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Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.

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À propos d’Albert Camus et de l’Algérie

À propos d’Albert Camus et de l’Algérie
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À propos d’Albert Camus et de l’Algérie

L’Étranger n’est pas le livre d’un étranger en l’Algérie mais celui d’un homme étranger au monde qui vit en Algérie où il est né.

Dans Camus brûlant (2013), Benjamin Stora et Jean-Baptiste Péretié retracent clairement les rapports de Camus avec l’Algérie mais ne vont pas jusqu’au bout.
Malgré tout ce qu’il a dit ou fait contre la misère, l’injustice, les condamnations à mort et pour la paix, en Algérie, Camus n’a jamais accepté l’idée de l’indépendance de l’Algérie.
Il a rêvé d’une Algérie nouvelle, incorporée à la France, toutes deux aussi idéalisées qu’impossibles.

Le rêve, peut-être, du Ferhat Abbas des années 1930. Mais la réalité politique était l’Exposition coloniale, triomphaliste, de 1931, non la déclaration de 1789 !
Culturellement, socialement, politiquement, l’Algérie n’était pas la France. Personne n’était prêt à faire ce qu’il fallait pour que cela soit.
Les projets millimétrés de réformes ont été abandonnés !
Du fait du refus par la population et les politiques français d’Algérie. Du gouvernement et de la représentation politique nationale en France.
Qui pouvait accepter la présence de députés algériens à l’Assemblée nationale, même à dose homéopathique ?

Camus est le fruit de l’Algérie française, dans sa version douce. En pleine guerre d’Algérie, quand il avance ses propositions, il est presque seul. C’est toujours trop tôt pour les uns. Trop tard pour les autres.
Il en tire la conséquence dans les notes du Premier homme (1960) :
En somme, je vais parler de ceux que j’aimais. Et de cela seulement. Joie profonde.

Encore plus, il écrit : Demain, six cent millions de Jaunes, des milliards de Jaunes, de Noirs, de basanés, déferleraient sur le cap de l’Europe…
Chiffres et mots qui ne sont pas encore ceux de l’extrême droite...

Il se situe dans le camp alarmiste du choc des civilisations, du côté de ceux qui en ont peur aujourd’hui, oubliant que ce qui se passe depuis...
L’Algérie française est, comme les empires européens, le fruit du choc des civilisations. Subi par d’autres.
L’Algérie française comme borne au déferlement annoncé ?

Le génie de Camus dans L’Étranger est d’avoir parlé de l’absurdité de l’homme dans le monde, à travers un des siens.

Le héros, Meursault, est un Français d’Algérie qui a des relations avec des Français d’Algérie, des voisins, des amis dont il connaît les noms, les défauts, les qualités. Ou la fonction, son patron ou à l’asile de vieillards sa mère est morte, le directeur, le concierge.
Les hommes algériens, les Arabes, et les femmes, Mauresque à Alger, Arabe à l’asile, font partie du décor qui pèse, menace comme la chaleur, le soleil. Les Arabes n’ont pas de nom, comme le chien galeux de Salamano. Et à l’asile, l’infirmière arabe a même un chancre…
Les Algériens dans L’Étranger sont menaçants comme ils l’étaient lorsque les émigrants, les femmes et les enfants entassés sur les prolonges de l’armée, les hommes à pied… sous le regard hostile des Arabes groupés de loin en loin et se tenant à distance, accompagnés presque continuellement par la meute hurlante des chiens kabyles... (Le premier homme).

Des auteurs algériens ont vu, dans la situation de Camus, non Algérien en Algérie, une source inconsciente du livre.
Par la sécheresse de l’écriture, Camus fait de Meursault L’Étranger dans ses contacts avec tout le monde, dans ses pensées, ses réflexions personnelles. Il décharge les mots de toute signification autre que leur sens immédiat. Les débarrasse de leur chair. Restant à la surface des mots et des choses, à leur perception immédiate, il remet en cause les conventions du dialogue social, le conformisme social. En même temps, il refuse la complexité des mots et se soumet à leur sens immédiat.

Pour l’école du Nouveau roman, Camus ne va pas assez loin.

En effet, il ne décrit pas la chaleur et la lumière objectivement, elles le marquent physiquement, lui donnent un plaisir immédiat. Il est sensible à la beauté du monde et des femmes et de Marie.
Le rire,
le corps, la joie de Marie agissent sur lui par des sensations physiques qui se mêlent à la lumière du soleil, à la couleur de la mer, au contact de l’eau. Ces moments révèlent une forme d’humanité chez Meursault. Il avoue même une certaine vanité passagère à être le personnage central lors de son procès…

Par son écriture, L’Étranger révèle l’absurdité du monde que l’homme a fabriqué plus que celle du monde qui l’a fabriqué dont Meursault en perçoit la beauté que Camus chantera ailleurs...


 


 


 

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