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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 11:27

L’élection de Barack Hussein OBAMA à la présidence des États-Unis est un événement politique considérable dont il est impossible de prévoir le retentissement. Pour les États-Unis et leur image extérieure mais aussi pour les Noirs des États-Unis, pour les Noirs du monde entier et, finalement, pour tous les démocrates. Il n’est pas question d’envisager toutes les significations, toutes les conséquences, ni toutes les espérances ou les illusions qui accompagnent cette élection. Mais, simplement, de jeter un œil à cette occasion sur la place des Noirs lors des grandes élections aux États-Unis.

Avertissement
D’après le recensement étasunien de 2000, 75,1% des recensés se disent Blancs ou Caucasiens sans autre appartenance raciale, 12,3% Noirs ou Africains Américains, 12,5% Hispaniques de toutes races, 3,6% Asiatiques, 2,4% de deux ou plusieurs races. Les Hispaniques peuvent être comptabilisés à la fois comme Hispaniques et comme Noirs ou Hispaniques et Blancs ou… Les termes utilisés sont la traduction des termes anglais.
Seul sont concernés ici les élus Noirs ou Africains américains, les autres ethnies ne sont pas étudiées. D’après le site officiel, le Congrès, sénateurs et représentants confondus, comprenait aussi 1 Vietnamien, 1 Américain indien, 7 Asiatiques, 25 Hispaniques (soit pour les Hispaniques 4,7% des élus du Congrès).

Les sénateurs
Chaque État, quelle que soit l’importance de sa population, élit 2 sénateurs pour 6 ans. Il y a donc 100 sénateurs. Le sénateur Obama était le seul sénateur noir, élu de l’État de l’Illinois, de 2005 à 2008.

Les représentants.
Les 435 représentants sont répartis en fonction de l’importance de la population des Etats. Ainsi la Californie a 53 représentants pour 36 millions d’habitants et l’Idaho 2 pour 1 293 953 habitants.
La proportion de Noirs à la Chambre des représentants est plus importante qu’au Sénat avec 37 élus en 2000, soit 8,5%.
L
a même année, il y avait 1 gouverneur noir sur 50.

Le président Bush, républicain, a nommé des personnalités noires dans de très hautes fonctions de son administration mais il n’y a aucun élu républicain noir, ni au sénat, ni à la chambre des représentants. En son temps Bill Clinton avait tenu sa promesse d’un gouvernement qui "ressemblerait à l'Amérique" : 76% de blancs non hispaniques (75% dans la population totale), 14% de Noirs (contre 12%), 6% d'Hispaniques (9%), 5% d'Asiatiques (6%) et 0,6% d'Amérindiens (0,6%), 46% de femmes (50%)... (Courier international 10-16/03/1994). Cela avait d’ailleurs valu à Bill Clinton le titre, un peu abusif mais significatif, de premier président noir des États-Unis : titre attribué par Toni Morrisson, écrivaine noire, prix Nobel de littérature, 1993.

 Circonscription
Les représentants noirs sont élus, essentiellement, dans des districts où la minorité noire est importante et toujours supérieure à la moyenne nationale (12,4%). Le premier est élu dans une circonscription avec 12,9% de Noirs.
Les républicains font jeu égal avec les démocrates quand les circonscriptions comptent moins de 12,4% de Noirs. Quand la proportion de Noirs est supérieure, les démocrates sont plus souvent élus que les républicains et la proportion de Noirs parmi les élus démocrates augmente parallèlement à celle des Noirs dans la population. Au dessus de 40% tous les élus sont noirs et démocrates.

LES MAIRES
Parmi les 75 villes les plus peuplées (population supérieure à 246 000 habitants) des États-Unis, Arlington (Texas) est administrée par un « city manager ». A Honolulu, la population est composée de manière atypique. La catégorie « autres » constitue 75,37% de la population. Le maire est samoan et démocrate.
Les maires des 73 autres communes sont très majoritairement démocrates, 53 contre 14 républicains et 6 n’appartiennent à aucun des deux grands partis et sont blancs dont 2 hispaniques.
Comme pour les sénateurs, comme pour les représentants, tous les maires noirs (15), sont démocrates. Parmi les maires « blancs », 4 sont hispaniques et démocrates. Quand la proportion de Noirs est inférieure ou égale à la proportion nationale, les démocrates ont deux fois plus de maires que les républicains (19 contre 7). Quand cette proportion est supérieure à la moyenne nationale, le nombre de maires démocrates est 5 fois plus important (34 contre 7). A partir d’une proportion de 40% de population noire, il n’y a pas de maire républicain.
La proportion de maires noirs augmente avec l’importance de la population noire dans la cité.

 L’ELECTION DE BARACK OBAMA
Ces données montrent que Barack Obama est un élu atypique. Il été élu président des États-Unis par un corps électoral qui ne compte que 12,4% de Noirs. Sénateur à 43 ans, avec 70% des voix contre 27% à son opposant, meilleurs résultats de l’histoire de l’Illinois, État qui, d’après le recensement de 2005, compte 65,6% de Blancs, 15,1% d’Africains Américains, 13,2% Hispaniques ou Latinos, 3,9% d’Asiatiques, 2% « autres ». Il fait partie des 9 plus jeunes membres du Sénat qui ont entre 40 et 49 ans.
Seul sénateur noir, il est aussi un Noir atypique. En effet, il n’est pas un descendant d’esclaves des États-Unis mais le fils d’un immigré kenyan noir, mort quand il avait 3 ans, et d’une Étasunienne blanche qui s’est remariée avec un Indonésien. Après un séjour en Indonésie, il a été élevé essentiellement par ses grands parents maternels à Honolulu. Cette origine et cette histoire, particulières, en font un Noir sur lequel ne pèsent pas, de la même façon que sur la majorité des Noirs étasuniens, l’histoire politique et de l’esclavage aux États-Unis… Ceci peut expliquer sa faculté d’assumer, dans ses discours politiques, toutes les souffrances des pauvres qu’ils soient blancs ou noirs. Sans opposer les uns aux autres. Et d’endosser l’idéologie étasunienne : « Tout est possible même pour quelqu’un qui part de rien ». Il peut incarner au moins autant le mythe étasunien de l’immigré que l’image du Noir qui réussit.
Le rejet de Bush après deux mandats, les expéditions militaires en Irak et en Afghanistan de moins en moins bien supportées avec leurs cortèges d’exactions, la crise économique ouvraient à tout candidat démocrate un boulevard. Mais l’épreuve de vérité demeure l’élection : comment allaient réagir les Blancs face à ce premier candidat noir à la présidence ? Les Noirs allaient-ils hésiter à le reconnaître comme l’un des leurs ou le plébisciter ? Allait-il incarner la concurrence entre les minorités ou l’ensemble des minorités ?

QUI A VOTE OBAMA
Lors de l’élection, Barack Obama a obtenu 52,92% des voix contre 45,66% à son adversaire. C’est une majorité confortable. Comme l’a montré un paragraphe précédent, les démocrates détiennent la majorité des grandes villes. Rien d’étonnant que le vote Obama soit aussi un vote populaire et urbain (71 % dans les grandes villes, 59 % dans les villes moyennes).
Par ailleurs, les sondages à la sortie des bureaux de vote permettent de connaître certaines caractéristiques des électeurs. A grands traits, ont voté pour Barack Obama :
- Les jeunes. La seule tranche d’âge favorable à Mc Cain est celle des 65 ans et plus.
- Les personnes ayant un revenu inférieur à 50 000 dollars, les votes étant plus équilibrés au dessus de ce revenu.
- Les personnes sans diplômes ou ayant le niveau de diplômes le plus élevé.
- Les minorités.
Ces différents critères peuvent être considérés comme les critères du vote démocrate. Ils se retrouvent, moins accentués cependant, dans le vote Kerry de 2004.
L’élection du Noir, Barack Obama, a orienté les commentaires et les réflexions plus sur la composante ethnique que sur la composante sociale de cette élection. C’est cette composante ethnique qui va être discutée.
Tout au long de la campagne, le doute a subsisté. Le facteur racial allait-il empêcher une victoire qui ne pouvait échapper aux démocrates. Les sondages n’étaient pas suffisamment en faveur d’Obama pour le mettre à l’abri de “l’effet Bradley” ?
Les sondages, sortie des bureaux de vote, permettent de se faire une idée du vote Obama. De plus, il est possible de comparer les votes en fonction des mêmes facteurs lors des élections antérieures notamment l’élection Bush-Kerry de 2004.
Si le vote n’avait concerné que les Blancs, c’est Mc Cain qui serait président des Etats-Unis. Il a obtenu chez eux 55% de voix contre 43% pour Obama. Les femmes blanches (53/46) se sont prononcées dans le même sens que les hommes blancs mais de façon moins nette (57/41). Cette suprématie républicaine chez les Blancs se retrouve lors des élections précédentes où Kerry n’obtenait que 41% des voix blanches face à Bush 58% et Clinton 43% contre 46% pour Dole.
Ce sont donc les voix des « minorités » qui ont inversé les résultats et permis à Barak Obama de devenir le premier président noir des États-Unis.
La minorité noire s’est prononcée, « évidemment » de façon massive en faveur de Barak Obama mais les autres minorités ont aussi participé à cette victoire. En effet, toutes se sont prononcées de façon majoritaire pour Obama, avec un score plébiscitaire de la part des Noirs, 95%, moindre mais indiscutable dans les autres minorités : 67% pour les Hispaniques, 62% pour les Asiatiques et 66% pour la catégorie « autres ». Encore faut-il voir dans quelle mesure, ce vote, notamment le « vote noir », est un vote des Noirs pour un Noir.
Tous les représentants et tous les maires noirs sont démocrates. Cela fait penser que le vote Obama ne peut se résumer à un vote ethnique des Noirs pour un Noir. Ceci est confirmé par les élections présidentielles antérieures où John Kerry en 2004 a bénéficié de 88% des votes noirs, en 2000, 90% avaient voté pour Al Gore, en 1996, 84% pour Clinton (12% pour Dole et 4% pour Perot)… Le même phénomène se retrouve, de façon moindre, avec les autre minorités. Les Hispaniques ont voté majoritairement démocrate en 2004 et en 2008 mais plus pour Obama (67%) que pour Kerry (53%), de même les Asiatiques (62 contre 56) ou les « autres » (66 contre 54%). Il en était déjà ainsi en 2000 lors de l’affrontement Bush-Al Gore.
Au total, sur les 7 points de progression de Obama par rapport à Kerry au moins la moitié peut être attribuée au rejet des Républicains par tout l’électorat.
Inversement, si Mc Cain a perdu 5 points par rapport à Bush sur l’ensemble du corps électoral, il n’a perdu que 3 points chez les Blancs plus d’ailleurs chez les hommes blancs (5) que chez les femmes blanches (2), beaucoup moins en tout cas que chez les minoritaires non noirs : 13 points chez les Hispaniques, 9 chez les Asiatiques et les « autres ». Cette plus grande résistance de Mc Cain chez les Blancs, traduit-elle leur réticence à voter pour un Noir ?

Au-delà des facteurs raciaux qui viennent d’être mentionnés, d’autres facteurs devraient être pris en compte qui interfèrent avec eux et qui tiennent à l’image personnelle des candidats et à travers les prises de position qu’ils ont pu prendre sur différentes question, notamment pour  Barak Obama, sa condamnation de l’intervention en Irak ou ses prises de position libérales.

Les orientations catastrophiques de Bush, aussi bien en politique étrangère qu’en politique intérieure, et les qualités personnelles de Barack Obama sont à la base de la victoire du démocrate. La participation des minorités et notamment de la minorité noire a été décisive. Ce n’est pas la victoire du mouvement noir même si c’est la réalisation d’un rêve improbable des Noirs étasuniens. A laquelle, bien sûr, les électeurs noirs ont largement participé, à laquelle une partie des blancs s’est opposée ouvertement ou par des insinuations ou dans le silence de l’isoloir. Cela témoigne d’une évolution très importante de l’opinion publique aux États-Unis. Cela ne veut pas dire que la question noire est réglée. Et « les problèmes raciaux ne seront pas résolus par le seul fait d’élire un président noir » (Le Monde 29/04/09).

Il n’empêche. C’est la victoire d’un Noir qui a su incarner le rêve américain et qui a été suivi par la majorité des électeurs.

Voir en complément :

  • Cet article est une « contraction de texte » d'un article plus important qui se trouve sur le site Qui a voté Obama

  • - Les élus au Royaume-Uni

  • - Note sur la France

 

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité
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