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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 12:17
Coronavirus et politique

L’épidémie due au coronavirus est l’occasion de vérifier que la communication et la prévision sont des arts difficiles qui ont peu à voir avec l’information et les faits. Quand la communication domine l’information, il n’est pas étonnant que celle-ci soit déformée jusqu’à l’incohérence peu favorable pour obtenir le comportement espéré de la population. Les politiques, fuyant leur responsabilité, mettent alors en cause l’indiscipline des Français.

Mais la politique est aussi un art difficile.

La décision concernant les élections municipales l’a bien montré. Emmanuel Macron savait qu’il serait critiqué, sévèrement, par l’opposition. Il ne lui restait qu’à prendre la décision qui lui paraissait la plus juste et en cohérence avec l’ensemble des décisions prises dans la gestion de la crise due au coronavirus.
S’il avait ajourné les élections municipales, l’opposition aurait crié à la peur de la débâcle électorale du parti présidentiel, à l’atteinte à la démocratie, à la dictature. Il a consulté, notamment, Gérard Larcher, président du Sénat, deuxième personnage de l’État, François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF) qui se sont opposés au report. La décision prise, tout le monde lui tombe dessus et notamment les petits camarades de Larcher et Baroin

Cette position pouvait paraître discutable. D’autant qu’elle ne concernait pas le second tour et rendait donc tous les résultats difficiles à proclamer. Elle devenait totalement incompréhensible, le samedi, après les annonces d’Édouard Philippe de tout arrêter sauf les élections ! A se demander qui gouverne du président de la République ou du chef de gouvernement.

Bien entendu, le président et le premier ministre se cachent derrière l’avis du Conseil scientifique. D’après Checknews, le président de ce conseil, Jean-François Delfraissy a déclaré : Une des décisions prises par le président de la République est de conseiller […] une réduction très forte de la vie sociale des personnes au-dessus de 70 ans. Ces personnes néanmoins auront accès aux courses tous les jours. La question posée était : est-ce que finalement aller voter est comparable avec aller faire ses courses dans un supermarché. Le conseil scientifique a considéré qu’il n’y avait pas d’élément pour penser qu’il y aurait un surrisque pour ces personnes à condition que les élections soient organisées de façon pratique […]. Le risque n’était pas plus grand que la possibilité qu’on leur laisse de continuer de faire leurs courses» (Libération 15/03/20).
Il existe, cependant, une petite différence : les personnes d
e plus de 70 ans, encore moins que les autres, ne peuvent reculer leurs courses de plusieurs mois. C’était possible pour les élections municipales sans mettre en danger la République. Le Conseil aurait pu donner le même avis pour le deuxième, le troisième, le énième tour : quelles que soient les circonstances. Le bureau de vote a peu de probabilités d’être plus dangereux que le marché !
Ce n’est qu’un avis, la décision appartient au président de la République.

Pour juger de l’évolution future de l’épidémie, tout le monde s’appuie sur les chiffres publiés dans les différents pays qui ont été les premiers pays touchés par le coronavirus. Pour ce faire, il faut avoir confiance dans les chiffres, toujours fournis par les États, et, pour les comparer, il faudrait qu’ils soient recueillis suivant les mêmes méthodes.
Concernant, les sujets contaminés, c’est strictement impossible : chaque pays ayant sa politique
sa politique de dénombrement et sa pratique des tests. Qui peut, en plus, varier dans le temps.
Cela n’empêche pas la publication des données quotidienne et leur
comparaison.

Le nombre de morts est certainement plus fiable s’il n’est pas manipulé par les gouvernements. D’après les renseignements fourmis par la Chine, touchée bien avant la France, il y aurait plus de 3000 décès depuis le début de l’épidémie pour 1,5 milliard d’habitants. Il y en a moins de 400 en France pour 67 millions d’habitants. Et certains nous en annoncent, si rien n’est fait, entre 300 000 et 500 000 ! Qui devrait être atteint dans un mois environ au rythme actuel de croissance, doublement tous les 3 ou 4 jours !!!
Incohérence des chiffes ?

Bien entendu, un tsunami n’est pas nécessaire pour épuiser les possibilités humaines et matérielles des services hospitaliers. Depuis 11 mois, des chefs de service hospitalier sont en gréve administrative, non pour demander une augmentation de salaire, cela tout le monde sait faire, mais pour demander un surcroît de moyens en matériel et en personnel pour faire face aux difficultés quotidiennes. Même si le coronavirus n’est pas plus qu’une grippe saisonnière, dont on n’entend pas parler, c’est une grippe supplémentaire, elle augmente fortement le nombre de cas auxquels les services hospitaliers doivent faire face. Avec un matériel et un personnel, insuffisants en temps ordinaire, le personnel étant plus touché que la population par le virus.
 

Tout le monde est d’accord, les moyens sont insuffisants. Quant aux responsabilités, c’est la faute des autres : Conseil scientifique, politiques, population qui ne suit pas les consignes…

Faut-il rappeler les déclarations des uns et des autres pour en sentir leur coté... dérisoire ? Christophe Castaner, prévenant avait fait ses calculs, faux d'ailleurs : Il y a en moyenne 1 000 électeurs par bureau de vote. Avec une participation de 60%, soit 600 personnes  à venir voter en l'espace de 10 à 12 heures, cela revient à 30 à 40 personnes par heure dans un même bureau. Ce qui permet d'éviter les contacts physiques.

Différences dans les déclarations d’Agnès Buzyn en quelques semaines. Il est regrettable, pour elle surtout, qu’elle n’ait pas parlé plus tôt si ce qu’elle dit, maintenant, est vrai. Si elle pensait qu’un tsunami arrivait…

La santé publique souffre de l’accumulation de pénuries organisées depuis des années. Aujourd’hui, le président Macron découvre les bienfaits de ce que, depuis son arrivée à la présidence, il s’efforce de réduire encore. Le service public, la notion de service public. Il rend hommage aux professionnels à ceux qu‘il a refusé d’entendre depuis des mois, pas seulement aux hospitaliers… Un hommage, cest bien et cela ne coûte pas cher. Nous avons en France les meilleurs virologues, les meilleurs épidémiologistes, des spécialistes de grand renom, des cliniciens aussi, des gens qui sont sur le terrain et que nous avons écouté, comme nous le faisons depuis le premier jour. Tous nous ont dit que malgré nos efforts pour le freiner, le virus continue de se propager et est en train de s'accélérer. Nous le savions, nous le redoutions.

Il savait tout ! Comme le dit Agnès Buzyn. Avant cette guerre comme avant une autre, il ne manquait pas un bouton de guêtre. Il ne manque que les masques qui sont inefficaces aujourd’hui mais qui risquent d’être fortement conseillés demain quand ils seront disponibles (Pour les masques FFP2, 70 à 80% des masques achetés en Europe viennent d’Asie). Il manque du gel hydroalcoolique dont l’usage est recommandé. Beaucoup plus grave, il manque des lits d’hôpitaux, des respirateurs qui, d’ailleurs, ne sont pas fabriqués en France…

Lors d’une enquête menée en juin-juillet 2009, le nombre de lits de réanimation recensés était de 4769 contre 5707 places en 2006, le nombre de respirateurs en réanimation 7007 en 2009 et de 9236 en 2006.
Selon l'OCDE, en 2018, sur 35 pays, la France se classe au 19e rang pour le nombre de lits en soins intensifs : Japon (7,8 lits pour 1.000 habitants), Corée du Sud (7,1), Allemagne (6), Lituanie (5,5), République slovaque (4,9), Pologne (4,8), Hongrie (4,3), Slovénie (4,2), République tchèque (4,1), Estonie (3,5) et Lettonie (3,3), France (3,1), Italie (2,6), États-Unis (2,4), Espagne (2,4), Royaume-Uni (2,1).

Pour en voir les conséquences, il suffit de comparer le nombre de morts en Allemagne, en France, en Italie… en tenant compte du décalage dans l’apparition de l’épidémie.


Maintenant, le président de la République est prêt à tirer la leçon : ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe... qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie... Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai.

Tout était prévu ! Pourquoi ce retard à l'action ? Pourquoi ce revirement politique ?T
Mais comme les promesses n’engagent que ceux qui y croient, peut-être serait-il bon de mettre Emmanuel Macron à la retraite pour services non rendus à la population. Au minimum.

Coronavirus et politique
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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 08:48
Madame la maire de Paris...

Le poste de maire de Paris ne semble pas pouvoir échapper à une des trois femmes que les sondages mettent en position favorable dans cette élection. D’où la tentation de faire leur portrait qu’une éditorialiste de référence a pu intituler La mairie de Paris et ses trois grâces, titre que ne saurait se permettre un mâle, blanc, au cinquantième anniversaire depuis longtemps oublié. Surtout que cet éditorial se termine par une avertissement : cette élection dépend fortement d’hommes, relégués au second plan… qui, au bout du compte, plieront le match…

Mais une autre particularité du trio de tête est intéressante à souligner. Toutes trois sont ou immigrée ou d’origine immigrée, de pays différents, dans des circonstances différentes, ce qui permet de penser que la population est moins xénophobe ou raciste (antisémitisme compris) que bien des politiques veulent le faire croire à travers leurs déclarations, leurs décisions… depuis une quarantaine d’années.

Anne Hidalgo, titulaire du poste, est née en Espagne d’un ouvrier électricien syndicaliste et d’une couturière, immigrés en France en 1962.

Rachida Dati est née en France d’un père maçon d'origine marocaine, arrivé en France en 1963, et d’une mère d'origine algérienne. Ancienne conseillère puis porte-parole de Sarkozy, ministre de la Justice du gouvernement Fillon, ancienne députée européenne, elle est actuellement maire, dans les beaux quartiers de Paris, du 7ème arrondissement.

Agnès Buzyn est née à Paris d’une famille juive polonaise. Son père, chirurgien orthopédiste, a été déporté à Auschwitz à l’âge de 12 ans (ses grands parents n’en sont pas revenus), et sa mère, psychanalyste, a été cachée pendant la guerre… Professeur de médecine, elle était ministre de la Santé poste qu'elle a dû abandonner à la demande du président de la République qui l'a envoyée en mission pour remplacer, au pied levé, l'ex-ministre Benjamin Grivaux, ex-candidat de LREM (1).

Si Agnès Buzyn a dit, récemment, Je n’ai peur de rien (2), cette qualité, positive ou négative, peut être reconnue aux deux autres candidates. Elle avait déjà été revendiquée par Rachida Dati, Je n'ai peur de rien, vous savez. Personne n'a idée de la force de mes ressorts (3). Car cette place n’a pas dû leur être offerte sur un plateau par leurs petits camarades de parti. A la République en marche, les candidats étaient nombreux, et deux se sont mis en compétition. Si l’un a été renié par son parti, LREM, l’autre conforté par le président de la République a disparu, incidemment, et le président a dû réparer avec Agnès Buzyn, la défection de son premier choix pour sauver ce qui pouvait l’être.

Anne Hidalgo, inspectrice du travail, conseillère technique dans différents cabinets ministériels, devient conseillère de Paris. Nommée maire adjointe par Bertrand Delanoë, elle lui succède à son départ. Et, maire sortante, elle doit affronter les attaques venant de tous les candidats.

Rachida Dati a du batailler dur, a connu de multiples vicissitudes, de multiples embûches pour obtenir les appuis successifs qui lui ont permis de conquérir sa place de représentante de la droite parisienne. Rares étaient ceux qui, il y a quelques mois encore, pensaient qu’elle pourrait être considérée comme une prétendante sérieuse à la mairie de Paris.

Ces trois candidates pourraient être considérées comme l’image triomphante d’une intégration réussie si la ligne politique, les déclarations des partis affichaient une réelle volonté d’intégration. Ce qui est loin d’être le cas depuis des dizaines d’années ! On pourrait même dire que , femmes, elles sont candidates malgré leur origine ou malgré la politique des partis, malgré l’atmosphère que les politiques font peser sur les questions d’immigration.
La maire de Paris sera élue démocratiquement par la population. Certes, étant donné le système électoral, elle ne sera pas élue directement par les citoyennes et les citoyens mais e
lles sont, toutes les trois, probablement plus connues que leur programme électoral !
Sans vouloir en faire les représentantes de l’immigration qu’elles ne sont pas, elles ne sont pas plus rejetées que l’ensemble du personnel politique.

D’ailleurs, sur les questions d’immigration, la population est peut-être plus ouverte que les politiques qui manquent pour le moins d’humanité.
Ce que montre l’importance des gestes, des actes de solidarité, à travers tout le territoire, comme ailleurs en Europe, de simples citoyens qui n’hésitent pas, de façon informelle ou organisée, à agir pour ceux ou celles qui sont abandonnés ou poursuivis par l’État, courant même le risque d’être poursuivis pour délit de solidarité.

Il faut le répéter, une fois de plus, à l’occasion de ces élections municipales, les politiques sont aussi en retard sur l’attribution du droit de vote aux résidents étrangers non communautaires, qui serait un pas important vers l’égalité.
Ainsi, depuis 1994, La Lettre de la citoyenneté pose la même question par sondage sur l’extension du droit de vote pour les élections municipales et européennes aux étrangers non communautaires. Depuis 14 années, la majorité des sondés s’y déclare favorable et aujourd’hui encore plus qu’hier : 62 % pour, 34 % contre (4) !
Mais il y a pire
 ! Les Britanniques résidant en France avaient, depuis le traité de Maastricht, le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales et européennes. Du fait du Brexit, ils ne voteront pas aux prochaines municipales ! Certains d’entre eux étaient membres de conseils municipaux. Ils ne peuvent pas se représenter !
Ils vivent toujours dans la même commune. Ils n’ont pas démissionné. Pour quelle raison sont-ils punis ? Sont-ils moins intégrés aujourd’hui qu’hier ? Ont-ils démérité ? Sont-ils rejetés par les électeurs ?
Q
u’en pensent leurs concitoyens de la commune ? On ne leur a pas posé la question.

Il est heureux que des personnes issues de l’immigration puissent devenir maire, notamment, image importante, maire de Paris. Il est regrettable que, en même temps, probablement pour la première fois, en France et en régime démocratique, on entérine, en silence, un pas en arrière dans la longue marche vers un suffrage réellement universel.

1 – Il faut noter que le président de la République qui considère les élections municipales comme n’ayant aucune incidence nationale, a envoyé successivement deux ministres à l’assaut de la mairie de Paris.
2 – Le Parisien, 19 /02/20
3 - Elle, 08/07/19
4 - Lettre de la Citoyenneté,n°163, janvier-février 2020

 

 

 Résultts des sondages de la Lettre de la citoyenneté de 1994 à 2020

Résultts des sondages de la Lettre de la citoyenneté de 1994 à 2020

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