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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 18:12
Macron : de la solidarité à la finance
Macron : de la solidarité à la finance

La révolution macronienne est cohérente, elle tient dans la paraphrase d’une déclaration célèbre : tout ce qui est bon pour les premiers de cordée est bon pour tous les Français. Elle consiste à remplacer la logique de la solidarité par une logique financière individuelle. Quelques exemples.

Macron a remplacé l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune ) par l’IFI (Impôt sur la fortune immobilière). Qui consiste à soustraire la richesse financière à l’impôt de solidarité pour permettre à son détenteur d’investir comme bon lui semble : autrement dit soustraire à la décision publique, à l’intérêt public, à la solidarité, pour donner à la décision individuelle, à la recherche du profit qui peut, bien sûr, résider dans l’investissement dans des entreprises françaises (motif avancé) ou étrangères ou mieux dans des fonds spéculatifs ou d’investissements dont un des plus puissants est aujourd’hui connu de tous : BlackRock, le plus important gestionnaire d'actifs au monde, avec près de7 000 milliards de dollars dont les principaux clients sont des investisseurs institutionnels (Wikipedia). La société affiche une rentabilité d’exploitation exceptionnelle : acheter dans hésiter (JDD 18/01/20).

Maintenir l’impôt sur la fortune immobilière, c’est inciter les plus pourvus à se désengager de l’investissement dans l’immobilier, imposé, pour passer à l’investissement dans la finance, non imposé.
P
ourtant, il ne semble pas qu’il y ait trop de logements en France !

Ce petit cadeau avec baisse des ressources de l’État est accompagné par la diminution de 5 euros par mois et par ménage de l’Aide personnelle au logement (APL). Diminution de prélèvement pour les gros. Récupération sur les plus pauvres !

Macron : de la solidarité à la finance

Au 1er février, le taux du Livret A et du Livret du développement durable sera abaissé à 0,5 %, taux historiquement le plus bas, avec une inflation proche de 1 %. Pour le ministère des finances, le taux du Livret A n’a plus vocation à couvrir celui de l’inflation (Le Monde 12/01/20).
Il y a 55 millions de Livrets A en France car c’est le moyen le plus simple pour nombre de particuliers d’avoir quelques ressources disponibles en cas de nécessité. Le ministère pense que cette baisse des taux devrait pousser à mettre ses économies dans des placements plus dynamiques ! Plus risqués ! Inciter les plus pauvres à risquer leurs économies ! A devenir boursicoteurs ! Dire aux petits porteurs qu’ils doivent les investir, c’est les pousser à prendre des risques, à se convertir à la spéculation boursière ? Le réveil peut être douloureux, en cas de renversement de la conjoncture ou de besoins de financement imprévus.
On aurait pu diminuer le plafond des placements (actuellement 22 950 euros) et réserver ce conseil aux titulaires des carnets les plus garnis ! Les petits porteurs de Livret A se contenteront probablement de voir se dégrader leurs économies plutôt que de risquer de les perdre.

L’exécutif sait que sa décision est très impopulaire et concerne pratiquement tous les foyers qui détiennent un ou plusieurs livrets A. Or la rémunération est devenue dérisoire. Pour Bruno Le Maire, le maintien d’un taux de 0,75 % aurait été irresponsable par rapport à notre politique de diversification des placements. Et irresponsable pour les milliers de personnes qui attendent un logement social. En effet, la réduction du taux à 0,50 % permettra de construire 17 000 logements sociaux supplémentaires et d’en rénover 52 000 chaque année. La mesure pénalise les épargnants mais renforcerait la politique du logement… Il oublie de dire, que pour compenser cette baisse du taux des livrets, il a imposé aux bailleurs sociaux de diminuer les loyers donc leurs moyens.
Autrement dit, il a organisé un
coup à 3 bandes, sur le dos des pauvres et une opération plus discrète, au bénéfice des banques. Car elles profitent de 40 % des sommes collectées : elles vont rémunérer cette épargne au taux de 0,5 % au lieu de 0,75 % : un cadeau de 400 millions d’euros (Libération 18/01/20).
Il est intéressant de constater que le ministre justifie cette mesure en opposant petits épargnants et mal logés sans parler des bénéfices qu’en tirent les banques.
Il n’a jamais dit combien de logements auraient pu être construits avec le montant du cadeau fait avec la suppression de l’ISF.

Macron : de la solidarité à la finance

Dans la réforme, il est prévu un taux de cotisations retraite unique de 28,12 % sur les salaires mais les revenus au-delà de 120 000 euros par an ne donneront pas de droit à la retraite et ne seront soumis qu'à un taux de 2,81 % de cotisations, utilisées pour contribuer à l'équilibre du système. Les sommes qui ne participeront pas à l’équilibre du système, sur les salaires au-delà de 10 000 euros par mois, donnent beaucoup d’espoir aux assurances privées ou autres fonds de pensions ou d’investissement.

La Révolution libérale d’Emmanuel Macron est en marche : tous libres, tous égaux, tous fraternels ; tous boursicoteurs, tous contre tous. Jamais solidaires !


 

NB : même si le travail reprend sans le retrait total du projet de réforme, les grévistes ont obtenu un certain nombre de concessions. Et nul ne sait ce qui va se passer dans les jours, les semaines qui viennent...
Une chose demeure, les grévistes
souffrent beaucoup au niveau financier. La solidarité financière sera appréciée. Moralement. Financièrement.

https://www.cgt.fr/actualites/france/retraite/mobilisation-solidarite/caisse-de-solidarite-envers-les-grevistes

Ci-après quelques images de la manifestation du16 janvier 2020 à Paris. Avec une participation plus importante des milieux enseignant et culturel...
Et aussi policier : sur le parcours de nombreuses rues étaient fermées par des barrages grillagés...

Macron : de la solidarité à la finance
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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 10:04
Disposition provisoire, condition, menace

Dans une lettre aux partenaires sociaux, le réformiste Édouard Philippe veut bien remplacer l’âge pivot par l’âge d’équilibre de 64 ans dans le projet de réforme du régime des retraites.
Et, comme souvent, la forme confirme le fond. Édouard Philippe ne retire pas, il est, en majesté,
disposé à retirer, provisoirement. Sous condition d’un accord entre les partenaires sociaux avant la fin du mois d’avril. Et sous menace de prendre par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre en 2027.

Laurent Berger, se parant des plumes du paon, se flatte d’avoir obtenu le retrait de l’âge pivot, une victoire pour la CFDT ! Bien entendu le mois de grève n’y est pour rien ! Mais il estime nécessaire de poursuivre notre action pour un système de retraite plus juste et solidaire ! 


Les partenaires sociaux ? Le Medef est d’accord, on n’augmentera pas les cotisations. La CFDT aussi (la CGT ne fait pas partie, aux yeux du Premier ministre, des partenaires). Si, inattendu, la CFDT n’était pas d’accord, que pourrait-elle faire pour s’opposer aux ordonnances ? Certainement pas une grève. Laurent Berger n’aime pas ça. Ni des manifestations. Si la CFDT s’était jointe à l’intersyndicale clairement, le gouvernement n’aurait pas attendu plus d’un mois pour abandonner une mesure qui n’était pas prévue par Emmanuel Macron !

Qui, pour le moment, a bien joué. En retrait, il a laissé Édouard Philippe et la CFDT jouer, s’opposer. Pour tirer les marrons du feu au prix d’une longue grève, de quelques mesures de transition qui ne changent rien de fondamental à son projet initial. Si ce n’est de multiplier les chemins facilitant la division des travailleurs et conduisant finalement au but décidé initialement.

Reste que tout n’est pas fini. Laurent Berger surjoue la satisfaction. Le MEDEF savoure, presque en silence. Mais les mécontentements s’accumulent. Ils s’exprimeront. Dans deux mois (municipales) ? Dans deux ans (présidentielle) ?

Le président de la République, le Premier ministre ne s’en sortiront pas toujours par des habiletés. Par de multiples variantes catégorielles de transition pour aboutir à un système universel de régression. Par un nouveau grand débat. De multiples petits débats (écologie, police). Macron, à mi-mandat, n’a pas déclenché l’enthousiasme créatif qu’il imaginait après son élection mais deux années de conflits durs.

Sur quoi débouchera ce nouveau long conflit, sans concession véritable ? Sur l’amertume, la résignation ? Sur la révolte ? Une unité, de faible intensité certes, est en train de naître entre Gilets Jaunes et syndicalistes. Trouvera-t-elle son prolongement politique ?

Le président de la République, le Premier ministre vont suivre attentivement les mouvements sociaux de la semaine prochaine.

Quelques images de la manifestation du 11/01/20

Disposition provisoire, condition, menace
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7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 21:12
Une ambition sans limites mais pas sans conséquences

Depuis le virage nié de 1983, la France est entrée dans une longue séquence, champ contre-champ, droite gauche, et aspirée dans une spirale de régression sociale continue à la suite du libéralisme triomphant de Margaret Thatcher cassant les syndicats de mineurs et Ronald Reagan celui des aiguilleurs du ciel. Relayés en Allemagne par le social-démocrate Gerhard Schröder et l'alternance-association SPD et CDU-CSU (social-démocratie et démocratie chrétienne). Les autres pays de l'Union européenne se sont, petit à petit, alignés sur la puissante Allemagne.
Les gros partis de France, quel que soit leur nom, n’ont fait que suivre la même voie.

Cette longue période TINA (There is no alternative) n’est pas sans conséquences graves : augmentation des inégalités, régression sociale et politique avec délitement des partis de gouvernement et montée du populisme de droite et d’extrême-droite. Le tout accompagné de petits sautillements indignés des démocrates modérés qui, après chaque défaite électorale, s’empressent d’affirmer que, le pire n’étant pas arrivé, tout allait bien, que la politique, la seule possible, était la bonne, qu’il fallait seulement la continuer et même l’accentuer.

Une ambition sans limites mais pas sans conséquences

Au Parlement européen, le populisme de droite et extrême-droite n’a pas encore atteint le niveau de blocage du Conseil, avec la nécessaire unanimité dans certaines décisions, mais le tandem PSE-PPE a perdu la majorité absolue.

Tout ceci et même le long et douloureux Brexit, première sortie d’un pays de l’Union européenne, ne change rien à l’optimisme béat : ces Britanniques insulaires ont voté pour un clown irresponsable comme les Étasuniens incultes pour un personnage grossier et ignare

Heureusement, ce n’est pas le cas en France où est apparu pour éviter le pire, un ange blanc centriste, ni gauche, ni droite, qui, par sa jeunesse, son dynamisme, son entregent, ses appuis financiers, allait faire les réformes indispensables et transformer le vieux pays en une jeune pousse : moderne, informatisée, rentable à condition d’éliminer les Gaulois réfractaires, les illettrés et autres moins que rien...

Mais le monde nouveau ressemble, par certains aspects, au monde ancien : depuis le printemps 2017, 16 ministres ont démissionné dont 1 seul pour des raisons politiques et au moins 8 obligés pour des problèmes qui n’ont rien de glorieux ! On est loin cependant de Nicolas Sarkozy et de son important carnet d’adresses d'avocats.

Se contenter de sarcasmes sur ce vieux-monde renouvelé ou de faire la liste des mots arrogants, méprisants du jeune premier serait une erreur grave. Cela doit seulement faire comprendre qu’Emmanuel Macron n’est guère embarrassé par ses scrupules ou sa compassion. Simplement obligé, toujours et encore, d’expliquer ce qu’il est le seul à comprendre.

Le jeune Macron est dangereux par une ambition sans limites, liée aux nouvelles grandes forces du capitalisme libéral international (les relations entre Emmanuel Macron et les hommes de Blackrock affichées au grand jour en sont l’exemple du moment). Utilisant et servant pour arriver à ses fins les forces financières internationales et des moyens politiques et policiers de l’État quels que soient les obstacles.

Il a été élu face à des politiques qui, de gauche ou de droite, poursuivent la même politique depuis François Mitterrand et font monter l’extrême-droite par leur conversion au libéralisme européen. Il a surtout été élu, non pour son programme mais contre l’extrême-droite par une large majorité d'électeurs au second tour. Majorité qui a permis à Jacques Chirac de ne rien faire et qui permet à Emmanuel Macron de faire ce qu’il veut, malgré les tardifs scrupules de quelques élus peu perspicaces déçus par tel ou tel aspect d’une politique de droite pourtant cohérente.

Une ambition conduite au pas de charge, au moins dans sa première partie : réformer la France, prendre la tête d’une Europe libérale et jouer dans le trio de tête, États-Unis, Chine, Europe, autrement dit, Emmanuel Macron, quel qu’en soit le prix…. pour les Français et les Européens. Et pour l’avenir de la planète car les réformes ne peuvent toucher les intérêts de ceux qui mènent le monde.

Pour cela, il doit changer d’abord la France et les Français : aligner la politique économique et financière sur celle de l’Allemagne. Ce qui suppose de mener rondement la politique commencée par ses prédécesseurs : respect des critères de Maastricht , c-a-d, casser toute résistance populaire, gilets jaunes ou syndicats, notamment, la CGT. Par la même occasion, s’il était possible de casser aussi la CFDT qui, à plusieurs reprises, lui a tendu la main...
Il a montré sa volonté de s’adresser directement au peuple et son mépris des corps intermédiaires, caractéristiques des populistes. Et un ni-gauche-ni-droite de plus en plus claudicant avec l’utilisation de l’immigration ou de la répression policière la plus violente depuis la guerre d’Algérie.

Une ambition sans limites mais pas sans conséquencesUne ambition sans limites mais pas sans conséquences

Pour respecter les critères de Maastricht, sa politique financière en a fait le président des riches : transformation de l’ISF en IFI, pour orienter des masses monétaires vers le financement des entreprises (françaises ?) et surtout la spéculation beaucoup plus lucrative (en 2019, la flambée des bourses contraste avec la croissance diminuée de l’économie mondiale) et le maintien de l’impôt sur l’immobilier (nul besoin d’investissements dans le logement ?) beaucoup moins facile à utiliser, allègement des contributions sociales diminuant les recettes, ouverture de perspectives intéressantes pour les fonds de pension ou d’investissement (Blackrock, visiteur du soir de Macron), privatisation d’Aéroport de Paris après le franc succès de celle de l’aéroport de Toulouse-Blagnac… Bien entendu au détriment des pauvres par la destruction de la solidarité depuis la suppression de l’APL jusqu’à l’austérité organisée avec la réduction des emplois, la disparition de services publics… et la réforme des retraites.

Une ambition sans limites mais pas sans conséquences

Avec l’espoir de devenir le bon élève de l'Union européenne à un moment très favorable : Brexit, affaiblissement, peut-être peu durable, de l’Allemagne : départ prochain d’Angela Merkel, absence de majorité claire, vieillissement de la population, difficultés économiques… Moment favorable aussi pour dire de l’Union européenne une véritable puissance libérale.

Pour avoir les mains encore plus libres sur la scène internationale, Emmanuel Macron essaie de détacher la France d’un passé impérialiste trop voyant ou, au moins d’en détacher son image : depuis la dénonciation du crime contre l’humanité en Algérie, passé presque inaperçue et pourtant inadmissible pour un candidat à la présidence de la République si elle n’est pas suivie, dès son accession au pouvoir, d’une importante initiative pour une grande réconciliation… jusqu’à la disparition du CFA en Afrique, signe de la sujétion des anciennes colonies africaines, remplacé par l’Eco avec quelques arrière-pensées sur une renonciation-substitution…

Ayant fortement affaibli les corps intermédiaires, les syndicats notamment, ayant satisfait ses soutiens financiers nationaux et internationaux, apparemment débarrassé d’un encombrant passé, Jupiter serait alors libre de se représenter dans les mêmes conditions qu’en 2017 avec le même résultat et de se projeter à la tête d’une l’Europe libérale convenant parfaitement aux intérêts des grandes multinationales.

Des multinationales qui façonnent déjà le monde nouveau avec des moyens financiers supérieurs à ceux de bien des États, des moyens techniques d’influence de plus en plus efficaces sur les décisions individuelles et collectives !

Dans cette optique, les moyens anciens, perfectionnés, qu’ont expérimenté, à leurs corps blessés, les gilets jaunes ne sont peut-être qu’une anecdote mais sont surtout un avertissement pour tous ceux qui voudraient s’opposer à ce nouveau monde en marche.

Il n’est pas certain que les peuples, ici comme ailleurs, acceptent cet avenir qu’on leur prépare, cet écrasement planifié. Qui augmente les inégalités, entre les pays et à l’intérieur de chacun, met en danger la démocratie relative, telle que connue jusqu’ici, et se préoccupe peu, eu delà des déclarations, de la viabilité de la planète.

Une ambition sans limites mais pas sans conséquences

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 19:15
Le voile… trente ans… et après

Quand, en 1989, trois jeunes filles d’Aubervilliers se sont présentées au lycée avec un voile qu’elles ont refusé d’ôter, le voile est entré en politique en France (1). Le voile quel qu’il soit, du foulard au burqini. Quel que soit le lieu, de l’école à l’université, de la rue au travail. Quel que soit l’âge, des jeunes aux adultes et aux enfants. Quelles que soient les orientations politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche.
Quelle que soit la saison mais en période préélectorale, la question peut être utile pour masquer l’enjeu de l’élection et faire oublier l’essentiel.
La question n’a pas été totalement
réglée par l’adoption de deux lois en 2004 (2a) et 2010 (2b). Elle se pose dans bien d’autres pays, européens où la population musulmane est plus ou moins récente ou pays à population traditionnellement musulmane. Elle a même été posée au niveau d’instances internationales (Annexe 1).

Que peut-on en dire ?

Il n’est pas question de discuter de ce que dit ou ne dit pas le Coran, pas plus que les hadiths. D’éminents musulmans le font depuis des siècles et ne se sont pas mis d’accord. On ne peut que prendre acte de ce désaccord.

Et de ce qui en découle, au moins partiellement : toutes les femmes musulmanes n’ont pas la même pratique vestimentaire dans le monde, pas même à l’intérieur d’un pays sauf peut-être dans des pays musulmans totalitaires.
Certaines portent des voiles, de toutes sortes, couvrant tout le corps des pieds à la tête, cachant le visage et même les yeux ou la seule chevelure (3). D’autres n’en portent pas du tout et leur façon de se vêtir est tout aussi variée.
Cette diversité vestimentaire dépend de la volonté de chacune, de ses possibilités, de son environnement social et politique : mode, coutume, milieu social, type de pouvoir politique, législation nationale… (4).

Les exemples des pays européens et des pays à population, partiellement ou totalement, musulmane (Annexe 1), permettent de constater que législation et pratique dépendent de la situation politique et de la volonté des gouvernements, le plus souvent composés exclusivement ou majoritairement d’hommes.
Elle varie aussi suivant les époques : Turquie de Kemal Ataturk et de Recep Tayyip Erdoğan, Tunisie de Bourguiba, de Ben Ali et Tunisie actuelle, Iran du Shah et de Khomeini...
Avec,
quelquefois, une continuité comme, entre autres, en Arabie saoudite la monarchie absolue est alliée depuis longtemps au wahhabisme, très conservateur.

Avec cette importante variété de pratiques, le voile, il faudrait dire les voiles, apparaît au moins autant comme un signe politique qu’un signe religieux. Politico-religieux ? Individuel ou collectif ?

En France

Comme dans tous les pays européens, la société est fortement sécularisée. Avec en plus, la laïcité qui fait partie de son histoire.

La société française d’aujourd’hui est, d’une façon importante, le résultat d’un conflit séculaire entre les institutions politiques successives, royauté, empire, république et l’institution religieuse dominante,l’église catholique.

Un compromis entre républicains été imposé  à l’Église catholique, dominatrice, avec l’adoption de la laïcité par la loi de 1905 de séparation des Églises (pour tenir compte des autres cultes de l’époque, protestants, israélite) et de l’État, mettant fin à un siècle de Concordat signé en 1801 avec le Saint-Siège, concordats étendus ensuite aux cultes réformés (1802) et israélite (1808). L‘Alsace-Moselle, en 1905, sous l’autorité de l’Allemagne, a conservé le statut concordataire en 1919, malgré le rattachement à la France, après la fin de la Première Guerre Mondiale.
Il faudrait ajouter les situations particulières de la Guyane pour le culte catholique, Mayotte pour l’islam...

L’Église catholique s’est fortement opposée à cette loi, y compris bien après son adoption.

Elle n’a pas tout résolu. Elle ne pouvait tenir compte de demandes islamiques, par exemple, qui n’existaient pas à l’époque. Elle n’a même pas résolu tous les problèmes avec l’Église catholique. Elle a été complétée, adaptée, battue en brèche par des textes multiples sous les différentes républiques, suivant les circonstances et les rapports de force. Notamment, à propos du financement des écoles privées, très majoritairement catholiques... Plusieurs textes depuis 1945 ont contrevenu au principe fonds publics pour l’école publique, fonds privés pour l’école privée. Dernier exemple, la loi Blanquer, rendant obligatoire l’instruction des enfants dès l’âge de 3 ans, instruction déjà assurée à 97-98 %, oblige les communes à subventionner les écoles catholiques recevant ces jeunes enfants (5).
Les lois de 2004 et 2010 ont été adoptées pour répondre à des questions qui ne se posaient pas jusque là. Elles ont partagé l’opinion publique avec cependant moins de violence qu’en 1905 où on a pu parler de guerre des deux France.

Le compromis de 1905 semble faire consensus aujourd’hui, même de gens qui n’en connaissent pas les termes ou qui s’y opposeraient si elle était en discussion. D’ailleurs certains en demandent la révision. Refusée par beaucoup par crainte de rallumer l’incendie.

Le voile… trente ans… et après

Au point de vue vestimentaire, religieux et religieuses catholiques peuvent porter l’habit de leur choix. Les habits des prêtres, comme la soutane, et surtout les coiffes des religieuses ne passaient pas inaperçus. Et la loi n’a rien trouvé à redire. Au contraire, les tribunaux se sont opposés, au nom de la laïcité, à ceux qui voulaient les interdire dans la rue. Si, aujourd’hui, les religieux ou les religieuses portent, le plus souvent, des habits civils ou discrets, cela tient à leur évolution parallèle à celle de la société. Et, probablement, à la volonté de religieux de se noyer dans la masse.
C’
est le fruit d’une sécularisation générale de la société qui touche la plupart des pays occidentaux.
De même, la laïcité ou la loi n’ont rien à voir avec la disparition du fichu de nos grands-mères ou même avec
la possibilité pour les femmes d’entrer dans les églises sans couvrir leur chevelure.
Les vêtements traditionnels des hommes musulmans comme le fichu des femmes musulmanes n’a pas posé plus de problème. L’abandon des voiles traditionnels du pays dont certains cachaient le visage, et l’adoption du fichu ou foulard islamique traduisaient une adaptation à la société dans laquelle ces femmes vivaient. Suivant l’indication de l’ancien évêque d’Hyppone : « Si tu es à Rome, vis comme les Romains ; si tu es ailleurs, vis comme on y vit. »

La question a été soulevée par la volonté de quelques jeunes filles non de venir voilées à l’école, ce qui ne semble pas avoir posé de problème, mais de refuser de le retirer en entrant dans l’école : l’école enjeu et symbole de la bataille historique pour un État laïque face à l’emprise de l’Église catholique.

L'épisode suivant a été la volonté de porter le voile intégral dans la rue qui en était absent et qui l’est encore souvent, quelquefois même interdit comme en Algérie, dans le pays d’origine des femmes immigrées et de leurs filles. Voile intégral, essentiellement porté par les femmes dans des pays bien peu démocratiques et rarement en pointe pour l’égalité femme-homme. Et ici, plus souvent semble-t-il, par des converties.

Est venu ensuite le burqini… qui ne devrait poser aucun problème, la plage étant ouverte à chacune dans la tenue de son choix, à l’exclusion de la nudité totale réservée aux lieux spécialement aménagés à cet effet. S'il ne masque pas le visage, il ne peut être interdit : par l’ordonnance du 26 août 2016, le Conseil d’État a invalidé une arrêté communal l’interdisant sur les plages.
L
a question est différente en piscine. Le burqini ne peut être interdit comme vêtement. Il peut l’être comme maillot de bain pour des raisons d’hygiène en vertu de règlements intérieurs qui interdisent toutes les tenues amples comme boardshort, bermuda...
Pour interdire les voiles dans la rue, notamment ceux qui cachent le visage, d
’autres raisons ont été invoquées dans divers pays.

La question du voile de mères accompagnant des enfants dans le cadre de sorties scolaires est plus complexe : la laïcité a été invoquée dans la mesure où ces mères contribuent à l’encadrement. Le personnel encadrant les enfants est tenu à la neutralité vestimentaire, cette neutralité peut être exigée pour toute personne qui remplit cette fonction. Un argument juridique a pu être invoqué : la personne accompagnante, bénévole, est couverte pour les enfants qu’elle accompagne et pour elle-même, par l’administration en cas d’accident. Quasi agent de l’administration, elle doit respecter leur statut. Ce n'est pas le cas, si elle n'est pas couverte...
L
e Conseil d’État a tranché en 2013 : en tant que collaborateurs occasionnels, les accompagnants ne sont pas soumis à la neutralité religieuse imposée aux enseignants. Aura-t-on besoin un jour du Conseil d’État pour définir collaborateur occasionnel ?
Bien entendu, cela ne touche pas les nombreuses nounous, quelquefois sans papiers, qui gardent des enfants dans le cadre privé.

Le voile… trente ans… et après

Le voile dans la société

Le conflit sur le voile est au croisement de plusieurs évolutions de la société.

Une tendance à la libération des corps, une plus grande tolérance ou utilisation de la nudité des femmes. Discutable et contestée par des féministes mais qui s’étale dans la rue, la publicité, à la télévision, au cinéma, et qui existe depuis… dans la peinture ou la sculpture...

Une évolution lente, difficile mais continue, vers l’égalité et le voile peut être ressenti comme un signe de l’infériorité acceptée des femmes. Le mouvement féministe s’est partagé sur la question.

L’effacement progressif de la visibilité religieuse des catholiques dans la rue et la recherche d’une plus grande visibilité de l'islam Conflit entre sécularisation de la société et contre-sécularisation d’un islam qui n’a pas vécu, comme le protestantisme ou le judaïsme, cette évolution et qui n’a pas connu les conflits et l‘apaisement relatif de la société par la laïcité.

D'un islam qui n'est plus celui d'immigrés en France dits de la première ou de la seconde génération. Mais en nombre significatif l'islam des immigrés de France. Dont beaucoup sont français. Issus du passé colonial. Dans une France où le refus d’une décolonisation pacifique a conduit à la guerre d’Algérie qui plus d'un demi-siècle après le cessez-le-feu, n’est pas terminée (6). Où l'amnistie a réglé la question juridique mais non la décolonisation des esprits comme la campagne vérité et réconciliation en Afrique du sud et dans d’autres pays ont pu le faire au moins partiellement...
Beaucoup n’ont pas accepté l’indépendance. Ils voient dans toute personne apparemment d’origine maghrébine, un Algérien, un musulman, un envahisseur, un terroriste potentiel… Malheureusement, ils ne sont pas les seuls...

Ces musulmans de France  veulent vivre dans  leur pays. Les politiques les ont peu entendus, les ont utilisés ou ignorés, bref, le pays ne répond pas à leurs aspirations concernant légalité, théorique et surtout pratique.
Ils sont maintenus dans des conditions dénoncées depuis trop longtemps, le confinement dans des quartiers, stigmatisés, sans intégration dans la représentation politique officielle. Continuant à être en butte au racisme de la vie quotidienne mais aussi, plus gravement, dans la recherche d’un emploi, d’un logement, soumis aux contrôles au faciès, victimes d’exactions policières toujours impunies.
Quoi d'étonnant pour les personnes exclues dans le retour aux origines, dans un retour au religieux et pour les musulmans, vers l’islam politique et un imaginaire venant du Proche-Orient, de la Palestine.… Ou vers ceux qui rappellent qu’ils sont eux, leurs parents, leurs grands parents, assignés à résidence urbaine et identitaire, les victimes continuées d’un système dont les racines plongent dans le passé colonial, un racisme qui persiste et une société qui ne veut ou ne peut changer.  Et un imaginaire qui plus que de la société multiculturelle britannique vient de l’influence culturelle, médiatique des États-Unis...

Le voile… trente ans… et aprèsLe voile… trente ans… et après

La liberté des femmes voilées

Le voile peut être interprété de multiples façons. Mais il est tout, sauf traditionnel.
Le fichu de nos grands-mères a disparu et celles qui le p
ortent aujourd’hui ne veulent pas remettre à la mode cette tradition. Ce n’est pas une persistance du voile des parents ou des grands parents au pays d’origine.

Il est mis surtout par des femmes jeunes pour affirmer une altérité politique et/ou religieuse, une liberté qu’elles estiment empêchée mais qui leur est reconnue par la société, dans la limite des lois : pas de voile dans l’école, pas de voile cachant le visage dans l’espace public. Une altérité-défi revendiquée en réponse à une altérité-exclusion qu’elles ressentent comme un enfermement.
Pour certaines, c'est une affirmation de liberté personnelle alors qu’il est perçu par beaucoup comme un signe religieux et/ou d’asservissement. Celles qui le portent volontairement, refusent que d’autres veuillent les libérer, parler en leur nom. Mais au nom de qui parlent-elles ? Non de celles qui le portent par contrainte. Immédiate, familiale ou indirecte par pression de l’entourage... Celles-ci ne peuvent aller à la télévision pour le dire. Celles qui parlent ne peuvent parler en leur nom.

C’est un paradoxe incomplètement relevé. Elles prennent la parole en tant que (femmes voilées) pour ne pas être traitées seulement en tant que (femmes voilées)… mais ne peuvent pas parler au nom de toutes les femmes voilées.

Et qu’en est-il de la liberté des fillettes à partir de 4, 5 ou 6 ans ? Quand seront-elles libres de choisir ? Au prix de quelles ruptures ?

Après le voile à l’école, légalement réglé par la loi de 2004, apparaît la question du voile intégral. Ici encore, il est difficile de prendre la parole de quelques unes comme représentative de toutes les autres… Leur parole cache la mutité de celles qui ne peuvent se dévoiler au sens propre et figuré.

Les porteuses du foulard islamique peuvent invoquer au delà de l’obligation religieuse, une affirmation culturelle ou politique ou symbolique de revendication de liberté suivant les interlocuteurs. Est-ce le cas pour le burqini ?
Pour les libérateurs, ces femmes l’utilisent pour se libérer du patriarcat et profiter de la plage !!!

La loi garantit la liberté de porter ou non le voile, de faire ou non le ramadan. Dans les faits, ce n’est pas toujours le cas. Des femmes, jeunes ou moins jeunes, peuvent être importunées en ville à cause de leur voile. D’autres le sont si elles sortent sans voile dans certains quartiers. Comme les personnes, hommes ou femmes, paraissant musulmanes, peuvent être importunées parce qu’elles mangent en public pendant le ramadan.
Inversion de la chasse au faciès ?
Non institutionnelle… La loi est pour la liberté. Restent les faits…

L’utilisation de la laïcité

La laïcité peut-être utilisée pour ou contre le port du voile, pour ou contre l’interdiction, à front renversé, même indûment dans les deux cas. La droite anti-laïque de toujours, toute la droite n’est pas anti-laïque de toujours, s’est emparée de la laïcité plus ou moins abandonnée depuis des années par nombre de laïques, trop assurés dans leurs certitudes...
Ces
nouveaux champions essaient d’y cacher leur racisme anti-arabe, même si de nombreuses victimes ne sont pas arabes, leur haine de l’islam derrière la lutte contre l’islamisme même quand ils s’attaquent à des simples croyantes ou des femmes qui pensent, par cette pratique, revendiquer une place qui leur est refusée.

A l’inverse, une certaine gauche, au lieu de s’en tenir au respect de la laïcité et de la loi, les invoquent ou s’attaquent à elles pour soutenir certains comportements avec l’espoir de séduire des populations, par ailleurs, victimes d’un mépris de classe : hier, il ne fallait pas désespérer Billancourt, aujourd’hui il ne faut pas désespérer les classes racisées en défendant un comportement religieux et politique qui n’est un phénomène de classe, ni en France, ni dans le monde. Qui est promu et soutenu par des forces d'ici ou du proche-Orient, qui ne sont peu favorables à une révolution populaire, prolétarienne.

Faire l’amalgame entre le voile, l’islamophobie, le racisme est une faute politique grave. C’est tenir le même discours que l’extrême droite, aussi schématique. Traiter d’islamophobe et de raciste toute personne qui est contre telle ou telle forme de voile, dans telle ou telle circonstance, de raciste toute personne qui critique l’islam, à tort ou à raison, c’est faire le jeu de l’extrême droite.
Que doivent faire les
personnes originaires du Maghreb qui sont contre l’islam ? Sont-elles racistes ? Et les musulmans et les musulmanes qui sont contre le voile ? C’est encore la majorité des femmes d’origine maghrébines qui ne portent pas le voile, ne veulent pas le porter ou sont contre ? Sont-elles islamophobes ? Sont-elles racistes ? Faut-il les rejeter ? Doivent-elles être solidaires de personnes dont elles combattent les idées, le comportement ?

C’est enfermer tout le monde dans une seule case, non choisie ! Des femmes sans voile disent : nous ne rejetons pas la religion en tant que telle mais ses coutumes archaïques, contraignantes, nous voulons promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes. Ont-elles le droit de s’affirmer ?

En miroir, pour l’extrême-droite, toute personne qui est pour le voile quel qu’il soit, quelles que soient les circonstances, toute personne qui est musulmane ou même supposée musulmane est islamiste. C’est assigner ces personnes à des opinions qu’elles condamnent dans leur très grande majorité.

Dans les deux cas, ce n’est pas une façon d’avancer. C’est aider à la formation de blocs antagonistes, d’empêcher le dialogue, le vivre ensemble. Mais pour certains, n’est-ce pas le but ?

Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas de laïcité même si certains, des deux côtés, s’en réclament. Mais, consciemment ou non, de choc des civilisations.

Pour des élus de gauche et certains de droite, qui ne sont ni islamo-gauchistes, ni racistes, le soutien à ces pratiques vestimentaires est une façon supposée d’assurer la paix sociale. Éventuellement, de recueillir quelques voix mais peut-être perdent-ils celles de personnes qui, bien que de même origine culturelle, refusent cette pratique.
Il fut un temps, c’est peut-être encore le cas, où, espérant obtenir la paix sociale, des entreprises ont toléré ou favorisé les salles de prière sur le lieu de travail, ce qui n’existait pas dans les pays d’origine. Mais il n’existait pas non plus de forts syndicats considérés comme dangereux… Où d’autres qui se révoltaient contre les conditions de travail, étaient accusés d’être stipendiés par les chiites…
Dans tous les cas, l’idée d’intégration sociale,
de lutte sociale pour ne pas dire de lutte des classes était abandonnée...

Les islamistes utilisent le voile, sous toutes ses formes, pour montrer leur force, étendre leur influence. Notamment avec les frères musulmans, avec l’arrivée de Khomeini au pouvoir en Iran, avec l’aide monétaire du Qatar et de l’Arabie saoudite. Mais tous les voiles n’ont pas la même signification et toutes les femmes porteuses de voile ne sont pas des islamistes même cachées. Et il n’y a pas que des nuances de couleur entre celles qui portent le foulard ou le voile.
La paix sociale est toujours un compromis. Il ne peut être obtenu sans la participation du plus grand nombre.

La majorité peut imposer une loi. Plus difficilement changer les comportements. Elle ne peut convaincre. Elle peut être utile à un certain moment. Un ministre de l’Intérieur qui n’était pas un tendre - y en a-t-il de tendres ? - a dit que la police était obligée d’intervenir quand, quelque part, un ministre n’avait pas fait son travail. La loi peut interdire, empêcher, réprimer certains actes. Elle change plus difficilement les mentalités si la situation qui a provoqué ces actes ne change pas.

Le voile… trente ans… et après

Et après, au-delà du voile…

Dans l’affirmation qu’il n’y a pas de racisme anti-blanc. Une partie de la gauche fait la même erreur. Elle a raison quand elle parle du racisme systémique, racisme institutionnel, contrôle au faciès, logement, embauche... Qui est un racisme blanc. Très important. Il s’ajoute au et fortifie un racisme populaire, renforcé par le racisme colonial. Il faut combattre toutes ces formes de racisme.
Mais dire à ceux qui vivent dans certains quartiers qu'il n'y a pas de racisme anti-blanc, c’est nier leur vécu, les rejeter au lieu de les écouter. Ils ressentent ce racisme quotidien… nié par ceux qui prétendent lutter contre le racisme. Ils se sentent doublement agressés. Cela ne peut que les rendre racistes ou les renforcer dans leurs convictions s’ils le sont déjà. C’est les inviter à rejoindre les seuls qui reconnaissent leur situation et en font l’objet principal de discours.
Ici aussi, il faut écouter ceux qui soufrent et ne pas condamner a priori.

La place de l’islam dans la société se pose à travers diverses questions, parfois conflictuelles qui doivent être réglées par un dialogue, même vigoureux. Sans nier ni chercher à envenimer les choses mais plutôt à trouver un compromis.

Certaines questions sont déjà inscrites dans le calendrier.

Comme l’apparition de listes musulmanes probablement plus nombreuses et plus médiatisées pour les prochaines élections municipales, les manifestations sur la place publique, la construction de mosquées, les menus des cantines...

En France, contrairement à la situation dans des pays voisins, il n’y a pas de parti politique religieux d’envergure comme parti le démocrate-chrétien même si des partis ou des personnes se réclament de ce courant de pensée. La laïcité et les lois de la République n’interdisent pas l’existence de partis religieux, catholique ou démocrate-chrétien ou... musulman. Ou de listes, partiellement, totalement ou majoritairement, de candidats musulmans. Ces listes traduisent, à la fois, une forme d’intégration : participer aux élections. Et une forme de marginalisation ressentie : non représentation satisfaisante, sur les listes en compétition, d’un courant de pensée.
Ces listes éventuelles aux municipales auront des élus, en fonction de la loi électorale et du nombre de voix qu’elles obtiendront

Des protestations s’élèveront probablement contre ces listes qui seront qualifiées, comme dans le passé, de communautaires. Qualifie-t-on les partis chrétiens-démocrates de communautaires ? Une éventuelle polémique s’élèvera sur leur droit d’exister. Sur leur signification politique.
Cela assurera
à ceux qui les auront lancées un supplément de notoriété qui leur donnera satisfaction. Ce rejet sans proposition ne fera que renforcer le ressentiment et le sentiment de nécessité..

Ces listes posent la question de savoir quelle demande, quelles insatisfactions elles expriment, comment et dans quelle mesure ils est possible et nécessaire d’y répondre. Éventuellement trouver des points d’accord avec ces demandes.

Parmi d’autres, le nombre insuffisant de lieux de prière et la nécessaire construction de mosquées, leur financement, la hauteur des minarets plus ou moins résolue par des règlements d’urbanisme, les appels à la prière avec le précédent des cloches des églises (décret d’application du 16 mars 1906 de la loi de 1905)…

Le vendredi, il arrive que, faute de place dans la mosquée il y ait des prières de rue, des fidèles dans l’espace public. Pour qu’il en soit autrement, il serait préférable que les mosquées soient suffisantes en nombre et en places pur accueillir de façon correcte les croyants.

Manifester dans l’espace public est un droit. Que le motif soit festif, sportif, commercial, caritatif ou culturel. Il n’y a aucune particularité pour les manifestations religieuses. Nul besoin de demander une autorisation. Toute manifestation doit être déclarée auprès du maire ou du préfet, avec l'objet,  le lieu, l’itinéraire. Afin que la police puisse s’organiser : circulation, débordements, risques d’affrontements...
Une manifestation peut être interdite pour risque de trouble de l’ordre public. Des conditions particulières peuvent moduler les conditions de sorties sur la voie publique conformes aux usages locaux comme des processions.

La récente manifestation contre le racisme et l’islamophobie (7) a donné lieu à commentaires. Elle n’était pas religieuse mais politique. Pendant le parcours des organisateurs ont jugé bon de faire crier allah akbar, phrase de base de la prière de tous les musulmans. Rarement entendue sur la place publique par les non-musulmans qui connaissent plutôt le allah akbar que des auteurs d’attentats sur la voie publique au moment de leur action. Il ne fait pas de doute c’est une appel banal pour les croyants musulmans, non pour la masse des autres croyants ou non croyants.
C
ela n’est pas, à proprement parler, un appel à la solidarité avec les victimes du racisme et de l’islamophobie. Inconscience ou provocation ? En tout cas, cela pousse vers le renforcement des oppositions, des situations d’affrontement. Était-ce le but recherché ?

La question des crèches dans des lieux publics ne concerne pas l’islam mais montre bien l’ambiguïté, le compromis de la laïcité : la libre pensée s’est opposée à la présence d’une crèche dans une mairie, lieu public relevant directement de l’État, parce que portant atteinte au principe de neutralité.
La crèche est un symbole religieux mais aussi culturel dont certains pensent qu’il fait partie intégrante de l’identité de la nation, au même titre que d’autres traditions relevant d’un folklore comme le carnaval...
Les cours d’appel de Nantes et de Paris n’ont pas jugé de la même façon. Au conseil d’État, pour le rapporteur public, le principe de neutralité n’interdit pas d’installer des crèches sur le domaine public, sauf quand une intention religieuse préside à cette installation. Une crèche ne peut être autorisé dans une mairie que si elle est temporaire, ne s’accompagne pas de prosélytisme religieux, a un caractère culturel ou festif, lié à l’événement de Noël dans la tradition occidentale.
Il n’en reste pas moins que cela démontre que la laïcité française est une laïcité catholique ou chrétienne. Même si la fête Noël est de moins en moins perçue comme une fête religieuse et plus comme une fête de famille, des enfants et surtout du commerce !

Il  y a déjà eu la querelle sur les racines chrétiennes de la France que certains veulent exclusives et que d’autres veulent nier. Il est évident que la France a des racines culturelles chrétiennes et même catholiques. Il suffit de voir le nombre de communes qui s’appellent Saint...  le nombre d’églises monuments historiques, les œuvres d’art ou les jours fériés... sans que beaucoup s’en offusquent par suite justement de l’habitude et de la sécularisation. Le nier est une absurdité. Mais les racines culturelles de la France sont aussi et peut-être autant, anticatholiques, le combat pour la laïcité en est l’exemple, et l’histoire littéraire française.

Les jours fériés : Le Code du Travail établit que les jours fériés chômés, rétribués et non récupérables, ne peuvent excéder le nombre de quatorze, et, malgré la diminution des festivités liées au fait religieux et la sécularisation, les fêtes d’origine religieuse prédominent.

En France métropolitaine, d’abord le dimanche et ensuite, 11 jours fériés dont 6 fêtes religieuses (lundi de Pâques, Ascension, lundi de Pentecôte, 15 août, 1er novembre et Noël) et 5 non religieuses (Jour de l’an, 1er mai, 8 mai, 14 juillet, 11 novembre). Par ailleurs, il existe des particularités : pour Alsace-Moselle 2 jours (Vendredi saint, Saint Étienne), pour les Antilles, 2 novembre (jour des morts), mardi gras et mercredi des cendres et Abolition de l’esclavage, 22 mai en Martinique, 27 mai en Guadeloupe, 10 juin en Guyane, 9 octobre à St Barthélémy.
Lors d’une campagne présidentielle, Huguette Bouchardeau, candidate du PSU, a proposé de remplacer les 6 jours fériés chrétiens par un nombre équivalent de jours chômés et payés mis à la disposition de tout travailleur, libre à lui d'en disposer avec l’accord de l’employeur, pour célébrer les fêtes religieuses de son choix ou toute autre occasion. C’était une façon de faire un pas discret et raisonnable vers la neutralité religieuse des jours fériés. Il serait triste qu’il faille des affrontements pour adopter une telle réforme.

On peut ajouter les cantines scolaires : avec ou sans porc, halal… Cela rappellera à certains le poisson, peu appétissant, du vendredi...

Conclusion

La présence en France d’un nombre importants de musulmans est un situation relativement nouvelle à l’échelle de l’histoire du pays. Situation qui se retrouve dans d’autres pays européens et demande un effort d’adaptation des uns et des autres. Avec de possibles confits.

Ils seraient évités si les principes de liberté, d’égalité de fraternité étaient réellement appliqués. C’est illusoire. Pour qu'ils le soient concrètement, il faut toujours des revendications qui peuvent avoir des difficultés à se faire entendre.

Parce qu’elles mettent en question des avantages acquis dont les bénéficiaires ne sont pas toujours conscients. Parce certaines revendications peuvent être considérées comme inadmissibles.
Il faut cependant que tout
le monde puisse s’exprimer et tout mettre sur la table. Et les compromis discutés.
C'est à l'ensemble de la société d'en discuter et d'an fixer les règlesw.



 

 
Le voile… trente ans… et après

 

1 – Voir l’article publié en janvier 1990 et reproduit sur ce blog le 17/12/19.
2 a - Loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. Art. L. 141-5-1. - Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.
2 b - Loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public. Art. 1 - Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage

3Différents types de voiles.

Hidjab : ne couvre pas le corps, uniquement la tête, laissant le visage apparent.
Niqab : couvre le visage à l’exception des yeux. Principalement porté au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est.
Tchador : traditionnellement porté en Iran et dans quelques pays d’Asie centrale. Le visage n’est pas couvert, mais la pièce de tissu couvre tout le corps. 
Burqa : Voile intégral porté en Afghanistan, couvre le corps et le visage.

4 – Une étude a été publiée en 2013 par le Pew Research Center sur 20 000 personnes de 7 pays à majorité musulmane (Tunisie, Égypte, Iraq, Liban, Pakistan, Arabie Saoudite, Turquie). Partout, une majorité estime le hidjab nécessaire. Il est le plus cité en Tunisie (57%), Égypte (52%), Turquie (46%) Iraq (44 %), au Pakistan (32%) suivi par le niqab (31%) et le hijab (24%).
Le Liban où les chrétiens constituent plus de 30 % de la population, est le seul pays où le pourcentage, hommes et femmes confondus, des anti-voiles est majoritaire. En Turquie, le hidjab arrive largement en tête des sondés, près de 32 % pour les cheveux découverts. La Tunisie est le troisième pays en majorité contre le voile. Dans les autres pays, le pourcentage ne dépasse pas 5 %.
Beaucoup de musulmans estiment que les femmes doivent avoir le choix : Tunisie, 56 %, Turquie, 52 %, Liban, 49 %, pays relativement libéraux mais aussi Arabie Saoudite 47 %. Bien loin devant l’Égypte, 14 %.

5 La loi Blanquer du 29/07/19 concerne peu d'enfants (25 000), car 97- 98 % des enfants de cette tranche d'âge sont déjà scolarisés. Mais effet collatéral, en fait principal, la loi permet un nouveau transfert d'argent public vers l'école privée. L’État attribue à chaque commune les ressources correspondant à l’augmentation des dépenses obligatoires qu’elle a consenties en application des dispositions des articles… dans la limite de la part d’augmentation résultant directement de l’abaissement à trois ans de l’âge de l’instruction obligatoire. Soit, 100 à 150 millions d’euros par an dont la moitié au moins pour la prise en charge par les communes des écoles maternelles privées.

6 - Comme en Algérie d’ailleurs : à l’occasion du hirak, les manifestants contre le pouvoir algérien ne manquent pas l’occasion de condamner l’immixtion étrangère, sous entendu française et le gouvernement parle de certains de ses opposants comme parti de la France.

7 - Elle était aussi contestable et provocatrice par l’utilisation d’enfants qui portaient une étoile (à 5 branches) pour les comparer aux enfants juifs dont nombre ont fini à Auschwitz.

Le voile… trente ans… et après

Annexe 1 : Le voile dans divers pays

Europe

- Allemagne : la législation sur le foulard pour les enseignantes varie suivant les Länder : interdit dans six Länder : Bade-Wurtenberg, Brême, Bavière, Basse-Saxe, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Sarre. Interdiction étendue à tous les agents publics : Berlin et Hesse.
2017 : les députés
ont voté une loi interdisant le voile intégral pour les agents publics qui doivent exercer leurs fonction à visage découvert mais non le voile intégral dans l’espace public.

- Autriche : en 2018, 24 % d’opposants à tout vêtement musulman. En 2019, le voile islamique a été interdit dans les écoles primaires et le voile intégral dans les lieux publics.

- Belgique : le Conseil de l'enseignement de la Région flamande a interdit, en 2009, le port du voile islamique dans les écoles publiques.
Au niveau national, l’interdiction de cacher, totalement ou de manière principale, le visage
a été adoptée par le parlement en 2011. En 2012, la cour constitutionnelle a rejeté les recours introduits contre cette loi.

- Bulgarie : lAssemblée nationale a voté, en 2016, l’interdiction, dans les lieux publics, des vêtements dissimulant partiellement ou complètement le visage.

- Danemark : la loi du 1er août 2018 interdit de dissimuler le visage en public.

- Espagne : à la rentrée 2007, le cas d'une fillette de 9 ans voilée à l'école a été très discuté.
Les sénateurs ont
invité, en 2010, le gouvernement socialiste à interdire le voile intégral dans les lieux publics. Ce qu’ont fait plusieurs villes.
La Cour suprême, en 2013, a rejeté ces ordonnances comme inconstitutionnelles.

- Finlande : aucune interdiction. Seulement 14 % des Finlandais sont opposés au port d’un vêtement couvrant le visage.

- Grèce : aucune interdiction.
En Thrace, depuis 1923, le règlement des affaires familiales des membres de la communauté musulmane relève uniquement de la compétence de trois muftis, juges religieux musulmans nommés par l’État. Les musulmanes de cette région privilégient les vêtements couvrants et le voile islamique.

- Italie : une loi de 1975 interdit de sortir le visage couvert. Mais les tribunaux rejettent les arrêtés municipaux se prévalant de cette loi pour interdire le voile intégral car le voile résulte plus d’une tradition que d’une volonté de dissimuler son identité.
Deux régions
gérées par la Ligue du nord, Lombardie et Vénétie, ont interdit voile intégral et burqa dans les hôpitaux et les bâtiments publics.
En 2018, 31 % de la population opposée à tout vêtement musulman.

- Kosovo : la loi interdisait le port de symboles religieux dans les établissements publics. Les musulmans ont bloqué les routes de la capitale, manifesté le vendredi et forcé l'État à lever l'interdiction. Le voile est à nouveau autorisé dans les écoles publiques.

- Norvège : le parlement norvégien a voté, le 5 juin 2018, l'interdiction du voile intégral dans les classes et amphithéâtres de tous les établissements scolaires et universitaires du pays.

- Pays-Bas : le voile intégral est interdit aux Pays-Bas depuis le 1er Août 2019 dans les écoles, les hôpitaux, les bâtiments publics, les transports en commun. Il reste autorisé dans la rue.

- Portugal : pas d’interdiction, 12 % des Portugais sont opposés au port de vêtement couvrant le visage et 52 % sont d’accord pour autoriser le port de n’importe quel vêtement religieux.

- Royaume-Uni : le pays est favorable à l’existence de différentes cultures et attaché à la liberté d’expression vestimentaire des convictions religieuses. Le port du voile intégral est admis partout.

Cependant, il y a débat notamment après les attentats de Londres de 2005. Depuis 2007, le directeur d’un établissement scolaire peut interdire le niqab. Qui peut aussi être interdit dans les hôpitaux publics. David Cameron, Premier ministre, s’était déclaré prêt à soutenir l’interdiction du voile intégral dans des lieux publics. Mais contre une interdiction générale. De même, Theresa May a jugé possible de demander le retrait du voile lors des contrôles aux frontières ou au cours de procès et pour les institutions privées d’avoir leur propre politique. Mais ce n’est pas la mission du gouvernement de dire aux femmes ce qu’elles peuvent porter ou ne pas porter. Nous voulons préserver cette solide tradition de liberté d’expression.

- République tchèque : en 2014, une étudiante somalienne en hijab a été contrainte de quitter une école d'infirmières de Prague. En 2017, le tribunal municipal de Prague a rejeté sa plainte, son avocat a indiqué vouloir s’adresser à la Cour suprême.

- Suède : depuis 2003, la burqa peut être interdite dans les classes pour des raisons de pédagogie ou de sécurité, depuis 2006, s’il nuit à la communication entre élève et enseignant, s’il est dangereux (laboratoire, sport) ou pour des raisons d’hygiène.
En 2007, la direction suédoise des affaires scolaires a autorisé le voile dans l'enceinte des écoles.
Chacun est libre de pratiquer la religion, affaire personnelle, à sa façon. Une femme portant le foulard islamique peut conduire un bus, être maîtresse de maternelle ou policière. Depuis 2018, le Parlement compte une députée voilée.

Suisse :

2011 : la Commission des institutions politiques du Conseil des États s’est prononcée contre l’interdiction de la burqa : porter le voile pour des raisons religieuses en Suisse ne pose pas de réel problème...
2013 : le Tribunal fédéral confirme la décision du Tribunal Administratif qui lève l'interdiction du voile décidée par les autorités de la commune de Bürglen.
Le 22 septembre 2013, le
canton du Tessin vote à 66 % pour l’interdiction de dissimuler le visage dans les lieux publics.
2
016 : le Conseil national (chambre basse) a approuvé l’interdiction du voile intégral, mesure rejetée par le Conseil des États (chambre haute).
Le voile intégral n’est interdit que dans le canton du Tessin.
2016 :
la Fédération de basketball Probasket confirme l'interdiction du port du voile dans les matches officiels conformément au règlement de la Fédération internationale FIBA qui interdit le port de symboles religieux.
2018 : l’initiative populaire suisse, Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage, a été rejetée par le Conseil fédéral, afin de laisser les cantons libres de décider ou non de l’introduction de règles dans l’espace public.
2019 : le Conseil des États a rejeté l’initiative anti-burka.


 

Pays de tradition musulmane : les voiles sont divers (3), les traditions (4), les législations sont différentes et variables dans le temps.

Afghanistan : en 1928, le port du voile était facultatif. En 2000, les talibans ont exigé le port du voile, y compris pour les femmes non-musulmanes.

Algérie : en 2017, un arrêté de la ministre de l'Éducation interdit niqab et voile intégral dans les établissements scolaires.

Égypte : en 1923, au Caire, la présidente de l'Union féministe et ses amies au retour du Congrès féministe mondial retirent leur voile.
1953 : dans un discours public au Caire, le colonel Nasser évoque son entretien avec le chef des Frères musulmans qui voulait imposer le port du voile. Pour lui, cela paraissait inconcevable.
2015 : la grande majorité des égyptiennes musulmanes portent le voile.

Iran : en 1928, le port du voile est facultatif. A dater de 1936, le Shah d’Iran l’interdit dans la rue et les universités. En 1979, l’ayatollah Khomeyni proclame que toutes les femmes travaillant dans l'administration doivent porter le hijab. Par la suite, des manifestations de femmes contre le voile alternent avec des manifestations d’autres femmes pour le respect de la tenue islamique. Les commerçants sont invités à ne pas accepter les femmes sans foulard islamique. En 1982, une campagne est lancée par les pasdaran pour faire respecter la règle.

Kenya : les autorités musulmanes s'opposent à une décision d’évêques (19 août 2011) interdisant le port du hijab dans les écoles catholiques. Si vous voulez envoyer votre enfant dans une école catholique, il faut en accepter les règles.

Maroc : en 1956, lors de l'indépendance, Mohammed V demande à sa fille d'ôter son voile en public en signe de libération de la femme. En 2017, la confection et la commercialisation de la burqa dans le pays sont interdites.

Syrie : en juillet 2010, le ministre de l’Éducation supérieure publie le décret interdisant aux étudiantes des universités de porter la burqa ou le niqab.

Tchad : en juin 2015, le Premier ministre annonce que la burqa ou tout autre système de port de turban où on ne voit que les yeux… est interdit dans les lieux publics par mesure de sécurité afin d'éviter la dissimulation d'explosifs.

Tunisie : en 1957, Habib Bourguiba interdit le port du hijab dans les écoles. En 1981, il est interdit dans l'administration publique et déconseillé fortement en public.
Depuis 2010 et après la révolution tunisienne, le voile, la burqa ne sont plus interdits dans les lieux publics.

Turquie : le 27 août 1925, Mustapha Kemal, président de la République : en certains endroits, j'ai vu des femmes qui mettent un bout de tissu, une serviette ou quelque chose de ce genre sur leur tête pour cacher leur visage et qui tournent le dos ou s'accroupissent sur le sol lorsqu'un homme passe auprès d'elles... C'est un spectacle qui couvre la nation de ridicule. Il faut y remédier sur-le-champ.
En 1934, le droit de vote est accordé aux femmes, le port du voile est prohibé dans les administrations et les écoles publiques et déconseillé fortement dans tous les lieux publics. Le voile est interdit dans les écoles, les universités et les administrations jusqu'en 2010.
Le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan a levé cette interdiction.

Institutions internationales

En 2004, la Cour européenne des Droits de l'Homme a reconnu à la Turquie le droit d’interdire le port du voile à l’université.

En 2008, elle a validé la loi française sur l’interdiction du voile dans les établissements scolaires et, en 2014, la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public.

En 2017, elle a validé la loi belge et confirmé ainsi son jugement de 2014 concernant la France. Mais elle a condamné la Belgique pour l’exclusion d’une femme voilée d’une salle d’audience d’un tribunal car cela violait son droit à la liberté de religion.

En 2017, la Cour de justice de l'Union européenne a estimé que l'interdiction de porter un foulard islamique, qui découle d'une règle interne d'une entreprise privée interdisant le port visible de tout signe politique, philosophique ou religieux sur le lieu de travail, ne constitue pas une discrimination directe fondée sur la religion ou sur les convictions.

En 2018, le Comité des Droits de l’Homme des Nations-Unies a estimé que la loi française de 2010 qui interdit de dissimuler le visage dans l’espace public, viole la liberté de religion définie par le pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1976, signé par 172 États dont la France.
Ce comité veille au respect des engagements souscrits par les États signataires. Il reconnaît le droit d’exiger que le visage soit visible lors de contrôles d’identité mais l’interdiction généralisée du niqab était une mesure trop radicale et porte atteinte aux libertés individuelles... la loi est à l’origine d’une discrimination croisée basée sur le sexe et la religion et affecte de façon disproportionnée l’auteure en tant que femme musulmane.
Ce comité n’a pas de pouvoir contraignant, contrairement à la Commission européenne des Droits de l’Homme.


 


 


 

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 09:16
 
Le président Macron et son gouvernement veulent déformer les retraites, notamment en supprimant les régimes spéciaux, en instaurant le point d’équilibre financier... (1) Il a d’ailleurs décidé de supprimer le régime du président de la République. Aurait pu mieux faire pour la santé et la sécurité sociales : prendre la retraite

Réformer les retraites… aux poings !

Petite histoire

En 1982, une ordonnance institue la retraite à 60 ans, pour 150 trimestres (37,5 ans) de cotisation, au taux plein de 50 % du salaire annuel moyen. C’était le bon vieux temps !
En quelques semaines de 1993, Édouard Balladur s’attaque aux retraites du secteur privé : la durée de cotisation pour la retraite à taux plein passe à 160 trimestres (40 ans), avec une décote de 2,5 % par trimestre manquant. La pension, calculée sur les 10 meilleures années, progressivement sur les 25 années, n’est plus indexée sur les salaires mais sur l'inflation.
Façon de désolidariser travailleurs actifs et retraités.

Le nouveau monde en marche suit le vieux modèle de détricotage.

É. Philippe : les retraités actuels ne seront pas concernés par la réforme. Bien compris par les personnes âgées de 65 ans et plus, seule tranche d’âge qui, à 49%, soutient le projet. Aussi soutenu par les cadres/professions intellectuelles supérieures à 55% contre 27% des professions intermédiaires, 19% des employés et 16% des ouvriers (2).

Aujourd’hui, dans le régime général, l'âge légal de départ à la retraite est 62 ans. En pratique, les travailleurs partent à taux plein à 63,3 ans après 41,3 années d'activité et le calcul du montant se fait sur les vingt-cinq meilleures années.

Pour pousser sa réforme, le gouvernement avance 2 arguments forts : supprimer les régimes spéciaux, créer un régime universel et juste.
La communication est plus près de la publicité que de la vérité.

Le gouvernement dénombre 42 régimes spéciaux à côté du Régime général, de la Mutualité sociale agricole, de la Sécurité sociale des indépendants. Dans les régimes spéciaux, 3 groupes : fonction publique (fonctionnaires civils et militaires), entreprises et établissements publics, autres régimes autour d’une profession ou d’une entreprise.

Le Code du travail reconnaît 10 régimes spéciaux avec 418.776 cotisants, 1,4 % de la population active, et 930.277 pensionnés, selon les estimations de la Commission des comptes de la Sécurité sociale pour 2019. En intégrant fonction publique et régimes assimilés à des régimes spéciaux, ce total grimpe à 4,7 millions de cotisants, soit 15,7 % des actifs, et 4,3 millions de bénéficiaires (3).
Le ministère de la Santé et des Solidarités met 11 régimes sur la liste fixée par décret en décembre 2014.
Dans ses bilans annuels, la Sécurité sociale estime qu'il existe 13 régimes spéciaux et assimilés mais ne prend pas en compte les fonctionnaires, parfois intégrés aux régimes spéciaux.

Face à cette diversité historique, incompréhensible pour le commun des citoyens mais fruit de luttes passées, Macron parle d’un système universel, égalitaire.

Au-delà de l’intention et au fil des déclarations, la complexité des situations rend nécessaire une adaptation aux réalités sociales et aux rapports de force qui démultiplient le modèle initial, unique. De Gaulle, plus modeste, a gouverné le pays des 258 variétés de fromage...

Si une réforme Macron aboutit, il y aura une diversité à 10, 11, 13 ou 42, avec deux points communs : conditions plus dures d’accès à la retraite et diminution des pensions.
Le tout, progressif pour être moins conflictuel...

Libération a publié une liste de régimes spéciaux avec le nombre de cotisants et de pensionnés... (annexe 1)

Pour en rester au quantitatif, cotisants/pensionnés, quelques exemples permettent de voir de fortes différences. Il faudrait y ajouter la diversité des modalités : taux, durée de cotisation, niveau de pension…
Le conflit actuel touche surtout : 2 058 000 fonctionnaires de l’État et militaires cotisants pour 2 355 000 pensionnés ; 2 223 000 fonctionnaires territoriaux et hospitaliers pour 1 155 000 pensionnés ; 143 000 cotisants pour la SNCF en 2017, 261 000 bénéficiaires…
A contrario, certains régimes comptent quelques dizaines de cotisants ou pensionnés et sont en voie de disparition : le dernier bénéficiaire de la caisse des Chemins de fer de l’Hérault est décédé en 2017.

Le programme du candidat Macron en 2017

E. Macron proposait un système universel de retraites où un euro cotisé donnerait les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé… sans toucher à l’âge de départ à la retraite, au niveau des pensions et au système par répartition.
Derrière cette simplicité annoncée, la réforme doit tenir compte de nombreux cas particuliers : aidants, situations familiales, accidents de la vie, chômage, pénibilité... Au total, 132 pages de Jean-Paul Delevoye, pour exposer ses propositions, sans répondre à toutes les questions (4).

Le projet du gouvernement

Derrière les déclarations, simplification, justice, universalité, est apparue l’idée du gouvernement, surtout d’Édouard Philippe, le point pivot à 64 ans car l’allongement de l’espérance de vie entraînerait la nécessité d’augmenter les années de travail.
Ce qui n’a pas été le cas jusqu’à récemment.

É. Philippe ne cache pas la nature financière de ce point : il appartiendra à l’instance de pilotage du futur système, constituée de représentants syndicaux et patronaux, de tracer le chemin pour équilibrer financièrement le dispositif en 2027. Donc suivant son agenda : âge d’équilibre, 62 ans et 4 mois en 2022, 64 ans en 2027 pour apurer le déficit. Avec possibilité de prendre la retraite plus tôt avec une pension diminuée (malus) ou plus tard avec un bonus.
Objectif, plus de 3 milliards d’euros d’économies en 3 ans (5).

Le système de retraite connaît un déficit variable : 2,9 milliards d’euros en 2018, 0,1 % du produit intérieur brut (PIB), selon le Conseil d’orientation pour les retraites (COR). Selon un autre rapport, le déficit pourrait atteindre de 7,9 à 17,2 milliards d’euros en 2025. Mais les dépenses liées aux retraites devraient rester stables entre 2018 et 2030, de 13,5 % à 14 % du PIB.

Recettes et dépenses

L’augmentation de l’espérance de vie, du nombre de personnes âgées et du nombre de retraités sont des faits. Les recettes et les dépenses consacrées aux retraités sont des choix. Pour obtenir leur équilibre, on peut augmenter ou diminuer dépenses et/ou recettes.
Discrètement, les gouvernements successifs ont décidé de diminuer les recettes par l’exonération de certaines cotisations sociales, la diminution des services publics…
Les recettes amputées, on proclame le déficit et pour rétablir l’équilibre, il faut diminuer les dépenses par un nouveau mode de calcul des pensions dont le fameux point ou le nombre de retraités en reculant l’âge de la retraite...


 

Réformer les retraites… aux poings !

La question d’augmenter les recettes ne sera pas posée. Pourtant c’est possible : en fixant le même taux de prélèvement à tous, ce qui n’est pas le cas pour les hauts revenus (6), en taxant les revenus du capital, en alignant les salaires des femmes sur ceux des hommes, en régularisant les travailleurs sans papiers, en luttant contre le travail au noir ce qui supprimerait une concurrence déloyale… mais on diminue le nombre d’inspecteurs du travail...
Toutes mesures qui augmenteraient la rentrée de cotisations.
Surtout en diminuant le nombre des chômeurs, plaie principale de la société : on préfère des heures supplémentaires, sans cotisations sociales, l’allongement des années de travail, au lieu de favoriser la répartition du travail.
Travailler moins pour travailler tous.

Le choix est fait : réduire les dépenses quand le nombre de personnes âgées augmente ! Ce ne peut être qu’en diminuant le montant des pensions et le nombre des pensionnés !

É. Philippe s’est engagé : au moment de la conversion des points en pension lors de l’arrivée d’un actif à la retraite, un point cotisé vaudra toujours une somme égale ou supérieure (mais pas inférieure) au montant de base inscrit dans la réforme (7). Même si l’inflation galope ? Comment Philippe pourra-t-il tenir parole dans un an, deux ans… si un autre gouvernement fait voter une loi en contradiction avec sa promesse ?

Ceux qui partent à la retraite à l’âge pivot toucheront une pension calculée sur la valeur normale du point de retraite. Pour ceux qui partent avant, la valeur du point sera diminuée, pour ceux qui partent après, le point sera bonifié dans les mêmes proportions, X % par année… (7). Encore un encouragement à travailler plus au détriment de ceux qui ne trouvent pas d’emploi.

Ça tourne beaucoup autour du pivot !

Après avoir proclamé, haut et fort, qu’il allait unifier les systèmes de retraite, le gouvernement doit moduler l’âge pivot en fonction de certains critères et… des rapports de force.

Déjà le ministre de l’Intérieur a fait des promesses dérogatoires à ses troupes qui le soutiennent comme la corde soutient le pendu… après  la défection de 3 compagnies de CRS lors d'une manifestation parisienne... Il a annoncé le maintien des avantages du régime spécial des policiers... l'âge de départ à la retraite (52 ans  pour les hommes en tenue et 57 ans pour les commissaires) et la retraite calculée comme tout le monde, sur la totalité de la carrière mais en intégrant toutes les primes... aboutissant à des pensions équivalentes à c elles d'aujourd'hui. Mais à la suite d'une déclaration de Macron assurant aux militaires le maintien de leur régime, les policiers exigent  un futur régime de pension aligné  sur celui, plus avantageux, des gendarmes (8).

Comme quoi, la lutte paie surtout celle des policiers, indispensables à un gouvernement austéritaire qui manie austérité et bâton..

Les primes seraient aussi intégrées au calcul des retraites des agents du secteur public. Compensation pour ceux qui en perçoivent : 20 % de la rémunération mais variant fortement d’un agent à l’autre. Ceux qui touchent peu ou pas de primes ont fort à perdre, notamment les enseignants (9). Pour eux, c’est le salaire qui serait fortement revalorisé.

De plus, un bonus de 5 % de points de retraite sera accordé pour chaque enfant dès le premier et un autre de 2 % pour les familles de 3 enfants et plus (10).

Des bonus pourraient aussi être octroyés selon la pénibilité du travail (11). Malgré le mépris de classe de Macron pour qui beaucoup trop de Français n’ont pas le sens de l’effort. Et qui n'adore pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail c'est pénible !!!

Cependant, courageux, Jean-François Cesarini, ancien socialiste, député de LREM, et humoriste (noir), propose, pour les enseignants, une pondération liée aux suicides par métier, qui prouve la pénibilité.

Mauvaise idée pour J-M. Blanquer car la moyenne des suicides dans l’Éducation (5,85 pour 100 000) est très en dessous de la moyenne nationale, soit 16 personnes pour 100 000 en 2012 (12).

Les agriculteurs exploitants auront-ils ce bonus de pénibilité ? Le rapport 2014 de l’ONS a signalé leur surmortalité par suicide, plus de 20 % au-dessus de la moyenne nationale, avec environ un suicide tous les deux jours (13).

L’allongement de l’espérance de vie est, pour le gouvernement, un argument en faveur d’un départ à la retraite plus tardif. Non pour sa modulation ! Jean-François Cesarini aurait pu l’utiliser pour la proposer comme critère. C’est, peut-être, malvenu pour un socialiste qui s’est mis en marche. A 35 ans, l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de plus de 6 ans à celle d’un cadre d’après l’Insee, moyenne entre 2009 et 2013 (14).

Ne devrait-on pas en tenir compte pour l’âge de la retraite ?

Plus judicieuse encore l’espérance de vie en bonne santé : nombre d'années qu'une personne peut compter vivre sans souffrir d'incapacité dans les gestes de la vie quotidienne. En 2016, elle était de 64,1 ans pour les femmes et 62,7 ans pour les hommes d’après la DREES, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (15).

L’espérance de vie, sans problèmes sensoriels et physiques, pour les cadres est de 34 ans à 35 ans (35 +34 = 69), pour les ouvriers, 24 ans (35 +24 =59). La majorité des ouvriers est en mauvaise santé avant même d’arriver à l’âge pivot ! Les cadres vivent plus longtemps, en meilleure santé, ont des retraites plus élevées et plus longues (16).

L’âge pivot d’équilibre financier semble plus parlant pour le gouvernement que l’âge pivot d’équilibre humain !

Il a été question de la dangerosité de certains métiers, et les accidents du travail ? En 2018, 651 103 accidents, 2,9 % de plus qu’en 2017 : dont 551 mortels en 2018, 530 en 2017, non compris les agriculteurs, auto-entrepreneurs, fonctionnaires. Nul ne sera étonné que leur fréquence est plus importante dans le bâtiment et travaux publics, 73,2 pour 1.000 salariés, puis les marins, 64,8, que dans les banques, assurances et administrations, 9,9 pour 1000.

Le taux de mortalité par accident du travail chez les marins est le plus élevé, 0.461 pour 1 000 marins et 0.748 pour 1 000 marins-pêcheurs. Risque 5 fois plus élevé, 8 fois pour les marins pêcheurs, que dans le BTP avec 0,093 pour 1000 salariés et 15,6 fois plus élevé que dans tous les secteurs professionnels confondus avec 0,0295 pour 1000 (17).

Bien entendu, d’autres professions sont aussi à risques : élagueurs, couvreurs, sidérurgie, éboueurs... (18).

Le premier ministre a tenu à rassurer les militaires, les policiers et les agents hospitaliers, en s’engageant à ce que la pénibilité de leur métier soit bien un critère dans le calcul de leur pension (19).

Que peuvent faire les marins-pêcheurs, les élagueurs, les ouvreurs… et tous les autres pour se faire entendre ?

 

Réformer les retraites… aux poings !

Les motivations de Macron dans cette réforme sont multiples

Président des riches
Il a annulé l’impôt sur la fortune financière pour favoriser, sans beaucoup de succès, dans le financement des entreprises françaises. Il prépare l’enrichissement des plus favorisés en ouvrant le marché des futures retraites complémentaires aux fonds de pension et d’investissement. Et aux assurances comme demandé depuis longtemps par ceux qui ont affirmé clairement vouloir détruire les acquis sociaux de la Libération ?

Contre les corps intermédiaires

Les syndicats. On pouvait penser qu’il allait jouer sur la cassure entre les réformistes de Laurent Berger et de la CFDT… et autres favorables à la retraite à points et aider la CGT… dans sa perte d’influence. En maintenant son appui au pivot qui n’était pas dans son projet, il acte, jusqu’ici, son refus de la main tendue de Laurent Berger partisan de la réforme Macron (points), opposé à la réforme Philippe (pivot). Pense-t-il que le moment lui est favorable qu’il peut aller plus loin et monter l’opinion publique contre tous les syndicats ? Veut-il être le Thatcher français ?
Il pense être venu à bout des GJ par l’usage de la force, le plus important depuis la guerre d’Algérie, avec les dégâts que l’on connaît, espère-t-il réussir à opposer la population aux privilèges et à la nuisance des grévistes avec l’aide des grands médias d’information ?

Macron et l’Union européenne.
Débarrassé de la question sociale, il va rejoindre enfin le groupe des bons élèves du libéralisme européen. Fort d’une opposition morcelée, la prochaine élection présidentielle risque de ressembler beaucoup à la précédente. Il pourra alors jouer un rôle important à une autre échelle au moment où le Royaume-Uni s’engage dans le Brexit et où l’Allemagne perd son poids international avec le départ de Merkel et la montée du populiste d’extrême droite.

1 - Analyse retraites, excellent quatre pages par les grévistes de l’Insee. https://tendanceclaire.org/contenu/autre/Analyse_Retraites_Comite_mobilisation_Insee.pdf
2 -
https://elabe.fr/reforme-retraite-septembre2019/

3 - Les Echos 03/12/19, https://www.lesechos.fr/economie-france/social/retraite-les-regimes-speciaux-en-quatre-graphiques-1153152
4 -
Le Monde 12/12/19
5 -
Le Monde 13/12/19
6 -
Dans la réforme, il y aura un taux de cotisations retraite unique de 28,12 % sur les salaires. Les revenus au-delà de 120 000 euros par an ne donneront pas de droit à la retraite et ne seront soumis qu'à un taux de 2,81 % de cotisations, utilisées pour contribuer à l'équilibre du système. Ce plafond est largement inférieur à celui appliqué aux complémentaires du privé aujourd'hui, qui est d'environ 324 000 euros. Le Monde 12/12/19.
7 -
Le Monde 21/12/19
8 - Le Figaro 22/12/19

9 - Le Monde 12/12/19
10 - Le Monde 12/12/19
11 -
JDD 13/12/19
12 -
Ouest-france 08/11/19
13 -
Le Monde 03/02/16
14 - Observatoire des inégalités https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-d-esperance-de-vie-entre-les-categories-sociales-se-maintiennent?id_theme=19
15 -
Le Monde 19/02/19
16 -
Observatoire des inégalités. https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-d-esperance-de-vie-entre-les-categories-sociales-se-maintiennent?id_theme=19

17 - http://actualites-nautiques.com/marin-le-metier-le-plus-dangereux-au-monde/
18 - Reconversion 13/11/19 https://www.reconversionprofessionnelle.org/metier-dangereux/
19 - Le Monde 21/12/19

Annexe 1 : Combien y a-t-il, en France, de régimes spéciaux de retraites et combien de bénéficiaires? Luc Peillon, Libération, 24/09/19

Fin 2017, plus de 17 millions de personnes bénéficiaient d’une pension dans le cadre du système de retraite français. Ce risque représente le premier poste de dépenses de protection sociale, avec 314 milliards d’euros.

1/Salariés du secteur privé : La très grande majorité des salariés du secteur privé sont affiliés au régime général de l’assurance retraite. En métropole, celui-ci comptait, en 2018, 18,7 millions de cotisants pour 14,4 millions de retraités. La mutualité sociale agricole (MSA), 677 527 cotisants pour 2,5 millions de retraités.

2/Régimes spéciaux : les agents civils et militaires de l’État, 2 millions de cotisants et 2,16 millions de retraités, les agents de la fonction publique territoriale et hospitalière, 2,22 millions de cotisants pour 1,05 million de retraités.

Viennent enfin les régimes spéciaux à proprement parler, regroupant près de 500 000 cotisants pour plus d'un million de bénéficiaires : Le secteur des mines : 1 675 cotisants pour 261 641 bénéficiaires, SNCF: 144 309 cotisants pour 258 319 bénéficiaires, industries électriques et gazières, 140 548 cotisants pour 178 600 bénéficiaires, marins, 31 073 cotisants pour 112 263 bénéficiaires, ouvriers de l’Etat , 26 183 cotisants pour 84 378 bénéficiaires, clercs et employés de notaires, 51 031 cotisants pour 73 999 bénéficiaires, RATP:  42 434 cotisants pour 48 643 bénéficiaires, personnels des cultes, 16 367 cotisants pour 43 864 bénéficiaires, Banque de France, 10 587 cotisants pour 16 845 bénéficiaires, personnels de l’Ex-SEITA, 5 cotisants pour 8 482 bénéficiaires, personnels de l’Opéra national de Paris, 1 847 cotisants pour 1 796 bénéficiaires, personnels de la Comédie Française, 347 cotisants pour 421 bénéficiaires, Port autonome de Strasbourg, en 2016), 172 cotisants pour 209 retraités, Caisse de retraite des régies ferroviaires d’outre-mer, 100 bénéficiaires en 2017, Caisse de retraite du chemin de fer franco éthiopien, 10 bénéficiaires, Préfecture du Haut-Rhin, 5 bénéficiaires.
A noter la disparition cette année de la caisse des Chemins de fer de l’Hérault, dont le dernier bénéficiaire est décédé en 2017.

3/Non-salariés, souvent gérés par des caisses autonomes : exploitants agricoles, 480 462 cotisants pour 1 426 007 bénéficiaires, professions libérales, regroupant 10 sous caisses (Notaires, médecins, pharmaciens, dentistes, sages-femmes, architectes…), 672 280 cotisants (hors auto-entrepreneurs) pour 351 943  bénéficiaires, avocats, 67 720 cotisants pour 16 540 bénéficiaires.

-Les indépendants (SSI), regroupant les artisans, commerçants et industriels : 2,2 millions de cotisants pour 2 millions de retraités.

En résumé, les régimes spéciaux au sens large (avec les fonctionnaires de l’État, des collectivités locales et des hôpitaux) regroupaient 4,7 millions de cotisants pour 4,2 millions de retraités. Luc Peillon Libération 24/09/19.

Réformer les retraites… aux poings !

 

 

 

 

 

 

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28 juillet 2019 7 28 /07 /juillet /2019 20:07
Référendum d'initiative partagée  ou  requiescat in pace

A la demande de parlementaires, députés et sénateurs, et après consultation du Conseil constitutionnel, le gouvernement a dû mettre en place le recueil de signatures en faveur d’un éventuel référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris.

La procédure du référendum d’initiative partagée (RIP), instauré en 2008, est activée pour la première fois, le 10 avril 2019 : 248 députés et sénateurs (la loi exige au moins un cinquième des parlementaires) de l'opposition, communistes, insoumis, républicains, socialistes, déposent une proposition de loi pour que le groupe Aéroports de Paris (ADP) soit considéré comme un service public. Le 9 mai, le Conseil constitutionnel juge que les conditions requises sont respectées et fixe le nombre de soutiens nécessaires à 4 717 396. Le ministère de l’Intérieur ouvre la la plateforme en ligne pour collecter les soutiens à la proposition de loi dont le recueil est ouvert jusqu’au 12 mars 2020 (1) (Referendum.intérieur.gouv.fr).

Avec des modalités telles que les premiers candidats pour soutenir la pétition, probablement les plus motivés, ont souvent dû s’y reprendre à plusieurs fois ! Combien de citoyens ont abandonné ou abandonneront en cours d’inscription ?

La signature peut se faire aussi dans certaines mairies. Dans chaque canton, la commune la plus peuplée a été mandatée pour les enregistrer. Il faut donc signer la pétition par internet, soit se rendre à la mairie de la commune ou à une autre mairie du canton !! Obstacles supplémentaires au soutien.

Cette pétition a pour but de soutenir l’organisation d’un référendum pour ou contre la privatisation d’ADP.
En effet, si le nombre nécessaire de signataires est atteint, l’Assemblée nationale et le Sénat auront six mois pour examiner ou non la proposition. Si aucune des deux chambres n’examine le texte, le président de la République doit organiser un référendum pour ou contre la privatisation.

Mais si l’une des deux Chambres ou les deux se saisissent du texte, quoi qu’elles en fassent, il n’y aura pas de RIP. Étant donnée la majorité écrasante dont dispose le gouvernement à l’Assemblée nationale, il lui sera facile de mettre la proposition à l’ordre du jour et bloquer le référendum et le débat populaire sur la privatisation.

La mauvaise volonté du gouvernement porte surtout sur la nature démocratique et politique du processus. Il faut empêcher toute possibilité de prise de décision directe par le peuple français.

Référendum d'initiative partagée  ou  requiescat in pace

Le RIP est une démonstration parfaite de la nature démocratique de la République : il doit rester dans son coffret constitutionnel. Même après l’intention proclamée par le candidat Macron d’en faciliter l’usage (2). Mais attaqué férocement par son gouvernement et ses soutiens dès l’annonce d’un début de procédure : la République, au moins la démocratie représentative, serait en danger si on appliquait une loi constitutionnelle mise en place par le Parlement et dont la procédure est déclenchée par des parlementaires !!!

Si le RIP ne peut être appliqué sans risque pour la démocratie représentative, inutile de parler du RIC, référendum d’initiative citoyenne ! Les Gilets jaunes ne peuvent se faire d’illusion sur la question : le RIC ne verra pas le jour...

La mauvais volonté du gouvernement s’explique. Certaines de ses décisions, avalisées automatiquement par une Assemblée nationale aux ordres, pourraient être contestées par un RIP à l’initiative de quelques parlementaires.

Ce qui l’est beaucoup plus étonnant, c’est le silence des groupes et des parlementaires qui sont à l’origine de cette pétition.

Combien de réunions publiques ? Combien de collectifs ? Combien des tracts ? Combien d’affiches ont été organisées, publiées, diffusées ? Ce qui a fait l’intérêt du référendum de 2005, ce n’est pas seulement le résultat, qui a été méprisé par les parlementaires. C’est surtout la mobilisation populaire qui a eu valeur de formation politique et qui a permis la compréhension du Projet de constitution européenne, et son rejet par de très nombreux citoyens.
Ceux qui gouvernent ont retenu la leçon. Ce profond mouvement de démocratie concrète ne doit plus se reproduire.
Les politiques, les médias ont bien compris qu’il est plus facile d’amuser les électeurs avec des affaires touchant des politiques comme le dopage touchant des sportifs ou avec une rivalité entre candidats comme ils le font pour une compétition sportive.
Si le candidat, une fois élu, fait exactement le contraire de ce qu’il avait annoncé, il n’y a aucun recours possible pour le citoyen berné.

Il n’en est pas de même pour un texte que chacun peut lire, expliquer, décortiquer, publiquement ou en petits groupes. Et refuser...

Référendum d'initiative partagée  ou  requiescat in pace
Référendum d'initiative partagée  ou  requiescat in pace

La démocratie française, comme bien d’autres, c’est le pouvoir donné aux oligarques, aux compétents. Qui savent ce qui est bon pour tous. A leurs yeux, le peuple est compétent pour élire, librement, un de leurs candidats interchangeables. Il ne l’est plus pour lire, discuter, comprendre un texte et se déterminer essentiellement en fonction de ce texte. Pour voter après un vrai débat.

Emmanuel Macron ne cache pas son jeu. Il a bien montré ce qu’il entend par Un Grand Débat National.

La pétition lancée, le nombre de signatures obtenues peut avoir un impact considérable. Ce serait une faute politique grave de négliger d’y participer. Il peut changer le rapport des forces politiques.

Si les signatures sont peu nombreuses, cela confortera Emmanuel Macron dans l’idée qu’il a carte blanche pour poursuivre sa politique austéritaire. Non seulement la privatisation d’ADP ou de tout autre entreprise du nucléaire aux barrages hydroélectriques mais sa politique libérale de destruction de l’État et des lois sociales. Comme il l’a déjà fait pour le code du travail.

Un succès de la pétition n’arrêtera pas obligatoirement la privatisation d’ADP. La procédure peut être bloquée au niveau de l’Assemblée nationale. Mais un nombre de signatures très important, malgré les entraves gouvernementales, changera le rapport de force. Déjà, la bataille des Gilets jaunes, même s’ils n’ont pas obtenu satisfaction sur tout - il suffit de penser à l’impôt sur la fortune ou à l’APL – oblige Emmanuel Macron à être moins bravache et à retenir sa cravache...

La pétition peut lui montrer qu’il ne peut pas toujours passer outre la volonté populaire, qu’il a simplement le choix de soumettre sa politique au jugement du peuple qui peut se faire par référendum ou par…. de nouveaux Gilets jaunes, rouges, verts ou arc-en-ciel...

Dans cette optique, il est infiniment souhaitable que des collectifs se mettent en place pour multiplier les signatures. Le débat est important. Il ne porte pas sur la seule privatisation d’ADP ou de…

Mais sur la possibilité pour les citoyens de prendre en main une partie du pouvoir et de faciliter la prise de conscience qu’on ne peut laisser en place une personne qui défend seulement les intérêts de quelques uns !Ne pas signer la pétition, ce n’est pas seulement prendre position pour la privatisation d’ADP, c’est voter contre la pratique du RIP, c’est laisser les mains libres à Macron.

Référendum d'initiative partagée  ou  requiescat in pace

Le résultat serait terrible pour Macron si des millions de citoyens revendiquaient un véritable débat. La défaite serait terrible si les 4 millions de signatures n’étaient pas obtenues quelles que soient les manœuvres entreprises pour limiter la mobilisation.

Si le nombre de signatures nécessaires n’est pas obtenu, cela veut dire une large avenue ouverte à Emmanuel Macron sur les privatisations et pas seulement…

Le RIP pourra reposer en paix dans les textes. Les citoyens auront été électoralement nassés. Comment réagiront-ils ? De quelle couleur seront les prochains gilets ?

Référendum d'initiative partagée  ou  requiescat in pace
Référendum d'initiative partagée  ou  requiescat in pace

1 - Le citoyen qui veut soutenir la pétition doit, muni de ses cartes d’identité et d’électeur, remplir un questionnaire sur son état civil. Il faut mentionner les informations telles qu’elles sont inscrites sur ses cartes notamment tous les prénoms.
La collecte se termine officiellement le 12 mars 2020 à minuit. Pour le moment, le rythme de collecte des signatures est largement insuffisant pour obtenir le nombre nécessaire pour la réussite. Voir le site adprip.fr

2 - Le 25 avril, le président Macron déclare vouloir "aller plus loin" sur le RIP " en simplifiant les règles, en permettant que l'initiative puisse venir de citoyens, un million de citoyens qui signeraient une pétition et qu'elle puisse prospérer en projet de loi et si elle n'était pas examinée par les assemblées, aller au référendum(L’Express 16/05/19).

Référendum d'initiative partagée  ou  requiescat in pace

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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 15:42
Jaune, rêve ou cauchemar ?

Le peuple français et son gouvernement ont le jaune en commun, en rêve pour les uns en cauchemar pour les autres.

Même les arbres commencent à jaunir précocement, et les pelouses…
Et François de Rugy qui, après son carton jaune fait amende honorable, rembourse les excès de boisson de ses invités, et remplace les bulles de Champagne par le jaune du pastis, moins people et plus peuple, beaucoup moins cher. Aussi bien pour François de Rugy que pour les contribuables...

Jaune, rêve ou cauchemar ?
Jaune, rêve ou cauchemar ?

Les supporteurs n’ont d’yeux que pour le jaune victorieux des gilets (1), certes coûteux en souffrances, et du maillot au Rond point ou sur les Champs...
Seul, Emmanuel Macron rit jaune (2) en son Palais avant de traverser la rue pour aller, la peur au ventre (1), serrer la main de personnes pour qui c’est un grand honneur d’être en jaune (3).


Maillot jaune ? Gilets jaunes ?

 

 

 

 

Jaune, rêve ou cauchemar ?
Jaune, rêve ou cauchemar ?Jaune, rêve ou cauchemar ?

1 - Les braises de la crise des gilets jaunes couvent toujours et... quelques milliards d’euros ne suffiront pas à apaiser le pays assure l’un des ministres présents. Le Président nous a dit de partir en vacances la peur au ventre. Le Monde 23/07/19

2 – Un humoriste c’est un philosophe qui rit jaune. (Émile Coderre). Emmanuel Macron est-il un philosophe ? Un humoriste ?

3 – Julian Alaphilippe

Jaune, rêve ou cauchemar ?
Jaune, rêve ou cauchemar ?Jaune, rêve ou cauchemar ?
Jaune, rêve ou cauchemar ?Jaune, rêve ou cauchemar ?

4 – Le jaune, c’est aussi Atelier des Lumières Van Gogh, la nuit étoilée, à voir à Paris.

Jaune, rêve ou cauchemar ?

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13 février 2019 3 13 /02 /février /2019 22:51
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES

Le mouvement des Gilets Jaunes se dit apolitique, ce qu'il faut traduire par apartisan. C'est à dire indépendant de toute affiliation politique, syndicale ou même associative. Mais il n'y a pas de mouvement possible, ni même de vie possible, totalement apolitique : acheter dans un magasin de proximité, une grande surface ou dans l'e-commerce est, volontairement ou non, consciemment ou non, un acte politique.

Évidemment, les revendications des Gilets Jaunes sont politiques mais apartisanes même si des organisations politiques peuvent avoir des revendications plus ou moins semblables.

De plus, les revendications des Gilets Jaunes se sont rapidement étendues à partir du refus initial de l’augmentation de la taxe sur les carburants. Ce refus d’une taxe a fait dire à certains que c’était un néo-poujadisme, contre les impôts. Ce qui s’est révélé rapidement faux.
C’est aussi un mouvement et non un parti politique dans la mesure où il n’a pas un programme qui couvre toutes les questions politiques… sur lesquelles il y a probablement de grandes divergences parmi les Gilets Jaunes : questions sociétales, internationales… Qui apparaîtront en cas de présentation d’une ou de plusieurs listes aux élections européennes.

Il est tout aussi difficile de dire qu’il n’est ni de droite, ni de gauche, quand il se retrouve à demander la démission d’un président de la République qui s’est fait élire sur ce mot d’ordre… Ou alors d’un autre courant...
 

REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES

Finalement, il est intéressant de regarder que parti de la lutte contre la taxe sur les carburants, les revendications se sont peu à peu étendues, essentiellement sociales puis de plus en plus politiques, au sens habituel du terme, à tel point que certains veulent présenter des candidats – apolitiques ? - aux élections européennes – apolitiques ?

En regardant les images, ce qui devrait frapper, en premier, c’est la disparition complète de la question de la taxe sur les carburants. Qui, certes, a été ajournée par le discours du président le 10 décembre mais non annulée et dont certains reparlent comme nécessaire d’une façon ou d’une autre (taxe carbone, taxe sur le carburant des avions, taxe en fonction des revenus, sur les véhicules en fonction de leur consommation...).

La taxe sur les carburants est, en réalité, incluse dans une question plus générale : la justice fiscale, la justice sociale qui apparaissent soit sous cette forme, soit sous l’opposition pauvres-privilégiés, qui va toucher aussi ceux qui légifèrent, qui sont rarement dans le besoin, donnant lieu à un certain antiparlementarisme qui ne doit pas déplaire au président : moins de députés, moins payés, c’est plus de poids au président et aux groupes de pression aux larges bases financières.

REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES

Ces attaques des parlementaires sont, dans l’esprit des Gilets Jaunes, non un soutien du président mais une contestation de la démocratie représentative. Celle-ci fonctionne le plus souvent en faveur des mieux pourvus qui sont largement surreprésentés dans les instances élues à tous les niveaux…
D’où aussi la revendication institutionnelle la plus reprise, la plus importante, le référendum d’initiative citoyenne. Une telle mesure serait un pas en avant démocratique considérable.
Mais sa mise en place ne sera pas facile et demandera des mois pour en formaliser les conditions : formulation des questions, nombre de demandeurs, champ d’application...

REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNESREVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNESREVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES

Autre particularité du mouvement apolitique, il ne s’attaque qu’aux politiques et rarement ou pas du tout au patronat. Que disent les Gilets Jaunes du Medef alors qu’il est le principal soutien et bénéficiaire de la politique du président !

Les quelques mesures financières du discours du 10 décembre seront payées par l’État, c’est à dire par les contribuables, elles ne coûteront rien au patronat, ni aux plus riches, l’ISF...
La dénonciation du capital se voit essentiellement sur des peintures murales d’inspiration plus anarchistes que Gilets Jaunes même si les deux peuvent se rejoindre.

REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
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REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
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REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES

Le point ultime des revendications est la demande de démission. Si, à un moment, le président de la République et son gouvernement ont été très inquiets et ont surjoué l’éventualité d’une insurrection, aujourd’hui il semble y avoir un début de délitement interne, fronde d’élus qui doivent beaucoup à Macron mais qui n’approuvent plus toute sa politique : quelques démissions du groupe LREM, abstentions lors du vote de la loi, démission de conseillers du prince. Auxquelles il faut ajouter les, démissions de fonctionnaires dans le cadre de l’affaire Benalla.
De plus, i faut ajouter aux appels à la démission du président de la République, à la dissolution de l’Assemblée nationale par les Gilets Jaunes ceux qui émanent des opposants de gauche, de droite et d’extrême droite.

REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES

Le bateau tangue. Par l’action des Gilets Jaunes, par les prolongements de l’affaire Benalla, par une la crainte d’une partie de la droite d’être emportée à cause de l’incapacité du président, enfermé dans ses certitudes, à faire des concessions pour que rien ne change...

Emmanuel Macron a accentué la présidentialisation, le pouvoir personnel du régime. Il joue sa survie sur le GrandDébatNational, sur les élections européennes, sur un éventuel référendum à plusieurs questions… Réussira-t-il à se maintenir à flot, à faire remonter les sondages ? Cela dépend beaucoup de la force et de la persévérance ds Gilets Jaunes. Mais pas seulement.

REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
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REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES
REVENDICATIONS POLITIQUES DES GILETS JAUNES

-1 Emmanuel Macron se prétendait ni de droite, ni de gauche. Tout le monde s’est rapidement aperçu qu’il était de droite et même pas de la droite sociale. De la droite austéritaire, celle qui veut imposer l’austérité. Cette supercherie électoraliste lui a rapidement valu, le titre de président des riches.

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