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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 22:16
Après les législatives en Allemagne

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Les résultats des élections législatives allemandes (au Bundestag, Diète fédérale) inquiètent fortement. Pourtant, ce n’était pas totalement inattendu car ces élections viennent après bien d’autres tout aussi inquiétantes mais rapidement oubliées par l’optimisme libéral, européiste, des politiques et des médias. Qui s’agitent un moment pour des résultats considérés comme catastrophiques et les oublient le lendemain ayant trouvé le remède miracle : fermer les yeux et continuer ou accentuer la politique sanctionnée par les électeurs.

 

La nomenclature de l’Union européenne (UE) a déjà été déçue à plusieurs reprises.

 

En France, en 2002, le Front national (FN) a participé au second tour d’une élection présidentielle auquel Jean-Marie Le Pen a obtenu 17,8 % des voix. En 2017, Marine Le Pen fait beaucoup mieux : 33,9 % !
Mais le mode de scrutin aidant, Emmanuel Macron est élu à une très forte majorité, comme tout candidat l’aurait été face à Marine Le Pen. Le nouvel élu, fort de ces résultats et d’un pouvoir constitutionnel exorbitant, peut s’engager résolument dans une politique approuvée par un quart des électeurs.
Le FN est pratiquement exclu de l’Assemblée nationale et toutes les oppositions y sont très réduites.

Entre ces deux élections présidentielles, le non l’a emporté au référendum de 2005 sur la proposition de Constitution européenne. Mais les politiques, droite et gauche confondues, en ont méprisé le résultat. Les parlementaires ont adopté le texte, peu modifié, refusé par le peuple français.
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes démocratiques…


Au niveau européen, à chaque fois qu’un peuple a dit non à une question posée sur l’UE, les politiques ont effacé ce résultat, quelquefois en faisant revoter le peuple.

En Hongrie, Viktor Orbán, à la tête du Fidesz (1), partisan de la révolution nationale et d’une politique très conservatrice est au pouvoir depuis 2010. Sur des bases proches de celles de l’AfD aujourd’hui.

Les Polonais ont donné la majorité absolue, en octobre 2015, à Droit et Justice, (PiS), parti conservateur et eurosceptique.

En décembre 2016, en Autriche, au premier tour de l’élection présidentielle, les candidats des deux partis de gouvernement, social démocrate et conservateur, sont éliminés. Au second tour, grande satisfaction : le candidat vert est élu président de la République, le candidat d’extrême droite obtient seulement 48,3 % des voix.
Il y a des satisfaction
s plus exigeantes.

 

Aux Pays-Bas, en mars 2017, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) du Premier ministre arrive en tête aux élections législatives en perdant 8 sièges par rapport à l’élection précédente de 2012 et son partenaire social-démocrate, le Parti du travail (PvdA) ne recueille que 5,7% des voix et n’obtient que 9 élus (29 sièges perdus).
Cette défaite des partis au pouvoir est saluée comme une victoire parce que le Parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders a fait moins bien que ce qu'il pouvait espérer et n'a obtenu que que 13,1% des suffrages et 20 députés (5 sièges gagnés).

Depuis, les Pays-Bas sont à la recherche d’un gouvernement.

 

En janvier 2015, les citoyens grecs portent au pouvoir Syriza et Alexis Tsipras qui contestent la politique austéritaire du gouvernement grec et de sa tutelle européenne. Notamment d’Angela Merkel.
La Grèce n’a pas fini de payer ce crime et a été à deux doigts de l’expulsion de l’UE.


 

Après les législatives en Allemagne

Partout, les partis de gouvernement, au pouvoir ensemble ou alternativement au gouvernement et dans l’opposition, perdent du terrain ici sur la droite, là sur la gauche ou sur les deux.


L’Allemagne était exceptionnelle par sa stabilité apparente jusqu’aux dernières élections législatives (2). Pourtant, l’AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l’Allemagne) progressait aux différents scrutins.

L’AfD a été crée en 2013 par des professeurs d’économie sur un programme anti-euro, libéral, russophile. Elle a évolué en parti anti-immigration et anti-islam.

Quelques mois après sa fondation, elle manque de peu son entrée au Bundestag avec plus 2 millions de voix, soit 4,7 %. Il aurait fallu qu’elle en recueille 5 % !

Aux élections européennes de 2014, elle obtient 7 % de voix et 7 députés sur 96. Depuis 2014, à chaque élection régionale, l’AfD obtient des élus : au total, elle en a actuellement dans 13 régions sur 16 (3 régions en 2014, 2 en 2015, 5 en 2016, 3 en 2017) atteignant jusqu’à 20,8 % dans le Mecklenbourg-Poméranie-Occidentale et 24,3 % en Saxe-Anhalt. Aux législatives 2017, avec près de 6 millions de voix (12,6%), elle devient le troisième parti en Allemagne et fait élire 94 députés (sur 709).

Angela Merkel, désignée à 10 reprises (2006-2009 et 2011-2016) comme la femme la plus puissante du monde, est devenue Mutti, la mère de la nation et, récemment, sous la plume de journalistes comme Jakob Augstein, « la mère du monstre».

Angela Merkel, chancelière de la puissante Allemagne depuis 12 ans, ne peut être tenue comme irresponsable de la désaffection pour l’UE, dans tous les pays même les plus europhiles, et de la montée de la droite extrême dans toute l’UE. Car Angela Merkel et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, ont imposé leur politique d’austérité à tous les pays de l’UE, avec l’accord, plus ou moins contraint, plus ou moins enthousiaste, des gouvernements nationaux.

En France, la politique économique et sociale du gouvernement allemand est présentée comme le modèle, avec souvent quelques oublis : développement des énergies renouvelable, arrêt du nucléaire, immigration...

Jusqu’à ces dernières semaines, les politiques, les médias ne tarissaient pas d’éloges sur ses excellents résultats : grâce aux réformes de Gerhard Schröder, chancelier social démocrate 1998 -2005, et à la politique suivie par Angela Merkel et ses gouvernements de coalition avec le SPD (2005), le FDP (2009) et à nouveau le SPD (2013) : taux de croissance au plus haut, en partie dopée par l’arrivée d’immigrés (3), chômage divisé par trois en douze ans, baisse de l’endettement de l’État, solde positif des finances publiques, balance commerciale fortement positive, notamment avec les autres États de l’UE...

Plus récemment, des données, connues mais discrètement ignorées parce que moins flatteuses et moins séduisantes, ont aussi été publiées : doublement du pourcentage de la population pauvre depuis 2015 et du nombre de travailleurs pauvres, le plein emploi étant obtenu par l’augmentation des mini-jobs. En plus des 2,5 millions de chômeurs officiels, 1 million de personnes en situation de sous-emploi et dont beaucoup sont des travailleurs pauvres qui ne sont pas comptés comme chômeurs. Augmentation de 30 % des retraités pauvres… communes en crise budgétaire, mauvais état des infrastructures faute d’investissements…

Finalement, la politique de rigueur a exacerbé le clivage entre pays de l’Europe du nord et du sud. Mais même dans les pays dits prospères comme les Pays-Bas, la Scandinavie, l’Autriche et maintenant l’Allemagne... le développement des inégalités, une augmentation du nombre des très riches et des pauvres, entraîne l’apparition de votes de contestation. La CDU/CSU de Angela Merkel et Worfgang Schäuble a nettement emporté les élections législatives mais avec le taux le plus faible depuis 1949. Et depuis 1933, pour le SPD, son allié au gouvernement lors de la dernière législature !!!
C’est la sanction de la politique suivie depuis Gerhard Schröder par les deux partis de gouvernement, CDU/CSU et SPD.

Après les législatives en Allemagne

Face au succès de l’AfD, seul le parti libéral (FDP) a amélioré sa position. Appartenant au gouvernement, il n’a pas atteint les 5 % en 2012 et n’était plus présent au Bundestag. Il y revient du fait de son évolution vers l’européo-scepticisme.

L’entrée au Bundestag, pour la première fois depuis la fin de Seconde guerre mondiale, d’un parti d’extrême droite a créé un choc. Des manifestations ont eu lieu dés le dimanche 24 septembre dans la soirée dans plusieurs villes d’Allemagne à Cologne Francfort, Munich et Berlin. Ici aux cris de « tout Berlin hait les nazis », « nazis dehors » ou encore « le racisme n'est pas une alternative », « nous sommes unis, vous êtes de la merde », « écrasons le nationalisme »
Il n’est pas sûr que ce soit la bonne méthode pour arrêter la progression de l’AfD. L’expérience française a montré les limites de ce type de manifestation.

Le SPD a décidé de ne pas participer à la prochaine coalition gouvernementale, non parce que sa politique était mauvaise pour la population, pour l’Allemagne ou pour l’UE, c’est lui qui en est à l’origine avec Gerhard Schröder, qui l’a soutenu durant deux des trois mandatures d’Angela Merkel : 8 postes de ministre sur 16 dans le cabinet Merkel I dont ceux du Travail et des Affaires sociales, des Affaires étrangères, des Finances… ; 6 sur 16 dans le cabinet Merkel III dont ceux de l’Économie et l’Énergie (4), des Affaires étrangères, du Travail et des Affaires sociales… Mais à cause des mauvais électoraux.
Il ne fait pas de doute qu’il va profiter de son passage dans l’opposition pour donner des couleurs à son futur programme… pour gagner des voix… Mais quel degré de confiance les électeurs allemands pourront-ils lui accorder ?

Le cabinet Merkel IV annoncé pourrait regrouper, la CDU/CSU, le FDP et les Grünen (Les Verts). Difficilement à cause de positions divergentes du FDP et des Grünen sur l’UE. C’est dire que seule Die Linke qui défend une ligne antilibérale et un socialisme démocratique pourrait incarner une opposition de gauche, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à maintenant alors que le SPD était au gouvernement. Ce qui risque d’être encore plus difficile avec un SPD officiellement dans l’opposition.

 

Après les législatives en Allemagne

1 – Le Fidesz pour Fiatal Demokraták Szövetsége (Alliance des jeunes démocrates) est l’appellation la plus courante du parti présidé par Viktor Orbán. A partir de 1995, son nom officiel a été Fidesz – Magyar Polgári Párt (Parti civique hongrois), puis à partir de 2003 Fidesz – Magyar Polgári Szövetség (Alliance civique hongroise).

2 – Résultats : CDU/CSU : 32,93% (-8,6), SPD : 20,51 (-5,2), AfD:12,64 (+7,9), FDP : 10,75 (+6), Die Linke : 9,24 (+0,7), Die Grünen 8,94 (+0,5).

3 - La croissance de l’économie allemande, qui s’élève à 1,9 % en 2016, est supérieure d’un demi-point à la moyenne des dix années précédentes (1,4 %). La hausse des dépenses de l’État et l’augmentation globale de la consommation liées à l’arrivée des réfugiés ont eu sur l’économie un fort effet d’entraînement. Le Monde Économie, 13/01/17.

4Peu de temps après son retrait de la vie politique, Gerhard Schröder est nommé à la tête du consortium chargé de la construction du gazoduc Nord Stream dont le premier partenaire est la société russe Gazprom (Wikipedia).

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 08:25
C’est loin l’Amérique ? (2)

Souvent, ce qui se passe aux États-Unis d’Amérique (ÉUA) arrive quelque temps plus tard en Europe. D’où la question : Faut-il s’attendre à des résultats semblables à ceux de l’élection présidentielle étasunienne, lors des consultations importantes qui vont avoir lieu dans les mois qui viennent : référendum en décembre en Italie, élections au printemps en France et aux Pays-Bas, en septembre en Allemagne.

En réalité, cette fois, c’est plutôt dans les pays européens que les choses ont commencé.

 

La tornade libérale qui a envahi le monde est partie du Royaume-Uni sous l’impulsion de Margaret Thatcher suivie aux ÉUA de Ronald Reagan avant de se répandre dans les autres pays.

 

C’est la même antériorité du Royaume-Uni que Donald Trump a reconnue en promettant de faire de l’élection présidentielle aux ÉUA un Brexit puissance trois ! Promesse tenue !

Mais au Royaume-Uni, la dynamique est partie en dehors des deux grands partis de gouvernement qui en ont été ébranlés.

 

Un rejet des gouvernements des États et de l’UE parcourt toute l’Europe. Ce rejet a, jusqu’ici, été maîtrisé par des astuces juridiques, des immixtions politiques, des pressions financières. De véritables dénis de démocratie. Ce qui entraîne la formation et la croissance de mouvements et de partis qui s’attaquent de plus en plus, au-delà des gouvernements, à des principes démocratiques que l’on croyait définitivement installés.

 

Les premières atteintes à la démocratie, dans son esprit, sont venues des gouvernements dans la construction de l’UE. Ils ont contesté le résultat des référendums dans plusieurs pays.
Les peuples ont ainsi appris qu’il y avait une seule réponse possible lors des référendums. Si la réponse n’était pas satisfaisante pour ceux qui la posaient, un second référendum était organisé. Ou le peuple était déchargé de sa responsabilité, trop grande pour lui, en faveur de ses représentants qu’il avait désavoués.

 

Dans ces occasions, comme lors des résultats du référendum sur le Brexit ou lors de l’élection présidentielle aux États-Unis, l’énorme majorité des compétents sont stupéfaits de voir que les peuples peuvent avoir un avis autonome. D’où un mépris affiché avant, pendant et après la consultation : le peuple n’a rien compris. Seule autocritique possible, les compétents n’avaient pas suffisamment expliqué les bienfaits qu’il fallait attendre des solutions proposées. Malgré la quasi-unanimité des médias.
Leur intelligence était dés lors toute mobilisée pour voir comment contourner cette volonté populaire aberrante.


Un pas de plus vient d’être franchi. L'Accord économique et commercial global (AEGC) ou Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA), traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, signé le 30 octobre par les 28 gouvernements européens et le gouvernement canadien, sera appliqué, provisoirement, avant que les parlements ne l’aient adopté. Quelle pudeur, provisoirement !

Même les parlements vont être court-circuités ! Que se passera-t-il si un ou plusieurs pays de l’UE refusent de l’entériner quand il sera en application depuis une ou plusieurs années…

Que va devenir l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE, mis, provisoirement, au réfrigérateur mais non annulé, depuis son rejet par référendum aux Pays-Bas ?

Pendant ce temps, du fait de la politique suivie, la faille entre les riches et les pauvres ne cesse de grandir, y compris dans les pays dits exemplaires qui ont inventé les jobs, ein euro ou les zero contracts !

Inutile de revenir sur les péripéties de la politique sociale et économique imposée au peuple grec et à son gouvernement légal, malgré élection et référendum… Politique imposée par Wolfgang Schäuble avec le soutien des autres États et de la troïka ; ou sur la résistance du gouvernement de Matteo Renzi face à la Commission européenne (CE).

 

C’est loin l’Amérique ? (2)

Certains en viennent à remettre en question la pratique du référendum comme Nicolas Sarkozy qui n’a pas provoqué un nouveau référendum pour le texte modifié du projet de Constitution européenne mais l’a fait adopter par le parlement dont l’immense majorité approuvait le texte avant sa modification. Succès assuré. Il n’a pas respecté le peuple souverain.

Par contre, le même Nicolas Sarkozy est plein de respect pour le peuple souverain qui vient d’élire Donald Trump parce qu’il espère gagner avec des méthodes proches, promettant tout et son contraire suivant les circonstances.
Il aurait pourtant du se rendre à l‘évidence : il est plus facile d’analyser collectivement un texte aussi complexe soit-il que de savoir ce qui se passe dans la tête d’un président nouvellement élu.

Beaucoup se posent aujourd’hui la question à propos de Ronald Trump dont les propos de campagne n’ont pas toujours respecté les canons de la logique. Mais qui avait prévu, adversaire ou partisan, ce que ferait François Hollande de sa présidence ?

 

Ne serait-il pas plus judicieux que tous les démocrates se posent la question de la mise en place d’une assemblée nationale constituante par élection de ses membres ou tirage au sort ? Pour remplacer la constitution de la Vième République qui a instauré une présidence pratiquement sans contre pouvoir et dont on peut constater les inconvénients.

 

Donald Trump n’est pas le premier à gagner une élection grâce à sa fortune personnelle. Silvio Berlusconi l’a précédé depuis longtemps dans cette voie. L’un est devenu célèbre, par sa fortune dans l’immobilier et son émission de télé-réalité The Apprentice, l’autre tout aussi chef d’entreprise et surtout patron de chaînes de télévision. Tous deux étaient déjà bien connus avant leur engagement politique.

Coté fortune, Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen ne sont à plaindre.

 

Donald Trump a probablement gagné les élections par le mépris affiché des convenances dont il a fait preuve. Silvio Berlusconi a, ici aussi, montré l’exemple et a fait une longue carrière (terminée?) avec ses plaisanteries douteuses, poursuivi du mépris de ses collègues au niveau international.

 

Donald Trump a prononcé des phrases, discutées par ses partisans et ses adversaires au pont de devenir centrales. En France, Nicolas Sarkozy, une proposition par jour, et Jan-Marie Le Pen spécialiste des suggestions racistes répétées, ont construit une bonne partie de leur popularité sur cette technique d’occupation de l’espace médiatique en permanence.

Jean-Marie Le Pen est probablement le père de la technique. Mêlant patience et provocations, il a réussi à se hisser au second tour de l’élection présidentielle de 2002. C’est un véritable virtuose en matière de racisme antisémite avec un succès indiscutable. Lançant une phrase douteuse mais qui touchait une partie de la population et qui était renforcée par les explications de ses adversaires donnant à voir leur sens caché et se faisant ainsi interprète et porte-parole inconscients. Se plaçant toujours sur le terrain qu’il avait choisi au lieu d’avancer des propositions constructives.De même, pour son racisme anti-immigrés, avançant des chiffres ou des propositions contestables et amenant ses adversaires à les discuter et donc à les valider par cette prise en considération.
Il suffit de voir tous les argumentaires publiés pour dénoncer ses affirmations. Qui tournent depuis 40 ans autour des mêmes questions. Et qui
contestent Jean-Marie Le Pen avec des propos rationnels pour personnes convaincues. Le seul fait d’expliquer ou de dénoncer ces mensonge les renforce.
Donald Trump a pu avoir des mots encore plus méprisants contre les Noirs, les femmes, les Latinos, qui étaient largement repris par les médias et ne risquaient pas de le conduire devant un tribunal pour le délit de racisme qui n’existe pas aux ÉUA ?

Les Français dans leur immense majorité ne sont pas racistes même si certains tiennent des propos racistes et si quelques uns vont jusqu’à l’acte. Mais les sondages de la Commission nationale consultative de défense des droits de l’homme permettent de constater que la tolérance a progressé. Et même après les graves événements de ces derniers mois, il n’y a pas eu la dérive dangereuse que beaucoup craignaient.
Mais qui a pris le temps de s’adresser au cœur de ces Français au lieu de les traiter, avec suffisance, de beauf, d’imbéciles ou de racistes. Est-ce ainsi qu’on veut les faire changer ?

Donald Trump a porté la technique de Jean-Marie Le Pen à l’échelle étasunienne. Avec les médias numériques, peu importe ce qui est dit : ce qui compte, c’est le nombre de clics ! Comme ses déclarations ont choqué et augmenté l’audience des chaînes d’information, elles lui ont proposé de s’expliquer, poussant des opposant à réfuter ses arguments… Et CNN aurait gagné environ 100 millions de dollars de plus que prévu pendant le cycle électoral. En grande partie grâce à Trump (Courrier international 10-16/11/16).

En France les Le Pen, père et fille, n’ont pas beaucoup à se plaindre de leur place dans les médias. Mais la plupart de leurs adversaires n’ont guère de propositions à avancer en dehors de la politique suivie depuis des lustres et qu’ils se proposent d’accentuer. Et qui aboutissent à enfoncer les plus faibles dans la pauvreté, la culpabilité et le mépris.

La révolte sourde a été rendue visible au Royaume-Uni par le Brexit, aux ÉUA par l’élection de Donald Trump, en France avec la montée du Front national qui ne date pas d’hier mais qui peut franchir une nouvelle étape. Elle se voit aussi dans des pays, autrefois au dessus de tout soupçon : Belgique avec le Vlam Belang (Intérêt flamand), Pays-Bas avec le Parti pour la liberté (PVV), Allemagne avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), Italie avec la Ligue du Nord et le Mouvement cinq étoiles, Hongrie avec Viktor Orbán et encore plus à droite le Jobbik (Alliance des jeunes de droite - Mouvement pour une meilleure Hongrie), Roumanie avec le Parti de la Grande Roumanie, Autriche avec le FPÖ (Parti de la liberté d'Autriche), Norvège avec le Parti du progrès ou Danemark avec le Parti populaire (Mediapart 10/11/16).

Dans les faits, le premier parti des pauvres est celui des abstentionnistes. A chaque fois qu’ils ont eu un début d’espoir, ils se sont, au moins partiellement, mobilisés et n’ont pas tardé à être déçus. Ils ne se sont pas sentis abandonnés, comme on le lit partout, ils ont été abandonnés et trahis. Certains ont même théorisé cet abandon : les questions sociétales, qu’il ne faut pas négliger, sont plus importantes que les questions sociales qui sont négligées

Reste à espérer est-ce réaliste ? que ceux qui ne se trompent pas d’adversaire et qui essaient de redonner un espoir et un sens à la révolte sauront les motiver : Podemos en Espagne, Die Linke en Allemagne, Syriza en Grèce malgré ses échecs, Bloc des gauches au Portugal, France insoumise, travaillistes de Jeremy Corbyn, électeurs de Bernie Sanders….

Aux élections étasuniennes on a vu que les abandonnés, les jeunes pouvaient se mobiliser avec Sanders, mais non avec ceux ceux qui les enfoncent à l’occasion de la crise la plus importante depuis 1929, qui dure maintenant depuis près de 10 ans et risque de tourner à la catastrophe…
Plus que tous, ils ont intérêt à renverser la table.

Papa, c’est loin l’Amérique ? Ne te laisse pas faire ! Ne te laisse pas mener par le bout du nez ! Pense par toi-même, agis, parle, vote !

C’est loin l’Amérique ? (2)
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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 21:18
Siège de la BCE à Fr'ancfort

Siège de la BCE à Fr'ancfort

Margaret Thatcher a gagné. Tina (There is no alternative, Il n'y a pas d'autre choix) a conquis le monde. Première ministre du Royaume-Uni, 1979-1990, elle a lancé la révolution conservatrice : libéralisme économique, privatisations, baisse des impôts directs et augmentation des impôts indirects, maîtrise de l’inflation et du déficit public, lutte contre les syndicats et... accroissement des inégalités. En politique étrangère, souveraineté britannique, guerre des Malouines, forte opposition à l’Urss dans le cadre de l’Alliance atlantique et Europe du marché, du libre-échange.

Cette politique n’a pas seulement séduit les conservateurs mais aussi, peu à peu, de nombreux partis de la gauche de gouvernement. Désormais, il est difficile de faire la différence entre une politique socio-économique de droite ou de gauche. Ce sont les questions sociétales plus qu’économiques et sociales qui font la différence.

Encore que sur ces questions, les pays occidentaux ont beaucoup évolué, par exemple sur le mariage entre personnes de même sexe. Dans le monde, 22 États l’autorisent. Dans l’Union européenne, 11 États l’ont légalisé, un projet de loi est en projet dans un État et 10 autorisent l’union civile. Cette reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe, commencée en 2001 aux Pays-Bas, s’étend peu à peu à tous les pays de l’Union européenne et correspond à une sécularisation des sociétés, avec ou sans laïcité, quelle que soit la religion dominante (1).

En France, malgré les démonstrations de La Manif pour tous et ses liens avec l’Église catholique, la droite et l’extrême droite, les partis de droite et d’extrême-droite ne parlent plus de le remettre en question.

Reste la question dure, un chômage important qui dure depuis 30 ans et qui touche tous les pays de l’Union européenne. Les gouvernements, de droite ou de gauche, avancent la même réponse : baisse des impôts et flexibilité de l‘emploi. Quelques années plus tard, certains gouvernements se félicitent des résultats comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Mais cette diminution du chômage se fait au prix d’une précarisation des travailleurs : augmentation du travail à temps partiel, auto-entrepreneurs, petits boulots…

Allemagne, Royaume-Uni, le modèle ?

Au Royaume-Uni, invention sublime, le zero-hour contract, contrat zéro heure !
Ce contrat prévoit que le salarié est disponible à n'importe quel moment de la journée, pour travailler suivant les besoins de l’employeur. Il n’oblige pas le patron à fixer un temps de travail minimal, ni un salaire minimum. Seules les heures travaillées sont rémunérées, pas de congé maladie, de congés paternité ou maternité. Les congés payés sont calculés sur les heures de travail effectuées. Parfois, une clause d'exclusivité lie le salarié à un unique employeur, quel que soit le nombre d'heures (2).

De nombreuses grandes entreprises utilisent ce type de contrat, par exemple Mc Donald’s (90% de ses 83 000 emplois au Royaume-Uni)… et même des collectivités locales, notamment pour l'accueil du public ou l'assistance aux personnes âgées. En 2015, environ 1,5 million de contrats avec quelques heures par mois et 1,3 million sans aucune heure travaillée. Plus d'un employeur sur dix y a recours (3).

En Allemagne, le taux de chômage, définition OIT, est de 4,3 % contre 10,5 % en 2006, le plus faible d’Europe, favorisé par l’importance de la population vieillissante, sortant du marché du travail et le besoin de main d’œuvre pour l’aide aux personnes âgées, une faible augmentation de la productivité surtout dans les services, suite à la faiblesse du coût de la main d’œuvre mais, surtout, hausse des emplois à temps partiel (4). Entre 2005 et 2015, la proportion des travailleurs à temps partiel est passée de 34,3 % à 38,3 %.
Depuis 2005, le gouvernement propose, aux bénéficiaires de minima sociaux, des ein euro jobs, emplois payés 1,05 euro de l’heure, pour des travaux d’intérêt général (5). En 2009, 280.000 personnes avaient un ein euro job sous peine de voir diminuer le montant de leurs indemnités.

La ministre du travail, Andrea Nahles, veut créer 100 000 emplois d’utilité publique pour les réfugiés, tremplins pour intégrer ensuite le marché du travail, rémunérés à 80 centimes de l’heure (6) alors que le Smic, nouvellement créé est à 8,5 euros de l’heure.
Ces ein euro jobs ont été mis en place sous le gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder, modèle de François Hollande, dans la lutte contre le chômage.

D'après les derniers chiffres d'Eurostat, le taux de risque de pauvreté - 60% du revenu médian, aides sociales comprises - en Allemagne et au Royaume Uni est de 17%, contre un peu plus de 13% pour la France. (7). Au total, moins de chômeurs mais plus de pauvres !
Est-ce le but recherché ? L’économie va bien, merci ! Les travailleurs…

La faiblesse des salaires, absence ou faiblesse du Smic, instauré seulement en 2015 en Allemagne (8,5 euros/heure contre 9,61 en France), la flexibilité, les ein euro jobs ne suffisent pas à expliquer les succès à l’exportation. Ils tiennent aussi à ses nombreuses et efficaces PME, à la réputation de la qualité allemande et à ses choix industriels : produits du haut de gamme...

Autant de questions dont sont responsables les gouvernements et les dirigeants des entreprises et non les travailleurs.

Car qui est, par exemple, responsable du choix du diesel, pollueur aujourd’hui condamné, dans la motorisation des voitures ? Soutenu depuis des années par les gouvernements… En 2012, Peugeot a investi en recherche et développement deux fois moins par voiture produite que Volkswagen (8).

Qui est responsable de l’engagement dans le nucléaire au détriment des énergies renouvelables plus favorables à l’emploi ? Areva vient de vendre à Siemens son secteur éoliennes en mer et devant le succès de la construction de l’EPR à Flamanville et en Finlande, se lance dans la construction d’un complexe au Royaume-Uni, deux réacteurs à Hinkley Point. Drôle de façon de sortir du nucléaire… Au prix d’une situation financière qui a entraîné la démission récente du directeur financier d’Areva.

Qui paie les conséquences des mauvaises orientations industrielles ? Ce ne sont pas les actionnaires, les dividendes augmentent, ce ne sont pas les Pdg, Carlos Tavares a doublé ses rémunération en 2015. Ce sont les travailleurs et les contribuables.
Sans compter le coût humain et financier de la protection des mines d’uranium du Niger…

Ce sont les dirigeants d’entreprises, quelquefois avec parmi eux des représentants de l’État qui ont pris les décisions d’investissement. Les salariés, les contribuables subissent les conséquence de ces décisions auxquelles ils n’ont pris aucune part.

On aimerait entendre ceux qui pourfendent l’assistanat, parler de l’assistanat aux entreprises, de l’augmentation des dividendes, des parachutes dorés des Pdg, indépendants des résultats de leur entreprise.

Allemagne, Royaume-Uni, le modèle ?

La politique salariale allemande n’entraîne pas seulement une augmentation de la pauvreté en Allemagne. Elle a des conséquences au niveau européen. Par l’hégémonie idéologique que la puissance allemande exerce sur les différents gouvernements européens. Par mimétisme ou par l’entremise des pactes européens.

La politique salariale de l’Allemagne favorise les exportations et freine la consommation donc les importations, notamment en provenance des autres pays de l’Union européenne.

En mettant en place une politique de modération salariale très sévère, l'Allemagne a permis à ses entreprises de renforcer leur compétitivité-prix, notamment au détriment de leurs principales rivales, les entreprises européennes et en particulier françaises. Sachant que la compétitivité hors prix des premières était déjà supérieure - ou jugée comme telle - à celles des secondes, l'Allemagne creuse l'écart (9).

Pour la troisième année consécutive, la Commission européenne a ouvert une procédure pour déséquilibres macroéconomiques en raison d'un important excédent dans la balance des transactions du pays. La Commission accuse l'Allemagne de mener une politique favorisant les exportations plus que la consommation. La politique d’austérité du gouvernement socialiste français pour l’instant relativement modérée favorise les importations d’Allemagne. La France contribue pour 60 % au solde commercial allemand sur la zone euro et contribue à la prospérité des entreprises allemandes.

Cette politique entraîne tous les pays de l’Union européenne dans une réduction compétitive des salaires, avec une augmentation de la pauvreté, notamment des travailleurs pauvres. Elle contribue au rejet du politique, surtout des politiques et de l’Union européenne. A ce jour, seule la Grèce de Tsipras et Syriza s’est opposée frontalement à la politique suivie. Plus récemment, Matteo Renzi a refusé de participer à la conférence de presse de Angela Merkel et François Hollande à Bratislava et a fait entendre son opposition à cette politique (et au manque de solidarité avec les pays en première ligne sur la question des réfugiés).

Cette politique d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble, de la CDU-CSU et non des Allemands, qui en paient aussi les conséquences, pourrait, devrait être un des points fondamentaux de l’élection présidentielle et des élections législatives de 2017.

Ce n’est pas le cas pour le moment. Il est beaucoup plus intéressant de parler du Grand Prix de l’Élysée, de spéculer sur le nombre de partants et le classement à l’arrivée quelle que soit la casaque et surtout le contenu de la besace.

1 - Pays autorisant le mariage entre personnes de même sexe dans l’Union européenne : Pays-Bas 2001, Belgique 2003, Espagne 2005, Suède 2009, avec obligation pour l’Église de trouver un pasteur pour célébrer les mariages religieux, Portugal 2010, Danemark 2012, France, 2013, Luxembourg 2014, Irlande 2015 et Finlande à partir de mars 2017. Pays autorisant une union civile : Allemagne 2001, Croatie 2003, Slovénie 2005, Tchéquie 2006, Hongrie 2007, Autriche 2010, Malte 2014, Chypre 2015, Grèce 2015, Estonie 2016, Italie 2016. Au Royaume-Uni, Angleterre, Pays de Galles, Écosse autorisent le mariage et et l’Irlande du Nord, l’union civile

2 - France Info 01/10/2015

3 - Wikipedia

4 - La Tribune, 31/03/2016

5 - L’Opinion 16/05/16

6 - latribune.fr 25/08/2016

7 - Antoine Krempf Radio France, 28/03/2016

8 - Politis 15/09/2016

9 - La tribune 11/02/2015

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 17:33
L'Union européenne affolée !

L'Union européenne affolée !

Avec le vote du Brexit, l'Union européenne est fortement ébranlée par la droite, nationaliste, xénophobe, raciste, britannique malgré la pression de l'internationale libérale ; d'Obama à Juncker en passant par la City, les bourses et tous les chefs de gouvernement libéraux de l'Union européenne.

Bien entendu, après avoir fait pression, ce chantres du libéralisme insistent sur l'inconscience des citoyens et sur les conséquences désastreuse du Brexit, projettent des réunions d'urgence : ils reconnaissent, plus ou moins, le manque de démocratie à l’échelle de l'Union et promettent une fois de plus…

Il a fallu le Brexit pour que ces gouvernants se rendent compte du désamour des peuples pour leur conception de l’Union européenne : pourtant combien de référendums l'avaient annoncé, pourtant les résultats des différentes élections montraient bien la montée des droites nationalistes..

Il est remarquable que les plus attaqués par l'opinion publique soient les institutions et les bureaucrates de Bruxelles. Mais l'agitation apparente est surtout celle des gouvernants : François Hollande reçoit et consulte, à tout va, les partis nationaux, les partenaires européens, réunion des ministres des affaires étrangères à Berlin, rencontre Merkel-Hollande-Renzi, puis mardi-mercredi sommet européen sur le Brexit…. François Hollande espère-t-il, retrouver une place dans l'Union européenne, grappiller quelques points dans les sondages et se remettre en selle ?
« La mollesse de la réponse à la crise sociale et l’irrésolution dans la crise migratoire de cet été ont achevé l’ouvrage. Les classes populaires, sur tout le continent, n’y croient plus ». (Laurent Joffrin Libération 25/06/16) Mais peu de gouvernants parlent de la crise sociale et semblent plus motivés par la montée antieuropéenne des nationalistes.
Que vont-ils proposer ? Les partis sociaux-démocrates ou conservateurs européens, vont profiter de cette crise, pour essayer de susciter un nouveau sursaut pour l'Europe, pour la même Europe, sociale-libérale,. À six ? À 19 (euro). Pensent-ils encore berner les peuples ? Tandis que Jean-Luc Mélenchon demande une « harmonisation sociale par le haut » et Marine Le Pen, « la mise en œuvre d'un référendum pour demander aux Français s'ils souhaitent rester dans l'Union européenne ».

Ils vont proposer des cosmétiques ! Car le « pouvoir européen » est essentiellement aux mains du le Conseil européen, c'est à dire les chefs d’État et de gouvernement, qui ont pris à l’unanimité ou à la majorité qualifiée les décisions importantes, traités européens... Les chefs d’État et de gouvernement votent à Bruxelles, reviennent dans leur pays et protestent contre ce qu'ils on voté à Bruxelles. Peuvent-ils se dédire ? David Cameron n'est pas le seul responsable du Brexit… Il est le seul démissionnaire...

Mais ils ne sont pas les seuls. Ce n'est pas Bruxelles qui a cassé les syndicats britanniques : c'est Thatcher, conservatrice, mère de Tina. Quelle a été en Europe la mobilisation pour soutenir les syndicats britanniques ?
Ce n'est pas l'UE qui a imposé Hartz aux syndicats allemands : c'est Schröder, social-démocrate, alors que les syndicats allemands faisaient grève tous les lundis. Qui, en Europe, s'est solidarisé avec les syndicats allemands ? Nous étions une dizaine à La Villette, tous les lundis.
Qui a été le principal ennemi de Syriza : c'est Schaüble. Combien de manifestations dans l'Union pour soutenir Syriza ? Et des manifestations peu spectaculaires à Paris.
François Hollande veut être le Schröder ou le Thatcher français ? Qui, en Europe, manifeste sa solidarité avec les syndicats français ? Malgré la résistance des Français, à travers les manifestations ou les sondages. Et même les parlementaires qui obligent le gouvernement à utiliser le 49-3 pour faire passer sa contre-réforme ?

La grave vérité, c'est qu'il n'y pas d'internationale des internationalistes. Des syndicats, hormis la Confédération européenne des syndicats dont on connaît la forte capacité à ne rien faire !

Il y a une véritable internationale des gouvernements favorables au libéralisme qui joue à plein au Conseil européen.. Il y a, paradoxe, une internationale nationaliste.
Pardon, il
y a aussi un Altersommet qui se réunira en novembre à Bruxelles, les gouvernements européennes en tremblent.

Il y a eu le "non" en 2005 qui était pas seulement de gauche mais 5 ou 6 candidats du « non de gauche » à la présidentielles suivante : chacun voulant récupérer, à son profit exclusif, les résultats d'une campagne importante. Un véritable » succès !
Et, aujourd'hui, l'essentiel tourne autour des dix candidats potentiels à l'élection à la présidence de la République, de droite, et aux dix de gauche ! Entretenu quotidiennement pas les uns et les autres, avec, bien entendu, le soutien des médias et des bureaucrates français, de gauche et de droite. La France est abonnée au PMU et spécule sur le couplé gagnant !

Le Brexit britannique a été obtenu essentiellement par le vote xénophobe, raciste, nationaliste. Tous les nationalistes de l’Union européenne s'en félicitent et veulent s'en inspirer pour proposer des référendums qu'ils espèrent gagner. Et les eurocrates nationaux et bruxellois sont tout étonnés des résultats de la consultation britannique. Comme s'il n'était pas annoncé, au Royaume-Uni ou ailleurs, par tous les référendums antérieurs, dont ils n'ont nullement tenu compte. Par tous les sondages internationaux qui témoignent du désenchantement européen, y compris dans les pays les plus europhiles.

Aujourd'hui, en période préélectorale en France et en Allemagne, François Hollande s'agite, en Allemagne, Sigmar Gabriel, président du SPD et Martin Schulz, publient un texte qui critique la politique d’austérité qu'ils ont, jusqu'ici, accompagnée, l'un comme vice-chancelier, l'autre comme président du Parlement européen. Quelle crédibilité peuvent-ils avoir ?

Malheureusement le coup décisif est venu de la droite. Pour que la gauche renverse la table au niveau européen, c'est plutôt mal parti. Servira-t-elle de force d'appoint à la droite dans le démantèlement ?
Pour qu'elle reprenne la main, il faudra qu'elle change beauc
oup. Qu'elle se coordonne au niveau de l'Union. A une époque, on spéculait sur le socialisme dans un seul pays... Peut-on faire faire une politique économique et sociale nouvelle dans un seul pays ?Peut-on faire la France-sociale seule ?

Quelles alliances décisives sont possibles au niveau européen ? Qui en prendra l'initiative ? Qui sera à l’origine de (puissantes ?) manifestions de gauche dans toute l'Union européenne ?

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 20:25

Après le référendum britannique...

Conçu par David Cameron pour gagner les dernières élections législatives, le référendum britannique a bien joué son rôle. Mais quel qu'en soit le résultat, c'est le coup dur institutionnel le plus puissant porté à la construction de l'Union européenne.

Sachant son parti divisé sur la question européenne et sentant la poussée de l'UKIP (United Kingdom Independence Party), droite antieuropéenne, en passe de lui ravir nombre d'électeurs, David Cameron a pensé qu'il pouvait perdre les élections et laisser sa place au parti travailliste. En annonçant qu'il allait entamer une négociation avec l'Union européenne et qu'il en soumettrait le résultat au peuple britannique par référendum, il a ramené de nombreux électeurs au parti conservateur qui auraient voté pour l'UKIP.
Victoire qui a déjoué les pronostics et les sondages mais la prochaine élection risque fort de lui être fatale.

L'heure de vérité est arrivée : la situation rappelle celle de 2005 en France où toutes les « élites » se relayaient pour faire voter « oui » au référendum sur le projet de constitution européenne. On connaît le résultat qui, d'ailleurs, n'a pas été respecté. Au Royaume-Uni, toutes les élites européennes poussent contre le Brexit, et les bourses, et la City, et même le président Obama… Avec le même succès ? Réponse le 23.

Si les Britanniques votent pour la sortie de l'Union, David Cameron devra démissionner et l'UKIP sera renforcé par rapport au parti conservateur, pouvant entraîner une victoire des travaillistes, face à la droite divisée. En tout cas, David Cameron devrait être remplacé à la tête de son parti.

Si les Britanniques votent pour le maintien, David Cameron restera à la tête du parti mais les prochaines élections législatives seront très difficiles pour lui. Il ne pourra pas sortir de la manche une nouvelle carte et les partisans du Brexit au sein du parti conservateur risquent de faire alliance avec l'UKIP.

Le tour de passe-passe qui a permis à David Cameron de rester au pouvoir quelques années de plus, risque fort d'entraîner bien des secousses au niveau de l'Union européenne. Et peut-être quelques chutes d'où la grande peur qui s'est emparée des capitales européennes.

Après le référendum britannique...

Quel que soit le résultat, la tentation et la peur d'un référendum dans un ou plusieurs pays de l'Union parcourent l'Union sera grande. Bruxelles et les gouvernements sont tétanisés. Au point que la « crise migratoire » et toutes les autres questions semblent suspendues au 23 juin !

Si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, 2 à 5 ans de négociations seront nécessaires pour régler toutes les relations entre ces deux entités. Et, sortie ou non, d'autres pays demanderont un nouveau statut, de nouvelles relations avec l'Union.

Pour faire face à cet éclatement annoncé, certains avancent la nécessité d'un renforcement de l'Union autour des pays qui veulent continuer l'aventure avec les 19 de la zone euro ? Avec seulement les pays fondateurs, les 6 ou les 10 ou les 12 ? Mais qui suivra cette initiative ? Peuvent-ils envisager un renforcement de l'Union sans consulter les peuples ?

Dans ces spéculations, il ne faut pas oublier que l'époque a bien changé, que la passivité bienveillante des peuples a disparu, que désormais l’euroscepticisme a le vent en poupe dans tous les pays quelle que soit l'ancienneté de leur adhésion au projet européen. La période est terminée où les gouvernements, au sein du Conseil, prenaient des décisions et, face à leurs électeurs mécontents, affirmaient que tout était la faute de Bruxelles .

Il sera impossible de faire passer plus d'Europe face aux souverainistes et, en même temps, de continuer et renforcer la politique « austéritaire ». Il est beaucoup question du 23 juin mais d'autres élections vont avoir lieu prochainement qui inquiètent beaucoup de monde. D'abord les législatives en Espagne, le 26 juin. D'ici la fin de l'année, on votera dans deux régions en Allemagne… en Tchéquie, Lituanie, Bulgarie… en attendant les élections de 2017 en France (présidentielle, législatives), Allemagne (présidentielle, législatives), Hongrie et Serbie (présidentielle), Norvège (législatives). Il ne fait pas de doute que l'avenir de l'Union européenne sera, peut-être pour la première fois, le sujet principal de ces élections. Et que l’équilibre politique européen risque d'en être fortement modifié.

Le grand danger est qu'il n'existe, face à l'inconscience satisfaite des Eurocrates nationaux ou européens, tous partisans du libéralisme, que les nationalistes seuls capables de proposer un débouché, illusoire, à la crise.

Les Eurocrates nationaux et européens (le Conseil européen, chefs d’État et de gouvernement) se sont mis d'accord pour mettre en place le néolibéralisme à l'échelle européenne et le faire endosser par « l'Europe » ; ils ont promis, à chaque nouvelle avancée, que la prochaine étape serait l'Europe sociale et ils imposent partout, de l'Allemagne avec Gerhard Schröder à la Grèce en passant par l'Espagne, l'Italie, le Portugal… la régression sociale.

La concurrence libre et non faussée était supportable entre pays de même niveau économique, aux lois sociales proches, elle est devenue de plus en plus impossible avec l'extension de l'Union à des pays aux normes sociales bien différentes : on se souvient des rires gras sur le « plombier polonais » en 2005, aujourd’hui, ils sont dans la place. Pas seulement les plombiers. Et la « concurrence libre et non faussée », ils veulent l'étendre au monde entier. Il faut augmenter la compétitivité, diminuer les charges sociales, diminuer les dépenses sociales, le nombre de fonctionnaires dans l'éducation nationale, dans les hôpitaux... y compris dans la police.

Après le référendum britannique...

Ce pays n'a jamais été aussi riche qu'aujourd'hui et le nombre de pauvres augmente et de travailleurs pauvres, il manque des logement… et on constate, chaque jour, que la machine se dérègle : faute investissements dans les infrastructures, faute de personnel. On privatise à tout-va : les aéroports, les stades… Tout est à vendre… Et les inégalités augmentent, en France et partout dans le monde.

Depuis 2008, l'Union européenne est dans la tourmente. Le référendum au Royaume-Uni est, à la fois, un signe et un accélérateur.

Mais l'éclatement de l'Union européenne est-il une solution ?
Ce n'est pas l'Union européenne qui a été à l'origine de la contre révolution néo-libérale mais Margaret Tha
tcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis, suivis par Gerhard Schröder en Allemagne. Margaret Thatcher a cassé les syndicats britanniques, Gerhard Schröder a vaincu les syndicats allemands.
Ces syndicats n'ont reçu aucun soutien des travailleurs des autres pays de l'Union quand ils résistaient à leur gouvernement. Désormais, tous les gouvernements de l'Union, libéraux, démocrates chrétiens, sociaux démocrates sont sur la même ligne. Et quand le peuple grec a voulu se révolter, tous les gouvernements de l'Union ont soutenu Wolfgang Schäuble…

Ce n'est pas l'Union européenne qui a imposé en France la constitution de la Vème république et mis en place le despotisme républicain, sous forme de régime présidentiel, en 1958 ! Qui permet, on le voit avec la loi « travail », de gouverner sans majorité ! L'éclatement de l'Union n'y changera rien !

Il est évident qu'il faut une autre politique institutionnelle, changer de constitution, une autre politique économique, même le FMI a fait son autocritique, une autre politique sociale…

Après le référendum britannique...

S’il n’est pas possible de construire le « socialisme dans un seul pays », est-il possible de mener à bien une telle révolution démocratique dans un seul pays ? Double difficulté.
Seul un important mouvement populaire peut éventuellement amener une gauche véritable en France. Ce n'est pas gagné.
La France n'est pas la Grèce. Mais peut-elle, seule, re
nverser le cours des choses si ne se met pas en place, au niveau européen ou, au moins, au niveau d'un certain nombre de pays européens, un puissant mouvement populaire ?
Il ne faut pas compter pour cela sur la Conférence européenne des syndicats. Pas plus que sur les internationales partidaires.
Dans le passé, ni en France, ni en Europe, un fort mouvement populaire pour le changement ne s'est jamais constitué. La politique suivie et la gravité de la situation dans tous les pays le rend nécessaire. Simultanément.

Mais comme dit l'autre, la marche est haute.

Après le référendum britannique...
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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 13:41

Au niveau de l'Union européenne comme au niveau national, nous vivons dans des sociétés démocratiques : avec liberté d'opinion, d'expression, de circulation... C'est évident, toutes ces libertés sont relatives et sous contrainte légale, financière… Mais bien des personnes au monde seraient heureuses de vivre dans des conditions identiques, qui ne le peuvent pas.
Pour le mode de gouvernement, la démocratie, « le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple », ne correspond pas à la réalité. Nous vivons dans l’illusionnisme démocratique.

Pas totalement. La baisse du taux de participation des citoyens aux élections dans toutes les démocraties occidentales montre que les citoyens, en nombre croissant, prennent conscience de cette illusion. Ils se désintéressent, de plus en plus, non de la chose publique mais des élections.

Les citoyens n'ont pas confiance dans les institutions, ni dans les partis politiques. Ils contestent leur légitimité. Tous les sondages en témoignent. Les politiques n'ont pas lésiné pour convaincre les citoyens que leur rôle était fictif. Votez aux élections, aux référendums et, quel que soit le résultat, nous ferons notre politique, la seule politique possible.

Au niveau de l'Union européenne, les peuples sont parfois consultés par référendum, la pratique est particulièrement éclairante. Ils ont le choix de voter « oui » ou « non »... à condition de voter « oui ». S'ils approuvent le projet « européen », tout va bien, on ne leur demande jamais de revoter. S'ils le refusent, deux solutions : dans le meilleur des cas, ils doivent revoter pour l'approuver ou bien on se passe de leur consentement et leur erreur de jugement est corrigée en faisant entériner la bonne solution par les élus.
De préférence en Congrès pour rendre ce détournement plus solennel ?

Les Pays-Bas, pays démocratique, a institué le référendum d'initiative populaire. Que les Néerlandais ont, récemment, utilisé pour invalider le traité entre l'Union européenne et l'Ukraine signé par les 28 États de l'Union et entré en vigueur depuis le 1er janvier !
Bizarrerie démocratique : organiser un référendum, qui plus est consultatif, sur un texte déjà entré en vigueur. Que vont faire les gouvernements néerlandais et les autres ? Ce référendum n'est que consultatif. Le gouvernement néerlandais peut passer outre… avec un additif interprétatif qui ne sera pas soumis à approbation ?
Le gouvernement Renzi a résolu la question, de façon plus astucieuse, lors d'un référendum sur les plate-formes pétrolières. Il a demandé à ses partisans de ne pas participer au référendum et, ainsi, le quorum n'étant pas atteint, les résultats du référendum qui lui étaient défavorables, n'ont pas été validés !

Après le vote des Néerlandais, une fois de plus, les « compétents » de l'Union dissertent contre l’organisation de référendums sur les question européennes : trop complexes pour être soumises au « petit » peuple qui paie des impôts pour que ses représentants fassent convenablement le travail à sa place.

Il est vrai que depuis 1992, « ceux qui savent » ne sont pas très satisfaits des référendums organisés dans différents pays de l'Union car « il est horriblement difficile de gagner un référendum sur la question européenne » se plaint Bruxelles ! Souvenirs douloureux de référendums négatifs : Danemark, Suède, Irlande, France, Pays-Bas, Grèce… (1)

Bien entendu, ce n'est pas que la politique de l'Union soit mauvaise puisque les gouvernements des 28 États, en responsables, l'ont approuvée. Tout simplement les peuples ne comprennent pas les subtilités de cette politique.

Quel a été le débat le plus démocratique en France de ces 30 dernières années, si ce n'est celui qui a porté sur le « projet de constitution européenne », discuté dans des milliers de réunions pour ou contre et finalement rejeté par les citoyens français ?
Dans aucune élection locale, nationale ou européenne, les programmes des candidats n'ont été aussi profondément décortiqués. Ce qui serait d'ailleurs une tâche inutile, étant donnée la facilité avec laquelle les représentants se libèrent de ce programme, une fois élus.
Comme cela a été inutile pour le projet de Constitution européenne finalement adopté malgré le résultat du référendum !

Les citoyens ne sont pas compétents pour donner leur avis sur un traité, sur des lois... Mais alors, comment ces citoyens peuvent-ils être compétents pour juger, à la fois, du programme des candidats (au niveau municipal, départemental, régional, législatif, présidentiel, européen) et de leur fiabilité ?
Le tirage au sort des représentants ne serait-il pas une meilleure solution ?

Tout le monde est conscient du désenchantement des citoyens pour le fonctionnement de la démocratie. Tout le monde cherche un remède.

Certains, doutant de leur capacité à séduire les électeurs, proposent de rendre le vote obligatoire… Remplacer le droit par l'obligation n'entraînera pas une amélioration de la démocratie. Peut-être, si la loi est respectée, y aura-t-il une diminution des abstentions. Pour que les électeurs participent activement et efficacement à la démocratie, c'est plutôt le comportement des politiques, élus et partis, qu'il faut changer.

Un autre remède à la mode, à droite comme à gauche, semble être les « primaires » pour l'élection présidentielle. Le succès populaire, la forte participation ont beaucoup étonné lors de la primaire de gauche pour la dernière élection présidentielle. Cette primaire a sélectionné le candidat Hollande et mis en dernière position le candidats Valls.
Finalement, François Hollande a été élu pour faire la politique Manuel Valls !! La synthèse !

Depuis 3 mois, les politiques amusent avec la dizaine de candidats et le non-encore candidat à la primaire de droite. Avec les primaires, ou non, ouvertes ou semi-ouvertes… à gauche. Et les sondages et commentaires quotidiens dignes d'un champ de courses mais qui n'éclairent guère sur les choix politiques des postulants.
Est-on tellement satisfait de la précédente primaire qu'on veuille récidiver ? Pour ne pas se laisser prendre, certains proposent de faire des primaires sur un projet et non sur une personne. Une primaire à double détente ? Car l'élection présidentielle désigne non un programme mais une personne. Qui appliquera ou non un programme. Lequel ? Celui qui aura été adopté ou le sien ?
Le régime présidentiel français, élection directe, article 49-3, droit de dissolution, fait du président un monarque républicain sans contre-pouvoir.
C'est là un défaut fondamental.

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Le souci démocratique est un point essentiel qui anime les discussions et les pratiques des « Nuits debout » sur la place de la République, pourtant nées après une importante manifestation contre la loi « travail ». Ceux que certains qualifient de « conservateurs » parce qu'ils défendent les acquis sociaux, accordent une aussi grande importance à la question de la démocratie bien loin des spéculations sur les écuries de droite ou de gauche en vue de la présidentielle.

Ils cherchent à renouveler la démocratie, en théorie et en pratique. En pratique, c'est évident, il suffit de passer quelques minutes sur la place de la République à Paris, à une commission, il y a de multiples commissions, ou à une assemblée générale, il y en a une chaque jour, pour voir la volonté de faire respecter la démocratie. Qui rend difficile la prise de décisions. Ce que les opposants mettent en relief et moquent. Comme l'absence de porte-parole officiel du mouvement…

Les médias cherchent qui est derrière « Nuits debout ». Certes il n'y a pas plus de « génération spontanée » place de la République qu'ailleurs et on peut donner des noms ou des événements qui ont facilité le démarrage. Mais s'il faut chercher une inspiration à ce qui se passe, elle est peut-être du coté d'un certain anarchisme (2).

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Allant de paire avec la démocratie, la non-violence que la triste aventure d'un récent académicien, ancien-maoïste, a permis de contester dans une bonne partie de la presse.

Cet incident est absolument regrettable et en contradiction avec la volonté de la majorité des participants aux « Nuits debout ». Mais l'ancien maoïste aurait pu se souvenir que, en 68 et après, il n'aurait pas bénéficié d'une protection de la commission « accueil et sérénité », que les opposants n'étaient pas gentiment exfiltrés mais expulsés plus ou moins violemment, notamment par les maoïstes. C'est la constatation que le philosophe aurait pu retenir de cette malheureuse aventure. Il aurait pu se souvenir, par exemple, qu'en 1974,lors de l'opération « Moisson pour le Tiers monde », quelques militants ont évité à François Mitterrand, d'être maltraité par des groupuscules maoïstes (wikipedia). En répondant « fachos » à ceux qui le traitaient de « fascistes », il a montré avec quelle facilité il pouvait se mettre à leur niveau. L'affrontement l'intéressait plus que la compréhension. Le militant a fait taire le philosophe.


Cette volonté de « non-violence », peut-être difficile à faire partager par tous, est cependant une des différences fondamentales avec un certain passé. Et les « casseurs », si casseurs il y a, il n'y en a pas toujours, ne sont pas dans l'esprit du mouvement mais en marge.
La non-violence n'est pas née avec les « Nuits debout ». Mais elle se retrouve actuellement dans de nombreuses manifestations de désobéissance civile, à visage découvert : faucheurs de chaises, rassemblement à Montreuil, lors de la « Cop21 », avec HK chantant « sans haine, sans armes et sans violence », blocage à Paris d'agence de la Société générale très présente dans le nouveau scandale de Panama, à Pau contre le sommet sur les forages pétroliers en haute mer, manifestation tournant en dérision la Fédération Bancaire Française qui organisait une matinée « Ethique ou Conduct : pour une culture de la responsabilité », conclue par Frédéric Oudéa, DG de la Société générale, bien connue des Panama Papers (3)

Des idées sont aussi avancées qui, bien entendu, ne sont pas toutes nouvelles mais qui montrent bien le désir de faire participer le plus grand nombre aux décisions politiques : non cumul des mandats de différents niveaux mais aussi non cumul dans le temps (certains élus, de droite ou de gauche sont députés ou sénateurs depuis pus de 20 ans!), revendication d'une nouvelle constitution rédigée par des « constituants » tirés au sort…

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Utopie, utopie, bien sûr. Utopie qui a été mise en pratique récemment en Islande, pays qui a refusé de payer la crise de 2008 à la place des banques, qui a rédigé une nouvelle constitution (10 % de la population a participé en envoyant des propositions, sans participation de politiciens professionnels), qui vient de pousser à la démission un Premier ministre compromis dans les Panama Papers…
Utopie reprise pour présenter un candidat tiré au sort dans une circonscription législative alsacienne pour mai 2017 !

Utopique certainement, un mouvement qui veut changer le monde. Mais qu'est-ce qui fait avancer les sociétés si ce n'est des revendications considérées comme utopiques… Utopique mais pas conservateur, un mouvement qui défend les acquis sociaux, débat de la réduction du temps de travail, des réfugiés, du chômage, du réchauffement climatique…


A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Utopie pour un mouvement est très minoritaire. Ceux qui participent aux « Nuits debout » le savent tout autant que les journalistes ou les politiques qui surveillent étroitement, le constatent et le proclament. Et touchent du bois pour conjurer le sort. Car nul ne sait ce qui sortira de ce mouvement qui perdure, qui se propage doucement, qui n'a été, pour le moment, déconsidéré ni par les « casseurs », ni par les politiques qui les considèrent avec une certaine appréhension. Éviter l'étincelle...
A manipuler avec précaution ! Éviter ce qui pourrait faire se joindre les étudiants et les jeunes travailleurs, les facultés et les entreprises… Ne pas jeter de l'huile sur le feu, plutôt faire quelques concessions...

Quel que soit l'avenir du mouvement, avec les « Nuits debout », la place de la République à Paris sans oublier les attentats, sans oublier les luttes revendicatives et la défenses des acquis sociaux, est devenue le point de rencontre, le point de parole de personnes qui ne se connaissaient pas. Et qui dialoguent. Et qui essaient de regarder l'avenir. Non seulement l'avenir de ceux qui sont sur la place mais aussi de ceux qui n'y sont pas. Parce qu’ils n'en connaissent rien. Parce que ce la place de la République n'est pas leur monde. Mais chaque jour, sur la place des personnes différentes, limite et richesse, viennent exposer ce quelles ne peuvent plus supporter, ce qu’elles veulent changer, ce qu'elles espèrent.

Et s'il n'en sort rien de plus que ces dialogues ébauchés, il faut espérer que s'il y a sur la place un futur académicien, il s'en souviendra le moment venu. Ce serait déjà un changement.

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

La place de la République n'a pas été privatisée par « Nuits debout », ses commissions qui commencent tôt dans l'après midi, son assemblée générale, ses curieux qui viennent de la l'Île de France, des régions ou des étrangers de passage, curieux de voir ce qui se passe. La place appartient à tous et aussi à ceux qui viennent prendre le soleil sur les bancs, faire de la planche à roulette ou profiter des jeux mis en place par la mairie de Paris...
Elle est devenue une agora « multifonctions ».


A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

1 – Les conséquences délétères du « non » néerlandais. Jean Quatremer 10 avril 2016

2 - Il s’agit principalement d’une tendance qui nourrit soupçon et doute sur la domination, sur l’autorité, et sur la hiérarchie. Elle recherche les structures de hiérarchie et de domination dans la vie humaine sur un spectre allant, disons, des familles patriarcales jusqu’aux systèmes impériaux, et elle se demande si ces systèmes sont légitimes. Elle présuppose [aussi] que la charge de la preuve [de cette légitimité] repose sur tous ceux qui sont dans une position de pouvoir et d’autorité. La légitimité de leur autorité n’est pas automatique. Ils doivent en rendre raison, donner une justification. Et s’ils ne peuvent justifier cette autorité, ce pouvoir et ce contrôle, ce qui est habituellement le cas, alors l’autorité doit être démantelée et remplacée par quelque chose de plus libre et de plus juste.
http://www.noam-chomsky.fr/lanarchisme-auquel-je-crois/

3 - Nous appelons à participer à cette action de désobéissance civile dans l’esprit de l’action non-violente, assumée et menée à visage découvert, en respectant les personnes et les biens tout en affichant notre détermination à faire changer cette situation d’injustice. Sur place, nous ne dégraderons rien, nous ferons uniquement usage de méthodes et techniques non-violentes, et nous ne participerons pas à la surenchère. Nous sommes attaché·e·s à garantir la sécurité des individus présents sur les lieux de nos actions. Appel à participation aux actions de désobéissance civile.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 21:17

FRANCE ET UNION EUROPÉENNE

Connaissant le prix des affrontements entre l'Allemagne et la France en 1870, 1914-18 et 1939-45, des États européens ont conclu des traités dont le premier est celui de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) avec l'intention d'aller vers une union européenne pacifique construite autour du couple Allemagne-France. Ce fut d'abord avec la Belgique, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, l'Europe des six.

Cette construction reposait sur l'illusion d'une France « victorieuse », à la « tête d'un empire », disposant de la « force nucléaire » et d'un « siège » au Conseil de sécurité et qui croyait en intégrant l'Allemagne, vaincue et frappée d'indignité, avec le Benelux et l'Italie, construire une Europe correspondant à sa vision.
Mais « la victoire » et « l'empire » s'effacent dans le passé comme « défaite » et « l'indignité ». « L'arme nucléaire » est une bombinette chère mais sans utilité militaire ou diplomatique aujourd'hui et le « siège » au Conseil de sécurité le reflet de circonstances historiques. Et l'Europe des 6 est devenue l'Union européenne à 28.

La France à la remorque

Il a souvent été question du bimoteur européen, Allemagne-France, pour faire avancer l'unité de l'Europe. Depuis quelque temps, la puissance économique de l'un et l'affaiblissement politique de l'autre font que désormais, le rapport de force au sein d'une Union européenne à dimension variable, tourne, de plus en plus, à l'avantage de l'Allemagne. L'Europe rêvée, à la française, s'estompe derrière l'Europe réelle, à l'allemande.

La domination allemande dans la politique européenne actuelle est visible dans le traitement des différentes questions européennes : politique(s) monétaire, économique, sociale, gestion de la question grecque, de l'immigration, de la négociation avec la Turquie… Toutes questions où ce n'est pas la Commission européenne et son président, Jean-Claude Juncker, qui négocient mais Angela Merkel ou Wolfgang Schäuble.

Cette domination, particulièrement nette, ne pourrait exister sans le consentement de la France. Il suffit de voir comment, certes exemples discutables, le Royaume-Uni depuis toujours et avec David Cameron encore récemment ou Viktor Orbán et le groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), refusent d'obtempérer et posent leurs conditions sur telle ou telle question.

On a vu comment Aléxis Tsípras a affronté Wolfgang Schäuble et la troïka, seul, dans une situation particulièrement difficile : crise économique et financière, faible poids économique et politique au sein de l'UE et sans aucun allié réel face au ministre des finances allemand.

François Hollande était déjà passé par là avec, théoriquement, plus de poids... Candidat à la présidentielle, il avait annoncé que, s'il était élu, il renégocierait le projet de « pacte budgétaire européen ou traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » à travers un nouveau « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance » (1). Dans son allocution de victoire, le 6 mai, il avait rappelé que « l'austérité pouvait ne plus être une fatalité » et sa volonté de « donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi, de prospérité, d'avenir » (2). Le lendemain, 7 mai, l'Allemagne répondait en excluant toute renégociation du pacte budgétaire européen. La chancelière, prête à l'accueillir « les bras ouverts », affirmait qu'elle ne voulait pas « d'une croissance par des déficits, mais d'une croissance par des réformes structurelles ». Il n'était pas question d'encourager des politiques de relance, mais de promouvoir la voie choisie par l'Allemagne et les réformes du marché du travail mises en place par l'ancien chancelier Gerhard Schröder.

« Il n'est pas possible de renégocier le pacte budgétaire », qui a déjà été « signé par vingt-cinq des vingt-sept États membres de l'Union européenne » [dont la France] et qui a pour but de renforcer la discipline dans la gestion des finances publiques, a dit le porte-parole de la chancelière (3).


FRANCE ET UNION EUROPÉENNE

On a vu comment Aléxis Tsípras a affronté Wolfgang Schäuble et la troïka, seul, dans une situation particulièrement difficile : crise économique et financière, faible poids économique et politique au sein de l'UE et sans aucun allié réel face au ministre des finances allemand.

François Hollande était déjà passé par là avec, théoriquement, plus de poids... Candidat à la présidentielle, il avait annoncé que, s'il était élu, il renégocierait le projet de « pacte budgétaire européen ou traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » à travers un nouveau « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance » (1). Dans son allocution de victoire, le 6 mai, il avait rappelé que « l'austérité pouvait ne plus être une fatalité » et sa volonté de « donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi, de prospérité, d'avenir » (2). Le lendemain, 7 mai, l'Allemagne répondait en excluant toute renégociation du pacte budgétaire européen. La chancelière, prête à l'accueillir « les bras ouverts », affirmait qu'elle ne voulait pas « d'une croissance par des déficits, mais d'une croissance par des réformes structurelles ». Il n'était pas question d'encourager des politiques de relance, mais de promouvoir la voie choisie par l'Allemagne et les réformes du marché du travail mises en place par l'ancien chancelier Gerhard Schröder.

« Il n'est pas possible de renégocier le pacte budgétaire », qui a déjà été « signé par vingt-cinq des vingt-sept États membres de l'Union européenne » [dont la France] et qui a pour but de renforcer la discipline dans la gestion des finances publiques, a dit le porte-parole de la chancelière (3).

Le texte du traité a été signé, le 2 mars 2012 par les chefs d'État et de gouvernement. Il a été approuvé à l'Assemblée nationale le 9 octobre 2012, au Sénat le 11 et ratifié le 22. Le président de la République l'avait accepté en juin. « Dans la campagne présidentielle, j'avais annoncé que je voulais renégocier ce qui avait été décidé... Ce sommet [de Bruxelles] a permis d'aboutir à cette renégociation » (4). Ce que lors de l'émission Des Paroles et des Actes, Jean-Marc Ayrault infirmait : « D'un point de vue juridique, si vous prenez la ligne exacte de la phrase qui sera soumise à la ratification, le traité n'a pas été renégocié ». Mais ce qui compte, « c'est tout ce qui va avec : le paquet croissance, le paquet perspective pour enfin faire que l'Europe ne soit pas seulement une zone de libre-échange, mais qu'elle porte aussi un projet, qu'elle redonne de l'espoir » (5). L'important n'est pas ce qu'on signe, l'important est ce qu'on ne signe pas !

La résistance de François Hollande, un mois, a été bien inférieure à celle d'Aléxis Tsípras devant le froncement de sourcil d'Angela Merkel ! Cet effacement du président français n'est pas le premier, ni le dernier. Il s'accompagne toujours d'une promesse : demain ce sera mieux…

Par exemple, le traité de Maastricht devait être suivi de l'Europe sociale… Il suffit de se souvenir des discours de l'époque. Comme cette déclaration de Martine Aubry : « C’est principalement peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contrevérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les plus inquiets sur ces contrevérités. Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui ? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion » (6).

Lors de la dernière consultation des Français sur l'Union européenne par référendum, la question était : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ? » La réponse a été claire. Cette proposition de constitution européenne qui constitutionnalisait une politique économique, sociale, étrangère, a été rejetée… Cette proposition et cette politique que Sarkozy, méprisant le résultat du référendum, a fait adopter par voie parlementaire avec l'appui... des parlementaires socialistes. C’est aussi cette politique que les Français ont cru rejeter en votant contre Sarkozy lors de l'élection présidentielle de 2012.

Le renoncement de François Hollande a trois facettes : l’Allemagne de Merkel et Schäuble impose sa politique à l'Union européenne et à la France de Hollande ; cette politique est exactement opposée à celle qu’annonçait le candidat Hollande ; le vote des Français n'a été pris en compte que pour changer de président et non de politique. Peut-être, est-ce que voulaient dire les chroniqueurs quand ils affirmaient que l'élection s'était faite plus contre Nicolas Sarkozy que pour François Hollande !

Il y a eu changement de président. Continuité politique.

L'Europe n’intéresse pas les politiques français

Concernant l'Union européenne, la plupart des politiques peuvent être mis dans le même sac. Ils disent, fréquemment, que telle ou telle mesure a été imposée par « l'Europe ». Mais ils cachent que, le plus souvent, cette mesure a été approuvée au niveau européen, quelques mois ou quelques années auparavant, par les représentants de la France.

Lors des campagnes pour les élections européennes, il est rarement question de l'Europe. L'élection est toujours le premier, le deuxième ou le troisième tour d'une élection nationale qui va suivre ou qui a précédé. Les arguments portent plus sur les questions nationales que sur les questions européennes.

Les candidats sont rarement des personnalités politiques de premier plan et encore plus rarement des personnalités qui ont vocation à une carrière européenne. Tellement l'Union européenne et le Parlement européen sont considérés comme sans intérêt dans le cadre d'une carrière politique. Faire élire un « ami »au Parlement européen, c' est une façon de le recaser ou de l'éloigner dans l'attente de jours meilleurs. Ce peu d'intérêt pour l'Union européenne explique qu'au cours de de la mandature 2009-2014, les élus français se sont distingués par un taux de démissions parmi les plus importants : 18 % ont abandonné leur siège pour une autre fonction probablement plus « intéressante » contre 4 % chez les Allemands. En conséquence, les eurodéputés français effectuent en moyenne 1,76 mandat tandis que les Allemands affichent une moyenne de 2,48 et les Britanniques 2,23 (7).

Avec 74 députés, la France pèse moins que l'Allemagne qui en a 96. De plus, la Fondation Robert Schuman constate « une perte d’influence significative » des Français au sein du Parlement, notamment avec l’arrivée de 23 députés eurodéputés du FN lors des dernières élections contre 3 précédemment. Deuxièmes par le nombre d’eurodéputés (76/750), les Français sont en troisième position au groupe PPE (Parti populaire européen) et en sixième dans le groupe S&D (Socialistes & Démocrates), groupes les plus importants au Parlement européen (8).
L’obtention de postes par des Français est limitée. Les députés allemands, outre la présidence du Parlement européen, ont obtenu 2 vice-présidences (une pour les Français) et 5 présidences de commission (2 pour les Français). Au total, 26 députés français sur 74 exercent des responsabilités importantes, moins que l’Italie 29 postes pour 73 députés, le Royaume-Uni 28 pour 73 députés et l’Allemagne qui en détient 56 pour 96 députés.

La règle du non-cumul des mandats sera interdite à partir de 2019 à Bruxelles pour les mandats exécutifs locaux, comme maire, maire-adjoint, président ou vice-président de conseil départemental ou régional. Pour le moment, sur 74 élus, ils sont presque la moitié à cumuler un mandat d’élu local.

Cette prééminence se retrouve au niveau des hauts fonctionnaires de la Commission européenne. Ce n’est pas un hasard si les commissaires du collège présidé par Jean-Claude Juncker choisissent massivement du personnel allemand : ils veulent avoir «une ligne ouverte avec Berlin» (9).


Il serait exagéré de dire que la politique de la France est toujours alignée sur celle de l'Allemagne. Certains le regrettent peut-être quand Manuel Valls va à Munich pour faire des déclarations contre la politique d'Angela Merkel et de Jean-Claude Juncker sur l'immigration. Et affirme que la France n'augmentera pas son effort sur l'accueil des réfugiés syriens.
Plus discrètement, la France et le Royaume-Uni,
« fiers » des résultats de leur précédente intervention en Libye poussent à de nouvelles frappes dans ce pays. Cette fois-ci, le gouvernement français a-t-il prévu l'arrivée en conséquence de nouveaux réfugiés en Italie et est-il prêt à l'aider comme cela n'a pas été fait précédemment. Sur cette question, l'Italie de Matteo Renzi « maintient sa ligne de prudence sur l’intervention en Libye, à la différence de la France et de l’Angleterre... Le danger que divisions ou accords fragiles ouvrent la voie à des initiatives isolées, comme il y a 5 ans, et à des remèdes qui sont pires que les maux » (10).

Mais le nœud central de la politique de l'Union européenne qui a touché de façon particulièrement aiguë la Grèce mais intéresse la France, l'Italie et bien d'autres pays de l'Union européenne est la politique d'austérité.

Sur cette question, il semble que c'est surtout l'Italie de Renzi qui pousse à la roue . Pour Renzi : « La politique d’Obama a créé de l’emploi, l’austérité en Europe a fait perdre des postes de travail » (11). Il semble vouloir devenir « le leader de ‘’l’autre Europe’’, celle qui se bat contre la rigueur teutonique et nordique » (12). Sera-t-il soutenu par François Hollande ? « François Hollande, occupé par l’urgence terrorisme et les comptes publics en difficulté, est le pion décisif dans l’échiquier communautaire… d’une politique économique centrée sur la croissance et la création d’emplois » (13).

Il ne semble pas que François Hollande soit prêt à s'engager franchement pour un changement de politique économique au niveau européen. Auquel le peuple allemand a aussi intérêt et qui est possible alors que l'Allemagne se retrouve avec une balance des paiements excédentaire de huit pour cent (14).

Mais la vrai question qui se pose, en cette fin de quinquennat, est de savoir si François Hollande, faible comme il est décrit, a cédé à la pression d'Angela Merkel ou s'il a, comme certains de ses prédécesseurs à la SFIO (Guy Mollet) ou au Parti socialiste (François Mitterrand), pris le pouvoir en annonçant une politique de gauche pour faire une politique de droite. Les provocations « réformistes » et les déclarations de Manuel Valls et d'Emmanuel Macron ne feraient alors que répondre à la volonté de François Hollande d'être le Gerhard Schröder français.

Avec le même résultat électoral pour lui, ce qui n'est pas grave, plus catastrophique pour son parti… Et surtout pour le peuple français.


1 - Discours de François Hollande au meeting du Bourget, 22/01/12

2 - La Croix 06/05/12

3 - Le Monde 07/05/16

4 - Le Monde 29/06/12

5 - JDD 28/09/12

6 - Martine Aubry, 12/09/92, discours à Béthune http://yetiblog.org/index.php?post/1486

7 - Euractiv 03/07/14

8 - Euractiv 03/07/14

9 - Libération Jean Quatremer 20/10/14

10 - La Stampa 23/03/16

11 - La Repubblica 11/01/16

12 - La Stampa 14/01/16

13 - La Repubblica 09/02/16

14 - Financial Times 17/01/16

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Published by Paul ORIOL - dans Europe
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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 11:21

Touchée ! Coulée ?

L'Union européenne et les réfugiés.

Il est souvent dit que l'Union européenne ne sait avancer que par crises. Le moment est donc venu d'une grande avancée ou d'une dislocation car, cette fois, la crise est multiple, profonde. Elle touche les gouvernements et les instances européennes.

Le seul projet de l'Union européenne serait-il « sauve qui peut ? »

Difficile de croire que l'Union européenne peut aller indéfiniment, de réunion en réunion de la dernière chance, avec quelques bricolages. Dramatisant les rencontres dont les « responsables » sortent avec le « meilleur accord possible » après une longue nuit de discussion. En attendant la réunion suivante, bien sûr de la dernière chance.

Jusqu'à l'explosion ?

Les peuples qui ont laissé faire plus que participé, s'en détournent de plus en plus. Ceux de la vieille Europe comme ceux de la nouvelle. Lors des consultations, quel qu'en soit le type, le nombre des eurosceptiques et des opposants augmente.

La seule Europe qui existe vraiment est celle des problèmes. Que chaque État feint d'ignorer tant qu'il n'est pas immédiatement concerné. Que l'Union européenne ne sait pas résoudre parce que les règles instituées ne sont pas adaptées car les problèmes ne peuvent être traités de la même façon tant la situation est différentes d'un État à l'autre, au point de vue matériel mais aussi politique. Elles sont finalement traitées, le plus souvent, suivant les intérêts du plus fort à des conditions qui ne sont pas toujours supportables par tous et qui suscitent des phénomènes de rejet. Le plus souvent de « l'Europe », quelquefois de tel ou tel État, apparu comme directement responsable.

Faute d'un projet commun qui justifierait une certaine solidarité et des compromis.

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

Avec la « crise des réfugiés », les autres questions ne font plus la une de l'actualité mais reparaîtront demain : crise économique qui perdure depuis 2008 avec une déflation, entretenue par une politique austéritaire ; éventuel éclatement d'une bulle européenne ; crise climatique que la COP21 a médiatisée, sans suite concrète au niveau européen ; relations avec la Russie et l'Ukraine ; recul de la démocratie dans plusieurs États membres qui ne pourraient, aujourd'hui, être candidats à l'Union européenne ; terrorisme ; Brexit ; Grexit hier et avenir de la Grèce aujourd'hui...

Et l'impuissance face aux guerres, aux portes de l'Europe, qui menacent la stabilité d'autres pays de la région..

Angela Merkel a vu juste, qui déclarait sur la chaîne de télévision ZDF : « Cette question de savoir comment nous agissons avec les migrants… va nous occuper bien, bien plus que la Grèce ou la stabilité de l’euro » (1). En effet, la question ne peut être réglée entre amis, par un communiqué insipide et incompréhensible, après une longue soirée de discussion. Le premier naufrage d’un navire transportant des migrants a eu lieu, il y a une vingtaine d'années... Combien de sommets européens depuis ?

Aujourd'hui, des centaines de milliers de réfugiés sont là, d'autres sont en chemin ou en attente...

« L’Europe n’avait jamais vu un tel afflux de réfugiés. D’après l’Office européen de statistiques Eurostat, plus d’1,25 million de personnes ont déposé une demande d’asile dans l’Union européenne en 2015, soit plus de deux fois plus qu’en 2014. La plupart des migrants viennent de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak.
Et ce flux migratoire ne ralentit pas, au contraire. Depuis janvier, 130 000 réfugiés sont arrivés en Europe. Or la fermeture partielle des frontières sur la route des Balkans rend leur périple de plus en plus incertain. » (2)
« La plupart des migrants viennent de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak », lieux de conflits dans lesquels bien des pays de l'Union européenne sont militairement engagés.
Notamment la France.

Dans le monde, en 2014, il y avait 60 millions de réfugiés (1% de la population mondiale) dont 50% étaient des enfants. Il y a 10 ans, ils étaient « seulement » 37 500 000.
Leur nombre a augmenté suite à 14 conflits dans le monde (3).
En Syrie, plus de 7 millions de réfugiés à l'intérieur du pays, plus de 3 millions à l'extérieur. Surtout dans les pays limitrophes : Turquie (3% de la population), Jordanie (12%), Liban (20%).
Un million ou deux millions de réfugiés de toutes origines en Europe pour 500 millions d'habitants ?
La question n'est pas insurmontable, matériellement. Mais politiquement ?

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

Tous les États de l'Union européenne et l'Union européenne ont adhéré à la Convention relative au statut des réfugiés (Genève 1951) : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays. » (art.14-1). Elle s'applique à toute personne « Qui craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays... » (art. 1A2).

En signant la Convention, l'Union européenne et les États de l'Union se sont donnés l’obligation d'examiner la situation de tout demandeur d'asile qui se présente à la frontière.

De toute façon, ils sont là. Leur renvoi en masse – où ?- est difficile humainement, juridiquement, politiquement, matériellement.

Les accords de Schengen, entrés en vigueur en 1995 pour les sept premiers signataires, ont été étendus aux 26 États adhérents. La procédure Dublin, née avec « l'espace Schengen » de « libre circulation », est simple dans son principe : pour que le demandeur d'asile ne puisse déposer son dossier dans plusieurs États, le traitement de la demande incombe au premier pays qui a laissé entrer, volontairement ou non, le demandeur d'asile.

Cette politique, logique et égalitaire en apparence, n'était pas prise en charge par tous. « L'Allemagne aussi s'y [à une solution commune] est opposée, du temps où les réfugiés n'étaient pas encore aussi nombreux à arriver. L'Allemagne a imposé le système de Dublin à l'Europe... Elle a ainsi pratiquement évacué son droit fondamental à l'asile. Il fallait arriver en Allemagne en parachute pour pouvoir faire appel légalement à ce droit international (4).

Seuls les pays ayant des frontières externes avaient cette charge administrative et financière : Espagne, Italie, Grèce… Cela ne gênait guère les autres États, ni les institutions européennes. Tant que les demandeurs d'asile étaient en nombre limité, cela ne concernait que les pays périphériques. Tout le monde fermait les yeux.

Ces candidats, à l’immigration ou à l'asile, arrivaient morts ou vivants, faisaient la « une » de quelques journaux. Les survivants s'égaillaient ensuite vers l'Europe du nord qui les absorbait.

Les choses sont devenues plus graves avec les printemps arabes et les arrivées en nombre qui ne touchaient que l'Italie ou presque. La France fermait ses frontières à Vintimille pour quelques milliers de personnes. L'Italie payait : « L’Italie a été le premier pays à affronter la crise des réfugiés et a déjà dépensé plus de 9 milliards pour cette urgence... » (5). « L’opération ‘’Mare Nostrum’’ montée par la Marine italienne, a coûté un milliard. Toutefois, cela a évité des tragédies dans la Méditerranée. 366 passeurs arrêtés, 439 interventions effectuées » (6).

Avec la guerre en Syrie, la migration s'est déplacée vers la mer Égée, la Grèce et ses îles. Le nombre de demandeurs d'asile est passé de dizaines à des centaines de milliers. Qui se dirigent vers les pays rêvés : Allemagne ou Suède. Le 25 août dernier, Angela Merkel annonçait, sans avoir consulté aucun État, aucune institution de l'Union européenne, sa décision de ne plus renvoyer les Syriens vers le pays d'entrée de l'espace Schengen, la Grèce, en rupture unilatérale de la Convention de Dublin. Ce geste fort et courageux a été salué par beaucoup. Elle est devenue l'héroïne des migrants syriens et a été entendue jusque dans les camps.

Ce geste n'intéressait pas seulement les Syriens, l'Allemagne et les Allemands mais tous les pays sur la route des Balkans de la Turquie à l'Allemagne.

Le 31 août, Angela Merkel se félicitait du « rêve » d'Allemagne de nombreux réfugiés. Une chance pour le pays. « Wir schaffen das » (On y arrivera). Même si le mouvement Pegida (7), créé en octobre 2014, a trouvé là un motif nouveau de mobilisation. Même si des foyers d’accueil d'immigrants étaient plus souvent attaqués : 202 entre janvier et juin 2015, autant que pour l'ensemble de 2014.
L'Allemagne s'est mise au travail : financièrement, elle en a les moyens, mise en place de sites d'hébergement d'urgence, cours de langue pour permettre le travail, transmission des valeurs constitutionnelles avec pour but l'assimilation (8). La population a réagi plutôt favorablement, même si tout n'est pas rose...
Même si le ministre de l'intérieur, Thomas de Maizière, annoncait le 13 septembre que l'Allemagne rétablissait des contrôles à la frontière avec l'Autriche.

Car des réticences se sont rapidement exprimées, au delà de l'opposition d’extrême droite, de la part de la CSU surtout, branche bavaroise de la CDU, parti d'Angela Merkel, hostile à sa politique d'intégration. L'arrivée quotidienne de milliers de réfugiés en Allemagne pose de sérieux problèmes. Dans le Tagesspiegel, Sigmar Gabriel, le vice-chancelier et président du SPD déclare « C'est moins le nombre de réfugiés que la vitesse à laquelle ils arrivent qui rendent la situation si difficile » (9). Pendant des mois, des centaines de maires et de conseillers régionaux se sont mis en quatre… car ils croient la situation exceptionnelle (10).
Les actes de solidarité de la population continuent : par exemple à Berlin où la ville a organisé une opération « Merci à tous les Berlinois qui se mobilisent pour accueillir les réfugiés » avec le soutien de la presse : « Merci ! Sans votre engagement, cela n'aurait pas marché. » titre le Tagesspiegel (11). Il faut noter que Berlin (3,5 millions d'habitants) a accueilli 80 000 personnes en 2015, autant que l'Autriche (plus de 8 millions d'habitants). Pendant cette même année, la France a accordé l'asile à 79 000 personnes.

Peu à peu, les États sur le chemin de l'Allemagne, et bien d'autres, ferment leurs frontières suivant l'exemple de la Hongrie, tant décriée quand elle a érigé le premier mur pour « protéger l'Union européenne de l'invasion ». La route des Balkans vers l'Allemagne est de plus en plus hérissée de barrages à chaque frontière.
Qui vont transformer la Grèce en une vaste zone de regroupement.

Finalement, Angela Merkel, abandonnée « courageusement » de tous, y compris de ceux qui, comme la France, n'étaient pas sur la route, a dû annoncer, à l'approche d'élections dans trois régions, que l'Allemagne ne pouvait recevoir tout le monde. D'autant que "selon un sondage récent, 81% des Allemands pensent que son gouvernement a perdu le contrôle de la crise des migrants" (12). Ce qui se traduit aujourd'hui par la poussée électorale de l'AfD (Alternative für Deutschland) qui entre au Parlement des trois Länder Bade-Wurtemberg (15,1 % des voix, 19 élus), Rhénanie-Palatinat (12,6%, 7 élus), Saxe-Anhalt (24,5%, 24 élus). Dans ces trois régions, l'AfD fait une poussée remarquable et remarquée en nombre de voix et de sièges !
Revers électoral pour la droite, notamment CDU-CSU, plus que pour Angela Merkel. La Berliner Zeitung écrit
: « Outre l’électrochoc de l’AfD, c'est une grande continuité qui ressort de ces élections. Le candidat sortant vert Winfried Kretschmann reste ministre-président [de Bade-Wurtemberg]. Le SPD reste au pouvoir en Rhénanie-Palatinat et le candidat de la CDU Haseloff reste aux manettes en Saxe-Anhalt. Et la chancelière dans tout ceci ? Les trois vainqueurs des élections soutenaient sa politique migratoire. C’est donc elle qui a remporté ces élections - et non pas son parti, qui ne peut s'en prendre qu'à lui même.» (13).
Ce qu’entérine la Frankfurter Allgemeine Zeitung, les candidats chrétiens-démocrates ayant pris leur distance avec la chancelière sur les migrants l'ont payé cher, comme Julia Klöckner, favorite en Rhénanie-Palatinat qui s'est finalement inclinée. Analyse partagée par Gero Neugebauer, politologue allemand dans La Tribune de Genève : « les deux grands vainqueurs de ces élections, un écologiste dans le Bade-Wurtemberg ou une sociale-démocrate en Rhénanie-Palatinat, ont défendu ouvertement la ligne de la chancelière tandis que les perdants, dans le camp conservateur, se sont opposés à Merkel » (14).

Les opposants de la CDU-CSU et l'AfD n'ont à proposer que la fermeture des frontières qui « ne nous permettrait pas de garantir notre confort de vie à long terme. La Méditerranée se transformerait en gigantesque cimetière, la Grèce évoluerait rapidement en État failli et l'Italie redeviendrait instable. Fait notable, la fraction favorable à l'isolement de l'Allemagne n'avance aucune suggestion en vue d'une meilleure gestion du problème des réfugiés… Ceux qui refusent d'y voir un problème européen ne font que mentir à leur public. Et refusent de reconnaître que notre continent, après tant de guerres de religion et d'atrocités, a su établir un système politique viable, et qu'ayant prouvé sa capacité à établir des règles et à garantir la diversité, il est prédestiné à accueillir les migrants » (15).


La CDU-CSU et les chancelleries européennes ne tireront probablement pas de ce scrutin la même conclusion. Angela Merkel risque d'en être affaiblie mais ne semble pas renoncer à sa politique. Alors qu'elle a entamé une négociation avec la Turquie, au nom de l'Union européenne : « Pour lancer un signal de possible réduction des flux à la veille des élections en Allemagne, Merkel s’est comportée comme un vrai ‘’panzer’’ au sommet de l'UE, mettant les partenaires devant le fait accompli d’une ébauche d’entente négociée directement avec les Turcs. Cela n’a été apprécié par personne, également à cause du coût collectif : 6 milliards d'euros et la libéralisation anticipée en juin des visas UE pour les Turcs, ainsi que l’accélération des négociations pour l’adhésion. Le flux des migrants pourrait passer par l’Albanie ou la Libye et l’Italie pourrait devenir le grand ‘’entrepôt d’âmes de l’Union » (16).

Incapables de peser pour une solution pacifique en Syrie, l'Union européenne et les États de la région, membres ou non de l'Union européenne, n'ont qu'une pensée : bloquer à la frontière, les arrivants quels qu'ils soient, en provenance de Turquie…
Peu importent le droit, traités et conventions, et les droits des demandeurs d'asile.

Depuis juin 2015, l'opération EUNAVFOR med s'active dans les eaux internationales entre l’Italie, la Libye et l’Égypte pour « démanteler le modèle économique des réseaux de trafic de clandestins et de traites des êtres humains ». Avec l'accord de la Turquie et de la Grèce, « l’Allemagne dirige actuellement un groupe de navires de guerre de l’OTAN croisant en Méditerranée orientale, qui seraient engagés pour cette opération destinée à compléter le travail de l’agence européenne de surveillance des frontières de l’Union européenne, Frontex » (17).
En décembre, la proposition de la Commission européenne « décupler les moyens et les pouvoirs des garde-frontières et des garde-cotes européens » a reçu un bon accueil et devrait être adoptée en avril par le Conseil européen et le Parlement européen.
Il n'est pas sûr que ces actions soient très efficaces pour une réduction significative des passages.

Devant les nombreuses arrivées et conscient que ce ne pouvait être du ressort d'un seul pays, quel qu'il soit, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a proposé une répartition des demandeurs d'asile entre les différents États de l'Union en fonction d'un certain nombre de critères.
L'accord, été 2015, prévoyait 160 000 relocalisations au niveau européen, quelques centaines ont eu lieu à ce jour. Pour la France, cela impliquait de recevoir 30 000 réfugiés sur deux ans. Mais le démarrage est laborieux, avec 300 personnes, la France est en tête des pays d'accueil devant la Finlande (140 personnes). Bernard Cazeneuve estime que « les dispositifs d'accueil et de répartition des réfugiés dans les “hot spots” ne fonctionnent encore que de façon très imparfaite » (18). A Barcelone, la mairie a lancé une opération « Barcelone, ville refuge » et attend désespérément l'arrivé de réfugiés, plus de six mois après le lancement du plan d'accueil (19).

Seule Angela Merkel pousse pour que cette modalité de prise en charge soit pérennisée par des pays volontaires. Ce que refuse toujours le groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) qui réclame une meilleure protection des frontières de Schengen. Ainsi que Manuel Valls, bruyamment à Munich, sur sa barricade : «Les solutions sont au Levant, en Turquie, en Jordanie, en Méditerranée. Mais il faut un message très clair qui dise "maintenant, nous n’accueillons plus de réfugiés ''» (20).

Le dernier volet pour répondre à cette crise des réfugiés est la négociation avec la Turquie qui pose beaucoup de questions quant au respect des droits des demandeurs d'asile mais aussi quant à la Turquie et aux relations entre ce pays et l'Union européenne.

L'efficacité des actions en mer et de l'accord du 29 novembre 2015 avec la Turquie ne semble pas très grande alors qu'arrivent, sur les côtes grecques, 2 à 3 000 personnes. chaque jour.
Faute d'une politique de l'Union européenne, l'Union européenne aborde cette négociation en mauvaise position. Recep Tayyip Erdoğan sait que la Turquie ne remplit pas les conditions pour être admise dans l'Union européenne mais il nargue une Union européenne aux abois en mettant sous tutelle de Zaman, le principal quotidien du pays jugé séditieux à la veille d'une nouvelle rencontre.

Contre l’engagement de fixer sur le territoire turc les quelque 2,7 millions de réfugiés syriens qui y sont installés, Recep Tayyip Erdoğan pose ses conditions : aide financière de 6 milliards d'euros, libéralisations des visas d’entrée dans l'Union européenne pour les citoyens turcs, accélération des négociations de son adhésion à l'UE...
Récemment, Ankara a proposé avec l'accord d'Angela Merkel et de Mark Rute, premier ministre néerlandais et actuel président du Conseil (de l'Union européenne) que l’Union européenne mette en place, en échange des Syriens reconduits en Turquie, un corridor humanitaire permettant le départ de Syriens depuis les camps installés sur son territoire : « 1 Syrien pour 1 Syrien » (21).

La « crise des réfugiés » est une des crises les plus graves depuis la mise en place de « l'Europe des 6 ».

Dublin a été balayé par l'ensemble des États de l'Union européenne et les accords de Schengen. Mis en place à la demande de la France et de l'Allemagne, ils ne peuvent ni être repris tels quels, ni être abandonnés totalement. Dans tous les cas, cela annonce une longue négociation. Entre combien de partenaires ? Certains calculent déjà, en cas de suppression de ces accords, le coût économique et financier. « C’est à la demande des acteurs économiques, qui souffraient des surcoûts impliqués par les frontières, que le processus qui a abouti à la convention de Schengen... a été lancé dès 1984 par l’Allemagne et la France (accord de Sarrebrück) » (22). Mais aussi le coût politique.
Le démembrement de Schengen première étape de l'agonie de l'Union européenne, au moins dans sa forme actuelle ?

Évolution vers un espace de libre-échange comme le veulent le Royaume-Uni et bien d'autres. Ou division de l'Union européenne en une Union espace de libre-échange et une Union-puissance qui continuerait le rêve. Des propositions sont faites en ce sens. Quoi qu'il en soit, le coup est parti pour de longues, très longues négociations à très grand risques d'éclatement sinon de disparition totale de l'Union européenne. Et peut-être aussi de grands risques pour les « démocraties relatives » de l'Europe.

Dans les mois qui viennent, de nombreuses élections vont avoir lieu dans différents pays de l'Union européenne : en 2016, Autriche, présidentielle, Écosse, Pays de Galle, Irlande du Nord, Chypre, législatives, Royaume-Uni, référendum sur l'Europe, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et Berlin, régionales, Lituanie, législatives, Bulgarie, présidentielle, Pays Basque, Roumanie, législatives ; en 2017, Allemagne, présidentielle, Pays-Bas législatives, France, présidentielle et législatives, Sarre, régionales, République tchèque, Allemagne, Norvège législatives.
Gageons que, pour une fois, la question de l'Europe sera à l'ordre du jour. Même si ce n'est pas tellement le cas encore en France où il est plus questions de tiercé et d'écuries que d'Europe.

Reste que la question des réfugiés, urgente, demeure. Pour les États comme pour l'Union européenne, la question est la même : « droit d'asile ou barbarie » ? (23).

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.
Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

1) Euractiv 17/08/15
2) Euronews 05/03/16
3) http://www.planetoscope.com/Immigration/1912-refugies-dans-le-monde.html)
4) Der Spiegel 23/01/16 cité par Courrier International 04-10/02/16
5) Il Messaggero 04/02/16
6) La Stampa 04/02/16
7) « Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes », « Les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident »). Depuis sa création, le 20 octobre 2014 à Dresde, Pegida manifeste tous les lundis son refus d’être « envahie » par les immigrés et sa méfiance des élites. Pegida a des branches dans l'UE : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, Estonie, France, Grande-Bretagne, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Suède, Suisse.
8) Le Figaro 09/09/15
9) Le Monde 14/09/15
10) Süddeutsche Zeitung 30/01/16, Courrier International 04-10/02/16
11) Mediapart 12/02/16
12) Financial Times cité par Toute l'Europe 29/02/16
13) Eurotopics 14/03/16
14) Toute l'Europe 15/03/16
15) Die Welt 20/01/16)
16) Sole 24 Ore 10/03/16
17) Toute l'Europe 11/02/16
18) Figaro 07/03/16
19) Libération 26/02/16
20) Libération 15/02/16
21) Le Monde 07/03/16
22) Libération 07/02/16
23) Le Monde 11/03/16

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 15:42
L'Allemagne et l'Union européenne

L'Allemagne et l'Union européenne

L'Allemagne fait partie des six pays fondateurs ce la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), signé en 1951, premier pas vers l'Union européenne (1). Non seulement elle est l'un des États fondateurs mais elle en est l'élément central. En effet, un des buts de la Communauté était de « neutraliser » le charbon et l'acier et, par là, l'industrie de l'armement, notamment allemand. Et de rendre impossible un nouvel affrontement entre les anciens belligérants européens de la Seconde guerre mondiale.

En complément, pour préserver l'unité de la partie occidentale de l'Allemagne (zones occupées par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France) tout en évitant un pouvoir fort centralisé, les alliés occidentaux ont soutenu la Loi fondamentale (Grundgesetz), constitution qui a donné naissance à la République fédérale allemande (RFA) en mai 1949. La zone occupée par l’Union soviétique est devenue la République démocratique allemande en octobre 1949 (RDA). Et l'« Accession de la RDA à la zone de validité de la Loi fondamentale de la RFA » a eu lieu en 1990.

L'Allemagne et l'Union européenne

Pendant les années qui ont suivi la fin de la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne (RFA) s'est reconstruite, a retrouvé son honorabilité, a repris sa place dans le concert des nations, atteint la prospérité économique, et la puissance du mark. L'unité européenne a avancé grâce à un certain équilibre entre la force économique de l'Allemagne, limitée politiquement par son passé récent, et la force politique (membre du Conseil de sécurité de l'ONU) et militaire (dont le nucléaire), de la France plus faible économiquement.

Dans un esprit proche de celui des années cinquante et de la mise en place de la CECA, pour que l'unité allemande ne se fasse pas au détriment de l'unité européenne, la monnaie européenne a été mise en place (discussions sur l'Union économique et financière commencées bien avant la chute du mur, notamment en 1989 entre François Mitterrand et Helmut Kohl). L'effet n'a pas été celui escompté car l'équilibre a été progressivement rompu en faveur de l'Allemagne.

Ce n'est pas l'Allemagne qui a été attachée à l’Union européenne mais la politique de l'Union européenne qui a été rattachée à la politique allemande de l'euro-mark.

L'Allemagne n'est plus le pays vaincu, à moitié détruit et moralement discrédité. Avec le temps, l'histoire s'estompe. Le personnel politique qui a connu la Seconde guerre mondiale disparaît peu à peu, laissant la place à des politiques qui ont une histoire bien différente. La période des dialogues plus ou moins égalitaires entre chanceliers allemands et présidents français s'épuise peu à peu.

L'Allemagne et l'Union européenne

Helmut Kohl, chancelier de 1982 à 1998, qui a mené et l'unification allemande et la naissance de l'euro, est le dernier chancelier né avant la Seconde guerre mondiale (1930). Les suivants sont nés en 1944, Gerhard Schröder, chancelier de 1998 à 2005 et en 1954, Angela Merkel, chancelière depuis 2005. De plus, Angela Merkel a un autre passé, bien que née à Hambourg, elle a grandi et vécu jusqu’à la chute du mur en Allemagne de l'Est (RDA). De même que Joachim Gauck, né en 1940, actuel président de la République.

On a, longtemps, parlé du rôle moteur du binôme franco-allemand dans la conduite du projet européen (Charles de Gaulle – Konrad Adenauer, Valérie Giscard d’Estaing - Helmut Schmidt, François Mitterrand - Helmut Kohl), on parle beaucoup plus depuis quelque temps des couples Merkozy ou Merkhollande. Car, logiquement, l'Allemagne, consciente de sa supériorité économique, n’a cessé de vouloir assumer un rôle politique plus important. Et, comme l'a reconnu Michel Sapin à Yanis Varoufakis, « La France n’est plus ce qu’elle était » (2). Peut-être aurait-il pu dire aussi : « Les présidents français ne sont plus ce qu'ils étaient ».

L'acceptation par l'Allemagne des conditions posées par David Cameron, quel que soit le résultat du prochain référendum britannique, montre bien que le gouvernement allemand, fort aujourd'hui de sa réussite économique, a choisi l’entente libérale germano-britannique plutôt que la construction d'une Europe solidaire, aussi imparfaite fût-elle.

L'Union européenne est en panne sur bien des plans et l'accord euro-britannique, entériné ou non lors du référendum, est une avancée vers le détricotage de ce qui existait de solidarité au niveau européen. Le libéralisme prôné par l'Allemagne peut paraître bon pour elle, même s'il n'est pas toujours bon pour tous les Allemands, il n'est pas nécessairement bon pour les autres États membres de la zone euro.

C'est ce libéralisme qui explique, en bonne partie, le traitement différencié réservé au petit poussé vers le Grexit ou la totale soumission et le soutien apporté au encore plus libéral maître-chanteur, « retenez-moi ou je fais un Brexit ! » .

Malheureusement, les voix des chefs d’État ou de gouvernement ou celles des présidents européens, l'Union européenne ne manque pas de présidents, (du Parlement européen, du Conseil européen, de la Commission européenne, du Conseil de l'Union européenne) ont été discrètes face au Grexit. Elles ont été beaucoup plus nombreuses pour crier à la « catastrophe » en cas de Brexit et donc à soutenir les exigences de David Cameron, y compris la possibilité pour le Royaume-Uni de mettre son nez dans la zone euro sans en faire partie et sans contrepartie. Tout en gardant « le chèque britannique », depuis 1984, pour lequel la France est d'ailleurs le principal contributeur, entre 1,3 et 1,7 milliard d'euros, soit environ 27 % de son montant global (3).

C'est à la mesure de la politique libérale de l'Allemagne et non obligatoirement de l'intérêt des Allemands qu'il faut regarder les difficultés actuelles dans lesquelles se débat l'Union européenne.

Avec plus de 81 millions d'habitants dont 7,9 millions d’étrangers (parmi lesquels les Turcs, 1,5 millions, devant les Italiens, les Polonais, les Russes, les Grecs...), l'Allemagne est le pays le plus peuplé de l'Union européenne, elle en est aussi la première puissance économique. Au niveau mondial, elle est le pays ayant le plus grand excédent commercial, le premier pays exportateur, la deuxième destination d'immigration la plus prisée après les États-Unis…

Cette suprématie allemande était politiquement évidente et assumée lors de la négociation entre la Grèce et l'Union européenne avec la place prise, au vu de tous, par Wolfgang Schäuble. Elle est tout aussi évidente quand les ministres français, Manuel Valls, Michel Sapin ou Emmanuel Macron, vont directement à Berlin sans passer par Bruxelles pour faire avaliser leur « devoir » budgétaire… Ou quand Angela Merkel se déplace et négocie en Turquie, notamment sur la reprise des négociations pour l'adhésion à l'Union européenne. Elle est tout aussi évidente, quoique plus discrète dans la répartition des postes importants au niveau de l'administration européenne de Bruxelles (4). Ou dans le nombre de députés exerçant des responsabilités importantes, 26 pour la France, 28 pour le Royaume-Uni, 29 pour l'Italie et 59 pour l'Allemagne (5).

Si la prééminence de l'Allemagne sur bien des points est indiscutable, elle n'est pas suffisante pour entraîner, sans discussion, les autres États de l'Union européenne, pour promouvoir une véritable politique commune, dessiner un avenir commun. L'Union européenne ne peut avancer avec un seul moteur. L'Allemagne a besoin d'un ou de plusieurs moteurs auxiliaires aux intérêts éventuellement différents pour promouvoir une position commune de l'Union européenne à la suite de discussions et d'éventuels compromis. A défaut, sa suprématie la voue à des positions qui ne peuvent être, consciemment ou inconsciemment, que nationales et ressenties comme unilatérales, plus ou moins imposées et inadaptées à la situation d'autres États membres. Conduisant à un certain isolement d'un côté et, de l'autre, à la montée d'oppositions, de rancœurs qui risquent d'amener des régressions nationalistes dans un certain nombre d’États. Et finalement à mettre en danger l'Union européenne, rejetée de plus en plus par des fractions importantes de la population, des partis politiques et finalement par des gouvernements.

C'est ce qu'on peut constater avec la politique économique à l'échelle de l'Union européenne adoptée sous la forte influence du gouvernement allemand qui, depuis des années, n'arrive pas à faire redémarrer la croissance. Et qui, avec ou sans le Brexit (1), met sérieusement en danger l'avenir de l'Union européenne.

1 – Article précédent : Le Royaume-Uni et l'Union européenne.

2 - Le Monde 23/08/15

3 - Le rabais britannique est-il encore justifié ? Rapport d'information n° 603 (2010-2011) au nom de la commission des affaires européennes, déposé le 14 juin 2011.

4 - Jean Quatremer : Berlin, nouvelle capitale de l’Europe, Libération, 20/10/14.

5 - Euractiv 17/03/15.

L'Allemagne et l'Union européenne
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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 17:54
Référendum populaire ?  Référendum populiste ?

Référendum populaire ?

Référendum populiste ?

Pour certains bons esprits, il n'était pas pensable de laisser à la porte, Platon et le pays qui a inventé la démocratie. C'était la seule raison pour admettre la Grèce à l’Union européenne et à la zone euro. Les Grecs anciens ont inventé la démocratie. Les Grecs modernes ne sont peut-être que des métèques.
On peut les admettre dans la cité sans qu'il soit nécessaire de tenir compte de leur vote que ce soit dans le cadre de la démocratie représentative, élection d'Aléxis Tsipras, ou de la démocratie directe, référendum du 5 juillet
2015.

Pour l'Union européenne, il y a deux sortes de référendum sur les questions européennes. Quelle que soit la question. Ceux auxquels les peuples répondent « oui », les référendums démocratiques, populaires et ceux auxquels ils disent « non », les référendums populistes.
Pour les « non » populistes, deux solutions : faire revoter les électeurs pour qu'ils disent « oui » lors d'un référendum qui devient populaire. Ou se passer de référendum en utilisant la voie parlementaire, démocratique.
On ne fait jamais revoter un peuple qui s'est prononcé pour le « oui », car la réponse est démocratique et donc définitive. De plus, on ne sait jamais, en cas de nouveau vote, le référendum pourrait virer au populisme.

David Cameron, Premier ministre du pays auquel on doit la démocratie parlementaire, a inventé le chantage au référendum pour obtenir ce qu'il désire.
S'il n'obtenait pas satisfaction, il répondrait « non » au référendum qu'il organiserait. Ayant obtenu satisfaction, il répondra « oui ».
Ce référendum sera donc démocratique et populaire ou populiste suivant le résultat !

Ayant posé ses conditions, David Cameron s'est dépensé en rencontres avec ses collègues, chefs d’État ou de gouvernement mais aussi avec les différents présidents de l'Union européenne, mis en place par ces mêmes chefs d’État et de gouvernement. Mais il a refusé l'invitation de s'exprimer publiquement devant le Parlement européen, seule instance européenne élue, préférant rencontrer, à huis-clos, son président et les présidents des groupes politiques.

Il va maintenant défendre son projet devant le peuple britannique. Ce référendum comporte un aspect plébiscitaire pour ou contre David Cameron. Notion qui fait bondir tout démocrate sincère mais qui, ici, est mise en sourdine.

En fait, ce référendum est, avant tout, politicien. David Cameron a gagné les dernières élections législatives avec sa promesse de référendum pour couper l'herbe sous les pieds de l'UKIP (United Kingdom independence party). Nombre d'électeurs ont pensé que voter pour les Conservateurs était la seule possibilité d'être consultés sur l'appartenance à l'Union européenne.

Le pari de David Cameron sera dénoué le 23 juin. Quel que soit le résultat, il sera probablement suivi d'élections législatives.*
Si le « non » l'emporte, il devra présenter sa démission.
Si c'est le « oui », il en profitera, vraisemblablement, pour déclencher des élections législatives et essayer d'obtenir sur la lancée une majorité confortable à la Chambre des communes. Et, ainsi, se renforcer face aux opposants et à l'Union européenne pour les négociations nécessaires à l'application des avantages obtenus.

Il faut, au moins, reconnaître à David Cameron le mérite d'avoir fait ce qu'il avait annoncé lors de sa campagne électorale. Ce n'est pas le cas de tous les chefs d’État ou de gouvernement de l'Union européenne.

Bien entendu, les autres peuples de l'Union européenne n'auront rien à dire sur cet accord euro-britannique qui porte cependant sur la nature de l'Union européenne et intéresse l'ensemble des peuples de l'Union européenne.

Pour la Grèce, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, avait dit : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Le rappellera-t-il à pour le Royaume-Uni ?

*Mise à jour le 21/02/16 à 22h20 " En se prononçant pour une sortie du Royaume-Uni de l’UE, le maire de Londres affaiblit le camp mené par David Cameron pour le maintien du pays dans l’Union." Le Monde 21/02/16.
C'est probablement en pensant à ces législatives que Boris Johnson s'est prononcé pour le "non".

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