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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 21:04


De Rome à Lisbonne en passant par Maastricht, de l'Europe des 6 à l'Europe à 27, l'unité européenne se construit progressivement sur la base d'un capitalisme libéral discret au départ, du fait notamment de l'existence de l'Union soviétique à l'Est et de la présence d'une classe ouvrière fortement organisée par le parti communiste dans 2 des 6 pays initiateurs : l'Italie et la France.

 

Dans cette conjoncture, une politique social-démocrate paraissait à beaucoup comme un compromis, équilibré, permettant la reconstruction, le rétablissement du capitalisme industriel et un certain degré de neutralisation de la classe ouvrière grâce à l'amélioration des conditions de vie.

 

L'échec multipolaire des utopies communistes, des Khmers rouges à Cuba, de la Chine à la Corée du Nord, avec surtout l'affaiblissement progressif de l'Union soviétique et la chute du mur de Berlin, a signé l'indiscutable victoire des forces capitalistes. Parallèlement, les partis communistes occidentaux disparaissent peu à peu. Et le communisme n'incarne plus ni l'espoir pour les uns, ici ou ailleurs, ni la crainte pour les autres.

 

Désormais, le capitalisme peut prendre son vrai visage. Sans contrepoids. Sans limites. Sans danger. Que lui même. C'est la fin de l'histoire et le règne du capitalisme pour mille ans !

 

L'Europe s'engouffre derrière Thatcher et Reagan dans ce capitalisme de plus en plus financier soutenu par les médias et les élites politiques qui justifient le système contre l'humanisme, au nom d'une modernité abstraite. Le chacun pour soi, la réussite individuelle au lieu de la solidarité. Le chacun pour soi individuel à l'intérieur, plus ou moins collectif à l'extérieur : "I want my money back" de Thatcher : limitation du budget européen malgré l'élargissement, choc des civilisations, lutte des races contre lutte des classes...

 

Le système tourne tout seul. La finance domine l'économique. Les politiques ont abdiqué, comptant sur l'autorégulation d'un marché libre et non faussé, sauf à se mettre au service de ce marché. A la satisfaction impudique des puissants qui s'enrichissent en ignorant les émeutes de la faim, les résistances dispersées et sans projet politique donc peu dangereuses. Ignorant aussi l'impossibilité d'une croissance infinie dans un monde fini, de la généralisation du mode de vie occidental à l'échelle planétaire...

 

Jusqu'à la crise actuelle. Qui donne raison aux "irresponsables" qui l'avaient annoncée et surtout qui refusaient de faire de la bourse la valeur suprême de l'humanité. Les "responsables"  les plus lucides pensent maintenant qu'il faudrait modifier le système pour que des régulations "douces" lui permettent de perdurer. Qu'il faudrait changer pour que rien ne change. Ils rencontrent la forte résistance de ceux qui ne veulent rien lacher. La bataille en France sur le "bouclier fiscal" en est l'illustration typique bien que sa disparition ne porte atteinte qu'à l'argent de poche que quelques milliers de personnes. Quand la crise en touche, de façon vitale, des millions.

 

L'Union européenne dans cette crise joue parfaitement son rôle. Sans gouvernement économique mais avec une monnaie qui en tient lieu, avec des critères de convergence, non respectés mais qui rappellent le but à atteindre par les politiques économiques nationales. Les politiques jouent de cette double contrainte consentie, pour s'attaquer à tous les acquis sociaux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et mettre en concurrence les travailleurs européens de la zone euro entre eux, ceux de la zone euro avec ceux des autres pays de l'Union notamment des nouveaux pays membres, ceux de l'Union avec ceux du reste du monde.

 

C'est cette guerre économique et sociale de tous contre tous au profit de quelques uns qu'il faut arrêter. Et pour cela, c'est tout la politique économique de l'Union qu'il faut changer. Mais cela n'est pas possible avec les institutions actuelles de l'Union européenne qui exigent l'unanimité pour modifier un traité.

Il n'y a donc que deux possibilités : modifier les institutions ou, d'une façon ou d'une autre, échapper aux institutions et sortir de l'euro et, peut-être, de l'Union.

 

Sortir ne sera pas facile. Cela ne sera possible qu'avec un changement de gouvernement. Car dans ou hors de l'Union, celui-ci continuera la politique qu'il soutient actuellement au sein de l'Union et rien ne sera changé. Mais un changement de Gouvernement qui réalise la sortie de l'euro et/ou de l'Union pourra-t-il conduire une politique différente ? L'économie française est-elle suffisamment forte et autonome pour soutenir une politique décalée ou même en contradiction totale avec celle des pays voisins ? Ou faut-il avant tout entraîner les autres pays de l'Union, atteindre une certaine masse critique au niveau mondial pour pouvoir sortir en force ou modifier la politique économique de l'Union ? Cela parait impossible sans changer les institutions.

 

En fait la force des gouvernants et des forces économiques et financières est leur cohérence même concurrentielle. Ils ne sont peut-être pas d'accord entre eux sur les modalités mais ils ont la même politique sociale régressive conduite à des rythmes différents suivant les possibilités nationales, sociales, économiques, culturelles, et en jouant les travailleurs les uns contre les autres. Les contre-réformes ne se produisent pas au même moment dans les différents pays de l'Union. Les réactions à ces contre-réformes se font en ordre dispersé. La Confédération européenne des syndicats incite les gouvernements à ne pas "se précipiter dans une rigueur budgétaire et dans des coupes sombres des dépenses publiques répondant essentiellement aux exigences des marchés. La crise ne doit pas non plus être le prétexte à davantage de déréglementation, de précarisation et de privatisation des services publics". Mais quand a-t-elle appelé au soutien concret, à l'échelle européenne, des travailleurs en lutte dans tel ou tel pays ? Il n'y a pas de réelle solidarité transnationale, européenne entre les travailleurs. Les syndicats ne construisent pas ou n'ont pas encore construit les instruments de cette solidarité.

 

Il n'y a pas non plus de parti politique européen soutenant une telle perspective. L'Union européenne n'existe ni au niveau des travailleurs, ni au niveau des organisations syndicales ou politiques de résistance à la mondialisation libérale.

 

L'idée européenne est trop belle pour être abandonnée à ceux qui en font un instrument de domination interne et externe. Les institutions européennes ne sont guère satisfaisantes sur le plan démocratique. Comme les institutions de la Vème République. Ne faudrait-il pas lutter pour une démocratisation de ces institutions ? Ici, bien sûr, mais aussi et peut-être surtout au niveau européen ?

 

Les traités qui ont construit l'Union européenne sont mauvais.

Parce qu'ils ont institutionnalisé des politiques économiques.

Parce que ces politiques économiques sont mauvaises et la crise actuelle en est une preuve supplémentaire au delà des dégâts humains de cette politique.

Parce que les institutions européennes non démocratiques ne permettent aucune alternance.

Parce qu'ils n'ont pas été élaborés démocratiquement (même s'il y a eu une progrès lors du projet de traité constitutionnel par rapport aux traités antérieurs et au traité de Lisbonne).

 

Il faut donc reprendre les choses à la base. 

Exiger l'élection au suffrage universel, dans les 27 pays de l'Union, d'une assemblée chargée de mettre au point un projet institutionnel. Lors de cette élection, les partis devront exposer leur projet pour l'organisation des pouvoirs en Europe. Ceux qui veulent sortir du projet européen pourront défendre leur position. Et ceux qui veulent une Europe totalement intégrée aussi. L'Assemblée élue après ce large débat mettra au point un nouveau traité. Qui devra être entériné par référendum par les peuples des 27 Etats de l'Union. Ces institutions ne seront appliquées que dans les Etats qui auront accepté le projet. Les autres devront négocier avec l'entité européenne leur degré d'association.

 

Une fois les institutions mises en place, des élections à un parlement européen éventuel permettront de débattre des politiques que cette entité européenne mettra en application. Mais ces deux étapes doivent être nettement séparées. Et permettre la réversibilité des choix politiques. Y compris celui d'entrer ou de sortir de l'entité européenne.

 

A ce jour, en France, lors des référendums pour le traité de Maastricht ou pour le projet de traité constitutionnel européen, avec des réponses différentes, il a été prouvé que les Français n'étaient pas indifférents à la politique. Qu'ils étaient capables de se mobiliser quand on faisait appel à eux (le taux de participation a été particulièrement élevé lors des deux référendums). Pourquoi n'en serait-il pas de même au niveau des autres peuples européens ?

 

Si tous les démocrates européens se mobilisent, tout devient possible et surtout la démocratie.

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