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Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.

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DES VENTS MAUVAIS SOUFFLENT SUR L'EUROPE..

 

 

Depuis quelque temps, deux graves dangers menacent l'Europe : la régression sociale et la montée de l'extrême-droite et de la droite extrême. En réponse, les luttes restent essentiellement nationales. Est-ce suffisant si on veut faire reculer la Commission européenne (CE) et les gouvernements des 27 pays de l'Union européenne (UE) et construire une Europe démocratique, sociale, écologique...?

 

Un pacte de stabilité intermittent

 

Depuis Maastricht, la politique des États européens est en pilotage automatique : pacte de stabilité sous contrôle d'agences privées de notation. Les gouvernements ont organisé leur impuissance et leur irresponsabilité.

 

Quand la crise survient, oubliant contrôles et contraintes, gouvernants, fonctionnaires internationaux, financiers trouvent l'argent nécessaire pour remettre à flot les établissements bancaires ou les entreprises, sous les yeux attendris des commentateurs. Le système est sauvé, au moins momentanément, les responsables de la crise aussi, avec bonus et retraite chapeau.

 

Le chant des contraintes réapparaît alors. La proximité du pouvoir et de l'argent permet de trancher rapidement la question de savoir qui paiera : les victimes de la crise. D'où la remise en cause de la protection sociale dans tous les pays de l'UE.

 

Hier, Sarkozy, l'Américain, se voulait l'ami de Bush. Aujourd'hui, l'ami de Merkel. Dans tous les cas, l'ami de ceux sur lesquels il peut s'appuyer pour faire avancer sa politique libérale. En effet, le modèle est la rigueur imposée depuis dix ans aux salariés allemands.

Sur cette voie, les gouvernements de l'UE appliquent des règles similaires : diminution de la durée d'indemnisation du chômage (Danemark) et des allocations familiales (Danemark, Espagne), licenciement de fonctionnaires (Roumanie) ou non remplacement lors de départ à la retraite (Espagne, Portugal), recul de l'âge de départ à la retraite (Espagne, Grèce), gel des retraites (Espagne), augmentation de la TVA (Espagne, Grèce, Hongrie, Portugal, Roumanie,Slovaquie), suppression du 13ème mois des retraites (Grèce, Hongrie), baisse des subventions à l'agriculture et aux transports publics (Hongrie) ou à la culture (Lituanie), augmentation des taxes sur le tabac, l'alcool (Grèce, Slovaquie), les carburants (Grèce), diminution ou blocage du traitement des fonctionnaires (Irlande, Italie, Lituanie, Portugal, Roumanie, Tchéquie), diminution des pensions vieillesse (Lettonie, Lituanie, Roumanie), des dépenses santé et des investissements (Portugal)...

 

En France, la situation est caricaturale. Quand Fillon arrive à Matignon, il déclare l'État au bord de la faillite. Depuis, il a fait un grand bond en avant en distribuant les réductions d'impôt : bouclier fiscal, allègement des droits de succession, défiscalisation des heures supplémentaires, création de nouvelles niches fiscales... Les seules 468 niches fiscales amputent les recettes de 75 milliards d'euros au moins... En 2003, le Conseil des impôts en recensait 418... Plus de 200 ont été crées depuis 2000.

 

Les mésaventures de la femme la plus riche de France et ses relations avec d'innocents gouvernants qui ne la connaissaient pas ou si peu qu'ils ne correspondent que par enveloppes est un des feuilletons de l'été... Pendant ce temps, le chômage touche 10% de la population, 23% des jeunes, 13% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, 23% des Français ont ajourné des soins pour des raisons financières. Pour améliorer la situation, un fonctionnaire sur deux partant à la retraite n'est pas remplacé et on propose de reculer l'âge de la retraite de façon à payer des pensions moindres, tout en augmentant le nombre chômeurs, notamment de jeunes de plus en plus en chômage de longue durée !

 

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les manifestations du 24 juin, des 7 et 23 septembre, des 2 et 28 octobre soient, au delà des chiffres avancés ici ou là, des succès. Mais l'attaque des droits sociaux n'est pas réservée à la France. Et c'est dans l'Europe entière que la grogne sociale se manifeste.

 

En Europe, le taux de chômage est le plus élevé depuis 10 ans. Il a augmenté de 36% depuis 2007. Pour John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), le danger de la politique d'austérité des mesures gouvernementales est d'entraîner la récession quand l'économie en est déjà très proche. C'est aussi l'opinion du Fonds monétaire international (FMI), qui a lancé plusieurs avertissements en ce sens au cours des derniers mois !

 

Cette situation a entraîné la CES, pourtant très modérée, à lancer une euro-manifestation à Bruxelles, le 29 septembre. A la veille de la réunion des 27 ministres de l'économie, à quelques jours de la présentation des plans de la CE pour examiner les budgets nationaux et sanctionner les pays trop « laxistes » et définir les orientations pour les 10 ans qui viennent.

Cette manifestation a réuni 100.000 personnes venues de toute l'Europe pour dire "non à l'austérité". Cette journée d'action – la plus importante depuis 2001 (80 000 participants) à Bruxelles – était accompagnée ou précédée de multiples rassemblements ou manifestations : Lisbonne, Porto, Helsinki, Dublin, Rome, Riga, Varsovie, Bucarest, Prague (40 000 fonctionnaires dans la rue, le 21 septembre, plus grande manifestation depuis la chute du communisme), Athènes...

 

Mais l'événement le plus important de cette journée est la grève générale en Espagne contre le plan de rigueur : baisse des salaires des fonctionnaires de 5%, gel des retraites, suppression de certaines prestations comme le "chèque-bébé" pour les nouveaux parents ou l'aide aux chômeurs de longue durée et, surtout, réforme du marché du travail avec diminution des indemnités de licenciement et réforme des retraites avec report du départ à la retraite de 65 à 67 ans. C'est la première grève générale sous Zapatero, grève décidée par les deux centrales syndicales CCOO et UGT. Cette grève était soutenue par 54,6% des Espagnols. Tandis que les socialistes de Zapatero ne sont soutenus que par 28,5% des sondés contre 32,9 en septembre. Le niveau le plus bas depuis 2008.

 

Des luttes au niveau national peuvent avoir des résultats locaux : les travailleurs d'IG Metal, en Allemagne, ont obtenu une augmentation des salaires de 3,6% (ils demandaient 6%) par les grèves dans la sidérurgie des 22, 23, 24 septembre. En France, le gouvernement a fait de petits reculs sur la retraite des handicapés (de plus de 10% au lieu de 20) ou les mères de 3 enfants ou plus. Il est possible que devant la force des manifestations et les résultats des sondages tout au long du conflit, Sarkozy, pensant à 2012 et ayant montré à la droite sa détermination, ouvre des négociations sur d'autres questions sociales pour récupérer quelques voix "sociales".

 

Mais la question est européenne et un front revendicatif européen est nécessaire pour mettre en échec les projets de la Commission et s'opposer au front des 27 gouvernements de l'Union.

 

Une montée de l'extrême droite

 

Un autre grave danger menace les pays d'Europe, la montée de l'extrême-droite. Certains pouvaient croire que l'histoire du XXème siècle avait vacciné définitivement l'Europe, que l'extrême-droite n'existerait plus que sous forme d'un mauvais souvenir et d'un résidu.

 

Les Français sont bien placés pour savoir qu'il n'en est rien avec la carrière de son chef en France depuis plus de 50 ans, après d'autres comme Tixier-Vignancourt qui avait transmis le flambeau... Même s'il est difficile de l'imaginer dans le rôle de Hitler et de la solution finale, ses plaisanteries douteuses montrent bien qu'il en assume la filiation. Son dernier voyage au Japon aussi.

 

Mais la France n'est pas la seule à être atteinte. Dans certains pays comme l'Italie, l'Autriche, la Hongrie (parti Jobbik), des forces politiques se rattachent à une tradition nationale d'extrême-droite. Beaucoup plus étonnante est l'apparition de tels courants dans des sociétés que l'on croyait, ignorant peut-être leur histoire, au dessus de tout soupçon.

Aujourd'hui, des forces significatives d'extrême-droite existent dans différents pays en Europe :

  • En Autriche, l'extrême-droite fait un retour en force aux législatives de 2008 avec le Parti autrichien de la liberté (FPÖ) et un score de 18 % et l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) avec 11 % des voix, soit un total cumulé record de 29 % des suffrages exprimés.

  • En Belgique, le Vlaams Belang, parti flamand a recueilli 11,7% des voix en 2007, tandis que le Front national francophone obtenait 1,9%.

  • Au Danemark, depuis 2001, le pays est gouverné par le Parti libéral et le Parti populaire conservateur avec l'appui des parlementaires du Part populaire danois (Dansk Folkeparti), formation connue pour ses prises de positions très dures en matière d'immigration. Le DF a amélioré encore ses résultats en 2007 avec 13,2% des voix et 24 sièges de députés.

  • En Finlande, l'extrême-droite a obtenu de plus de 4 % des suffrages aux législatives de 2007 et 10% aux européennes de 2009. C'est maintenant la cinquième force politique du pays

  • En Norvège, présent au Parlement depuis 1973, le Parti du progrès (FrP) a obtenu près de 23 % des suffrages aux législatives de 2009.

  • En Suède, l'extrême-droite est entrée au Parlement en juin avec 5,7% des voix et 20 sièges qui lui donnent un position clé dans un parlement sans majorité de gouvernement.

  • Aux Pays-Bas, le populiste xénophobe Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté (PVV), vient de passer un accord de soutien sans participation au gouvernement.

Mais l'extrême-droite n'est pas tout. Certains, par conviction ou par électoralisme s'emparent du discours de l'extrême-droite notamment sur l'immigration. « Au Danemark, les sociaux démocrates ont perdu le pouvoir en 2001, après avoir, face au parti xénophobe et populiste... durci la politique de l'immigration ». « L'ancien Premier ministre travailliste, Gordon Brown, n'avait-il pas emboîté le pas du parti d'extrême droite BNP, en 2007, en pointant du doigt les immigrés polonais ?» (Le Monde 23 septembre 2010).

 

En France, c'est l'opération qu'a tenté et assez bien réussi Nicolas Sarkozy en 2007 pour s'emparer des voix du Front national. Mais ce n'est pas le premier à jouer de ce jeu... Il suffit de se souvenir des « chiites » de l'automobile ou « du bruit et des odeurs »...

En fait, depuis 1974, les Français sont soumis de façon régulière, en dehors de quelques accalmies, à des déclarations contre les immigrés responsables de tous nos maux, Nicolas Sarkozy et son équipe prétendent au titre de champion « toutes catégories ».

 

Élu en 2007, notamment grâce à un discours sécuritaire, voyant sa côte baisser dans les sondages, il a voulu repartir à la conquête de l'opinion en jouant sur des sentiments d'exclusion, de racisme... Mais il aurait dû se méfier. Car s'il est possible de drainer quelques voix du Front national, il n'est pas sûr que ce soit la bonne solution pour se faire réélire. Il risque de perdre au centre les voix qu'il gagne à l'extrême-droite par un alignement trop dur.

 

Le risque de ce matraquage permanent est qu'il n'entraîne, à la longue, une évolution de la population vers des sentiments de rejet. Cependant, on peut constater que ce n'est pas encore le cas.

Malgré un discours contre les immigrés qui dure depuis plus de 30 ans, les sondages de la "Lettre de la citoyenneté" montrent que le taux des réponses favorables au droit de vote aux élections municipales et européennes des résidents étrangers ont progressé de 32-28% en1992/94 à 50% lors des derniers sondages. Que dans tous les sondages, la question qui préoccupe le plus les Français, ce n'est pas l'immigration mais les difficultés sociales et notamment le chômage. Et les personnalités les plus prisées s'appellent Noah, Bon, El Maleh ou Zidane...

 

Malgré cela, Sarkozy a nommé son besson au ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire pour lancer un grand débat sur l'identité nationale qui a fait un grand flop conclu par un silence présidentiel. Les Français n'ont pas mordu malgré de multiples dérapages verbaux qui indiquaient bien la direction à suivre.

 

Devant ce échec et une chute continue dans les sondages, il a été décidé de reprendre le discours sur la sécurité qui avait déjà si bien servi agrémenté d'un énième projet de loi sur l'immigration qui choque même ses électeurs traditionnels et la hiérarchie catholique (d'où un voyage de notre chanoine du Latran à Rome) et d'une circulaire discriminatoire épinglée par les organisations de solidarité, ce qui est habituel, par les autorités religieuses et aussi par la Commission européenne ce qui l'est beaucoup moins. Circulaire qui a d'ailleurs été remplacée, à la suite de ces protestations, par une circulaire plus acceptable dans la forme sans que son auteur ait démissionné, ni son ministre de tutelle déjà condamné en correctionnelle pour des propos racistes.

 

Mais là encore, le but recherché n'a pas été atteint. Le "président outragé d'un grand pays" n'a pas réussi à faire naître une solidarité dans l'indignation nationaliste. Mais un courant d'indignation contre l' arrogance d'un chef d'État qui méprise le règles d'un traité qu'il a fait adopter contre la volonté de son peuple. Et par la même occasion le mépris pour le « petit » État du Luxembourg. Pour les commissaires aux ordres du gouvernement de leur pays d'origine... Finalement, Sarkozy a cependant reçu un soutien important, celui de Berlusconi qui a du renoncer de son coté à relever les empreintes digitales et à photographier tous roms en Italie !!

 

Il n'est pas sûr que les Français soient d'accord pour retirer leur nationalité à ceux qui l'ont choisie et non héritée. Si Brice Hortefeux veut faire la liste des Français qui portent un préjudice grave à la France et auxquels on pourrait retirer la nationalité, il devrait essayer de mettre Nicolas Sarkozy en première ligne. Peut-être ferait-il un bond personnel dans les sondages.

 

(Article, avec quelques petites modifications, déjà publié dans Rouge et Vert n°313 du 07/10/10)

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