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Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.

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L' ETRANGER

 

Après 40 ans d'absence, le film* de Luchino Visconti, inspiré de "L'ETRANGER" d'Albert Camus, vient de ressortir.

Lors de ma première lecture de l'Etranger, j'avais été frappé, et séduit, à la lecture du livre par la parfaite adéquation de la forme et du fond. Peut-être aussi parce que j'étais prêt à accueillir cette impression d'extériorité sinon au monde, du moins à un certain monde dont je ne voulais pas qu'il soit le mien.

 

Durant mon séjour en Algérie, j'ai eu connaissance de 2 critiques qui m'ont paru fort intéressantes que je rapporte ici avec mes mots.

La première d'Alain Robbe-Grillet qui montrait justement que par la forme, Meursault n'était pas aussi étranger au monde que cela et que tout un vocabulaire subjectif semblait dire le contraire.

En effet, il y a un certain contraste entre les phrases simples, évidentes, factuelles qui décrivent les événements, les personnages, les sentiments dont l'importance est encore relativisée par une incidente qui en dit la banalité ou l'évidence. Au contraire, la nature, notamment le soleil et la mer, sont quasiment des personnages : "la campagne lumineuse, gorgée de soleil", "les vague longues et paresseuses", " la mer immobile et plus loin un cap somnolent"... Comment les protagonistes du procès pourront-ils comprendre et la banalité du quotidien, y compris la mort d'une mère, et le rôle d'un personnage comme le soleil !

Cette critique m'a fait apprécier une qualité de "l'étranger" que je n'avais pas pu ou voulu voir, alors que la première et la dernière phrase du livre conservent toute l'intensité que j'avais ressentie lors de la première lecture.

 

La seconde critique importante a été faite par le Dr Ahmed Taleb Ibrahimi , plusieurs fois ministre, qui montrait que le livre était l'oeuvre d'un pied-noir, d'un étranger à l'Algérie. D'autres l'ont dit aussi. Mais on peut prétendre que Camus ne fait que décrire une situation. Celle de Meursault. Quand Meursault parle des personnages, tous ont un nom, le plus souvent à consonance espagnole ou italienne (Figeac, Masson mais aussi Perez, Cardona, Salamano, Sintès) sauf l'Arabe qui, bien sûr, a un couteau (Raymond a un révolver et une maitresse mauresque) et ses amis, les Arabes, qui restent anonymes.

Ces personnes peuvent être considérées comme le monde et la vision du monde de Meursault. C'est plus difficile quand Meursault relate son procès. A aucun moment, il n'est question de la personnalité de la victime, les témoins "arabes" ne sont pas cités... Ne défilent que les témoins "européens". C'est effectivement l'âme du criminel qui est jugée et non son crime qui, finalement, a peu d'importance. Un Arabe est tué !

 

Finalement, ces critiques sont justifiées et si la situation du personnage et de l'auteur peut expliquer la génèse de l'Etranger, cela n'enlève rien à la qualité de ce livre et à son universalité.

Les Algériens sont certainement plus étrangers à Meursault que la nature algérienne. Mais Meursault est surtout étranger à lui-même. A ses propres sentiments qu'il refuse ou qu'il examine aussi froidement que ceux des autres ou les événements banals de la vie quotidienne comme la mort de sa mère ou le retour des sportifs du stade. Ce n'est que dans sa cellule qu'il reconnaît avoir eu des moments heureux.

 

De son vivant, Camus s'est opposé à l'adaptation de son livre au cinéma. Visconti a dû attendre 1967 pour pouvoir faire le film avec l'obligation de respecter le livre. Ce qu'il a fait. Je ne doute pas que Visconti ait essayé d'ajouter sa touche personnelle. Ce n'est pas à cela que j'ai été sensible. L'image ajoute de la chair a un texte dont la richesse était justement la sécheresse apparente. Lors de sa sortie, cela m'avait énormément géné. Je trouvais les images en contradiction avec le texte. Aujourd'hui, je n'y vois qu'une banale illustration d'un texte qui n'en demandait pas tant.

 

Les seules images que je retiendrai sont le visage de Mastroïani-Meursault en prison et son tête à tête avec le prêtre, après sa condamnation à mort.

 



* Lo straniero ( L'Étranger ), 1967, réalisé par : Luchino Visconti, d'après le roman d'Albert Camus avec Marcello Mastroianni, Anna Karina, Bernard Blier, Georges Wilson, Bruno Cremer.

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