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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 13:22

CHOCOLAT
ou 2 clowns pour le prix d’un

Ce film narre l’histoire, au tournant du 19° et 20° siècles, d’un duo de clowns, Footit et son comparse Chocolat (1), premier clown noir qui eut son heure de gloire, à Paris, avant de tomber complètement dans l’oubli.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Deux clowns pour le prix d’un, c’est ainsi que le patron et maître Jacques du Cirque Delvaux présente la première apparition de Footit et Chocolat sur la piste. Pour le film Chocolat, on pourrait dire deux films pour le prix d’un. En effet, Chocolat présente la vie du fameux clown dans l’atmosphère raciste de l’époque mais aussi l’histoire de son ambition, stimulée par son statut et conclue par l’échec : devenir un homme comme les autres.

C’est sous le nom de Kananga, que le héros apparaît dans un petit cirque où il est présenté comme le roi du pays des mille collines, chaînon manquant (sous entendu entre l’homme et le singe), avec ses cris gutturaux, ses roulement d’yeux, un fémur au poing, un collier de dents humaines, effrayant femmes et enfants et… gagnant de quoi vivre et perdre au jeu.

Après cette entrée spectaculaire, bien connotée, apparaissent les multiples facettes du racisme que subit le héros et auquel d’une certaine façon il se prête. Au cirque, avec ses camarades de jeu – tu finiras à poil comme en Afrique, en Afrique ce n’est pas avec des dés qu’on joue mais avec les os des blancs – plus subtil quand Georges-Footit qui va l’embaucher, lui demande avec une certaine bienveillance, en parlant du singe qu’il est en train de caresser : c’est un garçon ou une fille ?... Tu me comprends ? Un léger temps mort, Kananga se retourne, brutalement, poussant un cri menaçant, effrayant Georges et répond doucement c’est une femelle, on ne dit pas fille chez les singes.
Dans cette scène, l’image en 3 plans illustre la phrase du directeur du cirque sur le chaînon manquant : Georges au premier plan, le singe au fond et Kananga entre les deux.
Racisme inconscient accepté quand, sur l’injonction de Delvaux, – Kananga c’est bon pour un roi nègre, pas pour un clown – Georges le baptise Chocolat et lui explique son rôle dans le duo : tu es le pitre, l’idiot...


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Après avoir, pour gagner sa vie, joué les cannibales, il devient le partenaire de Footit et reçoit, tous les soirs, sa ration de coups de pied au cul qui vont satisfaire la clientèle et conduire le duo à une importante promotion : se produire dans le Nouveau Cirque à Paris. Où la bonne société se presse et où ils connaissent la gloire et, pour Chocolat, le même racisme ambiant auquel il sait répondre. Au Musée Grévin où il a sa statue de cire, des journalistes : Il paraît que vous ne savez pas écrire. Il paraît aussi que je suis incapable de faire rire. Comment se nomme votre prochain numéro ? C’est Guillaume Tell, un lointain cousin suisse. Mais nettement moins beau que moi… Et, dans la presse, Footit et son nègre triomphent au Nouveau Cirque.

Ce succès sur la piste le fait rêver de passer à la scène pour interpréter Roméo et Juliette que Camille, la jeune et belle écuyère du cirque Delvaux, lui a fait découvrir et qu’il a lu plusieurs fois. Victor, un Haïtien, compagnon de cellule, emprisonné pour propos subversifs lui conseille plutôt de jouer Othello qui n’a jamais été joué par un Noir en France.

Cette idée souterraine va rejaillir quand le duo est sollicité pour une campagne publicitaire où, sur un affiche pour le chocolat Félix Potin, avec un contrat fort lucratif, il va apparaître caricaturé, simiesque, à coté de Footit : Chocolat Félix Potin : battu mais content…

Magnifique. On est tous d’accord, se félicitent Georges, le directeur du cirque, le directeur de Félix Potin, sans demander son avis à Chocolat qui s’insurge : Vous faites de moi, une attraction, un animal de foire. Pourquoi vous me dessinez comme ça. C’est moi ? C’est mon visage ?

Sa révolte va se concrétiser sur la piste quand Chocolat donne un coup imprévu à Footit qui en tombe à la renverse, physiquement et mentalement. Chocolat, sous les éclats de rire : Eh oui M Footit, vous ne rêvez pas. Et en aparté. Tu vois, ça marche aussi dans ce sens ! C’est fini, Georges.
Il quitte, triomphant, la piste. Tandis que Footit, effondré, salue tristement et se retire vers les coulisses où la caméra l’attend, en contre-plongée, le montre désemparé, écrasé par la masse du cirque et des spectateurs hilares, sur les épaules.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

Pour être Othello, il joue, avec le directeur du Théâtre Antoine, de la couleur de sa peau - Qui d’autre que moi peut jouer Othello avec autant de réalisme. Il est présenté comme un Othello, plus vrai que nature à l’acteur qui va jouer Iago : avec lui, le public ne sera pas chocolat et trompé sur la marchandise.

Il a connu et connaît aussi le racisme dur, celui qu’ont subi ses parents à Cuba, la mère dans les champs de canne à sucre, le père serviteur, humilié, faisant le caniche, sous ses yeux ; son arrestation par la police parisienne, comme sans papier, sur dénonciation de son ancienne patronne ; le traitement violent par les policiers en prison qui le passent au balais brosse sous un jet d’eau pour lui montrer qu’il ne sera toujours qu’un négro.
Le racisme dur, institutionnel, lors de l’Exposition coloniale qu’il visite avec Marie et ses enfants où, devant le zoo humain, on entend la voix d’un guide : Vous êtes en présence de sauvages les plus primitifs... mission civilisatrice tandis que des enfants blancs jettent des pièces que se disputent les enfants exposés. Un jeune Noir, en colère, sort d’une case et interpelle, dans un champ-contre champ qui devient de plus en plus vif, un Chocolat muet, interloqué, dans une langue qu’il ne comprend pas, à coté d’un panneau : Défense de donner à manger aux indigènes, ils sont nourris.

Le plus douloureux est l’échec final dans son rôle d’Othello, hué, par un public raciste : scandaleux, reviens au cirque.
Fuyant alors le théâtre, il est rattrapé par une bande de nervis qui massacrent sa main droite, la main qui vient d'étrangler Desdémone, la femme blanche, la main du joueur qui n'a pas payé ses dettes : c’est celui qui a voulu jouer Othello, il en porte encore l’habit et  le joueur pour ses dettes de jeu, qui est puni.
Kananga-Chocolat, Rafaël Padilla, son véritable nom qu’il espérait pouvoir porter un jour, a définitivement perdu sur tous les plans. Il finit balayeur dans un cirque misérable, atteint de tuberculose, avant d’être arrivé à la cinquantaine.

Il n’a pas connu que le racisme. Il se sent bien dans le petit cirque Delvaux où il a connu l’amour de Camille qu’il oubliera en profitant de sa richesse nouvelle, des femmes, de la vie facile de Paris. L’amour aussi de Marie qui le soutiendra jusqu’au dernier jour, elle même en butte au racisme de la voisinetraînée - d’une cliente au marché – c’est la femme du nègre. C’est elle, infirmière qui a fait jouer le duo des clowns dans un hôpital pour enfants et l’a présenté à un directeur de théâtre qui accepte sa proposition de jouer Othello : C’est gonflé. C’est sacrément gonflé. Le rôle n’a jamais été tenu par un acteur de couleur... ce sera un sacré coup de projecteur pour le théâtre… Mais je compte sur vous pour le remplir, ce théâtre.

S’il veut jouer ce rôle, c’est qu’il l’a très bien compris que toute la pièce, c’est l’échec d’Othello à devenir un homme comme les autres. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est à quel point il est Othello : un homme peu accessible à la jalousie. Et qui, une fois, excité par elle a été entraîné jusqu’aux derniers excès.

Car dans son entourage, s’il y avait le racisme auquel il savait répondre, il y avait aussi la jalousie des ambitions contre laquelle il était moins armé. Et qui a, aussi, nourri son ambition.
Jalousie de Camille qui le voit partir avec Footit : C’est quoi ton vrai nomEt lui, pourquoi il ne s’appelle pas Farine ou Pot de chambre ? Fais gaffe aussi, tu n’es pas sa chose à Footit…
Jalousie d’un clown concurrent du Nouveau Cirque qui dévaste la loge du duo.
Jalousie de Georges, qui lui reproche
d’en faire un peu trop, voiture, costumes, ses retards, de négliger son travail pour faire le joli cœur avec Camille puis pour Marie, mais qui cache probablement derrière ces remontrances un penchant homosexuel – on le voit dans un bistrot refuser une proposition, plus tard, lisant un journal avec un ongle verni. Dans un dialogue où Marie est dans l’axe de la caméra et il n’est vu que dans un miroir, il avoue : Moi aussi, je l’ai aimé, nourri, choyé. On m’a regardé comme si j’avais perdu la raison... Tout ça, pour quoi ? Pour qu’il me lâche en peine course. Pour vous plaire. Pour faire le beau au théâtre...
Jalousie chatouillée par Victor, le Haïtien subversif, pour la bonne cause : C’est toi l’artiste qui se fait botter le cul tous les soirs par un blanc ?... Il a peur de te perdre ton Footit. Sans son faire valoir, sa victime préférée, il redevient banal, à pleurer.
Jalousie qui s’exprime finalement dans la colère quand il dit à Georges : quand on touche la paie. C’est toi qui empoche le double. Le double du négro et tu n’es même pas sur l’affiche.

Chocolat qui avait une idée en tête. Il voulait changer. Changer quoi ? J’ai voulu changer de peau, stupide négro. J’étais pas mauvais. Tu étais mieux que ça. Tu étais un prince. J’ai pas trop su aller plus loin. Ensemble, on était les rois. On n’avait pas de limite.
Il restera Chocolat. Avec une ambiguïté souriante, Victor lui avait dit que Chocolat était son identité dans cette société et qu’il était chocolat, pris au piège.
Phrase qu’il assume,
au moment de mourir, devant Georges : il était Chocolat, le grand clown mais aussi chocolat, la victime. L’aventure est finie. Il ne sera jamais reconnu comme Rafaël Padilla.


 

CHOCOLAT ou 2 clowns pour le prix d’un

1 – Chocolat, réalisé par Roschdy ZEM, 2016, 110 mn. S'inspire librement du livre Chocolat, clown nègre : l'histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française de Gérard Noiriel, Bayard 2012. Interprètes principaux Omar SY (Rafaël Padilla dit Kananga puis Chocolat), Jammes Thierrée (Georges Footit), Clotilde Hesme (Marie).

NB : Une scène du film montre les frères Lumière en train d’enregistrer le duo des clowns. La séquence authentique, filmée par les Lumière est projetée en fin du film.
Actuellement sur les écrans, on peut voir,
Lumière ! l’aventure commence. Un film de Thierry Frémaux qui présente 108 films de 50 secondes sur les plus de 1 000 réalisés par les frères Lumière et leurs opérateurs envoyés à travers le monde.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 13:20

Ce film (1), librement inspirée d’une histoire vraie relatée par Gérard Noiriel, fait revivre le premier artiste noir qui a conquis une certaine célébrité, à Paris, au tournant des 19° et 20° siècles puis est tombé dans l'oubli.


 

CHOCOLAT,  une homme oublié

A travers son scénario, ses dialogues, le jeu des acteurs, le film de Roschdy ZEM donne à voir l’état de la France à cette époque, 1897-1917, des limites qu’elle oppose à un Noir qui a quelques ambitions pour sortir de la place, limitée, qui lui est accordée quelle que soit sa valeur personnelle.

C’est l’époque de l’empire français, sur lequel le soleil ne se couche jamais, qui étale, avec bonne conscience, sa suffisance civilisatrice lors de l’Exposition coloniale avec son zoo humain… Une époque où triomphe un racisme polymorphe qui s’exprime dans le film, sous toutes ses facettes, depuis le racisme inconscient, pourquoi le clown noir s’appelait-il Chocolat et son partenaire blanc Footit et non farine ou pot de chambre comme le suggère sa petite amie du moment ? Jusqu’au racisme le plus dur, les policiers qui le passent au balais brosse sous un jet d’eau pour lui montrer que, quoi qu’il fasse, il ne sera jamais qu’un négro. En passant par le racisme bon enfant dont, astucieux, il sait se sortir grâce à son intelligence et ses bons mots.

Trois Noirs sont aperçus dans le film, tous trois sont assignés, enfermés dans un lieu précis : l’un en prison, pour idées subversives, qui préfère regagner Haïti, après avoir tâté du Paris de Liberté, Égalité Fraternité ; l’autre, temporairement, dans une case du zoo humain avant d’être renvoyé quelque part en Afrique, qui interpelle Chocolat dans une langue qu’il ne comprend pas ; Chocolat, clown sur la piste du cirque, le plus favorisé, contesté par les deux autres, le plus intégré, dans un rôle dont il ne sortira que pour son malheur.

Preuve d’une renommée certaine, une séquence du film montre le duo, Footit-Chocolat, filmé par les frères Lumières. Ce film, une séquence de 50 secondes, longueur maximale autorisée à l’époque par la technique des frères Lumières, est projetée à la fin du film (2).

La gloire acquise, dans un rôle assigné, clown de cirque, lui donne l’idée de faire du théâtre. Et il se sert du préjugé racial pour revendiquer le rôle d’Othello : qui d’autre que moi peut jouer Othello avec autant de réalisme. Paradoxalement, il veut incarner un Noir au théâtre pour ouvrir une brèche, comme le lui a soufflé Victor, le Haïtien, pour changer de peau… pour devenir aussi blanc que les blancs, pour échapper à la malédiction d’être né fils d’esclave.
Oubliant que l’art de l’acteur n’est pas d’être mais de paraître, de créer, que dans la tradition théâtrale les acteurs pouvaient avoir des masques, que les hommes ont longtemps joué des rôles féminins ou inversement, à l’époque de Chocolat, avec Sarah Bernhardt jouant Hamlet… Mais surtout que, si l‘époque pouvait faire une gloire à un Noir qui jouait les faire-valoir, à qui on bottait les fesses tous les soirs, qui faisait des grimaces et roulait de gros yeux, elle n’était pas prête à voir un Noir, incarner un personnage, même noir, du répertoire, quel que soit son talent d’acteur.

Le film ne fait pas seulement le portrait dénonciateur d’une société, d’une époque. Il montre aussi que Rafaël – Kananga - Chocolat est un homme complexe qui a une histoire avant, pendant et après la gloire : Rafaël, fils d’esclave ayant vu son père humilié à Cuba, Kananga, cannibale de cirque, aimé d’une jeune écuyère qu’il oublie dès qu’il arrive à Paris et qui, devenu le grand Chocolat, découvre la vie facile, les femmes, l’alcool et même le laudanum, et le luxe, tout ce que l’argent gagné peut lui procurer. Mais aussi, qui aime les enfants et est aimé d’eux. Qui aime, est aimé par celle qui l’aide à réaliser son rêve et le soutien contre amis et famille. Qui finit par se révolter contre son maître, celui qui lui a tout appris, celui qui ne l’abandonnera pas, celui qui l’aime d’amour ce dont il ne s’apercevra jamais.

Dans le film, certaines scènes semblent se répéter avec un éclairage différent.
Les gendarmes viennent dans le petit cirque : Kananga, sans papier, se cache sous une roulotte et ne voit plus son ami Georges que de pieds à la taille comme l’enfant Rafaël avait vu les gardes et leur fouet dans le champ de canne. Fausse alerte.
Mais quand, la police, vient
contrôler ses papiers devant le Nouveau Cirque. Le maintenant célèbre Chocolat leur demande s’ils viennent pour un autographe dans une image en contre plongée qui montre bien qu’il est, désormais, sûr de lui-même. Un peu trop. Il se retrouve en prison.
C’est l’enfant qui, timidement, touche son visage pour vérifier si sa couleur de peau n’est pas un maquillage pendant que Chocolat signe un autographe d’une écriture incertaine… Geste qu’il reproduit au Grand Cirque auprès d’un clown concurrent pour signifier son authenticité.

Il finit par reconnaître qu’il a été chocolat, qu’il n’a pas réussi à changer de peau, à être ce qu’il ambitionnait d’être mais que son nom était finalement Chocolat, celui d’un grand clown.

CHOCOLAT,  une homme oublié

1 – Chocolat, de Roschdy ZEM, 2016, 110 mn. S'inspire librement du livre Chocolat, clown nègre : l'histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française de Gérard Noiriel, Bayard 2012. Interprètes principaux Omar SY (Rafaël Padilla dit Kananga puis Chocolat), Jammes Thierrée (Georges Footit), Clotilde Hesme (Marie).

2 – Lumière ! l’aventure commence, de Thierry Frémaux, 2017, 90 min. Ce film présente 108 films de 50 secondes sur plus de 1 000 tournés entre 1895 et 1905 par les frères Lumière et leurs opérateurs dans le monde.

NB : article proposé à Agoravox. On trouvera sur ce blog un article plus détaillé sur le même sujet.

CHOCOLAT,  une homme oublié
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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 20:12

Guerres du Vietnam et d’Algérie
Deux films

 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

Vus par hasard à trois jours d’intervalle, deux films bien différents sur les guerres des États-Unis au Vietnam par un cinéaste étasunien (1) et de la France en Algérie par un cinéaste français (2).

Le premier est un film de guerre, classique, qui raconte un épisode d’après un fait réel qui s’est déroule en 1966.
Dans un bus, un homme jeune dévisage une jeune asiatique et s'endort.
Il se retrouve dans la guerre du Vietnam. Une permission de sortie ayant été refusée, son supérieur, un sergent, avec trois de ses hommes, enlève une jeune fille dans le but de la violer. Le héros du film ne cesse d'exprimer son désaccord jusqu'à se mettre en danger. Après qu’elle a été violée et blessée, il tente de la soigner mais ne peut la libérer. Au cours d’une attaque contre un groupe vietcong, ils l’assassinent. Le héros du film dénonce ces crimes malgré les tentatives de dissuasion de son commandement hiérarchique. Le sergent et ses complices sont condamnés en cour martiale.
Il
se réveille dans le bus et revoit la jeune asiatique qui a suscité ce retour dans le passé. Vous avez fait un cauchemar mais je pense que c'est terminé maintenant, dit-elle.
C’est la dernière phrase du film. Mais ce n’est terminé ni pour ceux qui ont été au Vietnam, ni pour ceux qui ont été en Algérie.

Le second est un documentaire fait d’entretiens avec des hommes qui, entre 1954 et 1962, ont participé à la Guerre d’Algérie, qui ont connu les tortures, les corvées de bois (exécutions sommaires de prisonniers lors de fuites simulées)… qui n’ont pu oublier et qui, au moment de toucher la retraite d’ancien combattant, décident, enfin, de parler et de donner leur retraite à des associations algériennes. A l’occasion de retours en Algérie, ils retrouvent des anciens combattants de l’autre bord et essaient de nouer une solidarité fraternelle.

 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

Les films étasuniens qui sont arrivés jusqu’ici et qui dénoncent la guerre du Vietnam sont bien plus nombreux que les films français sur la guerre d’Algérie. Les deux films ci-dessus montrent les difficultés que rencontrent ces jeunes de 20 ans mis dans des situations impossibles. Et tout le monde connaît les dégâts que cela a pu entraîner sur des générations. Le cas des Vétérans a été maintes fois signalé. Les témoignages en France sont plus rares, les appelés se sont très souvent enfermés dans le silence.

Les deux films parlent de responsabilité, de culpabilité ?, des blessures chez ceux qui ont participé à ces guerres mais de façon différente. Dans Casualties of War, il s’agit de jeunes engagés et l’épisode décrit est celui d’un sergent qui entraîne ses subordonnés dans une action criminelle. Dont un soldat au nom hispanique, probablement catholique qui avait promis de refuser. Par l’action du héros, luthérien, avec l’aide d’un aumônier méthodiste, le groupe sera condamné malgré les réticences de la hiérarchie, par le tribunal militaire.

Le héros du film n’a pu sauver la jeune vietnamienne. Celle qu’il voit dans le bus est-elle un reproche muet de son impuissance ? Par qui a-t-elle été sauvée ? Par l’État qui lui permet de faire des études sur un beau campus ? L’État sort totalement indemne de ce film.

Dans Retour en Algérie, il ne s’agit pas d’une bavure mais de pratiques couvertes, assumées par une hiérarchie, dénoncées seulement par le général Jacques de Bollardière (dont la femme témoigne dans le film), mis aux arrêts et condamné à 60 jours de forteresse. Il n’a jamais été réhabilité.
Pourtant
le général Massu, responsable de la bataille d’Alger, des années plus tard, a reconnu : on aurait dû faire autrement.

C’est ce que des milliers d’appelés ont essayé de faire à l’époque (3). C’est ce que certains d’entre eux essaient de faire aujourd’hui, regroupés en association (4)


 

Guerres du Vietnam et d’Algérie Deux films

1 - Casualties of War (Outrages) de Brian de Palma,1989, 113 mn, se passe en 1966. Ce film a eu une diffusion normale.

2 – Retour en Algérie de Emmanuel Audrain, 2014, 52 mn. Ce film, produit avec l’aide de France Télévisions, n’est passé sur aucune chaîne. Il est diffusé tous les samedis à 11 heures au cinéma Luminor-Hôtel de ville à Paris pendant les mois de février et mars.

3 – Le nombre d’insoumis, déserteurs ou objecteurs de conscience est estimé à 12 000.

4 - Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre (4acg) : association fondée par 4 appelés du contingent en 2004.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 23:32
Le Cercle des poètes disparus

L’arrivée d’un nouveau professeur de littérature anglaise dans l’école de Welton, dans le Vermont (États-Unis), réputée comme étant l’une des plus fermées du pays, va bouleverser le fonctionnement traditionnel d’une classe avec des conséquences dramatiques.
Le cercle des poètes disparus (1) est sorti en 1989. Les premières minutes du film décrivent la préparation et le déroulement de la cérémonie d’ouverture de l’année scolaire 1959. Cérémonie quasiment religieuse dans un bâtiment qui fait penser à un temple ou à un collège anglais, avec grands tableaux allégoriques édifiants… Dans le chœur siègent l’encadrement et le corps professoral. Dans la nef, élèves et parents. Tandis qu’arrive la procession de trois jeunes et nouveaux élèves, suivis de plus anciens avec bannières proclamant les valeurs de l’école, Tradition, Honneur, Discipline, Excellence, un sonneur de cornemuse en kilt et un membre de l’administration porteur d’une bougie, Lumière du savoir, qu’il va transmettre à un jeune et nouvel élève qui, lui même…
Le directeur délivre son message sur l’excellence de son établissement qui ravit les parents assurés qu’ils ont fait le bon choix en confiant leur progéniture à cette école : 75 % d’admissions aux universités de l’Ivy League, les plus prestigieuses des États-Unis… Et annonce que M. Keating, le nouveau professeur d’anglais, ancien brillant élève de Welton, venant de l’université de Chester à Londres remplacera son prédécesseur parti à la retraite...

Dernières salutations, derniers conseils, dernières mises au point. Les élèves s’égaillent dans leur chambre, les anciens se retrouvent, avec les nouveaux, allument des cigarettes, parodient la cérémonie : Travesti, Horreur, Décadence, Excrément… Contestation potache, le moule n’a pas encore fait totalement son effet... Mais le père de Neil revient pour lui rappeler qu’il ne peut s’écarter du chemin qu’il a tracé pour lui.

Dehors, la campagne est belle, vêtue des couleurs de l’automne, parcourue par d’innombrables oiseaux qui virevoltent, libres. Leurs cris se mêlent à ceux des élèves qui, dedans, presque aussi nombreux, parcourent bruyamment la « cage » d’escalier. Prisonniers. De l’ambition de l’école et de leurs parents. Vus en contre plongée. Ici c’est la caméra qu virevolte. Comme elle virevolte quand les élèves sautent d’un lit à l’autre se poursuivant pour une feuille, un essai d’écriture d’un poème, dérobée.

Si des activités extrascolaires sont nombreuses – journal, jeux d’échecs, escrime, bicyclette, fléchettes, expériences scientifiques personnelles – le but de l’école est de transmettre le maximum de connaissances, « le reste viendra ensuite » dit le directeur M.Nolan.

Le Cercle des poètes disparus

Alors que les trois professeurs classiques, entrevus, font leur cours debout au milieu des élèves assis à leur table, imposent le travail, l’ennui, la discipline menaçante, le nouveau professeur les amène en bras de chemise, sifflotant, dans le hall de l’école. Professeur et élèves, également dominés et réduits par la puissance de l’établissement et la force de la vue plongeante du haut de l’escalier, annonce de leur écrasement.

Face aux photos des générations précédentes et glissé au milieu des élèves, le nouveau professeur fait entendre la voix de ces anciens qui ont, eux aussi, été jeunes et ambitieux, qui maintenant nourrissent les vers… Keating leur prête sa voix : carpe diem… profitez du moment... soyez extraordinaires… Avec l’espoir d’encourager le refus du conformisme, l’épanouissement des personnalités, le goût de la liberté… Ce qu’il essaie de faire, aussi, à travers diverses activités, peu habituelles pour un professeur de lettres : arracher la préface de leur livre de littérature due à un éminent professeur, marcher dans la cour pour trouver sa voie, monter sur la table pour voir le monde sous un autre angle, jouer au football pour l’émulation, réciter son propre poème face à la classe…

Le plus souvent filmé parmi les élèves, à leur niveau, Keating les oblige à s’approcher de lui quand il parle : dans le hall - face aux photos -, dans la classe – quand il leur glisse qu’on fait des poèmes par amour, parce qu’on est membre de l’humanité - , dans le pré quand il révèle le cercle des poètes disparus......

Ayant fouillé dans les archives de l’école, les élèves découvrent en effet que M.Keating, élève, était, à son époque, l’animateur du cercle des poètes disparus, romantiques qui se réunissaient dans une grotte des environs. Ils se retrouvent à sept, pour redonner vie à ce cercle, dans cette grotte inspirée, caverne de Platon ? Contre-image de l’école-temple ? Foyer de créativité ?

Dans cet espace restreint, secret, ils vont recréer les vieux rites, fumer, boire, pique niquer, raconter des histoires, réciter des poèmes, jouer du saxophone, faire venir des filles… goûter à la liberté clandestine. C’est dans cet espace libéré que trois d’entre eux puiseront le courage de dévoiler et d’assumer leur rêve.

L’un décide de se déclarer, avec risques, à la plus belle fille jamais vue… Quand il enfourche la bicyclette pour aller la rejoindre dans l’école voisine, follement, à travers près, il soulève des nuées d’oiseaux qui témoignent de la liberté conquise…
C’est là que le plus brillant d’entre eux, qui été à l’initiative de ce nouveau cercle des poètes disparus, annonce sa décision de devenir acteur envers et contre tout.
C’est dans
cette grotte qu’un autre annonce qu’il a publié, dans le journal de l’école, un article non autorisé, signé le cercle des poètes disparus et qu’il assumera sa vocation de poète en prenant le nom de Nuwanda.

Dans la grande salle voûtée de l’établissement où s’était déroulée la cérémonie d’ouverture emplie de parents satisfaits, de jeunes assurés ou inquiets devant l’année nouvelle, dans cette salle sont solennellement réunis tous les élèves de l’établissement. Là où le défilé de quelques élèves avait rempli de sympathie heureuse l’assistance au son de la cornemuse, déboulent le directeur et tout l’encadrement avec la détermination bruyante d’un commando. Menaçant. Pour connaître l’auteur de l’article non autorisé.
Un téléphone sonne,
Nuwanda se lève, annonce une communication téléphonique pour le directeur ! Dieu demande la mixité dans l’école ! Châtiment corporel et expulsion seront la réponse.

Le combat le plus dur, qui finira mal, est celui de Neil qui veut devenir acteur contre la volonté non de l’établissement mais de son père, rigide, inflexible, qui veut en faire un médecin. La royale couronne de théâtre sera sa couronne d’épines.

Ce film, enlevé, dramatique mais réjouissant, se déroule en 1959, bien avant la révolte estudiantine de 1968 qui a aussi commencé en France autour d’une revendication de mixité. Mais ici, la révolte ne touchera que la moitié des élèves d’une classe et tout rentrera, pour cette fois, dans l’ordre. Avec cependant de graves dégâts...

Sorti à une époque de forte contestation de l’enseignement traditionnel, le film a reçu un bon accueil auprès de la critique et du public.

Le Cercle des poètes disparus

1 - Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society), Réalisation : Peter Weir, Scénario : Tom Schulman, Musique originale : Maurice Jarre, États-Unis, 128 mn, 1989, ressorti en 2004

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 09:58

Le Troisième Homme est, dans mon souvenir, un très beau film policier, en noir et blanc, illuminé par le visage, le sourire d’Orson Welles et porté par un air de cithare.

C’est d’ailleurs, la cithare et son jeu de cordes qui ouvrent le générique avec l’air qui accompagnera le film tout au long. La Vienne de 1948 où se déroule l’histoire, est présentée dans un montage rapide, accompagné d’un commentaire : à moitié détruite, Vienne a perdu sa splendeur d’avant guerre, son indépendance, son unité, démembrée, divisée en secteurs sous l’autorité des forces d’occupation étasunienne, britannique, russe et française et livrée à des trafiquants sans scrupules qui profitent des pénuries et jouent de la division des autorités.
Cette Vienne de l’après-guerre est peut-être le personnage principal du film. Une Vienne qui enferme les personnages dans ses filets et dont les quelques rares habitants aperçus sont réduits au rôle de passants, de figurants.


 

 

Le Troisième Homme

C’est dans cette ville-piège, partagée en deux camps, que débarque l’innocent, le naïf Holly Martins (Joseph Cotten), auteur de romans populaires, qui vient retrouver son vieil et fascinant ami, Harry Lime (Orson Welles) qui lui a promis un emploi.
Malheureusement, il arrive le jour de
son enterrement, victime d’un accident de voiture devant son domicile.

L’accident s’est produit en présence de deux amis de Harry, Kurtz et Popesco, qui ont transporté son corps. Sur les lieux, Kurtz raconte les circonstances de l’accident. Au moment de se quitter, ils croisent un policier autrichien qui fait sa ronde banale, passant entre les deux amis de Harry, séparant le bien et le mal. Popesco confirme, un peu plus tard, le récit de Kurtz. Mais d’après le gardien de l’immeuble, trois personnes ont transporté le corps de Harry.
Cette contradiction rend l’accident rapidement suspect à Holly Martins et le pousse à la recherche de ce Troisième homme. Contre la police qui soupçonne son ami d’être à la tête d’un trafic criminel, il entreprend sa propre enquête en interrogeant les quelques amis de Harry, entrevus au cimetière. Pour établir la justice.

Jusqu’au coup de théâtre. Un soir, sortant un peu éméché de chez Anna Schmidt (Alida Valli), l’amie de Harry, il aperçoit un homme qui se cache dans l’embrasure d’une porte, avec un chat à ses pieds, le chat qui, d’après Anna, n’aimait que Harry. Suite aux interpellations tapageuses de Martins, une fenêtre s’allume, éclaire furtivement le visage de l’inconnu : Harry. Martins s’élance, une voiture passe. La porte est murée. Harry a disparu. Harry qu’il finira par retrouver.

Ce film noir où humour et cynisme se côtoient, pose la question de savoir qui est bon et qui ne l’est pas, que peut l’amitié ou l’amour face à la découverte du pire. Le major Calloway (Trevord Howard) et Anna conseillent à Martins de ne pas s’occuper de cette affaire qui ne peut rien apporter maintenant à Harry, décédé.
Tout au long du film qui se déroule essentiellement la nuit et, dans la journée, souvent en intérieur, l’angoisse naît des sous-entendus menaçants de quelques conseils des amis de Harry. Du dialogue de Martins avec Harry retrouvé, en haut de la Grande roue où les propos de Harry laissent percevoir à la fois ses sentiments et son cynisme effrayant.
Surtout
l’atmosphère du film est créée, dès le début, par la silhouette des amis de Harry, les expressions du visage et le regard de Kurtz, le décor de l’appartement du Dr Winckel, les cadrages débullés, des lumières et des ombres, de l’ombre du marchand de ballons, les places et les rues désertes aux pavés luisants, les visages en gros plans, inquiets ou inquiétants des quelques Viennois, les multiples canaux des égouts d’où viennent des voix ou des aboiements qui se referment sur un Harry aux abois. Du sourire séduisant, narquois, menaçant, sûr de lui-même et finalement vaincu et consentant.

Le Troisième Homme

Harry Lime est le troisième homme qui donne son sens, son intensité au film par le manque que crée son absence pendant la première heure du film, et l’éclat de son apparition dans une embrasure de porte et de sa présence imposante dans la suite du film. Il est le personnage vers lequel convergent tous les autres : le moteur du groupe criminel avec Kurtz et Winckel (et Popesco et ses deux hommes de main) ; le séducteur d’une amitié de vingt ans de Martins et de l’amour d’ Anna ; la cible de l’enquête policière de Calloway (qui a son portrait sur sa table comme Montgomery avait celui de Romel) et du sergent Payne son adjoint (Bernard Lee). Tous en sont marqués.

Dans le parallélisme entre l’amour de Anna et l’amitié de Holly, c’est l’amour qui domine. Lors du premier enterrement de Harry, Anna s’en va sans jeter un peu de terre sur le cercueil comme si elle sentait qu’il n’est pas là. Tandis que Martins fait le geste traditionnel avant les complices de Harry qui savent. Lors du second enterrement, elle accomplit le geste. Malgré la gravité des crimes qu’elle connaît maintenant, un lien demeure avec Harry tel qu’il était. Martins ne le fait pas. Ce geste était naturel quand Harry était son ami. Il ne l’est plus. Il assume sa rupture, sa trahison.
Pourtant si Harry n’avait pu être là au moment de l’arrivée à Vienne de son ami, il avait organisé sa prise en charge, il pensait à lui pour un emploi, confiant, il s’est rendu aux deux rendez-vous que lui a proposés Martins. Le second lui a été fatal.

Visage lumineux d’Orson Welles, dominateur et angoissant en haut de la Grande roue ; vaincu, au sourire toujours ambiguë, devant la mort, dans un égout sans issue. Harry, le seul aimé d’amour et d’amitié, finalement trahi et puni par son plus vieil ami. Harry Lime, finit seul. Nous l’aimions tous les deux, qu’avons nous fait pour lui, dit Anna.

Après l’enterrement, Anna avance dans l’allée du cimetière, aux arbres nus d’où tombent les dernières feuilles d’automne, passe devant Martins qui a trahi pour lui rendre la liberté, et devant nous, sans un regard, quitte le cimetière. Seule devant un mauvais choix : refuser les papiers qu’elle peut récupérer et être expulsée ou les accepter et repartir avec Martins, éventuellement. Récompense d’une trahison qu’elle n’a pas commise.


 

1 - Le Troisième Homme (The Third Man) de Carol Reed, sur un scénario de Graham Greene, tourné en1948 à Vienne, sorti en 1949, Grand Prix au Festival de Cannes, avec une musique, Thème d'Harry Lime, composé et joué par Anton Karas. Avec Joseph Cotten (Holly Martins), Orson Welles (Harry Lime), Alida Valli (Anna Schmidt), Trevord Howard (major Calloway), Bernard Lee (sergent Paine).

Le DVD du film existe avec un bonus fort intéressant.

Le Troisième Homme de Graham Greene existe en Livre de Poche




 

Bonus

Comme dans le jeu du cadavre exquis (1), les trois premiers films vus dans le cadre du Cercle des Chamailleurs (2), choisis indépendamment par trois personnes, ont étrangement des parentés et des différences qui enrichissent la vision de chacun grâce aux deux autres.

J’avais oublié La fiancée du pirate, je me souvenais de Miracle à Milan, de toute l’histoire, presque image par image. Le Troisième homme, vu deux fois dont une, à Vienne, à quelques pas de la Grande roue où nous étions montés, restait, dans ma mémoire, comme un film noir, illuminé par le visage d’Orson Welles et la musique du film.

1 - Les trois sont historiquement situés mais de façon bien différente.

La fiancée du pirate, film sorti en 1969, s’inspire nettement de l’esprit de 1968 même s’il n’en montre pas une image et n’en parle jamais. Tout au plus, peut-il être situé dans le temps, notamment, par la feuille de journal sur la contraception affichée sur la porte de la cabane de Marie. Cet esprit 68 explique, en partie, l’accueil qu’il a reçu à sa sortie notamment dans le mouvement des femmes.

Le troisième homme, sorti en 1949 et Miracle à Milan, sorti en 1959, sont des films de l’après guerre.

Le premier se passe dans la Vienne occupée par les quatre grandes puissances et livrée à tous les trafics. Avec des gens qui essaient de survivre grâce à ces trafics dont certains criminels. La fin du nazisme n’est pas la fin du cynisme. Une intrigue policière.

Milan est le cadre du second. Essentiellement un bidonville de Milan dont la cathédrale, reconnaissable, n’est vue que lors de la scène terminale : l’envol des pauvres pour le pays où bonjour veut dire bonjour. Ici, c’est l’humanité des pauvres qui est montrée, toujours dans la misère plus de dix ans après la fin de la guerre, tandis que les riches étendent leur empire avec la complicité des forces de l’ordre et se disputent la suprématie. Un conte néo-réaliste et utopique.

2 - Ces trois films sont aussi bien différents dans la forme.
Miracle à Milan, un conte de fées, dans la grisaille de l’hiver et de la misère : seule la neige est blanche, un rayon de soleil réchauffe momentanément un espace où se précipitent les pauvres… Une comédie dramatique où la seule chaleur véritable vient de la solidarité, de l’optimisme et du sourire de Toto il buono.

La fiancée du pirate, un film satirique, en couleur, sur la noirceur d’un monde paysan agité par la vitalité de Marie et la beauté des différents visages de Bernadette Lafont.

Le troisième homme, film policier, en noir et blanc, la nuit, avec lumières et ombres, gros plans de visages inquiétants. Harry Lime, personnage essentiel, n’apparaît que tardivement : lumineux au sourire narquois, la nuit, dans l’embrasure d’une porte-murée ; dominateur et angoissant en haut de la grande roue ; vaincu, demi sourire toujours aussi ambiguë, devant la mort, dans un égout sans issue.

Le Troisième Homme

3 - Les trois films sont intéressants par leur construction cinématographique.
En quelques minutes, les premières images de Miracle à Milan donnent à voir la naissance de Toto, sa première éducation au bonheur : par de brèves scènes attachées les unes aux autres par des fondus enchaînés qui se recouvrent par le son ou par l’image. Puis, ses premiers malheurs et devenu adulte son accueil solidaire chez les pauvres dans un monde par ailleurs indifférent. Le personnage est posé, son histoire peut commencer.

Les trois premières minutes de La fiancée du pirate annoncent tout le film en deux longs mouvements de caméra qui montrent le milieu terne, paysage et ferme, dans lequel les personnages médiocres vont être perturbés par la prise en main de sa vie par la belle Marie.

Après un générique sur fond de cithare, la Vienne du Troisième homme est présentée, sous la neige, avec ses bâtiments somptueux et ses ruines, ses troupes d’occupation et ses trafiquants, dans un montage rapide, accompagné d’un commentaire qui surplombe les images et leur rend une certaine unité. Cette Vienne de l’après guerre et qui enferme les personnages dans ses filets.

4 – Les conflits

Un conflit de classe. Les pauvres de Miracle à Milan s’envolent, tous ensemble, vers le pays où bonjour veut dire bonjour. Encore dans l’utopie, l’espérance sociale, finissante ?, de l’après guerre.

Un conflit libérateur contre une mini-société paysanne. Méprisée. Dans l’esprit libertaire d’un certain mai 68, Marie de La fiancée du pirate s’éloigne, jeune et belle, sur la grande route de l’espoir, échappant à son milieu et au spectateur, par une journée printanière, vers un destin nomade, peut-être à deux.

 

Le Troisième Homme

Un conflit destructeur entre société et trafiquants. Dont Anna fait les frais. Dans une allée de cimetière, elle s’avance et passe devant nous sans un mot, sans un regard pour celui qui a trahi pour lui rendre la liberté. Elle est seule. Sinon sans avenir, du moins sans espérance.

5 – Un thème musical soutient les trois films. Dont deux ont connu un grand succès. La cithare du Troisième homme, je m’balance de La fiancée du pirate, chanté par Barbara.


 


 

1 – Cadavre exquis : jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes.

2 – Le Cercle des Chamailleurs, un groupe d’amis qui se réunissent une fois par mois pour discuter d’un sujet, d’un livre, d’un film…

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 12:54

 

Dans La fiancée du pirate (1) réalisé par Nelly Kaplan, sorti en soixante-neuf, une jeune femme se libère des dominations de l’Église, de l'exploitation par les hommes et même de la sorcellerie.

 

La fiancée du pirate

Les trois premières minutes. Dans la grisaille de l'aube, le clocher qui domine le village s’éloigne lentement et, pendant le générique, la campagne, une prairie avec une barrière... Un bouc passe... Deux silhouettes se rapprochent, toutes deux en uniforme, le père en facteur, avec son fusil de garde-champêtre, le fils, en scout… Ils voient le bouc, le chassent avec des pierres... Et continuent leur chemin.
Dans la cour de la ferme, au sol détrempé, un tracteur, un hangar, des volailles, des vaches, des bidons de lait, la maison en pierres, Marie (Bernadette Lafont) avec un seau qu’elle remplit à la fontaine, prend une serpillière, entre dans la maison et se met à nettoyer le sol, à quatre pattes sous le regard du Vieux, dans son lit, une photo de militaire au mur et une croix, en train de manger sa soupe qui coule de la bouche. Il ne quitte pas Marie des yeux une seule seconde, et ses belles fesses...
Derrière elle, apparaissent deux jambes bottées d’un paysan qui s'approche (elle l'a vu car comme sa mère, elle a, bien sûr, des yeux dans le dos), s’accroupit, la prend par la taille. Elle continue son travail, indifférente. Il lui parle de la nuit prochaine…
Le Vieux ne peut en supporter plus, balance son assiette dont le bruit fait descendre Irène, la patronne, de l’étage. Elle invective Marie qui ne bronche pas, soulève son visage avec sa botte de cuir, donne un coup de pied dans le seau qui arrose Marie et s'en va…

Tout est dit : poids de l’église, sorcellerie, uniforme, exploitation sociale et sexuelle.

Marie et sa mère sont arrivées, nomades, sans papiers, dans le village quand elle était toute petite. Elles ont été exploitées. Elle est devenue une belle fille. Maintenant, elle travaille chez Irène, la plus grosse propriétaire terrienne de Tellier. Elle est l’objet sexuel des hommes du hameau. Et même d’Irène.

Jusqu’au jour où sa mère meurt, victime d’un chauffard. Elle hérite d’un peu d’argent et va se venger. Pour Nelly Kaplan c'est « l'histoire d'une sorcière des temps modernes qui n'est pas brûlée par les inquisiteurs, car c'est elle qui les brûle ».

 

De ce jour, elle prend sa vie en main. Et d’abord, elle organise l’enterrement de sa mère. Contre l’adjoint Le Duc, contre l’abbé qui ergotait sur l’absence de certificat de baptême mais qui ne peut supporter l’enterrement hors les murs du cimetière.
Elle dit à chacun ses vérités : comment ils les ont traitées à leur arrivée, exploitées. Ce qu’ils disaient de sa mère : folle,
nomade, sorcière… Irène la ramène pour la nuit chez elle, lui retire la tasse de café qu’elle vient de lui offrir, pour lui faire l’amour.

 

Elle achète victuailles, alcool, bougies... chez Félix, café-épicerie. La nuit, elle fait manger, boire surtout, les hommes qui ne pensent qu’à une seule chose, et les utilise pour creuser la tombe, à coté de leur cabane, à l’endroit qu’elle a choisi mystérieusement.

 

Désormais, il n’y aura plus droit de cuissage ouvert à tous. Mais le même tarif pour tous. Avec l’argent gagné et la complicité d’André, client intermittent et amant de cœur, exploitant de cinéma ambulant, elle va, peu à peu, équiper sa cabane, construire avec les objets inutilement achetés son jardin idéal. C’est elle qui décide. Réduit le facteur au voyeurisme et au fétichisme d’une culotte volée. Le seul homme qui lui propose le mariage. Le seul quelle rejette constamment, pour son uniforme ? Son arme ? Ses opinions ? Et déniaise son fils.
C’est elle qui fixe et augmente les tarifs à sa guise. Et fait céder l’opposition concertée qu’ils essaient d’organiser. Par provocation, gratuitement, devant Le Duc et Félix, elle fait l’amour,à un ouvrier agricole étranger, impécunieux, encore un sans papier ? Ce que vous ferez au plus petit d’entre le miens, c’est à moi que vous le ferez. Et ce plus pauvre s’appelle Jésus ! Double blasphème.


La fiancée du pirate est un film de l’après 1968. Burlesque par le ridicule des personnages. Féministe, libertaire mais aussi un peu méprisant pour ce monde de cul-terreux de toute classe, odieux, hommes et femmes, riches et pauvres, obsédés, à la sexualité bestiale. Marie les punit tous parce qu’ils les ont faites souffrir, elle et sa mère. Le plus puni, est l’ouvrier agricole qui est licencié à cause d’elle et réduit à la mendicité. Seul échappe au jeu de massacre, André qui ne fait que passer dans le village, client et ami fidèle, amoureux discret. Et Victor, un commerçant de la ville chez qui André l’a amenée pour faire des courses.

 

Marie évolue, un peu rapidement, de la fille apparemment simple et soumise, à la jeune femme, avertie, se jouant des uns et des autres par ses réparties et ses stratagèmes, ignorante des choses élémentaires de la vie moderne et s’adaptant facilement au maniement des objets, du tourne disque avec la voix de Barbara, moi j’me balance (2) qui accompagne le film, au magnétophone. Au courant de la contraception et du traitement des maladies vénériennes. Et surtout experte dans le maniement de la parole et des hommes.

 

Marie aux multiples visages. De la belle servante de ferme à la beauté amoureuse, de la blancheur spectrale à la brune beauté fatale maquillée aux fruits rouges et au noir de fumée, envoûtante pour les hommes. Possédée, peut-être...
Le bouc diabolique qui passe, seul, dès les premières images, que chassent le facteur et son fils, le bouc du médaillon, le bouc auquel elle adresse ses seuls mots d’amour, qu’elle bichonne, qu’elle lave. Que le facteur-garde champêtre tue. Et pour lequel elle demande une messe au curé. Provocation certes... La chauve-souris clouée sur une planche où elle accroche ses montres trophées...

Marie, maquillée, au regard noir et fixe quand elle brûle sa cabane. Visage beau et tragique, derrière un rideau de flammes et de fumée, comme sur le bûcher. Ce sont Marie, la sorcière, et la maison qui brûlent et disparaissent.
 

Même si son œuvre ne se termine qu’à l’église, un dimanche pendant la messe, au moment où elle dépose, devant la statue de sainte Sarah, la patronne des communautés gitanes et… de Tellier, le magnétophone qui va diffuser, à toute l’assistance, les déclarations faites par les hommes en visite, sur leur femme ou proposition de marché ou les propos de l’abbé sur ses ouailles.
 

Délivrée enfin de son passé, Marie peut quitter Tellier. Elle passe le panneau Limite de stationnement des nomades, voit l’affiche annonçant la projection dans la région de La fiancée du pirate. Elle hésite et s’en va, seule sur la route, vêtue de blanc comme une jeune fille, se débarrasse de ses chaussures et avance pieds nus.

 

La route de la vie, de la liberté est devant elle, longue et droite entre les arbres. Fille nomade, va-telle rejoindre André et son cinéma ambulant ?

 

1 – La fiancée du pirate, film de Nelly Kaplan, 1969, 108 mn, avec Bernadette Lafont, Georges Géret, Michel Constantin, musique de Georges Moustaki, chanson interprétée par Barba ra. Film difficile à trouver en DVD, visible sur You tube.

2 - Moi, je m’balance : http://www.lyricsmania.com/moi,_je_me_balance_lyrics_barbara.html

 

La fiancée du pirate

16/11/15 : J’ai paris depuis que brûler son campement quand on le quitte était une tradition des Roms. Marie met le feu à sa cabane avant de partir et assume par là sa filiation nomade.
Par contre, elle laisse intact son
jardin idéal qui rappelle le facteur Cheval ou l’art brut et ce sont les gens du village, furieux, qui le détruisent avec rage. Exclus de ou refusant la modernité, consommation ou art ?

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 22:40

Miracle à Milan

Miracle à Milan (Miracolo a Milano), 1951, Grand prix à Cannes la même année (La Palme d’or n’existait pas de l’époque) est un film de Vittorio de Sica d’après un roman de Cesare Zavattini, Totò il buono de 1943. De Sica, comme réalisateur, et Zavattini, comme scénariste, ont réalisé ensemble plus de vingt films et font partie du néo-réalisme dont l’histoire s’étend de 1943 à 1955.

Miracle à Milan

Pour Cesare Zavattini, un de ses théoriciens, le néoréalisme veut faire reconnaître l’existence et la peine des hommes, dans leur dure réalité, afin de correspondre à l’appel qui est fait par les victimes de notre égoïsme, appel qui rend toujours plus urgent la demande de solidarité.

Parmi les films néoréalistes les plus célèbres, Roma, città aperta (Rome, ville ouverte), 1945, de Roberto Rossellini, Sciuscià, 1946, de Vittorio de Sica, Païsa de Rossellini, 1946, Ladri di biciclette (Le voleur de bicyclette), 1947, de Vittorio de Sica, Caccia tragica (Chasse tragique), 1947, de Giuseppe De Santis, La Terra trema (La terre tremble), 1948, de Luchino Visconti.

Néoréaliste, Miracle à Milan veut montrer la peine des hommes…. victimes de notre égoïsme… et la nécessaire solidarité. Mais c’est aussi une fable, un conte (il était une fois...) et il ne faut pas chercher dans ce film la vraisemblance, il faut voir la réalité à travers la fable, le conte.

Par opposition aux films du temps de Mussolini, dits des téléphones blancs, les films néoréalistes étaient tournés dans la rue avec des acteurs non professionnels. Ici, les acteurs sont des professionnels qui ont, quelquefois, beaucoup joué au cinéma avant Miracle à Milan et le film a été tourné en studios.

Film inoubliable, vu pour la première fois, il y a 50 ans en ciné-club. Seul souvenir précis, René Nelli avait fait remarquer que, dans la dernière scène, les « zonards » s’envolent sur les balais suivant l’axe de la cathédrale de Milan et donc vers l’est. Vers Jérusalem ? C’était un film chrétien. Vers Moscou ? C’était un film communiste…

C’est plus probablement un film chrétien, on pourrait même dire franciscain. Bien qu’on ne voie dans le film, à part la cathédrale finale, aucun prêtre, aucun signe religieux, en réalité un signe de croix non significatif. Seulement des anges (?), plutôt défenseurs de la loi et l’ordre : ils respectent même les indications de l’agent qui règle la circulation !

Miracle à Milan

Au contraire, Totò, est bon, naïf, de bonne foi, toujours en compréhension, en confiance, avec les gens qu’il rencontre, riches ou pauvres. Il pousse par l’exemple à l’organisation des pauvres, à la solidarité. Il met les pouvoirs que lui confère la colombe donnée par sa mère, Lolotta, au service de la résistance non-violente ou presque de ses compagnons et exauce leurs vœux personnels...

Il fait preuve d’empathie avec les enfants, avec les cabossés de la vie… Totò ne juge pas ou rarement. Il a même une certaine référence naïve devant les riches à la sortie de l’opéra où il est le seul à applaudir, devant le couple bourgeois et hautain qui est obligé de venir se réfugier dans le bidonville où ils montrent qu’ils savent encore exploiter la jeune servante et la naïveté des gens…

Le film est découpé en plusieurs épisodes, la jeunesse de Totò, rapidement décrite, la reconstruction du bidonville dans la solidarité, la lutte plus ou moins animée contre le propriétaire du terrain et ses troupes, la satisfaction des désirs des gens de la zone, la défaite et l’envol final de tous les compagnons.

La liaison, entre ces épisodes et entre les scènes, est souvent faite de raccourcis rapides, menés en douceur par fondu-enchaîné et annoncés ou accompagnés sur la bande sonore par le sifflet du train, des paroles, des cris, de la musique.
Par exemple, deux médecins, en noir, dignes de Molière, encadrent Lolotta, dans son lit blanc, et prennent son pouls. On les entend encore compter alors que, par un fondu-enchaîné, Totò prend place, seul derrière le corbillard de sa mère.

Ces deux médecins en noir annoncent l’entrée du petit Totò, sept-huit ans, à l’orphelinat, minuscule entre deux hommes habillés en noir. Qui ressort immédiatement, âgé de 18 ans, encadré par deux hommes qui lui serrent la main et le laissent partir, seul avec une petite sacoche. A l’entrée comme à la sortie, on voit au fond, le porche de l’orphelinat avec les mêmes pensionnaires, faisant la même gymnastique.

La seule personne rejetée par tous, y compris par Totò, c’est Rappi, joué par Paolo Stoppa, égoïste, méprisant, traître... que Totò ridiculise comme il ridiculise l’armée, la police... Il le chasse de la zone poursuivi par une flopée de hauts de forme…

Dans ce film sur la misère, les occasions de rire ne manquent pas : les deux médecins en noir, ridicules, prenant le pouls de Lolotta ; dans l’antre du capitaliste, un homme suspendu, dehors, à la fenêtre, donne le temps qu’il fait pour que le patron mette un foulard autour du cou ; dans la baraque des bourgeois du bidonville, l’enfant est attaché au bout du cordon de la sonnette et crie qu’il y a quelqu’un quand il est secoué ; rencontre des deux capitalistes au moment du marchandage pour le rachat du terrain sur lequel est le bidonville, la négociation est faite de propositions contradictoires et ils finissent par aboyer sous les regards des zonards qui font la même chose ; la jeune servante qui pour récompenser Totò de l’avoir soutenue face à sa patronne en disant qu’il aime être arrosé, lui verse à nouveau un seau d’eau sur la tête ; le marchand de ballons un peu trop léger, à qui Totò donne un sandwich tandis qu’on met des pierres dans ses poches pour qu’il ne s’envole pas…

Mais c’est surtout quand il est pourvu de pouvoirs exceptionnels par la colombe que Totò organise la résistance pacifique de la zone face aux militaires, en les ridiculisant, sans violence : les gaz lacrymogènes repoussés par les zonards qui soufflent, les ordres d’assaut donnés sur un air d’opéra, les parapluies face aux lances à eau qui se tarissent rapidement, le terrain qui devient une piste de patinage sous les pieds des policiers…

Quand Totò utilise son pouvoir pour répondre aux désirs de ses compagnons, les résultats sont cruels. Dans la zone, c’est souvent chacun pour soi. Aucune demande de solidarité, quelquefois demandes de concurrence, de surenchère : avoir un million de millions de millions... plus un ajoute celui qui veut avoir le dernier mot. Beaucoup ont un rêve personnel : une machine à coudre, une armoire qui n’entre pas dans la cabane, une valise (demandée par le voleur pour remplacer la sacoche volée à Totò), une fourrure comme le traître et les riches, et tout le monde en veut une, des habits encore plus beaux pour être encore plus bourgeois prétentieux. Totò leur donne satisfaction même s’il hésite à donner vie à la femme-statue... Il donne à l’homme qui ne mesure qu’un mètre vingt, par tatonnement, la taille qu’il désire et répond au désir du Noir qui, par amour, veut devenir blanc et à la jeune femme banche qui, par amour, veut devenir noire… Impossible rencontre…

Par deux fois, Totò utilise ses pouvoirs pour son seul bénéfice personnel dans l’oubli des autres... Et, à chaque fois, les anges lui reprennent la colombe.

Finalement, Lolotta rapporte la colombe et l’amour change de mains, de Lolotta à Edvige, de la mère à la jeune servante, et les zonards arrivés sur la place du Duomo, s’emparent des balais des employés qui nettoient la place, les abandonnent, ce n’est pas la Révolution, et s’envolent pour un pays où Bonjour, veut dire bonjour.

Miracle à Milan
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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 12:47

Soy Nero,
les frontières de la mondialisation

Nero est un jeune latino qui veut revenir aux États-Unis où il a vécu une partie de son enfance avant d'en être expulsé. Rejeté par un pays auquel il estime et veut appartenir, il y revient avec l'intention de s'engager dans l'armée pendant deux ans pour obtenir la green card (1) qui lui permettrait d'obtenir la nationalité étasunienne, faisant de lui un Green Card Soldier.

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

Ce film se déroule en trois actes.

Retrouver son frère à Los Angeles. Pour cela, il doit franchir la frontière mexicano-étasunienne : ce qu'il fait de façon relativement aisée, un soir de Nouvel an, pendant le feu d'artifice au nez et à la barbe des gardes frontières (2).
Ayant retrouvé l'adresse de son frère, Jesus, qui habite à Beverly Hills, il y arrive, emmené et entravé par la police qui l'a contrôlé sans papier. Il ne pourra cependant entrer dans cette villa hollywoodienne où son frère règne, de façon très temporaire, qu'en escaladant le portail, après le départ de la police. Le franchissement de cette deuxième barrière symbolique, frontière sociale qui fait aussi partir de son rêve qui n'est pas que d'être citoyen, est aussi illusoire que le premier.

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

La morne attente.


Devenu militaire, il se retrouve avec son groupe comme garde-frontière, du bon coté cette fois : au bout d'une route, dans un milieu désertique, quelque part au Proche-Orient ou ailleurs. Où l'ennui est coupé par les rares véhicules, toujours potentiellement dangereux, qui se présentent au contrôle. Et les discussions entre militaires d'origines diverses.


La longue marche vers...


Jusqu'au ,jour où le danger se concrétise et où il repart, rapidement seul dans le désert, pour retrouver ses frères d'arme qui le reçoivent avec le même comportement, les mêmes questions, les mêmes gestes que les policiers de Los Angeles. Il n'a pas franchi la dernière barrière, il reste un Green Card Soldier et se retrouve seul avec son arme, dans le désert.


En pleine mondialisation (3), le jeune Nero ne rencontre pas seulement des barrières physiques, toujours franchissables, mais aussi les barrières humaines.
Son frère, Jesus, muni de faux-papiers, profite de l'envers du décor et l'avertit combien c'est de la folie de vouloir être un Green Card Soldier. Ce que d'autres ont payé très cher : il lui rappelle qu'une de leurs connaissances a perdu un bras et Nero répond : oui, mais il est un citoyen des Etats-Unis !. Une séquence montre la remise d'un drapeau des États-Unis à la famille d'un soldat mort pour la patrie, et le film est dédié à tous ceux qui se sont engagés et n'ont jamais obtenu la Green Card ou ont été expulsés. Le rêve de l'intégration au prix de la vie...

Au poste frontière, il se retrouve avec deux Africains-Américains qui se disputent sur les mérites respectifs des musiciens des années 1990 de la côte est et de la côte ouest... L'un d'eux lui rappelle de façon appuyée sa supériorité car lui est américain. Et pour couronner le tout, il y a un arabe dans le groupe !!!

Quant aux vrais américains qu'il rencontre, ils ont quelques problèmes...
Le garagiste chez qui son frère travaillait, l'expulse vigoureusement.
L'automibiliste qui le prend en stop, ancien militaire, père attentif, avec une arme factice dans la boite à gants, s’arrête devant un énorme champ d’éoliennes dont il dit qu'elles marchent au gaz, polluent et sont orientées non en fonction du vent mais pour dominer le monde !
Le chef du groupe frontière qui ne dit mot, n'intervient que pour faire cesser le comportement idiot d'un de ses subordonnés face à une voiture familiale qui passe le poste. Et va au devant d'une mort certaine en s'exposant aux tirs ennemis...
Et les militaires vers les quels il se précipite avec l'espoir d'être sauvé, enfin reconnu comme un des leurs, se comportent comme les policiers qui l'ont interpellé quand il était sans papier, lui posent les mêmes questions et abandonnent finalement le Green Card Soldier, seul avec son arme dans le désert...


A son désir d'appartenance qui va jusqu'à l'engagement dans une guerre qui n'est pas la sienne, la réponse est le rejet, l'expulsion... Seul, dans le désert, que va-t-il faire de son arme ?

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

1 - La carte de résident permanent... document d'identification émis par le département d'État américain. Il permet aux citoyens non-américains de s'installer et de travailler légalement aux États-Unis sans besoin de visa. Les droits et devoirs des porteurs de la carte sont en tous points identiques à ceux d'un citoyen américain à l'exception du droit de vote et de servir comme juré... (Wikipedia).

2 - Le réalisateur s'est inspiré du récit d’un soldat guatémaltèque, le premier Green Card Soldier, qui a traversé la frontière au même endroit, un soir du Nouvel An, et qui est mort en Afghanistan.

3 - Ce film est une production germano-franco-mexicaine, sur un scénario écrit conjointement par un Roumain (Razvan Radulescu) et le réalisateur Rafi Pitts, né en Iran en 1967 : Je suis de père anglais, de mère iranienne et de beau-père français.

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 22:16
VACANCES VENITIENNES, des images et des films

Dix jours au Lido de Venise, pour la 73e édition du plus ancien festival de cinéma, est l'occasion de voir beaucoup d’images et d’en faire quelques unes ! Car comment résister avec une tablette photographique dans les mains ? Au Lido, le Festival mais aussi la mer et le ciel et le soleil. Et Venise à un saut de vaporetto et Murano et Burano....
Au risque de manquer le train du retour.

Il y avait aussi des films. Plus de 160, projetés en dix jours dans une dizaine de salles. Quelques lignes sont consacrées aux films considérés comme les plus intéressants parmi les 36 vus cette année, insérées entre des photos du Lido pendant le Festival et des vues de Venise, Murano et Burano, à l’occasion de trois escapades buissonnières.

Comme chaque année, le rouge est mis au Palais du Festival avec en plus, le grand cube de la nouvelle « Sala Giardino ».

Le rouge et...le noir, nuée de photographes à l’affût des personnalités invitées... Il y a aussi le rouge et le bleu de la mer et du ciel. Et, en ce début septembre, l'immense plage de sable, déserte, quelques mouettes et de rares baigneurs. Mais interdite par un garde nonchalant qui demande aux festivaliers égarés, venus se détendre entre deux séances de cinéma, de s'éloigner de « sa concession ».c

Le Lido,

Le Festival

La Plage

VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films
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VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films
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VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films

Pendant le diner...

19h32.......19h4719h32.......19h47

19h32.......19h47

Notes sur quelques films de la Sélection officielle :

EL CIUDADANO ILUSTRE de Mariano Cohn et Gastón Duprat (Argentine, Espagne) a reçu le prix du meilleur acteur pour Oscar Martínez dans le rôle d’un écrivain argentin, prix Nobel de littérature, qui revient dans la petite ville de son enfance après un séjour de 40 ans en Europe.
Ce retour se voulait discret. Mais sa présence est déjà signalée dans l’avion… et il est sollicité par le maire pour de multiples activités auxquelles il ne peut se dérober : réception solennelle en mairie, présidence du jury d’un concours de peinture local, conférences diverses... Il refuse l'invitation d'un inconnu à un repas familial, le financement d'un fauteuil pour un handicapé... Il retrouve aussi les lieux de sa jeunesse et même son meilleur ami de l’époque qui a épousé celle qu’ils se disputaient.
Pour respecter ses principes, il se heurte à des personnalités locales mais aussi à ceux qui lui reprochent d’avoir établi sa notoriété sur une mauvaise image du pays, de ne montrer que les choses négatives…
Sans concession, au village comme à l’académie lors de l’attribution du prix Nobel. Il répond honnêtement, avec le même langage d’intellectuel. Il surprend mais est applaudi à l'Académie. Ce langage passe plus difficilement ici et montre à quel point sa réussite l'a coupé de son pays, de son enfance... Et même à ses amis.
La réussite a un prix.

Le prix Marcello Mastroianni pour une jeune actrice a été attribué à: Paula Beer dans FRANTZ de François Ozon (France, Allemagne) dont le fiancé a été tué pendant la guerre de 14-18. Elle a la surprise de découvrir un jeune, venu de France pour fleurir la tombe de Frantz. Ils font connaissance, elle l’introduit chez les parents de Frantz... Elle ira en France...
Ce film, un peu froid, témoigne de l'état d'esprit des sociétés allemande et française de l'après-guerre et montre l’émancipation progressive d'une jeune femme de son conditionnement social...

Pour son rôle dans LA LA LAND de Damien Chazelle (États-Unis), Emma Stone a obtenu le prix de la meilleure actrice. C'est une comédie musicale, très bien accueillie par le public et encore plus par les critiques, même si le rythme du film faiblit un peu après un début bien enlevé.

Le Lion d’argent, Grand prix du jury, a été attribué à NOCTURNAL ANIMALS de Tom Ford (États-Unis). Le film commence par une "performance", lors du vernissage d'une exposition dans une galerie, bien sûr d'avant garde, dont Suzan est la directrice : des femmes vivantes, allongées, monstrueusement obèses...
Suzan reçoit le manuscrit d'un roman "natural animals" que lui dédie son ex-mari. Une famille part en vacances et, sur l'autoroute, est agressée par une bande de jeunes, "nocturnal animals", qui violent et tuent femme et fille.
Elle est profondément troublée par ce roman. Les "nocturnal animals" ne sont pas seulement les voyous de l’autoroute mais aussi tous ceux qui ont détourné Suzan de son ex-mari et de la création au profit d'un nouveau conjoint qui la trompe, d'une vie mondaine qui n'a pas de sens, de la gestion d'une galerie à laquelle elle ne croit pas.
Le même acteur joue le rôle du père de famille et de l'auteur du roman.
Dans le roman, le mari se fera justice avec l'aide d'un policier en fin de vie, il a un cancer du poumon, qui va se substituer à une justice rendue impuissante par les procédures et les avocats.

Le Lion d’argent de la mise en scène a été remis à :Andrei Konchalovsky pour PARADISE (Fédération russe, Allemagne) et à Amat Escalante pour LA REGIÓN SALVAJE (Mexique, Danemark, France, Allemagne, Norvège, Suisse).

Dans des entretiens "post-mortem", PARADISE donne la parole à un employé de préfecture français, collaborateur durant la Seconde guerre mondiale, à une aristocrate russe, membre d'une réseau parisien d'aide aux enfants juifs, à un noble officier allemand de la SS dans un camp d'extermination où se retrouve l'aristocrate russe.
Le petit fonctionnaire sait ce qu'il fait mais n'en est pas fier. Il est rapidement exécuté par la Résistance. La noble russe est arrêtée et déportée. Du fait de ses relations anciennes avec l'aristocrate officier allemand, elle pourrait être sauvée. Elle choisit la chambre à gaz et se sacrifie au profit d'une femme et deux enfants juifs.
Dans ce film dédié à ceux qui, partout, ont résisté à l"entreprise nazie, l'officier nazi affirme qu'il n'y a pas de paradis sans enfer. Actif dans l'enferi, il sait que, demain, d'autres se lèveront pour réaliser le paradis allemand..

Le prix du meilleur scénario a été attribué à Noah Oppenheim pour JACKIE de Pablo Larraín, (Royaume-Uni). JACKIE raconte les quatre journées de Jackie Kennedy qui ont suivi l'assassinat du président des États-Unis.

THE BAD BATCH de Ana Lily Amirpour (États-Unis) a obtenu le Prix spécial du jury. Une jeune et belle femme est expulsée d'un camp du Texas et se retrouve seule dans le désert. Elle aboutit dans une décharge enfermée derrière des barrières où elle est amputée d'une jambe et d'un bras par des cannibales... Elle s'en sort en abattant sa geôlière et s'enfuit en planche à roulette...
Évocation de la situation d'un certain nombre d'immigrants ou de marginaux aux États-Unis dans un film grand-guignolesque réalisé par une femme que certains ont qualifié de "Tarentino en jupons".

THE LIGHT BETWEEN OCEANS de Derek Cianfrance. A la fin de la Première guerre mondiale, Tom devient gardien de phare temporaire sur un îlot. Au moment d'embarquer pour rejoindre son poste, il croise une jeune et belle femme, Isabel, qui l'épousera et le rejoindra.Isabel est très perturbée par deux heureux événements qui tournent à la catastrophe.. Quand un canot échoue sur l’ilot avec, à son bord, un homme mort et un enfant bien vivant... Sur la pression d'Isabel, Tom enterre l'homme et ils adoptent l'enfant de substitution.
Tom supporte difficilement ce mensonge, surtout quand il apprend l'origine de l’enfant. Il s'arrange pour que la justice rende l'enfant à sa mère légitime...
Le sujet classique du combat entre deux mères n'est pas traité sur le mode larmoyant...

EL CRISTO CIEGO de Christopher Murray. Le jeune Michael est convaincu que "Dieu est en nous". Que Dieu est en lui. Il part, pieds nus, à travers le désert chilien pour rejoindre un ami et le guérir, "miraculeusement". Ceux qui le voient passer, pieds nus, pensent peu à peu qu'il est le Christ. Le miracle n'aura pas lieu.

AUTRES FILMS :

BRIMSTONE de Martin Koolhoven, UNE VIE de Stéphane Brizé, Prix Fipresci (critique internationale), d'après la nouvelle de Guy de Maupassant, VOYAGE OF TIME : LIFE JOURNEY de Terence Malick, Prix Future Film Festival avec mention spéciale, LES BEAUX JOURS D'ARANJUEZ (3D) de Wim Wenders, PIUMA de Roan Johnson, QUESTI GIORNI de Giuseppe Piccioni.

Notes sur quelques films de la Sélection "Orizzonti"

WHITE SUN de Deepak Rauniyar, Népal, raconte le retour d'un combattant maoïste dans son village à la suite de la mort de son père. La paix est revenue, non la réconciliation. Dans le village, tous les adultes ont disparu. Ne restent que les deux frères pour transporter le corps du père jusqu'au lieu de la cérémonie. Une dispute éclate entre les deux frères porteurs et le corps est abandonné au milieu du chemin. Notre héros va chercher de l'aide auprès de ses camarades qui ne peuvent intervenir sur un territoire qui ne dépend pas d'eux administrativement, auprès du camarade ministre qui doit se consacrer au mariage de son fils... Finalement, le cortège pourra reprendre après un bref affrontement entre militaires gouvernementaux et maoïstes. Ce sont les enfants qui ont amassé le bois qui servira à l'incinération. La réconciliation viendra...

RÉPARER LES VIVANTS de Katell Quillévéré.d'après un roman à succès de 2014 (200 000 exemplaires vendus). Un jeune est victime d'un accident de la circulation au Havre. Déclaré en état de mort de mort cérébrale, les parents doivent donner rapidement leur accord pour un éventuel prélèvement d'organe sur le corps de leur fils.
Le film, quasiment documentaire, montre la difficulté de la décision pour les parents, le prélèvement du cœur au Havre et son implantation à Paris sur une femme de la cinquantaine qui attend une greffe, seule possibilité de survie.

LIBERAMI de Federica Di Giacomo (Italie, France), documentaire sur les prêtres exorcistes a été reconnu comme "meilleur film",

AUTRES FILMS :

HOME (Belgique) a valu à Fien Troch le prix du meilleur réalisateur, Ruth Díaz a reçu le prix de la meilleure actrice dans TARDE PARA LA IRA de Raúl Arévalo (Espagne), IL PIU GRANDE SOGNO de Michele Vanucci, MAUDITE POUTINE de Karl Lemieux, DARK NIGHT de Tim Sutton, Orizzonti-fuori concorso

Fuori concorsi

HACKSAW RIDGE de Mel Gibson. Ce film qui sortira en France sous le titre "Tu ne tueras point", est basé sur une histoire réelle. Celle de Desmond Doss, objecteur de conscience pour des raisons religieuses mais volontaire pour servir dans l'armée des États-Unis.

A son arrivée à l'armée, il est victime de nombreuses brimades, d'abord par la hiérarchie lors de la formation militaire qu'il reçoit comme les autres, avec refus du maniement des armes,. Mais aussi par ses camarades qui le traitent de lâche... Il n'est sauvé d'une condamnation par le tribunal de guerre que par l'entregent de son père, ancien combattant.

Il participe dans l'équipe de secours en première ligne à la bataille d'Okinawa et sauve de nombreux soldats.

Mel Gibson montre aussi bien la dureté de l'entrainement militaire que celle de la bataille contre les Japonais. Son opposition à la guerre peut être résumée, en dehors de l'étalement des combats sanglantes, des souffrances, des blessures, des cadavres... par l'image de deux soldats ennemis qui se retrouvent face à face et poussent le même cri bestial.

OUR WAR de Bruno Chiaravalloti, Claudio Jampaglia, Bernadetta Argentieri. Documentaire sur des volontaires étrangers participant à la lutte contre Daech avec les Kurdes.

I CALLED HIM MORGAN de Kasper Collin. Long-métrage documentaire sur le célèbre jazzman et trompettiste américain.

AUSTERLITZ de Sergei Loznitsa, Prix Mouse d’Argento, Non fiction, THE BLEEDER de Philippe Falardeau, PLANETARIUM de Rebecca Zietowski

Cinema nel Giardino

L'ESTATE ADDOSSO de Gabriele Muccino, Prix de la meilleure musique de film (Jovanotti).

Giornata degli autori

PARIENTE de Ivan D. Gaona

Ommagio a Abbas Kiarostami

FRAMES de Abbas Kiarostami (CM), TAKE ME HOME de Abbas Kiarostami (CM), 76 MINUTES AND 15 SECONDS WITH KIAROSTAMI de Samadian Seifollah

LION D’OR pour sa carrière : Jean-Paul Belmondo

avec projection du film de Louis Malle LE VOLEUR

Jean-Paul Belmondo et Sophie Marceau lors de la remise du Lion d'or à Jean-Paul Belmondo pour l'ensemble de sa carrière.

Jean-Paul Belmondo et Sophie Marceau lors de la remise du Lion d'or à Jean-Paul Belmondo pour l'ensemble de sa carrière.

Venise et la lagune vues du Lido.

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Venise

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Murano

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Burano

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Published by Paul ORIOL - dans Cinéma Voyages
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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 21:14
Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Passer dix jours à Cannes, pendant le Festival de cinéma, en voyant 3 ou 4 films par jour, c'est un peu se mettre en retrait du monde !
Malgré la télévision qu'on n'allume pas le soir et la tablette qui permet de jeter un œil sur la presse du jour, on vit en réalité hors du monde – de l’actualité du monde – alors que dans la journée d'un film à l'autre, on découvre des mondes d'hier, d'aujourd'hui ou de demain, passant de la Corée, au Brésil, de la Roumanie aux États-Unis ou aux Philippines…

Errant et aberrant, le festivalier.

Pour arriver à ces 3 ou 4 séances de cinéma par jour, suivant la carte d'accréditation qu'il a ou non, le festivalier doit trouver des billets qu'il peut acheter ou des invitations. Ceux qui n'en ont pas, des dizaines de personnes, agitent un panneau, « un billet, s'il vous plaît », « a ticket, please » pour tel ou tel film auprès de privilégiés qui en ont… De 8 heures à 22 heures ! Du lever au coucher du soleil… « De sol a sol » !

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Avec le fameux billet ou « un badge », différent suivant le type d'accréditation, le festivalier doit ensuite faire la queue à la salle qui projette le film, avec le risque, suivant le nombre d'invités, de journalistes, d'accrédités de plus haut niveau, d'attendre une heure et de ne pouvoir entrer. De plus, l'accès à certaines salles est fermé 45 minutes avant la projection !

Au total, pour voir un film qui dure de 90 minute à 3 heures, il faut consacrer plus d'une heure à l'attente !!! Qui accepterait de faire cela dans la vie quotidienne. On est à Cannes ! On est festivalier ! Et quel bonheur quand il ne pleut pas !! Cette année, il n’a pas plu ! La queue alors peut devenir une foire aux potins ou un mini-ciné-club !
Autrefois, certains allaient en famille au cinéma voisin, le samedi, sans rien savoir du film qui était programmé. Nous n'étions pas de la même catégorie : avertis, nous choisissions nos films !
A Cannes, festivalier de base, on va voir assez souvent le film qu'on peut voir, pas toujours celui qu'on voudrait voir. Cela peut conduire à de bonnes surprises.

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Le soleil illumine la Croisette et magnifie le bleu de la mer, peuplée d'énormes immeubles blancs de croisière et de bateaux plus modestes, y compris de navires militaires cette année. Le festivalier s'enferme dans des salles plus ou moins grandes, aux fauteuils rouges, après une longue attente, avant d’être plongé dans l'obscurité. Quel que soit le temps à l'extérieur, le festivalier, hors sol, voit alors apparaître, en musique, à l’écran le tapis de 22 marches rouges, dans le bleu de la mer et du ciel, surmontées de la palme d'or. La découverte commence.

Dés la première journée, tandis que défilent en boucle sur les écrans extérieurs tous ceux qui ont monté, montent ou vont monter les marches…, les spéculations, les discussions vont bon train : dans la presse, dans les queues, dans les salles… Le film qu'il faut voir ou ne pas voir, la qualité, la palme possible…

Plus de 1500 films ont été visionnés par les sélectionneurs, 167, sans compter les courts métrages, ont été diffusés, cette année, dans les différentes sélections du festival et les cinémas de la ville : compétition, un certain regard, hors compétition, classics, cinéma de la plage, semaine de la critique, quinzaine des réalisateurs, acid... Le festivalier ne peut tout voir. Ses jugements ne peuvent porter que sur la cinquantaine de films que les plus fous peuvent voir durant le festival…

Si Cannes demeure le plus important Festival de Cinéma, cette année, il a commencé avec de mauvaises nouvelles : Canal + a réduit de 90 % sa participation à la fête, ce qui augure mal pour l'avenir et un cinéma de Cannes (Le Star) a fermé… Par ailleurs, il y aurait eu une moindre fréquentation, ressentie par les restaurateurs, et « l'absence des Américains » a été signalée en rapport avec la crainte d’attentats...

Si on parlait cinéma ?

Ni revue complète de la trentaine de films vus, ni jugement sur le palmarès, voici de brèves notes sur quelques films (A la "demande" de Marie-Claude et de Pierre).

« Églantine d’or » pour « Ma Loute » de Bruno Dumont, (2h02) pour son inventivité cinématographique, déjà annoncée dans « P’tit Quinquin ». Des acteurs célèbres (Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi) valorisés et disciplinés, au point que le cabotin Luchini est accompagné d'un cousin avec lequel on pourrait le confondre. Des acteurs non professionnels que Bruno Dumont dirige, avec maîtrise, et rend aussi talentueux que les professionnels. Peut-être faudrait-il remplacer les prix d’interprétation par le prix de la direction d’acteurs…
Dans « Ma Loute », Bruno Dumont illustre le rapport de classes, jusqu'à l'anthropophagie, dans les années 1900, entre une grande famille du Nord en vacances et les pêcheurs du quartier St Michel qui leur font passer le gué, en barque ou dans leurs bras suivant la marée. Des personnes disparaissent... Et les pêcheurs se pourlèchent les babines... Ce qui n'empêche pas une idylle, momentanée, entre le fils aîné des pêcheurs et l'aîné(e) des bourgeois au sexe incertain... Mais la police enquête sous la forme de deux policiers, type Laurel et Hardy, un brin automates.
Certains auront quelques difficultés à entrer dans un film déjanté, burlesque, poétique, excessif… ce qui fait son charme. Il aura ses inconditionnels et ceux qui ne pourront suivre le délire de Dumont.

« Rester vertical » d'Alain Guiraudie (1h40) est aussi un film puissant qui en dérangera plus d'un et plus d’une. Dans « L'inconnu du lac », un crime était commis sur un lieu traditionnel de drague homosexuelle. « Rester vertical » qui se déroule en milieu paysan sur un causse de Lozère, est beaucoup plus complexe.

Le héros, scénariste, est à la recherche des loups, d'aventures et d’inspiration sur le Causse. Il rencontre une bergère qui n'aime guère les loups, prédateurs de son troupeau. Une relation s'établit. Notre héros découvre la beauté naturelle de « l'origine du monde » et la paternité, tandis qu'elle vit l'animalité de l'accouchement dont rien ne nous est épargné, et le refus de cette maternité… Tout ceci n'empêche pas notre scénariste de continuer sa recherche d'aventures, même si cela ne favorise guère son travail d'écriture.
Alain Rigaudie reprend la question de l'homosexualité, dans le quotidien paysan. Non dans un lieu de drague traditionnel. Le héros et les personnages sont socialement situés, le scénariste un peu paumé, bisexuel, attaché à son enfant que la mère lui abandonne. Après plusieurs épisodes – il est dépouillé à nu sous un pont - il participe activement au « suicide assisté » d'un vieil homosexuel, associant sodomisation terminale et cocktail létal - il revient chez son « beau-père », dont il refuse les avances, pour s'occuper, seul, de son enfant, des troupeaux et des loups.
Alain Rigaudie ne recule pas devant des scènes, des situations d'un réalisme, d’un naturalisme qui peut paraître insupportable (accouchement très réaliste, sodomisation terminale). La femme, absente dans « L’inconnu du lac », est ici réduite à son utilité !

Dans la cuvée Cannes 2016, « Ma Loute » n’est pas le seul film à parler de classes, de lutte des classes. Dans « L'économie du couple » de Joachim Lafosse (1h40, titre anglais, "After love"), elle apparaît, après l’amour, quand vient le moment de la séparation... Tout ce qui avait fait le bonheur de la rencontre, des premières années du couple, va faire l'objet de la lutte. Bérénice a aimé Boris, l'architecte polonais sans travail qui a refait la belle maison dans laquelle ils ont vécu, heureux avec leurs deux enfants. À l'heure de la séparation et du partage, ils se disputent tout, même le fromage du frigo. Bérénice ne veut prendre en compte dans le partage que son apport en capital fourni par ses parents et Boris revendique son apport en travail.

« Money Monster », (1h39) de Jodie Forster, avec Georges Clooney et Julia Roberts, est plus directement politique : un boursicoteur malheureux fait irruption sur le plateau de l'émission phare "Money Monster " et prend en otage, en direct, l'animateur vedette qui a ruiné des milliers de téléspectateurs par ses conseils spéculatifs. Menaçant de tout faire sauter… Mais l'animateur est sauvé par une équipe remarquable qui permet de démasquer le vilain coupable. Tout rentre dans l’ordre. La morale est sauve : le méchant spéculateur qui a tout truqué est arrêté, le terroriste amateur est abattu, le couple animateur se reconstitue, tout cela en direct. Il n'y a plus qu'à préparer l'émission de la semaine prochaine.
Le capitalisme n'est pas si mauvais que cela sous l’œil du journalisme télévisé, revu par le cinéma. Un bon film étasunien « de gauche » tonique, efficace...

Dés la fin de la projection, « Tony Erdmann », (2h42) de l'Allemande Maren Ade, très applaudi par la salle, bien chauffée par la présence de nombreux Allemands, est apparu comme candidat à la palme. Ce film, hilarant, n'a eu aucune récompense mais s'est largement vendu et est assuré d'un succès d'audience mérité.
Ici, il n’est pas question de classes et de lutte des classes. Mais du bonheur et du sens de la vie. C’est cette question qu’un père, philosophe et facétieux, pose à sa fille, cadre très professionnel d'une entreprisse allemande qui essaie de conquérir un marché en Roumanie, au prix de quelques licenciements... Lors d’une visite, un rien dérangeante, à Bucarest où elle travaille, son père se déguise en divers personnages qui perturbent son emploi du temps, ses prestations et sa sérénité.
Que va-t-elle faire ?

« Aquarius » (2h20) de Kleber Mendonca Filho : Clara, belle femme, personnalité à la retraite, mère de famille de la bonne société, occupe un bel appartement sur le bord de l’océan à Recife. Tous les autres copropriétaires ont accepté les substantielles indemnisations de promoteurs immobiliers. Clara résiste pour sauvegarder son lieu de vie. Elle devra faire face à tout ce que les promoteurs peuvent inventer pour faire céder une faible femme… qui ne cédera pas.
La présentation du film a été l'occasion, pour l'importante assistance brésilienne, de dire son soutien à Dilma Rousseff et à la démocratie brésilienne.
Dans la sélection « classics », un autre film brésilien a été présenté : « Cinema novo » (1h30) d’Eryk Rocha, fils de Glauber Rocha. « Avec le « Cinema novo » est apparue une nouvelle grammaire cinématographique spécifique capable de penser le Brésil nouveau des années 1960, pays qui était alors en train de passer d'un mode rural à un mode urbain à travers de fortes mutations. » (Eryk Rocha). Film du siècle dernier, plein de bruit et de fureur, de violence et de sang.... La vieille révolution latino-americaine... De « Cinema novo » à « Aquarius », de la révolution à la spéculation… changement de siècle..

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Actes de violence, situation de violence

Le cinéma, art du mouvement, de l'action, de la violence et de la couleur, est bien équipé pour montrer les explosions de violence. Parfois, pour s'y complaire. Mais il peut tout aussi bien explorer des situations de violence, de tension.

« The last face » (2h11) de Sean Penn avec Charlize Theron, Javier Bardem, Adèle Exarchopoulos, raconte la rencontre d'une responsable internationale de l'humanitaire et d'un urgentiste de « médecins du monde » sur le terrain, au milieu de guerres sanglantes en Afrique (Nigeria, Soudan). Ce film, fait par des occidentaux blancs, pleins de bonnes intentions, a été sifflé à certaines séances, probablement pour le contraste entre la situation amoureuse, les dialogues conflictuels de généreux occidentaux et la cruauté de la guerre africaine avec des scènes difficilement soutenables. Vision quasiment néocolonialiste de l’Afrique.

Des films montrant des situations de violence plus que des actes de violence ont été présentés, venant des autres continents, Amérique, Europe, Asie, tournés par des autochtones.

Ainsi, « Loving » (2h03) de Jeff Nichols qui se déroule aux États-Unis (Virginie) en 1958. Première image, un visage de femme qui tourne lentement son regard, suivi par la caméra, vers le visage d’un homme, Loving, à qui elle déclare : « je suis enceinte ». Et lui, de répondre, on va se marier.
Elle est noire, il est blanc, et le mariage interracial est interdit en Virginie. Pour se marier, ils vont à Washington où le mariage interracial est possible. A leur retour en Virginie, les ennuis vont commencer.
Cette histoire, vraie, très étasunienne, est traitée à l'européenne, avec seulement une violence légale, latente. Sans acte de violence.
Aucun personnage n'est le mal absolu, ni le bien absolu. Chacun est enfermé dans son rôle ou ses croyances. Le juge, comme Dieu, est pour la séparation des races mais accepte un compromis, sévère ; l'avocat qui obtient ce compromis avertit que c'est sa dernière intervention, le policier donne des conseils menaçants. Se croyant suivi par une voiture alors qu’il rentre chez lui, Loving s’arme. Mais il ne se passe rien.
La mère de Loving accouche blanches et noires mais reproche à son fils d'avoir bafoué la loi ; un beau-frère, noir, lui montre sa position en porte-à-faux de blanc, bien intégré parmi les noirs, qui travaille chez les blancs… Les avocats de la cause, comme les journalistes favorables, sont aussi ambigus.
Mais, tout finit bien, devant la Cour suprême, pour ce couple qui ne veut pas faire l'Histoire mais seulement vivre.
Le montage est assez rapide, soutient le rythme de l'histoire avec des transitions superposant l'image avec les dialogues de la scène suivante ce qui rend les enchaînements plus vivants.

« La fille inconnue » (1h53) de Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud et Louka Minnella.
Une très jeune médecin, très compétente, très consciencieuse, n'ouvre pas sa porte, quand la sonnette retentit, une heure après la fermeture de son cabinet. Une « jeune fille inconnue », noire, le paiera de sa vie. A partir de cette erreur et du sentiment de culpabilité qu'elle éprouve, elle va mener l'enquête pour retrouver l'identité de l'inconnue et lui donner une sépulture.
L'histoire se déroule dans un quartier populaire de Liège, pluriethnique. L'atmosphère est parfois tendue, la violence affleure. Dans cette histoire où il n’y a que des personnes imparfaites, par petites touches, les frères Dardenne nous font connaître le monde des gens simples et nous amène, sans cris, vers le dénouement.

« Forushande » (Le Client) d'Asghar Farhadi (2h05).
A Téhéran, un jeune couple du milieu du spectacle déménage car leur immeuble a de sérieux problèmes. Un ami leur trouve un nouvel appartement, autrefois habité par une prostituée.
On sonne à la porte, la jeune femme, croyant que son mari revient, ouvre. L’irréparable est commis : un homme est entré dans l’appartement. On ne saura pas ce qui s’est passé. Il n’y a pas de discussion entre le mari et la femme. Il n’est pas question de porter plainte et de faire ainsi de la publicité. Le mari va mener son enquête pour retrouver le « coupable ». L’humilier avec cruauté. Devant sa famille. Apparemment ouvert, moderne, il exprime par ses actes la violence des normes sociales qu’il a intégrées et qu’il doit appliquer.

Dans « Ma' Rosa » (1h50) de Brillante Mendoza, c’est la classique violence sociale, ici aux Philippines. Une petite famille de commerçants complète ses revenus avec le commerce de la drogue. Sur probable dénonciation, ils sont embarqués par la police et n’obtiendront leur libération que contre la dénonciation de leur fournisseur et une somme d’argent pour convaincre les policiers. Les enfants arriveront à récolter cette somme, difficilement, auprès de membres de la famille : misère, corruption , trafic de drogue, solidarité familiale....

Fuchi Ni Tatsu (Harmonium, 1h58) de Koji Fukada.
Un artisan vit paisiblement, en famille, en banlieue. Jusqu’au jour où débarque un « ami », « yakusa », repris de justice qui est embauché, nourri, logé… L’ami sort d’un long séjour en prison à la suite d’une affaire dont l’artisan était le complice et qu’il n’a pas dénoncé. Cet ami agresse la fillette qui reste paralysée et s’enfuit… Des années plus tard, l’artisan embauche un jeune apprenti qui n’est que le fils de l’ami qui recherche son père… Ils partiront tous à la recherche… qui finira mal. Finalement, la mère se jettera avec sa fille dans le torrent.
L’angoisse, la violence viennent d’un passé caché.

« Agassi » (Mademoiselle, 2h25) de Chan-Wook Park.
Dans le contexte de la Corée colonisée par les Japonais, un jeune et ambitieux coréen se propose d'épouser une riche héritière japonaise, plus ou moins séquestrée par son oncle, libertaire, émule du « divin marquis ». Pour cela, il s'assure la complicité d'une jeune et belle coréenne qu'il fait embaucher au service de Mademoiselle...
Finalement, c'est lui qui sera trahi par les deux jeunes femmes. Ici, l'homosexualité féminine, interclassiste, l'emporte sur le machisme arriviste et anticolonialiste.

« Paterson » de Jim Jarmusch (1h55), avec Adam Driver et Golshifteh Farahani décrit la vie quotidienne d'un jeune couple étasunien, mixte, lui, chauffeur de bus, blanc, qui rêve d'être poète et écrit dans son carnet secret, elle qui rêve de réussite comme chanteuse et guitariste ou par la grâce de ses qualités de pâtissière, et leur chien qui aime aussi dévorer les poèmes de son maître.
Les jours de la semaine passent dans leur banalité, le jeune chauffeur écoute les histoires vraies ou fantasmées des passagers, va promener le chien et prendre sa bière au bistrot du coin, à la clientèle métissée, où se jouent les petits drames de la vie.

« Olli Mäki » (1h32) de Juho Kuosmanen.
Été 1962, Olli Mäki prétend au titre de champion du monde poids plume de boxe. Il ne lui reste qu’une marche à franchir pour connaître la gloire suprême. Pour cela, il doit se préparer intensément, perdre quelques kilos, se concentrer sur son entraînement, sur son combat. Mais, tombé amoureux, il a l’esprit ailleurs, néglige quelque peu les exigences sportives. Le combat du triomphe se termine, par KO à la deuxième manche. C’est le combat le plus court et le jour le plus beau. Car il repart avec la femme de sa vie.


Contraste entre le rêve américain du jeune couple Paterson dont les deux membres sont pleins d’ambitions. Et le jeune couple nordique à la recherche d’un bonheur simple, illustré par la dernière image où, quittant la capitale pour revenir chez eux, ils croisent un couple âgé. Symbole de la banalité d’un bonheur tranquille ?

Deux films roumains

La Roumanie n’est pas simplement un terrain de jeux pour entreprises allemandes en expansion. Régulièrement, des films roumains abordent, souvent de façon réussie, les questions qui se posent au pays.

« Sieranevada » de Cristi Puiu.

Toute la famille roumaine élargie est réunie pour la commémoration du décès du père, un an auparavant. C'est l'occasion d'un repas familial qui tarde à se mettre en place dans l'attente du pope qui doit venir bénir la cérémonie. C'est aussi l'occasion de la mise à jour de tous les conflits de la société roumaine, conflits familiaux ou politiques : complotisme, nostalgies contradictoires dans une société postcommuniste qui n’a rien réglé...
Encore un film un peu trop long (2h53), la cérémonie religieuse n'en finit pas (c'est un peu le ressort de l'histoire), la suppression d’une scène, en extérieur, non nécessaire (ennuis de stationnement) aurait pu alléger le film qui est sauvé par la description de la société roumaine et l'humour de l'auteur.

Baccalauréat (2h08) de Cristian Mungiu.
Dans une famille de la bonne société roumaine, père chirurgien de renom, honnête, la fille, élève brillante, est victime d'une agression à la veille du baccalauréat qui lui permettra de partir à Birmingham pour poursuivre ses études. Passer le bac avec le bras dans le plâtre est difficile. Le père décide de l'aider par ses relations comme il est de coutume en Roumanie. Finalement, elle aura son bac sans tricherie.
Vision très pessimiste, très réaliste, de la société roumaine où les parents regrettent d'être rentrés au pays et où les jeunes ne pensent qu'à partir. Dans une corruption généralisée.

Deux films remarquables

IKARIE XB 1 (1h 28) de Jindrich Polak, film de science-fiction tchécoslovaque de 1963, numérisé, a une importante postérité, notamment « 2001: l’Odyssée de l’espace » (1968) de Stanley Kubrick mais aussi pour des raisons techniques ou le scénario « La Guerre des étoiles (1977), « Alien » (1979) ou « Sunshine » (2007). Il a longtemps été connu en occident, trafiqué et doublé en anglais, sous le nom de « Voyage to the End of the Universe », avec une fin qui le dénaturait complètement.
La version, restaurée, projetée à Cannes permet de voir le film dans sa forme originale.

Le film raconte l'aventure d'un vaisseau spatial, parti en 2163, à la recherche de la vie, de la société idéale, bien au delà du système solaire. Ce film, optimiste dans la veine réaliste - socialiste, va rencontrer quelques difficultés, notamment une épave spatiale que deux astronautes vont visiter et où ils ne trouveront que les cadavres des criminels du XX ème siècle responsables de Hiroshima, Nagasaki, Ouradour, les camps d extermination. En plus la navette a une charge nucléaire qui la fait exploser entraînant la mort de nos deux astronautes.
L'expédition rencontrera une autre difficulté naturelle mais imprévue dont ils sortiront grâce à leur décision humaine contre l'avis des robots qui guident le véhicule et, finalement, avec la protection des habitants de l'heureuse « planète blanche » que nous ne verrons pas.

Et la femme créa Hollywood (52 mn) de Clara Kupperberg et Julia Kupperberg. Ce film montre que, dans les 30 premières années du cinéma, à Hollywood, les films étaient faits essentiellement par des femmes : du scénario à la réalisation en passant par le montage (normal, les femmes sont couturières)...
Petit à petit, le cinéma est devenu plus « professionnel » et les travailleurs du cinéma mieux payés. Alors les hommes ont commencé à arriver et le syndicat… Progressivement les femmes ont été et éliminées du métier mais aussi de l’histoire du cinéma. Quelques unes ont surnagé comme Lillian Gisch, actrice, ou, plus rarement, comme productrices, distributrices. C'est ainsi que la société United Artists, connue en français sous le nom de sa filiale Les Artistes associés, société de distribution puis de production, a été fondée en 1919 par Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D.W.Griffith…


Ce film, déjà diffusé à a télévision en mai et juin, sera visible à nouveau, le dimanche 21 août 2016 sur la chaîne télévisée OCS Géants

Les sœurs Kupperberg travaillent à une série télévisée sur la question.

Autres films vus

« Julietta » de Pedro Almodovar, « Un homme et une femme » de Claude Lelouch 1966, « Voyage au Groenland » de Sébastien Betbeder, « Voir du pays » de Delphine Coulin et Muriel Coulin, « Le cancre » de Paul Vecchiali, « La larga noche » de Francisco Santiago, « The Neon Demon » de Nicolas Winding Refn, « Mal de pierres » de Nicole Garcia, « Elle » de Paul Verhoeven, « Isola » de Fabianny Deschamps, « Goksung » de Na Hong Jin.

Post scriptum : « L’effet aquatique »

Film projeté à Cannes et actuellement dans les salles, à voir absolument : « L’effet aquatique », un très beau film (1h23), français-islandais, de Solveig Anspach qui montre que l’Islande n’a pas seulement une bonne équipe de footballeurs avec des supporteurs...

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Published by Paul ORIOL - dans Cinéma
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