Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
Il est de l'essence de l'émeute révolutionnaire... d'avoir presque toujours tort dans la forme et raison dans le fond (Victor Hugo, Choses vues, 1831).
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Les événements du 7 octobre 2023 en Israël ont entraîné d’importantes discussions pour savoir comment les dénommer : résistance, terrorisme…
Tous les actes de violence viennent d’une situation de violence : ici, l’occupation de la Palestine par Israël et ses actes de répression, depuis des dizaines d’années… Auxquels, le peuple palestinien résiste de multiples façons, pacifiques ou violentes.
Le hamas (mouvement de résistance islamique) est une organisation palestinienne de résistance qui utilise des méthodes terroristes.
Cela ramène à des situations, des discussions, des déclarations quand le Front de Libération nationale algérien (FLN) menait la lutte armée contre la présence française en Algérie. Une organisation terroriste pour le gouvernement.
Une organisation de libération nationale qui usait aussi d'actions terroristes.
Dans la préface des Damnés de la terre de Frantz Fanon, Jean-Paul Sartre affirme : Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds.
Formule frappante mais très discutable.
Faire de l’acte de tuer un Européen, le premier temps de la révolte, c’est oublier les actes qui l’ont précédé, quelquefois au péril de la vie, à travers protestations, grèves, manifestations comme le 8 mai 1945 par exemple…
Oubliés aussi ceux qui s’attaquent, directement, aux militaires occupants.
Tuer un Européen...
C’est tuer un homme pour ce qu’il est ou semble être, non pour ce qu’il a fait : Un Européen, un Français, un Français d’Algérie ?
Ce n’est pas la lutte armée, c'est un acte terroriste.
Le résultat n’est pas simplement : un homme mort et un homme libre !
Un homme mort, certes. Un homme libre ? Un homme prisonnier de son acte ? Meurtrier ? Héros ? Pour lui-même, pour les siens, pour les autres ? Voué à la mort, à la victoire ?
À la victoire par la mort donnée ?
La colonisation est-elle la forme suprême de l'oppresssion ? Qui justifie la mort de l'oppresseur, le colonisateur ou celui considéré comme tel ?
Et l’oppression de l’esclave ? Du prolétaire ? Du citoyen ?
Pour le gouvernement, le FLN était une organisation terroriste. Le FLN menait une lutte de résistance armée contre la présence française. Qui utilisait aussi des actes terroristes contre la population civile.
Les tenants de l’Algérie française, le gouvernement français justifiaient, par les méthodes terroristes du FLN, la violente répression policière et militaire..
Dans une France démocratique, les exactions des forces de l’ordre engageaient la responsabilité de tous les citoyens. Les méthodes de répression de l’armée et de la police françaises ont justifié, pour beaucoup de Français, l’opposition à la guerre et montré la nécessité de l’indépendance de l’Algérie.
Si ces méthodes étaient nécessaires pour maintenir l’Algérie dans le giron de la France, cette option était insoutenable !
L’Algérie ne pouvait être française à ce prix
Les exactions du FLN n’étaient pas commises au nom du peuple français !
Celles des Français, professionnels ou appelés, étaient le fait de troupes sous l’autorité d’un gouvernement élu par le peuple français ! Et sous leur responsabilité ! Avec le risque couru par la République pour ne pas vouloir, pouvoir contrôler ses troupes.
Malheureusement, l’Algérie a gagné son indépendance par la guerre. Ce n’est pas le meilleur chemin vers la démocratie.
Si la méthode a réussi pour abattre la colonisation politique, pourquoi ne pas l’utiliser ensuite contre les autres oppressions insupportables ? Colonisations économique ? Culturelle ? Religieuse ? D’autant que l’accès au pouvoir a donné d’autres moyens…
La force sait se faire reconnaître, au nom de l’indépendance acquise, pour conduire le peuple vers la démocratie… le socialisme... le bonheur.
Vers le maintien au pouvoir…
Combien de mouvements révolutionnaires ont renversé des dictatures pour établir un meilleur régime, une démocratie politique, économique, sociale, le socialisme…
Combien de Staline, de Mao, de Castro, de Chavez, d’Ortega, leur succès politico-militaire acquis, ont utilisé leur force pour faire le bien de leur peuple… et surtout se maintenir au pouvoir… contre leur volonté ?
Combien de révolutionnaires devenus dictateurs pour un Pepe Mujica qui, d’abord guérillero avec les Tupamaros, a réussi à gagner, démocratiquement, le pouvoir à faire les réformes annoncées avant de se retirer sous sa tente ? Combien, pour un Nelson Mandela ?
Retour à Sartre
Quand Sartre signe la préface en septembre 1961, les négociations sont déjà engagées entre le gouvernement français et le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), la fin du conflit se profile : cessez-le-feu signé à Évian, le 18 mars 1962, Indépendance proclamée le 5 juillet 1962. Sartre, beaucoup moins perspicace que Fanon, continue à tirer à boulets rouges sur ceux qui ont bougé, trop peu, trop tard, pour de mauvaises raisons à ses yeux, dans l’opinion publique française : non-violents... un homme chez nous, un complice... nous avons profité de l’exploitation coloniale…
Et, n’hésite devant rien, autrefois notre continent avait d'autres flotteurs : le Parthénon, Chartres, les Droits de l'homme, la svastika. on ne prétend plus nous sauver du naufrage que par le sentiment très chrétien de culpabilité.
Il met sur le même plan les Droits de l’homme, qui n’ont pas été appliqués, et la svastika ! Et enferme les Français dans le sentiment très chrétien de culpabilité.
Meilleure façon de préparer l’avenir ?
L’histoire de France, et pas seulement, est une longue bataille, depuis 1789, autour des Droits de l’Homme. La France qui a perdu en Algérie, c’est celle des adversaires des Droits de l’Homme et de certains partisans dévoyés qui ont soutenu les entreprises coloniales.
Le récit national est aujourd’hui partagé entre le ressentiment de ceux qui soufrent de l’échec de la grandeur impériale de la France et ceux qui sont enfermés dans la culpabilité de ses méfaits.
Reste à valoriser la chaîne de tous ceux qui, quelles que soient les situations, ont lutté et continent de lutter pour les Droits de l’Homme, même et surtout s’ils ont été souvent qualifiés, ici, d’anti-France.
À une époque où ces Droits de l'Homme sont malmenés sur toute la planète.