Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
La loi sur l'ouverture du mariage aux homosexuels a été votée sans problème au Parlement, le gouvernement disposait d'une large majorité. Mais une minorité d'opposants a réussi à multiplier les manifestations de rue plus ou moins spectaculaires.
Descendre dans la rue n'est pas dans la tradition de la droite, même si l'extrême droite.... Ainsi à « Manifestation » de Wikipedia, on trouve, pour la droite de 1971 à aujourd'hui, seulement les « manifestations pour tous » de mai 2013 et la grande manifestation du 24 juin 1984 « pour la défense de l'école privée » contre le projet de loi d'Alain Savary pour un « grand service public unifié et laïc de l'éducation nationale »
Toutes les autres - à l'exception de celles du 1er mai 2002 contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle et du 14 mai 1990 contre la profanation du cimetière de juif de Carpentras qui peuvent être considérées comme bipartisanes - toutes les autres (25) ont eu lieu à l’initiative d'organisations de gauche, associatives, syndicales ou partisanes, sur des thèmes de gauche : « indignés », retraites, emploi, pouvoir d'achat, CPE, Sécurité sociale, financement de l'école privée, sidérurgie ; nucléaire, avortement...
Les « manifestations pour tous » ont essayé de retourner des images, des valeurs, des mots de gauche. « Mariage pour tous » n'était pas juste (il n'est pas question d'imposer le mariage à quiconque mais d'étendre le droit au mariage). Et « manifestations pour tous » reprenait cette forme mais n'était en réalité que la descente dans la rue de personnes qui découvraient ce type d'action souvent critiquées chez les autres et auxquelles elles ont toujours eu droit. Elles reprenaient des images et des mots de la Révolution que bien des participants détestent : bonnet phrygien, appels contre la dictature, pour la démocratie alors qu'elles s'élevaient contre des mesures approuvées par la majorité des électeurs et qu'approuvaient une large majorité de sondés.
Les deux manifestations de droite de 1984 et de 2013 ont un point commun : un engagement remarqué de la hiérarchie catholique mais plus important en 2013. Qui a légitimé ces manifestations.
En 1984, la hiérarchie catholique défendait un important moyen d'influence à travers les établissements qu'elle gérait au nom de la « liberté » de l'enseignement. En 2013, elle s'oppose à un « droit-liberté », l'extension du droit au mariage pour les personnes de même sexe. Cette loi porte sur le mariage civil, ne lui enlève rien et ne l'engage en rien.
Le Danemark a été le premier pays à permettre aux couples homosexuels une union civile (1989). Les couples homosexuels peuvent adopter et ont obtenu le droit de faire bénir ce «partenariat enregistré» à l’Église. La nouvelle loi, qui entrera en vigueur le 15 juin, leur donne droit à une véritable cérémonie rituelle religieuse (Libération 07/06/12).
Le 1er avril 2009, la Suède a voté une loi autorisant le mariage homosexuel. C'est le premier pays qui a inclus dans la législation l'obligation du mariage religieux pour les homosexuels. Les pasteurs ont le droit de refuser mais l'Église luthérienne (religion majoritaire du pays) a l'obligation de trouver un pasteur pour procéder au mariage homosexuel (Wikipedia).
En France, l’Église a dû accepter, en son temps, de perdre l'état civil et d'être seconde dans le mariage. Il ne dérogeait pas à sa vision même si tous les nouveaux mariés ne demandaient pas obligatoirement son sacrement ou sa bénédiction...
Elle aurait pu accepter le mariage homosexuel que personne ne lui demandait de « sacrer » ou de « bénir », ce à quoi elle arrivera peut-être un jour suivant l'exemple des protestants, pour lesquels le mariage n'est pas un sacrement. Les pasteurs bénissent un mariage.
Dans son argumentation contre le mariage civil des homosexuels, l’Église appuie son opposition sur le « but » du mariage, la procréation, et la préoccupation de l'avenir des enfants. Mais pour faire des enfants, il n'a jamais été nécessaire d'être marié... et les enfants sont de plus en plus conçus en dehors du mariage : 54,8 % des naissances ont eu lieu hors mariage en 2010. Même si l’Église réprouve, elle n'a plus de pouvoir sur ces conceptions hors mariage, y compris d'ailleurs parmi ses ouailles. D'autre part, le mariage n'est pas interdit par la hiérarchie catholique aux couples catholiques, dont la procréation ne peut être la finalité pour des raisons physiologiques (âge) ou pathologiques (stérilité...).
Il n'en reste pas moins qu'en avançant la question des enfants et l’Église et la droite espéraient toucher bien au delà de leur clientèle habituelle. Ce qui ne semble pas avoir été le cas quand on regarde les résultats des sondages malgré toutes les manifestations et prises de position.
L'enfant étant considéré comme « un don de Dieu », l’Église est opposée à la procréation médicalement assistée (PMA), à l’insémination artificielle. Mais en France, chaque année, « près de 50 000 enfants naissent grâce aux techniques de procréation médicalement assisté » Dans 6 % des cas, la PMA fait appel à des spermatozoïdes, des ovocytes ou des embryons issus d’un don : l'enfant n'est plus le fruit d'un père et d'une mère au sens traditionnel, fruit de la relation sexuelle d'un couple marié. Libre aux catholiques de respecter ces préceptes, sans les imposer aux autres. Quant aux familles..., le famillles monoparentales étaient au nombre de 2 263 100 soit 8,2% en 2009... Et les familles recomposées...
Depuis longtemps, on annonce la destruction de la famille par le divorce, la contraception, l'avortement... Le mariage des homosexuels peut plutôt être considéré comme une nouvelle forme de famille surtout avec le droit à l'adoption et à la PMA !
Dans cette bataille contre le mariage homosexuel, parmi les religions de France, la hiérarchie catholique est la seule à s'être engagée aussi fortement. Pourtant, elle n'a pas été la seule à prendre position contre. Quelquefois dans des termes tout aussi excessifs, comme ceux de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Le cardinal Philippe Barbarin a vu derrière « le droit au mariage pour tous » l'inceste ou la polygamie. Pour l'UOIF, il pourrait légitimer « la zoophilie, la polyandrie au nom du sacro-saint amour »...
Les prises de position des autres religions sont restées plus discrètes. Un front des intégristes religieux ne s'est pas constitué. Seul lerecteur de la grande mosquée de Lyon a appelé les fidèles musulmans à rejoindre la manifestation anti-mariage pour tous.
Les autres se sont abstenus. Par difficulté à se situer, à manifester aux cotés de la droite extrême française ? Par un positionnement différent dans la société française ?
Ceux qui se disent les champions de la laïcité - depuis peu et quand il est question de l'islam – ont oublié ces jours-ci que la laïcité, c'est la séparation de l’Église et de l’État.
C'est la laïcité qui permet de légiférer sur le mariage civil en fonction de l'évolution de la société, sans toucher au mariage religieux.
C'est la laïcité qui exclut pour le clergé l'obligation de bénir ou marier les homosexuels comme en Suède ou au Danemark.
C'est la laïcité qui exclut aussi toute prétention des Églises à légiférer pour l'ensemble de la population même si elles peuvent donner des lignes de conduite à leurs fidèles.
La laïcité, c'est la séparation des Églises et de l’État. Chacun maître chez soi.