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Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.

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La démocratie coloniale...

La démocratie coloniale...
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La France n’a qu’une démocratie imparfaite (1) et son empire

échappait même à ses règles, l’Algérie, notamment, bien que

constituée en départements français.

Les gouvernements disposent d’instruments qui permettent aux

couches dominantes de se maintenir au pouvoir et de conserver leurs

avantages, de façon démocratique.

En gérant ou canalisant les mécontentements populaires.

Les gouvernants, trop sûrs de leur pouvoir, et les dominants, très

satisfaits de leurs privilèges, peuvent être insensibles à l’évolution

d’une situation qui devient insupportable et, un jour, explosive.

Surtout dans les régimes construits et maintenus par la force sans

aucun contre-pouvoir.

Il suffit de voir le triomphalisme de l’Exposition coloniale de Paris en 1931.

En plus de ses conflits internes, centenaires, pour se constituer en

différents États, l'Europe a utilisé sa situation de péninsule asiatique

et son développement scientifique et technique pour imposer ses

impériales dominations à la surface de la terre. De l'Espagne au

Royaume-Uni, du Portugal à la France, Pays-Bas, Belgique, Danemark,

Suède, Allemagne, tous ont longtemps participé à cette expansion

concurrentielle.

La première grande expansion coloniale européenne commence après

1492, aux Amériques, fortement marquée par la traite atlantique et

s’étend en Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande...). Les principaux

pays de ces régions, devenus États indépendants, sont membres

fondateurs des Nations-Unies en 1945.

La seconde va des dernières décennies du XIXè avec, notamment, la

Conférence de Berlin (1884–1885) sur la répartition du continent africain entre les

puissances européennes et les premières décennies du XXé .

Le colonialisme démocratique

La démocratie est en contradiction avec la notion de conquête, mise

sous tutelle d’un territoire et de sa population contre sa volonté. Ce

qui n’a pas empêché de nombreux gouvernements démocratiques

d’engager ou de poursuivre de telles entreprises pour augmenter leur

puissance : entraînant leur peuple dans ces aventures.

Les méthodes de conquête ou de maintien de la domination n’étaient

pas très différentes en brutalité de celles des États autoritaires .

En Algérie, entre la pacification de Bugeaud sous la Royauté et la

pacification de Bigeard sous la République, la cruauté des méthodes

n’est pas la différence fondamentale ! (2)

Ces conquêtes, démocratiques ou non, ont toujours été douloureuses

pour les peuples victimes qui peuvent s’en souvenir longtemps après.

De nombreuses raisons ont été avancées pour justifier ces

entreprises : religieuses, philosophiques, scientifiques, politiques,

raciales et surtout économiques et commerciales.

Le commandement, Allez, faites de toutes les nations des disciples

(Matthieu 28:19-20), a été étendu, au-delà du religieux (christianisme),

aux domaines culturel, linguistique (anglais, espagnol, français,

portugais), idéologique (notions de progrès, de supériorité des

systèmes, des races, des valeurs dont la démocratie, proclamée mais

non appliquée).

L’Europe développe surtout son emprise commerciale et économique.

Les deux guerres mondiales affaiblissent les puissances européennes,

d’abord Allemagne et Autriche-Hongrie puis tous les États européens

qui doivent faire face à la décolonisation revendiquée par les élites

nationales, souvent au nom des valeurs universalistes proclamées

internationalement.

Avec le soutien intéressé des deux nouvelles puissances mondiales :

États-Unis, pays de la liberté et de la démocratie, URSS, anti-

impérialiste et patrie du du socialisme.

En 1945, les Nations Unies proclament leur ambition politique dans la

Charte de San Francisco signée, entre autres, par la Belgique, la

France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni : développer entre les nations

des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité

de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes .

Ils récidivent, en 1948, en signant la Déclaration universelles des droits

de l’Homme. Aucun État des Nations-Unies ne se prononce contre, 8

s’abstiennent dont les plus honnêtes (?), l’Afrique du Sud et l’Arabie

saoudite. La première refuse l’égalité des races, la seconde l’égalité hommes-

femmes.

Les États coloniaux reconnaissent le droit des peuples à

l’autodétermination et l’égalité de tous les êtres humains. Y compris

pour les peuples et personnes soumis à leur forte domination ?

Inconscience, cynisme, bonne conscience civilisationnelle ?

En quelques décennies, le nombre d’États membres de l’ONU passe

d’une cinquantaine dont les grands pays des Amériques et d’Océanie,

indépendants depuis le XIXé, à 193 aujourd’hui.

Bien de ces nouveaux membres ont eu fort à faire pour s’émanciper

des empires britannique, belge, français (guerre d’Indochine et guerre

d’Algérie), portugais (guerres pour l’indépendance et Révolution des

œillets). Suivies dans les années 1990 par les anciens membres de

l’empire soviétique, après son effondrement.

La France qui a proclamé la Déclaration des droits de l’Homme et du

Citoyen en 1789 a beaucoup résisté à cette évolution inéluctable.

La lutte pour les indépendances prend une vingtaine d’années (3)

avec des répressions féroces, des affrontements armés et une

indépendance quelquefois très formelle (Françafrique) : guerre

d’Indochine, 1946-1954, insurrection malgache, 1947-1948, événements

de Tunisie, 1952-1954, deuxième guerre du Rif au Maroc, 1955-1956,

guerre cachée du Cameroun, 1955-1971... et surtout les événements

devenus la guerre d’Algérie, 1954-1962, la mère de l’indépendance des

colonies françaises.

Les pays africains de l’empire français et Madagascar obtiennent leur

indépendance en 196o, la France était fortement engagée dans les

guerres au Cameroun et en Algérie. Qui ne deviendra indépendante

qu’en 1962 !

Une séparation difficile

L’Algérie française, annexée, départementalisée était une colonie de

peuplement avec une population d’origine européenne, chrétienne et

une population indigène arabo-berbère, musulmane, majoritaire. En

contradiction avec la tradition centralisatrice et les principes de liberté

et d’égalité affichés, la loi française n’était pas la même en France et

en Algérie française. De plus, elle était différente et inégalitaire pour

les populations en Algérie !

Aveu par les législations que l’Algérie n’était pas la France !

Ce qui permettait la coexistence d’un gouvernement relativement

démocratique en métropole conduisant une politique réellement

antidémocratique en Algérie.

Cette double dualité, entre la France et l’Algérie d’une part, entre les

populations en Algérie, portait en elle les revendications nationalistes

et égalitaires. Même si la forme du changement était imprévisible.

La date du 8 mai 1945 illustre parfaitement la dualité, la duplicité de la

politique française. En métropole, le peuple de France fête la victoire

du camp de la liberté sur le nazisme, victoire à laquelle des troupes

coloniales françaises dont des Français musulmans d’Algérie ont

participé. Le même jour, en Algérie, à Sétif, Guelma, Kherrata, l’État

français réprime de façon sanglante une manifestation en faveur de

l’indépendance nationale et de la liberté du peuple algérien .

Le 14 juillet 1953, une autre manifestation, sur le même mot d’ordre, à

Paris cette fois, organisée par le MTLD (Mouvement pour le triomphe

des libertés démocratiques), est violemment réprimée, faisant sept

morts (six Algériens et un Français militant de la CGT) et des dizaines

de blessés par balles...

Ces deux événements, à des dates symboliques, ne doivent pas faire

oublier la continuité des revendications en Algérie comme en France.

Après la reddition d’Abd el-Kader en 1847, des affrontements armés

continuent : 1864-1865 dans le Sud Oranais, 1871, révolte kabyle des

frères Mokrani contre les projets de confiscation des terres, 1879,

révolte dans les Aurès, 1916, Belezma contre la conscription...

Ces événements pouvaient être interprétés comme les derniers

soubresauts de la résistance à la conquête et à l’occupation

françaises. Mais les revendications égalitaires et nationalistes,

entremêlées, n’ont jamais cessé.

Il n’était pas nécessaire d’être un observateur particulièrement attentif

pour voir que la situation n’avait pas atteint une stabilité durable.

En France, dès 1926, Messali Hadj (1898-1974) fonde l’Étoile Nord-

Africaine, premier parti nationaliste algérien, dissous en 1937 puis le

Parti du Peuple Algérien 1937 dissous en 1939 et le MTLD, 1946-1954 qui

organise la manifestation du 14 juillet 1953....

En Algérie, le parcours politique de Ferhat Abbas (1899-1985) est

particulièrement instructif. Partant d’une revendication purement

égalitaire, conforme aux valeurs républicaines (4), il évolue, devant le

refus de toute réforme, finit par rallier le FLN dans sa lutte pour

l’indépendance et devient le président du GPRA (Gouvernement

provisoire de la République algérienne). L’Indépendance acquise,

démocrate fidèle à ses convictions, il démissionne de la présidence de

l’Assemblée constituante, s’oppose à Ben Bella et au parti unique

(FLN). Il est condamné à la prison...

La démocratie coloniale...

Le gouvernement Blum, 1936, propose le projet de loi de Maurice

Violette (ancien gouverneur général de l’Algérie et ministre d’État

chargé de l’Algérie) permettant à 20 000-25 000 musulmans de

devenir citoyens français tout en gardant leur statut personnel lié à la

religion. Ce projet Blum-Violette est présenté en décembre 1936 et

abandonné en mars 1938, repoussé à l’unanimité par les maires

d’Algérie... et les nationalistes algériens Le projet n’était pas révolutionnaire

mais seulement une reconnaissance du rôle des Algériens pendant la guerre et une

avancée de la francisation face au nationalisme.

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La démocratie coloniale...

En 1947, est promulgué un Statut de l’Algérie, discrète reconnaissance

que l’Algérie n’est toujours pas la France. Avec une Assemblée

algérienne (deux collèges, un pour les Européens, un pour les

musulmans), maintien du gouverneur général nommé par Paris.

Les organisations algériennes, aussi bien l’UDMA (Ferhat Abbas) que

le MTLD (Messali Hadj), rejettent ce statut comme insuffisant, ce

double collège maintenant les inégalités politiques.

Les élections de 1947, marquées par des fraudes et des violences

(élections Naegelen) tranchent la question aux yeux de nombreux

Algériens. Le 15 février 1947, le MTLD fonde l’organisation secrète

(OS) responsable de l'attaque de la poste d'Oran, le 5 avril 1949.

La démocratie restreinte française n’a pas su répondre aux demandes

égalitaires et nationales du peuple algérien qui correspondaient à

l’évolution de la situation internationale.

Faute de trouver des personnalités politiques comme Frederik de Klerk

et Nelson Mandela, en Afrique du sud. Deux hommes qui ont su

mettre fin à la séparation institutionnalisée des populations par

l’apartheid.

Et ont évité la généralisation d’un affrontement armé, déjà engagé.

L’Algérie a connu 8 ans de guerre, des actes criminels dans les deux

camps, de la torture aux terrorismes. Des centaines de milliers de

morts. Des millions de victimes, personnes déplacées et exode rapide

de toute la population européenne, favorisé par l’action de l’OAS.

Pour aboutir finalement à la séparation douloureuse des deux pays.

Marqués, pour de longues années, non seulement dans leur relation

bilatérale mais aussi dans leur vie politique intérieure.

D’un côté, la nouvelle Algérie, née de la guerre, n’a pas trouvé le chemin

de la démocratie et de la prospérité par le socialisme mais celui de

l’autoritarisme et du pouvoir militaire appuyé sur la rente pétrolière.

Légitimé par l’obtention de l’Indépendance par la violence, perpétuée

en politique intérieure, à des degrés divers, que la contestation soit

violente, islamisme, ou pacifique, hirak.

Le pouvoir obtenu par la violence est très rarement démocratique.

De l’autre côté, la France a évité le renversement brutal de la

République dont elle était menacée. Mais beaucoup de Français

s’enferment dans une rancœur et un nationalisme étroit où se mêlent

la perte de l’empire colonial et le sentiment de n’être plus un grande

peuple même à l’échelle européenne. Un peuple porteur de valeurs

universelles réduites par la droite à la préférence nationale, par la

gauche à la culpabilité colonialiste, collective.

Le chemin sera long pour arriver à des relations diplomatiques

apaisées, à une réconciliation. Cela suppose de difficiles progrès

internes dans les deux cotés.

La démocratie coloniale...

Que l’Algérie n’utilise plus la rente pétrolière seulement pour calmer

la contestation mais pour un développement économique et social, et

démocratique. Et cesse de détourner son échec politique et social en

accusant des ennemis extérieurs. Pour trouver des alliés dans le sud

profond face aux impérialismes intéressés.

Que la France ne fasse pas de la lutte contre les immigrés sa

préférence nationale mais qu’elle les intègre, qu’elle élargisse leurs droits et sa

démocratie et, avec l’Europe si possible, qu’elle fasse de la préférence

nationale ou européenne son axe de résistance contre les mêmes

impérialismes du jour.


 

1 - Sur la démocratie imparfaite

2 – Autre exemple de continuité : en 1825, Charles X reconnaît

l’indépendance de Haïti contre une indemnité de 150 millions de

francs-or (ramenée par Louis Philippe en 1838 à 90 millions). Ainsi, les

anciens esclaves et leurs descendants doivent indemniser les

anciens maîtres et leurs héritiers. Cette indemnisation est soldée en

1883 mais Haïti continue de rembourser les emprunts et

Que l’Algérie n’utilise plus la rente pétrolière seulement pour calmer

la contestation mais pour un développement économique et social, et

démocratique. Et cesse de détourner son échec politique et social en

accusant des ennemis extérieurs. Pour trouver des alliés dans le sud

profond face aux impérialismes intéressés.

Que la France ne fasse pas de la lutte contre les immigrés sa

préférence nationale mais qu’elle les intègre, qu’elle élargisse sa

démocratie et, avec l’Europe si possible, qu’elle fasse de la préférence

nationale ou européenne son axe de résistance contre les mêmes

impérialismes du jour.


 

1 - Sur la démocratie imparfaite

2 – Autre exemple de continuité : en 1825, Charles X reconnaît

l’indépendance de Haïti contre une indemnité de 150 millions de

francs-or (ramenée par Louis Philippe en 1838 à 90 millions). Ainsi, les

anciens esclaves et leurs descendants doivent indemniser les

anciens maîtres et leurs héritiers. Cette indemnisation est soldée en

1883 mais Haïti continue de rembourser les emprunts et intérêts

auprès des banques françaises et américaines jusqu'en 1952. Belle

continuité étatique de la Royauté à la République en passant par

l’Empire.

3 - De 1945 à 1965, une seule grande guerre coloniale française de

20 ans (Indochine, Cameroun, Algérie)

4 - Ferhat Abbas, le 23 avril 1936, dans L’Entente franco-musulmane

publie un article intitulé La France, c’est moi.

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