’une certaine façon il se prête. Au cirque, avec ses camarades de jeu – tu finiras à poil comme en Afrique, en Afrique ce n’est pas avec des dés qu’on joue mais avec les os des blancs – plus subtil quand Georges-Footit qui va l’embaucher, lui demande avec une certaine bienveillance, en parlant du singe qu’il est en train de caresser : c’est un garçon ou une fille ?... Tu me comprends ? Un léger temps mort, Kananga se retourne, brutalement, poussant un cri menaçant, effrayant Georges et répond doucement c’est une femelle, on ne dit pas fille chez les singes.
Dans cette scène, l’image en 3 plans illustre la phrase du directeur du cirque sur le chaînon manquant : Georges au premier plan, le singe au fond et Kananga entre les deux.
Racisme inconscient accepté quand, sur l’injonction de Delvaux, – Kananga c’est bon pour un roi nègre, pas pour un clown – Georges le baptise Chocolat et lui explique son rôle dans le duo : tu es le pitre, l’idiot...


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Après avoir, pour gagner sa vie, joué les cannibales, il devient le partenaire de Footit et reçoit, tous les soirs, sa ration de coups de pied au cul qui vont satisfaire la clientèle et conduire le duo à une importante promotion : se produire dans le Nouveau Cirque à Paris. Où la bonne société se presse et où ils connaissent la gloire et, pour Chocolat, le même racisme ambiant auquel il sait répondre. Au Musée Grévin où il a sa statue de cire, des journalistes : Il paraît que vous ne savez pas écrire. Il paraît aussi que je suis incapable de faire rire. Comment se nomme votre prochain numéro ? C’est Guillaume Tell, un lointain cousin suisse. Mais nettement moins beau que moi… Et, dans la presse, Footit et son nègre triomphent au Nouveau Cirque.

Ce succès sur la piste le fait rêver de passer à la scène pour interpréter Roméo et Juliette que Camille, la jeune et belle écuyère du cirque Delvaux, lui a fait découvrir et qu’il a lu plusieurs fois. Victor, un Haïtien, compagnon de cellule, emprisonné pour propos subversifs lui conseille plutôt de jouer Othello qui n’a jamais été joué par un Noir en France.

Cette idée souterraine va rejaillir quand le duo est sollicité pour une campagne publicitaire où, sur un affiche pour le chocolat Félix Potin, avec un contrat fort lucratif, il va apparaître caricaturé, simiesque, à coté de Footit : Chocolat Félix Potin : battu mais content…

Magnifique. On est tous d’accord, se félicitent Georges, le directeur du cirque, le directeur de Félix Potin, sans demander son avis à Chocolat qui s’insurge : Vous faites de moi, une attraction, un animal de foire. Pourquoi vous me dessinez comme ça. C’est moi ? C’est mon visage ?

Sa révolte va se concrétiser sur la piste quand Chocolat donne un coup imprévu à Footit qui en tombe à la renverse, physiquement et mentalement. Chocolat, sous les éclats de rire : Eh oui M Footit, vous ne rêvez pas. Et en aparté. Tu vois, ça marche aussi dans ce sens ! C’est fini, Georges.
Il quitte, triomphant, la piste. Tandis que Footit, effondré, salue tristement et se retire vers les coulisses où la caméra l’attend, en contre-plongée, le montre désemparé, écrasé par la masse du cirque et des spectateurs hilares, sur les épaules.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Pour être Othello, il joue, avec le directeur du Théâtre Antoine, de la couleur de sa peau - Qui d’autre que moi peut jouer Othello avec autant de réalisme. Il est présenté comme un Othello, plus vrai que nature à l’acteur qui va jouer Iago : avec lui, le public ne sera pas chocolat et trompé sur la marchandise.

Il a connu et connaît aussi le racisme dur, celui qu’ont subi ses parents à Cuba, la mère dans les champs de canne à sucre, le père serviteur, humilié, faisant le caniche, sous ses yeux ; son arrestation par la police parisienne, comme sans papier, sur dénonciation de son ancienne patronne ; le traitement violent par les policiers en prison qui le passent au balais brosse sous un jet d’eau pour lui montrer qu’il ne sera toujours qu’un négro.
Le racisme dur, institutionnel, lors de l’Exposition coloniale qu’il visite avec Marie et ses enfants où, devant le zoo humain, on entend la voix d’un guide : Vous êtes en présence de sauvages les plus primitifs... mission civilisatrice tandis que des enfants blancs jettent des pièces que se disputent les enfants exposés. Un jeune Noir, en colère, sort d’une case et interpelle, dans un champ-contre champ qui devient de plus en plus vif, un Chocolat muet, interloqué, dans une langue qu’il ne comprend pas, à coté d’un panneau : Défense de donner à manger aux indigènes, ils sont nourris.

Le plus douloureux est l’échec final dans son rôle d’Othello, hué, par un public raciste : scandaleux, reviens au cirque.
Fuyant alors le théâtre, il est rattrapé par une bande de nervis qui massacrent sa main droite, la main qui vient d'étrangler Desdémone, la femme blanche, la main du joueur qui n'a pas payé ses dettes : c’est celui qui a voulu jouer Othello, il en porte encore l’habit et  le joueur pour ses dettes de jeu, qui est puni.
Kananga-Chocolat, Rafaël Padilla, son véritable nom qu’il espérait pouvoir porter un jour, a définitivement perdu sur tous les plans. Il finit balayeur dans un cirque misérable, atteint de tuberculose, avant d’être arrivé à la cinquantaine.

Il n’a pas connu que le racisme. Il se sent bien dans le petit cirque Delvaux où il a connu l’amour de Camille qu’il oubliera en profitant de sa richesse nouvelle, des femmes, de la vie facile de Paris. L’amour aussi de Marie qui le soutiendra jusqu’au dernier jour, elle même en butte au racisme de la voisinetraînée - d’une cliente au marché – c’est la femme du nègre. C’est elle, infirmière qui a fait jouer le duo des clowns dans un hôpital pour enfants et l’a présenté à un directeur de théâtre qui accepte sa proposition de jouer Othello : C’est gonflé. C’est sacrément gonflé. Le rôle n’a jamais été tenu par un acteur de couleur... ce sera un sacré coup de projecteur pour le théâtre… Mais je compte sur vous pour le remplir, ce théâtre.

S’il veut jouer ce rôle, c’est qu’il l’a très bien compris que toute la pièce, c’est l’échec d’Othello à devenir un homme comme les autres. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est à quel point il est Othello : un homme peu accessible à la jalousie. Et qui, une fois, excité par elle a été entraîné jusqu’aux derniers excès.

Car dans son entourage, s’il y avait le racisme auquel il savait répondre, il y avait aussi la jalousie des ambitions contre laquelle il était moins armé. Et qui a, aussi, nourri son ambition.
Jalousie de Camille qui le voit partir avec Footit : C’est quoi ton vrai nomEt lui, pourquoi il ne s’appelle pas Farine ou Pot de chambre ? Fais gaffe aussi, tu n’es pas sa chose à Footit…
Jalousie d’un clown concurrent du Nouveau Cirque qui dévaste la loge du duo.
Jalousie de Georges, qui lui reproche
d’en faire un peu trop, voiture, costumes, ses retards, de négliger son travail pour faire le joli cœur avec Camille puis pour Marie, mais qui cache probablement derrière ces remontrances un penchant homosexuel – on le voit dans un bistrot refuser une proposition, plus tard, lisant un journal avec un ongle verni. Dans un dialogue où Marie est dans l’axe de la caméra et il n’est vu que dans un miroir, il avoue : Moi aussi, je l’ai aimé, nourri, choyé. On m’a regardé comme si j’avais perdu la raison... Tout ça, pour quoi ? Pour qu’il me lâche en peine course. Pour vous plaire. Pour faire le beau au théâtre...
Jalousie chatouillée par Victor, le Haïtien subversif, pour la bonne cause : C’est toi l’artiste qui se fait botter le cul tous les soirs par un blanc ?... Il a peur de te perdre ton Footit. Sans son faire valoir, sa victime préférée, il redevient banal, à pleurer.
Jalousie qui s’exprime finalement dans la colère quand il dit à Georges : quand on touche la paie. C’est toi qui empoche le double. Le double du négro et tu n’es même pas sur l’affiche.

Chocolat qui avait une idée en tête. Il voulait changer. Changer quoi ? J’ai voulu changer de peau, stupide négro. J’étais pas mauvais. Tu étais mieux que ça. Tu étais un prince. J’ai pas trop su aller plus loin. Ensemble, on était les rois. On n’avait pas de limite.
Il restera Chocolat. Avec une ambiguïté souriante, Victor lui avait dit que Chocolat était son identité dans cette société et qu’il était chocolat, pris au piège.
Phrase qu’il assume,
au moment de mourir, devant Georges : il était Chocolat, le grand clown mais aussi chocolat, la victime. L’aventure est finie. Il ne sera jamais reconnu comme Rafaël Padilla.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

1 – Chocolat, réalisé par Roschdy ZEM, 2016, 110 mn. S'inspire librement du livre Chocolat, clown nègre : l'histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française de Gérard Noiriel, Bayard 2012. Interprètes principaux Omar SY (Rafaël Padilla dit Kananga puis Chocolat), Jammes Thierrée (Georges Footit), Clotilde Hesme (Marie).

NB : Une scène du film montre les frères Lumière en train d’enregistrer le duo des clowns. La séquence authentique, filmée par les Lumière est projetée en fin du film.
Actuellement sur les écrans, on peut voir,
Lumière ! l’aventure commence. Un film de Thierry Frémaux qui présente 108 films de 50 secondes sur les plus de 1 000 réalisés par les frères Lumière et leurs opérateurs envoyés à travers le monde.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 13:20

Ce film (1), librement inspirée d’une histoire vraie relatée par Gérard Noiriel, fait revivre le premier artiste noir qui a conquis une certaine célébrité, à Paris, au tournant des 19° et 20° siècles puis est tombé dans l'oubli.


 

CHOCOLAT,  une homme oublié

A travers son scénario, ses dialogues, le jeu des acteurs, le film de Roschdy ZEM donne à voir l’état de la France à cette époque, 1897-1917, des limites qu’elle oppose à un Noir qui a quelques ambitions pour sortir de la place, limitée, qui lui est accordée quelle que soit sa valeur personnelle.

C’est l’époque de l’empire français, sur lequel le soleil ne se couche jamais, qui étale, avec bonne conscience, sa suffisance civilisatrice lors de l’Exposition coloniale avec son zoo humain… Une époque où triomphe un racisme polymorphe qui s’exprime dans le film, sous toutes ses facettes, depuis le racisme inconscient, pourquoi le clown noir s’appelait-il Chocolat et son partenaire blanc Footit et non farine ou pot de chambre comme le suggère sa petite amie du moment ? Jusqu’au racisme le plus dur, les policiers qui le passent au balais brosse sous un jet d’eau pour lui montrer que, quoi qu’il fasse, il ne sera jamais qu’un négro. En passant par le racisme bon enfant dont, astucieux, il sait se sortir grâce à son intelligence et ses bons mots.

Trois Noirs sont aperçus dans le film, tous trois sont assignés, enfermés dans un lieu précis : l’un en prison, pour idées subversives, qui préfère regagner Haïti, après avoir tâté du Paris de Liberté, Égalité Fraternité ; l’autre, temporairement, dans une case du zoo humain avant d’être renvoyé quelque part en Afrique, qui interpelle Chocolat dans une langue qu’il ne comprend pas ; Chocolat, clown sur la piste du cirque, le plus favorisé, contesté par les deux autres, le plus intégré, dans un rôle dont il ne sortira que pour son malheur.

Preuve d’une renommée certaine, une séquence du film montre le duo, Footit-Chocolat, filmé par les frères Lumières. Ce film, une séquence de 50 secondes, longueur maximale autorisée à l’époque par la technique des frères Lumières, est projetée à la fin du film (2).

La gloire acquise, dans un rôle assigné, clown de cirque, lui donne l’idée de faire du théâtre. Et il se sert du préjugé racial pour revendiquer le rôle d’Othello : qui d’autre que moi peut jouer Othello avec autant de réalisme. Paradoxalement, il veut incarner un Noir au théâtre pour ouvrir une brèche, comme le lui a soufflé Victor, le Haïtien, pour changer de peau… pour devenir aussi blanc que les blancs, pour échapper à la malédiction d’être né fils d’esclave.
Oubliant que l’art de l’acteur n’est pas d’être mais de paraître, de créer, que dans la tradition théâtrale les acteurs pouvaient avoir des masques, que les hommes ont longtemps joué des rôles féminins ou inversement, à l’époque de Chocolat, avec Sarah Bernhardt jouant Hamlet… Mais surtout que, si l‘époque pouvait faire une gloire à un Noir qui jouait les faire-valoir, à qui on bottait les fesses tous les soirs, qui faisait des grimaces et roulait de gros yeux, elle n’était pas prête à voir un Noir, incarner un personnage, même noir, du répertoire, quel que soit son talent d’acteur.

Le film ne fait pas seulement le portrait dénonciateur d’une société, d’une époque. Il montre aussi que Rafaël – Kananga - Chocolat est un homme complexe qui a une histoire avant, pendant et après la gloire : Rafaël, fils d’esclave ayant vu son père humilié à Cuba, Kananga, cannibale de cirque, aimé d’une jeune écuyère qu’il oublie dès qu’il arrive à Paris et qui, devenu le grand Chocolat, découvre la vie facile, les femmes, l’alcool et même le laudanum, et le luxe, tout ce que l’argent gagné peut lui procurer. Mais aussi, qui aime les enfants et est aimé d’eux. Qui aime, est aimé par celle qui l’aide à réaliser son rêve et le soutien contre amis et famille. Qui finit par se révolter contre son maître, celui qui lui a tout appris, celui qui ne l’abandonnera pas, celui qui l’aime d’amour ce dont il ne s’apercevra jamais.

Dans le film, certaines scènes semblent se répéter avec un éclairage différent.
Les gendarmes viennent dans le petit cirque : Kananga, sans papier, se cache sous une roulotte et ne voit plus son ami Georges que de pieds à la taille comme l’enfant Rafaël avait vu les gardes et leur fouet dans le champ de canne. Fausse alerte.
Mais quand, la police, vient
contrôler ses papiers devant le Nouveau Cirque. Le maintenant célèbre Chocolat leur demande s’ils viennent pour un autographe dans une image en contre plongée qui montre bien qu’il est, désormais, sûr de lui-même. Un peu trop. Il se retrouve en prison.
C’est l’enfant qui, timidement, touche son visage pour vérifier si sa couleur de peau n’est pas un maquillage pendant que Chocolat signe un autographe d’une écriture incertaine… Geste qu’il reproduit au Grand Cirque auprès d’un clown concurrent pour signifier son authenticité.

Il finit par reconnaître qu’il a été chocolat, qu’il n’a pas réussi à changer de peau, à être ce qu’il ambitionnait d’être mais que son nom était finalement Chocolat, celui d’un grand clown.

CHOCOLAT,  une homme oublié

1 – Chocolat, de Roschdy ZEM, 2016, 110 mn. S'inspire librement du livre Chocolat, clown nègre : l'histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française de Gérard Noiriel, Bayard 2012. Interprètes principaux Omar SY (Rafaël Padilla dit Kananga puis Chocolat), Jammes Thierrée (Georges Footit), Clotilde Hesme (Marie).

2 – Lumière ! l’aventure commence, de Thierry Frémaux, 2017, 90 min. Ce film présente 108 films de 50 secondes sur plus de 1 000 tournés entre 1895 et 1905 par les frères Lumière et leurs opérateurs dans le monde.

NB : article proposé à Agoravox. On trouvera sur ce blog un article plus détaillé sur le même sujet.

CHOCOLAT,  une homme oublié
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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 20:12

Guerres du Vietnam et d’Algérie
Deux films

 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

Vus par hasard à trois jours d’intervalle, deux films bien différents sur les guerres des États-Unis au Vietnam par un cinéaste étasunien (1) et de la France en Algérie par un cinéaste français (2).

Le premier est un film de guerre, classique, qui raconte un épisode d’après un fait réel qui s’est déroule en 1966.
Dans un bus, un homme jeune dévisage une jeune asiatique et s'endort.
Il se retrouve dans la guerre du Vietnam. Une permission de sortie ayant été refusée, son supérieur, un sergent, avec trois de ses hommes, enlève une jeune fille dans le but de la violer. Le héros du film ne cesse d'exprimer son désaccord jusqu'à se mettre en danger. Après qu’elle a été violée et blessée, il tente de la soigner mais ne peut la libérer. Au cours d’une attaque contre un groupe vietcong, ils l’assassinent. Le héros du film dénonce ces crimes malgré les tentatives de dissuasion de son commandement hiérarchique. Le sergent et ses complices sont condamnés en cour martiale.
Il
se réveille dans le bus et revoit la jeune asiatique qui a suscité ce retour dans le passé. Vous avez fait un cauchemar mais je pense que c'est terminé maintenant, dit-elle.
C’est la dernière phrase du film. Mais ce n’est terminé ni pour ceux qui ont été au Vietnam, ni pour ceux qui ont été en Algérie.

Le second est un documentaire fait d’entretiens avec des hommes qui, entre 1954 et 1962, ont participé à la Guerre d’Algérie, qui ont connu les tortures, les corvées de bois (exécutions sommaires de prisonniers lors de fuites simulées)… qui n’ont pu oublier et qui, au moment de toucher la retraite d’ancien combattant, décident, enfin, de parler et de donner leur retraite à des associations algériennes. A l’occasion de retours en Algérie, ils retrouvent des anciens combattants de l’autre bord et essaient de nouer une solidarité fraternelle.

 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

Les films étasuniens qui sont arrivés jusqu’ici et qui dénoncent la guerre du Vietnam sont bien plus nombreux que les films français sur la guerre d’Algérie. Les deux films ci-dessus montrent les difficultés que rencontrent ces jeunes de 20 ans mis dans des situations impossibles. Et tout le monde connaît les dégâts que cela a pu entraîner sur des générations. Le cas des Vétérans a été maintes fois signalé. Les témoignages en France sont plus rares, les appelés se sont très souvent enfermés dans le silence.

Les deux films parlent de responsabilité, de culpabilité ?, des blessures chez ceux qui ont participé à ces guerres mais de façon différente. Dans Casualties of War, il s’agit de jeunes engagés et l’épisode décrit est celui d’un sergent qui entraîne ses subordonnés dans une action criminelle. Dont un soldat au nom hispanique, probablement catholique qui avait promis de refuser. Par l’action du héros, luthérien, avec l’aide d’un aumônier méthodiste, le groupe sera condamné malgré les réticences de la hiérarchie, par le tribunal militaire.

Le héros du film n’a pu sauver la jeune vietnamienne. Celle qu’il voit dans le bus est-elle un reproche muet de son impuissance ? Par qui a-t-elle été sauvée ? Par l’État qui lui permet de faire des études sur un beau campus ? L’État sort totalement indemne de ce film.

Dans Retour en Algérie, il ne s’agit pas d’une bavure mais de pratiques couvertes, assumées par une hiérarchie, dénoncées seulement par le général Jacques de Bollardière (dont la femme témoigne dans le film), mis aux arrêts et condamné à 60 jours de forteresse. Il n’a jamais été réhabilité.
Pourtant
le général Massu, responsable de la bataille d’Alger, des années plus tard, a reconnu : on aurait dû faire autrement.

C’est ce que des milliers d’appelés ont essayé de faire à l’époque (3). C’est ce que certains d’entre eux essaient de faire aujourd’hui, regroupés en association (4)


 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

1 - Casualties of War (Outrages) de Brian de Palma,1989, 113 mn, se passe en 1966. Ce film a eu une diffusion normale.

2 – Retour en Algérie de Emmanuel Audrain, 2014, 52 mn. Ce film, produit avec l’aide de France Télévisions, n’est passé sur aucune chaîne. Il est diffusé tous les samedis à 11 heures au cinéma Luminor-Hôtel de ville à Paris pendant les mois de février et mars.

3 – Le nombre d’insoumis, déserteurs ou objecteurs de conscience est estimé à 12 000.

4 - Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre (4acg) : association fondée par 4 appelés du contingent en 2004.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 23:32
Le Cercle des poètes disparus

L’arrivée d’un nouveau professeur de littérature anglaise dans l’école de Welton, dans le Vermont (États-Unis), réputée comme étant l’une des plus fermées du pays, va bouleverser le fonctionnement traditionnel d’une classe avec des conséquences dramatiques.
Le cercle des poètes disparus (1) est sorti en 1989. Les premières minutes du film décrivent la préparation et le déroulement de la cérémonie d’ouverture de l’année scolaire 1959. Cérémonie quasiment religieuse dans un bâtiment qui fait penser à un temple ou à un collège anglais, avec grands tableaux allégoriques édifiants… Dans le chœur siègent l’encadrement et le corps professoral. Dans la nef, élèves et parents. Tandis qu’arrive la procession de trois jeunes et nouveaux élèves, suivis de plus anciens avec bannières proclamant les valeurs de l’école, Tradition, Honneur, Discipline, Excellence, un sonneur de cornemuse en kilt et un membre de l’administration porteur d’une bougie, Lumière du savoir, qu’il va transmettre à un jeune et nouvel élève qui, lui même…
Le directeur délivre son message sur l’excellence de son établissement qui ravit les parents assurés qu’ils ont fait le bon choix en confiant leur progéniture à cette école : 75 % d’admissions aux universités de l’Ivy League, les plus prestigieuses des États-Unis… Et annonce que M. Keating, le nouveau professeur d’anglais, ancien brillant élève de Welton, venant de l’université de Chester à Londres remplacera son prédécesseur parti à la retraite...

Dernières salutations, derniers conseils, dernières mises au point. Les élèves s’égaillent dans leur chambre, les anciens se retrouvent, avec les nouveaux, allument des cigarettes, parodient la cérémonie : Travesti, Horreur, Décadence, Excrément… Contestation potache, le moule n’a pas encore fait totalement son effet... Mais le père de Neil revient pour lui rappeler qu’il ne peut s’écarter du chemin qu’il a tracé pour lui.

Dehors, la campagne est belle, vêtue des couleurs de l’automne, parcourue par d’innombrables oiseaux qui virevoltent, libres. Leurs cris se mêlent à ceux des élèves qui, dedans, presque aussi nombreux, parcourent bruyamment la « cage » d’escalier. Prisonniers. De l’ambition de l’école et de leurs parents. Vus en contre plongée. Ici c’est la caméra qu virevolte. Comme elle virevolte quand les élèves sautent d’un lit à l’autre se poursuivant pour une feuille, un essai d’écriture d’un poème, dérobée.

Si des activités extrascolaires sont nombreuses – journal, jeux d’échecs, escrime, bicyclette, fléchettes, expériences scientifiques personnelles – le but de l’école est de transmettre le maximum de connaissances, « le reste viendra ensuite » dit le directeur M.Nolan.

Le Cercle des poètes disparus

Alors que les trois professeurs classiques, entrevus, font leur cours debout au milieu des élèves assis à leur table, imposent le travail, l’ennui, la discipline menaçante, le nouveau professeur les amène en bras de chemise, sifflotant, dans le hall de l’école. Professeur et élèves, également dominés et réduits par la puissance de l’établissement et la force de la vue plongeante du haut de l’escalier, annonce de leur écrasement.

Face aux photos des générations précédentes et glissé au milieu des élèves, le nouveau professeur fait entendre la voix de ces anciens qui ont, eux aussi, été jeunes et ambitieux, qui maintenant nourrissent les vers… Keating leur prête sa voix : carpe diem… profitez du moment... soyez extraordinaires… Avec l’espoir d’encourager le refus du conformisme, l’épanouissement des personnalités, le goût de la liberté… Ce qu’il essaie de faire, aussi, à travers diverses activités, peu habituelles pour un professeur de lettres : arracher la préface de leur livre de littérature due à un éminent professeur, marcher dans la cour pour trouver sa voie, monter sur la table pour voir le monde sous un autre angle, jouer au football pour l’émulation, réciter son propre poème face à la classe…

Le plus souvent filmé parmi les élèves, à leur niveau, Keating les oblige à s’approcher de lui quand il parle : dans le hall - face aux photos -, dans la classe – quand il leur glisse qu’on fait des poèmes par amour, parce qu’on est membre de l’humanité - , dans le pré quand il révèle le cercle des poètes disparus......

Ayant fouillé dans les archives de l’école, les élèves découvrent en effet que M.Keating, élève, était, à son époque, l’animateur du cercle des poètes disparus, romantiques qui se réunissaient dans une grotte des environs. Ils se retrouvent à sept, pour redonner vie à ce cercle, dans cette grotte inspirée, caverne de Platon ? Contre-image de l’école-temple ? Foyer de créativité ?

Dans cet espace restreint, secret, ils vont recréer les vieux rites, fumer, boire, pique niquer, raconter des histoires, réciter des poèmes, jouer du saxophone, faire venir des filles… goûter à la liberté clandestine. C’est dans cet espace libéré que trois d’entre eux puiseront le courage de dévoiler et d’assumer leur rêve.

L’un décide de se déclarer, avec risques, à la plus belle fille jamais vue… Quand il enfourche la bicyclette pour aller la rejoindre dans l’école voisine, follement, à travers près, il soulève des nuées d’oiseaux qui témoignent de la liberté conquise…
C’est là que le plus brillant d’entre eux, qui été à l’initiative de ce nouveau cercle des poètes disparus, annonce sa décision de devenir acteur envers et contre tout.
C’est dans
cette grotte qu’un autre annonce qu’il a publié, dans le journal de l’école, un article non autorisé, signé le cercle des poètes disparus et qu’il assumera sa vocation de poète en prenant le nom de Nuwanda.

Dans la grande salle voûtée de l’établissement où s’était déroulée la cérémonie d’ouverture emplie de parents satisfaits, de jeunes assurés ou inquiets devant l’année nouvelle, dans cette salle sont solennellement réunis tous les élèves de l’établissement. Là où le défilé de quelques élèves avait rempli de sympathie heureuse l’assistance au son de la cornemuse, déboulent le directeur et tout l’encadrement avec la détermination bruyante d’un commando. Menaçant. Pour connaître l’auteur de l’article non autorisé.
Un téléphone sonne,
Nuwanda se lève, annonce une communication téléphonique pour le directeur ! Dieu demande la mixité dans l’école ! Châtiment corporel et expulsion seront la réponse.

Le combat le plus dur, qui finira mal, est celui de Neil qui veut devenir acteur contre la volonté non de l’établissement mais de son père, rigide, inflexible, qui veut en faire un médecin. La royale couronne de théâtre sera sa couronne d’épines.

Ce film, enlevé, dramatique mais réjouissant, se déroule en 1959, bien avant la révolte estudiantine de 1968 qui a aussi commencé en France autour d’une revendication de mixité. Mais ici, la révolte ne touchera que la moitié des élèves d’une classe et tout rentrera, pour cette fois, dans l’ordre. Avec cependant de graves dégâts...

Sorti à une époque de forte contestation de l’enseignement traditionnel, le film a reçu un bon accueil auprès de la critique et du public.

Le Cercle des poètes disparus

1 - Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society), Réalisation : Peter Weir, Scénario : Tom Schulman, Musique originale : Maurice Jarre, États-Unis, 128 mn, 1989, ressorti en 2004

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 09:58

Le Troisième Homme est, dans mon souvenir, un très beau film policier, en noir et blanc, illuminé par le visage, le sourire d’Orson Welles et porté par un air de cithare.

C’est d’ailleurs, la cithare et son jeu de cordes qui ouvrent le générique avec l’air qui accompagnera le film tout au long. La Vienne de 1948 où se déroule l’histoire, est présentée dans un montage rapide, accompagné d’un commentaire : à moitié détruite, Vienne a perdu sa splendeur d’avant guerre, son indépendance, son unité, démembrée, divisée en secteurs sous l’autorité des forces d’occupation étasunienne, britannique, russe et française et livrée à des trafiquants sans scrupules qui profitent des pénuries et jouent de la division des autorités.
Cette Vienne de l’après-guerre est peut-être le personnage principal du film. Une Vienne qui enferme les personnages dans ses filets et dont les quelques rares habitants aperçus sont réduits au rôle de passants, de figurants.


 

 

Le Troisième Homme

C’est dans cette ville-piège, partagée en deux camps, que débarque l’innocent, le naïf Holly Martins (Joseph Cotten), auteur de romans populaires, qui vient retrouver son vieil et fascinant ami, Harry Lime (Orson Welles) qui lui a promis un emploi.
Malheureusement, il arrive le jour de
son enterrement, victime d’un accident de voiture devant son domicile.

L’accident s’est produit en présence de deux amis de Harry, Kurtz et Popesco, qui ont transporté son corps. Sur les lieux, Kurtz raconte les circonstances de l’accident. Au moment de se quitter, ils croisent un policier autrichien qui fait sa ronde banale, passant entre les deux amis de Harry, séparant le bien et le mal. Popesco confirme, un peu plus tard, le récit de Kurtz. Mais d’après le gardien de l’immeuble, trois personnes ont transporté le corps de Harry.
Cette contradiction rend l’accident rapidement suspect à Holly Martins et le pousse à la recherche de ce Troisième homme. Contre la police qui soupçonne son ami d’être à la tête d’un trafic criminel, il entreprend sa propre enquête en interrogeant les quelques amis de Harry, entrevus au cimetière. Pour établir la justice.

Jusqu’au coup de théâtre. Un soir, sortant un peu éméché de chez Anna Schmidt (Alida Valli), l’amie de Harry, il aperçoit un homme qui se cache dans l’embrasure d’une porte, avec un chat à ses pieds, le chat qui, d’après Anna, n’aimait que Harry. Suite aux interpellations tapageuses de Martins, une fenêtre s’allume, éclaire furtivement le visage de l’inconnu : Harry. Martins s’élance, une voiture passe. La porte est murée. Harry a disparu. Harry qu’il finira par retrouver.

Ce film noir où humour et cynisme se côtoient, pose la question de savoir qui est bon et qui ne l’est pas, que peut l’amitié ou l’amour face à la découverte du pire. Le major Calloway (Trevord Howard) et Anna conseillent à Martins de ne pas s’occuper de cette affaire qui ne peut rien apporter maintenant à Harry, décédé.
Tout au long du film qui se déroule essentiellement la nuit et, dans la journée, souvent en intérieur, l’angoisse naît des sous-entendus menaçants de quelques conseils des amis de Harry. Du dialogue de Martins avec Harry retrouvé, en haut de la Grande roue où les propos de Harry laissent percevoir à la fois ses sentiments et son cynisme effrayant.
Surtout
l’atmosphère du film est créée, dès le début, par la silhouette des amis de Harry, les expressions du visage et le regard de Kurtz, le décor de l’appartement du Dr Winckel, les cadrages débullés, des lumières et des ombres, de l’ombre du marchand de ballons, les places et les rues désertes aux pavés luisants, les visages en gros plans, inquiets ou inquiétants des quelques Viennois, les multiples canaux des égouts d’où viennent des voix ou des aboiements qui se referment sur un Harry aux abois. Du sourire séduisant, narquois, menaçant, sûr de lui-même et finalement vaincu et consentant.

Le Troisième Homme

Harry Lime est le troisième homme qui donne son sens, son intensité au film par le manque que crée son absence pendant la première heure du film, et l’éclat de son apparition dans une embrasure de porte et de sa présence imposante dans la suite du film. Il est le personnage vers lequel convergent tous les autres : le moteur du groupe criminel avec Kurtz et Winckel (et Popesco et ses deux hommes de main) ; le séducteur d’une amitié de vingt ans de Martins et de l’amour d’ Anna ; la cible de l’enquête policière de Calloway (qui a son portrait sur sa table comme Montgomery avait celui de Romel) et du sergent Payne son adjoint (Bernard Lee). Tous en sont marqués.

Dans le parallélisme entre l’amour de Anna et l’amitié de Holly, c’est l’amour qui domine. Lors du premier enterrement de Harry, Anna s’en va sans jeter un peu de terre sur le cercueil comme si elle sentait qu’il n’est pas là. Tandis que Martins fait le geste traditionnel avant les complices de Harry qui savent. Lors du second enterrement, elle accomplit le geste. Malgré la gravité des crimes qu’elle connaît maintenant, un lien demeure avec Harry tel qu’il était. Martins ne le fait pas. Ce geste était naturel quand Harry était son ami. Il ne l’est plus. Il assume sa rupture, sa trahison.
Pourtant si Harry n’avait pu être là au moment de l’arrivée à Vienne de son ami, il avait organisé sa prise en charge, il pensait à lui pour un emploi, confiant, il s’est rendu aux deux rendez-vous que lui a proposés Martins. Le second lui a été fatal.

Visage lumineux d’Orson Welles, dominateur et angoissant en haut de la Grande roue ; vaincu, au sourire toujours ambiguë, devant la mort, dans un égout sans issue. Harry, le seul aimé d’amour et d’amitié, finalement trahi et puni par son plus vieil ami. Harry Lime, finit seul. Nous l’aimions tous les deux, qu’avons nous fait pour lui, dit Anna.

Après l’enterrement, Anna avance dans l’allée du cimetière, aux arbres nus d’où tombent les dernières feuilles d’automne, passe devant Martins qui a trahi pour lui rendre la liberté, et devant nous, sans un regard, quitte le cimetière. Seule devant un mauvais choix : refuser les papiers qu’elle peut récupérer et être expulsée ou les accepter et repartir avec Martins, éventuellement. Récompense d’une trahison qu’elle n’a pas commise.


 

1 - Le Troisième Homme (The Third Man) de Carol Reed, sur un scénario de Graham Greene, tourné en1948 à Vienne, sorti en 1949, Grand Prix au Festival de Cannes, avec une musique, Thème d'Harry Lime, composé et joué par Anton Karas. Avec Joseph Cotten (Holly Martins), Orson Welles (Harry Lime), Alida Valli (Anna Schmidt), Trevord Howard (major Calloway), Bernard Lee (sergent Paine).

Le DVD du film existe avec un bonus fort intéressant.

Le Troisième Homme de Graham Greene existe en Livre de Poche




 

Bonus

Comme dans le jeu du cadavre exquis (1), les trois premiers films vus dans le cadre du Cercle des Chamailleurs (2), choisis indépendamment par trois personnes, ont étrangement des parentés et des différences qui enrichissent la vision de chacun grâce aux deux autres.

J’avais oublié La fiancée du pirate, je me souvenais de Miracle à Milan, de toute l’histoire, presque image par image. Le Troisième homme, vu deux fois dont une, à Vienne, à quelques pas de la Grande roue où nous étions montés, restait, dans ma mémoire, comme un film noir, illuminé par le visage d’Orson Welles et la musique du film.

1 - Les trois sont historiquement situés mais de façon bien différente.

La fiancée du pirate, film sorti en 1969, s’inspire nettement de l’esprit de 1968 même s’il n’en montre pas une image et n’en parle jamais. Tout au plus, peut-il être situé dans le temps, notamment, par la feuille de journal sur la contraception affichée sur la porte de la cabane de Marie. Cet esprit 68 explique, en partie, l’accueil qu’il a reçu à sa sortie notamment dans le mouvement des femmes.

Le troisième homme, sorti en 1949 et Miracle à Milan, sorti en 1959, sont des films de l’après guerre.

Le premier se passe dans la Vienne occupée par les quatre grandes puissances et livrée à tous les trafics. Avec des gens qui essaient de survivre grâce à ces trafics dont certains criminels. La fin du nazisme n’est pas la fin du cynisme. Une intrigue policière.

Milan est le cadre du second. Essentiellement un bidonville de Milan dont la cathédrale, reconnaissable, n’est vue que lors de la scène terminale : l’envol des pauvres pour le pays où bonjour veut dire bonjour. Ici, c’est l’humanité des pauvres qui est montrée, toujours dans la misère plus de dix ans après la fin de la guerre, tandis que les riches étendent leur empire avec la complicité des forces de l’ordre et se disputent la suprématie. Un conte néo-réaliste et utopique.

2 - Ces trois films sont aussi bien différents dans la forme.
Miracle à Milan, un conte de fées, dans la grisaille de l’hiver et de la misère : seule la neige est blanche, un rayon de soleil réchauffe momentanément un espace où se précipitent les pauvres… Une comédie dramatique où la seule chaleur véritable vient de la solidarité, de l’optimisme et du sourire de Toto il buono.

La fiancée du pirate, un film satirique, en couleur, sur la noirceur d’un monde paysan agité par la vitalité de Marie et la beauté des différents visages de Bernadette Lafont.

Le troisième homme, film policier, en noir et blanc, la nuit, avec lumières et ombres, gros plans de visages inquiétants. Harry Lime, personnage essentiel, n’apparaît que tardivement : lumineux au sourire narquois, la nuit, dans l’embrasure d’une porte-murée ; dominateur et angoissant en haut de la grande roue ; vaincu, demi sourire toujours aussi ambiguë, devant la mort, dans un égout sans issue.

Le Troisième Homme

3 - Les trois films sont intéressants par leur construction cinématographique.
En quelques minutes, les premières images de Miracle à Milan donnent à voir la naissance de Toto, sa première éducation au bonheur : par de brèves scènes attachées les unes aux autres par des fondus enchaînés qui se recouvrent par le son ou par l’image. Puis, ses premiers malheurs et devenu adulte son accueil solidaire chez les pauvres dans un monde par ailleurs indifférent. Le personnage est posé, son histoire peut commencer.

Les trois premières minutes de La fiancée du pirate annoncent tout le film en deux longs mouvements de caméra qui montrent le milieu terne, paysage et ferme, dans lequel les personnages médiocres vont être perturbés par la prise en main de sa vie par la belle Marie.

Après un générique sur fond de cithare, la Vienne du Troisième homme est présentée, sous la neige, avec ses bâtiments somptueux et ses ruines, ses troupes d’occupation et ses trafiquants, dans un montage rapide, accompagné d’un commentaire qui surplombe les images et leur rend une certaine unité. Cette Vienne de l’après guerre et qui enferme les personnages dans ses filets.

4 – Les conflits

Un conflit de classe. Les pauvres de Miracle à Milan s’envolent, tous ensemble, vers le pays où bonjour veut dire bonjour. Encore dans l’utopie, l’espérance sociale, finissante ?, de l’après guerre.

Un conflit libérateur contre une mini-société paysanne. Méprisée. Dans l’esprit libertaire d’un certain mai 68, Marie de La fiancée du pirate s’éloigne, jeune et belle, sur la grande route de l’espoir, échappant à son milieu et au spectateur, par une journée printanière, vers un destin nomade, peut-être à deux.

 

Le Troisième Homme

Un conflit destructeur entre société et trafiquants. Dont Anna fait les frais. Dans une allée de cimetière, elle s’avance et passe devant nous sans un mot, sans un regard pour celui qui a trahi pour lui rendre la liberté. Elle est seule. Sinon sans avenir, du moins sans espérance.

5 – Un thème musical soutient les trois films. Dont deux ont connu un grand succès. La cithare du Troisième homme, je m’balance de La fiancée du pirate, chanté par Barbara.


 


 

1 – Cadavre exquis : jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes.

2 – Le Cercle des Chamailleurs, un groupe d’amis qui se réunissent une fois par mois pour discuter d’un sujet, d’un livre, d’un film…

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 12:54

 

Dans La fiancée du pirate (1) réalisé par Nelly Kaplan, sorti en soixante-neuf, une jeune femme se libère des dominations de l’Église, de l'exploitation par les hommes et même de la sorcellerie.

 

La fiancée du pirate

Les trois premières minutes. Dans la grisaille de l'aube, le clocher qui domine le village s’éloigne lentement et, pendant le générique, la campagne, une prairie avec une barrière... Un bouc passe... Deux silhouettes se rapprochent, toutes deux en uniforme, le père en facteur, avec son fusil de garde-champêtre, le fils, en scout… Ils voient le bouc, le chassent avec des pierres... Et continuent leur chemin.
Dans la cour de la ferme, au sol détrempé, un tracteur, un hangar, des volailles, des vaches, des bidons de lait, la maison en pierres, Marie (Bernadette Lafont) avec un seau qu’elle remplit à la fontaine, prend une serpillière, entre dans la maison et se met à nettoyer le sol, à quatre pattes sous le regard du Vieux, dans son lit, une photo de militaire au mur et une croix, en train de manger sa soupe qui coule de la bouche. Il ne quitte pas Marie des yeux une seule seconde, et ses belles fesses...
Derrière elle, apparaissent deux jambes bottées d’un paysan qui s'approche (elle l'a vu car comme sa mère, elle a, bien sûr, des yeux dans le dos), s’accroupit, la prend par la taille. Elle continue son travail, indifférente. Il lui parle de la nuit prochaine…
Le Vieux ne peut en supporter plus, balance son assiette dont le bruit fait descendre Irène, la patronne, de l’étage. Elle invective Marie qui ne bronche pas, soulève son visage avec sa botte de cuir, donne un coup de pied dans le seau qui arrose Marie et s'en va…

Tout est dit : poids de l’église, sorcellerie, uniforme, exploitation sociale et sexuelle.

Marie et sa mère sont arrivées, nomades, sans papiers, dans le village quand elle était toute petite. Elles ont été exploitées. Elle est devenue une belle fille. Maintenant, elle travaille chez Irène, la plus grosse propriétaire terrienne de Tellier. Elle est l’objet sexuel des hommes du hameau. Et même d’Irène.

Jusqu’au jour où sa mère meurt, victime d’un chauffard. Elle hérite d’un peu d’argent et va se venger. Pour Nelly Kaplan c'est « l'histoire d'une sorcière des temps modernes qui n'est pas brûlée par les inquisiteurs, car c'est elle qui les brûle ».

 

De ce jour, elle prend sa vie en main. Et d’abord, elle organise l’enterrement de sa mère. Contre l’adjoint Le Duc, contre l’abbé qui ergotait sur l’absence de certificat de baptême mais qui ne peut supporter l’enterrement hors les murs du cimetière.
Elle dit à chacun ses vérités : comment ils les ont traitées à leur arrivée, exploitées. Ce qu’ils disaient de sa mère : folle,
nomade, sorcière… Irène la ramène pour la nuit chez elle, lui retire la tasse de café qu’elle vient de lui offrir, pour lui faire l’amour.

 

Elle achète victuailles, alcool, bougies... chez Félix, café-épicerie. La nuit, elle fait manger, boire surtout, les hommes qui ne pensent qu’à une seule chose, et les utilise pour creuser la tombe, à coté de leur cabane, à l’endroit qu’elle a choisi mystérieusement.

 

Désormais, il n’y aura plus droit de cuissage ouvert à tous. Mais le même tarif pour tous. Avec l’argent gagné et la complicité d’André, client intermittent et amant de cœur, exploitant de cinéma ambulant, elle va, peu à peu, équiper sa cabane, construire avec les objets inutilement achetés son jardin idéal. C’est elle qui décide. Réduit le facteur au voyeurisme et au fétichisme d’une culotte volée. Le seul homme qui lui propose le mariage. Le seul quelle rejette constamment, pour son uniforme ? Son arme ? Ses opinions ? Et déniaise son fils.
C’est elle qui fixe et augmente les tarifs à sa guise. Et fait céder l’opposition concertée qu’ils essaient d’organiser. Par provocation, gratuitement, devant Le Duc et Félix, elle fait l’amour,à un ouvrier agricole étranger, impécunieux, encore un sans papier ? Ce que vous ferez au plus petit d’entre le miens, c’est à moi que vous le ferez. Et ce plus pauvre s’appelle Jésus ! Double blasphème.


La fiancée du pirate est un film de l’après 1968. Burlesque par le ridicule des personnages. Féministe, libertaire mais aussi un peu méprisant pour ce monde de cul-terreux de toute classe, odieux, hommes et femmes, riches et pauvres, obsédés, à la sexualité bestiale. Marie les punit tous parce qu’ils les ont faites souffrir, elle et sa mère. Le plus puni, est l’ouvrier agricole qui est licencié à cause d’elle et réduit à la mendicité. Seul échappe au jeu de massacre, André qui ne fait que passer dans le village, client et ami fidèle, amoureux discret. Et Victor, un commerçant de la ville chez qui André l’a amenée pour faire des courses.

 

Marie évolue, un peu rapidement, de la fille apparemment simple et soumise, à la jeune femme, avertie, se jouant des uns et des autres par ses réparties et ses stratagèmes, ignorante des choses élémentaires de la vie moderne et s’adaptant facilement au maniement des objets, du tourne disque avec la voix de Barbara, moi j’me balance (2) qui accompagne le film, au magnétophone. Au courant de la contraception et du traitement des maladies vénériennes. Et surtout experte dans le maniement de la parole et des hommes.

 

Marie aux multiples visages. De la belle servante de ferme à la beauté amoureuse, de la blancheur spectrale à la brune beauté fatale maquillée aux fruits rouges et au noir de fumée, envoûtante pour les hommes. Possédée, peut-être...
Le bouc diabolique qui passe, seul, dès les premières images, que chassent le facteur et son fils, le bouc du médaillon, le bouc auquel elle adresse ses seuls mots d’amour, qu’elle bichonne, qu’elle lave. Que le facteur-garde champêtre tue. Et pour lequel elle demande une messe au curé. Provocation certes... La chauve-souris clouée sur une planche où elle accroche ses montres trophées...

Marie, maquillée, au regard noir et fixe quand elle brûle sa cabane. Visage beau et tragique, derrière un rideau de flammes et de fumée, comme sur le bûcher. Ce sont Marie, la sorcière, et la maison qui brûlent et disparaissent.
 

Même si son œuvre ne se termine qu’à l’église, un dimanche pendant la messe, au moment où elle dépose, devant la statue de sainte Sarah, la patronne des communautés gitanes et… de Tellier, le magnétophone qui va diffuser, à toute l’assistance, les déclarations faites par les hommes en visite, sur leur femme ou proposition de marché ou les propos de l’abbé sur ses ouailles.
 

Délivrée enfin de son passé, Marie peut quitter Tellier. Elle passe le panneau Limite de stationnement des nomades, voit l’affiche annonçant la projection dans la région de La fiancée du pirate. Elle hésite et s’en va, seule sur la route, vêtue de blanc comme une jeune fille, se débarrasse de ses chaussures et avance pieds nus.

 

La route de la vie, de la liberté est devant elle, longue et droite entre les arbres. Fille nomade, va-telle rejoindre André et son cinéma ambulant ?

 

1 – La fiancée du pirate, film de Nelly Kaplan, 1969, 108 mn, avec Bernadette Lafont, Georges Géret, Michel Constantin, musique de Georges Moustaki, chanson interprétée par Barba ra. Film difficile à trouver en DVD, visible sur You tube.

2 - Moi, je m’balance : http://www.lyricsmania.com/moi,_je_me_balance_lyrics_barbara.html

 

La fiancée du pirate

16/11/15 : J’ai paris depuis que brûler son campement quand on le quitte était une tradition des Roms. Marie met le feu à sa cabane avant de partir et assume par là sa filiation nomade.
Par contre, elle laisse intact son
jardin idéal qui rappelle le facteur Cheval ou l’art brut et ce sont les gens du village, furieux, qui le détruisent avec rage. Exclus de ou refusant la modernité, consommation ou art ?

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 22:40

Miracle à Milan

Miracle à Milan (Miracolo a Milano), 1951, Grand prix à Cannes la même année (La Palme d’or n’existait pas de l’époque) est un film de Vittorio de Sica d’après un roman de Cesare Zavattini, Totò il buono de 1943. De Sica, comme réalisateur, et Zavattini, comme scénariste, ont réalisé ensemble plus de vingt films et font partie du néo-réalisme dont l’histoire s’étend de 1943 à 1955.

Miracle à Milan

Pour Cesare Zavattini, un de ses théoriciens, le néoréalisme veut faire reconnaître l’existence et la peine des hommes, dans leur dure réalité, afin de correspondre à l’appel qui est fait par les victimes de notre égoïsme, appel qui rend toujours plus urgent la demande de solidarité.

Parmi les films néoréalistes les plus célèbres, Roma, città aperta (Rome, ville ouverte), 1945, de Roberto Rossellini, Sciuscià, 1946, de Vittorio de Sica, Païsa de Rossellini, 1946, Ladri di biciclette (Le voleur de bicyclette), 1947, de Vittorio de Sica, Caccia tragica (Chasse tragique), 1947, de Giuseppe De Santis, La Terra trema (La terre tremble), 1948, de Luchino Visconti.

Néoréaliste, Miracle à Milan veut montrer la peine des hommes…. victimes de notre égoïsme… et la nécessaire solidarité. Mais c’est aussi une fable, un conte (il était une fois...) et il ne faut pas chercher dans ce film la vraisemblance, il faut voir la réalité à travers la fable, le conte.

Par opposition aux films du temps de Mussolini, dits des téléphones blancs, les films néoréalistes étaient tournés dans la rue avec des acteurs non professionnels. Ici, les acteurs sont des professionnels qui ont, quelquefois, beaucoup joué au cinéma avant Miracle à Milan et le film a été tourné en studios.

Film inoubliable, vu pour la première fois, il y a 50 ans en ciné-club. Seul souvenir précis, René Nelli avait fait remarquer que, dans la dernière scène, les « zonards » s’envolent sur les balais suivant l’axe de la cathédrale de Milan et donc vers l’est. Vers Jérusalem ? C’était un film chrétien. Vers Moscou ? C’était un film communiste…

C’est plus probablement un film chrétien, on pourrait même dire franciscain. Bien qu’on ne voie dans le film, à part la cathédrale finale, aucun prêtre, aucun signe religieux, en réalité un signe de croix non significatif. Seulement des anges (?), plutôt défenseurs de la loi et l’ordre : ils respectent même les indications de l’agent qui règle la circulation !

Miracle à Milan

Au contraire, Totò, est bon, naïf, de bonne foi, toujours en compréhension, en confiance, avec les gens qu’il rencontre, riches ou pauvres. Il pousse par l’exemple à l’organisation des pauvres, à la solidarité. Il met les pouvoirs que lui confère la colombe donnée par sa mère, Lolotta, au service de la résistance non-violente ou presque de ses compagnons et exauce leurs vœux personnels...

Il fait preuve d’empathie avec les enfants, avec les cabossés de la vie… Totò ne juge pas ou rarement. Il a même une certaine référence naïve devant les riches à la sortie de l’opéra où il est le seul à applaudir, devant le couple bourgeois et hautain qui est obligé de venir se réfugier dans le bidonville où ils montrent qu’ils savent encore exploiter la jeune servante et la naïveté des gens…

Le film est découpé en plusieurs épisodes, la jeunesse de Totò, rapidement décrite, la reconstruction du bidonville dans la solidarité, la lutte plus ou moins animée contre le propriétaire du terrain et ses troupes, la satisfaction des désirs des gens de la zone, la défaite et l’envol final de tous les compagnons.

La liaison, entre ces épisodes et entre les scènes, est souvent faite de raccourcis rapides, menés en douceur par fondu-enchaîné et annoncés ou accompagnés sur la bande sonore par le sifflet du train, des paroles, des cris, de la musique.
Par exemple, deux médecins, en noir, dignes de Molière, encadrent Lolotta, dans son lit blanc, et prennent son pouls. On les entend encore compter alors que, par un fondu-enchaîné, Totò prend place, seul derrière le corbillard de sa mère.

Ces deux médecins en noir annoncent l’entrée du petit Totò, sept-huit ans, à l’orphelinat, minuscule entre deux hommes habillés en noir. Qui ressort immédiatement, âgé de 18 ans, encadré par deux hommes qui lui serrent la main et le laissent partir, seul avec une petite sacoche. A l’entrée comme à la sortie, on voit au fond, le porche de l’orphelinat avec les mêmes pensionnaires, faisant la même gymnastique.

La seule personne rejetée par tous, y compris par Totò, c’est Rappi, joué par Paolo Stoppa, égoïste, méprisant, traître... que Totò ridiculise comme il ridiculise l’armée, la police... Il le chasse de la zone poursuivi par une flopée de hauts de forme…

Dans ce film sur la misère, les occasions de rire ne manquent pas : les deux médecins en noir, ridicules, prenant le pouls de Lolotta ; dans l’antre du capitaliste, un homme suspendu, dehors, à la fenêtre, donne le temps qu’il fait pour que le patron mette un foulard autour du cou ; dans la baraque des bourgeois du bidonville, l’enfant est attaché au bout du cordon de la sonnette et crie qu’il y a quelqu’un quand il est secoué ; rencontre des deux capitalistes au moment du marchandage pour le rachat du terrain sur lequel est le bidonville, la négociation est faite de propositions contradictoires et ils finissent par aboyer sous les regards des zonards qui font la même chose ; la jeune servante qui pour récompenser Totò de l’avoir soutenue face à sa patronne en disant qu’il aime être arrosé, lui verse à nouveau un seau d’eau sur la tête ; le marchand de ballons un peu trop léger, à qui Totò donne un sandwich tandis qu’on met des pierres dans ses poches pour qu’il ne s’envole pas…

Mais c’est surtout quand il est pourvu de pouvoirs exceptionnels par la colombe que Totò organise la résistance pacifique de la zone face aux militaires, en les ridiculisant, sans violence : les gaz lacrymogènes repoussés par les zonards qui soufflent, les ordres d’assaut donnés sur un air d’opéra, les parapluies face aux lances à eau qui se tarissent rapidement, le terrain qui devient une piste de patinage sous les pieds des policiers…

Quand Totò utilise son pouvoir pour répondre aux désirs de ses compagnons, les résultats sont cruels. Dans la zone, c’est souvent chacun pour soi. Aucune demande de solidarité, quelquefois demandes de concurrence, de surenchère : avoir un million de millions de millions... plus un ajoute celui qui veut avoir le dernier mot. Beaucoup ont un rêve personnel : une machine à coudre, une armoire qui n’entre pas dans la cabane, une valise (demandée par le voleur pour remplacer la sacoche volée à Totò), une fourrure comme le traître et les riches, et tout le monde en veut une, des habits encore plus beaux pour être encore plus bourgeois prétentieux. Totò leur donne satisfaction même s’il hésite à donner vie à la femme-statue... Il donne à l’homme qui ne mesure qu’un mètre vingt, par tatonnement, la taille qu’il désire et répond au désir du Noir qui, par amour, veut devenir blanc et à la jeune femme banche qui, par amour, veut devenir noire… Impossible rencontre…

Par deux fois, Totò utilise ses pouvoirs pour son seul bénéfice personnel dans l’oubli des autres... Et, à chaque fois, les anges lui reprennent la colombe.

Finalement, Lolotta rapporte la colombe et l’amour change de mains, de Lolotta à Edvige, de la mère à la jeune servante, et les zonards arrivés sur la place du Duomo, s’emparent des balais des employés qui nettoient la place, les abandonnent, ce n’est pas la Révolution, et s’envolent pour un pays où Bonjour, veut dire bonjour.

Miracle à Milan
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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 12:47

Soy Nero,
les frontières de la mondialisation

Nero est un jeune latino qui veut revenir aux États-Unis où il a vécu une partie de son enfance avant d'en être expulsé. Rejeté par un pays auquel il estime et veut appartenir, il y revient avec l'intention de s'engager dans l'armée pendant deux ans pour obtenir la green card (1) qui lui permettrait d'obtenir la nationalité étasunienne, faisant de lui un Green Card Soldier.

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

Ce film se déroule en trois actes.

Retrouver son frère à Los Angeles. Pour cela, il doit franchir la frontière mexicano-étasunienne : ce qu'il fait de façon relativement aisée, un soir de Nouvel an, pendant le feu d'artifice au nez et à la barbe des gardes frontières (2).
Ayant retrouvé l'adresse de son frère, Jesus, qui habite à Beverly Hills, il y arrive, emmené et entravé par la police qui l'a contrôlé sans papier. Il ne pourra cependant entrer dans cette villa hollywoodienne où son frère règne, de façon très temporaire, qu'en escaladant le portail, après le départ de la police. Le franchissement de cette deuxième barrière symbolique, frontière sociale qui fait aussi partir de son rêve qui n'est pas que d'être citoyen, est aussi illusoire que le premier.

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

La morne attente.


Devenu militaire, il se retrouve avec son groupe comme garde-frontière, du bon coté cette fois : au bout d'une route, dans un milieu désertique, quelque part au Proche-Orient ou ailleurs. Où l'ennui est coupé par les rares véhicules, toujours potentiellement dangereux, qui se présentent au contrôle. Et les discussions entre militaires d'origines diverses.


La longue marche vers...


Jusqu'au ,jour où le danger se concrétise et où il repart, rapidement seul dans le désert, pour retrouver ses frères d'arme qui le reçoivent avec le même comportement, les mêmes questions, les mêmes gestes que les policiers de Los Angeles. Il n'a pas franchi la dernière barrière, il reste un Green Card Soldier et se retrouve seul avec son arme, dans le désert.


En pleine mondialisation (3), le jeune Nero ne rencontre pas seulement des barrières physiques, toujours franchissables, mais aussi les barrières humaines.
Son frère, Jesus, muni de faux-papiers, profite de l'envers du décor et l'avertit combien c'est de la folie de vouloir être un Green Card Soldier. Ce que d'autres ont payé très cher : il lui rappelle qu'une de leurs connaissances a perdu un bras et Nero répond : oui, mais il est un citoyen des Etats-Unis !. Une séquence montre la remise d'un drapeau des États-Unis à la famille d'un soldat mort pour la patrie, et le film est dédié à tous ceux qui se sont engagés et n'ont jamais obtenu la Green Card ou ont été expulsés. Le rêve de l'intégration au prix de la vie...

Au poste frontière, il se retrouve avec deux Africains-Américains qui se disputent sur les mérites respectifs des musiciens des années 1990 de la côte est et de la côte ouest... L'un d'eux lui rappelle de façon appuyée sa supériorité car lui est américain. Et pour couronner le tout, il y a un arabe dans le groupe !!!

Quant aux vrais américains qu'il rencontre, ils ont quelques problèmes...
Le garagiste chez qui son frère travaillait, l'expulse vigoureusement.
L'automibiliste qui le prend en stop, ancien militaire, père attentif, avec une arme factice dans la boite à gants, s’arrête devant un énorme champ d’éoliennes dont il dit qu'elles marchent au gaz, polluent et sont orientées non en fonction du vent mais pour dominer le monde !
Le chef du groupe frontière qui ne dit mot, n'intervient que pour faire cesser le comportement idiot d'un de ses subordonnés face à une voiture familiale qui passe le poste. Et va au devant d'une mort certaine en s'exposant aux tirs ennemis...
Et les militaires vers les quels il se précipite avec l'espoir d'être sauvé, enfin reconnu comme un des leurs, se comportent comme les policiers qui l'ont interpellé quand il était sans papier, lui posent les mêmes questions et abandonnent finalement le Green Card Soldier, seul avec son arme dans le désert...


A son désir d'appartenance qui va jusqu'à l'engagement dans une guerre qui n'est pas la sienne, la réponse est le rejet, l'expulsion... Seul, dans le désert, que va-t-il faire de son arme ?

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

1 - La carte de résident permanent... document d'identification émis par le département d'État américain. Il permet aux citoyens non-américains de s'installer et de travailler légalement aux États-Unis sans besoin de visa. Les droits et devoirs des porteurs de la carte sont en tous points identiques à ceux d'un citoyen américain à l'exception du droit de vote et de servir comme juré... (Wikipedia).

2 - Le réalisateur s'est inspiré du récit d’un soldat guatémaltèque, le premier Green Card Soldier, qui a traversé la frontière au même endroit, un soir du Nouvel An, et qui est mort en Afghanistan.

3 - Ce film est une production germano-franco-mexicaine, sur un scénario écrit conjointement par un Roumain (Razvan Radulescu) et le réalisateur Rafi Pitts, né en Iran en 1967 : Je suis de père anglais, de mère iranienne et de beau-père français.

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