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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 20:34

La nation dans tous ces États

 

La question de la nation est sur la scène politique, impulsée, depuis des années, par le nationalisme de l’extrême droite, relayée par la droite. Une partie de la gauche, par conviction nationaliste ou par calcul électoral, court derrière.

Beaucoup à gauche ont quelque peine, aujourd’hui, à assumer l’idée de nation, ce qui n’a pas toujours été le cas. Ils ont abandonné la nation à sa dérive nationaliste et ont voulu la déconstruire, la nier, au profit de la lutte des classes.

 

La nation dans tous ces États

Les prolétaires n’ont pas de patrie. La nation, le sentiment national, le récit national n’existent pas ou n’ont pas lieu d’être. La nation n’est qu’une construction historique. Bien sûr, la nation, et surtout l’État-nation, sont des constructions historiques. La nation n’a pas toujours existé et, telle quelle, n’existera pas toujours. Comme toute institution, l'État-nation est une construction, elle existe. Historique, elle existe aujourd’hui.


En 1945, 51 États ont participé à la fondation de l’Organisation Nations Unies qui devrait plutôt se nommer Organisations des États Unis (mais le terme était déjà pris). L’ONU en comprend, aujourd’hui, près de 200 et cette multiplication devrait continuer en application du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. De nombreux peuples ont obtenu, souvent avec l’appui de la gauche, la reconnaissance de leur État, de leur État nation, d’autres espèrent y parvenir un jour, y compris en Europe.


A côté des États nations, certains États fédéraux font preuve de stabilité comme la Suisse - 26 cantons, 4 langues officielles – ou l’Inde - 29 États, 23 langues… Dautres États, parfois anciens, semblent avoir des difficultés à perdurer en l’état mais ce n’est pas pour disparaître, simplement, dans le néant... Ils risquent d’être démembrés pour donner naissance à d’autres États nations. Ainsi, l’Espagne, agitée par des volontés séparatistes voulant devenir de nouveaux États nations : Catalogne, Euskadi. Au Royaume-Uni, l’Écosse a échoué de peu au dernier référendum et relance la question à l’occasion du Brexit. La Belgique est en proie à des tentations séparatistes...
Dans le monde, existent de nombreux peuples sans État…


L’État nation est une construction… encore en expansion numérique, d’une certaine façon, on pourrait dire qu’il y a, à ce jour, une tendance à la mondialisation de l’État nation. Même si, à l’avenir, la mondialisation peut le mettre en cause au moins dans sa forme actuelle.


Les constructions historiques supranationales comme l’Union soviétique, la Yougoslavie, la Fédération du Mali, la République arabe unie… ont eu une existence relativement éphémère. Aujourd’hui, l’Union européenne, non aboutie, est mal en point. Avec le Brexit d’abord, avec la montée des nationalismes à l’intérieur de ses différentes composantes. Elle semble plus fragile que bien des États qui la composent… et dont certains lui doivent, en partie, leur existence ou leur renaissance.


Il fut un temps où certains opposaient nation et lutte des classes. Pour nombre de partisans de la lutte des classe, la nation n’existait pas ou était un moment éphémère à dépasser. Ce qui a joué dans le soutien à la patrie du socialisme contre les revendications nationales et dans le retard à reconnaître le moment historique des luttes de libération nationale : elles auraient dû attendre mais ont atteint leur but avant la révolution socialiste libératrice dans les métropoles qui devait leur ouvrir la voie


Plus habiles, ceux qui opposaient contradiction principale et contradiction secondaire, avec l’avantage de pouvoir changer suivant les circonstances. Les révolutionnaires ont essayé d’utiliser les luttes nationales pour déboucher sur le socialisme. Dans les faits, c’est plutôt le nationalisme qui a profité de l’aide des pays et des militants souvent communistes qui l’ont quelquefois payé cher. Les pays sont devenus indépendants, ils sont souvent passé, au moins verbalement, par une période socialiste mais les conditions sociales des couches les plus exploitées ont peu évolué.
L
a domination étrangère, coloniale, a été remplacée par des dominants nationaux souvent soutenus de l’extérieur.

Dans les nouveaux États nations comme dans les anciens, les rapports sociaux, dominants-dominés, sont peu différents. Qu’on l’appelle domination de classe, opposition compétents-exécutants, élites-masses populaires..., la division de la société entre ceux d’en haut et ceux d’en bas demeure.


Ce rapport de domination existe aussi au niveau international : La Lutte des classes existe, nous l’avons gagnée, énonce Warren Buffett, troisième homme le plus riche du monde. En effet, il existe, malheureusement, une internationale des capitaux, des dominants, Davos peut en être le symbole.
Il n’existe pas une internationale des dominés qui soit capable de faire face. Mais des structures internationales cache-misère et des initiatives qui ont peine à déboucher malgré quelques succès ponctuels.


Il en est de même au niveau européen. Les institutions européennes sont aux mains des forces dominantes et de leurs groupes de pression organisés, structurellement. Il n’existe pas de véritable parti ou syndicat européens – la Confédération européenne des syndicats est inaudible. Dans l’Union européenne, les contestations, nombreuses, sont surtout organisées au niveau national et, de plus en plus, avec une connotation nationaliste.
La naissance et le développement de Syriza a pu susciter quelques rencontres d’espoir et quelques manifestations de soutien. Au moment de l’épreuve de force, face à l’étouffement organisé par la troïka, le mouvement populaire est resté étrangement insuffisant à l’échelle européenne.


L’organisation européenne des droites nationalistes serait-elle plus avancée - réunion de Coblence - que celle des syndicats ou des partis de gauche, internationalistes ?


L’État nation est le seul lieu où s’exerce une démocratie incomplète, discutable, locale, régionale, nationale. Les démocraties populaires n’ont pas fait leur preuve. Pour le moment, il n’est rien de mieux que cette démocratie incertaine même si elle est fortement biaisée par des inégalités croissantes aux niveaux économique, social, culturel... La règle est une personne, une voix mais le poids des personnes ne se résume pas au bulletin de vote. Certains n’ont pas besoin de voter pour peser sur les décisions grâce aux moyens matériels et immatériels dont ils disposent… Renforcé par l’organisation institutionnelle de l’Union européenne, structure de démocratie indirecte, voulue par les gouvernements des États membres...


La nation est un lieu d’homogénéisation culturelle, linguistique (homogénéisation de la langue nationale, parfois contre d’autres langues), nationalisation de la société. Cette homogénéisation peut rencontrer des difficultés avec des populations nouvellement arrivées, être en conflit avec des entités locales, régionales – qui revendiquent leur droit à l‘existence culturelle ou même étatique au nom du principe des nationalités. Elle peut être menacée par des tendances supranationales, Europe, mondialisation. Mais cette homogénéisation permet d’assurer le vivre ensemble dans une société relativement pacifiée et un fonctionnement institutionnel dans le respect de certaines règles.


C’est aussi le lieu le plus important de solidarité institutionnelle. Certes la solidarité familiale n’est pas négligeable. Mais la solidarité institutionnelle est essentiellement nationale, solidarité entre communes, départements, régions, même si, à ce niveau, l’Union européenne joue un certain rôle. Solidarité nationale surtout entre individus et générations, solidarité de plus en plus attaquée par la mise en question de tout le système de protection sociale : sécurité sociale, allocations diverses, retraites, chômage… Par sa privatisation, par l’internationalisation de la finance et des assurances et au niveau idéologique.


En France, pour l’Insee, la part des dépenses socialisées dans la consommation des ménages s’élevait à 25 % en 2015. Beaucoup plus dans des secteurs essentiels, aux trois quarts pour les dépenses liées à la santé et lenseignement est financé à 90 % par l’État…


Cette homogénéisation de la nation peut, aussi, être dangereuse si elle est dévoyée dans sa forme nationaliste ce qui a malheureusement souvent été le cas. Quand elle s’éloigne de la légitime satisfaction d’être à la prétention d’être supérieure à toutes les autres : ce qui a été porté à son paroxysme par le nazisme sur le plan intérieur et sur le plan extérieur. Ou quand ce nationalisme a détourné un universalisme proclamé pour exporter la civilisation et la construction d’un empire colonial hier ou promouvoir, aujourd’hui, une politique d’exclusion à l’intérieur : liberté, égalité, fraternité confinées à une partie de la population. Qui divise les couches sociales les plus défavorisées et les entraîne dans des affrontements fratricides.


Faute de proposer un avenir solidaire à tous, l’extrême droite divise en offrant à ceux qui souffrent un exutoire illusoire mais qui assure la poursuite de son développement. Pour paraphraser un ancien président de États-Unis si, faute d’ennemi extérieur vous pouvez convaincre l’homme blanc... qu’il vaut mieux que l’homme de couleur le plus talentueux, de grands espoirs vous sont permis.


La nation a eu de multiples définitions mais c’est, probablement, le sentiment d’appartenance qui la définit le mieux. Or le sentiment d'appartenance à la nation française s'affirme régulièrement au fil des générations, y compris chez les enfants de l’immigration - 93 % d’entre eux se sentent Français d’après l’Insee (Figaro 08/01/16). Mais si la solidarité nationale se délite, elle risque d’être remplacée par d’autres solidarités dangereuses pour l’avenir.
La glorification dangereuse de l'État nation et l'appâtage des minorités qui va avec, libèrent une énergie antidémocratique.

La nation dans tous ces États

Lors de la Conférence de Paris sur le climat, 195 États ont pris, à l’unanimité, des décisions pour faire face au réchauffement climatique. Devant le risque que court l’espèce humaine dans sa survie sur la planète, pour la première fois, ils n’ont pas regardé ailleurs, même si ces décisions peuvent paraître insuffisantes et encore plus leur suivi qui risque fort de ne pas être à la hauteur.


La forme État nation étant la construction historique, pour le moment, la plus répandue, il reste à dire quelle place, quel rôle on veut lui attribuer dans la situation actuelle. Si l’on considère que la question fondamentale aujourd’hui est le dérèglement climatique, l’organisation de la vie de 10 milliards de personnes dans un espace planétaire limitée, avec des ressources limitées dont l’exploitation peut être catastrophique, ce n’est pas un État aussi puissant soit-il ou quelques États qui pourront apporter une réponse efficace.


Cette question ne peut être résolue à l’échelle nationale. Une solution au niveau international, mondial est, évidemment nécessaire.


Dans cette optique, les États nations ont, encore, un rôle fondamental à jouer. Dans le cadre d’institutions telles que l’Organisation des nations unies qui pourrait organiser une réponse cohérente, mondiale dans le respect d’une mondialisation des États-nations, de leurs particularismes qui n’entacheraient pas la poursuite du but commun et qui font le sel de la vie.
A défaut, il est à craindre que particularismes nationaux et démocratie soient peu ménagés par une dérive autoritaire généralisée au nom d’une efficacité nécessaire pour la survie.


Le non respect de la démocratie et de la diversité risque d’entraîner des coûts en vies humaines, déplacements de populations, affrontements, qui viendraient s’ajouter à ceux d’un dérèglement climatique qu’il serait encore plus difficile de juguler.

La nation dans tous ces États
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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 21:27

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Cette phrase a été prononcée par Jacques Chirac en 2002, au IV° sommet de la terre, sans conséquences, ni pour lui, en dehors de la mise en place de la taxation des billets d'avion pour financer l'aide au développement, ni pour le Sommet. (1)

A la COP21 (2), les 195 chefs d’État et de gouvernement des États membres de l'ONU ont porté leur regard sur l'incendie et montré un visage nouveau par rapport à toutes les réunions internationales antérieures : ils ont adopté l'accord de Paris, par consensus, à l'unanimité.

Rue de Belleville Parisd 20°

Rue de Belleville Parisd 20°

Attention, cependant, au « paradoxe de l'unanimité » (3) : « Toutes les preuves concordent ? Il doit y avoir une erreur ». Nous n'irons pas jusqu'à dire que certains n'ont pas vu les conséquences de l'accord de Paris. Mais le marteau de Laurent Fabius a bloqué, opportunément, une contestation de cette unanimité. Maintenant, les États doivent signer et ratifier cet accord entre le 22 avril 2016 et le 21 avril 2017. Certains vont, probablement, « se hâter lentement ». Ils devraient ensuite prendre des mesures concrètes et la pression attentive de tous, gouvernements et ONG, sera nécessaire pour aider certains pas hésitants.

Cette unanimité fait suite aux avertissements renouvelés des chercheurs du GIEC (4) qui décrivent l'avenir de la planète si perdurent les mêmes émissions de gaz à effet de serre. Ces annonces sont graves.
Entérinant l'accord de Paris, tous les chefs d’État et de gouvernement ont reconnu en être informés. S'ils ne prennent pas les mesures nécessaires, ce sera donc consciemment.

L'accord n'est pas contraignant, les faits risquent de l'être.

- L’année 2015 a été l'année la plus chaude depuis que sont relevées les températures devant 2014, 2010, 2013, 2005, 2009 et 1998.

- La température moyenne du globe s'est élevée de 0,9°C depuis l'avènement du capitalisme industriel.

- Si les émissions de gaz à effet de serre continuent au même rythme, une hausse de 5°C sera observée d'ici à la fin du siècle. Or, un réchauffement supérieur à 1,5°C produirait un dérèglement climatique irréversible.

- Pour la COP21, les États responsables de plus de 90% des émissions mondiales ont fixé leur objectif. Ces engagements conduiraient, s'ils étaient respectés, à un réchauffement de 2,7-3°C par rapport au niveau de l’ère préindustrielle. L'effort n'est pas suffisant.

- L'accord de Paris propose de contenir « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques ».

- Descendre au dessous des 2°C implique une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 70 à 85 % d'ici à 2100.

- Pour la revue scientifique Nature : « Un changement climatique non jugulé va probablement réduire le revenu du terrien moyen de près de 23 % en 2100 ». Et accroître les inégalités au niveau global car le réchauffement est bon pour les pays froids qui tendent à être plus riches, plus dommageable pour les pays chauds qui tendent à être plus pauvres. (5)

- Les représentants des pays considérés comme les plus vulnérables ont appelé la Conférence à s’entendre sur un seuil de 1,5°C au lieu de 2°C. Ils n'ont été que partiellement entendus. Parmi ces États, de nombreux États africains qui ont émis peu de gaz à effet de serre et font partie des pays les moins avancés, les petits États insulaires dont l'intégrité territoriale et la survie sont menacées par la montée du niveau des mers. Dangereuse aussi pour les populations, de plus en plus nombreuses, qui vivent sur les côtes.

Du fait de la prise de conscience de cette situation, la lutte contre le dérèglement climatique a remplacé, au moins pendant la Conférence de Paris, la volonté de croissance qui, jusque là, était le fondement de toute politique gouvernementale.
Dès le lendemain, ce n'est plus aussi évident à l'écoute des informations : discours des politiques, cours de la bourse, taux de croissance de tel ou tel pays... Tous les gouvernements sont à la recherche de l'introuvable croissance qui va résoudre tous les problèmes sauf les inégalités, les mauvaises conditions de travail et... le réchauffement climatique qui touche tout le monde. Mais pas de la même façon.

Bien sûr, il est plus facile de signer, de ratifier un texte que de réorienter l'économie mondiale, plus soumise aux intérêts financiers immédiats qu'à l'état de la planète et au bien-être de ses habitants.
Mais si décideurs et commentateurs croient vraiment aux prévisions annoncées à Paris, aucune décision ne devrait être prise sans que soit affiché et discuté son impact sur le réchauffement climatique.

Ce passage de la recherche de la croissance à la prévention des bouleversements climatiques et de leurs conséquences aurait dû et devrait entraîner une croissance explosive des partis écologiques qui, depuis longtemps, ont attiré l'attention sur l'impossibilité d'une croissance infinie dans un monde fini. Il n'en est rien.
Il faut dire que si le pronostic était juste, l'argument principal a changé du tout au tout. Hier, il était question de l'épuisement des ressources et du fameux pic de Hubert qui reculait, sans cesse. Aujourd'hui, c'est la nécessité de laisser 70 à 80 % des ressources dans le sous-sol sous peine de rendre la terre invivable par la production de gaz à effet de serre.
Si les partis écologiques ont échoué, il faut dire que, au moins en France, ils y ont mis du leur. Ils regardent si souvent ailleurs ! Mais, dans le dernier sondage du JDD, 50% des Français et 61% des sympathisants de gauche souhaitent voir jouer un rôle plus important à Nicolas Hulot qui incarne l'écologie au niveau national.

Heureusement, le GIEC a produit de l'information pour les gouvernements et les grandes organisations internationales et nationales qui ont su mobiliser l'opinion publique, attaquer les grandes sociétés multinationales et peser à leur tour sur les gouvernements.

Arrivée de la marche Alternatiba , place de la République,  à Paris

Arrivée de la marche Alternatiba , place de la République, à Paris

Une Internationale nouvelle est née. Et les nouvelles mobilisations rencontrent les mêmes adversaires que les anciennes. Elles ont déjà poussé certaines banques et compagnies internationales à modifier et déclarations et investissements, peut-être encore à la marge…
BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale se sont engagées à ne plus financer les projets miniers de la côte orientale de l’Australie où se dresse la Grande Barrière de corail. Elles rejoignent huit banques internationales qui ont pris des engagements similaires sur l’extension du port minier d’Abbot Point : Deustche Bank, HSBC, RBS, Barclays, Citi, Morgan Stanley, JP Morgan Chase et Goldman Sachs (6).

Des entreprises, choisies par le gouvernement français pour participer au financement privé de la COP21, ont éprouvé de besoin d'améliorer leur image alors qu'elles n'ont pas les mains blanches car elles émettent massivement des gaz à effet de serre ou en tirent leurs profits : EDF, Engie avec leurs centrales à charbon ; Air France opposée à la réduction des émissions dans le secteur de l’aviation ; Renault-Nissan et ses automobiles polluantes (voir les dernières enquêtes) ; Suez Environnement, membre du lobby gaz de schiste. Elles n'ont contribué qu'à la moitié du financement privé prévu par le gouvernement.
Car d'autres ont refusé de participer : les assureurs et banques AG2R, BPCE, HSBC, Allianz, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Crédit Agricole, American Express, Rotschild, Groupama ; les bétonneurs Eiffage, Vinci, SPIE, Bouygues ; les géants des NTIC Microsoft, IBM, Apple, Nokia, Free ; les géants de la distribution alimentaire Auchan, Casino, Pernod Ricard, Unilever, Danone ; et autres, Lafarge, Veolia, Airbus, Vivendi et Avril. (7)
Cela n'a pas empêché les unes ou les autres de hanter les couloirs pour ralentir l'évolution du monde. Elles continueront.

Les pays les plus menacés sont des pays pauvres, peu armés pour en limiter les effets sur leur territoire. L'accord de Paris reconnaît « la nécessité d’éviter et de réduire au minimum les pertes et dommages liés aux effets néfastes du changement climatique et y remédier ». Mais ne s'engage pas à indemniser ces pays des préjudices climatiques.
On le comprend.
Un rapport de l'ONU de 2012
prévoit 250 millions de personnes déplacées dans le monde en 2050. Et selon une étude du CNRS, 10.000 à 20.000 îles et archipels pourraient totalement disparaître avant la fin du siècle. Un article de « Forein affairs » va dans le même sens. « Pour les scientifiques, les Tuvalu sont vouées à disparaître dans les 50 années prochaines ; les Maldives d'ici à 30 ans. Les îles voisines subiront le même sort qui menace environ 9,2 millions de personnes dans 22 États insulaires de l'Océan pacifique… Le réchauffement climatique menace désormais l'existence même des États insulaires… perte physique complète et définitive du territoire d'un État, accompagnée du déplacement de toute sa population. » (8) Que vont devenir ces États, ces populations ? Des juristes, bienveillants ou cyniques, en tout cas peu optimistes sur les conséquences de l'accord de Paris, se penchent déjà sur les structures à mettre en place pour des populations, des États, sans territoire…

Au XXème siècle, le niveau de la mer est monté de 17 cm. Les prévisions pour le XXIème siècle varient suivant les études mais toutes vont dans le même sens : d'ici à 2100, montée de 0,18 à 0,42 m pour le GIEC (en 2007), portée (en 2012) à 0,50 - 1 m. La NASA envisage une hausse d'au moins 0,90 m et plus probablement de 1 m. Le point culminant des Maldives est à 2,3 m, à 5 m pour les Tuvalu.
De plus, ces îles subissent des submersions marines, « inondations temporaires de la zone côtière par des eaux d’origine marine lors d’événements météorologiques (tempête ou simple conjonction d'une forte dépression et d'un vent de mer) et océanographiques (houles, marée) d’ampleur très inhabituelle ».

On comprend l’inquiétude de ces populations et de leurs gouvernements. La différence entre 1,5 ou 2°C n'est pas mince. Mais, désormais, nous savons. Tout le monde sait. Les scientifiques ne manqueront pas de suivre l'évolution de la situation. Et toute la société civile. Le texte de l'accord est, évidemment, absolument insatisfaisant. Il n'a été accepté que pour éviter le veto du Sénat étasunien qui défend les grands intérêts privés, et donc pour éviter l'échec de la Conférence.
Il n'en reste pas moins une
arme pour les citoyens et les associations. Face aux insuffisances de leur propre gouvernement. De tous les gouvernements.

Dans son discours sur l'état de l'Union de 2015, le président Barack Obama a été très clair : « aucun défi – aucun – ne constitue une menace pour les générations à venir aussi grand que le changement climatique. Si nous n’agissons pas sous la contrainte, nous continuerons à avoir des sécheresses et des inondations, et des bouleversements de telle ampleur qu’ils vont provoquer des migrations et des conflits partout dans le monde. » (9)

La chaine humaine COP21

La chaine humaine COP21

Le diagnostic est posé. Largement partagé. Le but est fixé.
Comment l'atteindre reste, dans le cadre de l'accord de Paris, de la responsabilité
de chaque gouvernement. Tous ou presque se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. De façon encore insuffisante. Le temps presse.
Les scientifiques dir
ont en continue où en est le réchauffement, appuyés par l'évolution du climat.
Pour éviter le passage aux situations irréversibles et les bouleversements prévus dans 30 à 50 ans, suffira-t-il de faire moins ? Moins de croissance carbonée et plus de croissance verte ? Moins de gaspillage, moins d'obsolescences programmées ou non ? Tout en continuant à vivre comme aujourd'hui.

Ou faudra-t-il changer toutes les structures sociales, inventer un autre type de société ? De nouveaux modes de production, de nouveaux modèles de consommation ? Applicables à l'échelle de la population mondiale.

On a déjà vu à Paris l'opposition entre des négociateurs qui défendaient de intérêts différents et qui, dans 30 ou 50 ans, auront disparus ou seront à la retraite comme ceux qui prennent chaque jour les décisions, bonnes ou mauvaises.
Si des solutions énergiques ne sont pas prises en temps utiles, au fur et à mesure de l'aggravation des situations, de fortes tensions apparaîtront aux échelles nationales et internationale.

Et maintenant des devoirs à faire à la maison.

Tout le monde s'est félicité du travail de la diplomatie française notamment de Laurent Fabius et de Laurence Tubiana, la cheville ouvrière, sous la direction de François Hollande. Les lampions éteints, les mesures concrètes sont attendues. Pour la France, tout repose, au moins pour quelques mois, sur François Hollande et sur Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Qui semble avoir été plutôt discrète pendant la COP21 et sa préparation.

Il n'est pas sûr que Ségolène Royal soit prête à mettre en place des mesures en phase avec l'accord de Paris si on considère ses prises de position ou ses décisions plus ou moins récentes sur « l'écologie punitive » : renoncement à l'écotaxe pour les poids lourds, proposition de rendre gratuites les autoroutes lors des week-ends, opposition à l’interdiction des feux de cheminée en Île de France et discrédit jeté sur Airparif "un peu trop sectaire sur la question de la prise en compte de la pollution de l'air", opposition à une hausse de la fiscalité sur le diesel et aux péages urbains à l'entrée des grandes villes, opposition en 2009, à la taxe carbone de Nicolas Sarkozy… Cette taxe qui est « de 14,5€ en 2015 et bien loin des recommandations de la "commission Rocard" (32 € dès l'année 2010 pour atteindre 100 € en 2030) ». (10)

Il serait injuste de ne parler que de Ségolène Royal, la fibre écologique de Français Hollande n'est guère plus flamboyante que celle des gouvernements antérieurs et ne semble pas avoir pris de la vigueur à l'occasion du sommet de Paris.

La Cour des Comptes souligne le peu d'empressement des pouvoirs publics à lutter contre la pollution de l'air que ce soit contre les insecticides ou les gaz à effet de serre ce qui vaut à la France d'être classée quinzième sur vingt-huit au niveau européen. La France est menacée de peines d'amende pour son incapacité à maîtriser les émissions d'oxyde d'azote et de particules dans de nombreuses agglomérations. Sans oublier la très longue réflexion pour aligner les taxes sur le diesel sur celles sur l'essence, dont il est question depuis 2000. (11) Un premier pas pourrait être envisagé en 2016, pour dégager 200 à 300 millions d'euros pour fiancer les infrastructures de transport. (12)

A l'opposé des efforts certains que faisait la France pour réussir la Conférence de Paris, alors que le niveau d'investissement dans les énergies renouvelables a augmenté entre 2005 et 2014, ce niveau a sombré de 53 % entre 2014 et 2015 tandis qu’ils augmentaient de 4 % dans le monde. (13)

Ce qui est, malheureusement, cohérent avec la disparition du rapport commandé par l'Ademe sur une France 100 % renouvelable en 2050 et publié par Mediapart (14). Ce rapport « explique que rien n’empêche qu’en France 100 % de l’électricité provienne de sources renouvelables en 2050... que ce scénario ne coûterait pas beaucoup plus cher aux consommateurs que le maintien du nucléaire à 50 % de la production électrique, seuil fixé par François Hollande pour 2025… Dans leur cas de référence, la production (d'électricité) se décompose entre 63 % d’éolien, 17 % de solaire, 13 % d’hydraulique et 7 % de thermique renouvelable (incluant la géothermie). »

Les succès de François Hollande durant son quinquennat ne sont pas si nombreux, il lui reste quelques mois pour engager la France sur des pratiques cohérentes avec les conclusions de la COP21. Et entrer dans l'histoire avec le sommet de Paris.
Pour le moment, la récolte est maigre et l'orientation semble discutable. Le renoncement à l'aéroport de ND des Landes pourrait être un premier signe. L'annonce de la fermeture effective de la centrale de Fessenheim, bien que le nucléaire ne soit pas dans l'accord de Paris, serait une façon de montrer qu'il prend au sérieux les questions d'environnement. Ces deux annonces semblent s'éloigner alors que les échéances électorales approchent.

Les décisions de la ministre et du gouvernement ne semblent pas traduire une prise conscience réelle de ce que signifie et implique l'accord de Paris. Mais comment peut-on penser qu'un président qui depuis 2012 a reculé au niveau social devant le Medef, au niveau européen devant la politique de la droite allemande, comment penser qu'un tel président puisse ne pas reculer devant le complexe nucléaro-industriel.


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1 - Cette image pourrait aussi être utilisée pour la situation de l'Union européenne (UE) qui est en crise depuis 1988 et court le risque d'une désintégration avec la montée des populismes, la « crise migratoire », la situation internationale, le risque de Brexit après celui de Grexit...

Elle peut aussi illustrer la situation politique de la France qui se repaît de sondages en vue d'une élection présidentielle où aucun candidat n'est capable de faire passer le moindre souffle d'avenir…

2 - 21e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques et 11e conférence des parties siégeant en tant que réunion des parties au protocole de Kyoto.

3 - Courrier international du 21-27 janvier 2016.

4 - Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, créé par le G7 sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, afin d'empêcher une agence de l’ONU, soupçonnée de militantisme écologique, de mettre la main sur l’expertise climatique.

5 – VOX Europe 29/10/15

6 - Les banques françaises se retirent du plus grand projet charbonnier au monde. Le Monde.fr 08.04.15.

7 - Note d'information COP21, réalisée par Maxime Combes, Attac France, 24/11/15.

8 - Reproduit dans Courrier international 17/12/15 au 06/01/16.

9 - VOX Europe 26/01/16

10 – L'économie politique n°66 avril 2015

11 - Journal de l'Environnement 22/01/16

12 - Le Monde 20/01/16

13 – EurActiv.fr 18/01/16

14 - Énergie : le rapport caché sur une France 100% renouvelable Mediapart 08/04/15

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Published by Paul ORIOL - dans Environnement
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