Réflexions sur l'actualité politique et souvenirs anecdotiques.
Dans le cadre du Cercle de chamailleurs, l'une d'entre nous a choisi de parler du Château de ma mère. J'aurais préféré qu'elle choisisse une pièce de Pagnol, cela nous aurait permis de voir comment Marcel Pagnol mettait lui-même en scène le texte qu'il avait écrit.
Ce choix du Château de ma mère m'a fait lire 3 livres de Pagnol (Le château de ma mère, La gloire de mon père, Le temps des secrets), de voir 2 films de Yves Robert (Le château de ma mère, La gloire de mon père) et de lire 2 livres de Jean Giono (Regain, Le chant du monde).
Conclusion : je suis perdu. Je mélange un peu tout. En partie à cause d'Yves Robert qui met en scène certaines anecdotes sous des titres qui ne sont pas exacts (la rencontre de Marcel et d’Isabelle dans Le château de ma mère).
Qu'en ressort-il ? Que je ne suis pas capable de faire un article structuré comme je l'ai fait sur les autres livres discutés précédemment. Mais simplement de donner des impressions quelquefois un peu contradictoires.
D'abord, une certaine légèreté des livres de Pagnol. Légèreté, au bon sens du terme, c'est à dire agréable à lire mais aussi légèreté par rapport à Giono. Le Château de ma mère est un faux livre pour enfants avec ses courts chapitres (6 pages en moyenne) qui tourne un peu au Petit Nicolas ou à La Guerre des boutons, quelques fois à Don Camillo et Peppone.
Encore accentué dans le film d'Yves Robert.
Les cent premières pages du Château sont la découverte enchantée par le jeune Marcel des collines, au début avec les chasseurs dont il est le chien rabatteur, avant de faire le chien fidèle d'Isabelle, d'affronter le gros chien noir, attaché mais terrible, pour devenir le capitaine de la belle et finalement, avec toute la famille, impressionné par le vieux Mastoc, le vieux chien du garde borné.
Mais la vraie découverte, c'est la rencontre, complice, de Lili de Bellons, plus jeune que lui dans le livre mais plus grand dans le film, qui lui fait découvrir, lui ouvre vraiment la beauté de la nature, la faune, la flore des collines. Avec peut-être un trop grand étalage par Marcel Pagnol de sa connaissance des oiseaux. Marcel essaie de donner en échange le récit de la ville, de la table de multiplication ou du vocabulaire de l'école. Mais ce que préfère Lili, c'est l'anecdote des bartavelles.
Yves Robert ne s'intéresse que marginalement à cette rencontre-découverte de la nature : les trois premières minutes, générique compris, sont une vue circulaire autour d'une colline de rochers blancs, dans la brume, sous un ciel gris, qui conduit au grosibou dans sa cache, vue de dos, en contre-jour, inquiétant, veillant sur de nouvelles collines qu'on découvre, avec chants d'oiseaux, devenant finalement verdoyantes dans un ciel bleu tandis que la voix du narrateur parle de ces collines, l'amour de sa vie, et des vacances finies : une voiture s'éloigne de la bastide, un jeune déboule, en costume marin, agite la main...
La seconde partie du livre est faite des aventures du petit Marcel, forçat de bourses, des équipées pour aller à la bastide, du génie de l'intrigue de la mère et des rencontres heureuses de Bouzigue qui a un bon emploi grâce à Monsieur Joseph, son ancien instituteur, le père de Marcel, et à sa sœur (sic), de petite vertu ! Heureuse rencontre du comte balafré, du jardinier fils du peuple : Tel est le peuple : ses défauts ne viennent que de son ignorance. Mais son cœur est bon comme le bon pain et il a la générosité des enfants et surtout de la mauvaise rencontre... du garde accompagné de Mastoc.
Pour Yves Robert, c'est l’essentiel mais ce n’était pas suffisant, il ajoute la rencontre avec Isabelle qui est dans Le temps des secrets.
Le succès du livre et du film est probablement à la description des relations sentimentales amicales et familiales, et à un certain nombre de formules heureuses, pittoresques ou mots d'enfant quelquefois d'une innocente cruauté. Mais aussi à des situations affectueusement ridiculisées : l'irrespect discret pour l'attachement de son père à la République, à l'instruction au delà de sa vie professionnelle, pour ses scrupules, pour son agnosticisme, la religiosité de l'oncle Jules n'est jamais mise en question.
Au delà des bons mots des enfants : il faut le démourir... On ne tremble pas pour des chasseurs à moustaches... J'avais décidé de n'aspirer à ces hautes fonctions qu'après mon service militaire. On peut être sensible à un certain lyrisme de Pagnol : L’oreille collée à la roche polie, nous écoutions, les yeux fermés. Elle chantait selon les vents, le mistral la faisait rire..., Les parfums étaient devenus des odeurs et montaient du sol presque visibles, les pins immobiles se mirent à chanter... Leurs costumes de chasse sur les épaules de plusieurs chaises... Son visage énorme était orné de deux paires de moustaches rousses : l'une sous le nez, l'autre au dessus des yeux qui étaient bleus et bordés de cils rouges... Les gouttes de pluie coulaient lentement sur la vitre ; sur ma figure, lentement coulaient mes larmes, image qu'il semble bien aimer puisqu'il la reprend : De douces gouttes de pluie pleuraient pour moi sur mon visage (Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville ?)... La pluie tombait en gouttes de silence...
Certaines de ces images fleurent le panthéisme : La vieille odeur de la bergerie... nous fit savoir... La pluie le comprit, elle s'arrêta... Les trente cinq jours... mais la patience de la pendule en vint à bout.
On est très loin cependant du puissant lyrisme panthéiste de Jean Giono.