Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
Par Paul ORIOL
Quelques réflexions complémentaires après la publication des résultats globaux
Le Monde publie les résultats des élections cantonales de 2004 et 2011 donc dans les mêmes cantons (1).
Première information qu'il est possible d'en tirer : avec plus d'un million d'inscrits supplémentaires, il y a 3 351 366 votants de moins. Le taux d'abstentions est passé d'une élection à l'autre de 36,09 à 55,68. Le parti des abstentionnistes a fait un véritable bond en avant.
Cet abstentionnisme touche-t-il également les différentes organisations ?
Les « partis de gouvernement », l'UMP et le PS, qui détiennent, à eux deux, toutes les structures électives de pouvoir ne représentent que 18,03% des inscrits en 2011 contre 28,9% en 2004 : désaveu total de ces organisations. Les électeurs n'espèrent rien des partis de gouvernement. Ils n'espèrent pas beaucoup plus des autres organisations. En cette période de crise, l'abstention est le mode principal de contestation des politiques.
Certes, une part de cette abstention est structurelle mais il ne faut pas oublier les forts taux de participation, lors de la dernière élection présidentielle (83,77% au premier tour et 83,97% au second) ou lors du référendum de 2005 (69,37%). Les nouveaux abstentionnistes ne sont pas apolitiques mais désespèrent de la politique et des politiques.
Comment des politiques qui se disent « démocrates », « républicains », ne sont-ils pas inquiets, peuvent-ils se satisfaire d'une démocratie à moins de 10% ? Peuvent-ils continuer, sans inquiétude, à jouer « au théâtre ce soir » en direct à la télévision ?
Sauf par leur vanité à exercer le pouvoir.
Le titre-commentaire du Monde, présentant les résultats comparés de 2011 à 2004, est :
«Tous les partis perdent des voix sauf Europe Ecologie-Les Verts ». Ceci n'est que
partiellement exact. EELVest la seule organisation à augmenter son nombre de voix qui
passe de 500 956 à 753 097, et encore plus son pourcentage de 4,08 à 8,22. Mais avec un
nombre de candidats qui est passé de 739 à 1172. En réalité, le nombre de voix par
candidat EELV a diminué : 643 au lieu de 678.
Les écologistes pouvaient espérer de meilleurs résultats, d'autant que Les Verts sont devenus EELV avec un certain élargissement militant et que l'élection avait lieu en pleine catastrophe nucléaire du Japon...
Le PS passe de 26,21% à 24,94% et perd un million de voix ! Cela devrait fortement le porter à des réflexions plus sérieuses que ces affrontements entre candidats en réalité non-candidats et non-candidats en réalité candidats.
Le nombre de voix du PS diminue alors qu'il présentait 1516 en 2011 contre 1504 en 2004. Soit 1507 voix par candidat en 2011 contre 2 138 en 2004.
Ceci n'est pas dû à la multiplication des candidatures à gauche : l'extrême gauche a moins de candidats (368 contre 1543) d'une élection à l'autre ; le PC en avait 1671 en 2004 et 1638 (PC+PG) en 2011. Le PRG, les divers gauche avaient aussi moins de candidats en 2011.
Tous ces partis perdent des voix et si le résultat en pourcentage peut faire illusion, le Front de gauche en 2011 arrive à 8,92% contre 7,79% en 2004, cela ne traduit pas un engouement immodéré. Tout au plus peut on dire que le Front de gauche freine la descente aux enfers du PC. Et dans la perspective de alliances futures éventuelles avec le PS pour les législatives, Front de gauche et EELV ont le même poids dans ce « sondage » auprès des électeurs.
La droite classique est largement battue. Si on compare les résultats, toutes droites confondues (y compris UDF en 2004 et Modem en 2011, non compris l'ED), elles recueillaient 4 729 874voix (37,1%) soit 2211 par candidat (2139) en 2004 et 3 020 551 voix (32,96%) soit 1066 voix par candidat (2833). Une chute de plus de 1,7 million de voix.
En ne considérant que l'UMP, 2 570 193 voix (20,96%) pour 1380 candidats (1862 voix par candidat) en 2004 et 1 554 726 (16,97%) pour 1138 candidats (1366 par candidat) en 2011, la chute est encore plus sévère.
De son coté, le FN, avec 1 379 933 voix pour 1441 candidats (958 voix par candidat) en 2011 contre 1 486 840 et 1850 candidats en 2004 (804 voix par candidat), perd des voix d'un scrutin à l'autre. Mais il présentait beaucoup moins de candidats, essentiellement semble-t-il pour des raisons financières. Sa progression en pourcentage, de 12,12 à 15,06 tient, probablement, au fait que les abstentionnistes sont moins nombreux dans son électorat et qu'il présentait moins de candidats, donc de préférence dans les circonscriptions les plus favorables.
Dans ces élections aucun parti ne peut, objectivement, être satisfait des résultats.
Reste qu'en fonction des commentares dominants, de reports de voix du second tour, de la répartition des élus, le jeu des interprétations partisanes va reprendre.
Par ailleurs, ces élections « apolitiques » ont déjà eu des conséquences sur l'UMP qui est dans le brouillard. Elles peuvent avoir des conséquences sur la composition du sénat.
1 - Le Monde 24/03/11
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