Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
En quelques semaines de campagne, les citoyens ont appris bien des choses :
un policer déclaré « décédé » par le premier ministre le vendredi, est ressuscité le dimanche (et cela quelques semaines avant Pâques),
un Noir peut être autre chose qu'un footballeur de série B ou un délinquant récidiviste et nien que fils d'immigrés soninkés battre un prince issu de la noblesse polonaise,
tous les pompiers catalans ne sont pas des terroristes basques,
un candidat, raciste et pas de gauche avant le premier tour des régionales, n'est ni raciste, ni de droite après le second,
les Corses ne valent guère mieux que les Auvergnats.
Surtout, nul ne peut ignorer qu'il y aura une élection présidentielle en 2012.
Quant à Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, n'ayant d'yeux que pour Nicolas, elle ne s'est pas aperçue qu'on lui faisait les poches et son portefeuille était vide quand elle l'a retrouvé !
TOUT LE MONDE GAGNE
enfin presque
Les grands gagnants sont le abstentionnistes, plus d'un citoyen sur deux : indifférence apparente, en réalité lucide, justifiée par le déroulement d'une campagne électorale dont le niveau ne méritait guère mieux. Cette importance de l'abstention relativise tout ce qui va être dit ici.
Parce que les sondages se sont trompés et que les comparaisons sont mauvaises, le score du Front national est apparu comme une surprise et en a fait un des grands gagnants de ces élections.
Les sondages prévoyaient entre 8,5 et 9,5%, le FN a recueilli 11,6% des sondages. Ce n'est pas une victoire du FN, c'est une erreur des sondeurs. On a beaucoup plus parlé de la surprise que des erreurs !
Avec 11,6% en 2010, contre 14,7% en 2004, ce n'est pas la victoire éclatante médiatisée. Conséquence, le FN perd 1 siège sur 4, 118 en 2010 au lieu de 156 en 2004. Certes, il fait mieux qu'aux européennes. Et c'est toujours trop. Mais il n'a pas de quoi pavoiser. Sauf que sa "victoire" est réelle puisqu'elle a été présentée comme telle (1).
Après les élections de 2004, la droite gérait 2 régions (Alsace et Corse) sur 26, 24 étaient à gauche (y compris le Languedoc-Roussillon avec Georges Frêche). Lors des élections de 2010, la droite a gagné dans 3 régions (Alsace, Guyane, Réunion) et perdu la Corse. La gauche gérera donc 21 régions. Le Languedoc-Roussillon est toujours avec Frêche qui n'est plus à gauche puisqu'il a gagné contre tous les partis de gauche désunis !!!! Faut-il en conclure qu'une "blanche" (Corse) vaut plus que deux "noires" (Guyane, Réunion) ?
Inutile de revenir sur la défaite de Sarkozy et la "victoire" du PS. Tout a été dit.
Pour Europe-Écologie, les choses sont plus complexes. Les résultat ne peuvent être comparés avec ceux de 2004 où les Verts n'avaient pas présenté des listes autonomes. Mais l'élection de 2010 a probablement doublé le nombre d'élus. Ici encore, partant des résultats des élections européennes, Europe-Écologie avait de grandes ambitions et a connu une certaine déception. Mais ce qui, au moment des Européennes, était un choix novateur et adapté à l'élection (programme européen, ouverture, têtes d'affiches) avait un coté "rebelote" et même marketing aux régionales (pourquoi Europe-Écologie et non Régions-Écologie si ce n'est pour jouer sur l'effet de marque). Il n'en reste pas moins que Europe-Écologie est par cette élection la deuxième force de gauche.
Le NPA n'a pas réussi son pari de créer un pôle révolutionnaire et s'est même divisé, une partie a rejoint le Front de gauche. Son isolement a conduit à la formation d'une opposition interne significative. Et LO est peu apparu dans cette élection. Même si l'un et l'autre peuvent revenir sur le devant de la scène dans d'autres occasions.
Ensemble pour des régions n'a pas su ou voulu lancer une ouverture large, unitaire et dynamique. L'appareil du PC - le plus important encore mais pour combien de temps ? - s'est enfermé dans le Front de gauche (volontairement et avec l'aide des média). C'est un progrès par rapport aux élections régionales de 2004. Mais le Front de gauche n'a pas pu créer une dynamique comme l'avait fait Europe-Ecologie avec les Verts aux européennes. Les pratiques d'appareil ont pris le pas sur l'ouverture y compris interne ! L'appareil n'a pas franchi le pas et se trouve maintenant devant une importante contestation interne qui va encore l'affaiblir.
Finalement, le Front de gauche s'est installé au niveau national mais son nombre de sièges sera inférieur à celui détenu antérieurement par le seul PC. De plus, le PC n'est plus le partenaire privilégié du PS. Finalement, la gauche de gauche reste dans ses divisions depuis 2005.
L'ÂGE DU CAPITAINE
Cette élection n'a pas entraîné un renouvellement des « élites » régionales. C'est d'abord une victoire des présidents de région.
En comparant l'âge des candidats à la présidence des régions qu'ils soient élus ou battus et en ne tenant compte que des réellement présidentiables, il apparaît que les têtes de liste de gauche ont, en moyenne 62,65 ans et ceux de droite 54,62, qu'il y a 3 femmes pour la gauche et 6 pour la droite.
Le rajeunissement et la féminisation n'ont pas soufflé sur la gauche. Il est vrai qu'il est plus facile d'ouvrir les candidatures quand il n'y a pas de président sortant... Mais la clé de l'avenir n'est pas dans les présidences à perpétuité même si, dans un premier temps, elles favorisent le maintien des équipes en place.
1 - http://www.observatoire-des-sondages.org/Le-vote-Front-National-aux.html