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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 22:09
Un 11 mai en blanc, par solidarité, par défiance

La président de la République, avec sa compréhension profonde de la vie sociale et politique, s’est déjà emparé du 1er mai, journée commémorative du massacre de Chicago (1886), pour la journée de travail de 8 heures, du 1er mai institué en 1889 comme journée internationale de revendication des travailleurs, suivi en France de la fusillade de Fourmies du 1er mai 1891.
En 2019, il avait dit « Le 1er mai est la fête de ceux qui aiment le travail ». Il a été précédé dans cet essai de captation du 1er mai par celui qui en 1941 en avait fait « la fête du Travail et de la Concorde sociale ».
En 2020
, le  président a parlé de « retrouver dès que possible les 1er mai joyeux, chamailleurs parfois, qui font notre Nation », au fond une joyeuse journée de potaches chamailleurs. Comme ceux du 1er mai de 2018 et du 1er mai de 2019 ?

Il est impensable de laisser le champ libre pour faire du lundi 11 mai, première journée de l’éventuel déconfinement partiel, une journée seulement marquée par l’autosatisfaction gouvernementale dont la politique économique et sanitaire a fortement joué dans l’insuffisance de moyens pour faire face à la pandémie.

 

Un 11 mai en blanc, par solidarité, par défiance

Il est juste que la population, après de deux mois de confinement, puisse ressentir une certaine satisfaction dans cette mise en semi-liberté après une longue assignation à résidence pour certains et pour d’autres au travail dans des conditions de sécurité négligées.

Pendant toute cette période, nombreux sont ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont voulu témoigner, tous les jours à 20 heures, de leur reconnaissance au personnel soignant, toute hiérarchie confondue, de leur dévouement pour assurer au mieux la prise en charge des victimes de la pandémie.
Mais il ne faut pas que ce demi-pas vers la société de l’après, soit le début de l’oubli
des conditions de travail avant et pendant l’endémie. Une année durant, les personnels hospitaliers, encore une fois, toute hiérarchie confondue, ont manifesté, contre de mauvaises conditions de travail, une insuffisance de personnel, de matériel... Annonçant le risque d’effondrement.
On connaît la réponse gouvernementale
aussi bien au niveau de la gestion de leurs manifestations qu’au niveau de leurs revendications : je ne suis pas le père Noël, l’argent de dingue…

Ce n’est pas grâce aux premiers de cordée mais à eux, méprisés hier, que le système ne se soit pas complètement effondré.

On ne peut pas se contenter de paroles de circonstances, de remerciements formels sur l’héroïsme et l’union nationale. Ce sont des moyens qui sont nécessaires, en personnel (recrutement, salaires, reconnaissance à leur juste valeur des personnels soignants, des médecins étrangers...) et en matériel.

Un 11 mai en blanc, par solidarité, par défiance

Le 11 mai doit être l’occasion de se montrer solidaire des blouses blanches, et bleues, et grises…, des victimes de la politique du mépris de ces riens qui courraient dans les gares pour rejoindre leur poste de travail. Mais qui ont été là pour assumer leur rôle technique mais aussi humain. Sans les moyens qu’ils auraient dû avoir.

On a beaucoup parlé des masques, des tests, des respirateurs qui n’avaient pas été prévus pour des circonstances exceptionnelles. Et des blouses ? Des charlottes ? Des surchaussures ? On a vu les effets de la politique industrielle du flux tendu appliquée à l’hôpital !!!

Alors ne serait-il pas possible de faire du 11 mai, de ce premier pas vers une semi-liberté, une journée de solidarité, dans la rue, dans le respect des règles de distanciation sociale, avec ou sans masque suivant leur distribution, sans rassemblement, sans attroupement pouvant augmenter les risques de contamination, avec ou sans attestation car le déconfinement n’est pas encore certain, le gouvernement s’en sert pour que les citoyens se tiennent tranquilles,
Il faut envoyer un signe clair de satisfaction vers ceux qui ont été à la peine, qui le seront ce jour-là et encore les jours qui suivront, en arborant une vêtement blanc, un nœud blanc, un ruban blanc, en mettant un linge blanc à la fenêtre, sans bruit, sans provocation…

Une journée en blanc pour rappeler aux uns que notre solidarité ne s’arrêtera pas là. Aux autres que nous ne sommes pas prêts à oublier.

Un 11 mai en blanc, par solidarité, par défiance
Un 11 mai en blanc, par solidarité, par défiance

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 21:49

Ce samedi 28 décembre entre Noël et Premier de l'an, des grévistes, des Gilets jaunes et des soutiens ont manifesté de la gare du Nord jusqu'à Châtelet en passant par la place de la République à Paris.

Je suis allé de la place de la République à la place de la République en remontant la manif et en redescendant sur l'avenue Magenta.

Bien sûr, la manifestation n'était pas celle des grands jours mais elle n'était pas ridicule, débordait de vitalité et mêlait Syndicalistes CGT, FO, Sud, Unsa et Gilets jaunes.

Plusieurs boites de demande de solidarité financière. Elle peut aussi s’exprimer par chèques ou virement internet...

Plus d'un million d'euros ont déjà été recueillis.

Mais, pour certains, ça va être difficile de tenir. Le gouvernement joue sur l'épuisement et l'hostilité de la population qui, pour le moment, ne paraît pas même dans les transports parisiens où les gens se pressent... que j'ai peu pris, il est vrai.

Quelques images de solidarité.

Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites
Manifestation contre le projet de réforme des retraites

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 09:16
 
Le président Macron et son gouvernement veulent déformer les retraites, notamment en supprimant les régimes spéciaux, en instaurant le point d’équilibre financier... (1) Il a d’ailleurs décidé de supprimer le régime du président de la République. Aurait pu mieux faire pour la santé et la sécurité sociales : prendre la retraite

Réformer les retraites… aux poings !

Petite histoire

En 1982, une ordonnance institue la retraite à 60 ans, pour 150 trimestres (37,5 ans) de cotisation, au taux plein de 50 % du salaire annuel moyen. C’était le bon vieux temps !
En quelques semaines de 1993, Édouard Balladur s’attaque aux retraites du secteur privé : la durée de cotisation pour la retraite à taux plein passe à 160 trimestres (40 ans), avec une décote de 2,5 % par trimestre manquant. La pension, calculée sur les 10 meilleures années, progressivement sur les 25 années, n’est plus indexée sur les salaires mais sur l'inflation.
Façon de désolidariser travailleurs actifs et retraités.

Le nouveau monde en marche suit le vieux modèle de détricotage.

É. Philippe : les retraités actuels ne seront pas concernés par la réforme. Bien compris par les personnes âgées de 65 ans et plus, seule tranche d’âge qui, à 49%, soutient le projet. Aussi soutenu par les cadres/professions intellectuelles supérieures à 55% contre 27% des professions intermédiaires, 19% des employés et 16% des ouvriers (2).

Aujourd’hui, dans le régime général, l'âge légal de départ à la retraite est 62 ans. En pratique, les travailleurs partent à taux plein à 63,3 ans après 41,3 années d'activité et le calcul du montant se fait sur les vingt-cinq meilleures années.

Pour pousser sa réforme, le gouvernement avance 2 arguments forts : supprimer les régimes spéciaux, créer un régime universel et juste.
La communication est plus près de la publicité que de la vérité.

Le gouvernement dénombre 42 régimes spéciaux à côté du Régime général, de la Mutualité sociale agricole, de la Sécurité sociale des indépendants. Dans les régimes spéciaux, 3 groupes : fonction publique (fonctionnaires civils et militaires), entreprises et établissements publics, autres régimes autour d’une profession ou d’une entreprise.

Le Code du travail reconnaît 10 régimes spéciaux avec 418.776 cotisants, 1,4 % de la population active, et 930.277 pensionnés, selon les estimations de la Commission des comptes de la Sécurité sociale pour 2019. En intégrant fonction publique et régimes assimilés à des régimes spéciaux, ce total grimpe à 4,7 millions de cotisants, soit 15,7 % des actifs, et 4,3 millions de bénéficiaires (3).
Le ministère de la Santé et des Solidarités met 11 régimes sur la liste fixée par décret en décembre 2014.
Dans ses bilans annuels, la Sécurité sociale estime qu'il existe 13 régimes spéciaux et assimilés mais ne prend pas en compte les fonctionnaires, parfois intégrés aux régimes spéciaux.

Face à cette diversité historique, incompréhensible pour le commun des citoyens mais fruit de luttes passées, Macron parle d’un système universel, égalitaire.

Au-delà de l’intention et au fil des déclarations, la complexité des situations rend nécessaire une adaptation aux réalités sociales et aux rapports de force qui démultiplient le modèle initial, unique. De Gaulle, plus modeste, a gouverné le pays des 258 variétés de fromage...

Si une réforme Macron aboutit, il y aura une diversité à 10, 11, 13 ou 42, avec deux points communs : conditions plus dures d’accès à la retraite et diminution des pensions.
Le tout, progressif pour être moins conflictuel...

Libération a publié une liste de régimes spéciaux avec le nombre de cotisants et de pensionnés... (annexe 1)

Pour en rester au quantitatif, cotisants/pensionnés, quelques exemples permettent de voir de fortes différences. Il faudrait y ajouter la diversité des modalités : taux, durée de cotisation, niveau de pension…
Le conflit actuel touche surtout : 2 058 000 fonctionnaires de l’État et militaires cotisants pour 2 355 000 pensionnés ; 2 223 000 fonctionnaires territoriaux et hospitaliers pour 1 155 000 pensionnés ; 143 000 cotisants pour la SNCF en 2017, 261 000 bénéficiaires…
A contrario, certains régimes comptent quelques dizaines de cotisants ou pensionnés et sont en voie de disparition : le dernier bénéficiaire de la caisse des Chemins de fer de l’Hérault est décédé en 2017.

Le programme du candidat Macron en 2017

E. Macron proposait un système universel de retraites où un euro cotisé donnerait les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé… sans toucher à l’âge de départ à la retraite, au niveau des pensions et au système par répartition.
Derrière cette simplicité annoncée, la réforme doit tenir compte de nombreux cas particuliers : aidants, situations familiales, accidents de la vie, chômage, pénibilité... Au total, 132 pages de Jean-Paul Delevoye, pour exposer ses propositions, sans répondre à toutes les questions (4).

Le projet du gouvernement

Derrière les déclarations, simplification, justice, universalité, est apparue l’idée du gouvernement, surtout d’Édouard Philippe, le point pivot à 64 ans car l’allongement de l’espérance de vie entraînerait la nécessité d’augmenter les années de travail.
Ce qui n’a pas été le cas jusqu’à récemment.

É. Philippe ne cache pas la nature financière de ce point : il appartiendra à l’instance de pilotage du futur système, constituée de représentants syndicaux et patronaux, de tracer le chemin pour équilibrer financièrement le dispositif en 2027. Donc suivant son agenda : âge d’équilibre, 62 ans et 4 mois en 2022, 64 ans en 2027 pour apurer le déficit. Avec possibilité de prendre la retraite plus tôt avec une pension diminuée (malus) ou plus tard avec un bonus.
Objectif, plus de 3 milliards d’euros d’économies en 3 ans (5).

Le système de retraite connaît un déficit variable : 2,9 milliards d’euros en 2018, 0,1 % du produit intérieur brut (PIB), selon le Conseil d’orientation pour les retraites (COR). Selon un autre rapport, le déficit pourrait atteindre de 7,9 à 17,2 milliards d’euros en 2025. Mais les dépenses liées aux retraites devraient rester stables entre 2018 et 2030, de 13,5 % à 14 % du PIB.

Recettes et dépenses

L’augmentation de l’espérance de vie, du nombre de personnes âgées et du nombre de retraités sont des faits. Les recettes et les dépenses consacrées aux retraités sont des choix. Pour obtenir leur équilibre, on peut augmenter ou diminuer dépenses et/ou recettes.
Discrètement, les gouvernements successifs ont décidé de diminuer les recettes par l’exonération de certaines cotisations sociales, la diminution des services publics…
Les recettes amputées, on proclame le déficit et pour rétablir l’équilibre, il faut diminuer les dépenses par un nouveau mode de calcul des pensions dont le fameux point ou le nombre de retraités en reculant l’âge de la retraite...


 

Réformer les retraites… aux poings !

La question d’augmenter les recettes ne sera pas posée. Pourtant c’est possible : en fixant le même taux de prélèvement à tous, ce qui n’est pas le cas pour les hauts revenus (6), en taxant les revenus du capital, en alignant les salaires des femmes sur ceux des hommes, en régularisant les travailleurs sans papiers, en luttant contre le travail au noir ce qui supprimerait une concurrence déloyale… mais on diminue le nombre d’inspecteurs du travail...
Toutes mesures qui augmenteraient la rentrée de cotisations.
Surtout en diminuant le nombre des chômeurs, plaie principale de la société : on préfère des heures supplémentaires, sans cotisations sociales, l’allongement des années de travail, au lieu de favoriser la répartition du travail.
Travailler moins pour travailler tous.

Le choix est fait : réduire les dépenses quand le nombre de personnes âgées augmente ! Ce ne peut être qu’en diminuant le montant des pensions et le nombre des pensionnés !

É. Philippe s’est engagé : au moment de la conversion des points en pension lors de l’arrivée d’un actif à la retraite, un point cotisé vaudra toujours une somme égale ou supérieure (mais pas inférieure) au montant de base inscrit dans la réforme (7). Même si l’inflation galope ? Comment Philippe pourra-t-il tenir parole dans un an, deux ans… si un autre gouvernement fait voter une loi en contradiction avec sa promesse ?

Ceux qui partent à la retraite à l’âge pivot toucheront une pension calculée sur la valeur normale du point de retraite. Pour ceux qui partent avant, la valeur du point sera diminuée, pour ceux qui partent après, le point sera bonifié dans les mêmes proportions, X % par année… (7). Encore un encouragement à travailler plus au détriment de ceux qui ne trouvent pas d’emploi.

Ça tourne beaucoup autour du pivot !

Après avoir proclamé, haut et fort, qu’il allait unifier les systèmes de retraite, le gouvernement doit moduler l’âge pivot en fonction de certains critères et… des rapports de force.

Déjà le ministre de l’Intérieur a fait des promesses dérogatoires à ses troupes qui le soutiennent comme la corde soutient le pendu… après  la défection de 3 compagnies de CRS lors d'une manifestation parisienne... Il a annoncé le maintien des avantages du régime spécial des policiers... l'âge de départ à la retraite (52 ans  pour les hommes en tenue et 57 ans pour les commissaires) et la retraite calculée comme tout le monde, sur la totalité de la carrière mais en intégrant toutes les primes... aboutissant à des pensions équivalentes à c elles d'aujourd'hui. Mais à la suite d'une déclaration de Macron assurant aux militaires le maintien de leur régime, les policiers exigent  un futur régime de pension aligné  sur celui, plus avantageux, des gendarmes (8).

Comme quoi, la lutte paie surtout celle des policiers, indispensables à un gouvernement austéritaire qui manie austérité et bâton..

Les primes seraient aussi intégrées au calcul des retraites des agents du secteur public. Compensation pour ceux qui en perçoivent : 20 % de la rémunération mais variant fortement d’un agent à l’autre. Ceux qui touchent peu ou pas de primes ont fort à perdre, notamment les enseignants (9). Pour eux, c’est le salaire qui serait fortement revalorisé.

De plus, un bonus de 5 % de points de retraite sera accordé pour chaque enfant dès le premier et un autre de 2 % pour les familles de 3 enfants et plus (10).

Des bonus pourraient aussi être octroyés selon la pénibilité du travail (11). Malgré le mépris de classe de Macron pour qui beaucoup trop de Français n’ont pas le sens de l’effort. Et qui n'adore pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail c'est pénible !!!

Cependant, courageux, Jean-François Cesarini, ancien socialiste, député de LREM, et humoriste (noir), propose, pour les enseignants, une pondération liée aux suicides par métier, qui prouve la pénibilité.

Mauvaise idée pour J-M. Blanquer car la moyenne des suicides dans l’Éducation (5,85 pour 100 000) est très en dessous de la moyenne nationale, soit 16 personnes pour 100 000 en 2012 (12).

Les agriculteurs exploitants auront-ils ce bonus de pénibilité ? Le rapport 2014 de l’ONS a signalé leur surmortalité par suicide, plus de 20 % au-dessus de la moyenne nationale, avec environ un suicide tous les deux jours (13).

L’allongement de l’espérance de vie est, pour le gouvernement, un argument en faveur d’un départ à la retraite plus tardif. Non pour sa modulation ! Jean-François Cesarini aurait pu l’utiliser pour la proposer comme critère. C’est, peut-être, malvenu pour un socialiste qui s’est mis en marche. A 35 ans, l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de plus de 6 ans à celle d’un cadre d’après l’Insee, moyenne entre 2009 et 2013 (14).

Ne devrait-on pas en tenir compte pour l’âge de la retraite ?

Plus judicieuse encore l’espérance de vie en bonne santé : nombre d'années qu'une personne peut compter vivre sans souffrir d'incapacité dans les gestes de la vie quotidienne. En 2016, elle était de 64,1 ans pour les femmes et 62,7 ans pour les hommes d’après la DREES, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (15).

L’espérance de vie, sans problèmes sensoriels et physiques, pour les cadres est de 34 ans à 35 ans (35 +34 = 69), pour les ouvriers, 24 ans (35 +24 =59). La majorité des ouvriers est en mauvaise santé avant même d’arriver à l’âge pivot ! Les cadres vivent plus longtemps, en meilleure santé, ont des retraites plus élevées et plus longues (16).

L’âge pivot d’équilibre financier semble plus parlant pour le gouvernement que l’âge pivot d’équilibre humain !

Il a été question de la dangerosité de certains métiers, et les accidents du travail ? En 2018, 651 103 accidents, 2,9 % de plus qu’en 2017 : dont 551 mortels en 2018, 530 en 2017, non compris les agriculteurs, auto-entrepreneurs, fonctionnaires. Nul ne sera étonné que leur fréquence est plus importante dans le bâtiment et travaux publics, 73,2 pour 1.000 salariés, puis les marins, 64,8, que dans les banques, assurances et administrations, 9,9 pour 1000.

Le taux de mortalité par accident du travail chez les marins est le plus élevé, 0.461 pour 1 000 marins et 0.748 pour 1 000 marins-pêcheurs. Risque 5 fois plus élevé, 8 fois pour les marins pêcheurs, que dans le BTP avec 0,093 pour 1000 salariés et 15,6 fois plus élevé que dans tous les secteurs professionnels confondus avec 0,0295 pour 1000 (17).

Bien entendu, d’autres professions sont aussi à risques : élagueurs, couvreurs, sidérurgie, éboueurs... (18).

Le premier ministre a tenu à rassurer les militaires, les policiers et les agents hospitaliers, en s’engageant à ce que la pénibilité de leur métier soit bien un critère dans le calcul de leur pension (19).

Que peuvent faire les marins-pêcheurs, les élagueurs, les ouvreurs… et tous les autres pour se faire entendre ?

 

Réformer les retraites… aux poings !

Les motivations de Macron dans cette réforme sont multiples

Président des riches
Il a annulé l’impôt sur la fortune financière pour favoriser, sans beaucoup de succès, dans le financement des entreprises françaises. Il prépare l’enrichissement des plus favorisés en ouvrant le marché des futures retraites complémentaires aux fonds de pension et d’investissement. Et aux assurances comme demandé depuis longtemps par ceux qui ont affirmé clairement vouloir détruire les acquis sociaux de la Libération ?

Contre les corps intermédiaires

Les syndicats. On pouvait penser qu’il allait jouer sur la cassure entre les réformistes de Laurent Berger et de la CFDT… et autres favorables à la retraite à points et aider la CGT… dans sa perte d’influence. En maintenant son appui au pivot qui n’était pas dans son projet, il acte, jusqu’ici, son refus de la main tendue de Laurent Berger partisan de la réforme Macron (points), opposé à la réforme Philippe (pivot). Pense-t-il que le moment lui est favorable qu’il peut aller plus loin et monter l’opinion publique contre tous les syndicats ? Veut-il être le Thatcher français ?
Il pense être venu à bout des GJ par l’usage de la force, le plus important depuis la guerre d’Algérie, avec les dégâts que l’on connaît, espère-t-il réussir à opposer la population aux privilèges et à la nuisance des grévistes avec l’aide des grands médias d’information ?

Macron et l’Union européenne.
Débarrassé de la question sociale, il va rejoindre enfin le groupe des bons élèves du libéralisme européen. Fort d’une opposition morcelée, la prochaine élection présidentielle risque de ressembler beaucoup à la précédente. Il pourra alors jouer un rôle important à une autre échelle au moment où le Royaume-Uni s’engage dans le Brexit et où l’Allemagne perd son poids international avec le départ de Merkel et la montée du populiste d’extrême droite.

1 - Analyse retraites, excellent quatre pages par les grévistes de l’Insee. https://tendanceclaire.org/contenu/autre/Analyse_Retraites_Comite_mobilisation_Insee.pdf
2 -
https://elabe.fr/reforme-retraite-septembre2019/

3 - Les Echos 03/12/19, https://www.lesechos.fr/economie-france/social/retraite-les-regimes-speciaux-en-quatre-graphiques-1153152
4 -
Le Monde 12/12/19
5 -
Le Monde 13/12/19
6 -
Dans la réforme, il y aura un taux de cotisations retraite unique de 28,12 % sur les salaires. Les revenus au-delà de 120 000 euros par an ne donneront pas de droit à la retraite et ne seront soumis qu'à un taux de 2,81 % de cotisations, utilisées pour contribuer à l'équilibre du système. Ce plafond est largement inférieur à celui appliqué aux complémentaires du privé aujourd'hui, qui est d'environ 324 000 euros. Le Monde 12/12/19.
7 -
Le Monde 21/12/19
8 - Le Figaro 22/12/19

9 - Le Monde 12/12/19
10 - Le Monde 12/12/19
11 -
JDD 13/12/19
12 -
Ouest-france 08/11/19
13 -
Le Monde 03/02/16
14 - Observatoire des inégalités https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-d-esperance-de-vie-entre-les-categories-sociales-se-maintiennent?id_theme=19
15 -
Le Monde 19/02/19
16 -
Observatoire des inégalités. https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-d-esperance-de-vie-entre-les-categories-sociales-se-maintiennent?id_theme=19

17 - http://actualites-nautiques.com/marin-le-metier-le-plus-dangereux-au-monde/
18 - Reconversion 13/11/19 https://www.reconversionprofessionnelle.org/metier-dangereux/
19 - Le Monde 21/12/19

Annexe 1 : Combien y a-t-il, en France, de régimes spéciaux de retraites et combien de bénéficiaires? Luc Peillon, Libération, 24/09/19

Fin 2017, plus de 17 millions de personnes bénéficiaient d’une pension dans le cadre du système de retraite français. Ce risque représente le premier poste de dépenses de protection sociale, avec 314 milliards d’euros.

1/Salariés du secteur privé : La très grande majorité des salariés du secteur privé sont affiliés au régime général de l’assurance retraite. En métropole, celui-ci comptait, en 2018, 18,7 millions de cotisants pour 14,4 millions de retraités. La mutualité sociale agricole (MSA), 677 527 cotisants pour 2,5 millions de retraités.

2/Régimes spéciaux : les agents civils et militaires de l’État, 2 millions de cotisants et 2,16 millions de retraités, les agents de la fonction publique territoriale et hospitalière, 2,22 millions de cotisants pour 1,05 million de retraités.

Viennent enfin les régimes spéciaux à proprement parler, regroupant près de 500 000 cotisants pour plus d'un million de bénéficiaires : Le secteur des mines : 1 675 cotisants pour 261 641 bénéficiaires, SNCF: 144 309 cotisants pour 258 319 bénéficiaires, industries électriques et gazières, 140 548 cotisants pour 178 600 bénéficiaires, marins, 31 073 cotisants pour 112 263 bénéficiaires, ouvriers de l’Etat , 26 183 cotisants pour 84 378 bénéficiaires, clercs et employés de notaires, 51 031 cotisants pour 73 999 bénéficiaires, RATP:  42 434 cotisants pour 48 643 bénéficiaires, personnels des cultes, 16 367 cotisants pour 43 864 bénéficiaires, Banque de France, 10 587 cotisants pour 16 845 bénéficiaires, personnels de l’Ex-SEITA, 5 cotisants pour 8 482 bénéficiaires, personnels de l’Opéra national de Paris, 1 847 cotisants pour 1 796 bénéficiaires, personnels de la Comédie Française, 347 cotisants pour 421 bénéficiaires, Port autonome de Strasbourg, en 2016), 172 cotisants pour 209 retraités, Caisse de retraite des régies ferroviaires d’outre-mer, 100 bénéficiaires en 2017, Caisse de retraite du chemin de fer franco éthiopien, 10 bénéficiaires, Préfecture du Haut-Rhin, 5 bénéficiaires.
A noter la disparition cette année de la caisse des Chemins de fer de l’Hérault, dont le dernier bénéficiaire est décédé en 2017.

3/Non-salariés, souvent gérés par des caisses autonomes : exploitants agricoles, 480 462 cotisants pour 1 426 007 bénéficiaires, professions libérales, regroupant 10 sous caisses (Notaires, médecins, pharmaciens, dentistes, sages-femmes, architectes…), 672 280 cotisants (hors auto-entrepreneurs) pour 351 943  bénéficiaires, avocats, 67 720 cotisants pour 16 540 bénéficiaires.

-Les indépendants (SSI), regroupant les artisans, commerçants et industriels : 2,2 millions de cotisants pour 2 millions de retraités.

En résumé, les régimes spéciaux au sens large (avec les fonctionnaires de l’État, des collectivités locales et des hôpitaux) regroupaient 4,7 millions de cotisants pour 4,2 millions de retraités. Luc Peillon Libération 24/09/19.

Réformer les retraites… aux poings !

 

 

 

 

 

 

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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 15:42
Jaune, rêve ou cauchemar ?

Le peuple français et son gouvernement ont le jaune en commun, en rêve pour les uns en cauchemar pour les autres.

Même les arbres commencent à jaunir précocement, et les pelouses…
Et François de Rugy qui, après son carton jaune fait amende honorable, rembourse les excès de boisson de ses invités, et remplace les bulles de Champagne par le jaune du pastis, moins people et plus peuple, beaucoup moins cher. Aussi bien pour François de Rugy que pour les contribuables...

Jaune, rêve ou cauchemar ?
Jaune, rêve ou cauchemar ?

Les supporteurs n’ont d’yeux que pour le jaune victorieux des gilets (1), certes coûteux en souffrances, et du maillot au Rond point ou sur les Champs...
Seul, Emmanuel Macron rit jaune (2) en son Palais avant de traverser la rue pour aller, la peur au ventre (1), serrer la main de personnes pour qui c’est un grand honneur d’être en jaune (3).


Maillot jaune ? Gilets jaunes ?

 

 

 

 

Jaune, rêve ou cauchemar ?
Jaune, rêve ou cauchemar ?Jaune, rêve ou cauchemar ?

1 - Les braises de la crise des gilets jaunes couvent toujours et... quelques milliards d’euros ne suffiront pas à apaiser le pays assure l’un des ministres présents. Le Président nous a dit de partir en vacances la peur au ventre. Le Monde 23/07/19

2 – Un humoriste c’est un philosophe qui rit jaune. (Émile Coderre). Emmanuel Macron est-il un philosophe ? Un humoriste ?

3 – Julian Alaphilippe

Jaune, rêve ou cauchemar ?
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4 – Le jaune, c’est aussi Atelier des Lumières Van Gogh, la nuit étoilée, à voir à Paris.

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 09:35
Que faisons nous pour demain ?

 

Quand la troïka s’est attaquée au peuple grec, les peuples de l’Union européenne ont compati mollement. Et laissé Tsipras et Syriza seuls...

Quand les gouvernements se sont attaqués à la loi El Khomri, au code du travail, à la Sncf… les Français ont soutenu mollement les syndicats.

Quand est venue l’élection présidentielle, défaite politique après la défaite sociale avec les déboires du couple Fillon comme divertissement…

Quand les gilets jaunes se révoltent, en dehors des clous, on nous amuse avec la violence, le boxeur… et on prépare les élections européennes et les futures répressions.

Au printemps 1968, tout a basculé quand les usines ont été occupées, cet hiver 2018, le peuple soutient les gilets jaunes et tout le monde regarde, commente BFMTV.

Le gouvernement aux abois, les politiques désorientés et les commentateurs de droite ou de gauche transforment en une campagne d’extrême droite pour les européennes. Ils privilégient les excès verbaux et inadmissibles de quelques uns au détriment des revendications de justice fiscale, sociale et politique et une lutte largement soutenue par la population, d’après les sondages, après des semaines de manifestations dures.

Il n’est plus question de convergence des luttes, sinon ça va péter, mais quand ça pète, de peur de la contagion.

Les syndicats seuls en lutte n’ont pas gagné. Les gilets jaunes peuvent-ils gagner seuls ?


 

Que faisons nous pour demain ?
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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 15:11
CANNES 2018  Le cinéma, la vie

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Cinquante ans après, d’aucuns auraient voulu un hommage, une commémoration ou même un remake de MAI 68. Mais Cannes 2018 a été, simplement, dans l’actualité de la vie du monde même si Me Too peut être considéré comme une réplique lointaine ou une part inachevée des événements de mai 68.

 

Les films présentés à Cannes sont souvent un écho de l’histoire, des histoires, du monde. Cette année, même le Palmarès en témoigne et certains semblent le regretter. Cannes n’aurait plus la montée des marches de jadis et d’ailleurs, manquerait de glamour...

 

Le cinéma est aussi une industrie conditionnée par les moyens techniques et financiers ouvrant la voie à de nouvelles façons de raconter et diffuser des histoires, RV, selfie, VàD...

 

Menaces ou perspectives pour le cinéma et le Festival ?

 

 

Me Too et Cannes

 

Me Too a explosé aux États-Unis. Le phénomène a touché/coulé Harvey Weinstein, énorme personnalité qui a régné longtemps sur le cinéma et à Cannes, au vu et au su de beaucoup qui se sont accommodés de son comportement.
Les réactions cannoises suffiront-elles,
non pour effacer ce passé mais pour changer les choses ?

 

D’autres personnalités du cinéma ont ensuite été mises en cause surtout aux États-Unis… Peu, pour le moment, en France, avant ou après Weinstein.
A Cannes, une des premières à avoir pris clairement la parole, l’actrice Asia Argento est revenue sur le viol dont elle a été victime : « En 1997, j'ai été violée par Harvey Weinstein, ici à Cannes. J'avais 21 ans. Ce festival était sa chasse gardée ».
Elle est allée plus loin : «Toute une communauté lui a tourné le dos, même ceux qui n'ont jamais dénoncé ces faits. Et parmi vous, dans le public, il y a ceux que l'on devrait pointer du doigt à cause de leur comportement envers les femmes, un comportement indigne de cette industrie, de n'importe quelle industrie. Vous savez qui vous êtes. Plus important encore, nous, nous savons qui vous êtes ».

 

Menace réelle ? Certains ne doivent pas être tranquilles. Les récentes accusations contre Luc Besson montrent que ce n’est pas fini. Au moment où, choix malheureux, le Grand bleu était repris au Cinéma de la plage à Cannes en hommage à son réalisateur.

 

Mauvais affaire pour le Festival qui tente d’avancer au-delà de l’affaire Weinstein et de faire oublier les commentaires répétés, à chaque festival, sur le nombre insuffisant de femmes en compétition, en récompenses ou comme membres du jury.

 

Cette année, les femmes étaient majoritaires dans tous les jurys du Festival, 16 contre 9, et une femme présidait le jury de la Compétition et celui de la Caméra d’or.

Les chiffres, concernant les œuvres de femmes sélectionnées, sont moins favorables, 15 % (contre 5 % en moyenne depuis la création du Festival), 20% toutes sections confondues (Compétition, Un certain regard, Hors compétition, Séances spéciales, Cannes classics, Cinéma de la Plage). Quant aux récompenses, et toutes n’ont pas la même valeur, 5,5 ont été attribuées à des hommes (Palme d’or, Grand prix, Mise en scène, Scénario ex-æquo, Palme d’or spéciale, Caméra d’or) et 1,5 à des femmes (Prix du jury, Scénario ex-æquo).

 

Le Festival a été marqué par différentes manifestations : journée consacrée à la place des femmes dans le Septième Art, publication d’une trentaine d’idées visant l’égalité des chances (Le Lab Femmes de cinéma) ; table ronde sur la représentation des femmes au cinéma (Nespresso Talents) ; conférence sur la parité dans l’exploitation (Rendez-vous des exploitants Art et Essai) ; Woman in Motion pour la mise en avant des talents féminins (Kering) ; colloque sur l’avenir de Me Too (Swedish Film Institute) ; prise de parole de Cate Blanchet, présidente du jury et d’Agnès Varda avant la projection de Filles du soleil ; montée des marches, organisée par le Collectif 50/50 pour 2020, de 82 femmes actrices, réalisatrices, techniciennes, productrices, scénaristes, exportatrices, distributrices, agentes, qui se sont arrêtées à mi-parcours pour symboliser le blocage de l’échelle sociale et professionnelle : 82, le nombre de films réalisés par des femmes et sélectionnés en compétition depuis la création du Festival, soit moins de 5 % du total ; montée des marches d’un groupe de 16 femmes noires habillées par le même couturier : Noire n’est pas mon métier…

 

Et surtout la signature par Thierry Frémaux (Festival), Paolo Moretti (Quinzaine des réalisateurs), Charles Tesson (Semaine de de la critique) d’une Charte qui sera proposée à tous les festivals internationaux sur les procédures de sélection des films, notamment la transparence des membres des comités de sélection et des programmateurs (1).

 

Par ces initiatives, le Festival et le cinéma en dépassant leur rôle de témoin ou de précurseur pour s’impliquer directement dans le mouvement sociétal en cours, ont-ils trouvé une façon de rebondir positivement ?


 

 

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

De quelques films

Le programme de ce 71ième Festival de Cannes a été généralement salué pour sa qualité et sa diversité, même si aucun film n’a fait l’unanimité, ni écrasé tous les autres ou annoncé une nouvelle façon de faire du cinéma. Certains ont déçu, aucun n’a scandalisé. Les prix attribués ont pu être discutés mais n’ont pas entrainé de réelle contestation.

 

Le Festival, toutes catégories confondues, a continué à donner un important écho aux affaires du monde, notamment mais pas seulement, à la place et au rôle des femmes dans la société, dans des sociétés bien différentes.

 

Dans le cadre de Cannes classics, un film Be natural : the untold story of Alice Guy-Blaché (Soyez naturel : l’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché) raconte la vie d’Alice Guy, née en 1873, à Saint Mandé. Secrétaire au Comptoir général de la photographie de Léon Gaumont, elle crée en 1896, La Fée aux choux, la première fiction du cinéma. Elle tourne ensuite plus de 200 films de tous les genres : comédie, fantastique, poursuites… Invente des effets spéciaux : ralenti, accéléré, surimpression, fondus… Envoyée aux États-Unis, elle aurait créé entre 1000 et 8000 films : on en connaît seulement près de 150 aujourd’hui… (2).
En 2016, Cannes classics avait déjà fait connaître le rôle des femmes dans les débuts du cinéma à Hollywood : Et la femme créa Hollywood (3).

 

Au delà de ces reconnaissances tardives, des films réalisés par des femmes ont été présentés comme Les filles du soleil, sur ces femmes kurdes qui luttent contre les djihadistes pour libérer leur ville et retrouver leur famille. Ce film a peu été apprécié par la critique à Cannes (4).

 

Sofia, le film de la réalisatrice marocaine Meriem BenM'Barek raconte la situation difficile d’une jeune femmes, enceinte, hors mariage, qui va berner toute la famille, sauver l’honneur et arranger les affaires de tout le monde sauf, peut-être, de celui qu’elle épouse (5).

 

Dans Se rokh (qui serait mieux traduit par Trois portraits que par Trois visages), une jeune fille d'un village dans une région retirée turcophone d'Iran, rêvant de devenir actrice, a envoyé son suicide filmé à une actrice célèbre qui n'a pas répondu à ses multiples messages précédents : appel au secours pour l'aider face aux oppositions familiales qu’elle rencontre. L'actrice perturbée abandonne aussitôt le tournage (6).
Les
Trois visages sont ceux d’une jeune fille rejetée par le village qui se consacre à la peinture, on ne la voit guère, celui de l'actrice culpabilisée et celui de la suicidée. Le film montre aussi la méconnaissance du milieu populaire et rural par une actrice qui les fait rêver et quils connaissent tous. Et l'aide qu'attendent les villageois dés qu’ils voient dans leur village une possible autorité.
Jafar Panahi ouvre le film en donnant à un selfie un rôle dramatique : pour la première fois au cinéma ? Ce cinéaste qui a des problèmes avec le gouvernement iranien a déjà utilisé les nouvelles techniques, pour déjouer la censure. Avec un téléphone portable, il a réalisé, à moindre frais, 20 000 euros, Taxi Téhéran et donné une vision de la ville de Téhéran au gré des courses... (7).

 

Todos lo saben, film d’un autre Iranien, Asghar Farhadi, était aussi en Compétition. Tourné en Espagne et en espagnol, il risque d'être distribué en France sous son titre en anglais (Everybody knows) !
Laura revient d’Argentine avec ses enfants pour le mariage de sa sœur qui réunit toute la famille sauf son mari qui n'a pu venir pour des raisons matérielles. Le déroulement du mariage (à noter des prises de vue par drone de la noce) est perturbé par l’enlèvement pour une rançon de la fille de Laura. Cherchez la femme...
Événement révélateur de ce que tout le monde sait dans le village mais sur quoi le silence règne depuis 16 ans et le départ de Laura avec son mari pour l'Argentine. Révélateur des sentiments longtemps cachés au sein d’une famille jusqu’à ce qu’éclatent les problèmes d’argent. Film sur l'amour, l'amour paternel, la filiation, l'argent… et l'engrenage du mensonge malgré le temps qui passe…
Les premières minutes permettent au réalisateur d'indiquer ses intentions : espace clos dans le clocher, engrenages, horloge, mariés vus à travers les barres du balcon ou des grilles… (8).

 

Dans Girl (9), Viktor, 15 ans, veut, à tout prix, devenir fille et danseuse, avec l'appui de son père. Il est pris en charge par une équipe médicale pour un traitement hormonal avant une intervention chirurgicale. Tout en suivant des cours exigeants de danse. Bien que très belle jeune femme pour ceux qui la regardent, ce n’est facile ni au niveau physique, ni au niveau psychologique.
The Danish Girl avait déjà raconté l’histoire d'amour de Gerda Wegener, jeune homme marié, première personne à avoir subi une opération chirurgicale, malheureuse, pour changer de sexe en 1930 (10).

 

Dans Laskovoe Bezrazlichie mira, (La tendre indifférence du monde), à la mort d’un propriétaire terrien, au Kazakhstan, la veuve oblige sa fille étudiante en médecine ayant interrompu ses études pour aider son père, à se rendre chez son oncle qui la mariera pour racheter les dettes du père.
Elle part à la ville, accompagnée de son amoureux d'enfance mais
malgré leur courage, ils narriveront pas à échapper à loncle et à ses amis corrompus (11).

 

Dans Manbiki Kazoku (Une affaire de famille), un père et son fils, après quelques larcins alimentaires, ramènent chez eux une fillette victime de sévices familiaux. Elle entre dans une famille accueillante, grand-mère, parents et un garçonnet. Une famille qui vit de petits vols et des revenus occultes de la grand-mère.
Ce film rappelle le néoréalisme italien : une famille unie, chaleureuse, dans une pauvreté affrontée par une délinquance mineure… Elle va être déstabilisée par la justice et la découverte d’un lourd passé (12).

 

Yomeddine (13) : à la mort de son épouse, Beshay, lépreux guéri mais défiguré que son père a déposé à la léproserie et n’est jamais venu rechercher malgré sa guérison, décide de revenir chez lui. Avec sa vieille charrette tirée par un âne qui mourra en route, accompagné par un jeune Nubien, orphelin, il va entreprendre un long voyage plein d'incidents… Malgré tout, ils arrivent au but et retrouvent le père.
Les deux héros sont effrayés, devant le choix qui s'offre à eux : se réinsérer dans un monde normal qu'ils ne connaissent pas, qui ne les connaît pas et où ils doivent se faire une place. Ou revenir dans le cocon malheureux où ils étaient connus et reconnus. Retrouver leur identité administrative oubliée ou conserver l'identité vécue depuis des années.
Sur un thème proche,
La route sauvage (Lean on pete), film étasunien sur les écrans actuellement, raconte la longue marche d’un jeune qui quitte un père inconsistant et un milieu défavorisé, avec un cheval quil a sauvé de labattoir et qui meurt par le chemin. Plus optimiste, le jeune retrouve une tante lointaine qui lui donnera la chaleur d'un foyer (14).

 

Il est question d'une tout autre jeunesse dans Weldi (15). Samir, jeune Tunisien, prépare son bac mais quelques difficultés surgissent, migraine, vomissements, qui inquiètent les parents. Trois jours avant l'examen, il disparaît… parti en Syrie. Face à l'appel au djihad, les parents, la société n'ont à offrir qu'une petite vie familiale médiocre où il nest question que de crédits, de promotion, de plan cul, tout un mode de vie dont les appels au djihad dénoncent l'hypocrisie
F
inalement, Samir ne montrera des signes de bonheur que lorsquil présentera lui-même, par Facebook, sa vie familiale, son enfant, à ses parents. Mais en Syrie....

 

Autre pays, autre jeunesse, autre violence dans El Angel, d'après une histoire vraie. Un jeune de la petite bourgeoisie argentine, voleur par vocation, s'enfonce dans une délinquance de plus en plus grave avec des meurtres multiples (16).

 

Climax commence par une longue et magnifique séquence de hip-hop, lors d'un stage de danse. Au buffet, la sangria enrichie au LSD, ce que personne ne semble savoir, va déclencher un long délire collectif et douloureux… Omar n’a pas voulu boire... (17).

 

Carlos Diegues

Carlos Diegues

Carlos Diegues

Dans O grande circo mistico (Le grand cirque mystique) de Carlos Diegues, Fred dont on célèbre le doctorat, apprend qu'il n'est pas le fils de la mère qui l'a élevé mais d'une amie de la famille, impératrice vierge, exilée. En dédommagement, il obtient un cirque pour la belle quil aime. Ce cirque, avec quelques belles scènes, bien filmées, sera transmis, de fille en fille, à travers des filiations hasardeuses jusqu'au 21ième siècle. Et se terminera par un gracieux vol de jumelles trapézistes dans une société où le château de l'impératrice vierge est devenu un grand parking. Il faut aller très bas pour atteindre une certaine grâce (18).

Dans Dogman, film italien, Marcello tient un magasin de toilettage et de gardiennage de chiens et arrondit ses revenus en revendant de la cocaïne à son ami, Simoncino, ancien boxeur, qui l'entraîne dans un casse. Ne voulant dénoncer son ami, il écope d’un an de prion. À sa libération, il demande à Simoncino sa part de butin. Mais doit faire face à un puissant complice qui ne veut rien entendre. Pour s’en débarrasser, il sait utiliser les instruments de son métier... (19).

 

Spike Lee, Blakkklansman, raconte, avec humour, l’histoire vraie d’un Afro-américain qui s’engage dans la police et est d’abord chargé de taches administratives. Insatisfait, il est muté pour infiltrer les milieux indépendantistes afro-américains et tombe amoureux de la belle présidente du mouvement étudiant. Il refuse de suivre la ligne des suprématistes noirs et décide d’infiltrer le KKK par téléphone, relayé par un collègue juif pour la participation physique.
En prise avec l'actualité, le film s'achève sur les manifestations racistes de Charlottesville et sur Donald Trump... (20).

 

The state against Mandela and the others, procès de Nelson Mandela et de ses coaccusés à travers des images d'époque, les déclarations de survivants. Le procès proprement dit, interrogatoires au tribunal, déclarations enregistrées des accusés, est illustré par des dessins en noir et blanc (21).

 

Samouni road relate lopération plomb durci d'Israël dans le territoire de Gaza pendant laquelle 25 personnes de la famille Samouni ont été tuées.
Le film, longuement applaudi, reconstitue remarquablement cette opération et ses conséquences à travers des documents de larmée israélienne et des récits de la famille des victimes. Le film est illustré par des images animées et sa bande son est d'un réalisme terrifiant… (22).

 

Dans Zimna Wojna, film en noir et blanc, un musicien et une professeure de danse constituent une école pour reprendre chants et danses populaires de Pologne. Ils obtiennent un tel succès que les autorités les poussent à mettre leurs talents au service le la Révolution, du Parti, de Staline… La professeure de danse refuse mais non Wiktor, le musicien. Amoureux d’une chanteuse particulièrement douée, il mène à bien son entreprise. Ce qui leur permet de voyager. Ils décident de passer à l’Ouest mais seul Wiktor part pour Paris. Où, là encore, il choisira pour vivre les compromissions. Ils se retrouveront, se quitteront… Il finira par repartir pour la retrouver en Pologne mais…
Amour passionné dans des situations qui le rendent impossible… (23).

 

Dans Leto (L’été), des jeunes, avec Mike, ont constitué un groupe musical qui rencontre un succès certain à Leningrad sous le regard inquiet de certaines autorités. Arrive un nouveau groupe avec Viktor, au visage eurasien, plus doué, ce que perçoit tout de suite Mike, alors au sommet de sa gloire. Concurrence musicale, concurrence auprès de Natacha...
Leto décrit une jeunesse fascinée par le monde occidental, essentiellement musical dans le Leningrad des années 60-80. Les groupes essaient de construire une contre culture qui déclenche l’enthousiasme des jeunes. Le phénomène ressemble à celui vécu en Occident avec quelques années de décalage. Sans homosexualité, drogue, sida… et avec la même domination masculine, les groupes sont masculins et les fans surtout féminins…
Tout le monde ne peut arriver à la gloire… L'un se suicide, le héros adulé, Mike, comprenant la valeur de son concurrent, lui met le pied à l’étrier et continue sa vie, d'employé banal avec une famille banale. Seul Viktor…

Le film fait la part belle à la musique mais aussi à des délires, images colorées qui embellissent la réalité et touchent à la comédie musicale (24).

 

Avec Gongjak, (The spy gone north), la chanson n’est plus la même, l’aspect guerre froide est d’actualité. Dans ce film sud-coréen d’espionnage, un ancien officier, démissionnaire, reconverti dans les affaires, reprend du service pour essayer de faire le point sur le développement de l'industrie nucléaire au Nord. Après de multiples péripéties, les préliminaires à la rencontre avec le chef suprême sont remarquables, il collabore avec un Nord-coréen pour essayer de dégeler la situation entre les 2 pays. Ils y parviennent mais devront en payer le prix.
Film d'actualité au moment du dégel entre Corée du Nord et du Sud et projet de rencontre avec Donald Trump (25).

 

Parmi les films français, Plaire, aimer et courir vite (26) et En guerre (27) ont le tort de venir après. Après 120 battements par minute (28) qui a eu le Grand Prix, l’an dernier à Cannes pour le premier et pour le second après La loi du marché (29), avec le même acteur, Vincent Lindon, déjà récompensé à Cannes en 2015 par le Prix d’interprétation masculine.

 

Cédric Hérou

le héros du film

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

Libre est un documentaire d’actualité : comment déjouer la police, la gendarmerie, l'armée pour que les demandeurs d’asile, les enfants isolés puissent arriver à la préfecture des Alpes maritimes ? Pour que les adultes puissent déposer une demande d'asile ? Pour que les enfants puissent bénéficier d’une prise en charge ? Dans les 2 cas, comment faire appliquer la loi par les autorités ? Sans aller en prison : c'est le problème de Cédric Hérou et de tous ceux qui encourent des sanctions pour délit de solidarité (30).


 

Michel Toesca
le réalisateur

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

La traversée, Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, veut prendre le pouls politique du pays.
Dans la première partie, Daniel Cohn-Bendit interroge avec empathie des éléments divers de la population française, actifs ou retraités, toujours fiers et heureux de leur travail, malgré les difficultés.
Sur le plan politique, ils ne cachent pas leur point de vue, défense d'EELV et attaque de l'extrême gauche…
Mais ils ne donnent la parole qu’à Emmanuel Macron, qu’ils tutoient, au maire de Béziers, à des sympathisants ou militants du FN, à qui, finalement, ils offrent une tribune (31).


 

Romain Goupil

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

Certains films restaurés sont présentés au Cinéma de la plage, ouvert, gratuitement au public, comme Au feu, les pompiers (32) et Bagdad Café (33).

Mais c’est surtout le rôle de Cannes classics qui permet de voir ou revoir, dans de bonnes conditions, des films anciens : Battements de cœur (34), Driving Miss Daisy (35), A ilha dos amores (36).

 

Ou de découvrir, par exemple, Enamorada (37), restauré grâce à Martin Scorcese.
 

Martin Scorcese

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

Lors de la Révolution mexicaine, les Révolutionnaires prennent la ville, leur général (Pedro Armendariz) s'apprête à faire la justice sociale de manière un peu expéditive mais il a été, au séminaire, le meilleur ami du curé, devenu notable. Par ailleurs, il tombe amoureux de la fille du cacique local, à la fine taille, aux grands yeux et à la forte personnalité (Maria Felix). Grâce à l'amour des deux protagonistes, aux remords d'un vieux commandant qui n'a pas su garder sa femme quand il était jeune et à l’entremise du curé qui montre à la belle le sens de la Révolution, tout finira bien.
Viva Zapata mexicain, 1946, avant Viva Zapata d’Elia Kazan, 1951, avec un côté mélo, juste ce qu’il faut, un côté folklo (Chanson Che bonitos ojos tienes, sous la fenêtre de la belle), un brin de théologie de la libération avant l’heure. Et aussi beaucoup d'humour.

 

Par ailleurs, à Cannes classics, ont été projetés un portrait d’Ingmar Bergman, Searching for Ingmar Bergman (38) par Margarethe Von Trotta à travers entretiens anciens ou plus récents et extraits de ses films. Et par Mark Cousins, The eyes of Orson Welles,  (39) une analyse cinématographique remarquable du génial Orson Welles, les facettes multiples de sa personnalité, le cinéaste, le politique, l’amant, et de son personnage, le roi, le bouffon, le chevalier… à travers ses films en tant que réalisateur ou acteur, ses dessins, ses déclarations…

 

Mark Cousins

CANNES 2018  Le cinéma, la vie

Autres films vus :

Le livre d’image de Jean-Luc Godard, 85 mn, Compétition, Palme d’or spéciale.

Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, 90 mn, Compétition.

Under the silver lake de David Mitchell, 139 mn, Compétition.

The house that Jack built de Lars Von Trier, 155 mn, Compétition.

Solo : a star wars story de Ron Howard, 135 mn, Hors Compétition.

Whitney de Kevin Mac Donald, 120 mn, Hors compétition.

Die Stropers (Les moissonneurs) de Étienne Kallos, 106 mn, Un certain regard.

Gueule d’ange de Vanessa Filho, 108 mn, Un certain regard.

In my room de Ulrich Kohlern, 119 mn, Un certain regard.

Cinq et la peau de Pierre Rissient, 95 mn, Cannes Classics.

 

 

Le cinéma, Cannes, une industrie et un marché

 

Une crainte diffuse plane sur le cinéma et donc sur le Festival lui-même.

Naguère, le cinéma était le seul moyen de création et de diffusion d’images animées. Mais ce monopole a été mis en question d'abord par la télévision à laquelle il a répondu par les écrans plus grands, la couleur, la qualité du son, les effets spéciaux, les multiplex, le confort… et la confiserie… Omnimax est resté une attraction.

 

Aujourd'hui, le cinéma est confronté à de multiples innovations qui ne sont pas que techniques :

  • De multiples possibilités d'enregistrement du son et de l’image sont désormais à la portée de tous. Frank Cousins, présentant son film The eyes of Orson Welles, se demandait ce que Welles aurait pu faire, libéré des financiers et des producteurs, grâce à l'utilisation des appareils miniaturisés et performants. Comme l’Iranien Panahi a commencé à le faire.

  • Les possibilité de diffusion par internet et à peu de frais s’ouvrent aussi aux créateurs qui sauront s’en emparer. Désormais, les films peuvent même être proposés à la sélection du Festival par ce moyen !

  • Mais les géants de la diffusion à la demande (VàD) comme Netflix et Amazon qui allient production et diffusion en dehors des salles avec une énorme concentration de moyens occupent déjà le terrain.
    Le cinéma a réussi à s’entendre avec la télévision qui est devenue, en France, une source importante de capitaux investis dans la production cinématographique. Est-il possible qu’il en soit de même avec les géants mondiaux de la production et de la diffusion ?
    Ou s’agit-il d’une lutte à mort ?

  • La numérisation permet de donner une deuxième vie à des films anciens dans de bonnes conditions. Qui en prendra le contrôle ?

  • Pour le moment, la réalité virtuelle cherche encore son modèle industriel et commercial…

  • Le Festival de Cannes a lieu au printemps, ceux de Venise et Toronto à la fin de l'été. Ce serait un moment plus favorable pour la mise en visibilité des films avant la consécration suprême des Oscars.

  • Cannes demeure encore le premier marché mondial du cinéma mais Toronto est en place et Venise s’est lancé sur le secteur.

  • Pour le moment, les films proposés à Cannes sont toujours aussi nombreux, l’équipe de sélection a dû faire le choix entre les 1906 films reçus (contre 800 en 2011) pour en retenir une vingtaine pour les films en compétition et une centaine, toutes catégories confondues.

 

Sur le tapis rouge des belles aux tenues légères, sous le tapis de lourds billets verts...


 

1 - Le Film français 16/05/18

2 - Be natural : the untold story of Alice Guy-Blaché de Pamela B. Green, 120 mn, Cannes classics

3 - Et la femme créa Hollywood de Clara Kupperberg et Julia Kupperberg, 52 mn

4 - Les filles du soleil de Eva Husson, 115 mn, Compétition

5 - Sofia de Meriem BenM'Barek, 80mn, Un certain regard, Prix du scénario

6 - Se rokh (Three faces, Trois visages) de Jafar Panahi, 100 mn, Compétition, Prix du scénario ex-aequo

7 - Taxi Téhéran de Jafar Panahi, 2015, 86 mn

8 - Todos lo saben d’Asghar FARHADI, 132mn, Compétition

9 - Girl de Lukas Khont, 105 mn, Un certain regard, Caméra d’or, Prix de la Fipresci, Queer Palm, Prix d’interprétation à Un Certain Regard pour le jeune Victor Polster

10 - The Danish Girl de Tom Hooper, 2015, 119 mn

11 - Laskovoe Bezrazlichie mira, (La tendre indifférence du monde) d'Adilkhan Yerzhanov, 100 mn, Un certain regard

12 - Manbiki Kazoku (Une affaire de famille) de Kore-Eda Hirokazu, 121 mn, Compétition, Palme d’or

13 - Yomeddine de A.B. Shawky, 97mn, Compétition

14 - La route sauvage (Lean on pete) d’Andrew High, 121 mn

15 - Weldi (Mon cher enfant) de Mohamed Ben Attia, 104 mn, Quinzaine des réalisateurs

16 - El Angel (L'ange) de Luis Ortega, 120 mn, Un certain regard

17 - Climax de Gaspar Noé, 95mn, Art Cinéma Award, Quinzaine des réalisateurs

18 - O grande circo mistico (Le grand cirque mystique) de Carlos Diegues, 105 mn, Hors compétition

19 - Dogman de Matteo Garrone, 102 mn, Compétition, prix mérité d’interprétation masculine pour Marcello Fonte

20 - Blakkklansman de Spike Lee, 128 mn, Compétition, Grand prix

21 - The state against Mandela and the others de Nicolas Champeaux et Gilles Porte, 105 mn, Hors compétition

22 - Samouni road de Stefano Savona, 128 mn, Quinzaine des réalisateurs, Prix du jury de l’Oeil d’or

23 - Zimna Wojna (Cold war) de Pawel Pawlikowski, 84 mn, Compétition, Prix de la mise en scène.

24 - Leto (L’été) de Kirill Serebrennikov, 126 mn, Compétition

25 - Gongjak, (The spy gone north) de Yoon Jong-Bin, 141mn, Hors compétition

26- Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré, 132 mn, Compétition

27 - En Guerre de Stéphane Brizé, 113 mn, Compétition.

28 -  120 battements par minute de Robin Campigno, 135 mn, 2017. 

29 - La loi du marché de Stéphane Brizé, 93 mn , 2015

30 - Libre (To the four winds) de Michel Toesca, 100 mn, Hors compétition, Mention spéciale de lu jury de l’œil d’or

31 - La traversée de Romain Goupil, 139 mn, Séances spéciales

32 – Au feu les pompiers de Milos Foreman, 75 mn, 1968, Cinéma de la Plage

33 – Bagdad café de Percy Adlon, 104 mn, 1987, Cinéma de la Plage

34 – Battements de cœur de Henri Decoin, 97 mn, 1939, Cannes classics

35 - Daisy et son chauffeur, Bruce Beresford, 100 mn, 1989, Cannes classics

36 - A ilha dos amores de Paulo Roca, 169 mn, 1982, Cannes classics

37 - Enamorada d'Emilio Fernandez, 99 mn, 1946, Cannes classics

38 - Searching for Ingmar Bergman (À la recherche d’Ingmar Bergman), 99 mn, Cannes classics

39 - The eyes of Orson Welles de Mark Cousins, 115 mn, Cannes classics

Quelques images de Cannes

CANNES 2018  Le cinéma, la vie
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Au matin

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La fête est finie

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 21:04

Face au terrorisme

La France est confrontée à des attaques terroristes depuis des mois. Elle n’est pas la seule même si elle est le pays le plus touché en Europe. Cela justifie que chacun se pose des questions sur les causes, les motivations, les réponses à leur apporter... Dans ces circonstances, il serait souhaitable de réfléchir ensemble, ce qui ne veut pas dire de penser la même chose mais de s’écouter. Chose difficile, à quelques mois de l’élection présidentielle, chez un peuple querelleur, avec des moyens techniques qui permettent de répliquer avant même d’avoir réfléchi.

En faisant une comptabilité macabre même approximative, la France est le pays le plus touché en Europe mais il ne faut pas oublier que les victimes sont beaucoup plus nombreuses en Asie du Sud-Est, au Proche ou Moyen-Orient, en Afrique qu’en Europe et les musulmans plus nombreux que les chrétiens même si ces derniers peuvent être des cibles privilégiées dans certains pays. Enfin, dans cette « guerre qui n’est pas religieuse », on ne dénombre jamais les victimes qui ne sont ni musulmanes ni chrétiennes, ni juives.

Quant aux « donneurs d’ordre », des bailleurs de fonds aux organisateurs, et aux exécutants, ils sont tous musulmans quelquefois de fraîche date pour ces derniers, du moins en France. Certains le nient par souci de diplomatie, d’apaisement. D’autres le reconnaissent à demi-mot qui se disent salis par de tels actes. Cela ne veut pas dire, loin de là, que tous les musulmans sont des terroristes ou même des sympathisants de terroristes.

Lors de son voyage en Pologne, le pape François a tenu, sur la question, des propos au moins discutables, même si on comprend son intention, à son poste, ne pas exacerber les oppositions.
Il a comparé les guerres de 14-18 et 39-45 avec la « guerre » actuelle, semblant oublier que depuis 1945 de multiples conflits ont fait des dizaines de milliers de morts en Asie, en Europe, en Afrique et même en Amérique latine dont il est originaire. Avec dans certains cas des pratiques terroristes.

Pour lui, la « guerre » actuelle n’est pas religieuse car toutes les religions veulent la paix. Mais qui ne veut la paix ? « Le terrorisme prospère quand le dieu de l'argent est placé en premier », semble vouloir dire que le dieu argent n’est placé en premier que dans certains pays qui utilisent le terrorisme… Et encore plus discutable : « Tous les jours quand j'ouvre les journaux, je vois des violences en Italie, quelqu'un qui tue sa petite amie, un autre qui tue sa belle-mère, et ce sont des catholiques baptisés. » Est-ce à dire que terrorisme et crimes passionnels ou crapuleux sont à mettre sur le même plan ? Que ces derniers n’existent pas dans les pays qui utilisent le terrorisme ?

On ne peut pas dire qu’il s’agit, à proprement parler, d’une guerre de religions.

Même si certaines religions en sont la cible désignée, les « croisés », encore récemment désignés par Daech et les juifs : collège-lycée juif Ozar Hatorah, musée juif de Bruxelles, Hyper Cacher. Mais ces religions n’ont pas déclaré la guerre à l’islam.

Reste que dans un numéro récent de sa revue, Dabiq, cité par Charlotte Pudlowski (1), Daech avance les 6 raisons qui expliquent ses actes terroristes en Occident : « Nous vous haïssons, avant tout, parce que vous êtes des mécréants ; vous rejetez l'unicité d'Allah – que vous en ayez conscience ou non. » « Nous vous haïssons parce que vous êtes laïcs ». Viennent ensuite : les crimes commis envers l'islam, ceux commis envers les musulmans et en sixième position, « nous vous haïssons parce que vous envahissez nos terres ». Désormais, Daech met en avant les raisons religieuses et en dernier, les raisons politiques.
Mais étant donné le public visé par la publication, il n’est pas question de la guerre entre les différentes obédiences musulmanes, notamment sunnites et chiites.

De son coté, le pape reconnaît qu’il y a des « petits groupes de fondamentalistes » dans toutes les religions, heureusement, pour le moment, les fondamentalistes catholiques se contentent de manifester. Mais pourquoi parler des fondamentalistes puisque la religion n’a rien à voir avec le terrorisme ?

S’il ne fait pas de doute que des intérêts financiers, stratégiques... jouent un rôle important, non seulement du coté terroriste, il n’en reste pas moins que la mobilisation se fait au nom de Dieu. Et certains regrettent le silence de nombreux hommes de Dieu (2).

Il faut cependant noter que des organisations ou de personnalités musulmanes ou « d’origine musulmane » ont se sont exprimées sur sur l’islam, sur l’islamisme et sur la solidarité avec les victimes du terrorisme, si elles n’ont pas eu un très grand retentissement médiatique.

Devant le Bataclan 22/11/15


Des organisations (non religieuses) de travailleurs immigrés en France, originaires du Maghreb, notamment d’associations de Tunisiens : ainsi plus de 50 organisations ont appelé le 11 janvier 2015 à former un cortège des associations de l' Immigration et des organisations des droits de l'Homme en Solidarité avec Charlie Hebdo. Et place de la République à Paris, le 21 mars 2015, après l’attentat du Bardo, à Tunis qui a fait 21 morts dont 17 touristes. Et le 18 juillet 2016, après l’attentat de Nice.

Le dimanche 13 décembre 2015, un mois pile après les attentats de Paris, une manifestation était organisée au Trocadéro à Paris rassemblant des citoyens musulmans désireux de se désolidariser du groupe djihadiste : « Tous unis contre la barbarie » (3).


18/07/16 Place de la République


Des intellectuels maghrébins, musulmans ou de culture musulmane, dans leur diversité, ont écrit des articles : Waleed Al-Husseini, Andenour Bidar, Azzouzi Abdel-Rahmène, Camel Bechikh, Salem Ben Amar, Malik Bezouh, Malek Chebel, Magyd Cherfi, Mohamed Chirani, Fatou Diome, Hassen Chalghoumi, Mezri Haddad, Boualem Sansal, Haoues Seniguer, Soufiane Zitouni...

Une déclaration « Notre responsabilité à l’égard du terrorisme au nom de l’islam » a été signée par 629 intellectuels maghrébins ou franco maghrébins et publiée le 11 janvier 2015 (4).

Il y a eu aussi des articles ou des déclarations de philosophes, théologiens ou imams comme Ghaleb Bencheikh, Tareq Oubrou mais aussi des attitudes ou des activités quotidiennes d’imams peu connus...

La fondation internationale Al Kawakibi a été instituée, le 27 avril 2015, (par Félix Marquardt, Adnan Ibrahim, Ghaleb Bencheikh, Mohamed Bajrafil et Omero Marongiu-Perria), elle se propose d’organiser en 2016 un Forum mondial pour une réforme islamique…

Mais après l’assassinat du père Jacques Hamel, les rassemblements de croyants ont pris une autre dimension avec l’ouverture réciproque d’églises et de mosquée à des rassemblements œcuméniques. Dont il faut espérer qu’ils perdureront et feront tâche d’huile.

D’autant que la population n’a pas cédé, à ce jour, comme certains le craignaient ou même l’annonçaient, à des mouvements racistes de grande ampleur. Ou à des affrontements inter-communautaires comme les annonçait en mai 2015 le directeur de la DGSI en cas de nouveaux attentats (5). Même si une recrudescence d’actes racistes a pu être notée.

Comme dans les querelles enfantines, après les attentats, il faut convaincre que c’est l’autre qui a commencé. Comme l’a fait le Monde dans un récent éditorial (6). Il semble cependant difficile de dire que c’est Ben Laden ou les Afghans ou Saddam Hussein ou Abou Bakr Al-Baghdadi qui ont attaqué les premiers les États-Unis ou la France ou les États membres de la coalition. Malgré les « preuves » avancées par George H. Bush et Tony Blair en leur temps.
Il ne faut pas oublier que, aussi atroces que soient les attentats terroristes, le nombre de victimes est cependant loin de celui des victimes civiles directes ou « collatérales » lors des interventions occidentales… sans oublier les exodes provoqués et les personnes qui meurent sur terre et en mer dans leur recherche d’une terre d’asile.

Désormais, le cercle vicieux, le talion, est enclenché, les arguments sont les mêmes : il faut punir l’Occident, la France... par des attentats pour les interventions aériennes et terrestres, il faut punir Daech pour ses attentats en augmentant les interventions aériennes…
Pour le moment et vu d’ici, la méthode ne semble pas être très efficace. Le mode opératoire de Daech a peut-être changé : opérations complexes type Bataclan, remplacées ou complétées par des opérations n’engageant que peu d’effectifs ou purement individuelles. Traduisant peut-être un affaiblissement de l’organisation mais rendant plus difficile le dépistage préventif des actes terroristes au moment de la préparation...

Sur cette activité de dépistage, il est difficile de porter un jugement serein. La seule chose qui est sure, les attentats du 13 novembre 2015 sont un échec sévère pour les services de renseignement. Il n’est pas facile de déjouer tous les attentats en préparation surtout quand il s’agit d’attentats individuels. Mais le 13 novembre, il s’agissait d’une entreprise d’envergure. Il est encore plus difficile d’être efficace quand les effectifs sont réduits, pour des raisons budgétaires et que la police et la gendarmerie de proximité sont supprimées. Elles ne peuvent être remplacées par la vidéo-surveillance.
Cela devrait rendre plus modestes les politiques d’hier responsables de ces réductions d’effectifs. Et les politiques d’aujourd’hui qui traitent avec un certain mépris (plum-pudding) le rapport de la commission d’enquête parlementaire mise en place à la suite des attentats (7).

Pour prendre la question à la racine, il ne faut pas parler, seulement, de la prévention, indispensable, des attentats en préparation, ni même de la déradicalisation mais se poser la question : concernant les attentats perpétrés en France, comment se fait-il que des jeunes nés ici, éduqués ici, socialisés ici, à qui la famille, l‘école, la société ont essayé d’apprendre, d’aimer les valeurs fondamentales de la société, en viennent à penser que leur salut ne peut venir que de barbares attentats ?
Bien sûr, certains, mais pas tous, ont eu des problèmes sociaux, familiaux graves, des questions d’identité, étrangers ici, étrangers là-bas, des problèmes psychologiques… Mais de tout temps, de jeunes adolescents ont eu ces types de problèmes et qui voulaient en découdre et ne versaient pas dans la barbarie ou de façon plus exceptionnelle.
Ils trouvaient, plus souvent, dans la société des structures pour les accueillir, canaliser leur énergie, voire leur violence. Qu’ils ne trouvent pas aujourd’hui.

Il faut arriver à penser, à accepter que Daech apporte une réponse à leurs angoisses, à leur incompréhension du monde, à leur non insertion dans la société, dans leur famille…
C’est à cette question qu’il faudrait arriver à répondre. Qu’est-ce qui peut donner un sens à leur vie ? En dehors de la mort donnée et reçue comme une récompense. Et s’il n’est pas possible de répondre à cette question pour certains, n’est-il pas possible d’y répondre pour ceux qui les aident, leur donnent les moyens sans oser eux-mêmes faire le saut, les entourent, les connaissent...

Qu’est-ce qui peut donner un sens à la vie de ces jeunes aujourd’hui ? Quel rêve personnel, quelle utopie collective ? Pourquoi faut-il qu’il y ait des jeunes à ce point perdus et en conflit avec la société pour que la question soit posée ? Peut-on penser qu’on peut passer à coté de la question et ne répondre que par la répression, même si elle est nécessaire ?

Place de la République 05/01/16

1 - Charlotte Pudlowski Daech a-t-il changé de raisons pour haïr l'Occident Slate.fr 01/08/16

2 – Amine Zaoui Liberté, Journal algérien 28 /07/16 « Aucune institution religieuse à l’image d’Al Azhar n’a appelé à une marche contre Daech. Aucune institution n’a émis une fatwa qui condamne religieusement la secte de Daech et ses dérivées. »

3 – Le Figaro 10/12/2015

4 - Monica M. Blog : Le blog de Monica M. Médiapart15/01/16

5 - http://www.20minutes.fr/societe/1887531-20160712-prediction-sombre-patron-dgsi-affrontements-intercommunautaires

6 - Mathias Delori Le Monde Journal en guerre, 27/07/16, Blog : Le blog de Mathias.delori « Le journal Le Monde a énoncé une contre-vérité ce matin dans son éditorial: l'idée selon laquelle Daech aurait, le premier, attaqué la France. S'agit il d'une erreur ou d'un mensonge? Le propos est, en tout cas, politiquement irresponsable. »

7 - Jim Jarrassé Le Figaro 08/07/2016

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 15:54

Paris a été touchée par une série d'attentats qui ont fait de nombreuses victimes. Au delà des manifestations, de nombreuses personnes ont voulu témoigner sur les lieux mêmes des attentats. Et surtout place de la République, à Paris. Par des images, par des textes...

Ces témoignages vont être, officiellement, regroupés, archivés.

Quelques images recueillies, essentiellement place de la République, ont été regroupées ici pour l'intérêt de l'image (pas toujours de bonne qualité), du texte…


Les images de solidarité officielle, ambassades… n'ont pas été reprises.

Paris touchée
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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 20:25

Après le référendum britannique...

Conçu par David Cameron pour gagner les dernières élections législatives, le référendum britannique a bien joué son rôle. Mais quel qu'en soit le résultat, c'est le coup dur institutionnel le plus puissant porté à la construction de l'Union européenne.

Sachant son parti divisé sur la question européenne et sentant la poussée de l'UKIP (United Kingdom Independence Party), droite antieuropéenne, en passe de lui ravir nombre d'électeurs, David Cameron a pensé qu'il pouvait perdre les élections et laisser sa place au parti travailliste. En annonçant qu'il allait entamer une négociation avec l'Union européenne et qu'il en soumettrait le résultat au peuple britannique par référendum, il a ramené de nombreux électeurs au parti conservateur qui auraient voté pour l'UKIP.
Victoire qui a déjoué les pronostics et les sondages mais la prochaine élection risque fort de lui être fatale.

L'heure de vérité est arrivée : la situation rappelle celle de 2005 en France où toutes les « élites » se relayaient pour faire voter « oui » au référendum sur le projet de constitution européenne. On connaît le résultat qui, d'ailleurs, n'a pas été respecté. Au Royaume-Uni, toutes les élites européennes poussent contre le Brexit, et les bourses, et la City, et même le président Obama… Avec le même succès ? Réponse le 23.

Si les Britanniques votent pour la sortie de l'Union, David Cameron devra démissionner et l'UKIP sera renforcé par rapport au parti conservateur, pouvant entraîner une victoire des travaillistes, face à la droite divisée. En tout cas, David Cameron devrait être remplacé à la tête de son parti.

Si les Britanniques votent pour le maintien, David Cameron restera à la tête du parti mais les prochaines élections législatives seront très difficiles pour lui. Il ne pourra pas sortir de la manche une nouvelle carte et les partisans du Brexit au sein du parti conservateur risquent de faire alliance avec l'UKIP.

Le tour de passe-passe qui a permis à David Cameron de rester au pouvoir quelques années de plus, risque fort d'entraîner bien des secousses au niveau de l'Union européenne. Et peut-être quelques chutes d'où la grande peur qui s'est emparée des capitales européennes.

Après le référendum britannique...

Quel que soit le résultat, la tentation et la peur d'un référendum dans un ou plusieurs pays de l'Union parcourent l'Union sera grande. Bruxelles et les gouvernements sont tétanisés. Au point que la « crise migratoire » et toutes les autres questions semblent suspendues au 23 juin !

Si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, 2 à 5 ans de négociations seront nécessaires pour régler toutes les relations entre ces deux entités. Et, sortie ou non, d'autres pays demanderont un nouveau statut, de nouvelles relations avec l'Union.

Pour faire face à cet éclatement annoncé, certains avancent la nécessité d'un renforcement de l'Union autour des pays qui veulent continuer l'aventure avec les 19 de la zone euro ? Avec seulement les pays fondateurs, les 6 ou les 10 ou les 12 ? Mais qui suivra cette initiative ? Peuvent-ils envisager un renforcement de l'Union sans consulter les peuples ?

Dans ces spéculations, il ne faut pas oublier que l'époque a bien changé, que la passivité bienveillante des peuples a disparu, que désormais l’euroscepticisme a le vent en poupe dans tous les pays quelle que soit l'ancienneté de leur adhésion au projet européen. La période est terminée où les gouvernements, au sein du Conseil, prenaient des décisions et, face à leurs électeurs mécontents, affirmaient que tout était la faute de Bruxelles .

Il sera impossible de faire passer plus d'Europe face aux souverainistes et, en même temps, de continuer et renforcer la politique « austéritaire ». Il est beaucoup question du 23 juin mais d'autres élections vont avoir lieu prochainement qui inquiètent beaucoup de monde. D'abord les législatives en Espagne, le 26 juin. D'ici la fin de l'année, on votera dans deux régions en Allemagne… en Tchéquie, Lituanie, Bulgarie… en attendant les élections de 2017 en France (présidentielle, législatives), Allemagne (présidentielle, législatives), Hongrie et Serbie (présidentielle), Norvège (législatives). Il ne fait pas de doute que l'avenir de l'Union européenne sera, peut-être pour la première fois, le sujet principal de ces élections. Et que l’équilibre politique européen risque d'en être fortement modifié.

Le grand danger est qu'il n'existe, face à l'inconscience satisfaite des Eurocrates nationaux ou européens, tous partisans du libéralisme, que les nationalistes seuls capables de proposer un débouché, illusoire, à la crise.

Les Eurocrates nationaux et européens (le Conseil européen, chefs d’État et de gouvernement) se sont mis d'accord pour mettre en place le néolibéralisme à l'échelle européenne et le faire endosser par « l'Europe » ; ils ont promis, à chaque nouvelle avancée, que la prochaine étape serait l'Europe sociale et ils imposent partout, de l'Allemagne avec Gerhard Schröder à la Grèce en passant par l'Espagne, l'Italie, le Portugal… la régression sociale.

La concurrence libre et non faussée était supportable entre pays de même niveau économique, aux lois sociales proches, elle est devenue de plus en plus impossible avec l'extension de l'Union à des pays aux normes sociales bien différentes : on se souvient des rires gras sur le « plombier polonais » en 2005, aujourd’hui, ils sont dans la place. Pas seulement les plombiers. Et la « concurrence libre et non faussée », ils veulent l'étendre au monde entier. Il faut augmenter la compétitivité, diminuer les charges sociales, diminuer les dépenses sociales, le nombre de fonctionnaires dans l'éducation nationale, dans les hôpitaux... y compris dans la police.

Après le référendum britannique...

Ce pays n'a jamais été aussi riche qu'aujourd'hui et le nombre de pauvres augmente et de travailleurs pauvres, il manque des logement… et on constate, chaque jour, que la machine se dérègle : faute investissements dans les infrastructures, faute de personnel. On privatise à tout-va : les aéroports, les stades… Tout est à vendre… Et les inégalités augmentent, en France et partout dans le monde.

Depuis 2008, l'Union européenne est dans la tourmente. Le référendum au Royaume-Uni est, à la fois, un signe et un accélérateur.

Mais l'éclatement de l'Union européenne est-il une solution ?
Ce n'est pas l'Union européenne qui a été à l'origine de la contre révolution néo-libérale mais Margaret Tha
tcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis, suivis par Gerhard Schröder en Allemagne. Margaret Thatcher a cassé les syndicats britanniques, Gerhard Schröder a vaincu les syndicats allemands.
Ces syndicats n'ont reçu aucun soutien des travailleurs des autres pays de l'Union quand ils résistaient à leur gouvernement. Désormais, tous les gouvernements de l'Union, libéraux, démocrates chrétiens, sociaux démocrates sont sur la même ligne. Et quand le peuple grec a voulu se révolter, tous les gouvernements de l'Union ont soutenu Wolfgang Schäuble…

Ce n'est pas l'Union européenne qui a imposé en France la constitution de la Vème république et mis en place le despotisme républicain, sous forme de régime présidentiel, en 1958 ! Qui permet, on le voit avec la loi « travail », de gouverner sans majorité ! L'éclatement de l'Union n'y changera rien !

Il est évident qu'il faut une autre politique institutionnelle, changer de constitution, une autre politique économique, même le FMI a fait son autocritique, une autre politique sociale…

Après le référendum britannique...

S’il n’est pas possible de construire le « socialisme dans un seul pays », est-il possible de mener à bien une telle révolution démocratique dans un seul pays ? Double difficulté.
Seul un important mouvement populaire peut éventuellement amener une gauche véritable en France. Ce n'est pas gagné.
La France n'est pas la Grèce. Mais peut-elle, seule, re
nverser le cours des choses si ne se met pas en place, au niveau européen ou, au moins, au niveau d'un certain nombre de pays européens, un puissant mouvement populaire ?
Il ne faut pas compter pour cela sur la Conférence européenne des syndicats. Pas plus que sur les internationales partidaires.
Dans le passé, ni en France, ni en Europe, un fort mouvement populaire pour le changement ne s'est jamais constitué. La politique suivie et la gravité de la situation dans tous les pays le rend nécessaire. Simultanément.

Mais comme dit l'autre, la marche est haute.

Après le référendum britannique...

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 13:41

Au niveau de l'Union européenne comme au niveau national, nous vivons dans des sociétés démocratiques : avec liberté d'opinion, d'expression, de circulation... C'est évident, toutes ces libertés sont relatives et sous contrainte légale, financière… Mais bien des personnes au monde seraient heureuses de vivre dans des conditions identiques, qui ne le peuvent pas.
Pour le mode de gouvernement, la démocratie, « le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple », ne correspond pas à la réalité. Nous vivons dans l’illusionnisme démocratique.

Pas totalement. La baisse du taux de participation des citoyens aux élections dans toutes les démocraties occidentales montre que les citoyens, en nombre croissant, prennent conscience de cette illusion. Ils se désintéressent, de plus en plus, non de la chose publique mais des élections.

Les citoyens n'ont pas confiance dans les institutions, ni dans les partis politiques. Ils contestent leur légitimité. Tous les sondages en témoignent. Les politiques n'ont pas lésiné pour convaincre les citoyens que leur rôle était fictif. Votez aux élections, aux référendums et, quel que soit le résultat, nous ferons notre politique, la seule politique possible.

Au niveau de l'Union européenne, les peuples sont parfois consultés par référendum, la pratique est particulièrement éclairante. Ils ont le choix de voter « oui » ou « non »... à condition de voter « oui ». S'ils approuvent le projet « européen », tout va bien, on ne leur demande jamais de revoter. S'ils le refusent, deux solutions : dans le meilleur des cas, ils doivent revoter pour l'approuver ou bien on se passe de leur consentement et leur erreur de jugement est corrigée en faisant entériner la bonne solution par les élus.
De préférence en Congrès pour rendre ce détournement plus solennel ?

Les Pays-Bas, pays démocratique, a institué le référendum d'initiative populaire. Que les Néerlandais ont, récemment, utilisé pour invalider le traité entre l'Union européenne et l'Ukraine signé par les 28 États de l'Union et entré en vigueur depuis le 1er janvier !
Bizarrerie démocratique : organiser un référendum, qui plus est consultatif, sur un texte déjà entré en vigueur. Que vont faire les gouvernements néerlandais et les autres ? Ce référendum n'est que consultatif. Le gouvernement néerlandais peut passer outre… avec un additif interprétatif qui ne sera pas soumis à approbation ?
Le gouvernement Renzi a résolu la question, de façon plus astucieuse, lors d'un référendum sur les plate-formes pétrolières. Il a demandé à ses partisans de ne pas participer au référendum et, ainsi, le quorum n'étant pas atteint, les résultats du référendum qui lui étaient défavorables, n'ont pas été validés !

Après le vote des Néerlandais, une fois de plus, les « compétents » de l'Union dissertent contre l’organisation de référendums sur les question européennes : trop complexes pour être soumises au « petit » peuple qui paie des impôts pour que ses représentants fassent convenablement le travail à sa place.

Il est vrai que depuis 1992, « ceux qui savent » ne sont pas très satisfaits des référendums organisés dans différents pays de l'Union car « il est horriblement difficile de gagner un référendum sur la question européenne » se plaint Bruxelles ! Souvenirs douloureux de référendums négatifs : Danemark, Suède, Irlande, France, Pays-Bas, Grèce… (1)

Bien entendu, ce n'est pas que la politique de l'Union soit mauvaise puisque les gouvernements des 28 États, en responsables, l'ont approuvée. Tout simplement les peuples ne comprennent pas les subtilités de cette politique.

Quel a été le débat le plus démocratique en France de ces 30 dernières années, si ce n'est celui qui a porté sur le « projet de constitution européenne », discuté dans des milliers de réunions pour ou contre et finalement rejeté par les citoyens français ?
Dans aucune élection locale, nationale ou européenne, les programmes des candidats n'ont été aussi profondément décortiqués. Ce qui serait d'ailleurs une tâche inutile, étant donnée la facilité avec laquelle les représentants se libèrent de ce programme, une fois élus.
Comme cela a été inutile pour le projet de Constitution européenne finalement adopté malgré le résultat du référendum !

Les citoyens ne sont pas compétents pour donner leur avis sur un traité, sur des lois... Mais alors, comment ces citoyens peuvent-ils être compétents pour juger, à la fois, du programme des candidats (au niveau municipal, départemental, régional, législatif, présidentiel, européen) et de leur fiabilité ?
Le tirage au sort des représentants ne serait-il pas une meilleure solution ?

Tout le monde est conscient du désenchantement des citoyens pour le fonctionnement de la démocratie. Tout le monde cherche un remède.

Certains, doutant de leur capacité à séduire les électeurs, proposent de rendre le vote obligatoire… Remplacer le droit par l'obligation n'entraînera pas une amélioration de la démocratie. Peut-être, si la loi est respectée, y aura-t-il une diminution des abstentions. Pour que les électeurs participent activement et efficacement à la démocratie, c'est plutôt le comportement des politiques, élus et partis, qu'il faut changer.

Un autre remède à la mode, à droite comme à gauche, semble être les « primaires » pour l'élection présidentielle. Le succès populaire, la forte participation ont beaucoup étonné lors de la primaire de gauche pour la dernière élection présidentielle. Cette primaire a sélectionné le candidat Hollande et mis en dernière position le candidats Valls.
Finalement, François Hollande a été élu pour faire la politique Manuel Valls !! La synthèse !

Depuis 3 mois, les politiques amusent avec la dizaine de candidats et le non-encore candidat à la primaire de droite. Avec les primaires, ou non, ouvertes ou semi-ouvertes… à gauche. Et les sondages et commentaires quotidiens dignes d'un champ de courses mais qui n'éclairent guère sur les choix politiques des postulants.
Est-on tellement satisfait de la précédente primaire qu'on veuille récidiver ? Pour ne pas se laisser prendre, certains proposent de faire des primaires sur un projet et non sur une personne. Une primaire à double détente ? Car l'élection présidentielle désigne non un programme mais une personne. Qui appliquera ou non un programme. Lequel ? Celui qui aura été adopté ou le sien ?
Le régime présidentiel français, élection directe, article 49-3, droit de dissolution, fait du président un monarque républicain sans contre-pouvoir.
C'est là un défaut fondamental.

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Le souci démocratique est un point essentiel qui anime les discussions et les pratiques des « Nuits debout » sur la place de la République, pourtant nées après une importante manifestation contre la loi « travail ». Ceux que certains qualifient de « conservateurs » parce qu'ils défendent les acquis sociaux, accordent une aussi grande importance à la question de la démocratie bien loin des spéculations sur les écuries de droite ou de gauche en vue de la présidentielle.

Ils cherchent à renouveler la démocratie, en théorie et en pratique. En pratique, c'est évident, il suffit de passer quelques minutes sur la place de la République à Paris, à une commission, il y a de multiples commissions, ou à une assemblée générale, il y en a une chaque jour, pour voir la volonté de faire respecter la démocratie. Qui rend difficile la prise de décisions. Ce que les opposants mettent en relief et moquent. Comme l'absence de porte-parole officiel du mouvement…

Les médias cherchent qui est derrière « Nuits debout ». Certes il n'y a pas plus de « génération spontanée » place de la République qu'ailleurs et on peut donner des noms ou des événements qui ont facilité le démarrage. Mais s'il faut chercher une inspiration à ce qui se passe, elle est peut-être du coté d'un certain anarchisme (2).

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
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Allant de paire avec la démocratie, la non-violence que la triste aventure d'un récent académicien, ancien-maoïste, a permis de contester dans une bonne partie de la presse.

Cet incident est absolument regrettable et en contradiction avec la volonté de la majorité des participants aux « Nuits debout ». Mais l'ancien maoïste aurait pu se souvenir que, en 68 et après, il n'aurait pas bénéficié d'une protection de la commission « accueil et sérénité », que les opposants n'étaient pas gentiment exfiltrés mais expulsés plus ou moins violemment, notamment par les maoïstes. C'est la constatation que le philosophe aurait pu retenir de cette malheureuse aventure. Il aurait pu se souvenir, par exemple, qu'en 1974,lors de l'opération « Moisson pour le Tiers monde », quelques militants ont évité à François Mitterrand, d'être maltraité par des groupuscules maoïstes (wikipedia). En répondant « fachos » à ceux qui le traitaient de « fascistes », il a montré avec quelle facilité il pouvait se mettre à leur niveau. L'affrontement l'intéressait plus que la compréhension. Le militant a fait taire le philosophe.


Cette volonté de « non-violence », peut-être difficile à faire partager par tous, est cependant une des différences fondamentales avec un certain passé. Et les « casseurs », si casseurs il y a, il n'y en a pas toujours, ne sont pas dans l'esprit du mouvement mais en marge.
La non-violence n'est pas née avec les « Nuits debout ». Mais elle se retrouve actuellement dans de nombreuses manifestations de désobéissance civile, à visage découvert : faucheurs de chaises, rassemblement à Montreuil, lors de la « Cop21 », avec HK chantant « sans haine, sans armes et sans violence », blocage à Paris d'agence de la Société générale très présente dans le nouveau scandale de Panama, à Pau contre le sommet sur les forages pétroliers en haute mer, manifestation tournant en dérision la Fédération Bancaire Française qui organisait une matinée « Ethique ou Conduct : pour une culture de la responsabilité », conclue par Frédéric Oudéa, DG de la Société générale, bien connue des Panama Papers (3)

Des idées sont aussi avancées qui, bien entendu, ne sont pas toutes nouvelles mais qui montrent bien le désir de faire participer le plus grand nombre aux décisions politiques : non cumul des mandats de différents niveaux mais aussi non cumul dans le temps (certains élus, de droite ou de gauche sont députés ou sénateurs depuis pus de 20 ans!), revendication d'une nouvelle constitution rédigée par des « constituants » tirés au sort…

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Utopie, utopie, bien sûr. Utopie qui a été mise en pratique récemment en Islande, pays qui a refusé de payer la crise de 2008 à la place des banques, qui a rédigé une nouvelle constitution (10 % de la population a participé en envoyant des propositions, sans participation de politiciens professionnels), qui vient de pousser à la démission un Premier ministre compromis dans les Panama Papers…
Utopie reprise pour présenter un candidat tiré au sort dans une circonscription législative alsacienne pour mai 2017 !

Utopique certainement, un mouvement qui veut changer le monde. Mais qu'est-ce qui fait avancer les sociétés si ce n'est des revendications considérées comme utopiques… Utopique mais pas conservateur, un mouvement qui défend les acquis sociaux, débat de la réduction du temps de travail, des réfugiés, du chômage, du réchauffement climatique…


A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
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Utopie pour un mouvement est très minoritaire. Ceux qui participent aux « Nuits debout » le savent tout autant que les journalistes ou les politiques qui surveillent étroitement, le constatent et le proclament. Et touchent du bois pour conjurer le sort. Car nul ne sait ce qui sortira de ce mouvement qui perdure, qui se propage doucement, qui n'a été, pour le moment, déconsidéré ni par les « casseurs », ni par les politiques qui les considèrent avec une certaine appréhension. Éviter l'étincelle...
A manipuler avec précaution ! Éviter ce qui pourrait faire se joindre les étudiants et les jeunes travailleurs, les facultés et les entreprises… Ne pas jeter de l'huile sur le feu, plutôt faire quelques concessions...

Quel que soit l'avenir du mouvement, avec les « Nuits debout », la place de la République à Paris sans oublier les attentats, sans oublier les luttes revendicatives et la défenses des acquis sociaux, est devenue le point de rencontre, le point de parole de personnes qui ne se connaissaient pas. Et qui dialoguent. Et qui essaient de regarder l'avenir. Non seulement l'avenir de ceux qui sont sur la place mais aussi de ceux qui n'y sont pas. Parce qu’ils n'en connaissent rien. Parce que ce la place de la République n'est pas leur monde. Mais chaque jour, sur la place des personnes différentes, limite et richesse, viennent exposer ce quelles ne peuvent plus supporter, ce qu’elles veulent changer, ce qu'elles espèrent.

Et s'il n'en sort rien de plus que ces dialogues ébauchés, il faut espérer que s'il y a sur la place un futur académicien, il s'en souviendra le moment venu. Ce serait déjà un changement.

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La place de la République n'a pas été privatisée par « Nuits debout », ses commissions qui commencent tôt dans l'après midi, son assemblée générale, ses curieux qui viennent de la l'Île de France, des régions ou des étrangers de passage, curieux de voir ce qui se passe. La place appartient à tous et aussi à ceux qui viennent prendre le soleil sur les bancs, faire de la planche à roulette ou profiter des jeux mis en place par la mairie de Paris...
Elle est devenue une agora « multifonctions ».


A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

1 – Les conséquences délétères du « non » néerlandais. Jean Quatremer 10 avril 2016

2 - Il s’agit principalement d’une tendance qui nourrit soupçon et doute sur la domination, sur l’autorité, et sur la hiérarchie. Elle recherche les structures de hiérarchie et de domination dans la vie humaine sur un spectre allant, disons, des familles patriarcales jusqu’aux systèmes impériaux, et elle se demande si ces systèmes sont légitimes. Elle présuppose [aussi] que la charge de la preuve [de cette légitimité] repose sur tous ceux qui sont dans une position de pouvoir et d’autorité. La légitimité de leur autorité n’est pas automatique. Ils doivent en rendre raison, donner une justification. Et s’ils ne peuvent justifier cette autorité, ce pouvoir et ce contrôle, ce qui est habituellement le cas, alors l’autorité doit être démantelée et remplacée par quelque chose de plus libre et de plus juste.
http://www.noam-chomsky.fr/lanarchisme-auquel-je-crois/

3 - Nous appelons à participer à cette action de désobéissance civile dans l’esprit de l’action non-violente, assumée et menée à visage découvert, en respectant les personnes et les biens tout en affichant notre détermination à faire changer cette situation d’injustice. Sur place, nous ne dégraderons rien, nous ferons uniquement usage de méthodes et techniques non-violentes, et nous ne participerons pas à la surenchère. Nous sommes attaché·e·s à garantir la sécurité des individus présents sur les lieux de nos actions. Appel à participation aux actions de désobéissance civile.

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