Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
47ème Mostra internazionale del cinema nuovo
Pesaro - 19-27 juin 2011
Pour la 4 ème année consécutive, nous sommes allés au festival de cinéma de Pesaro. Pesaro est une ville portuaire et balnéaire, italienne de 92 000 habitants, sur le bord de l'Adriatique. C'est dans cette ville qu'est né Rossini.
J'ai été invité, à plusieurs reprises, à Pesaro ou dans une des villes des alentours pour des colloques sur le droit de vote des résidents étrangers. C'est à cette occasion que nous avons découvert le festival.
En 2008, le jeune cinéma allemand et Dario Argento étaient au programme. Comme Anne guette les films qui sortent à Paris (ou à Versailles) en allemand (qu'elle parle depuis le lycée) ou en italien (qu'elle apprend depuis sa retraite), nous avons décidé d'aller à ce festival, en juin. Ne parlant ni allemand, ni italien, je pensais que je pourrais au moins profiter de l'Adriatique, des gelati et de la cuisine italienne...
Nous y avons pris goût et nous y sommes revenus en 2009 pour Alberto Lattuada, en 2010, pour Carlo Lizzani. Le programme est toujours très varié, organisé, notamment, autour d'un cinéma national, en 2011, le documentaire russe, et un cinéaste italien, cette année Bernardo Bertolucci.
On est très loin de l'ambiance de Cannes mais ce festival qui en est à sa 47 ème édition, est ouvert. Le public peut assister à toutes les séances, gratuitement, dans 4 espaces différents, 3 cette année par suite d'une réduction des subventions : Teatro sperimentale, Palazzo Gradari et en soirée, « Piazza del popolo » en plein air.
Bien entendu, il vaut mieux comprendre l'italien... Tous les films sont présentés en version originale, sous-titrés quand il s'agit de films étrangers. Cette année, les films étrangers étaient sous titrés en italien et, en même temps, quelquefois, en espagnol et/ou anglais. Jamais en français. Certains films « étasuniens » de Bertolucci étaient en anglais sous titrés en italien.
Cela veut dire, pour moi, qui ne comprends aucune de ces langues à l'oral, de gros efforts linguistiques de lecture et des discussions avec Anne pour contrôler si j'avais bien compris. Heureusement, à l'entrée, une feuille est distribuée avec un résumé du film, une critique, la distribution.... en italien évidemment.
Cette année plus de 80 films étaient présentés dont la moitié étaient des courts métrages : bien entendu, nous n'avons pas pu tout voir en une semaine. Nous nous sommes contentés de voir 28 films, parmi lesquels, des courts métrages.
Des 22 films de Bertolucci présentés, nous en avons vu 20 (voir liste ci-après) et nous avons assisté à la rencontre avec Bernardo Bertolucci conduite par Adriano Aprà et Bruno Torri.
Nous n'avons pu voir Strategia del ragno (La stratégie de l'araignée, 101 mn) et Il conformista (Le conformiste, 112 mn), tous deux de 1970.
Quelques remarques
Mes compétences, en cinéma et particulièrement en cinéma italien, ne me permettent pas de faire une critique élaborée de l'œuvre cinématographique de Bernardo Bertolucci. Je me contenterai de quelques brèves remarques.
Lors de la « rencontre », Bernardo Bertolucci a dit qu'après le néoréalisme italien, à coté de Sergio Léone et Dario Argento qu'il admirait, il fallait qu'il invente une autre façon de faire des films à une époque marquée par l'irruption de Jean-Luc Godard. Ses interlocuteurs ont parlé d'un cinéma de la poésie qu'il a évacué de façon humoristique en disant qu'il faudrait dire ce qu'est un cinéma de la prose...
Cette notion de cinéma-poésie faisait allusion au fait que Bertolucci était lié à Pier Paolo Pasolini dont il a été l'assistant dans Accatone. PPP lui a fourni le sujet de son premier film « La comera secca » (1962) qui raconte l'enquête sur l'assassinat d'une prostituée dans la banlieue de Rome. Pour ma part, plutôt qu'un cinéma-poésie, j'y ai vu une parenté avec le néoréalisme par la description d'un milieu populaire. Mais pour Bertolucci, c'est la comédie italienne qui est la suite véritable du néoréalisme.
Il a adhéré au PCI en 1968 et 2 films de 1971 témoignent de ses préoccupations sociales : La saluta é malata et Le lavoranti a domicilio (La santé est malade et Les travailleurs à domicile). Il a suivi une psychanalyse et la plupart de ses films (Partner, Last tango in Paris, La luna, Stealing beauty, Besiegd/l'assedio) , y compris à sujets « politiques » (Prima della revoluzione, La tragedia di un uomo ridicolo, The dreamers/I sognatori) sont plus marqués par des questions psychologiques que sociales ou politiques, de même dans ses grandes fresques comme « The last imperator » ou « Little buddha ».
Pour expliquer pourquoi il avait quitté l'Italie pour faire des films, il a parlé de la sensation d'étouffement qu'il ressentait alors en Italie et de la nécessité d'en sortir. Des thèmes reviennent dans les films de Bertolucci comme chez beaucoup d'auteurs :
relations parents-enfants, avec un père absent, comme dans La Luna ou Stealing beauty, ou adolescents qui mélangent ou confondent révolution et révolution sexuelle comme dans The dreamers.
La recherche désespérée de l'amour dont Le dernier tango à Paris est l'exemple le plus connu où Jeanne évolue entre un cinéaste amoureux et logorrhéique et un amant de rencontre, sauvage et inconnu.
Le dernier tango à Paris a, d'après Bertolucci, été projeté avec succès dans tous les pays du monde sauf en Espagne franquiste et les Espagnols venaient à Perpignan par cars entiers comme d'autres allaient à Lourdes... Attirés par la beauté du film ou... par le scandale ?
Toujours est-il que le succès financier de l'entreprise a permis, selon ses dires, à Bertolucci de faire payer aux maisons de production étasuniennes, une très chère « bandiera rossa » avec Novocento. Je ne suis pas sûr que ces sociétés le regrettent car Novocento a dû aussi leur rapporter de l'argent sans que cette admirable fresque de la vie politique italienne les gène beaucoup d'un point de vue politique. Cette lutte sans fin entre les propriétaires et les travailleurs agricoles, incarnés par deux hommes nés le même jour sur la même ferme mais dans les deux camps adverses se termine sur une scène, à la Don Camillo contre Peppone, qui les ridiculise tous les deux.
L'admiration proclamée pour Godard se retrouve à travers des images de film de Godard, des scènes dans la veine provocatrice de Godard mais qu'il n'est pas nécessaire de remettre dans une autre film ou, de façon moins élégante, d'emprunts.
En s'éloignant de l'Italie, il a eu les moyens et le succès qu'il recherchait. Fortement influencé dans la forme par Godard et les États-Unis avec des fresques remarquables et de très belles mages qui n'évitent pas toujours les clichés, notamment dans le Thé au Sahara (pas seulement au niveau des images d'ailleurs), Bernardo Bertolucci n'en a pas moins apporté au cinéma un monde personnel
FILMS VUS PENDANT LE FESTIVAL
De Bernardo Bertolucci
I
La commare secca, 95 mn, 1962,
Prima della revoluzione, 110 mn, 1964,
Il canale, 12 mn , 1967,
La via del petrolo, 140 mn, 1967,
Partner, 107 mn, 1968,
La saluta e malata, 34 mn, 1971,
Le lavoranti a domicilio, 25 mn, 1971-2000,
Last tango in Paris/Ultimo tango in Parigi, 127mn, 1972,
Novocento, 310 mn, 1976,
La luna, 142 mn, 1979
Videocartolina dalla Cina, 7 mn, 1985,
La tragedia di un uomo ridicolo, 115 mn, 1981,
The last emperor/L'ultimo imperatore, 168 mn, 1987,
The sheltering sky/Il te nel deserto, 138 mn, 1990,
Little Buddha/Piccolo Buddha, 141 mn, 1993,
Stealing beauty/Io ballo da sola, 120 mn, 1996,
Besieged/L'assedio, 94 mn, 1998,
Histoire d'eaux (Ten minutes older : The cello), 10 mn, 2002,
The dreamers/I sognatori, 116 mn, 2003.
Autres films
Tisee !.hush ! , 80 mn, 2003, de Viktor Kosakovskyj, Russie,
Blockada, 52 mn, 2006,de Sergej Loznica, Russie,
Svyato,33 mn, Russie 2005, de Victor Kossakovskij, Russie,, France,
Tee Rak/Eternity, 105 mn, 2011, de Sivaroj Kongsakut, Thaïlande,
The reverse side of stalker, 140 mn, 2008, de Rerberg et Tarkovsky, Russie,
Flying fish, 124 mn, 2011, de Senjeewa Pushpakumara, Sri Lanka,
Ja tebja ljublju/I love you, 72 mn, 2011, de Pavel Kostomarov et Aleksander Rastorguev, Russie.