Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
Par Paul ORIOL
La dangerosité des déchets nucléaires s'étend sur des centaines d'années, l'irradiation de faible intensité n'entraîne de dommages pour la santé qu'au bout de quelques années et la vie de hommes se chiffre en dizaines d'années.
Sachant tout cela, les seniors japonais en ont conclu qu'à leur âge, ils ne couraient pas grand risque à s'exposer.« Nous avons peut-être 15 ou 20 ans à vivre : pas assez pour développer un cancer dû aux radiations ! »Ils ont donc proposé de reprendre le travail à Fukushima, au risque d'exposition, à la place de leurs successeurs, plus jeunes. Après l'appel en ce sens de Yasuteru Yamada, 72 ans, ingénieur, 247 retraités ont formé un « corps des vétérans »(Le Monde 07/06/11).
Partant des mêmes constatations, nos seniors-gouvernants en tirent des conclusions bien différentes. Étant données leur espérance de vie et le temps nécessaire au développement d'un cancer après irradiation éventuelle par des déchets nucléaires ou autres, ils courent peu de dangers à maintenir en activité les centrales nucléaires. La question intéresse seulement les générations à venir...
D'autant que, pour Nicolas Sarkozy, il y a une priorité absolue : « L'indépendance énergétique, c'est rare en Europe et c'est sacré » (Le Monde 07/06/11). Ici, il ne s'agit plus seulement de temps mais de temps et d'espace ou plus exactement d'histoire et de géographie.
L'énergie primaire consommée en France est essentiellement constituée de pétrole (importé à 99%), de gaz naturel (importé à 98%), de charbon (importé à 100%). Si l'on comprend bien, l'indépendance énergétique de la France repose sur L'électricité d'origine nucléaire (plus de 75% de l'électricité produite). Mais la matière première, l'uranium, est importé à 100%, les dernières mines ont été fermées en 2001 !
Faut-il considérer que le Niger et le Canada d'où provient la plus grande part de l'uranium utilisé en France sont des départements français ou sont encore des colonies françaises ? Sinon en quoi l'énergie nucléaire dont la matière première est importée assure-t-elle l'indépendance énergétique de la France plus que le gaz ou le pétrole ?
Les seules énergies qui assurent l'indépendance énergétique de la France sont les énergies renouvelables qui sont produites sur le territoire national. Encore faudrait-il que la France produise le matériel nécessaire à leur exploitation, ce qui est loin d'être le cas actuellement.
Dans le souci de constituer une force de frappe indépendante, de Gaulle a développé le nucléaire. Était-il pour cela nécessaire de s'engager dans le tout électrique-nucléaire ? C'était une erreur hier. Cela devient une diabolique persévérance aujourd'hui. Le Royaume-Uni qui dispose aussi de l'arme atomique n'a que 16 centrales en activité (58 en France) à l'origine de 19% de la production nationale d'électricité (plus de 75% en France).
Nicolas Sarkozy parle souvent de prendre l'Allemagne comme exemple. Que ne le fait-il pas pour la politique énergétique. L'Allemagne abandonnant l'industrie nucléaire va-t-elle perdre son indépendance ? Ou au contraire faire un pas en avant vers une indépendance plus grande en stimulant les énergies renouvelables et en se préparant à fournir le matériel nécessaire pour son exploitation un peu partout dans le monde ? A la France notamment. Empétrée dans ses déchets nucléaires et le démantèlement de ses centrales nucléaires.
Me Angela Merkel, bien que physicienne, ne s'est pas laissée aveugler. Elle a d'abord prolongé la durée de vie des centrales en activité. Après Fukushima, elle a décidé un moratoire. Devant le rejet du nucléaire illustré par les sondages, les importantes manifestations et les résultats électoraux des Grünen, elle a, finalement, adopté la sortie du nucléaire.
La sagesse... ? Sondages, manifestations, élections servent parfois à quelque chose.
(Publié dans Agoravox le 14/06/11)
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