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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 23:24

 

 

 

Suivant la théorie des dominos, tout le monde scrute les événements dans les différents pays du sud de la Méditerranée. Personne ne s'attend à ce que cet élan révolutionnaire s'étende aussi vers le nord de la Méditerranée.

Pourtant, il y a peu des centaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues de France. Et aussi dans d'autres pays d'Europe. Pourtant la révolution tunisienne met à jour la connivence entre les pouvoirs au sud et au nord de la Méditerranée.

 

Ce devrait être, au moins l'occasion, de réexaminer la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, malheureusement de la France, dans ce que certains appellent son "pré carré" d'autres la "Françafrique".

 

Qui se souvient encore du premier discours de Nicolas Sarkozy, le soir de son élection le 06/05/07 dans lequel il lançait "un appel à tous les peuples de la Méditerranée pour leur dire que c'est en Méditerranée que tout va se jouer, qu'il nous faut surmonter toutes les haines pour laisser place à un grand rêve de paix et de civilisation". Il affirmait que la France serait "du coté des opprimés du monde", de "tous ceux qui croient aux valeurs de la tolérance, de la liberté, de la démocratie".

Comme toujours avec les politiques mais Sarkozy est en cela un expert, il y a une distance certaine entre les paroles et les actes. Les opprimés, les épris de liberté ont pu s'en rendre compte rapidement. Et dans la continuité.

 

En décembre 2007, Sarkozy délivre, en plein Paris, une autorisation de campement sans faire comprendre au président Khadafi que "notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort " (Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme). Il est plus regardant quand il s'agit des gens du voyage.

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Lors de son voyage en Tunisie, en 2008, il n'hésite pas à déclarer à son hôte : "Tout n'est pas parfait en Tunisie, certes. Tout n'est pas parfait en France non plus..., quel pays peut s'enorgueillir d'avoir autant avancé en un demi siècle sur la voie du progrès, sur la voie de la tolérance, et sur la voie de la raison ?" Tandis qu'il interdit, à la demande du président Ben Ali, une rencontre entre la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme et le bureau de l'ATFD (association tunisienne des femmes démocrates pourtant officiellement reconnue) pour parler de la "violence faite aux femmes". Il est difficile de voir les choses quand on ferme, volontairement, les yeux.

 

Bien entendu dans son désir de rupture, Nicolas Sarkozy avait annoncé la fin de la Françafrique. On pouvait en douter car, pendant la campagne électorale, il était allé prendre conseil du "vieux sage" Omar Bongo qui en était à 40 années de présidence "démocratique" du Gabon. Elu - grâce à ses conseils ? - il s'est empressé de l'appeler le 7 mai et d'aller saluer à Libreville le "doyen des amis de la France" pour cloturer en juillet son voyage africain si bien commencé à Dakar.

Omar Bongo aurait dit « L'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant ». On est en droit de se demander si le "vieux sage" ne se moque pas un peu du monde car Sarkozy a obtenu l'accord du Club de Paris pour une amputation partielle de la dette du Gabon. Voila pour le carburant
Ce serait à la demande d'Omar Bongo que Jean-Marie Bockel est passé de la Coopération et la francophonie aux Anciens combattants. Il n'était pas allé voir le "vieux sage" avant d'avoir suggéré de "signer l'acte de dédés da la Françafrique". Et voila pour le chauffeur.

Contrairement à ses déclarations, Nicolas Sarkozy encourage les récidivistes, Omar Bongo ayant déjà obtenu, sous François Mitterrand, la tête de Jean-Pierre Cot, ministre délégué chargé de la Coopération et du Développement qui avait, lui-aussi, pris au sérieux les déclarations de son président.

Parmi les paroles fortes de Nicolas Sarkozy, il faut rappeler l'ultimatumdu 17 décembre 2010, sommant Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir "avant la fin de la semaine". Gbagbo en tremble encore.

Au niveau de la Méditerranée, la grande initiative de Nicolas Sarkozy a été l'Union pour la Méditerranée (UPM). L'UPM semble plus difficile à manier que l'UMP. Initialement prévue pour renforcer l'Europe du sud et notamment la France contre l'Allemagne et l'Europe du nord, il a fallu, finalement, y faire entrer toute l'UE.

L'UPM devait remplacer le processus de Barcelone, elle a rapidement été transformée en suite du processus. Sauf qu'entre temps la démocratie et les droits de l'Homme ont été oubliés. Le sommet fondateur de l'UPM a eu lieu à Paris, le 13 juillet 2008, sous la présidence bicéphale de Sarkozy et Moubarak, encore en place mais pour combien de temps ? Sarkozy voulait que le secrétariat soit installé à Tunis, il est à Barcelone, il voulait un secrétaire tunisien, c'est un jordanien qui était en poste jusqu'à la semaine dernière où il a démissionné. Décidément la politique sarkozienne de la Méditerranée ne maque pas de flair.

Certes, ni Sarkozy, ni la France ne peuvent lutter contre toutes les dictatures du monde. Mais il ne faut pas croire s'attacher le respect des peuples jeunes quand on fréquente trop amicalement leurs vieux oppresseurs. Chirac, le roi-fainéant, a su faire entendre au moins une fois sa voix. On ne voit du Petit Nicolas que des courbettes devant les petits et les grands.

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