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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 10:04
Disposition provisoire, condition, menace

Dans une lettre aux partenaires sociaux, le réformiste Édouard Philippe veut bien remplacer l’âge pivot par l’âge d’équilibre de 64 ans dans le projet de réforme du régime des retraites.
Et, comme souvent, la forme confirme le fond. Édouard Philippe ne retire pas, il est, en majesté,
disposé à retirer, provisoirement. Sous condition d’un accord entre les partenaires sociaux avant la fin du mois d’avril. Et sous menace de prendre par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre en 2027.

Laurent Berger, se parant des plumes du paon, se flatte d’avoir obtenu le retrait de l’âge pivot, une victoire pour la CFDT ! Bien entendu le mois de grève n’y est pour rien ! Mais il estime nécessaire de poursuivre notre action pour un système de retraite plus juste et solidaire ! 


Les partenaires sociaux ? Le Medef est d’accord, on n’augmentera pas les cotisations. La CFDT aussi (la CGT ne fait pas partie, aux yeux du Premier ministre, des partenaires). Si, inattendu, la CFDT n’était pas d’accord, que pourrait-elle faire pour s’opposer aux ordonnances ? Certainement pas une grève. Laurent Berger n’aime pas ça. Ni des manifestations. Si la CFDT s’était jointe à l’intersyndicale clairement, le gouvernement n’aurait pas attendu plus d’un mois pour abandonner une mesure qui n’était pas prévue par Emmanuel Macron !

Qui, pour le moment, a bien joué. En retrait, il a laissé Édouard Philippe et la CFDT jouer, s’opposer. Pour tirer les marrons du feu au prix d’une longue grève, de quelques mesures de transition qui ne changent rien de fondamental à son projet initial. Si ce n’est de multiplier les chemins facilitant la division des travailleurs et conduisant finalement au but décidé initialement.

Reste que tout n’est pas fini. Laurent Berger surjoue la satisfaction. Le MEDEF savoure, presque en silence. Mais les mécontentements s’accumulent. Ils s’exprimeront. Dans deux mois (municipales) ? Dans deux ans (présidentielle) ?

Le président de la République, le Premier ministre ne s’en sortiront pas toujours par des habiletés. Par de multiples variantes catégorielles de transition pour aboutir à un système universel de régression. Par un nouveau grand débat. De multiples petits débats (écologie, police). Macron, à mi-mandat, n’a pas déclenché l’enthousiasme créatif qu’il imaginait après son élection mais deux années de conflits durs.

Sur quoi débouchera ce nouveau long conflit, sans concession véritable ? Sur l’amertume, la résignation ? Sur la révolte ? Une unité, de faible intensité certes, est en train de naître entre Gilets Jaunes et syndicalistes. Trouvera-t-elle son prolongement politique ?

Le président de la République, le Premier ministre vont suivre attentivement les mouvements sociaux de la semaine prochaine.

Quelques images de la manifestation du 11/01/20

Disposition provisoire, condition, menace
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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 20:37

Pour l'Acte XXI des Gilets jaunes du samedi  6 avril, la manifestation est partie de la Place de la République à Paris pour aller à la Défense...  Quelques photos prises sur le trajet entre Villiers et Courbevoie. Avec ajout de photos de pancartes, inscriptions sur feuilles affichées ou sur les gilets lors du rassemblement de la place de la République, le 13/04/19.

Quelques grenades lacrymogènes au moment du passage au dessus de l'autoroute.


 

Banderoles

Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
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Drapeaux

Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
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et Gilets jaunes

Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
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Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes

Complément avec photographies du 13 avril 2019 (Acte XXII)

Sur la place de la République, le nombre de manifestants, entre 15 et 16 heures, n'était pas trés important. Il y avait, en même temps, des tentes d'une campagne contre le cancer et un rassemblement manifestation de Soudanais en lien avec le renversement du chef de État... et de son remplaçant !!!

Ci-après quelques photos des inscriptions sur les gilets jaunes, des pancartes et des feuilles suspendues à des fils entre des arbres.

Quelques affrontements, avec grenades lacrymogènes, ont eu lieu quand la police a voulu rétablir la circulation

 

Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
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Rassemblement de militants soudanais

Banderoles, drapeaux et Gilets jaunes
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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 11:51
La couleur des Gilets Jaunes

Le mode d‘action et de mobilisation des Gilets Jaunes intrigue et donc inquiète tous ceux qui ne savent marcher et penser que dans les clous. Comment un mouvement qui est le fait de personne(s), qui ne vient de nulle part, qui ne suit pas un penseur patenté, qui ne lit pas l’avenir dans l’horoscope des médias officiels, qui n’a pas des troupes de communicants à son service, qui n’est pas traversé par les clivages habituels... comment a-t-il pu naître, se développer, mettre la France sens dessus dessous, se maintenir… ? (1)

D’où les affirmations officielles pour le diviser, le dénigrer et même le cogner fortement pour le déconsidérer, l’affaiblir aux yeux de la population. Malgré tout, celle-ci reste encore plus sensible à ses revendications qu’aux efforts du gouvernement et de ses supports habituels pour le déconsidérer. Malgré le silence de beaucoup qui se voulaient l’avant garde populaire et sont effrayés de ce qui naît à côté d’eux, en dehors d’eux.

La couleur des Gilets Jaunes

Devant ce mystère, devant cet objet social non identifié, diverses études sont publiées pour savoir s’ils sont de gauche, de droite, d’extrême... Avec des résultats contradictoires.
Les uns vont fouiller dans les pages de facebook, surtout des têtes de gondole, relèvent des propos inconvenants, les autres font des enquêtes auprès de manifestants et trouvent des gens normaux dans des situations difficiles.
La police arrête des centaines de personnes, en blesse grièvement des dizaines :
elle n’a pas encore publié la liste des casseurs récidivistes professionnels, ni des extrêmes… mais peut-être ceux-ci courent-ils plus vite ?

La couleur des Gilets Jaunes

Il en est même qui les invitent à des émissions (2). Quand ils peuvent parler plus de 45 secondes, leurs déclarations sont d’une banalité réconfortante : contre la taxe sur les carburants qui a déclenché le mouvement, pour l’amélioration des conditions de vie, des travailleurs, des retraités, contre la suppression de l’ISF… Toutes déclarations qui sont plus lassantes qu’un boxeur, professionnel ou policier, qu’une poubelle brûlée et qui ne méritent pas une Une quotidienne et encore moins un sujet à la télévision.

Il est aussi possible de participer ou d’assister simplement à une de leurs manifestations et de relever la teneur répétée des affiches, panneaux, banderoles, slogans… pour connaître leurs revendications… banales, peu intéressantes…

La couleur des Gilets Jaunes

Mais tout le monde veille au grain : toute la presse, bien pensante de droite ou de « gauche » attend le dérapage, d’un manifestant, pas d’un policier – il y en a déjà plusieurs. Un petit effort, un cri homophobe, antiféministe, raciste surtout, ferait plaisir à tout le monde, montrerait bien qu’ils sont aux ordres de l’extrême droite… Rien ne vient. Le soupçon, rien que le soupçon…

Cela pourrait venir car vous acceptez tout le monde aux Gilets Jaunes ? Des gens de droite et de gauche ? Mais où sont les jeunes des quartiers ? Où étiez-vous quand la police les maltraitait ?

 

Les revendications des Gilets Jaunes n’émanent pas des partis, ni des syndicats, ni des associations, ni des ouvriers, ni des jeunes, ni des quartiers, comme on dit quand on veut parler des quartiers populaires.

Elles viennent d’une couche de la population qui, souvent, n’est pas organisée, qui souvent s’abstient aux élections, qui manifeste pour la première fois et on voudrait qu’elle assume tout, réponde à tout…

Elle a subi de plein fouet les mesures gouvernementales. La taxe sur les carburants a été le facteur déclenchant. On a voulu faire des Gilets Jaunes une nouvelle jacquerie, un nouveau poujadisme. Ils ne demandent pas un simple diminution des impôts. Cela aurait satisfait le gouvernement et toute la droite qui veut moins d’impôts et moins de services publics, les questions du GrandDébatNational en témoignent. Ils ont explosé avec la taxe sur les carburants, considérée comme une taxe injustice, une nouvelle TVA, ils n’ont pas parlé seulement d’impôt mais de justice fiscale. De justice sociale. De démocratie.


 

La couleur des Gilets Jaunes

Et s’ils sont méfiants envers toutes les organisations qui pourraient tondre la laine sur leur dos, y compris ceux qui pourraient le faire à partir du mouvement lui-même, peut-être à l’occasion des élections européennes, ils ne rejettent personne.


La jonction avec la grève et la manifestation de ce mardi pourrait être un nouveau développement du mouvement et un nouveau pas dans l’histoire des révoltes populaires.

 

1 – Récemment le président de la République a parlé de l’influence des Russes. Peut-être a-t-il été informé par un ancien ami, fin connaisseur en relations d’affaires ?

2 - https://www.lemediatv.fr/vraiment-politique/direct-ce-soir-a-20h30-gilets-jaunes-comment-faire-plier-macron/

La couleur des Gilets Jaunes
La couleur des Gilets Jaunes

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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 10:24

Les Gilets Jaunes ont tort ou Le Régime des bananes

190123 babanes fleuries_182728[1]

Les Gilets Jaunes ont tort.
C’est une évidence.
Et d’ailleurs pourquoi sont-ils jaunes. Tout le monde sait que le jaune est la couleur des trahis et des traîtres. Depuis les malheureux en amour jusqu’aux briseurs de gréves et aux fourbes asiatiques. La couleur de l’infamie, de la rouelle à l’étoile…
Quand tout le monde veut payer des impôts et court sus au dérèglement climatique, ils refusent quelques centimes… par litre de carburant.

Pourquoi ne sont-ils pas rouges ? Leur résistance à l’augmentation du prix des carburants aurait alors été prolétarienne et soutenue par tous ceux qui voient rouge dés le petit matin, qu’il chante ou non. Des intellectuels de gauche notamment.

Pourquoi ne sont-ils pas verts ? Ils n’auraient pas pu refuser un impôt contre le dérèglement climatique. Ils auraient simplement demandé que le tiers de l’augmentation soit consacré à la végétalisation des murs gris de nos villes.

Non, ils sont jaunes, définitivement jaunes, objets sociaux non identifiés, très divers sous leur gilet. Jaunes comme les véhicules de la Poste qu’ils voient passer alors que les bureaux disparaissent, comme les romans policiers italiens, comme le péril...

Et dans cette joyeuse fête de Noël, sous les farandoles de lumières clignotantes, de toutes les couleurs, sauf jaunes évidemment, le père Noël s’avance, chargé de bananes, en courant, dans son costume rouge… Tout à coup. Un grand cri, il s’étale en jurant. Bananes éparses. Tête dégarnie de sa barbe et de sa chevelure blanches, rouge de honte, de peur, de douleur… Mais jaune bilieux de colère à l’intérieur.
Et quand il veut se relever, appuyant sa main sur le sol, quelque chose de mou… une peau de banane, cause de sa chute.

Jaune évidemment.

Les gilets jaunes ont définitivement tort.


Ils devraient être rouges pour faire la révolution, verts pour sauver la planète, violets pour abattre le patriarcat, arc-en-ciel contre toutes les discriminations… et cela dépendait de chacun qu’ils deviennent tout cela : jaunes, triomphants...

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22 janvier 2019 2 22 /01 /janvier /2019 20:54
Un peuple et son président

Après le moment de gloire où tout, et beaucoup, semblait lui sourire, à l‘intérieur et à l’extérieur, face à Trump, Merkel, le plus jeune président de la Cinquième république, flanqué de ses amis compétents, est à la tête de l’exécutif le plus puissant des pays démocratiques. Champion des équations. Face à son peuple.
La réforme de trop, l’augmentation de la taxe sur les carburants, entraîne vers la contestation de toutes les mesures austéritaires, prises par lui-même (conseiller du président Hollande, ministre du même ou président) et ses prédécesseurs : première contestation ayant obtenu un résultat, insuffisant, mais un résultat, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps, malgré les protestations mouvementées, variées des syndicats, des Nuit debout

Nuit debout était une ébauche et un avertissement : mouvement, né en en dehors de toute organisation, à la suite d’une manifestation sur la loi Travail au printemps 2016. Cependant, Nuit debout se rattachait encore aux luttes traditionnelles avec la volonté d’avancer vers la convergence des luttes. Et en plus, des assemblées populaires mettant en avant de multiples réformes et une nécessaire démocratie directe. Cétait comme l’ont dit certains une forme moderne d’action politique, hors partis, hors syndicats, sans chef, sans programme... (Albert Ogien), non le premier mouvement social post-marxiste (Gaël Brustier) mais sa préfiguration.

Aujourd’hui, ce sont des personnes de rien, des fainéants, des Gaulois irréformables , des illettrés qui s’opposent à une mesure gouvernementale, une augmentation de la taxe sur les carburants. Utilisant les réseaux sociaux, en dehors de toute structure associative, syndicale, politique, ils créent un Objet Social Non Identifié lançant l’occupation des ronds points. Ce ne sont pas des ouvriers qui occupent leur usine, des étudiants qui occupent leur faculté, ce n’est pas la population des grands centres urbains qui occupent des places publiques comme d’autres l’ont fait ailleurs et avant eux.

Un peuple et son président

Ce sont des personnes des zones dites périphériques, des petites villes dans les régions, sans tradition de lutte collective, qui, directement touchées, réagissent spontanément. Loin du centralisme gouvernemental ou contestataire, la force du mouvement, c’est d’être un mouvement national, spontané, constitué de multiples groupes plus ou moins importants, dispersés dans toute la France. Force dans le moment revendicatif mais difficulté pour la prise de décisions...

A l’occasion d’une taxe de trop qui touchait surtout une population peu ou mal représentée au niveau social, au niveau politique, probablement souvent abstentionniste, n’appartenant pas aux forces sociales organisées ou mesurant l’impuissance de ces forces traditionnelles, associations, syndicats, partis, n’ayant souvent jamais manifesté, les Gilets jaunes ont mis le doigt sur l’injustice fiscale, sociale et politique, sur les inégalités qui s’accentuent et rencontré un soutien populaire rarement aussi fort et aussi durable.

Avec le gilet jaune, obligatoire dans chaque voiture, devenu symbole de la révolte. Ces personnes très diverses (statut, métier, âge) ont un besoin absolu de leur voiture pour leur vie quotidienne et leur travail, elles décident d’occuper les ronds points....
Pour leur première mobilisation, un coup de maître, inédit.

Ronds points et dos rond.
Face à cette inconnue de leurs équations, non prise en compte dans leurs algorithmes, les nouveaux compétents ont le même réflexe que les anciens ! Dos rond silencieux du président. En attendant que ça passe ! Aussi peu structuré, sans porte parole, cet OSNI, jacquerie moyenâgeuse, poujadisme provincial, allait mourir dans les marais. C’était oublier la force virale des réseaux, pourtant depuis longtemps vilipendés !
Le phénomène se répète chaque samedi, ne faiblit pas, avec un énorme soutien de la population d’après les sondages. Malgré les violences largement mises à la une.
Macron essaie de reprendre la main et la maîtrise des horloges.
Cependant, pour l
ui, c’est toujours l’heure d’hiver.

 

Un peuple et son président

Une petite carotte.
Vient la tentative classique de la carotte : quelques milliards vont régler la question, diviser les Gilets Jaunes, affaiblir l’importance du soutien et on pourra reprendre les équations budgétaires selon les critères de Maastricht avec une Commission européenne compréhensive. Pour ce champion de l’Union européenne et de sa politique économique.
Donner peu, de manière emberlificotée, n’est pas la bonne manière. Cependant, pour la première fois, le pouvoir avait cédé, partiellement. Les sages manifestations syndicales, répétées, en criant sinon ça va péter, n’ont rien obtenu depuis longtemps. Ça ne pétait pas. Les gouvernements, celui de gauche en premier, passaient outre aux manifestations, au soutien de la population. Les concessions limitées de Macron, obtenues malgré, peut-être à cause des violences de certains manifestants, montraient que c’était possible. Il fallait pousser, avec l’appui de la population.
Parties de la taxe sur les carburants, les revendications s’élargissaient et conduisaient les manifestants à s’attaquer au président, légitimement, car tout vient de lui – il avait demandé qu’ils viennent me chercher - et même à son mandat…


 

Un peuple et son président

Un gros bâton.
La violence médiatisée, l’approche des fêtes familiales de fin d’année étaient favorables pour frapper un grand coup. Au sens propre du terme.
Avec la plus forte répression policière de manifestation depuis la guerre d’Algérie ! Avec des discours provocateurs et des
dommages collatéraux jamais vus. Pour faire peur aux manifestants, peur de blessures graves, peur d’inculpation pour participation. Peur à la population devant de tels affrontements. Par le discours et les images.
Insuffisance de a répression. Menaces physiques, menaces socio-économiques, perte de PIB, perte d’emplois temporaires pour les fêtes, fuite de touristes, rien n’y fait ! La participation faiblit, elle ne tarde pas à repartir, significative. Avec le soutien de la population, moindre mais toujours majoritaire.

Un peuple et son président

Une grosse carotte. Le Grand Débat National ! Libre et non faussé ?
Le président Macron prend enfin conscience de la gravité de la situation. Il n’est pas de Gaulle. Il ne peut pas lancer une référendum-plébiscite à l’issue très incertaine. Mais, dépassant Clemenceau, - quand on veut enterrer un problème, on crée une commission - il lance le Grand Débat National pour enterrer les Gilets Jaunes.
Reste à voir comment les choses vont tourner. Le 24 janvier 1789, Louis XVI convoquait les États Généraux pour le mois de mai…

Un peuple et son président

Mauvais début pour le débat : la présidente de la Commission nationale du débat public qui devait garantir la qualité de la consultation, démissionne. Il lui a paru indécent de gérer un dialogue qui porte sur le pouvoir d’achat alors que son confortable salaire était publié dans les journaux.
Elle devait cependant être de qualité, pour avoir conscience du problème. Pour oser le dire. Pour avoir été remplacée par cinq garants dont les revenus ne doivent pas être bien différents des siens, mais au bien penser assuré : deux choisis par le gouvernement et trois par les présidents de l'Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental.

Le président Macron est l‘initiateur de ce Grand Débat National, libre et non faussé, et, bien sûr, l’organisateur. Il en fixe le cadre, le calendrier, les limites. Ouvert à toutes les suggestions si elles sont intelligentes - traduire si elles sont conformes - tout en affirmant qu’il ne changera pas de cap.

Le président cache à peine son jeu en se rendant pour la deuxième rencontre à Souillac où il a lancé sa campagne présidentielle. Cette fois, au compte de l’État, c’est à dire du contribuable. A quatre mois des élections européennes. Les premières rencontres avec les maires de deux régions donnent un premier goût de cette tournée : débat organisé par le préfet qui choisit les maires qui prendront la parole, présidé par un ministre.

Les buts du débat sont clairs : occuper longuement, largement le terrain, plus facile, pense-t-il, pour lui que pour les Gilets Jaunes ; faire émerger de la consultation les mesures intelligentes qu’il a déjà décidé de prendre, refuser celles, non intelligentes, qui ne lui conviennent pas ; je ne changerai pas de cap !

Un peuple et son président

Les revendications des Gilets Jaunes sont essentiellement de deux types, financières, elles concernent la justice sociale, le pouvoir d’achat, les fins de mois... et institutionnelles, elles portent sur la démocratie et surtout sur la démocratie directe…

Les premières sont directement du ressort du président, du gouvernement. Ils peuvent facilement les faire voter par l’Assemblé nationale, si c’est nécessaire, étant donnée l’énorme majorité dont ils disposent.
Les principales sont connues : suppression de l’augmentation de la taxe sur les carburants (elle n’a été qu’ajournée), retour de l’ISF, augmentation du Smic (non une prime), diminution de la TVA sur les produits de première nécessité, niveau des retraites, augmentation du nombre de tranches pour les impôts sur le revenu, impôts sur les GAFA, chasse à l’optimisation et à l’évasion fiscales, suppression du CICE… Il est possible d’en ajouter d’autres… rétablissement de l’APL (qui semble oubliée de tout le monde), rétablissement des emplois aidés, suppression de certaines niches fiscales…

L’annonce des décisions peut être rapide. Problème : elles mettent en question la politique du président qui a dit clairement qu’il ne changerait pas de cap. Tout dépend du rapport de forces que sauront établir les Gilets Jaunes et leurs soutiens dans la population.

Les secondes veulent sur un renforcement de la démocratie et, surtout, l’instauration d’une forme de démocratie directe. Elles sont plus longues à élaborer, surtout si elles nécessitent une réforme de la Constitution.
La limitation du nombre de parlementaires et de leurs moyens ? Le président l’acceptera facilement. Il l’a déjà prévue. Elle renforce le pouvoir de l’exécutif et accentue le caractère présidentiel du régime ce qui ne constitue probablement pas un renforcement de la démocratie. La prise en considération du vote blanc ne devrait pas poser de grave problème. L’acceptation peut être rapide dans le principe.

La question est bien différente quand il s’agit du Référendum d’initiative citoyenne.
Dans le cadre de l’Union européenne, la Charte des droits fondamentaux, adoptée en 2000, assure le droit de pétition devant le Parlement européen (1 million de signatures). En France, depuis la loi constitutionnelle de 2008, le Conseil économique social et environnemental peut être saisi par voie de pétition (500 000 personnes majeures, de nationalité française ou résidant régulièrement en France). Ce droit de pétition ne semble pas avoir fait progresser la démocratie, de façon significative, ni en Europe, ni en France.
Une acceptation de principe ne suffit pas. Il est nécessaire de veiller, à la virgule, aux conditions de mise en place et d’exécution du référendum : sujets, formulations de la question, nombre de signatures... Cela suppose des mois de surveillance, de dialogue, plus ou moins conflictuel, pour que la mesure soit vraiment applicable. Et donc une vigilance des Gilets Jaunes ou de ce qui suivra sur le long terme, non quelques semaines mais quelques mois…

C’est dire l’importance de la forme que se donneront les Gilets Jaunes dans les semaines qui viennent pour se concentrer sur l’essentiel de leurs revendications : justice fiscale, justice sociale, démocratie que le président veut noyer dans une consultations tous azimuts : tous les sujets, tous les Français.
A chaque concession, si concession il y a, la même question reviendra. Faut-il arrêter le mouvement ? Peut-on le continuer indéfiniment… On l’a bien vu après le discours du 10 décembre où certains semblaient pouvoir se satisfaire des annonces de Macron.

Différentes propositions ont été avancées.

Participer aux élections européennes conduirait à la tentation de mettre au point un programme sur de nombreuses questions qui ne sont pas, de façon explicite, dans les revendications des Gilets Jaunes… d’où un risque de division. Accentué au cas où plusieurs listes se feraient concurrence entraînant à un partage des voix et à aucun élu.
De plus, d’après les sondages, une liste Gilets Jaunes enlèverait des voix surtout au Rassemblement national et à la France insoumise et renforcerait le président.

La tentative d’organisation d’une assemblée des assemblées comme celle de Commercy pourrait être une forme de coordination dans la durée pour maintenir une certaines unité sur l’analyse de la situation et son évolution. Et les contre-mesures éventuelles à prendre pour peser. Cela ne sera pas facile.

Être reçu par le président de la République renforcerait la reconnaissance des Gilets Jaunes reçus comme interlocuteurs privilégiés à condition que la délégation soit représentative de la majorité d’entre eux et ne constitue pas un facteur de division. Il est peu probable que Macron fasse des propositions alors que le Grand Débat est en cours. Si ce n’est pour tâter e terrain ou diviser.

Quoi qu’il en soit la période s’annonce difficile pour les Gilets Jaunes au moment où la campagne électorale pour les élections européennes commence dans une Union européenne en grande crise tandis que la maison brûle sans que personne en soit préoccupé.

La force des Gilets Jaunes est son indépendance mais encore plus son unité dans les revendications, justice fiscale, justice sociale, justice territoriale, démocratie qu’ils devraient faire endosser par les candidats aux élections européennes, sans relâcher leur vigilance face au président et au gouvernement.

Un peuple et son président

C’est aussi, et peut-être surtout, le soutien continu rencontré dans la population avec l’espoir que se mobilisent tous les militants qui partagent leurs buts, qui sont dans des associations, partis ou syndicats dont la crédibilité n’est guère plus grande que celle des journalistes. Et qui trouveraient là l’espoir de changer les choses.

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