Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
Le Festival de Cannes est une des deux manifestations les plus médiatisées au monde avec le Mondial de football. Ce qui fait de Cannes la ville française la plus connue après Paris. C'est le lieu où viennent ou rêvent de venir, toutes les personnes qui ont ou qui auront ou qui veulent avoir une place dans un des aspects du cinéma.
On sait depuis longtemps que le cinéma est aussi une industrie... et un commerce. Et Cannes en est la plus grande vitrine, c'est le premier marché du film cinématographique de la planète.
Le Festival fait aussi une place aux cinéphiles qui peuvent voir tous les films gratuitement ou en payant le billet de 4 à 7 euros. Mais toujours avec la nécessité de faire la queue. Nous l'avions découvert l'an dernier .
Lors du 64ème Festival en mai 2011, plus de 140 films ont été projetés
107 dans le cadre de la Sélection officielle : en plus des films d'ouverture et de clôture, il y avait 19 films en compétition, 20 films « un certain regard », 13 films « hors compétition » (séances de minuit et séances spéciales). 1500 films ont été visionnés pour la sélection. 16 films dans la sélection de la Cinéfondation, 20 « cinéclassics », 8 films « Cinéma de la plage »... 9 courts métrages en compétition...
Ces films étaient projeté dans les salles du Palais du Festival (Lumière, Bazin, Bunuel, Debussy, du Soixantième) mais pouvaient être vus le lendemain en ville.
- 39 durant la 43ème Quinzaine des réalisateurs : 25 longs métrages, 14 courts métrages au Théâtre de la Croisette (H
ôtel Marriott) essentiellement mais aussi dans d'autres salles : Arcades, Studio 13, La Licorne, Le Raimu.
- La 50 ème Semaine de la critique présentais 10 longs métrages et 10 courts métrages. à la salle Miramar.
- Acid donnait leur chance à 9 longs métrages et 8 courts métrages qui étaient présentés et discutés en présence du réalisateur : Studio 13, Arcades, Raimu.
En 10 jours, nous avons pu voir 27 long métrages, 2 moyens métrages, 3 courts métrages. Quelques remarques sur certains de ces films.
Parmi les Films en compétition, vus pendant ces 10 jours, Habemus papam (114 mn) de Nanni Moretti montre l'angoisse de l'élu au moment d'assumer ses responsabilités. Ce film n'est pas, essentiellement, anticlérical même si on peut sourire d'une consultation psychiatrique "publique" du pape élu, consultation où il ne faut parler ni de sexe, ni d'enfance, ni... ; ou du tournoi intercontinental, organisé par le psychiatre "séquestré", entre les membres du Conclave ; ou de la goinfrerie de la doublure du pape élu.
Surtout, à l'occasion d'une tentative de consultation psychiatrique en ville, le pape élu échappe à ses "protecteurs" et va se mêler à la vie des Romains et prendre conscience de l'échec de sa vie, de tout ce qu'elle aurait pu être, fasciné qu'il est par le monde du théâtre...
Un Piccoli remarquable, miné par l'angoisse devant l'obstacle, réanimé par le contact du monde réel.
Polisse de Maïwenn (127 mn) raconte le quotidien d'une Brigade de la protection des mineurs, son engagement, ses conflits internes, hiérarchiques, et, à travers ses interventions, les difficultés et les drames de la vie. La pression qu'elle subit et les moments de détente... C'est un film qui pourrait être un bon reportage de télévision, enrichi par la description de la sensibilité des intervenants qui ne peuvent être de simples techniciens de la protection de l'enfance et qui doivent concilier vie personnelle, vie professionnelle....
L'Appolonide de Bertrand Bonello (185 mn) n'est pas un film nostalgique de plus sur les bordels de la Belle époque. Ces « Souvenirs de la maison close » décrivent fort bien la situation de ces femmes qui "reçoivent" dans le luxe et vivent dans des "chambres de bonne", dans l'angoisse de la maladie, soumises à des clients qui peuvent montrer un certain attachement ou les mutiler par sadisme ou les utiliser pour des réunions mondaines dans le style des zoos humains rappelant les scènes de la Vénus noire.
Le Havre de Aki Kaurismäki (93 mn) ramène à une question actuelle, traitée de façon humaine, la solidarité d'un quartier populaire du Havre avec un jeune noir, fraîchement débarqué, qui a échappé à la police. Marcel Marx va mettre son argent et ses amis au service de ce jeune pour qu'il puisse passer au Royaume-Uni et rejoindre sa mère. Avec la complicité bienveillante d'un policier.
Ce film, aux couleurs discrètes, semble sortir de l'ambiance "front pop" des années 30.
We need to talk about Kevin de Lymne Ramsay (110 mn) traite sur le mode violent des relations parents-enfants, thème qu'on retrouve dans La fin du silence de Roland Edzaard (80 mn), présenté à la Quinzaine des réalisateurs où un jeune, fruit d'un adultère entre voisins, ne peut supporter cette situation. Et aussi, dans L'enfant au vélo des frères Dardenne, The Tree of Life de Terence Malick, vus après le Festival, et même The beaver de Jodie Foster.
Dans la sélection "un cerain regard", deux film, Okhotnik (Le chasseur) de Bakur Bakuradze (124 mn) et Elena d'Andrey Zviagintsev (109 mn) parlent de la situation de gens ordinaires dans l'ancienne URSS. Le "chasseur" gère une ferme et doit employer des détenues de la prison voisine. Une liaison s'établit avec l'une de ces détenues qui sera interrompue par sa libération. Ce film lent, sans éclat de voix, sans violence, bien qu'un conflit externe à l'intrigue soit suggéré, donne un aperçu de la banalité de la vie. Elena qui a un fils maintenant adulte, est l'épouse en secondes noces d'un personnage très riche qu'elle a soigné comme infirmière alors qu'il était hospitalisé. Il a une fille qu'il ne voit guère ; Elena est pauvre et aide discrètement ses enfants qui vivent dans la médiocrité. Le contraste est flagrant entre les deux milieux. Et la distance méprisante de celui qui a, avec ceux qui n'ont pas.
Refusant l'aide demandé par Eléna, le mari va faire un testament dans lequel il va tout léguer à sa fille de sang et seulement une rente à son épouse. Il n'aura pas le temps, avec un peu de viagra, elle l'aidera à faire un partage plus équitable.
Parmi les films sélectionnés "hors compétition", (vus), seul The Beaver (Le complexe du castor) de Jodie Foster) (91 mn) est un film classique où le héros, homme d'affaire hyper actif, tombe en dépression et ne s'intéresse plus à rien, ni affaires, ni famille jusqu'au jour où une marionnette, ventriloque, parle à sa place. Tout semble alors lui réussir sauf que cette marionnette prend de plus en plus de place et finit par le mettre dans une situation aussi difficile qu'avant. Au point qu'il finit par se séparer d'elle et de son bras par la même occasion. Sans qu'on sache s'il retrouve alors sa sérénité. Faut-il y voir une reprise de la parabole de la Bible et rejeter ce surmoi qui le pousse vers une société qui a perdu ses repères ?
Tous au Larzac (dont le titre en anglais est un clin d'oeil Leader-sheep) de Christian Rouaud (120 mn) permet de revoir tous les épisodes de la lutte de "ceux " du Larzac depuis le début, éclairé des commentaires de ceux qui l'ont menée et dont la tête a depuis blanchi. Christian Rouaud a réalisé "Lip, l'imagination au pouvoir", sur la lutte des ouvriers des usines Lip.
Bollywood , The Greatest Love Story Ever Told de Rakeysh Omprakash Mehra et Jeffrey Zimbalist (81 mn) est un film réalisé sur demande et pour Cannes qui présente un "pot pourri" des meilleurs moments de la production de la capitale indienne du cinéma.
Quant à Pirates des caraïbes La fontaine de jouvence de Rob Marshall (137 mn) bof ! Plus risible que comique ! Le relief m'a rappelé les tentatives d'il y a 30 ans...
Johny Dep incognito
Au cinéma de la plage, il était possible de revoir, en hommage à Belmondo, 100 000 dollars au soleil de Henri Verneuil (de 1965) qui date du "bon temps des colonies", Belmondo revu dans Stavisky de Alain Resnais de 1974 dans la sélection "cannes classics".
Dans cette même sélection, Le Magnifique d'un Philippe de Broca, plein d'imagination, de 1973, et Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau (1975) avec Yves Montand qui tente en vain d'échapper au destin auquel son épouse veut le maintenir attaché pour se réfugier dans le maraîchage et l'utopie d'une île déserte. Sur son chemin Catherine Deneuve...
Deux magnifiques courts métrages : Mourir auprès de toi, dessin animé de Spike Jonze et Simon Kahn (6mn), Grenouille d'hiver de Slony Sow (15mn)
LES ACCREDITATIONS
Pour pouvoir entrer dans le palais du Festival, il faut être accrédité. Nous étions accrédités ce qui nous a permis de voir un nouvel aspect du festival qui n'en est encore que la surface apparente. En particulier les films, dans les 5 salles principales du palais du Festival : Lumière, Bazin, Bunuel, Debussy, du Soixantième.
Il y aurait au Palais du Festival plus de 20 salles de 50 à 1500 places. A condition de réserver plusieurs mois à l'avance, il est possible de réserver une de ces salles (500 à 2000 euros par séance) pour une projection privée en vue de faire connaître son film.
Suivant la nature de l'accréditation, les portes sont plus ou moins ouvertes. Quelquefois, il faut en plus une invitations et... une tenue de soirée... Il y avait cette année 37 000 personnes accréditées à des titres divers dont 4512 journalistes et techniciens invités (58% d'étrangers).

La quête d'invitation...
LE MARCHE DU FILM
Cette année, 4 000 films étaient proposés à 10 000 acheteurs éventuels. Plus qu'un description, quelques photos peuvent donner l'idée de ce marché, une foire-exposition. Il y avait même des stands pour la CFDT et la CFTC.
Votre badge s'il vous plaît !
Revues professionnelles en anglais, français, allemand..
EN DEHORS DU PALAIS DU FESTIVAL
En ville, en plus des cinémas, il y a le spectacle de la rue. Avec, le point névralgique où s'agglomèrent badauds et photographes, les marches du Palais et son tapis rouge.
Ici, des travailleurs mettent le tapis en place...
Ils (elles) pourront dire..."J'y étais"
Sur la Croisette, coté ville, vitrines, publicité...
Le Festival est aussi un événement important pour la ville de Cannes.
Pour les cinémas de la ville dont les salles sont utilisées, à prix fort, par le Festival.
Pour l'hôtellerie (il vaut mieux réserver sa chambre 2 ou 3 mois à l'avance, en sachant que les prix augmentent considérablement à cette période) : d'après le responsable de notre hôtel, si le Festival disparaissait, 25% des hôtels de Cannes fermeraient.
Pour le commerce, il n'est qu'à voir la Croisette avec hôtels de prestige et restaurants, vitrines de luxe mais aussi lieu de promenade où on vient voir, se faire voir, se photographier et se faire photographier par amateurs et professionnels.
Pour les propriétaires : un appartement de 200 m2 serait loué 1000 euros par jour.
Pour les particuliers, c'est aussi l'occasion d'embauches temporaires rémunératrices : un préposé, parmi les 4 ou 500, chargés du contrôle des badges qui travaille chaque année au Festival, nous a dit posséder une petite entreprise.
La Croisette "coté plage"
Le cinéma de la plage
Dernières recommandations pour la soirée
Le spectacle de la rue
Mais Cannes est en France et le luxe qui envahit au moment du Festival n'empêche pas les conflits sociaux et n'a pas supprimé la misère.
Pendant tout le Festival, il y avait sur la Croisette 4 ou 5 mendiants.
Grève des transports urbains le er jour du Festival
Grève à l'hôtel Marriott
Protestation contre les nuisances sonores de l'aéroport
Cannes existe cependant en dehors du Festival, même si le Festival de Cannes a une très longue "histoire" comme le raconte Jean Walker dans "Coté cinéma" du 11/05/11 distribué gratuitement pendant le Festival et dont vous trouverez un résumé ci-après.
Sept siècles avant la naissance du Christ, dans le sud de la Gaule, quelques hommes du peuple des Ligures bâtirent une fortification sur une colline surplombant la mer... pour devenir Cannes. Le premier palais de l'histoire serait un site palatial de la civilisation minoenne du coté de la Crête.
Ves 480 avant JC, on attribue à un archtecte grec l'invention des marches d'escalier dans une ancienne colonie de Sicile... Dans l'antiquité grecque, il était d'usage de joncher d'étoffe de pourpre le chemin que devait emprunter la statue d'un dieu.
Sous l'empire romain, on décida qu'une couronne composée de rameaux de lauriers serait une belle récompense pour les généraux triomphants ou les homme méritants.
En 1670, un certain dom Perignon mit au point le Champagne.
Le 28 décembre, cela fera 116 ans que les frères Lumière organisèrent la première projection publique de cinéma.
Le 29 mai 1960, Monsieur et Madame Frémaux ont mis au monde Thierry.
Vous avez réunis, là, l'histoire de tous les ingrédients qui ont fait le Festival de Cannes de 2011.