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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 12:22
Revoir les films de André Cayatte

Chaque année, depuis 10 ans, le Festival Lumière de Lyon présente de nombreux films du répertoire international, environ 200 films cette année, projetés dans 60 lieux de 23 communes de la métropole de Lyon, dont des rétrospectives : de Francis Ford Coppola qui a reçu le prix Lumière 2019 pour l’ensemble de son œuvre, et celle de André Cayatte (1) avec 14 films ce qui nous a permis de voir ou revoir Justice est faite (1950), Nous sommes tous des assassins (1952), Avant le déluge (1954), Le miroir à deux faces (1958), Piège pour Cendrillon (1965), Les risques du métier (1967), Mourir d’aimer (1971).

Quelques uns des films vus ou revus à l’occasion de cette rétrospective ont permis de retrouver le Cayatte qui rendait plus animées les discussions sur la peine de mort et la justice en terminale et d’échapper à la différence de nature et de degré d’un imperturbable professeur de philosophie. Mais aussi de l’insertion de Cayatte dans la société de son époque et de son engagement, par les sujets abordés et son courage dans la façon de les traiter. Notamment par les portraits de femme peut-être passés un peu inaperçus.

Justice est faite, le premier des films de Cayatte sur la justice, est le procès, en assise, d’une femme (Claude Nollier) qui a tué son mari, à sa demande, pour abréger ses longues souffrances. Elle assume son acte en le disant à sa belle-sœur et, avec dignité, devant le jury des Assises. Mais son mari était riche et elle avait un amant récent. Devant l’ambiguïté de la situation, les membres du jury se partagent, non comme il leur est demandé suivant leur intime conviction, mais suivant leur vie personnelle.
Finalement, le jugement sera bancal. Ni condamnée pour crime crapuleux, ni acquittée. Mais justice est faite.

Revoir les films de André Cayatte

Nous sommes tous des assassins traite de la responsabilité de la société dans la peine de mort, trente ans avant son abolition en France, avec les remous que l’on sait, grâce à la bataille de Robert Badinter, ministre de la Justice, garde des Sceaux en 1981.
Quatre condamnés à mort cohabitent, illégalement, dans la même cellule à cause de la pénurie de places en prison. Ici encore, le crime est connu : le père (Julien Verdier) a tué son enfant à coup de tisonnier parce qu’il ne pouvait plus supporter ses pleurs permanents, le jeune Corse (Raymond Pellegrin) a commis un crime d’honneur et meurt avec les sacrements catholiques, le mari (Antoine Balpétré), lui,  nie avoir tué sa femme, agnostique il acceptera les derniers sacrements la prochaine fois… Cayatte s’attarde sur le jeune René Le Guen, joué par Mouloudji, résistant par hasard qui a, d’abord, tué sur ordre… et qui n’a pas compris que la guerre était finie… Dans la dernière image du film, son avocat est suspendu au téléphone dans l’attente d’une éventuelle grâce présidentielle…
Dans l
a réalité, le jeune qui a inspiré le personnage de Le Guen à Cayatte, a été gracié par le président de la République, Vincent Auriol. Le film n’est peut-être pas étranger à cette décision.
Si dans
Justice est faite, c’est le côté subjectif et aléatoire du jury qui est mis en cause, ici, c’est la responsabilité de la société qui accepte la peine de mort… Et si Cayatte s’étend sur René Le Guen qui n’a pas compris le passage du temps pour au temps contre, il montre les différentes circonstances qui ont pu conduire des hommes à la peine capitale… Le doute sur la culpabilité, le crime d’honneur, l’extrême misère qui ne sont, peut-être pas, de même nature mais…

Revoir les films de André Cayatte

Une des facettes intéressantes des films de Cayatte, c’est de camper des femmes remarquables. Dans Justice est faite, d’abord mais aussi dans le Miroir à deux faces, Les Risques du métier ou Mourir d’aimer…
Dans Le Miroir à deux faces, Marie-José (Michèle Morgan), par la grâce de la chirurgie esthétique qui prend son essor ces années là, échappe à la condamnation que lui infligeait un nez à la Cyrano et dont la soudaine beauté chirurgicale lui permet enfin de s’affirmer...
Dans
Les Risques du métier, le courage d’une femme de tête Suzanne (Emmanuelle Riva) qui assume sa vie et sa confiance en son mari instituteur face aux accusations injustes d’attouchement, de viol par certaines de ses élèves dont il est victime
Dans
Mourir d’aimer, d’après l’affaire Gabrielle Russier, il fait le portrait d’une enseignante post-soixante-huitarde, Danielle Guénot (Annie Girardot) qui a une liaison dangereuse avec un de ses élèves de 17 ans…

Piège pour cendrillon est surtout une réflexion sur l’identité, présente déjà dans le Miroir à deux faces. Marie-José (Michèle Morgan) en changeant de nez est-elle la même personne ? Certainement pas pour son mari, Tardivet (Bourvil) qui avait épousé une femme quelconque, soumise, à sa mesure, et ne supporte pas qu’elle soit devenue belle, épanouie, indépendante. Il va tuer le chirurgien qui lui a volé sa femme en transformant son nez...
Dans Piège pour cendrillon, la question de l'identité est encore plus complexe : deux cousines, fort ressemblantes, toutes deux jouées par Dany Carrel, sont prises dans un incendie, l’une meurt, l’autre survit, amnésique, la chirurgie lui rend un beau visage… laquelle est-elle ? Michèle ? Dominique ? Ou une troisième, amnésique, complètement changée par le drame ?

Loin du schématisme dont il a été accusé, André Cayatte, un cinéaste courageux, de son temps,un cinéaste un peu trop oublié.


 

Revoir les films de André Cayatte

1 - La fausse maîtresse (1942), Pierre et Jean (1943), Le dernier sou (1943), Les Amants de Vérone (1949), Le retour de tante Emma, un des 4 sketches de Retour à la vie (1949), Justice est faite (1950, Lion d’Or à Venise 1950, Ours d’Or à la Biennale de Berlin 1951, cas unique de cette double récompense, Lion d'or et Ours d'or), Nous sommes tous des assassins (1952, Prix spécial du Jury en 1952 à Cannes), Avant le déluge (1954), Le dossier noir (1955), Œil pour œil (1957), Le Miroir à deux faces (1958), Le passage du Rhin (1960, Lion d’Or à Venise en 1960), Piège pour Cendrillon (1963), Les Risques du métier (1967), Mourir d’aimer (1971).

Bertrand Tavernier, président

Bertrand Tavernier, président

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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 10:18
Cinéma retrouvé à Bologne

A la XXXIIIième édition du cinema ritrovato, le cinéma retrouvé, (Bologne, 22-30 juin), plus de 400 films de 250 réalisateurs ont été présentés dans 6 salles et, en soirée, sur la Piazza maggiore.

D’où un embarras et une frustration au moment du choix quand on ne peut en voir que quelques dizaines...

Ces films ont été réalisés entre 1896 et 2018 : courts métrages de quelques secondes du début du cinéma (dont 41 de l'année 1919, centenaire oblige), premiers films coloriés à la main, films en technicolor, longs métrages récents, quelquefois de plus de trois heures sur écran large.
Le tout présenté dans un catalogue de 400 pages.

Les films étaient regroupés suivant différents critères : ritrovati e restaurati (retrouvés et restaurés), acteurs (Jean Gabin), réalisateurs (Henry King, Edouardo de Filippo, Youssef Chahine, Buster Keaton, Felix E.Feist, Georges Franju, Musidora), pays (URSS, Corée du sud, Allemagne de l’ouest), années (1899, 1919), types de films (documentaires, cinemalibero)…

Certains films étaient présentés, en italien ou en anglais avec traduction, quelquefois en français, avant la projection. Avec en plus, onze lezioni di cinema (en français, masterclass) dont Bertand Tavernier sur les grands compositeurs, surtout français, de musique de film et Thierry Frémaux...


 

 

 

 

Cinéma retrouvé à Bologne

Bertrand Tavernier et Gian Luca Farinelli, directeur de la Cineteca di Bologna et de Cinema ritrovato

Dans cette abondance cinématographique, quelques remarques, arbitraires. On été présentés deux films italiens, Napolitani a Milano de Eduardo de Filippo (98mn, 1953) en salle et, sur la Piazza Maggiore, Miraculo a Milano de Vittorio de Sica (100mn, 1951). Qui portent sur des situations semblables : affrontement de mal logés et de spéculateurs immobiliers. Mais alors que Napolitano a Milano traite la question dans le style néo-réaliste italien classique, avec Miraculo a Milano, Vittorio de Sica et Cesare Zavattini (scénariste), continuent cette veine et la dépassent, par un conte merveilleux avec une grande imagination au niveau du scénario qui annonce la comédie italienne. Imagination servie par des prouesses techniques. Tout ceci justifie les milliers de spectateurs venus sur la place de Bologne pour acclamer un film, en noir et blanc, réalisé il y a 56 ans !!!

De la même époque, en couleurs Technicolor, Moulin rouge (120mn, 1952) de John Houston et Gigi (115mn, 1958) de Vincente Minelli, films de réalisateurs étasuniens sur la Belle époque à Paris. Moulin rouge dont le personnage central est le peintre Henri de Toulouse-Lautrec, le drame de sa vie et de ceux qu’il peint, qui vivent autour de lui. Gigi ne présente que l’aspect superficiel de cette époque avec le concours d’un Maurice Chevalier, égal à lui-même, le Français séducteur au sourire gouailleur et satisfait…
Deux films qui sur la même Belle époque, l’un hors sol, l’autre encore plus beau avec la description de cette même société mais qui n’oublie pas la réalité sociale sur laquelle elle repose.

 

 

Cinéma retrouvé à Bologne
Cinéma retrouvé à BologneCinéma retrouvé à Bologne

Exposition de tableaux de Silvano Campeggi à la Bibliothèque de Bologne

Plusieurs films pour un hommage à Jean Gabin dont une biographie (Un Français) Nommé Gabin (104mn, 2017) de Yves Jeuland, illustrée d'extraits de 50 de ses 95 films, remarquable pour les fans de Jean Gabin. Mais aussi 8 films, avec Jean Gabin acteur. De Pépé le Moko de Julien Duvivier (94mn, France, 1936) à En cas de malheur de Claude Autant-Lara (121mn, France, 1957) qui permettent de voir Jean Gabin avant qu’il ne devienne la caricature de lui-même. Dans ces films, si Jean Gabin a le premier rôle, il n’a pas toujours le meilleur : Pépé le Moko, caïd enfermé dans la Casbah d’Alger n’en sort, par amour, que pour se faire prendre ; En cas de malheur, avocat respectable, il est entraîné dans sa chute par une Brigitte Bardot qui lui dame le pion ; Cœur de lilas de Anatol Litvak (90mn, France, 1931), petit caïd, il pousse la chansonnette et reçoit une bonne correction (Fernandel, en figurant-chanteur)... Au-delà des grilles de René Clément (104mn, France-Italie, 1948), il arrive à Gènes, en bout de course, sans pouvoir refaire sa vie…

La trame de ces films décrit l’atmosphère d’une petite ville française ou d’un quartier de Paris, Du haut en bas de G.W.Pabst (80mn, France, 1933), et les films souvent inspirés de romans de Georges Simenon (La Marie du port de Marcel Carné (97mn, France, 1949), Maigret tend un piège de Jean Delanoy (119mn, France, 1957), Le Chat de Pierre Granier-Deferre (86mn, France-Italie, 1970).
Avec Le Chat, la mort d’un couple et d’un quartier : dans une impasse de banlieue en plein remaniement urbain, Gabin n’a d’affection que pour son chat et ne correspond plus avec sa femme (Simone Signoret) que par petits papiers… Le chat est la première victime mais le couple s’éteint dans un quartier qui disparaît...

 

Cinéma retrouvé à Bologne

En dehors de Jean Gabin, plusieurs hommages étaient rendus à des femmes.
Musidora, la dixième muse de Patrick Cazals (65mn, France, 2013) avec une exposition sur celle qui fut productrice, marraine de guerre de soldats de l'aviation française, essayiste, romancière, actrice de théâtre, chanteuse, artiste de variété, archiviste de la Cinémathèque française, actrice pour Germaine Dulac, Louis Feuillade, Jacques Feyder, Georges Franju et réalisatrice (Pour don Carlos avec Lasseyne, 1921, Soleil et ombre avec Lasseyne, 1922, La Tierra de los Torros, 1924).
La passione di Ana Magnani de Enrico Cerasiolo (60mn, Italie, 2019).

Essere Done de Cécilia Mangini (28mn, Italie, 1964), documentaire sur la condition de la femme .

Segretarie, una Vita per il cinema de Raffaele Rago et Daniela Masciale (64 mn, Italie, 2017), série d’entretiens avec des secrétaires de grands maîtres du cinéma italien.

 

Les films restaurés, Bologne est un important centre mondial de la restauration de films, certains présentés sur la Piazza Maggiore, permettent de parcourir le cinéma et son histoire, chefs d’œuvre du cinéma et films moins connus : Le cirque de Charlie Chaplin (71mn, États-Unis, 1928) où Charlot est poursuivi par un policier dans un palais des glaces, séquence souvent reprise au cinéma, en particulier par Orson Welles dans la Dame de Shangaï ; The Cameraman de Buster Keaton (69mn, États-Unis, 1928) ; Toni de Jean Renoir, première passion d’un immigré sur les écrans français (91mn, France, 1935) ; Under capricorn de Alfred Hitchcock (117mn, États-Unis, 1949) ; Los olvidados de Luis Bunuel (81mn, Mexique, 1950) ; L'eau à la bouche de Jacques Doniol-Valcroze avec le couple Bernadette Lafont et Michel Galabru, musique de Serge Gainsbourg (95mn, France, 1950) ; Les bicots-nègres, Vos voisins de Med Hondo malgré un discours un peu daté (100mn, Mauritanie-France, 1974) ; La leçon de Piano de Jane Campion (121mn, Nlle Zėlande-Australie-France, 1993)...

 

Sur la Piazza Maggiore, Apocalypse Now, avec une présentation de Francis Ford Coppola, a connu un triomphe : le film a dû être projeté, en même temps, dans deux salles de cinéma de la ville ! Ce film était trop long d’après Coppola, initialement 4 heures, a été réduit à 3 heures, pour sa sortie en salle, à la demande des producteurs. C’est la dernière version (final cut), 183 minutes qui a été présentée à Bologne.

Apocalypse Now, aux multiples récompenses, a obtenu la Palme d’or à Cannes, à sa sortie en 1979. Conçu pendant la guerre du Vietnam, sur et contre la guerre. Où les héros, fascination par la guerre, complexes, confusion dans la guerre, demeurent des individus étasuniens, face au peuple vietnamien anonyme...

 

Comme l’ont fait Gian Luca Farinelli, directeur de la Cineteca di Bologna et du festival Cinema Ritrovato et Thierry Frémaux au cours d’une lezzione di cinema, dans son intervention, Francis Ford Coppola a pris nettement position en faveur du cinéma face aux plateformes : Apocalypse Now vu sur un téléphone doit perdre quelque peu de son envergure…

 

Mais la bataille continue. Netflix convoite l'Egyptian Theatre, sur Hollywood Boulevard, cinéma prestigieux construit en 1922, pour pouvoir remplir facilement les conditions de candidature aux Oscars : diffuser 7 jours consécutifs le film dans un cinéma de Los Angeles...

 

Pour Winding Refn (à Bologne pour son film-culte Drive), la numérisation est une façon de favoriser la conservation des films : en créant un musée de films pour les générations futures… La révolution digitale est le troisième frère Lumière… avec une nouvelle attention sur le cinéma classique, plutôt au détriment de la télévision que du cinéma.

 

 

 

 

Cinéma retrouvé à Bologne
Cinéma retrouvé à Bologne
Cinéma retrouvé à Bologne
Cinéma retrouvé à Bologne

Piazza Maggiore, Francis Ford Coppola, programme des films projetés sur la place du 17 juin au 14 août

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 17:13
Le cinéma est aussi un commerce !

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Aux festivals de Cannes et de Venise, il a été beaucoup question de Netflix. Et ce n’est pas fini.
Alors que les films Netflix étaient exclus
de la sélection à Cannes parce qu’ils ne sortaient pas en salle en France, la porte était largement ouverte à Venise et Netflix s’y est engouffré, avec succès.

 

Six films Netflix étaient sélectionnés, trois en compétition (Venezia75), Roma d’Alfonso Cuaron, Lion d’or, 22 july de Paul Greengrass, The ballad of Buster Scruggs des frères Coen, Prix du scénario. Et trois d'autres sélections : Sulla mia pelle d’Alessio Cremonini (Orizzonti), They’ll love me when I’m dead de Morgan Neville (Fuori concorso), The other side of the wind d’Orson Welles (Evento speciale), prix Campari (vu de loin, une bouteille de Campari !).

Le directeur artistique de la Mostra, Paolo Barbera, s’est expliqué dans plusieurs déclarations : Je ne vois aucune raison d’exclure de la compétition du festival un film de Cuaron ou des frères Coen uniquement parce qu’il a été produit par Netflix…

 

Le problème n’est pas là. Ces films ne sont pas uniquement produits, ils sont aussi distribués, essentiellement ou exclusivement, par Netflix à ses abonnés à la VàD. Netflix n'est pas la seule compagnie à produire des films pour les diffuser ensuite sur leur propre système de VàD.

 

A Venise, étaient présentés Suspiria de Luca Guadagnin, (Venezia75), Peterloo de Mike Leigh (Venezia75) produits par Amazon, L'amica genialede Saverio Costanzo, (Fuori Concorso) par HBO.
Ces maisons de production ont déjà présenté des films à Cannes dont certains ont connu un certain succès : en 2003, Elephant de Gus Van Sant, Palme d’or, American Splendor (Un certain regard), en 2016, Cafe Society
de Woody Allen, ouverture du Festival (Hors compétition), Paterson de Jim Jarmusch (Compétition)The Handmaiden de Park Chan-wook (Compétition), The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (Compétition), Gimme danger (Séance spéciale), en 2017, Wonderstruck de Todd Haynes (Amazon), en 2018, Fahrenheit 451 de Ramin Bahrani (Hors compétition, HBO).

 

Ma mission est de choisir les meilleurs films, pas de résoudre les problèmes du marché du cinéma. Netflix donne les moyens de créer à de grands cinéastes. Plutôt que de faire de la résistance face à un mouvement irrémédiable, il faut se dire que, demain, les films seront vus simultanément en salle et sur petit écran. La France résiste pour protéger son modèle, par ailleurs magnifique, mais qui ne pourra tenir longtemps. Car si Netflix est le seul méchant, demain, il y en aura d’autres.

 

Pour le moment, les autres méchants jouent le jeu. Et se lancent en concurrence sur le marché, en pleine croissance, de la VàD par abonnement, notamment AT&T qui, à la suite d’acquisitions, pourra s’appuyer sur HBO, les séries Warner... (1).

 

 Sous le signe de la fatalité, Paolo Barbera tord un peu la question car ces films seront peut-être vus, demain, simultanément en salle et sur petit écran mais, pour le moment, Netflix refuse cette simultanéité. Et de façon paradoxale, lourd soutien des membres du jury, le Lion d’or 2018 a été attribué à Roma, réalisé pour grand écran qui sera vu surtout sur le petit !

Si, demain, les salles disparaissent, les films sur petit écran seront toujours du cinéma mais un cinéma différent.

 

Paolo Barbera rend hommage à la résistance pour suivre une politique opposée. Si le modèle français est magnifique, c’est parce qu’il permet une sortie dans les salles d’abord, puis sur petit écran. Mais aussi, parce qu’il permet d’avoir une importante production nationale par l’engagement obligatoire des chaînes de télévision et un réseau de salles modernes important.
Il n’est pas certain que le modèle français résiste éternellement. Il aurait plus de chances s’il était suivi et soutenu.

 

 

Le cinéma est aussi un commerce !

Le Festival de Toronto fait le même choix que Venise. Et Toronto occupe une place plus importante que Venise sur le marché du film. Mais tous deux se placent en concurrence avec Cannes dans la perspective du marché et de l’attribution des Oscars.

 

Netflix refuse de jouer le jeu, comme le font Amazon ou HBO… Sa puissance financière (2) lui permet acheter les grands noms du cinéma. Elle est comparable à celle de ces géants étasuniens qui connaissent une croissance rapide et avancent vers une situation de monopole, dans leur domaine respectif. Ce qui va poser des problèmes à la création cinématographique d’abord, peu de cinéastes de qualité résisteront à sa séduction que ce soit pour des films ou des séries, mais surtout lors de la diffusion.
Combien de salles périront de cette modification de la distribution ?(3)

 

En Italie, la sortie des films sur les écrans, à la télévision ou en VàD n’est pas réglementée. Les organisations professionnelles des exploitants de salles, l’ANEC et l’ANEM (pour les Multiplex), ont protesté et auraient bien aimé que Venise les défende ou mieux les associe à des décisions qui risquent de mettre leur existence en danger.La présence ou non au conseil d’administration des festivals des exploitants de salle a pu jouer dans les décisions différentes de Cannes et de Venise.

 

Aux États-Unis,il n’existe pas non plus de réglementation mais un accord tacite entre les producteurs et les chaînes de salles de cinéma américaines. Et Amazon accepte de sortir des films d’abord en salle puis sur son service vidéo (4).



Alberto Barbera n’ignore pas ces faits. Dans la concurrence entre Cannes et Venise, il joue une maison de distribution en pleine croissance contre les autres. Au détriment des réseaux de salles dans les pays où il en existe.


 

Le cinéma est aussi un commerce !

Jusqu’à maintenant, le système français fonctionne relativement bien, pour la fréquentation des salles. En 2016, un Français est allé au cinéma 3,34 fois en moyenne contre 2,6 pour un Allemand et 1,5 pour un Britannique. Et pour le nombre de salles ( 2.045) ou d’écrans (5.843 (5).
Mais la fréquentation n’est pas la même partout : les Parisiens voient 11 films par an contre 0,93 dans les villes de moins de 20 000 habitants hors Île-de-France (6). La VàD risque d’accentuer cette différence de fréquentation. Et de tuer des salles.

 

Le conflit avec Netflix a éclaté à l’occasion du Festival de Cannes en 2017. Alors que deux films de Netflix étaient présentés, le délégué général du Festival Thierry Frémaux avait annoncé que seuls seraient admis dans la sélection officielle les films qui sortiraient en salle en France. Ce que Netflix a refusé. En conséquence, il n’y avait pas de films produit par Netflix à l’édition de 2018.
Mais le dialogue continue.
Thierry Frémaux est persuadé que chaque camp a besoin de l’autre. Et que Netflix, un jour, ira en salle pour légitimer ses films. Au dernier Festival des Lumière de Lyon (13-21 octobre 2018) dont il est aussi directeur, Thierry Frémaux a invité Alfonso Cuaron et Roma ! (7).

 

Signe de faiblesse, d’ouverture, promesse de compromis ?

 

 

Le cinéma est aussi un commerce !

1 - Le Monde 12/10/18

2 - Une puissance financière qui repose sur un nombre important d’abonnés en pleine croissance : fondé en 1997, Netflix compte, en octobre 2018, 137 millions d’abonnés dans 190 pays dont plus de 50 millions aux États-Unis et 3,5 en France.
La société, qui s’était implanté en France en 2014, a transféré son siège aux Pays-Bas
dans l'optique de bénéficier d'une fiscalité plus avantageuse (Wikipedia).

Abonnés et... opérations financières : c’est également par la dette et les obligations pourries que Netflix, dont la valeur boursière vient de dépasser la Walt Disney Company, a réuni 8 milliards de dollars en vue de financer ses films et séries (Die Zeit du 06/09/18, cité par Courrier international, 20-26/09/18).

3 – La même question se pose pour la librairie. Récemment, le roman autoédité Bande de Français du franco-israélien Marco Koskas, présent dans la première sélection du prix Renaudot a été retiré de la deuxième liste à la demande du Syndicat de la librairie française (SLF) pour n’être disponible que sur Internet. Culturebox (avec AFP), 04/10/18.

4 - https://www.franceinfo.fr/cinema/a-la-mostra-de-venise-netflix-prend-sa-revenche-et-decroshe-le-lion-d-or

5 - LesEchos.fr 18/09/17 : https://www.lesechos.fr/18/09/2017/lesechos.fr/030579068039_les-salles-de-cinema-francaises-ont-fait-le-plein-en-2016.htm

6https://www.economie.gouv.fr/entreprises/cinema-chiffres-cles

7 - Le Monde 15/09/18

Le cinéma est aussi un commerce !

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24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 14:18
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018

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Assister à un Festival de cinéma sans être un professionnel, sans être du milieu, permet de voir beaucoup de films en quelques jours. Le plus souvent au hasard en fonction des horaires des films, des salles, des files d’attente, quelquefois poussé par une conversation avec des inconnus ou la lecture de critiques parues dans les journaux distribués gratuitement.

 

A la réflexion, ces films peuvent avoir quelques parentés même s’ils ont été présentés dans des sélections différentes : volonté des organisateurs, hasard, mode, tendance… ? Ou parentés subjectives en fonction de l’humeur, de la fatigue, des goûts du spectateur devant tous ces films vus dans le désordre et qui pourraient être rangés suivant d’autres logiques… ?

 

Plusieurs films traitaient de l’auteur et son œuvre.

Julian Schnabel, le réalisateur de At eternity’s gate sur Vincent Van Gogh (1) a dit que l’unique façon de décrire une œuvre d’art était de faire une œuvre d’art. C’est ce qu’il a fait de façon intéressante en essayant de traduire les difficultés psychologiques de Van Gogh essentiellement par des mouvements de caméra et sa peinture par l’utilisation intense de la couleur.

 

Le parti pris de Florian Henckel Van Donnersmarck, dans Werk ohne Autor (2), est bien différent et plus classique. Il décrit le long cheminement d’un jeune peintre pour arriver à être lui-même, comme le lui demande un de ses professeurs, malgré les contraintes de la mode occidentale. Après les contraintes du régime communiste. Il arrive finalement à progresser dans son art du portrait, non du portrait de commande que lui impose son beau père, compromis dans les régimes nazi puis communiste, mais le portrait qui traduit aussi la réalité sociale dans laquelle il vit.

 

C’est aussi ce thème qu’on retrouve, avec plus ou moins de bonheur mais dans le domaine du cinéma, avec Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi (3) et The other side of the wind, (4) : dernier film d’Orson Welles, tourné dans les années 1970, inachevé et terminé par des collaborateurs, après sa mort.

 

Doubles vies d’Olivier Assayas (5), traite, entre autres, de ce thème autour d’un auteur de romans à clef, fortement égocentrique. Mais ce film, marivaudage à trois couples du monde de l’édition parisienne, aborde d’autres questions dont celui de la presse et de l’édition face à la numérisation qui les menace.

BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018

Certains films peuvent être plus ou moins considérés comme des docu-fictions.

 

The First man (6) de Damien Chazelle narre la préparation, la sélection et le voyage du premier homme à avoir marché sur la lune, Neil Amstrong, et les répercussions sur sa vie familiale : un homme exemplaire dans une famille étasunienne exemplaire.

Dans 22 JULY (7), Paul Greengrass, à travers l'histoire d'un jeune survivant blessé et de sa famille, reconstitue l'attentat meurtrier d'Oslo par un extrémiste de droite, attentat qui a fait de très nombreuses victimes dont 77 morts…

Sulla mia pelle (8) d’Alessio Cremonini retrace l'histoire d'un fait divers italien : un jeune consommateur et revendeur de drogue est arrêté par la police et succombe, quelque temps après, aux coups reçus lors de son interrogatoire. Les faits sont évidents, l'état du jeune à l'entrée et à la sortie de l’interrogatoire en témoigne. Par crainte de mesures de rétorsion, le jeune n'ose pas dénoncer le policier responsable connu par l'échange de regards.

Les deux premiers sont bien réalisés mais sont et paraissent longs car les faits, jusqu’à leur conclusion, sont connus du spectateur. Le dernier, docu-fiction dénonciateur, montre le désarroi du jeune et de sa famille face aux mauvais fonctionnements de la police, de la justice, de l’administration : mauvais fonctionnements qui n’ont pas encore eu de sanction judiciaire.

Sans être des docu-fictions, des films se rattachent à des faits qui ont, un moment, défrayé la chronique.

Comme Acusada (9), reconstitution incomplète d'un fait divers survenu à Pérouse en Italie. Et de ses suites. Une jeune fille est assassinée lors d’une partie. Une de ses amies dont elle a diffusé des images compromettantes est accusée. Lourde situation malgré son acquittement final.

Amanda (10) s’éloigne encore plus du docu-fiction. L’actualité dramatique des attentats de Paris sert, seulement, de toile de fond, à l’évolution d’un situation familiale. La mère qui s’occupe seule d’Amanda, âgée de 7 ans, disparaît dans un attentat et la vie d’Amanda, celle de ses proches, sont bouleversées. Les circonstances dramatiques n’empêchent pas d’entrevoir un avenir pacifié...
 

BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018

Charlie says de Mary Harron (11) est l’histoire de Charlie Manson qui, gourou d’une communauté hippie des années 60, la famille Manson, entraîne ses émules, essentiellement des jeunes femmes, dans une série d’assassinats… En résonance avec l’actualité, la dernière partie montre les tentatives pour arracher ces jeunes femmes à l’envoûtement dont elles sont encore victimes après les tueries…

Dans un registre et un contexte bien différents, Capri-Revolution de Mario Martone (12) et inspiré de faits réels : une communauté créée par un peintre utopiste au début du siècle dernier dans l’île de Capri. Une bergère découvre, dans la montagne, un groupe de jeunes, hippies avant l’heure, épris d’art, de liberté, de naturisme, d’amour libre... Vivant dans un village aux traditions fortes, avec deux frères autoritaires auxquels elle s'oppose, elle est séduite par leurs activités artistiques, musique, danse…
Entre la
forte tradition du village, la révolution par les arts ou par la raison scientifique et socialisante du médecin qui l’a guérie, alors que l’armée appelle ses frères, que va-t-elle faire ?
.

Si, une fois de plus, les films de réalisatrice étaient rares dans les différentes sélections, les personnages féminins avaient une place importante.

Capri-Revolution pourrait être placé dans ce groupe de films.

Roma (13) qui a obtenu le Lion d’or, entre dans cette catégorie. Dans une riche famille vivant dans un quartier bourgeois de Mexico (Roma), le père quitte le foyer familial, femme et enfants, tandis que la domestique-nounou tombe enceinte, est abandonnée par le géniteur qui participe à la répression des révoltes étudiantes. Les deux femmes font face à la situation difficile que les hommes leur ont léguée.

The favorite (14) se passe à la cour d’Ann d’Angleterre. Que ce soit la reine ou celles qui se disputent la place de favorite, qu’elles s’aiment ou se battent, ces femmes ne s’en laissent pas compter par les hommes de la cour qui voudraient bien avoir le pouvoir, pas seulement sur la politique...

Dans Napszallta (Sunset) (15), c’est aussi d’une jeune femme qu’il est question : héritière spoliée d'une grande chapellerie, elle vient à Budapest pour se faire engager dans l’ancienne entreprise de ses parents. Comme dans son précédent film, Le fils de Saul, Lazlo Nemes, le réalisateur, conduit son héroïne à la recherche d’un frère, chef des révolutionnaires…

D’autres films donnent le rôle principal à une femme, comme Suspiria de Luca Giadagnino (16), Deva de Petra Szocs (17), Dachra de Abdelhamid Bouchnak (18)

Au delà de ces films de qualité, rangés par rubrique, il ne faut pas oublier, trois films remarquables.

 

The ballad of Buster Sruggs (19), six nouvelles des frères Coen qui reprennent des thèmes classiques du western sous forme de fables humoristiques.

 

 

Natasha Merkulova et Aleksey Chupov, réalisateurs de The man who surprised everyone.

Natasha Merkulova et Aleksey Chupov, réalisateurs de The man who surprised everyone.

Certains films mettent en scène des frères ou des sœurs, de fait ou de sang. Le titre du film de Jacques Audiard, dans son ambiguïté, pourrait être emblématique de ce groupe :The sisters brother.

La quietud (20) de Pablo Trapero se déroule en Argentine. Deux sœurs jouent les premiers rôles. Jeunes, belles, heureuses, elles partagent tout, de leurs émois à leurs amants, dans une magnifique propriété. Quand le mari de l'une revient de Paris, c'est l’autre qui va le chercher à l'aéroport et s’en empare immédiatement dans la voiture… Mais ce bonheur, cette richesse repose sur un crime caché du père tant aimé... Et quand l’une des sœurs est enceinte d’un père incertain et finalement inutile, le fruit sera l’enfant des deux sœurs…

A star is born de Bradley Cooper (21), en tirant un peu, peut être rangé dans cette catégorie. Il ne s’agit pas de frères ou de sœurs mais d’un couple. Un chanteur renommé reconnaît dans une amie une véritable star et la pousse vers le succès. Tandis que lui s’enfonce dans la dépression et la drogue...

L’amica geniale de Saverio Costanzo (22) : une femme d’âge mûr écrit l’histoire d’une amitié ancienne avec une camarade d’école : deux copines de couches sociales défavorisées sont les meilleures de la classe, l'une aura une bourse et le soutien des parents pour continuer ses études l'autre sera écrivaine. Dans l’atmosphère de Naples des années 50.
Ce film fait suite à une série télévisée, inspirée d’un livre d’Elena Ferrante, et devrait connaître d’autres épisodes...

The Nightingale (23) de Jennifer Lent. Une jeune Irlandaise décide de se venger des violences de militaires anglais, colons en Australie, aussi racistes envers les Irlandais qu’envers les Aborigènes : viol, meurtre de son mari et de son enfant. Les militaires coupables ayant quitté la région, elle engage par nécessité, malgré son racisme, un aborigène pour lui servir de guide.
Ce
tte barbarie contre les Aborigènes et contre les Irlandais déportés en Australie, cette violence subie et partagée va conduire les deux héros de l’entraide nécessaire à la découverte de l’autre. Du chant de l’autre.

Avec le western The Sisters brothers (24), tourné en anglais, Jaques Audiard part à la conquête de l’ouest. Ces deux frères qui ont tué et tuent sans beaucoup d’émotion et de scrupules, c’est leur métier, doivent retrouver un scientifique, chercheur d’or. Ils accomplissent leur mission mais finalement rentrent au ranch familial pour changer de vie. Il ne fait pas de doute que le film atteindra son public en France. Décrochera-t-il le Graal comme certains le lui promettent ? A Venise, il a touché et le public et le jury.

Les Frères ennemis de David Oelhoffen (25), copains d’enfance, essentiellement d’origine maghrébine, ont vécu dans le même quartier mais ne sont plus du même coté de la barrière. Les uns vivent de trafic de drogue et s’enfoncent de plus en plus dans une délinquance qui les dépasse, passant du haschich à la cocaïne en grosse quantité. L’autre est dans la police, les traque tout en essayant de leur éviter le pire....

La fraternité dans Dragged across concrete de S. Craig Zahler (26) est plus complexe, multiple. Au cours de l’action, plusieurs fraternités se construisent. Un duo de policiers, un noir et un blanc, est suspendu pour avoir utilisé des moyens excessifs pour arrêter deux délinquants. Au courant d'une importante attaque de banque, ils décident de traiter l'affaire pour leur propre compte et de récupérer le magot. L’affaire tourne mal car deux complices ont déjà prévu de doubler l'équipe principale. Derniers survivants, un des deux complices, noir, et le vieux policier, blanc, décident de s'allier…

Natacha Merkulova et Aleksey Chupov, réalisateurs deThe man who surprised everyone

Natacha Merkulova et Aleksey Chupov, réalisateurs deThe man who surprised everyone

The man who surprised everyone de Natacha Merkulova et Aleksey Chupov (27). Apprenant qu’il est atteint d'une maladie incurable, un homme, bon époux sans histoire, règle toutes ses affaires et change totalement de comportement : il décide, sans dire un mot, d’afficher son identité profonde..

Aquarela de Victor Kossakovski (28) : film magnifique sur le dérèglement climatique. Dans le Grand nord, les secours aux voitures qui se sont enfoncées dans l'eau du fait d’une fonte des glaces inattendue, la chute bruyante et majestueuse d’énormes masses de glace qui s'enfoncent dans l'eau et remontent comme une profonde respiration, les énormes vagues, et bleues, et noires, le voilier dans la tempête, la force terrible des ouragans…

Autres films vus :

Kraben rahu (Manta Ray) de Phuttiphong Aroonpheg, 105 mn, Orizzonti.
Peterloo de Mike Leigh, 154 mn, Venezia 75.
La profezia del armadillo d’Emanuele Scaringi, 99 mn, Orizzonti.
Ni de lian (Your face) deTsai Ming-liang, 76 mn, Fuori Concorso.

Vox lux de Brady Corbet, 110 mn, Venezia 75.
Un giorno a l’improvviso de Ciro d'Emilio, 89 mn, Orizzonti.
Deslembro (Unremember) de Flavia Castro, 96 mn, Orizzonti.

La notte de San Lorenzo de Paolo et Vittorio Taviani. 107 mn, Venezia classici restauri.

COURTS MÉTRAGES

Blu de Massimo d'Anolfi et Martina Parenti, 20 mn : documentaire sur la construction du métro de Milan qui, par la seule image, fait naître un certain suspense.

Leoforos patision de Thanasis Neofotistos, 12 mn : une femme prise dans les turbulences d’un manifestation fortement réprimée, est suspendue à son portable par l’angoisse de savoir son enfant seul à la maison.

Strano telo de Dusan Zoric, 20 mn. Un jeune femme commence un témoignage sur le viol qu'elle a subi de la part de militaires serbes. Dans une piscine, trois copains s'entraînent. Ils vont en boîte. L'un deux est entraîné par une jeune femme qui le provoque en lui demandant un moment très vigoureux. Elle est finalement satisfaite. Mais lui s’en va écœuré par ce qu'il a fait. Il finit dans l'armée, fier de lui. La boucle est fermée.

Na Li (Down there) de Yang Zhengfan, 11 mn. L'été et tout le reste de Sven Bresser, 18 mn. Ninfe d’Isabelle Torre, 12 mn. Los bastardos de Thomas Posse, 16 mn.

1 - At eternity‘s gate de Julian Schnabel, 110 mn, Venezia 75, Coupe Volpi d’interprétation masculine pour Willem Dafoe dans le rôle de Van Gogh)

2 - Werk ohne Autor de Florian Henckel Van Donnersmarck, 188 mn, Venezia 75

3 - Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi, 126 mn, Fuori Concorso

4 - The other side do the wind d’Orson Welles, 122 mn, Evento speciale, prix Campari

5 - Doubles vies d’Olivier Assayas, 107 mn, Venezia 75

6 - The first man de Damien Chazelle, 135 mn, Venezia 75

7 - 22 July de Paul Greengrass, 143 mn, Venezia 75

8 - Sulla mia pelle d’Alessio Cremonini, 100 mn, Orizzonti

9 - Acusada de Gonzalo Tobal, 108 mn, Venezia 75

10 - Amanda de Mikhael Hers, 107 mn, Orizzonti

11 - Charlie says de Mary Harron, 104 mn, Orizzonti

12 - Capri-Revolution de Mario Martone, 122 mn, Venezia 75

13 - Roma, Alfonso Cuaron, 135 mn, Venezia 75, Lion d’or

14 - The favorite de Yorgos Lanthinos, 120 mn, Venezia 75, Grand prix du Jury et coupe Volpi d’interprétation féminine à Olivia Colman dans le rôle de la reine Ann

15 - Napszallta de Lazlo Nemes, 142 mn, Venezia 75

16 - Suspiria de Luca Giadagnino, 152 mn, Venezia 75

17 - Deva de Petra Szocs, 82 mn, Orizzonti

18 - Dachra de Abdelhamid Bouchnak, 113 mn, Fuori Concorso

19 - The ballad of Buster Sruggs de Joël et Ethan Coen, 133 mn, Venezia 75, Prix du scénario

20 - La quietud de Pablo Trapero, 120 mn, Fuori Concorso

21 - A star is born de Bradley Cooper, 135 mn, Fuori Concorso

22 - L’amica geniale de Saverio Costanzo, 120 mn, Fuori Concorso

23 - The Nightingale de Jennifer Lent, 136 mn, Venezia 75, Prix spécial du jury et Prix Marcello-Mastroianni du jeune acteur émergent pour le comédien aborigène Baykali Ganambarr

24 - The Sisters brothers de Jaques Audiard, 120 mn, Venezia 75, Lion d’argent de la meilleure mise en scène

25 - Frères ennemis de David Oelhoffen , 111 mn, Venezia 75

26 - Dragged across concrete de S. Craig Zahler, 158 mn, Fuori Concorso

27 - The man who surprised everyone de Natacha Merkulova et Aleksey Chupov, 105 mn, Orizzonti

28 - Aquarela de Victor Kossakovski, 89 mn, Fuori Concorso

Et comme il est impossible de résister à prendre quelques photographies à Venise...

BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
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BRÈVES NOTES SUR LE FESTIVAL DE VENISE 2018
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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 07:39
Bologne et "il cinema ritrovato"

English

Il cinema ritrovato, le festival de cinéma de Bologne (Italie), est organisé par la Cinémathèque de Bologne (1) depuis 1986. Il présente une sélection d’œuvres quelquefois inconnues ou considérées comme perdues provenant de diverses cinémathèques du monde à un public aussi large que possible.
C'était cette année sa XXXII édition.


La première année, les projections ont eu lieu dans une seule salle de cinéma avec quelques dizaines de spectateurs. Cette année, 4 000 personnes accréditées (2), 120 000 spectateurs, 464 films de 1888 (chronophotographie) à nos jours, de 283 auteurs de 5 continents, regroupés en différents catégories : 1898, cinema anno tre, Marcello come here, ritrovati e restaurati, alla ricerca del colore, John M. Stahl, Luciano Emmer, Marcello Pagliero, Napoli che canta, Cento anni fa 1918, La rinascita del cinema cinese... Certaines séances étaient précédées par un des 43 ciné-tracts de 2,40 mn tournés en mai 1968 en France.

 

Tous ces films ont été projetés au cinéma Lumière (2 salles, Mastroianni et Scorcese), sur la Piazzetta Pasolini, en ville, cinémas Arlecchino et Jolly… (3)

 

 

 

 

Cinéma Lumière

Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"

Et, gratuitement, sur la Piazza Maggiore. tous les soirs du 18 juin au 15 août, devant des milliers de spectateurs : du 18 juin au 1er juillet, dans le cadre, il cinema ritovato, des films restaurés, 14 longs métrages dont deux muets, Rosita de Ernst Lubitsch (1923) accompagné par le Mitteleuropa Orchestra et Settima Cielo de F.Borzage (1927) avec l’Orchestra communale di Bologna et le court métrage Entr’acte de René Clair (1924) avec la musique d’Erik Satie (pianoforte Daniele Furlati).

Du 2 juillet au 15 août, Sotto le stelle del Cinema, 27 films, de La Fiamma del Peccato (Billy Wilder, 1944) à La Gatta Gerentola (2017)...

Bologne et "il cinema ritrovato"

Parallèlement, pendant la durée du festival, des discussions, Lezione di Cinema (2) avec Martin Scorsese, Thierry Frémaux, Margaret von Trotta, Michel Ciment, Kathrin Sermak, Emi de Sica, Marina Vlady…) étaient organisées à l'auditorium et, sur la piazza Maggiore, autour d'un livre sur le cinéma (Libri sotto le stelle).

Michel Ciment, Thierry Fremaux, Gian Luigi Farinelli
Michel Ciment, Thierry Fremaux, Gian Luigi Farinelli

Michel Ciment, Thierry Fremaux, Gian Luigi Farinelli

La Cinémathèque de Bologne a un laboratoire, L'immagine ritrovata, reconnu internationalement pour la conservation et la restauration des films. Cette année, par exemple, des films récemment restaurés à Bologne ont été présentés au Festival de Cannes : Ladri di biciclette (Vittorio de Sica, 1948), Driving Miss Daisy (Bruce Beresford, 1989), The Apartment (Billy Wilder, 1960), La Religieuse (Jacques Rivette, 1965), Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappenau, 1990), Gli specialisti (Sergio Corbucci, 1969).
Par ailleurs, la cinémathèque possède d'importantes archives de films, notamment du cinéma muet italien, du cinéma soviétique, du cinéma populaire italien, de photographies, la bibliothèque du cinéma Renzo Renzi...

Dans l’énorme programme, il est difficile de faire un choix des films à voir. Se pose alors le dilemme : voir tous les films d’un groupe, un film de chaque groupe, choisir des films jamais vus, connus ou inconnus, ou, au contraire, revoir certains films. Le tout à gérer en fonction des horaires, des salles heureusement peu éloignées les une des autres

Parmi les 24 courts métrages vus, le plus marquant est sans conteste, Les statues meurent aussi d’Alain Renais, Chris. Marker, Ghislain Cliquet (1953, 29mn).
Tandis que pour les longs métrages (42) vus ou revus avec le plus de plaisir, la liste est longue : The Navigator de Buster Keaton (1924, 59mn), Leo, the last de John Boorman (1970, 104mn), Le silence est d'Or (1948, 100mn) et Les deux timides de René Clair (1928, 77mn). Mais aussi, The whole life of mine de Shi Ui (1950, 109mn), Victimas del pecato (1951, 90mn) d’Emilio Fernandez, auteur de Ennamorada (1946) vu à Cannes, Les amants de Brasmort de Marcello Pagliero (1951, 86mn), The Apartment de Billy Wilder (1960, 125mn), Oteg Sergu de Jakov Protazanov (1917/18, 198mn), The woman under oath (1919, 67mn) et Imitation of life (1934, 111mn) de John N. Stahl, Dainah, la métisse de Jean Gremillon (1932, 55mn), The winter of three hairs de Zhao Ping (1949, 90mn), ll bigamo (1955, 100mn) et Le ragazze di piazza di Spagna de Luciano Emmer (1952, 97mn), Divorzio all'italiana de Pietro Germi (1961, 105mn), What ever happended to Baby Jane de Robert Aldrich (1962, 132mn), Marnie d'Alfred Hitchcock (1964, 130mn), L'héritage de la chouette de Chris. Marker (1989, 78mn), Il Bell'Antonio de Marco Bolognini (1954, 105mn), Alien de Ridley Scott (1979, 116m)…

Bologne, ce n’est pas seulement la ville du Festival, il cinema ritrovato, qui se déroule dans le centre historique, c’est aussi une des plus grandes villes d’Italie, une importante ville universitaire, historiquement, la plus vieille d’Europe.

 

 


 

Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
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Bologne et "il cinema ritrovato"
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Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"

Quelques peintures de rue, souvent sur des rideaux de magasins

Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"
Bologne et "il cinema ritrovato"

1 - Président depuis 2014, Marco Bellocchio, directeur, Gian Luca Farinelli

2 - Michel Ciment sur le cinéma italien et Thierry Fremaux sur l’avenir du cinéma

3 - Pour voir tous les films, il faut être accredito ce qui permet d’accéder à tous les cinémas et aux places réservées sur la Piazza Maggiore, au prix de 100 euros, taux plein, et 50 euros pour le taux réduit. A défaut , les billets sont vendus à l’entrée des salles à 5 euros la séance.

Sites : www.ilcinemaritrovato.it/www.cinetecadibologna.it

Adresse : ilcinemaritrovato@cineteca.bologna.it

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 17:32
Cannes : des films qui donnent des nouvelles de la France (1)

Cette année, au Festival de Cannes, trois films, au moins, donnaient des nouvelles de la France : une fiction, En guerre (2) de Stéphane Brizé, et deux documentaires, La Traversée (3) de Romain Goupil et Libre (4) de Marc Toesca.

 

En Guerre, une histoire qui pourrait être dite banale, si une telle qualification ne traduisait, en plus de la grande fréquence, une certaine acceptation : la fermeture d’une entreprise avec licenciement des travailleurs. Le titre du film affirme que ce n’est pas acceptable pour Stéphane Brizé et ne devrait l’être pour personne.

Une usine de la région d’Agen : pour le patronat, un entreprise non rentable, les mêmes produits peuvent être fabriqués ailleurs, à un coût moindre, avec de nouveaux bénéfices pour la maison mère qui se porte très bien. Or, les travailleurs, dans un contrat signé 2 ans auparavant avec la direction, ont déjà accepté une augmentation de la durée du travail sans augmentation de salaire contre un engagement de la direction de maintenir les emplois pendant 5 ans, avant de revoir la question. Avec, à la clé, une aide de l’État à l’entreprise.
Les travailleurs
ne peuvent accepter cette rupture unilatérale du contrat. Avec leur syndicat, conduits par Laurent Amédéo (Vincent Lindon), ils décident d’arrêter le travail et de bloquer les stocks.
Le film est l‘histoire de cette gréve : de ses difficultés, des négociations, des conflits entre
ceux qui, avec Amédéo, veulent aller jusqu’au bout et ceux qui sont prêts à céder moyennant un dédommagement financier.

On retrouve, dans En Guerre, Vincent Lindon qui donne du poids au personnage, au milieu d’acteurs non professionnels, auxquels il est parfaitement intégré. Comme il donnait son poids de vie et de souffrance à son personnage dans La Loi du marché (5).
Entre les deux films, 2015- 2017, la situation sociale n’a guère évolué. Pesante. Mais Brizé, et Lindon, passent d’un conflit individuel à un combat collectif avec une issue peu encourageante dans les deux cas… et la solitude des personnages joués par Vincent Lindon.

La Loi du marché comme En guerre montrent les confits individuels ou collectifs, au jour le jour, et les difficultés. Et, dans En guerre, l'importance des médias qui s’indignent plus de la violence des travailleurs quand ils s’en prennent à un cadre ou un patron que de la violence du patronat quand il met au chômage des centaines de travailleurs. Tandis que l’État protège plus la liberté d’entreprendre que le droit au travail.
La fin du film, désespérée, n’est, heureusement, pas dans la tradition française. Utile pour réveiller la conscience du spectateur ? Pour le pousser à la révolte ?

Faut-il en arriver là, pour grappiller quelques avantages ? Brizé en doute-t-il qui le met dans un cadre serré, loin de tout, loin de tous, dans la dernière image ?

Cannes : des films qui donnent des nouvelles de la France (1)

La fermeture d’entreprises n’est pas un phénomène récent et d’autres films en ont déjà traité. Plus souvent sous forme de documentaire que de fiction.

L’histoire la plus emblématique est la fermeture de l’usine Lip à Besançon dans les années 70, important moment politique et social. Les actions des travailleurs de Lip ont surpris : reprise du travail, mise à l’abri du trésor des montres fabriquées, ventes sauvages et le cri autogestionnaire : C'est possible ! On fabrique, on vend, on se paie ! Entendu par les 100 000 manifestants venus exprimer leur solidarité dans les rues de Besançon.
Cette histoire est retracée dans le film Les Lip, l'imagination au pouvoir (6) à travers les témoignages des principaux protagonistes de l'époque ainsi que des images d'archive. Avec un parfum de mai 68.

Confrontés à la faillite de leur entreprise de lingerie, proche d’Orléans, les travailleurs, essentiellement des femmes, décident de créer une coopérative pour sauver leur emploi : ce que Mariana Otero a relaté dans le documentaire Entre nos mains (7).
Les problèmes sont les mêmes, les conflits sont les mêmes, juridiques, financiers, techniques, psychologiques, fonctionnement collectif, longues discussions - est-ce possible ? - Mais ils sont présentés différemment. Parce que les travailleurs sont majoritairement des travailleuses ? Par le génie de Mariana Otero ?
Comme toujours la loi du marché et les banques cassent le projet dont on a vu, un moment, qu’il pouvait être réalisé. Mais le rêve demeure. Et le film s’achève par des chansons. Demain, peut-être…

Entre 2007 (Les Lip, l’imagination au pouvoir, Christian Rouaud), 2010 (Entre nos mains, Mariana Otero) et 2017 (En guerre, Stéphane Brizé), qu’est-ce qui a changé à ce point ? Le monde ? La vision du monde ? L’utopie, l’espoir ne sont-ils plus possibles ?

 

En 2012, Françoise Davisse suit, pendant 18 mois, la résistance de 3 000 personnes de Peugeot à Aulnay dans Comme des lions (8).
Elle insiste sur l’organisation de la lutte, le souci constant et la difficulté de prendre des décisions collectivement, démocratiquement : lors des comités de grève, il y a 200 personnes et lorsqu’une personne parle, tous les autres l’écoutent... Ils ont cette capacité à prendre la parole, à rester tête haute… Ils arrivent ensemble à construire une pensée… Quand j’ai commencé à assister aux réunions, ce qui m’a assez impressionnée et touchée, c’est la capacité des ouvriers à penser ensemble... Pour Françoise Davisse, la question de fond est : Que peut-on faire ? Comment décider démocratiquement ?

La lutte s’achèvera par la fermeture du site d’Aulnay mais avec une amélioration des conditions de départ.

 

Merci Patron (9) mérite une place à part. Il traite la question d’une tout autre façon. C’est une performance qui fait entrer dans les coulisses du tournage d’une histoire vraie, suscitée et filmée par François Ruffin. Cette comédie documentaire (10), ce documentaire de guérilla (11) a été réalisé avec la complicité de Jocelyne et Serge Klur, couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison, suite à la fermeture de l’usine du Groupe LVMH, près de Valenciennes, dans laquelle ils travaillaient et qui a été délocalisée en Pologne.

Ce film du journaliste-cinéaste, aujourd’hui député, est, contrairement aux précédents, individualiste, facétieux, ridiculisant, bernant les adversaires. C’est une satire sociale qui fait mouche et emporte le rire des spectateurs. Et qui fait gagner le couple Klur.


 

Cannes : des films qui donnent des nouvelles de la France (1)

Pour La Traversée, Romain Goupil et son comparse, Daniel Cohn-Bendit, figures de mai 68, ont parcouru 15 000 kilomètres de route à la rencontre des Français, sans vouloir rien prouver, à la recherche de la France réelle !

Le voyage commence cependant par les chantiers de Saint-Nazaire où se sont déroulées des luttes importantes dans le années 60, des entreprises paysannes… qui permettent à Daniel Cohn-Bendit de rencontrer des actifs ou retraités fiers de leur métier ou de leur ancien métier.
A Carcassonne, en 2012,
la direction décide de délocaliser la production de crèmes glacées. Après un an de conflit, 19 salariés obtiennent l'autorisation de poursuivre l'activité. Pour cela, les salariés doivent faire des sacrifices. Chacun verse 5 000 euros et la totalité de ses droits au chômage. Un gros investissement et un pari fou pour ces nouveaux entrepreneurs : C'était peut-être un risque, mais c'était du travail. Cette séquence sur La belle Aude, entre en résonance avec Les Lip et Entre nos mains… à une échelle bien moindre, 19 salariés, mais aussi avec un succès qui dure encore

La seconde partie de La Traversée, sans vouloir rien prouver, est plus politique. Nos héros modernes courent de grands risques en s’aventurant dans une zone où le portable ne passe pas pour affronter une assemblée d’adhérents et de sympathisants du Front National... qui vont profiter de la tribune qui leur est offerte.

Comme Robert Ménard, le maire de Béziers, à qui ils reprochent une surprenante évolution politique, eux qui sont passés du Mouvement du 22 mars ou de la LCR au soutien d'Emmanuel Macron !!

Mais le sommet est atteint avec une séquence de 7 minutes que certains déclarent, déjà, séquence culte.

Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit discutent de savoir s’ils doivent interroger Emmanuel Macron et, éventuellement, où…. Les deux anciens de Mai 68, les deux compères se chamaillent devant la caméra, devant les spectateurs, pas seulement...
Il faut se décider maintenant Romain… Comment on fait avec Emmanuel : on va à l’Élysée ou pas ?
C’est plein de dorures l’Élysée, ça n’est pas neutre ! On sera dans la révérence si on y va. On va perdre l’insolence du film !

On n’a guère vu de l’insolence jusque là.

Un léger mouvement de caméra permet de dévoiler que cet enregistrement a lieu dans un café de Francfort (Allemagne) en présence de… Emmanuel Macron. Qui apparaît en majesté. La scène est savoureuse. L’effet de surprise est là. Parfaitement réussie. Pour la première fois, un président de la République en exercice joue son propre rôle dans un film. Et on se tutoie. Connivence avec le président. Insolence envers le spectateur. Magnifique coup de com, le président vient répondre dans un café. Comme, hier, le président Giscard allait déjeuner chez des éboueurs. Nos présidents sont près du peuple !

La question insolente arrive sur l’accueil des demandeurs d’asile, des réfugiés… Offrant au copain-président de la République la possibilité de dérouler son discours habituel sur l’accueil, sur sa vision de la France…
Daniel Cohn-Bendit ne s’y trompe pas quand il dit : Il n’a fait que nous dire ce qu’il pense depuis toujours. Pouvait-il en être autrement ?

Cet entretien rappelle étrangement le débat entre Emmanuel Macron et les journalistes Edwy Plénel et Jean-Jacques Bourdin dont la mise en scène était signée des communicants de l’Élysée, reproduite ici sur un mode mineur : même triangle mettant en valeur le président, discussions sur le lieu de l’entretien, Élysée ou non, impertinence, on ne parle pas au président de la République mais à Emmanuel Macron. Ici, on le tutoie ! Si quelqu’un se joue des codes, c’est bien Emmanuel Macron qui les change quand il veut, comme il veut avec toujours l’avantage de son statut jupitérien : Il l’a fait par amitié pour Daniel Cohn-Bendit dit-on à l’Élysée.

C’est dommage que Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, au lieu de mettre leur vieille gloire au service de leur ami président, n’aient pas continué leur voyage en allant du coté de la vallée de la Roya ou de Briançon. Daniel Cohn-Bendit qui a su franchir des frontières, il y a bien longtemps, clandestinement, aurait pu apporter un témoignage et un soutien à ceux qui sont poursuivis aujourd’hui.

Passer du nous sommes tous des juifs allemands au nous sommes tous des demandeurs d'asile,,,, aurait été un beau geste de transmission de la solidarité, du nécessaire délit de solidarité.

Cannes : des films qui donnent des nouvelles de la France (1)

Heureusement, à Cannes, il y avait Libre, le film de Michel Toesca pour parler de la vallée de la Roya, frontalière de l’Italie. C’est l'histoire du combat de Cédric Herrou et d’autres, pour l'accueil et la protection de migrants dans cette vallée. Cédric Herrou cultive des oliviers. Des candidats à l’immigration arrivent d’Italie. A pied. Il leur offre un refuge. Avec d’autres, il les aide à aller à la préfecture des Alpes-Maritimes pour qu’ils puissent, conformément à la loi, déposer une demande d’asile. Ou si ce sont mineurs isolés, obtenir une prise en charge, conformément à la loi. Mais cela ne plaît pas au gouvernement qui ne pense qu’à renvoyer tout le monde, sans examen, vers l’Italie.

Et utilise pour cela les forces de l’ordre. Contre la force de la loi. Cédric Herrou est mis en examen pour aide au séjour, délit de solidarité.

 

Un certain cinéma donne des nouvelles de la France


 

 

1 – Thierry Frémaux a parlé des films qui donnent des nouvelles du cinéma et du monde (1)

2 - En Guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, en Compétition à Cannes 2018

3 - La Traversée de Romain Goupil avec Daniel Cohn-Bendit, 139 mn, documentaire, Cannes 2018 Séances spéciales

4 - Libre (To the four winds) de Michel Toesca, 2018, 100 mn, documentaire, Cannes Hors compétition, Mention spéciale de lu jury de l’œil d’or

5 - La Loi du marché de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Cannes 2015 (prix d’interprétation Cannes 2015 et César 2016)

6 - Les Lip, l'imagination au pouvoir de Christian Rouaud, documentaire, 2007, 118 mn

7 - Entre nos mains de Mariana Otero, 2010, 88 mn, documentaire

8 - Comme des lions de Françoise Davisse, 2016, 115 mn, documentaire

9 - Merci Patron de François Ruffin, 2016, 84 mn, César du documentaire, 2017

10 - Jacques Mandelbaum, Le Monde, 22/02/16
11 – New YorkTimes, 12/04/17


 

 

 

 

 

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 15:11
CANNES 2018  Le cinéma, la vie

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Cinquante ans après, d’aucuns auraient voulu un hommage, une commémoration ou même un remake de MAI 68. Mais Cannes 2018 a été, simplement, dans l’actualité de la vie du monde même si Me Too peut être considéré comme une réplique lointaine ou une part inachevée des événements de mai 68.

 

Les films présentés à Cannes sont souvent un écho de l’histoire, des histoires, du monde. Cette année, même le Palmarès en témoigne et certains semblent le regretter. Cannes n’aurait plus la montée des marches de jadis et d’ailleurs, manquerait de glamour...

 

Le cinéma est aussi une industrie conditionnée par les moyens techniques et financiers ouvrant la voie à de nouvelles façons de raconter et diffuser des histoires, RV, selfie, VàD...

 

Menaces ou perspectives pour le cinéma et le Festival ?

 

 

Me Too et Cannes

 

Me Too a explosé aux États-Unis. Le phénomène a touché/coulé Harvey Weinstein, énorme personnalité qui a régné longtemps sur le cinéma et à Cannes, au vu et au su de beaucoup qui se sont accommodés de son comportement.
Les réactions cannoises suffiront-elles,
non pour effacer ce passé mais pour changer les choses ?

 

D’autres personnalités du cinéma ont ensuite été mises en cause surtout aux États-Unis… Peu, pour le moment, en France, avant ou après Weinstein.
A Cannes, une des premières à avoir pris clairement la parole, l’actrice Asia Argento est revenue sur le viol dont elle a été victime : « En 1997, j'ai été violée par Harvey Weinstein, ici à Cannes. J'avais 21 ans. Ce festival était sa chasse gardée ».
Elle est allée plus loin : «Toute une communauté lui a tourné le dos, même ceux qui n'ont jamais dénoncé ces faits. Et parmi vous, dans le public, il y a ceux que l'on devrait pointer du doigt à cause de leur comportement envers les femmes, un comportement indigne de cette industrie, de n'importe quelle industrie. Vous savez qui vous êtes. Plus important encore, nous, nous savons qui vous êtes ».

 

Menace réelle ? Certains ne doivent pas être tranquilles. Les récentes accusations contre Luc Besson montrent que ce n’est pas fini. Au moment où, choix malheureux, le Grand bleu était repris au Cinéma de la plage à Cannes en hommage à son réalisateur.

 

Mauvais affaire pour le Festival qui tente d’avancer au-delà de l’affaire Weinstein et de faire oublier les commentaires répétés, à chaque festival, sur le nombre insuffisant de femmes en compétition, en récompenses ou comme membres du jury.

 

Cette année, les femmes étaient majoritaires dans tous les jurys du Festival, 16 contre 9, et une femme présidait le jury de la Compétition et celui de la Caméra d’or.

Les chiffres, concernant les œuvres de femmes sélectionnées, sont moins favorables, 15 % (contre 5 % en moyenne depuis la création du Festival), 20% toutes sections confondues (Compétition, Un certain regard, Hors compétition, Séances spéciales, Cannes classics, Cinéma de la Plage). Quant aux récompenses, et toutes n’ont pas la même valeur, 5,5 ont été attribuées à des hommes (Palme d’or, Grand prix, Mise en scène, Scénario ex-æquo, Palme d’or spéciale, Caméra d’or) et 1,5 à des femmes (Prix du jury, Scénario ex-æquo).

 

Le Festival a été marqué par différentes manifestations : journée consacrée à la place des femmes dans le Septième Art, publication d’une trentaine d’idées visant l’égalité des chances (Le Lab Femmes de cinéma) ; table ronde sur la représentation des femmes au cinéma (Nespresso Talents) ; conférence sur la parité dans l’exploitation (Rendez-vous des exploitants Art et Essai) ; Woman in Motion pour la mise en avant des talents féminins (Kering) ; colloque sur l’avenir de Me Too (Swedish Film Institute) ; prise de parole de Cate Blanchet, présidente du jury et d’Agnès Varda avant la projection de Filles du soleil ; montée des marches, organisée par le Collectif 50/50 pour 2020, de 82 femmes actrices, réalisatrices, techniciennes, productrices, scénaristes, exportatrices, distributrices, agentes, qui se sont arrêtées à mi-parcours pour symboliser le blocage de l’échelle sociale et professionnelle : 82, le nombre de films réalisés par des femmes et sélectionnés en compétition depuis la création du Festival, soit moins de 5 % du total ; montée des marches d’un groupe de 16 femmes noires habillées par le même couturier : Noire n’est pas mon métier…

 

Et surtout la signature par Thierry Frémaux (Festival), Paolo Moretti (Quinzaine des réalisateurs), Charles Tesson (Semaine de de la critique) d’une Charte qui sera proposée à tous les festivals internationaux sur les procédures de sélection des films, notamment la transparence des membres des comités de sélection et des programmateurs (1).

 

Par ces initiatives, le Festival et le cinéma en dépassant leur rôle de témoin ou de précurseur pour s’impliquer directement dans le mouvement sociétal en cours, ont-ils trouvé une façon de rebondir positivement ?


 

 

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

De quelques films

Le programme de ce 71ième Festival de Cannes a été généralement salué pour sa qualité et sa diversité, même si aucun film n’a fait l’unanimité, ni écrasé tous les autres ou annoncé une nouvelle façon de faire du cinéma. Certains ont déçu, aucun n’a scandalisé. Les prix attribués ont pu être discutés mais n’ont pas entrainé de réelle contestation.

 

Le Festival, toutes catégories confondues, a continué à donner un important écho aux affaires du monde, notamment mais pas seulement, à la place et au rôle des femmes dans la société, dans des sociétés bien différentes.

 

Dans le cadre de Cannes classics, un film Be natural : the untold story of Alice Guy-Blaché (Soyez naturel : l’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché) raconte la vie d’Alice Guy, née en 1873, à Saint Mandé. Secrétaire au Comptoir général de la photographie de Léon Gaumont, elle crée en 1896, La Fée aux choux, la première fiction du cinéma. Elle tourne ensuite plus de 200 films de tous les genres : comédie, fantastique, poursuites… Invente des effets spéciaux : ralenti, accéléré, surimpression, fondus… Envoyée aux États-Unis, elle aurait créé entre 1000 et 8000 films : on en connaît seulement près de 150 aujourd’hui… (2).
En 2016, Cannes classics avait déjà fait connaître le rôle des femmes dans les débuts du cinéma à Hollywood : Et la femme créa Hollywood (3).

 

Au delà de ces reconnaissances tardives, des films réalisés par des femmes ont été présentés comme Les filles du soleil, sur ces femmes kurdes qui luttent contre les djihadistes pour libérer leur ville et retrouver leur famille. Ce film a peu été apprécié par la critique à Cannes (4).

 

Sofia, le film de la réalisatrice marocaine Meriem BenM'Barek raconte la situation difficile d’une jeune femmes, enceinte, hors mariage, qui va berner toute la famille, sauver l’honneur et arranger les affaires de tout le monde sauf, peut-être, de celui qu’elle épouse (5).

 

Dans Se rokh (qui serait mieux traduit par Trois portraits que par Trois visages), une jeune fille d'un village dans une région retirée turcophone d'Iran, rêvant de devenir actrice, a envoyé son suicide filmé à une actrice célèbre qui n'a pas répondu à ses multiples messages précédents : appel au secours pour l'aider face aux oppositions familiales qu’elle rencontre. L'actrice perturbée abandonne aussitôt le tournage (6).
Les
Trois visages sont ceux d’une jeune fille rejetée par le village qui se consacre à la peinture, on ne la voit guère, celui de l'actrice culpabilisée et celui de la suicidée. Le film montre aussi la méconnaissance du milieu populaire et rural par une actrice qui les fait rêver et quils connaissent tous. Et l'aide qu'attendent les villageois dés qu’ils voient dans leur village une possible autorité.
Jafar Panahi ouvre le film en donnant à un selfie un rôle dramatique : pour la première fois au cinéma ? Ce cinéaste qui a des problèmes avec le gouvernement iranien a déjà utilisé les nouvelles techniques, pour déjouer la censure. Avec un téléphone portable, il a réalisé, à moindre frais, 20 000 euros, Taxi Téhéran et donné une vision de la ville de Téhéran au gré des courses... (7).

 

Todos lo saben, film d’un autre Iranien, Asghar Farhadi, était aussi en Compétition. Tourné en Espagne et en espagnol, il risque d'être distribué en France sous son titre en anglais (Everybody knows) !
Laura revient d’Argentine avec ses enfants pour le mariage de sa sœur qui réunit toute la famille sauf son mari qui n'a pu venir pour des raisons matérielles. Le déroulement du mariage (à noter des prises de vue par drone de la noce) est perturbé par l’enlèvement pour une rançon de la fille de Laura. Cherchez la femme...
Événement révélateur de ce que tout le monde sait dans le village mais sur quoi le silence règne depuis 16 ans et le départ de Laura avec son mari pour l'Argentine. Révélateur des sentiments longtemps cachés au sein d’une famille jusqu’à ce qu’éclatent les problèmes d’argent. Film sur l'amour, l'amour paternel, la filiation, l'argent… et l'engrenage du mensonge malgré le temps qui passe…
Les premières minutes permettent au réalisateur d'indiquer ses intentions : espace clos dans le clocher, engrenages, horloge, mariés vus à travers les barres du balcon ou des grilles… (8).

 

Dans Girl (9), Viktor, 15 ans, veut, à tout prix, devenir fille et danseuse, avec l'appui de son père. Il est pris en charge par une équipe médicale pour un traitement hormonal avant une intervention chirurgicale. Tout en suivant des cours exigeants de danse. Bien que très belle jeune femme pour ceux qui la regardent, ce n’est facile ni au niveau physique, ni au niveau psychologique.
The Danish Girl avait déjà raconté l’histoire d'amour de Gerda Wegener, jeune homme marié, première personne à avoir subi une opération chirurgicale, malheureuse, pour changer de sexe en 1930 (10).

 

Dans Laskovoe Bezrazlichie mira, (La tendre indifférence du monde), à la mort d’un propriétaire terrien, au Kazakhstan, la veuve oblige sa fille étudiante en médecine ayant interrompu ses études pour aider son père, à se rendre chez son oncle qui la mariera pour racheter les dettes du père.
Elle part à la ville, accompagnée de son amoureux d'enfance mais
malgré leur courage, ils narriveront pas à échapper à loncle et à ses amis corrompus (11).

 

Dans Manbiki Kazoku (Une affaire de famille), un père et son fils, après quelques larcins alimentaires, ramènent chez eux une fillette victime de sévices familiaux. Elle entre dans une famille accueillante, grand-mère, parents et un garçonnet. Une famille qui vit de petits vols et des revenus occultes de la grand-mère.
Ce film rappelle le néoréalisme italien : une famille unie, chaleureuse, dans une pauvreté affrontée par une délinquance mineure… Elle va être déstabilisée par la justice et la découverte d’un lourd passé (12).

 

Yomeddine (13) : à la mort de son épouse, Beshay, lépreux guéri mais défiguré que son père a déposé à la léproserie et n’est jamais venu rechercher malgré sa guérison, décide de revenir chez lui. Avec sa vieille charrette tirée par un âne qui mourra en route, accompagné par un jeune Nubien, orphelin, il va entreprendre un long voyage plein d'incidents… Malgré tout, ils arrivent au but et retrouvent le père.
Les deux héros sont effrayés, devant le choix qui s'offre à eux : se réinsérer dans un monde normal qu'ils ne connaissent pas, qui ne les connaît pas et où ils doivent se faire une place. Ou revenir dans le cocon malheureux où ils étaient connus et reconnus. Retrouver leur identité administrative oubliée ou conserver l'identité vécue depuis des années.
Sur un thème proche,
La route sauvage (Lean on pete), film étasunien sur les écrans actuellement, raconte la longue marche d’un jeune qui quitte un père inconsistant et un milieu défavorisé, avec un cheval quil a sauvé de labattoir et qui meurt par le chemin. Plus optimiste, le jeune retrouve une tante lointaine qui lui donnera la chaleur d'un foyer (14).

 

Il est question d'une tout autre jeunesse dans Weldi (15). Samir, jeune Tunisien, prépare son bac mais quelques difficultés surgissent, migraine, vomissements, qui inquiètent les parents. Trois jours avant l'examen, il disparaît… parti en Syrie. Face à l'appel au djihad, les parents, la société n'ont à offrir qu'une petite vie familiale médiocre où il nest question que de crédits, de promotion, de plan cul, tout un mode de vie dont les appels au djihad dénoncent l'hypocrisie
F
inalement, Samir ne montrera des signes de bonheur que lorsquil présentera lui-même, par Facebook, sa vie familiale, son enfant, à ses parents. Mais en Syrie....

 

Autre pays, autre jeunesse, autre violence dans El Angel, d'après une histoire vraie. Un jeune de la petite bourgeoisie argentine, voleur par vocation, s'enfonce dans une délinquance de plus en plus grave avec des meurtres multiples (16).

 

Climax commence par une longue et magnifique séquence de hip-hop, lors d'un stage de danse. Au buffet, la sangria enrichie au LSD, ce que personne ne semble savoir, va déclencher un long délire collectif et douloureux… Omar n’a pas voulu boire... (17).

 

Carlos Diegues

Carlos Diegues

Carlos Diegues

Dans O grande circo mistico (Le grand cirque mystique) de Carlos Diegues, Fred dont on célèbre le doctorat, apprend qu'il n'est pas le fils de la mère qui l'a élevé mais d'une amie de la famille, impératrice vierge, exilée. En dédommagement, il obtient un cirque pour la belle quil aime. Ce cirque, avec quelques belles scènes, bien filmées, sera transmis, de fille en fille, à travers des filiations hasardeuses jusqu'au 21ième siècle. Et se terminera par un gracieux vol de jumelles trapézistes dans une société où le château de l'impératrice vierge est devenu un grand parking. Il faut aller très bas pour atteindre une certaine grâce (18).

Dans Dogman, film italien, Marcello tient un magasin de toilettage et de gardiennage de chiens et arrondit ses revenus en revendant de la cocaïne à son ami, Simoncino, ancien boxeur, qui l'entraîne dans un casse. Ne voulant dénoncer son ami, il écope d’un an de prion. À sa libération, il demande à Simoncino sa part de butin. Mais doit faire face à un puissant complice qui ne veut rien entendre. Pour s’en débarrasser, il sait utiliser les instruments de son métier... (19).

 

Spike Lee, Blakkklansman, raconte, avec humour, l’histoire vraie d’un Afro-américain qui s’engage dans la police et est d’abord chargé de taches administratives. Insatisfait, il est muté pour infiltrer les milieux indépendantistes afro-américains et tombe amoureux de la belle présidente du mouvement étudiant. Il refuse de suivre la ligne des suprématistes noirs et décide d’infiltrer le KKK par téléphone, relayé par un collègue juif pour la participation physique.
En prise avec l'actualité, le film s'achève sur les manifestations racistes de Charlottesville et sur Donald Trump... (20).

 

The state against Mandela and the others, procès de Nelson Mandela et de ses coaccusés à travers des images d'époque, les déclarations de survivants. Le procès proprement dit, interrogatoires au tribunal, déclarations enregistrées des accusés, est illustré par des dessins en noir et blanc (21).

 

Samouni road relate lopération plomb durci d'Israël dans le territoire de Gaza pendant laquelle 25 personnes de la famille Samouni ont été tuées.
Le film, longuement applaudi, reconstitue remarquablement cette opération et ses conséquences à travers des documents de larmée israélienne et des récits de la famille des victimes. Le film est illustré par des images animées et sa bande son est d'un réalisme terrifiant… (22).

 

Dans Zimna Wojna, film en noir et blanc, un musicien et une professeure de danse constituent une école pour reprendre chants et danses populaires de Pologne. Ils obtiennent un tel succès que les autorités les poussent à mettre leurs talents au service le la Révolution, du Parti, de Staline… La professeure de danse refuse mais non Wiktor, le musicien. Amoureux d’une chanteuse particulièrement douée, il mène à bien son entreprise. Ce qui leur permet de voyager. Ils décident de passer à l’Ouest mais seul Wiktor part pour Paris. Où, là encore, il choisira pour vivre les compromissions. Ils se retrouveront, se quitteront… Il finira par repartir pour la retrouver en Pologne mais…
Amour passionné dans des situations qui le rendent impossible… (23).

 

Dans Leto (L’été), des jeunes, avec Mike, ont constitué un groupe musical qui rencontre un succès certain à Leningrad sous le regard inquiet de certaines autorités. Arrive un nouveau groupe avec Viktor, au visage eurasien, plus doué, ce que perçoit tout de suite Mike, alors au sommet de sa gloire. Concurrence musicale, concurrence auprès de Natacha...
Leto décrit une jeunesse fascinée par le monde occidental, essentiellement musical dans le Leningrad des années 60-80. Les groupes essaient de construire une contre culture qui déclenche l’enthousiasme des jeunes. Le phénomène ressemble à celui vécu en Occident avec quelques années de décalage. Sans homosexualité, drogue, sida… et avec la même domination masculine, les groupes sont masculins et les fans surtout féminins…
Tout le monde ne peut arriver à la gloire… L'un se suicide, le héros adulé, Mike, comprenant la valeur de son concurrent, lui met le pied à l’étrier et continue sa vie, d'employé banal avec une famille banale. Seul Viktor…

Le film fait la part belle à la musique mais aussi à des délires, images colorées qui embellissent la réalité et touchent à la comédie musicale (24).

 

Avec Gongjak, (The spy gone north), la chanson n’est plus la même, l’aspect guerre froide est d’actualité. Dans ce film sud-coréen d’espionnage, un ancien officier, démissionnaire, reconverti dans les affaires, reprend du service pour essayer de faire le point sur le développement de l'industrie nucléaire au Nord. Après de multiples péripéties, les préliminaires à la rencontre avec le chef suprême sont remarquables, il collabore avec un Nord-coréen pour essayer de dégeler la situation entre les 2 pays. Ils y parviennent mais devront en payer le prix.
Film d'actualité au moment du dégel entre Corée du Nord et du Sud et projet de rencontre avec Donald Trump (25).

 

Parmi les films français, Plaire, aimer et courir vite (26) et En guerre (27) ont le tort de venir après. Après 120 battements par minute (28) qui a eu le Grand Prix, l’an dernier à Cannes pour le premier et pour le second après La loi du marché (29), avec le même acteur, Vincent Lindon, déjà récompensé à Cannes en 2015 par le Prix d’interprétation masculine.

 

Cédric Hérou

le héros du film

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

Libre est un documentaire d’actualité : comment déjouer la police, la gendarmerie, l'armée pour que les demandeurs d’asile, les enfants isolés puissent arriver à la préfecture des Alpes maritimes ? Pour que les adultes puissent déposer une demande d'asile ? Pour que les enfants puissent bénéficier d’une prise en charge ? Dans les 2 cas, comment faire appliquer la loi par les autorités ? Sans aller en prison : c'est le problème de Cédric Hérou et de tous ceux qui encourent des sanctions pour délit de solidarité (30).


 

Michel Toesca
le réalisateur

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

La traversée, Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, veut prendre le pouls politique du pays.
Dans la première partie, Daniel Cohn-Bendit interroge avec empathie des éléments divers de la population française, actifs ou retraités, toujours fiers et heureux de leur travail, malgré les difficultés.
Sur le plan politique, ils ne cachent pas leur point de vue, défense d'EELV et attaque de l'extrême gauche…
Mais ils ne donnent la parole qu’à Emmanuel Macron, qu’ils tutoient, au maire de Béziers, à des sympathisants ou militants du FN, à qui, finalement, ils offrent une tribune (31).


 

Romain Goupil

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

Certains films restaurés sont présentés au Cinéma de la plage, ouvert, gratuitement au public, comme Au feu, les pompiers (32) et Bagdad Café (33).

Mais c’est surtout le rôle de Cannes classics qui permet de voir ou revoir, dans de bonnes conditions, des films anciens : Battements de cœur (34), Driving Miss Daisy (35), A ilha dos amores (36).

 

Ou de découvrir, par exemple, Enamorada (37), restauré grâce à Martin Scorcese.
 

Martin Scorcese

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

Lors de la Révolution mexicaine, les Révolutionnaires prennent la ville, leur général (Pedro Armendariz) s'apprête à faire la justice sociale de manière un peu expéditive mais il a été, au séminaire, le meilleur ami du curé, devenu notable. Par ailleurs, il tombe amoureux de la fille du cacique local, à la fine taille, aux grands yeux et à la forte personnalité (Maria Felix). Grâce à l'amour des deux protagonistes, aux remords d'un vieux commandant qui n'a pas su garder sa femme quand il était jeune et à l’entremise du curé qui montre à la belle le sens de la Révolution, tout finira bien.
Viva Zapata mexicain, 1946, avant Viva Zapata d’Elia Kazan, 1951, avec un côté mélo, juste ce qu’il faut, un côté folklo (Chanson Che bonitos ojos tienes, sous la fenêtre de la belle), un brin de théologie de la libération avant l’heure. Et aussi beaucoup d'humour.

 

Par ailleurs, à Cannes classics, ont été projetés un portrait d’Ingmar Bergman, Searching for Ingmar Bergman (38) par Margarethe Von Trotta à travers entretiens anciens ou plus récents et extraits de ses films. Et par Mark Cousins, The eyes of Orson Welles,  (39) une analyse cinématographique remarquable du génial Orson Welles, les facettes multiples de sa personnalité, le cinéaste, le politique, l’amant, et de son personnage, le roi, le bouffon, le chevalier… à travers ses films en tant que réalisateur ou acteur, ses dessins, ses déclarations…

 

Mark Cousins

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

Autres films vus :

Le livre d’image de Jean-Luc Godard, 85 mn, Compétition, Palme d’or spéciale.

Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, 90 mn, Compétition.

Under the silver lake de David Mitchell, 139 mn, Compétition.

The house that Jack built de Lars Von Trier, 155 mn, Compétition.

Solo : a star wars story de Ron Howard, 135 mn, Hors Compétition.

Whitney de Kevin Mac Donald, 120 mn, Hors compétition.

Die Stropers (Les moissonneurs) de Étienne Kallos, 106 mn, Un certain regard.

Gueule d’ange de Vanessa Filho, 108 mn, Un certain regard.

In my room de Ulrich Kohlern, 119 mn, Un certain regard.

Cinq et la peau de Pierre Rissient, 95 mn, Cannes Classics.

 

 

Le cinéma, Cannes, une industrie et un marché

 

Une crainte diffuse plane sur le cinéma et donc sur le Festival lui-même.

Naguère, le cinéma était le seul moyen de création et de diffusion d’images animées. Mais ce monopole a été mis en question d'abord par la télévision à laquelle il a répondu par les écrans plus grands, la couleur, la qualité du son, les effets spéciaux, les multiplex, le confort… et la confiserie… Omnimax est resté une attraction.

 

Aujourd'hui, le cinéma est confronté à de multiples innovations qui ne sont pas que techniques :

  • De multiples possibilités d'enregistrement du son et de l’image sont désormais à la portée de tous. Frank Cousins, présentant son film The eyes of Orson Welles, se demandait ce que Welles aurait pu faire, libéré des financiers et des producteurs, grâce à l'utilisation des appareils miniaturisés et performants. Comme l’Iranien Panahi a commencé à le faire.

  • Les possibilité de diffusion par internet et à peu de frais s’ouvrent aussi aux créateurs qui sauront s’en emparer. Désormais, les films peuvent même être proposés à la sélection du Festival par ce moyen !

  • Mais les géants de la diffusion à la demande (VàD) comme Netflix et Amazon qui allient production et diffusion en dehors des salles avec une énorme concentration de moyens occupent déjà le terrain.
    Le cinéma a réussi à s’entendre avec la télévision qui est devenue, en France, une source importante de capitaux investis dans la production cinématographique. Est-il possible qu’il en soit de même avec les géants mondiaux de la production et de la diffusion ?
    Ou s’agit-il d’une lutte à mort ?

  • La numérisation permet de donner une deuxième vie à des films anciens dans de bonnes conditions. Qui en prendra le contrôle ?

  • Pour le moment, la réalité virtuelle cherche encore son modèle industriel et commercial…

  • Le Festival de Cannes a lieu au printemps, ceux de Venise et Toronto à la fin de l'été. Ce serait un moment plus favorable pour la mise en visibilité des films avant la consécration suprême des Oscars.

  • Cannes demeure encore le premier marché mondial du cinéma mais Toronto est en place et Venise s’est lancé sur le secteur.

  • Pour le moment, les films proposés à Cannes sont toujours aussi nombreux, l’équipe de sélection a dû faire le choix entre les 1906 films reçus (contre 800 en 2011) pour en retenir une vingtaine pour les films en compétition et une centaine, toutes catégories confondues.

 

Sur le tapis rouge des belles aux tenues légères, sous le tapis de lourds billets verts...


 

1 - Le Film français 16/05/18

2 - Be natural : the untold story of Alice Guy-Blaché de Pamela B. Green, 120 mn, Cannes classics

3 - Et la femme créa Hollywood de Clara Kupperberg et Julia Kupperberg, 52 mn

4 - Les filles du soleil de Eva Husson, 115 mn, Compétition

5 - Sofia de Meriem BenM'Barek, 80mn, Un certain regard, Prix du scénario

6 - Se rokh (Three faces, Trois visages) de Jafar Panahi, 100 mn, Compétition, Prix du scénario ex-aequo

7 - Taxi Téhéran de Jafar Panahi, 2015, 86 mn

8 - Todos lo saben d’Asghar FARHADI, 132mn, Compétition

9 - Girl de Lukas Khont, 105 mn, Un certain regard, Caméra d’or, Prix de la Fipresci, Queer Palm, Prix d’interprétation à Un Certain Regard pour le jeune Victor Polster

10 - The Danish Girl de Tom Hooper, 2015, 119 mn

11 - Laskovoe Bezrazlichie mira, (La tendre indifférence du monde) d'Adilkhan Yerzhanov, 100 mn, Un certain regard

12 - Manbiki Kazoku (Une affaire de famille) de Kore-Eda Hirokazu, 121 mn, Compétition, Palme d’or

13 - Yomeddine de A.B. Shawky, 97mn, Compétition

14 - La route sauvage (Lean on pete) d’Andrew High, 121 mn

15 - Weldi (Mon cher enfant) de Mohamed Ben Attia, 104 mn, Quinzaine des réalisateurs

16 - El Angel (L'ange) de Luis Ortega, 120 mn, Un certain regard

17 - Climax de Gaspar Noé, 95mn, Art Cinéma Award, Quinzaine des réalisateurs

18 - O grande circo mistico (Le grand cirque mystique) de Carlos Diegues, 105 mn, Hors compétition

19 - Dogman de Matteo Garrone, 102 mn, Compétition, prix mérité d’interprétation masculine pour Marcello Fonte

20 - Blakkklansman de Spike Lee, 128 mn, Compétition, Grand prix

21 - The state against Mandela and the others de Nicolas Champeaux et Gilles Porte, 105 mn, Hors compétition

22 - Samouni road de Stefano Savona, 128 mn, Quinzaine des réalisateurs, Prix du jury de l’Oeil d’or

23 - Zimna Wojna (Cold war) de Pawel Pawlikowski, 84 mn, Compétition, Prix de la mise en scène.

24 - Leto (L’été) de Kirill Serebrennikov, 126 mn, Compétition

25 - Gongjak, (The spy gone north) de Yoon Jong-Bin, 141mn, Hors compétition

26- Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré, 132 mn, Compétition

27 - En Guerre de Stéphane Brizé, 113 mn, Compétition.

28 -  120 battements par minute de Robin Campigno, 135 mn, 2017. 

29 - La loi du marché de Stéphane Brizé, 93 mn , 2015

30 - Libre (To the four winds) de Michel Toesca, 100 mn, Hors compétition, Mention spéciale de lu jury de l’œil d’or

31 - La traversée de Romain Goupil, 139 mn, Séances spéciales

32 – Au feu les pompiers de Milos Foreman, 75 mn, 1968, Cinéma de la Plage

33 – Bagdad café de Percy Adlon, 104 mn, 1987, Cinéma de la Plage

34 – Battements de cœur de Henri Decoin, 97 mn, 1939, Cannes classics

35 - Daisy et son chauffeur, Bruce Beresford, 100 mn, 1989, Cannes classics

36 - A ilha dos amores de Paulo Roca, 169 mn, 1982, Cannes classics

37 - Enamorada d'Emilio Fernandez, 99 mn, 1946, Cannes classics

38 - Searching for Ingmar Bergman (À la recherche d’Ingmar Bergman), 99 mn, Cannes classics

39 - The eyes of Orson Welles de Mark Cousins, 115 mn, Cannes classics

Quelques images de Cannes

CANNES 2018  Le cinéma, la vie
CANNES 2018  Le cinéma, la vie
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Au matin

CANNES 2018  Le cinéma, la vie
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La fête est finie

CANNES 2018  Le cinéma, la vie
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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 09:13
Ardiente Paciencia, Il postino, Le Facteur

Ardiente Paciencia, Il postino, Le facteur

English

Antonio Skármeta a écrit Ardiente Paciencia dont s’est inspiré Michael Radford pour réaliser Il postino (Le facteur). Livre et film narrent l’amitié entre le jeune facteur qui veut devenir poète pour séduire les femmes et son unique client quotidien, Pablo Neruda. (1). Quand Mario découvre la belle Beatriz, il va faire du poète son complice d’abord involontaire puis bienveillant et efficace dans son éducation poétique et sa conquête...

 

Cette histoire d’amour et de poésie se déroule en parallèle et en harmonie avec celle de Salvador Allende dans la conquête et l’exercice du pouvoir et sa chute. Pendant cette période, Pablo Neruda, très impliqué dans les événements politiques de son pays, réside dans l’Île noire, située au Chili dans le roman, en Italie dans le film. D’où quelques adaptations au niveau du scénario.

 

Alors que le livre a été écrit en espagnol et le film tourné en italien, très souvent le même texte se retrouve en français dans le livre et dans le film. Malgré cette fidélité au texte, le film et le livre ont une identité qui leur est propre.

Ardiente Paciencia, Il postino, Le Facteur

Dans le livre, Antonio Skármeta alterne de très longues phrases avec une déferlante de mots, de qualificatifs qui témoignent de l’importance du phénomène ou du sentiment décrits mais souvent avec une ironie, autodérision de l’auteur et une certaine truculence. Et des dialogues rapides, parfois, un vocabulaire populaire et de nombreux traits d’esprits qui donnent au lecteur le sourire à des moments, plus ou moins dramatiques pour les protagonistes.

 

Cet aspect est un peu gommé dans le film qui insiste plus sur la beauté des paysages, la confrontation des couleurs : obscurité du bureau de poste, maison rose du calme et du bonheur où le facteur porte, chaque jour, le courrier pour Neruda et s’ouvre à la poésie et à l’amitié, variantes de bleu et de gris de la mer, calme ou agitée, Île noire, volcanique, …

 

Paradoxalement, là où le livre donne à voir et à entendre par les mots, le film suggère par les images et le jeu des acteurs, les regards séducteurs de Maria Grazia Cucinotta (Beatriz), les mains et le visage très expressifs de Massimo Troisi (Mario) qui contrastent avec le jeu plus retenu de PN (Philippe Noiret, Pablo Neruda).

 

La poésie est souvent présente, comme apprentissage, la révélation de la métaphore, comme moyen de séduction pour Mario qui utilise sans vergogne les poèmes du barde pour dominer sa timidité et séduire la séductrice Beatriz qui ne demande que cela et utilise d’autres moyens ; la poésie comme transfiguration de la réalité, quelquefois inconsciente, Rosa, la mère de Beatriz, lisant ou entendant le poème que Mario a donné à sa fille en conclut qu’il a vu Beatriz, nue, car elle est bien comme cela (le poème a été écrit pour Matilde l’épouse de Neruda) ; Mario a le mal de mer en écoutant un poème récité par Neruda...

Ardiente Paciencia, Il postino, Le Facteur

L’adaptation de l’intrigue à la situation italienne est à l’origine de quelques scènes bienvenues  : le jeune Mario est embauché parce qu’il a une bicyclette nécessaire pour porter le courrier à Pablo Neruda qui vit à l’écart du village et il ne se sépare pas d’elle facilement, il entre dans le bureau de poste et sort du cinéma avec sa bicyclette (clin d’œil au Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica) ; au Chili, le supérieur hiérarchique de Mario est socialiste, en Italie, il est communiste ; Mario doit lire un de ses poèmes lors d’un meeting politique qui finit dramatiquement, scène parfaitement intégrée à des images d’actualité ; quand Pablo Neruda revient dans le village, des années plus tard, il entre dans le café, une photo du mariage de Mario et Beatriz est sur le mur, une balle de baby-foot rebondit sur le sol, rapidement suivie d’un garçonnet, Pablito, le fils de Mario et Beatriz, rappel de l’initiale scène de séduction et de la première rencontre amoureuse ; dernière scène, Pablo Neruda sur la plage, pour la première fois, vu de la mer, écrasé par la noire falaise...


 

Ardiente Paciencia, Il postino, Le Facteur

L’éducation poétique du postier par le barde, prix Nobel, est perturbée et finalement interrompue par des événements qui se passent ailleurs et qui ont de graves répercussions sur la vie de l’Île noire. Une histoire d’amour parfaitement intégrée à l’Histoire.

Ardiente Paciencia, Il postino, Le Facteur

1 - Ardiente Paciencia, livre publié en 1985 au Chili par Antonio Skármeta, développement du film que l’auteur a réalisé en 1983. Ce livre a été traduit en français par François Maspéro en 1987. Michael Radford l’a adapté au cinéma, sous le titre de Il postino, en 1994 avec comme acteurs principaux Massimo Troisi, Maria Grazia Cucinotta et Philippe Noiret.

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 09:24
Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

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Plus de 150 films ont été présentés à la 74° Mostra dans une dizaine de sélections (1).

Les problèmes des jeunes, leurs amours, leurs difficultés, leurs révoltes sont souvent abordés par le cinéma. Cette année, plusieurs films parlaient de jeunes mais aucun n’a constitué le moment fort de Venise 2017.

 

Très attendu, le nouveau film d’Abdellatif Kechiche, MEKTOUB, MY LOVE : CANTO UNO (180mn, Venezia 74), salué par les critiques du Monde et de Libération, est bien loin de La vie d’Adèle et ne mérite pas les trois heures de projection dont une bonne partie à contempler de jeunes sétoises se trémoussant. Son intérêt est de montrer une jeunesse mélangée, sans problème, en dehors du jeune Samir, en vacances, qui a des difficultés pour conquérir une vieille amie d’enfance, Charlotte, qui n'attend que ça.

 

LEAN ON PETE (Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir Charlie Plummer) d’Andrew Haigh (121mn, Venezia 74)
Sorte de road movie pédestre. Le jeune Charley, 15 ans, vit seul avec son père, plus préoccupé par ses conquêtes que par son fils. Charley trouve du travail chez un propriétaire douteux de chevaux de course, se lie d'amitié avec l’un des animaux et s'enfuit avec lui pour le sauver de l'abattoir et rejoindre, après de nombreuses péripéties, une tante. Qui sera sa mère de substitution.

Même aux États-Unis, les jeunes, aussi courageux qu'ils soient, ne sont pas que des symptômes d’un avenir radieux mais sont aussi des enfants.

 

MARVIN (2) de Anne Fontaine (115mn, Orizzonti).
Doublement intéressant. Par l’histoire, celle d’un jeune de milieu populaire, dans une famille recomposée et agitée, persécuté pour ses tendances homosexuelles par ses pairs. Il s’en sort, grâce à l'école, à ses talents de comédien, à ses rencontres artistiques, à la protection d'un riche homosexuel qui le recommande à Isabelle Huppert.

Aussi, au point de vue cinématographique : le film présente sa vie familiale de façon réaliste puis dans un monologue de sa facture devant Isabelle Huppert et enfin dans une pièce jouée avec Isabelle Huppert. Qui joue le rôle d’Isabelle Huppert.

 

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

NICO 1988 (Prix Orizzonti) de Suzanna Nicchiarelli (93mn).
Première image, une enfant regarde la rougeur nocturne à l'horizon et sa mère lui dit, c'est Berlin qui brûle. Nico sera marquée à vie par ce bruit de défaite, des avions, des explosions. Essayant de le retrouver partout.
Le film reprend les deux dernières années de sa vie, 1986 à 1988, de créatrice et d’interprète de ses propres chansons, à l’occasion d’une tournée dans les pays de l’Est, rythmée par le fond sonore des explosions et ses propres chansons. La vie, agitée de la chanteuse n’est qu’évoquée : mort du père pendant la guerre, privations, mannequin puis chanteuse de Velvet Underground, mère célibataire...

L’actrice et chanteuse danoise, Trine Dyrholm, joue le rôle de et chante Nico.

 

Dans UNA FAMIGLIA de Sebastiano Riso (105mn, Venezia 74), un couple franco-italien semble vivre le parfait amour. Mais l’homme entraîne le couple dans une bonne affaire : vendre à un couple homosexuel l’enfant qu’ils vont faire. La femme qui a accepté, par amour, ne continue que sous la pression, et ne peut aller jusqu’au bout surtout quand le couple homosexuel refuse l’enfant qui a une malformation…
Aspect sordide de la GPA.

 

SENZA DATA, SENZA FIRMA de Vahid Jallivand (104mn, Orizzonti).
Un médecin, en voiture, renverse un scooter avec un couple et son enfant. Il indemnise le père avec de l’argent et lui conseille d’amener l’enfant à l’hôpital qui est proche. Il voit le scooter partir qui ne va pas à l’hôpital. Il apprend plus tard que l’enfant est mort. De botulisme selon l'autopsie faite par sa femme, elle-même médecin...

Mais le médecin se sent toujours coupable...

 

THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI (Prix du scénario Martin McDonagh) de Martin McDonagh, (110mn, Venezia 74).
Neuf mois après que sa fille a été violée et assassinée, sans que le coupable ait été trouvé, une mère, énergique, loue les 3 grands panneaux publicitaires à l'entrée de la ville pour afficher la question : que fait la police ? Ce qui ne passe pas inaperçu et met en évidence des tensions et, notamment, la violence de certains policiers racistes…
Mais la mère résiste... Les panneaux publicitaires sont incendiés… Elle met le feu au bureau du shérif... Un jeune homme se vante d’avoir tué et violé une jeune fille. Grâce à l'ADN, il est innocenté...
Avec un policier repenti, elle décide de le poursuivre pour l'abattre… En chemin, tous deux se demandent s’ils veulent encore…

 

ANGELS WEAR WHITE (JIA NIAN HUA) de Vivian Qu (107mn, Venezia 74) se passe dans un hôtel chinois. La réceptionniste se fait remplacer par une amie, femme de service, qui voit, dans là nuit, sur l'écran de vidéosurveillance, le directeur pénétrer dans la chambre de deux fillettes qui le repoussent...
Une avocate fait une enquête parallèle à celle de la police, plus ou moins aux ordres. Mais une expertise officielle établit que les jeunes n’ont pas été violées. Ceci satisfait une famille qui ne veut pas d'histoire. Le père de la seconde fillette proteste en vain.
Plus qu’un film sur les jeunes, c’est un aperçu de la société chinoise : jeune femme sans papier, pression vers la prostitution, corruption, direction intouchable…

 

THE THIRD MURDER de Kote-ada Hirokazu (124mn, Venezia 74). Un industriel japonais est assassiné sur les bords du fleuve. Un employé accusé reconnaît le crime puis se rétracte. Qui a tué ? Pour le compte de qui ? L’employé pour son propre compte ? Pour le compte de la femme de l'industriel qui veut toucher l'assurance ? Pour celui de sa fillette qui a été violée ?
Peu importe à l’employé d'être condamné à mort, il veut seulement être reconnu innocent par son avocat.

 

FOXTROT (Lion d’argent, Grand prix du jury) de Samuel Maos (113 mn, Venezia 74) narre le drame d’une famille israélienne informée, par erreur, du décès du fils à l'armée dans une opération, nom de code, Foxtrot. Quand l'erreur est reconnue, le père fait une crise et obtient que son fils soit libéré des obligations militaires... Il ne le reverra pas.

 

THE INSULT (Prix d'interprétation masculine Kamel El Basha) de Ziad Doueiri (115mn, Venezia 74) se passe au Liban. Ce qui devrait rester un banal incident de voisinage dégénère en affrontement communautaire entre un chrétien libanais et un travailleur palestinien, sans papier, chef de chantier. On apprend finalement au tribunal qu’ils ont des histoire proches. Tous deux ont dû fuir la destruction de leur village, dans des circonstances différentes.
La conclusion d’un avocat, nous devons apprendre à vivre ensemble.

 

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

ESPÈCES MENACÉES de Gilles Bourdos, (105mn, Orizzonti) est construit autour de 3 histoires qui finissent par se rencontrer. La nuit de noces d'un couple commence mal : le jeune marié fait une scène de jalousie sur le passé de sa jeune épouse. Cela n’en restera pas là… Dans l'appartement mitoyen, en train de se séparer de son épouse, le voisin profite, malgré lui, des affrontements musclés. Tandis que sa fille, 18 ans, lui annonce qu'elle est enceinte et va épouser un professeur de faculté âgé de 63 ans...

 

Dans PIN CUSHION de Deborah Haywood (85mn, Settimana della Critica), une mère et sa fille, toutes deux marginales, essaient de s'intégrer à la communauté mais sont repoussées, moquées, la mère pour ses excentricités vestimentaires malgré sa gentillesse, la fille à cause de sa naïveté.

Les personnages sont trop caricaturaux, à la fois trop benêts et apparemment trop benêts. Les deux actrices font cependant un travail remarquable.

 

C’est aussi une question d’intégration qu’illustre SUBURBICON de George Clooney (104mn, Venezia 74) mais beaucoup plus classique. Pour fuir les ennuis de la ville, s’isoler, garder son entre-soi, de nombreux Étasuniens ont acheté le logement de leur rêve dans un condominium où tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais une famille noire s'installe et les protestations, les pétitions commencent…

 

C’est encore d’intégration que parle Abel Ferrara dans PIAZZA VITTORIO (82mn, Fuori concorso). Il interroge anciens et nouveaux habitants, très divers, de la place Vittorio Emanuele à Rome. Bien entendu les opinions sont contradictoires et mettent en relief des expériences négatives et positives de l'intégration en Italie.

 

Ce n’est pas pour sauvegarder leur microcosme mais pour sauver la vie sur une planète qui court à l’asphyxie, que des savants norvégiens, dans DOWNSIZING de Alexander Pagne (135 mn, Venezia 74), proposent d’appliquer leur découverte à toute la planète : miniaturiser les humains pour diminuer leur empreinte écologique. Dans la société miniaturisée se retrouvent les mêmes problèmes sociaux...
La majorité de la population n’ayant pas choisi la miniaturisation, le monde va à sa perte, les miniaturisés les plus convaincus décident de s'enfermer dans un souterrain préparé pour survivre. Le héros dont l’épouse a reculé, au dernier moment, lors de la miniaturisation décidée en commun, ne participe pas à cette nouvelle aventure...

 

La même préoccupation écologique se retrouve dans FIRST REFORMED de Paul Schrader (108mn, Venezia 74). Dans la première église réformée de l’État, le prêtre prend à confesse une jeune femme qui lui demande de rencontrer son mari, activiste, perturbé par l’avenir de la planète. L’entrevue n’aboutira pas à la solution espérée.

 

Dans LA VILLA de Robert Guediguian (107mn, Venezia 74), il n’est pas question de la survie de la planète mais, plus modestement, de celle d’un petit monde de solidarité, de fraternité vivant dans une calanque près de Marseille. Autour du restaurant tenu par l'un d'entre eux qui a pris la succession de son père très malade. Sont là aussi son frère retraité avec sa trop jeune fiancée qui va le quitter, sa sœur, comédienne, venue de Paris, un jeune pécheur, amateur de poésie et de théâtre parce qu’il a entendu, il y a longtemps, la voisine comédienne, un couple de vieux retraités que leur fils vient voir et qui ne veulent pas son soutien financier.
Tout ce petit monde vit dans la nostalgie. Sauf la jeune fiancée et le fils des voisins qui sont, ailleurs, modernes, ordinateur, moto, à l’aise dans les affaires.
Un monde en voie de disparition en dehors du jeune pêcheur et peut-être des jeunes arrivés par la mer…

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

Le quatrième âge peut aussi avoir sa modernité. Dans THE LEISURE SEEKER (Ella & John) de Paolo Virzi (112mn, Venezia 74), à l'initiative de la femme, un couple de nonagénaires reprend la vieille caravane, sans avertir leurs enfants, pour une (dernière) grande virée : comédie avec une femme de tête et un mari, spécialiste de Hemingway, à la mémoire à éclipses...

 

OUR SOULS AT NIGHT (Lion d’or pour leur carrière, Jane Fonda, Robert Redfort) de Ritesh Bacra (103mn, Fuori concorsi). Addie et Louis, veufs octogénaires, sont voisins mais ne se connaissent guère. Un jour, Addie décide de traverser la rue et d’aller proposer à Louis de venir coucher chez elle, non pour le sexe mais pour combattre la solitude de leurs nuits. Finalement, Louis accepte.
Bien sûr, les choses n’en resteront pas là… Leurs nuits communes devenant plus fréquentes, plus visibles, font jaser les copains... Le couple finit par s'afficher, bras dessus-bras dessous en ville...

Mais cela ne plaît guère au fils d’Addie qui élève seul son fils… Finalement Addie ira vivre chez lui pour s'occuper de son petit fils.
Les amants n’auront plus qu'à reprendre leurs conversations nocturnes par téléphone.

 

Le cinéma italien a présenté 2 films BRUTTI E CATTIVI de Cosimo Gomez (86mn, Orizzonti) et AMMORE E MALAVITA de Manetti Bros (133mn, Venezia 74). Annonce d’un nouveau genre italien ?

Brutti e cattivi dont le titre rappelle Affreux, sales et méchants (Brutti, sporchi e cattivi) d’Ettore Scola, détourne le film de voyous qui font le casse de leur vie en une comédie sanglante et grotesque. Dans la bande de voyous qui se lance dans le casse pour s’assurer la sécurité financière pour longtemps, le chef amputé des deux jambes perdra un bras, sa belle n’a pas de bras, elle sera amputée d’une jambe, leur équipe est constitué d’un nain... Bien qu’une mafia chinoise se mette en travers de la route, le héros récupérera tout l’argent et se fera fabriquer de magnifiques prothèses.

Dans Ammore et malavita, Don Vincenzo, roi du poisson et membre de la camora napolitaine, se sentant en danger, décide de mourir pour pouvoir profiter calmement de la vie. Mais une infirmière, ayant vu ce qu’elle ne devait pas voir, doit disparaître. Ciro, chargé de l’affaire, découvre que Fatima est son premier et grand amour. Pour la protéger, il va devoir affronter toute son ancienne équipe au service de Don Vincenzo.

Sur ce scenario, une comédie sanglante et musicale napolitaine qui ne se prend pas au sérieux.
A l’inverse, GATTA GENERENTOLA d’Alessandro Rak, Ivan Cappiello (86mn, Orizzonti) reprend Cendrillon en dessin animé sous forme de thriller.

 

Le film australien, SWEET COUNTRY (Prix spécial du jury) de Warwick Thornton (112mn, Venezia 74) reprend la tradition du western mais ici les indiens sont les aborigènes victimes du racisme y compris policier contre lequel le juge local arrive à faire respecter la loi.
Sam, l’aborigène est acquitté mais il doit quitter la ville, escorté par le shérif. Il est abattu aux portes de la ville.

 

MOTHER de Darren Aronofsky (120mn, Venezia 74). Un grand poète, en difficulté de création, vit dans une belle maison reculée sous la protection de son épouse. Un soir, on frappe à la porte, un médecin égaré. Le poète offre l'hospitalité malgré les réticences de son épouse. Arrive ensuite la famille. Ces hôtes s'avèrent de plus en plus envahissants mais grands d'admirateurs du poète qui ne peut donc rien leur refuser... Le médecin est malade, il faut l’évacuer vers l'hôpital, les enfants viennent, se disputent... Tout le voisinage sait que le grand poète est là, qui ne peut rien refuser... La maison est pillée mais la vanité est satisfaite. La maison brûle. La femme meurt mais le poète extrait de son cœur, son amour, le diamant qui l'aidera dans son travail de création...

 

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

Pour faire ce long documentaire, à la hauteur des situations dramatiques, HUMAN FLOW (140mn, Venezia 74), Ai Weiwei a fait le tour du monde des camps de migrants disséminés sur tous les continents, de l'Asie à l'Amérique, de l'Afrique à l'Europe, en passant par Gaza ou Paris et Calais... évidemment pas avec le beau rôle.
Des images qu’on n’ose qualifier de belles, notamment des vues d'avion, montrent l'étendue du problème, des villes de camps, dans les différents pays. A l’échelle des statistiques qui sont quelquefois abstraites.

 

LES BIENHEUREUX (Prix d'interprétation féminine Lyna Khoudri) de Sofia Djama (102mn, Orizzonti), seul film africain de la Mostra. Film de fiction qui fait un tableau réaliste et assez pessimiste de la situation algérienne. A Alger, quelques années après la guerre civile, un couple décide de fêter leur vingtième anniversaire de mariage au restaurant. Ce qui donne l’’occasion de voir quelques contraintes et difficultés de la vie quotidienne d’un couple bourgeois pour qui l’Algérie n’est pas celle qu’ils espéraient.
Les Bienheureux est à prendre au second degré. Si le mari affirme, nous avons été heureux, la femme ajoute au prix de combien de renoncements.
En parallèle, la vie de leurs enfants, qui n’ont pas connu la décennie noire et qui essaient de s’adapter à la situation...

 

THE SHAPE OF THE WATER (Lion d’or) de Guillermo del Toro (119mn, Venezia 74). Dans l'atmosphère des années 60, les services des États-Unis ont capturé un monstre aquatique, convoité par les Soviétiques, sur lequel ils font des expériences.
Le monstre est enchaîné mais n’est pas méchant. Une femme de service, muette comme lui, le prend en affection. De petits cadeaux, le langage des signes permettent une histoire d'amour, entre ces deux exclus. Avec la complicité d'une collègue noire, d'un ami peintre et d’un scientifique d'origine russe, après bien de difficultés, ils rendent sa liberté au monstre qui emporte son amie au fond des océans...

La belle, handicapée, et la bête peuvent communiquer, partager des sentiments : message universel d’amour et de liberté.

 

Festival de Venise 2017 Brèves notes sur quelques films

Vus également 

LOS VERSOS DE OLVIDO de Alireza Khatami (92mn, Orizzonti), NAUSICAA-L'ALTRA ODISSEA de Giuseppe Vigna (20mn, Settimana Della Critica), DUE de Riccardo Giacconi (17mn, Settimana Della critica), DRIFT de Helena Wittmann, (97mn, Settimana Della Critia), THIS IS CONGO de Daniel Mac Cabe (91mn, Fuori concorsi), IL SIGNOR ROTPETER de Antonietta DeLio (37mmn, Fuori concorso), MAI MEE SAMUI SAMRAB TER (SAMI SONG) de Peb-ek Ratanaruang, (108mn, Giornate degli autori), EX LIBRIS – THE NEW-YORK PUBLIC LIBRARY de Frederick Wiseman (197mn, Venezia 74), LA NUIT OÙ J'AI NAGÉ de Damien Manivel et Igarashi Kohei (79mn, Orizzonti) et deux séances de courts métrages en Réalité Virtuelle.

 

1 – Les films peuvent être présentés dans différentes sélections : Venezia 74, la plus prestigieuse, sélection officielle concourant pour le Lion d’or, Orizzonti (Horizons), Fuori Concorso (Hors concours), Giornate degli autori (Journées des auteurs), Settimane della critica (Semaine de la critique), Proiezioni speciali (Projections spéciales), Venezia classici-Restauri ou Documentari (Venise Classiques-restaurés ou documentaires), Orizzonti - Concorso Corti (Horizons Courts métrages), Cinema nel Giardino (Cinéma du Jardin).
Des billets sont vendus pour accéder à ces projections : cette année, la Tessera Promozionale, proposée aux moins de 26 ans ou plus de 60 permettait l’accès, dans la limite des places disponibles, à la projection de plus de 150 films, lors de séances ouvertes aux accrediti. La Tessera coûtait 80, la carte pour les étudiants 40.

2 - Inspiré du livre En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis, 2014, Le Seuil

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 18:44
A l’Ouest, rien de nouveau

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Le roman A l’Ouest, rien de nouveau (titre original, Im Westen nichts Neues) d’Erich Maria Remarque (1) est sorti en 1929, rapidement suivi par le film qu’il a inspiré (All Quiet on the Western Front) de Lewis Milestone (2). Les deux, pacifistes, la guerre de 14-18 vue par un jeune soldat volontaire allemand ont connu un grand succès.

 

En Allemagne, le livre a été vendu à 800 000 exemplaires entre 1930 et 1935, date de l’exil de Remarque (paru en France en 1930, 600 000 exemplaires), c’est un des meilleurs tirages du 20ème siècle, au minimum, 30 millions dans le monde. Le film a obtenu deux Oscars, meilleur film, meilleur réalisateur, en 1930.
Les nazis ont brûlé le livre lors des autodafés de 1933, censuré et interdit le film.

Le film n’est pas l’illustration, image pour mot, du livre. Des situations, des dialogues du livre s’y retrouvent mais certaines scènes ont disparu, d’autres ont été ajoutées. Ces modifications, sans trahir l’esprit pacifiste du roman, apportent un point de vue un peu différent.

Il suffit pour s’en rendre compte de comparer premières pages et premières images.

Les premières lignes du livre sont consacrées à une séance mouvementée de distribution du repas. La nourriture, question concrète, revient à plusieurs reprises tout au long du roman : les soldats sont mal et irrégulièrement nourris. Jusque là on mélangeait de la nourriture avec de la sciure, maintenant nous n’avons plus que de la sciure dit l’un d’entre eux.

Mais ce jour là, les choses sont bien différentes. La nourriture de la deuxième compagnie est arrivée, pour 150 soldats. Le cuisinier ne veut faire la distribution que lorsque tout le monde est là. La deuxième compagnie, partie en première ligne à 150, est revenue à moitié décimée : ils ne sont plus que 80 !
Il y a 150 rations et 80 soldats. La nourriture est pour la deuxième
compagnie. Chaque soldat veut donc, aujourd’hui, deux rations. Y compris de tabac. Le cuistot ne veut rien entendre. Ce conflit qui menace de mal tourner est résolu par un officier qui tranche en faveur des soldats.

Le ton est donné. Le roman portera essentiellement sur les situations concrètes, sur la vie quotidienne des soldats, notamment des condisciples du narrateur. Et leurs conséquences : la faim bien sûr, la mort, les blessures, la peur, la promiscuité, le moral, les attaques et contre attaques… Et les réflexions sur la guerre, sur leur situation concrète, sur les crises de désespoir et de nostalgie...

 

C’est l’engagement guerrier qui ouvre le film. L’enthousiasme du professeur. Qui annonce à la femme de service, tous deux en train de nettoyer l’école, le succès du jour : 30 prisonniers français, des Russes, beaucoup plus que ça !
Il ouvre la porte de l’école à deux battants, les troupes défilent dans l’enthousiasme populaire : le facteur annonce fièrement son départ, le lendemain, comme sergent de réserve ; la fleuriste est dévalisée de sa marchandise par les femmes qui jettent des fleurs aux militaires qui défilent...
Tout en suivant le défilé, la caméra entre, par un mouvement arrière, dans la salle de classe, se fixe, en légère plongée, sur le professeur devant le tableau noir aux écrits en latin et en grec. S’élargit ensuite aux deux fenêtres qui l’encadrent dans lesquelles le défilé se poursuit, la musique militaire couvrant ses paroles.

L’image se concentre, alors, sur le professeur, sur son discours, la musique militaire devenant inaudible. Il s’adresse à tous les élèves, les exhorte à l’engagement : l’un se voit arrivant chez lui en uniforme, au grand effroi de sa mère et à la joie fière de son père ; un autre s’imagine au volant d’un véhicule militaire entouré par deux jeunes femmes admiratives.

Puis le professeur, en gros plan, s’adresse à quelques uns nommément, l’œil menaçant, les provoquant personnellement, jusqu’à déclencher le volontariat de toute la classe. Cris, chants, un élève efface sur le tableau le latin et le grec et inscrit Nach Paris, (A Paris), les autres jettent les cahiers, l’école est finie comme pour des vacances, ils forment un monôme et sortent de la classe. Ils passent bruyamment devant les fenêtres.

La classe est vide. Les cahiers épars. Tout est dit. La culture, latin et grec confondus, cède face aux ardeurs belliqueuses. La guerre a déjà tout dévasté. Les élèves, dupés par leur professeur, partent insouciants. Ils n’en reviendront pas ou cassés. Physiquement. Psychiquement. Moralement.

C’est de cette réalité, de cette absurdité, la mort contre le service de la patrie, que les élèves devenus soldats vont prendre conscience au cours de leur séjour au front. C’est de l’écrasant mécanisme qui va les broyer dont le film va témoigner.

 

Dans les dernières pages du livre et les dernières images du film, Paul, le narrateur, meurt. Dans le livre, une simple notice : Il tomba, en avril mille neuf cent dix huit… Il était tombé, la tête en avant... Dans le film, Paul paie de sa vie une imprudence en essayant d’attraper un papillon. Trop belle image de la mort...
Mais alors que dans les feuilles précédentes, Paul confie et son désespoir, et la force de vie qui est en lui, la dernière image du film est une superposition de la deuxième compagnie qui monte au front, image déjà vue, et d’un cimetière militaire aux croix blanches, innombrables.


 

A l’Ouest, rien de nouveau

Bien sûr, livre et film montrent, tous deux, la misère, les souffrances, la présence de la mort, la peur, l’adaptation nécessaire pour la survie au prix d’un réalisme qui pourrait passer pour du cynisme – le passage des bottes devenues inutiles d’un soldat amputé à un autre qui les convoite puis à un autre après sa mort... Des discussions sur le pourquoi de la guerre, sur les responsables de cette tuerie. De l’inutilité de ce qui a été appris, hier à l’école, pour faire la guerre, et de ce qui est appris, aujourd’hui, pour survivre demain, la paix revenue. De l’impossible réadaptation des jeunes à la société civile, la paix revenue…

 

Des scènes sont communes au livre et au film, aussi dramatiques quand Paul poignarde un Français qui meurt lentement sous ses yeux, aussi poignantes quand il va voir sa famille, notamment sa mère gravement malade. Ou ridicules quand les stratèges de bistrot indiquent à Paul qu’il faut casser le front ennemi et foncer sur Paris.

 

Le livre aborde des sujets plus intimes, des réflexions personnelles de l’auteur sur les petits moments de bonheur, sur l’accoutumance à la souffrance, à la mort des autres, sur une confortable promiscuité insupportable dans la vie civile : latrines mobiles qui permettent de jouer aux cartes, scène d’amour à l’hôpital, sous la protection de ses camarades, d’un blessé que sa femme est venue voir…

 

Les scènes ajoutées montrent l’emprise de tous les instants de la machine sur les hommes, exercices, y compris brimades, de centaines de jeunes recrues dans une cour de caserne, l’agitation des troupes, infanterie et artillerie aux abords du front, attaques contre attaques, bombardements, vie dans la tranchée, qui font participer le spectateur à la guerre.

 

Dans le livre plus encore que dans le film, aucune haine contre l’adversaire, l'ennemi, le frère qu’il faut tuer pour survivre. Qui est peut-être mieux loti, français ou anglais, corned-beef, pain blanc, cognac... Qui est encore plus démuni, plus malheureux, prisonnier russe… mourant, vraiment, de faim…

 

La guerre, vue par les deux bouts.
La force brute de la machine qui blesse ou tue au hasard, qui asservit, à laquelle le soldat obéit, parce qu’il doit obéir, parce qu’il est devenu un automate.
L’horreur au ras du sol, ressentie au quotidien, les souffrances physiques et morales, la débrouille pour trouver à manger, les combines, pour une place aux cuisines, quelques cigarettes contre morphine pour le camarade qui souffre...


Quand nos partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes.

 

 

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A l’Ouest, rien de nouveau

1 - Erich Maria Remarque, né en 1898, de son vrai nom Erich Paul Remark, ne s’est pas engagé : il a été mobilisé en 1916, envoyé au front en 17 et blessé en juillet. Sa mère, s’appelait Maria, comme celle du héros du roman, Paul Bäumer, elle est décédée d’un cancer en septembre 17.

2 - Lewis Milestone (1895-1980) a obtenu en 1930, l’Oscar du Meilleur réalisateur pour A l’Ouest rien de nouveau qui a eu aussi celui du Meilleur film. Nominé aussi pour le meilleur scenario et la meilleurs photographie.
Lewis Milestone avait déjà eu en 1929 l’Oscar du Meilleur réalisateur de comédie pour Two Arabian Knights

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