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Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.

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HISTOIRES EXTRAORDINAIRES (1) D'HOMMES ET DE FEMMES ORDINAIRES

L'Histoire est faite de multiples histoires méconnues.
En voici quelques unes. Qu'il faudrait raconter avec des talents de romancier que je n'ai pas. A partir de notes accumulées durant la vie que je n'ai pas prises. Il n'empêche. Je vais relater là, dans ce que j'en ai connu, la vie de quelques personnes que j'ai rencontrées avec une sécheresse notariale du langage. Je regrette, aujourd'hui, de ne pas les avoir interrogées. Il ne s'agira donc que de bribes de vie. Que ces quelques lignes me permettront de revivre. Même si je ne suis pas capable de les faire partager au lecteur éventuel.
Ces vies sont exceptionnelles. Mais elles ne sont probablement pas plus exceptionnelles que celles de multiples inconnus, croisés ou non. Anonymes ou discrets.
J'ai connu ces personnes, essentiellement en Algérie dans les années 60. Alger était alors un foyer en ébullition. Il s'y trouvait une "légion étrangère" de la Révolution. Je n'ai pas été un acteur de ce milieu, je ne l'ai fréquenté que marginalement. Si ceux qui l'ont réellement fréquenté prenaient la plume, des volumes pourraient être écrits. Mais pour beaucoup, il ne s'agissait pas d'écrire mais de faire. Même si tous ne faisaient pas.
Pour parler de ces vies, je n'ai aucun mandat. Aucune connaissance historique pour les replacer dans leur contexte. Aucune note. Je n'ai fait aucune recherche. Seulement le souvenir d'anecdotes, de conversations avec les uns ou les autres et une mémoire incertaine.
1 - Guillaume et Simone VIGNOTE
Guillaume était pharmacien en Espagne au moment de la guerre civile à laquelle il a participé dans les rangs socialistes. Au cours de laquelle, il n'a pas hésité (c'est lui qui me l'a dit) à envoyer à la mort un membre de sa famille qui n'était pas du bon côté.
Bien entendu, comme l'ensemble de la gauche, il a perdu cette guerre et s'est retrouvé en Algérie. Il a alors été envoyé casser des cailloux sur le Méditerranée-Niger, ligne de chemin de fer qui s'est perdue quelque part dans les sables du sud de l'Algérie. A la Libération, il a demandé la nationalité française qui lui a été refusée. Il était devenu communiste !
En Algérie, il a rencontré Simone. Elle s'était mariée à 17 ans pour fuir le milieu familial. Guillaume et Simone avaient chacun, de leur premier mariage, un fils. Celui de Guillaume est devenu médecin, je l'ai rencontré une fois à Oujda.
Car pour des raisons que j'ignore, Guillaume et Simone ont quitté l'Algérie pour s'installer à Oujda. C'est là où je les ai rencontrés pour la première fois. Plus exactement à Saïdia. Par piston, je m'étais fait engager comme infirmier dans une colonie de vacances. C'était pour moi, le premier pas d'un rêve : aller en Afrique.
Guillaume et Simone vivaient à Oujda. Guillaume était pharmacien à l'hôpital. Ils ont eu deux enfants qui étaient à la colonie de vacances et eux logaient en ville.

Cette colonie de vacances, sous toile de tente, était au bord d'une plage magnifique. Et peu éloignée de la frontière algéro-marocaine au point que les projecteurs de la ligne Morice balayaient et éclairaient de leur faisceau lumineux la colonie de vacances pendant la nuit. Tandis qu'on entendait, dans le lointain, les coups de feu des armes automatiques entre membres de l'Armée de libération nationale algérienne qui essayaient d'entrer ou de sortir d'Algérie et les militaires français qui voulaient leur barrer la route.

 

J'avais, à cette époque, un ami qui faisait son service militaire dans cette région, du côté Algérie. De temps à autre, il allait se baigner à Port Say, en Algérie. Bien sûr, nous n'avons pu nous rencontrer pendant mon séjour à Saïdia. Nous étions séparés par une ligne de défense de fil de fer barbelé,.. et une guerre. Plus tard, je suis allé à Port Say (El Marsa, je crois) qui est une plage encore plus belle que Saïdia.

Au Maroc, du temps du protectorat, Guillaume s'était rangé du côté des Marocains contre la France. Lors de l'indépendance du Maroc, il a demandé la nationalité marocaine qui lui a été refusée parce qu'il était communiste.

Quand j'ai connu le couple, le Maroc avait retrouvé son indépendance et abritait une forte colonie algérienne et en particulier l'armée algérienne sous les ordres d'un certain colonel Boumedienne. A cette époque, Guillaume était à leurs côtés. Il avait mis ses compétences à leur service, sans que je connaisse son rôle exact. Mais lors de l'indépendance de l'Algérie, Guillaume, Simone et leurs deux enfants sont rentrés en Algérie et se sont installés rue Pasteur où ils ont bénéficié d'un "bien vacant" : ces appartements abandonnés par les pieds noirs lors de l'été 62, récupérés par les Algériens et attribués par le gouvernement sous le nom de "biens vacants".

C'est là que je les ai retrouvés, je ne sais plus comment, quand je suis arrivé en Algérie comme coopérant (de 1964 à 1972).

Guillaume était pharmacien à l'hôpital Mustapha d'Alger. Il a alors demandé sa naturalisation pour devenir algérien. Qui... lui a été accordée. Mais entre temps, il y a eu le coup d'Etat de Boumedienne et Guillaume, communiste était donc au PAGS (Parti de l'avant-garde socialiste, suite du Parti communiste algérien) et a été emprisonné à Lambèse. Lambèse, au sud de Constantine, a une imposante prison construite, du temps de la France, avec les pierres romaines. Il ne pouvait se plaindre !

J'étais alors à Constantine. Quand j'ai appris l'arrestation de Guillaume, pensant qu'en plus du choc, Simone devait avoir des problèmes matériels, j'ai envoyé de Constantine une petite somme par la poste à Simone. Peu courageux, de façon anonyme, avec l'espoir d'éviter tout problème policier. Ce qui a causé un problème à Simone. Mon mandat était envoyé à Simone ; or Simone et Guillaume n'étant pas mariés. Elle avait toujours son nom de jeune fille. Je ne sais si je le connaissais à ce moment là mais je n'avais pas du tout pensé à la question. Simone avec beaucoup de complications a réussi à toucher cet argent. Je l'ai appris plus tard.

Simone et Guillaume n'étaient pas mariés, non par volonté (comme nous. J'étais au PSU et , Guillaume me traitait, amicalement, de trotzkiste, de contre tout) mais par impossibilité. Si Simone était divorcée, Guillaume ne pouvait divorcer, le divorce n'existant pas en Espagne. Alors Guillaume s'est converti à l'islam qui permet la polygamie. Il a pu ainsi se marier avec Simone.

En Espagne, des amis ont déclaré qu'il avait disparu. Ce qui a permis à sa femme, espagnole, de se remarier. Disparu et bigame !  Quand j'en ai parlé plus tard à leurs enfants, ils semblaient l'avoir ou oublié ou ignoré ! Le mariage de Simone et Guillaume a eu lieu, après la sortie de prison de Guillaume.

Mais à sa sortie de prison, Guillaume n'a pas été repris comme pharmacien à l'hôpital Mustapha. Il a fallu qu'il attende quelque temps pour trouver du travail. Grâce à un ministre de gauche dont j'ai oublié le nom, il a été nommé à la SOALCO (Société algérienne de conserverie) pour mettre sur pied le contrôle sanitaire de la production...

Ses fonctions l'ont amené à voyager en Europe et il est même revenu en Espagne où, avec Simone, ils ont retrouvé sa première épouse et ainsi, il s'est promené bras dessus bras dessous avec ses deux femmes, légitimes. La première présentant la seconde à ses amis en disant :

  • C'est Guillaume et son épouse. Je l'ai supporté 3 ans, elle le supporte depuis 30 ans !

Simone était femme au foyer. Elle mettait ses talents de couturière au service de ses amies. Ayant deux enfants d'une vingtaine d'années, leur appartement était trés fréquenté par de jeunes coopérants et coopérantes qui utilisaient ses compétences de couturière.

Lors du tournage à Alger de "Z", elle a été embauchée comme couturière sur le film. Elle s'est bien entendue avec la couturière en titre, elle a ensuite été embauchée à plusieurs reprises sur le tournage de films en France ce qui a fortement augmenté les revenus du ménage, car elle devait gagner beaucoup plus que Guillaume. Elle a aussi travaillé sur d'autres films algériens dont les "Hors la loi".

Lors d'un de ses voyages en France, Simone est allée à une fête du journal Libération. A la sortie de la fête, Libération était en vente avec, en première page, une photo du visage hilare de Simone.

Je ne sais combien d'exemplaires de cette première page elle a reçu à Alger. Je ne suis pas sûr que cela ait fait un grand plaisir à Guillaume.

Chez les Vignote, il n'y avait pas que les coopérants qui défilaient. Malgré son séjour en prison, Guillaume était toujours en contact avec la gauche algérienne dont des membres ou anciens membres du PAGS, il était très ami avec Ali Zamoun, grande figure de la gauche algérienne et ils ont accueilli Kateb Yacine lors de ses pérégrinations nocturnes dans Alger...

Cette continuité avec le PAGS a valu à Guillaume une autre brève arrestation. Probablement un message pour lui dire qu'il devait se tenir tranquille, qu'il était sous surveillance.

Des films ont té tournés dans leur appartement et Simone a joué dans "Bab el oued city",  ce qui lui a valu une certaine notoriété.

Après le décès de Guillaume, Simone a vécu seule pendant quelque temps à Alger. Leurs deux enfants se sont mariés en France et vivaient en France mais Simone, comme Guillaume, se voulaient profondément algériens. Elle voulait donc rester à Alger. Faisait des aller-retour. Mais au bout de quelque temps, elle a été menacée par des jeunes de son immeuble qu'elle avait vu grandir. Menace sérieuse ou espoir de récupérer un appartement qui était vide une bonne partie de l'année ? Elle a dû se résoudre à quitter l'Algérie.

Elle a vécu pendant plusieurs années dans un foyer, touchant en tant que française, le RMI. Elle sortait beaucoup dans Paris, ne manquant aucune manifestation culturelle algérienne tant que son état de santé le lui a permis, fréquentant les amis qu'elle avait connus à Alger et qui maintenant se retrouvaient à Paris. Lors d'une cérémonie culturelle, elle a été présentée comme la "grande dame du cinéma algérien" ce qui la faisait bien rire !
Pour notre part, nous allions la voir toutes les semaines pour l'amener au restaurant. Et parler de... l'Algérie.
Jusqu'au jour où elle a du être hospitalisée...


NB : Quand on cherche Guillaume VIGNOTE sur Google, on ne trouve aucune référence. Pour Simone VIGNOTE, il y en a 73 ou 158, de peu d'intérêt. Presque toutes tournent autour de Bab el oued city. Un seul site est intéressant qui publie un long entretien avec Simone tiré d'un livre que je n'ai pas lu.

Vivre en Algérie: des françaises parlent : enquêtes 1989-1995 - Andrée Dore-Audibert, Annie Morzelle - 1997 - 221 pages



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