Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
"La question européenne est entré en fanfare dans la campagne présidentielle. Elle n'en sortira probablement pas." C'était la conclusion d'un précédent billet (1) qui est confirmé par l'actualité maisd'une façon peu claire et plus politicienne que politique.
Jusqu'aux élections actuelles en France, l'Union européenne était la grande absente de toutes les élections fussent-elles européennes. Ce qui était une aberration, toute politique nationale étant désormais européenne. Dans la présente campagne, il ne se passe pas de journée sans que cette question ne soit, bien ou mal, sur le devant de la scène. C'est même, probablement la seule question importante qui soit abordée par la plupart des candidats.
Il y a plusieurs façons d'aborder la question : soit s'indigner que des responsables politiques de pays de l'UE veuillent se mêler des affaires "françaises" qui sont, répétition, en réalité européennes, soit essayer de démêler ce qui se passe derrière l'affiche...
Que des responsables politiques aillent chercher une reconnaissance à l'extérieur est une démarche classique que même une candidate nationaliste a entreprise, sans grand succès d'ailleurs, aux États-Unis, en Israël, avant d'aller valser à Vienne. D'autres l'avaient fait avant elle, d'autres le feront après, sans que personne ne fasse état de ses sueurs froides.
Ségolène Royal l'avait fait en son temps. Sarkozy a fait deux prestations télévisées successivement avec Barak Obama et Angela Merkel alors qu'il n'était bien évidemment pas candidat...
Aujourd'hui, on parle beaucoup des demandes de rencontre et des voyages infructueux de François Hollande dans les capitales européennes. Il y aurait même une alliance, une machination à la demande d'Angela Merkel, certes démentie, avec
Mariano Rajoy obligé d'annoncer qu'il ne pourra tenir les promesses de l'Espagne quant à son déficit,
David Cameron, grand européen, décidément peu rancunier que son ami Sarkozy a récemment fustigé à Bruxelles, et qui n'a pas signé le dernier projet de traité qu'il veut voir appliqué sans faille par les autres,
Mario Monti qui a lancé un appel des 12 pour ajouter une part relance "oubliée" dans le traité.
Cette alliance conservatrice inquiète même certains conservateurs allemands et autres européens qui se souviennent que les alliances entre gouvernements allemand et français ont bien fonctionné même et peut être surtout quand ils avaient des orientations internes différentes (Giscard-Schröder, Kohl-Mitterrand).
Ils pensent que ce coup de pouce pourrait être un coup de poignard dans le dos de Sarkozy s'il réveillait un nationalisme français qui viendrait renforcer l'avance aujourd'hui, sondagière de François Hollande. Que la volonté un peu trop voyante de Merkozy se traduit par un ressentiment populaire essentiellement antiallemand en Grèce et qu'il n'est peut être pas opportun de faire naître un tel sentiment en France. Que, pour certains, les dés étant jetés, il n'est pas bon de jouer, ouvertement, contre un futur interlocuteur légitimé par une élection récente surtout quand on n'est pas sûr soi-même d'être réélu.
Il ne faut pas être trop mesquin et penser qu'Angela Merkel a pu être indisposée par le soutien que François Hollande a apporté à ses amis du SPD. Ce qui peut gêner Angela Merkel c'est que François Hollande, qui n'a aucun poids international comme le répètent Nicolas Sarkozy et ses amis, est peut-être plus visible que beaucoup de ceuxqui ne se satisfont pas de la politique "austéritaire" de Angela Merkel. Car il n'est pas le seul.
La Confédération européenne des syndicats est une organisation modérée. Elle a cependant organisé le 29 février une journée européenne contre le nouveau traité qui "imposera davantage d’austérité budgétaire en Europe et empêchera la relance de l’emploi. Le syndicat européen déplore que la croissance et l’emploi ne fassent pas l’objet d’engagements chiffrés au même titre que la rigueur budgétaire".
En Allemagne, le 28 avril, les négociations salariales vont commencer et les trois principaux syndicats allemands, IG Metall, IG BCE (chimie) et Verdi (service public), s'appuyant sur les chiffres de la croissance allemande et la masse des dividendes distribués, avancent pour leurs huit millions de salariés, une dema nde de hausse de salaire de 6% : les dividendes ont augmenté de 87% en 10 ans et les salaires de 12%. Hausse propre à relancer la consommation intérieure en Allemagne, hausse demandée bien au delà des syndicalistes, par des politiques (y compris un ministre d'Angela Merkel) et des économistes.
Au niveau de l'UE, douze chefs de gouvernement, dont le trio des "conjurés" (David Cameron, Mario Monti et Mariano Rajoy) mais aussi les Pays-Bas, la Finlande, la Suède, l'Irlande, la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne, la Lettonie et l'Estonie, ont écrit une lettre ouverte aux présidents de l'UE Herman van Rompuy et de la CE José Manuel Barroso pour affirmer leurs priorités pour relancer la croissance européenne. Sans la signature de la France et de l'Allemagne. Trahison ? Contre-feu ?
Tout ceci montre qu'au moment où Nicolas Sarkozy est aussi mal en point dans les sondages que dans les agences de notation, la seule Angela Merkel perd un peu de son autorité et certains proposent une politique de relance qu'elle a toujours refusée jusqu'ici. Peut-être veulent-ils prendre la place au moins momentanément vacante de Nicolas Sarkozy.
Certes les douze ne remettent pas en cause le traité ni la politique néo-libérale de l'UE. Mais François Hollande met-il en question cette politique ?