Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.

Publicité

L'EUROPE ET L'IMMIGRATION

 L'Union européenne (UE) a mal à son immigration. D'où l'émotion soulevée par l'arrivée de 25 000 Tunisiens à Lampedusa. Car ces quelques milliers d'arrivants ne constituent en rien un problème insurmontable, pour une UE qui ccmpte 500 millions d'habitants et accueille, chaque année, 1,5 millions de personnes. Cette question a été montée en épingle par des gouvernements sous influence populiste, interne ou externe.

Dans les événements de Tunisie et de Libye, les gouvernements français et italien ont vu surtout la chûte de complices dans la gestion policière de l'immigration en provenance de l'Afrique. Les quelques milliers de nouveaux arrivants confirmaient la grand'peur annoncée. Et si Nicolas Sarkozy a fait beaucoup d'efforts pour entraîner les Européens dans une intervention musclée, il s'est beaucoup moins préoccupé des conséquences qu'elle aurait sur les millions de travailleurs étrangers en Libye.

Lampedusa a été utilisé conjointement par Berlusconi et Sarkozy pour montrer à leur opinion publique qu'ils agissaient même si, apparemment, c'était l'un contre l'autre. Ils posaient, en même temps, une question qui aurait dû être réglée par les accords de Schengen, mais rien n'avait été prévu en cas d'urgence. Ou qui aurait du l'être par une adaptation sans gesticulation outrancière, mais la gesticulation s'adresse à l'opinion publique.

Sans juger sa qualité, la politique de l'immigration ne peut être conduite que collectivement par les pays signataires des accords de Schengen. Ils ne peuvent laisser le contrôle de la frontière de l'UE et l'accueil des immigrants à la charge des seuls pays qui ont une « frontière extérieure » ; actuellement, l'Italie, l'Espagne et la Grèce, Grèce par où passeraient 80% des entrées dans l'UE.

Ces questions sont facilement considérées comme des questions intérieures des pays en première ligne. Elles préoccupent peu les autres. Sauf quand Berlusconi délivre des titres de séjour valant droit de circuler au sein de l'espace Schengen. Tous les pays se sentent alors concernés et la Commission européenne. Pas seulement la France mais aussi l'Allemange (particulièrement la Bavière), l'Autriche, la Belgique, les Pays-Bas,... qui ont menacé de rétablir les contrôles frontaliers.

Étant donné le climat actuel, il est probable que l'UE autorisera des contrôles temporaires aux frontière internes. Ce qui ne règlera pas la question en cas d'arrivée importante de migrants dans un des États et sera un recul de l'esprit européen au profit des égoïsmes nationaux ; chacun se « mettant à l'abri » derrière ses frontières.

Le ministre Maroni a justement remarqué : « L'UE est active pour sauver les banques, déclarer la guerre mais quand il s'agit d'exprimer concrètement sa solidarité avec un pays en difficulté comme aujourd'hui l'Italie, elle se cache ». L'Italie recevra cependant une aide financière et un renforcement de Frontex (agence qui coordonne le contrôle des frontières extérieures de l'UE), avec l'appui de la France. Quant à l'accueil volontaire de personnes, une dizaine d'États (Allemagne, Belgique, Espagne, Portugal, Suède,..) ont accepté de recevoir quelques centaines d'Africains arrivés de Libye... surl'île de Malte.

Contre une aide de 140 millions d'euros, le président de la CE a demandé au nouveau gouvernement tunisien de prendre le relais du précédent et d'entreprendre "une action forte et claire en acceptant la réadmission de ses ressortissants qui se trouvent de manière irrégulière en Europe, ainsi que dans la lutte contre la migration irrégulière.”La Tunisie pourrait être invitée à renforcer sa coopération avec Frontex.

Ces arrivées à Lampedusa font plus de bruit que les centaines qui n'arrivent pas. Et qui périssent noyés, chaque année, en Méditerranée, entre la Tunisie et l'Italie, le Maroc et l'Espagne.

Elles font aussi plus de bruit que l'ouverture à l'Est. Or, depuis le 1er mai, les frontières de l'Allemagne et de l'Autriche sont ouvertes aux ressortissants des 8 pays qui ont adhéré à l'UE en 2004 : Estonnie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie. L'Allemagne et l'Autriche étaient les seuls pays de l'UE à 15 à avoir ajourné cette ouverture pendant le temps maximum possible, 7 ans.

Dans ces pays, certains craignent la grande invasion. Ce n'est pas le cas du patronat, notamment des PME qui regrettent, aujourd'hui, que leur pays ait retardé de 7 ans cette ouverture. Ils ont peur que les cadres et ouvriers qualifiés dont ils ont besoin ne viennent pas car ils sont, déjà, légalement ou clandestinement sur place (400 000 en Allemagne) et surtout parce qu'ils ont eu le temps d'aller dans des pays qui ont ouvert leurs frontières dès 2004 ou dans les années qui ont suivi... au RU, en Irlande, en Suède... A l'époque, 60% des émigrants de l'Est voulaient aller en Allemagne. Ils ne seraient plus que 23%.

Des chiffres divers sont avancés. Certains parlent de 800 000 arrivées en Allemagne dans les deux prochaines années et 400 000 pourraient s’ajouter d’ici 2020. Aussi importants que puissent paraître ces chiffres, loin des 25 000 Tunisiens, ils sont à comparer aux trois millions d’immigrés arrivés en Allemagne entre 1991 et 2000.
Et 60 % d’Allemands seraient favorables à une immigration d’étrangers très diplômés mais non de demandeurs d’emploi peu qualifiés.

Il faut prendre ces prévisions avec prudence. Avant l’adhésion de la Pologne à l'UE, les experts avaient annoncé une émigration vers la Grande-Bretagne de 40 000 Polonais. Ils ont été 10 fois plus nombreux.
Le gouvernement néerlandais avait prévu l'arrivée de 15 000 travailleurs de l'Est. Ils seraient 200 000 aujourd'hui. Les PB pensent maintenant remettre en cause le droit des migrants européens au sein de l'Union et voudraient expulser un travailleur de l'Est qui commettrait un délit ou qui perdrait son emploi.

Le patronat polonais craint de voir les travailleurs les plus qualifiés quitter le pays car l’Allemagne recherche des professionnels dans des secteurs qui manquent également en Pologne.
Ces dernières années, la Pologne a connu le plus grand exode de son histoire : dans les années 80, 1 million, de Polonais sont partis et presque 2 millions après l’adhésion à l'UE : 550 000 au Royaume-Uni, 140 000 en Irlande, 90 000 en Italie, 80 000 en Espagne. 50 000 en France...


L'UE est dans un situation où les multiples clivages laissent apparaître des intérêts et des préoccupations divergentes. La crise de l'euro oppose l'Allemagne et les pays du « nord » à l'Irlande et aux pays du « sud ». L'intervention en Libye a ébranlé le tandem franco-allemand. L'arrivée de quelques Tunisiens oppose France et Italie. A un moment où l'UE aurait besoin d'une forte unité pour affronter les questions difficiles...

À chaque nouvelle question, réponse « égoïste », nationale ou nationaliste qui sépare les États y compris ceux qui ont longtemps constitué le socle de l'unité européenne. L'Europe mythique à 6, au sortir de la guerre, survivra-t-elle avec l'Union à 27 et le réalisme de la mondialisation ? Il y faudrait une volonté politique dont on cherche dans les différents États les inspirateurs. On y trouve plutôtdes partis « populistes » qui font du refus de l'immigration et de l'Union européenne leurs thèmes principaux avec un certain succès.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article