Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
Avertissement : le débat sur les retraites est complexe. De précieux articles ont été écrits pour combattre la contre-réforme de Sarkozy. J'ai essayé ici, en pillant quelques bons auteurs, de reprendre et simplifier leur argumentation. Je n'ai pas eu le temps de tout reprendre. J'espère que je ne les ai pas trop trahis.
Age réel de départ à la retraite : Dans tous les pays (sauf la Suède), l'âge moyen réel de départ à la retraite est inférieur à l'âge légal. A cause du faible taux d'emploi des seniors, surtout en France où l'âge moyen est de 59,3 ans : Italie, 60,8 ans. Allemagne, 61,7, Royaume-Uni, 63,1. Suède, 63,8. (d'après Rue89).
Chômage: Le déficit de 30 milliards d'euros en 2010 est surtout lié à l'explosion du chômage, notamment des seniors, depuis 2008. Le COR reconnaît que la démographie n'est pas l'élément central du déséquilibre : "Les simulations mettent... en évidence le rôle crucial de l'emploi des seniors pour assurer l'efficacité des mesures, actuelles ou futures, relatives à la durée d'assurance"(Rapport 2007). De ce point de vue, la réforme de 2003 n'a eu aucun effet. Non seulement deux tiers des travailleurs partent à la retraite entre 56 et 57 ans, mais le nombre d'annuités est passé de 37 à... 36,5 depuis la loi Fillon (INSEE la "photographie du marché du travail 2008"). La faute, encore et toujours, au chômage.
COR : Conseil d'orientation des retraites.
Cotisations: Actuellement, les cotisations retraite constituent environ 25% du salaire brut. En portant ce taux à 30% d’ici 2030 et 35% d’ici 2050, tous les déficits disparaissent. Pour maintenir un lien fort travail-retraite, il est préférable que les cotisations demeurent la source principale de financement (d'après Thomas Picketty).
CSG : assise sur l'ensemble des revenus des personnes domiciliées en France (revenus d'activité, de remplacement, du patrimoine ou tirés des jeux), la CSG a été créée à l'initiative de Michel Rocard pour diversifier le financement de la protection sociale.
Efficacité : Dans le scénario extrême (43,5 annuités, 63 ans l'âge légal et 68 ans l'âge du taux plein), la contre-réforme ne financera que 17 milliards d'euros (sur les 45 milliards nécessaires en 2020 pour le scénario B du COR). Il faudra encore 30 milliards d'euros. L'objectif du gouvernement n'est pas de financer le système de retraite sur le long terme mais de réduire le déficit à court terme. Espérance de vie : Aujourd’hui, l’espérance de vie à 60 ans (nombre d’années restant à vivre à cet âge) est de 22,2 ans pour les hommes et de 27 pour les femmes. En 1980, l’espérance de vie à 60 ans était de 17,3 ans pour les hommes, et de 22,4 ans pour les femmes. Depuis trente ans, elle a progressé de 4,9 ans chez les hommes et de 4,6 ans chez les femmes. Selon l'INSEE, l'espérance de vie à 60 ans devrait croître d'environ 1,3 année tous les dix ans.
Espérance de vie en bonne santé =sans limitation d'activité ou incapacité majeure liée à des maladies chroniques, aux séquelles d'affections aiguës ou de traumatismes. Elle est largement inférieure à l'espérance de vie. En France, en 2007, l'espérance de vie en bonne santé à la naissance est estimée à 64,2 ans pour les femmes, 63,1 pour les hommes.
Fonds de réserve des retraites, créé par Jospin en 1999 pour faire face au déficit de 2020-2030, n’a pas été alimenté depuis 2002 par la majorité actuelle. Eric Woerth veut l'utiliser dés maintenant. L'art de vider les caisses et de transmettre les problèmes aux autres.
Mesures pour le court terme :Allongement de la durée de cotisation et report de l’âge légal améliorent les finances publiques à court terme. Le problème du financement du système de retraite reste entier.
Montant moyen des retraites, tous régimes confondus = 1 122 euros net par mois : d'après le COR, par comparaison, le revenu moyen net est de 1 416 euros par mois.
Niches fiscales : Depuis 2007, on a distribué des milliards en niches fiscales nouvelles et autres dépenses inutiles (voire nuisibles : heures supplémentaires, intérêts d’emprunt) (d'après Thomas Picketty).
Niveau de viedes plus de 65 ans rapporté à celui de l'ensemble de la population dans quelques pays : France, 0,95, Allemagne, 0,91, Japon, 0,87, États-Unis, 0,86, Italie : 0,83, Espagne, 0,79, Royaume-Uni, 0,74, Moyenne OCDE : 0,82[OCDE (2009),
Notations: En repoussant immédiatement l'âge légal, le gouvernement récupère des cotisations et retarde le paiement des pensions. C'est le moyen immédiat pour réduire le déficit public qui inclut le déficit des caisses de retraite. Or, ce déficit public de la France, devrait atteindre 7,8% du PIB (loin des 3% des critères de Maastricht). Il peut être résorbé à moyen terme par le retour de la croissance. Mais l'urgence est de "rassurer"les marchés. On est loin des considérations démographiques.
Partage des richesses : en 1982, salariés et chômeurs (84% de la population active) se partageaient 66,5% de la richesse, selon la Commission européenne ; ils constituent aujourd’hui 92% des actifs et ne perçoivent que 57% des richesses (d'après Jean-Luc Mélanchon).
Les dividendes ont augmenté de 5,3 points de PIB entre 1982 et 2007, passant de 3,2 % à 8,5 % du PIB. Soit 103 milliards d’euros pour la seule année 2010... captés par les actionnaires au détriment des salaires. Avec le doublement du PIB prévu par le COR, 206 milliards d’euros en 2050. Largement de quoi satisfaire le besoin de financement des retraites, 105 milliards selon le COR, sans toucher à l’âge légal de 60 ans ni augmenter la durée de cotisation. Il restera aux actionnaires une part égale à 3,2 points du PIB, comme en 1982. Soit plus de 124 milliards d’euros (en 2050)". (D'après Gérard Filoche)
Pénibilité : La fatigue liée à l'âge explique la hausse des maladies professionnelles et ce risque touche tous les salariés : "Au bureau, on n’est... pas exposé aux mêmes risques que dans le bâtiment... Mais l’incertitude professionnelle, les délais d’exécution raccourcis, la nécessité de gérer des dossiers sans disposer de moyens matériels ou humains suffisants constituent des sources de souffrance. Le stress, les difficultés psychologiques et le “burn-out” (l’épuisement au travail) seront l’amiante de 2020 ou 2030 ». Ceci milite pour une prise en compte de la pénibilité du travail, dans toute réforme des retraites.
En tenant compte des maladies professionnelles et de l'espérance de vie en bonne santé, repousser la retraite, c'est diminuer l'espérance de vie. Les assureurs « ont... des tables de mortalité... Si vous travaillez à 62 ans, vous avez un an de moins d'espérance de vie. Vous travaillerez jusqu'à 64 ans ? Dans la table de mortalité, vous aurez deux ans de moins d'espérance de vie. Et quand il faut vous assurer ou vous accorder des prêts, ils ne jouent pas avec ça, ils savent bien ce que ça veut dire ".
PIB : Le COR estime que la productivité augmentera de 1,5 % par an pendant 40 ans. La productivité actuelle du travail serait multipliée par plus de 1,8 en 2050. « En 2010, il y a 1,8 cotisant pour 1 retraité ; il n’y en aura plus que 1,2 en 2050. Avec une multiplication par 1,8 de la productivité du travail en 40 ans, les 1,2 cotisants de 2050 produiront autant que 2,2 cotisants aujourd’hui et donc beaucoup plus que les 1,8.
PIB et retraite : Le COR estime qu’en 2050, le « besoin de financement » des régimes de retraites sera de 115 milliards d’euros (une fois l’inflation neutralisée), soit 3 % du PIB de 2050. Le PIB 2050 serait supérieur à 3 800 milliards d’euros en 2050, contre un peu plus de 1 900 milliards aujourd'hui. Ce PIB devrait donc doubler en 40 ans. Qui peut croire qu’il serait difficile, dans ces conditions, de trouver 115 milliards pour financer les retraites ? Ce financement assuré, il reste encore 1 785 milliards pour financer l’augmentation des salaires directs, l’assurance maladie, la réduction du temps de travail, l’investissement public, les investissements privés productifs… A condition que les actionnaires ne captent pas à leur profit, comme le prépare la contre-réforme de Sarkozy et du Medef, la part de richesse qui devrait servir à financer les régimes de retraites (d'après Jean-Jacques Chavigné).
Retraites par répartition
Peut-on vouloir sauvegarder la retraite par répartition en refusant d'augmenter les cotisations ? La logique de la retraite par répartition implique que, lorsque les dépenses augmentent, les cotisations retraite augmentent de façon à financer ces nouvelles dépenses... Depuis trente ans, le taux des cotisations retraite patronales (régime de base et régimes complémentaires des salariés du secteur privé) stagne : 10,8% en 1980, 14,3% en 1999 et 14% en 2010. Il ne faut donc guère s'étonner que les besoins de financement des retraites à l'horizon 2020 ou 2040 puissent augmenter (d'après Gérard Filoche).
Séniors : Comment inciter les entreprises à les garder ? En créant des emplois seniors "zéro charge" comme vient de le proposer le secrétaire d’État à l'emploi ? Zéro charge, c'est zéro cotisation sociale. Quelle belle idée pour résoudre le problème des retraites !
Situation internationale : Il faut faire en France ce que les Allemands ont fait. Ce qui est demandé aux Grecs... Les travailleurs sont mis en concurrence les uns contre les autres (d'après Thomas Picketty).
Population active : Pourquoi parle-t-on d' une population active stable ? Pas plus d’immigrés ? Pas plus d’enfants ? La proportion des femmes salariées restera au niveau actuel, quinze points en dessous de celle des hommes ? Le rattrapage fait dans la formation universitaire et la qualification professionnelle, au point d'être devant les garçons pour l’acquisition des diplômes n’aura aucun impact sur l’entrée ou non des femmes dans la vie active ? (d'après Jean-Luc Mélanchon).
Conclusion : C’est donc sur la question de l’emploi et dans la recherche de nouvelles sources de financement (toucher à l’âge légal et la durée de cotisation ne suffira pas). Mais personne n'explique comment parvenir à cette baisse du chômage.
Seules données incontestées : le PIB devrait passer de 1700 milliards d'euros en 2009 à presque 4 000 milliards en 2050. Et le poids des retraites ne devrait passer que de 13,4% du PIB en 2008 à 15,3% en 2050 (soit + 1,9 point). Le problème n'est pas insoluble.
Ont été pillés pour cet « abécédaire » : Arrêt sur image, Jean-Jacques Chavigné, Gérard Filoche, Jean-Luc Mélenchon, Thomas Picketty, Sébastien Rochat, Rue89.