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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 22:16
Après les législatives en Allemagne

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Les résultats des élections législatives allemandes (au Bundestag, Diète fédérale) inquiètent fortement. Pourtant, ce n’était pas totalement inattendu car ces élections viennent après bien d’autres tout aussi inquiétantes mais rapidement oubliées par l’optimisme libéral, européiste, des politiques et des médias. Qui s’agitent un moment pour des résultats considérés comme catastrophiques et les oublient le lendemain ayant trouvé le remède miracle : fermer les yeux et continuer ou accentuer la politique sanctionnée par les électeurs.

 

La nomenclature de l’Union européenne (UE) a déjà été déçue à plusieurs reprises.

 

En France, en 2002, le Front national (FN) a participé au second tour d’une élection présidentielle auquel Jean-Marie Le Pen a obtenu 17,8 % des voix. En 2017, Marine Le Pen fait beaucoup mieux : 33,9 % !
Mais le mode de scrutin aidant, Emmanuel Macron est élu à une très forte majorité, comme tout candidat l’aurait été face à Marine Le Pen. Le nouvel élu, fort de ces résultats et d’un pouvoir constitutionnel exorbitant, peut s’engager résolument dans une politique approuvée par un quart des électeurs.
Le FN est pratiquement exclu de l’Assemblée nationale et toutes les oppositions y sont très réduites.

Entre ces deux élections présidentielles, le non l’a emporté au référendum de 2005 sur la proposition de Constitution européenne. Mais les politiques, droite et gauche confondues, en ont méprisé le résultat. Les parlementaires ont adopté le texte, peu modifié, refusé par le peuple français.
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes démocratiques…


Au niveau européen, à chaque fois qu’un peuple a dit non à une question posée sur l’UE, les politiques ont effacé ce résultat, quelquefois en faisant revoter le peuple.

En Hongrie, Viktor Orbán, à la tête du Fidesz (1), partisan de la révolution nationale et d’une politique très conservatrice est au pouvoir depuis 2010. Sur des bases proches de celles de l’AfD aujourd’hui.

Les Polonais ont donné la majorité absolue, en octobre 2015, à Droit et Justice, (PiS), parti conservateur et eurosceptique.

En décembre 2016, en Autriche, au premier tour de l’élection présidentielle, les candidats des deux partis de gouvernement, social démocrate et conservateur, sont éliminés. Au second tour, grande satisfaction : le candidat vert est élu président de la République, le candidat d’extrême droite obtient seulement 48,3 % des voix.
Il y a des satisfaction
s plus exigeantes.

 

Aux Pays-Bas, en mars 2017, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) du Premier ministre arrive en tête aux élections législatives en perdant 8 sièges par rapport à l’élection précédente de 2012 et son partenaire social-démocrate, le Parti du travail (PvdA) ne recueille que 5,7% des voix et n’obtient que 9 élus (29 sièges perdus).
Cette défaite des partis au pouvoir est saluée comme une victoire parce que le Parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders a fait moins bien que ce qu'il pouvait espérer et n'a obtenu que que 13,1% des suffrages et 20 députés (5 sièges gagnés).

Depuis, les Pays-Bas sont à la recherche d’un gouvernement.

 

En janvier 2015, les citoyens grecs portent au pouvoir Syriza et Alexis Tsipras qui contestent la politique austéritaire du gouvernement grec et de sa tutelle européenne. Notamment d’Angela Merkel.
La Grèce n’a pas fini de payer ce crime et a été à deux doigts de l’expulsion de l’UE.


 

Après les législatives en Allemagne

Partout, les partis de gouvernement, au pouvoir ensemble ou alternativement au gouvernement et dans l’opposition, perdent du terrain ici sur la droite, là sur la gauche ou sur les deux.


L’Allemagne était exceptionnelle par sa stabilité apparente jusqu’aux dernières élections législatives (2). Pourtant, l’AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l’Allemagne) progressait aux différents scrutins.

L’AfD a été crée en 2013 par des professeurs d’économie sur un programme anti-euro, libéral, russophile. Elle a évolué en parti anti-immigration et anti-islam.

Quelques mois après sa fondation, elle manque de peu son entrée au Bundestag avec plus 2 millions de voix, soit 4,7 %. Il aurait fallu qu’elle en recueille 5 % !

Aux élections européennes de 2014, elle obtient 7 % de voix et 7 députés sur 96. Depuis 2014, à chaque élection régionale, l’AfD obtient des élus : au total, elle en a actuellement dans 13 régions sur 16 (3 régions en 2014, 2 en 2015, 5 en 2016, 3 en 2017) atteignant jusqu’à 20,8 % dans le Mecklenbourg-Poméranie-Occidentale et 24,3 % en Saxe-Anhalt. Aux législatives 2017, avec près de 6 millions de voix (12,6%), elle devient le troisième parti en Allemagne et fait élire 94 députés (sur 709).

Angela Merkel, désignée à 10 reprises (2006-2009 et 2011-2016) comme la femme la plus puissante du monde, est devenue Mutti, la mère de la nation et, récemment, sous la plume de journalistes comme Jakob Augstein, « la mère du monstre».

Angela Merkel, chancelière de la puissante Allemagne depuis 12 ans, ne peut être tenue comme irresponsable de la désaffection pour l’UE, dans tous les pays même les plus europhiles, et de la montée de la droite extrême dans toute l’UE. Car Angela Merkel et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, ont imposé leur politique d’austérité à tous les pays de l’UE, avec l’accord, plus ou moins contraint, plus ou moins enthousiaste, des gouvernements nationaux.

En France, la politique économique et sociale du gouvernement allemand est présentée comme le modèle, avec souvent quelques oublis : développement des énergies renouvelable, arrêt du nucléaire, immigration...

Jusqu’à ces dernières semaines, les politiques, les médias ne tarissaient pas d’éloges sur ses excellents résultats : grâce aux réformes de Gerhard Schröder, chancelier social démocrate 1998 -2005, et à la politique suivie par Angela Merkel et ses gouvernements de coalition avec le SPD (2005), le FDP (2009) et à nouveau le SPD (2013) : taux de croissance au plus haut, en partie dopée par l’arrivée d’immigrés (3), chômage divisé par trois en douze ans, baisse de l’endettement de l’État, solde positif des finances publiques, balance commerciale fortement positive, notamment avec les autres États de l’UE...

Plus récemment, des données, connues mais discrètement ignorées parce que moins flatteuses et moins séduisantes, ont aussi été publiées : doublement du pourcentage de la population pauvre depuis 2015 et du nombre de travailleurs pauvres, le plein emploi étant obtenu par l’augmentation des mini-jobs. En plus des 2,5 millions de chômeurs officiels, 1 million de personnes en situation de sous-emploi et dont beaucoup sont des travailleurs pauvres qui ne sont pas comptés comme chômeurs. Augmentation de 30 % des retraités pauvres… communes en crise budgétaire, mauvais état des infrastructures faute d’investissements…

Finalement, la politique de rigueur a exacerbé le clivage entre pays de l’Europe du nord et du sud. Mais même dans les pays dits prospères comme les Pays-Bas, la Scandinavie, l’Autriche et maintenant l’Allemagne... le développement des inégalités, une augmentation du nombre des très riches et des pauvres, entraîne l’apparition de votes de contestation. La CDU/CSU de Angela Merkel et Worfgang Schäuble a nettement emporté les élections législatives mais avec le taux le plus faible depuis 1949. Et depuis 1933, pour le SPD, son allié au gouvernement lors de la dernière législature !!!
C’est la sanction de la politique suivie depuis Gerhard Schröder par les deux partis de gouvernement, CDU/CSU et SPD.

Après les législatives en Allemagne

Face au succès de l’AfD, seul le parti libéral (FDP) a amélioré sa position. Appartenant au gouvernement, il n’a pas atteint les 5 % en 2012 et n’était plus présent au Bundestag. Il y revient du fait de son évolution vers l’européo-scepticisme.

L’entrée au Bundestag, pour la première fois depuis la fin de Seconde guerre mondiale, d’un parti d’extrême droite a créé un choc. Des manifestations ont eu lieu dés le dimanche 24 septembre dans la soirée dans plusieurs villes d’Allemagne à Cologne Francfort, Munich et Berlin. Ici aux cris de « tout Berlin hait les nazis », « nazis dehors » ou encore « le racisme n'est pas une alternative », « nous sommes unis, vous êtes de la merde », « écrasons le nationalisme »
Il n’est pas sûr que ce soit la bonne méthode pour arrêter la progression de l’AfD. L’expérience française a montré les limites de ce type de manifestation.

Le SPD a décidé de ne pas participer à la prochaine coalition gouvernementale, non parce que sa politique était mauvaise pour la population, pour l’Allemagne ou pour l’UE, c’est lui qui en est à l’origine avec Gerhard Schröder, qui l’a soutenu durant deux des trois mandatures d’Angela Merkel : 8 postes de ministre sur 16 dans le cabinet Merkel I dont ceux du Travail et des Affaires sociales, des Affaires étrangères, des Finances… ; 6 sur 16 dans le cabinet Merkel III dont ceux de l’Économie et l’Énergie (4), des Affaires étrangères, du Travail et des Affaires sociales… Mais à cause des mauvais électoraux.
Il ne fait pas de doute qu’il va profiter de son passage dans l’opposition pour donner des couleurs à son futur programme… pour gagner des voix… Mais quel degré de confiance les électeurs allemands pourront-ils lui accorder ?

Le cabinet Merkel IV annoncé pourrait regrouper, la CDU/CSU, le FDP et les Grünen (Les Verts). Difficilement à cause de positions divergentes du FDP et des Grünen sur l’UE. C’est dire que seule Die Linke qui défend une ligne antilibérale et un socialisme démocratique pourrait incarner une opposition de gauche, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à maintenant alors que le SPD était au gouvernement. Ce qui risque d’être encore plus difficile avec un SPD officiellement dans l’opposition.

 

Après les législatives en Allemagne

1 – Le Fidesz pour Fiatal Demokraták Szövetsége (Alliance des jeunes démocrates) est l’appellation la plus courante du parti présidé par Viktor Orbán. A partir de 1995, son nom officiel a été Fidesz – Magyar Polgári Párt (Parti civique hongrois), puis à partir de 2003 Fidesz – Magyar Polgári Szövetség (Alliance civique hongroise).

2 – Résultats : CDU/CSU : 32,93% (-8,6), SPD : 20,51 (-5,2), AfD:12,64 (+7,9), FDP : 10,75 (+6), Die Linke : 9,24 (+0,7), Die Grünen 8,94 (+0,5).

3 - La croissance de l’économie allemande, qui s’élève à 1,9 % en 2016, est supérieure d’un demi-point à la moyenne des dix années précédentes (1,4 %). La hausse des dépenses de l’État et l’augmentation globale de la consommation liées à l’arrivée des réfugiés ont eu sur l’économie un fort effet d’entraînement. Le Monde Économie, 13/01/17.

4Peu de temps après son retrait de la vie politique, Gerhard Schröder est nommé à la tête du consortium chargé de la construction du gazoduc Nord Stream dont le premier partenaire est la société russe Gazprom (Wikipedia).

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 22:22
Les élections contre la démocratie ?

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La démocratie ne se résume pas à des élections libres appliquant le principe une personne, une voix. Mais, même en se cantonnant à une conception aussi restrictive de la démocratie, on peut voir que, dans deux vieux pays démocratiques occidentaux, les États-Unis et la France, les dernières élections n’ont respecté le principe que de façon très formelle. Or, en quelques mois, ces élections ont changé profondément la situation politique. Au niveau intérieur et pour les États-Unis bien au delà.

 

Aux États-Unis, Hilary Clinton a obtenu lors de l’élection présidentielle près de 66 millions de voix (48,03% des suffrages exprimés) et Donald Trump près de 63 (45,94%). Mais du fait du système électoral, c’est Donald Trump avec 304 Grands électeurs contre 227 pour Hilary Clinton (56,5% contre 42,2%), qui a été élu président des États-Unis ! C’est la cinquième fois que le phénomène se produit. En 1824, 1876, 1888, 2000 et 2016, le président élu n’a pas été le candidat qui a recueilli le plus de suffrages exprimés.

 

Cela tient au fait que quasiment tous les États utilisent la règle du winner takes all, le vainqueur prend tout, qui attribue l'ensemble des Grands électeurs de l’État au candidat ayant reçu la majorité, relative ou absolue, des suffrages. Certains États sont à dominante partisane nette, ou républicaine ou démocrate. Dans ce cas, que le parti dominant recueille 55 ou 65 % des voix ne change rien, tous les Grand électeurs lui sont attribués. Par contre, dans un swing state, État-charnière, État pivot, les deux partis dominants ont sensiblement à égalité. Il suffit que quelques milliers de voix basculent, passent d’un parti à l’autre pour que tous les délégués de cet État changent de camp.
Ce système explique la victoire de Donald Trump.
Le phénomène est donc connu depuis longtemps. Et accepté.

 

Les États-Unis d’aujourd’hui ne sont pas très différents de ceux d’hier mais la politique du dernier président blanc n’est pas exactement la même que celle du premier président noir ! De la politique d’immigration ou de l’obamacare à l’intérieur aux positions en politique extérieure, sur la Cop 21, les relations avec l’Otan et l’Union européenne ou au Proche-Orient…

Cela semble illustrer le vieux mot d’ordre, élection, piège à cons, qui veut dire, classiquement, que les élections ne servent à rien. Dans le cas précis, certains doivent regretter leur non participation au vote...

 

Une autre façon d’échapper démocratiquement à la démocratie est, ce qu’on appelle en France , le charcutage électoral des circonscriptions, aux États-Unis gerrymandering : partisan gerrymandering, charcutage à visée partisane  quand le but est d’accentuer l’avantage d’un parti politique, et racial gerrymandering pour augmenter ou cantonner le poids politique d’une minorité raciale. Ce terme est né en 1811 quand le gouverneur Elbridge Gerry a dessiné une circonscription en forme de salamandre pour favoriser son parti.

Enfin, le nombre de délégués attribué à chaque État est très variable : de 1,41 en Californie à 5,12 dans le Wyoming, par millions d’habitants.

En France, le système électoral majoritaire à deux tours à l’élection présidentielle et aux élections législatives avec des législatives au décours de la présidentielle entraîne une distorsion encore plus grande entre les forces politiques dans la population et dans la représentation nationale.

Ainsi Emmanuel Macron, avec 24 % des voix au premier tour de la présidentielle et 28 % au premier tour aux législatives pour son parti et 43 % au second, remporte le poste de président de la République sans aucun contre-pouvoir à l‘Assemblée nationale mais au contraire une majorité absolue forte (308 députés sur 577). Majorité très liée au président car une bonne partie n’a aucune implantation personnelle dans sa circonscription. Ces candidats ont été désignés par le président lui-même et sa garde rapprochée et ont été élus sur son seul nom. Ce qui lui permet d’exercer une dictature républicaine, en principe pour les 5 prochaines années.
Enfin, le programme d’Emmanuel Macron a été connu partiellement et tardivement, aussi bien par les électeurs que par les personnes qui ont été candidates ou même élues aux législatives.

Cela n’entame en rien la légalité de l’élection d’Emmanuel Macron et de sa majorité. Et la contestation ne peut venir, en aucun cas, de ceux qui ont été au pouvoir jusque là. Ils n’ont pas changé les règles électorales quand ils le pouvaient, aussi bien Nicolas Sarkozy que François Hollande, parce qu’ils en avaient profité et espéraient encore rester au pouvoir bien que minoritaires dans le pays, ce dont témoignaient et les sondages et les résultats de toutes les élections partielles durant leur quinquennat.
Ils est aussi de bon ton de contester la légitimité de ces dernières élection par suite de la forte proportion d’abstentionnistes, de votes blancs ou nuls. Mais ceci invalide plus le système et notamment les majorités précédentes que le président. Les autres candidats ne peuvent se prévaloir de résultats supérieurs.

Les élections contre la démocratie ?

Il n’empêche que l’étendue des pouvoirs dont dispose le président fait penser au dictateur de la République romaine : un magistrat extraordinaire détenait les pleins pouvoirs pour un mandat qui ne pouvait, à l'origine, excéder six mois. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Ici, sauf accident, Emmanuel Macron est au pouvoir pour 5 ans. Quels que soient les résultats des sondages ou des élections partielles ou locales à venir.
Aux États-Unis, Donald Trump n’est élu que pour 4 ans et des élections législatives ont lieu tous les 2 ans qui peuvent remettre en question la majorité républicaine au Congrès.

Les premières décisions du président de la République montrent sa volonté d’utiliser au maximum les possibilités que lui offre la Constitution et d’augmenter sa liberté de manœuvre : volonté de prendre rapidement des mesures par l’usage des ordonnances, de l’article 49-3, prorogation de l’état d’urgence, intégration de certaines possibilités offertes par l’état d’urgence dans la législation normale, attribution du poste de questeur à l’opposition de sa majesté et non au parti d’opposition (?) le plus important de l’Assemblée nationale, prise de parole devant le parlement réuni en Congrès à Versailles, qui plus est à la veille du discours du Premier ministre devant l’Assemblée nationale qui semble vouloir rappeler à celui-ci son rôle second dans la conduite de la politique du gouvernement, rattachement au président de la République de la cellule de coordination pour lutter contre le terrorisme, élection-nomination d’un ami comme président de son groupe parlementaire sans concurrence même fictive, contrôle de la parole de ministres et de leurs rapports avec la presse, habile élimination de François Bayrou qui avait créé de menus problèmes au moment des législatives, qui voulait être au gouvernement et garder son droit à une parole indépendante, n’ayant pas suffisamment pris en compte que les voix de son groupe n’étaient pas nécessaire au nouveau président pour avoir une majorité absolue à l’Assemblée nationale…

Emmanuel Macron, comme d’habitude, ne perd pas de temps, assure ses bases, solidifie son pouvoir tant qu’il bénéficie du soutien d’un groupe parlementaire, pour le moment charmé et tenu, de l’opinion publique d’après les sondages avant de mettre en chantier les mesures législatives...

Les élections contre la démocratie ?

De même, il a entrepris quelques manœuvres pour obtenir une place importante sinon prépondérante au niveau européen. Il n’est pas sûr que cela soit aussi facile. Au niveau symbolique, l’invitation de Donald Trump, les déclarations sur la Cop21 vont dans ce sens. La poignée de main avec Donald Trump dont on a magnifié la vigueur pour montrer la place que veut avoir le président, a eu probablement une autre interprétation, outre-Rhin, après l’affront de Donald Trump à Angela Merkel lors de leur rencontre... Déjà, de petites phrases commencent à se faire entendre du côté du président de la Bundesbank ou d’Angela Merkel, elle-même, lors de leur conférence de presse…

Mais le président Macron a besoin de résultats concrets au niveau économique et budgétaire pour que ses positions européennes apparaissent comme autre chose que de la suffisance gauloise.

La prise du pouvoir par Emmanuel Macron a été rapidement menée au niveau électoral et institutionnel. Pour le moment, il est sur le nuage post-électoral, adulé par beaucoup malgré les entorses aux pratiques démocratiques traditionnelles, il peut espérer avoir mis de son côté tous les atouts pour s’attaquer aux mesures qu’il veut imposer à la société française.
Reste à savoir quelles seront ses réponses...

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Published by Paul ORIOL - dans Actualité Démocratie
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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 12:02
Le danger de la manipulation démocratique

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Les adversaires de la démocratie les plus dangereux, ici et actuellement, ne sont pas des candidats à une dictature froide et sanguinaire mais les compétents démocrates à la manœuvre pour donner une apparence démocratique et même scientifique à leur dictature médiatico-politique.

Il a beaucoup été dit que les électeurs ne s’inscrivaient pas sur les listes électorales, s’abstenaient, votaient blanc ou nul, parce qu’ils n’avaient pas suffisamment de sens civique, parce qu’ils n’avaient pas de candidats correspondant à leur choix, parce que les vrais problèmes n’étaient pas abordés…
On dit moins qu’ils se sentent bernés, à chaque élection, car leur choix n’est jamais respecté.

Lors de la dernière élection présidentielle, des questions essentielles ont été abordées, des candidats en ont parlé, des opinions différentes ont été émises. Que sont-elles devenues ?
Avec 11 candidats au premier tour et 2 au second.

Sur les questions socio-économiques, les candidats présentaient des positions fort différentes, de l’extrême gauche à François Fillon.
C’est d’ailleurs sur
sa position très droitière que François Fillon a remporté la primaire de la droite et du centre : notamment sur la sécurité sociale et son alliance avec la manifestation pour tous. Au point que, désigné, il a été contraint de faire rapidement un rétro-pédalage sur la question de la sécurité sociale et de ses liaisons avec les assurances privées. Ce qui lui avait été favorable dans la primaire de droite, devenait dangereux pour toute la droite dans une élection générale, surtout au second tour. D’une certaine façon, François Fillon a été victime de son honnêteté politique.
Certain que le pouvoir ne pouvait lui échapper après un septennat qui finissait mal, il a dit, trop clairement, ce qu’il voulait faire et même le nom de son futur premier ministre, un patron des assurances privées, circulait déjà..
Son échec, sa déchéance n’est due que partiellement à cette position outrancière, même
pour son camp. Se sont alors ajoutés ses démêlés avec la justice sur des emplois fictifs et familiaux et quelques cadeaux ostentatoires.
Ceci a d’ailleurs en partie caché cela.

Le danger de la manipulation démocratique

Il y a fort à parier que, après quelques années, avec des avocats habiles et d’infinies manœuvres procédurières, tout ceci se terminera par un non lieu ou des peines anodines. Et ne l’empêchera pas, s’il en a envie, de reprendre une vie politique active. Ses camarades, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy peuvent en témoigner...
Les prisons de France seraient vides si tous les voleurs de poules étaient défendus avec le même acharnement et par les mêmes avocats...

Mieux vaut une injustice qu’un désordre, aurait dit Goethe. C’est aussi ce qu’a pensé Roland Dumas, président du Conseil constitutionnel, chargé de faire respecter les lois de la République. Roland Dumas est convaincu d'avoir sauvé la République en ayant validé les comptes de campagne présidentielle, manifestement irréguliers, de Jacques Chirac et Édouard Balladur. Personne ne s’en est indigné outre mesure.
De toute façon quelle importance ?
Lorsque la commission nationale des comptes de campagnes invalide ceux d’un candidat, cela ne l’empêche nullement de se présenter à l’élection présidentielle suivante !
Lorsqu'une candidate peut se présenter et arriver au second tour de la présidentielle sans s’être rendue aux convocations de la justice pour des délits d’emploi fictifs, non au bénéfice de membres de sa famille, cette fois, mais de membres de son organisation politique. Battue à l’élection présidentielle, va-t-elle répondre, aux convocations des juges ?
Philippe Poutou,
mal élevé, a bien fait remarquer que l’égalité devant la justice…
Deux professions prospèrent dans cette république les sondeurs et commentateurs de sondages et les avocats.

La question écologique a été clairement abordée lors du premier tour, par les candidats qui se réclamaient de l’écologie, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, qui ont recueilli plus de 25 % des voix. Tous les autres se sont sentis obligés de colorer, en un vert discret, leur programme. Mais l’écologie, question centrale s’il en est, il ne s’agit que de la survie de l’humanité, magnifiée par la conférence de Paris, rappelée régulièrement par les relevés sur le réchauffement climatique, et l’écologie ne se résume pas à cela, a été complètement absente du second tour.

A longueur d’année, les gouvernements, de droite ou de gauche, prennent de nombreuses mesures désagréables qu’ils refusent d’assumer devant les citoyens. Ils préfèrent se cacher derrière c’est la faute de l’Europe, c’est une contrainte européenne. Oubliant de dire qu’ils ont accepté ou voté ces mesures, dans les instances de l'Union européenne, le Conseil ou le Parlement européen.
La question de l’Union européenne a été abordée par tous les candidats. Et son fonctionnement et sa politique ont été contestés par presque tous. Par la droite, pas seulement la droite souverainiste et nationaliste. Et par la gauche, qui met en question son fonctionnement peu démocratique et ses orientations sociales.
Entre les deux tours, Jean-Claude Juncker et la Commission n’ont pas hésité à donner un coup de pouce à Emmanuel Macron en annonçant de nouvelles orientations sociales...

Emmanuel Macron n'a pas été élu pour ses propositions économiques et sociales, son programme écologique, ses positions en faveur de l'Union européenne. Il n’a obtenu que 24 % des voix au premier tour, malgré une massive campagne médiatique et sondagière déjà axée sur le vote utile. Et le vote utile, repris au second tour, se résumait en tout-sauf-Marine-Le-Pen, martelé à l’aide de sondages, toujours interprétés de façon alarmiste, par les commentateurs, les journalistes, les intellectuels… Et avec l'aide su système électoral.
Toute l’oligarchie nationale et européenne, et même au-delà, a chanté les louanges de ce jeune candidat et de cette France finalement beaucoup plus favorable à l’Union européenne… Avec les félicitations de Angela Merkel, le dimanche, et le rappel de la nécessité de rester dans les clous, le lundi...

Les mécanismes ont parfaitement fonctionné… Les électeurs, une fois de plus, se sont faits avoir.

Le danger de la manipulation démocratique

Il ne faut pas croire que les citoyens ne s’intéressent pas à la politique. Les audiences des émissions de télévision au moment des élections ont un taux d’audience enviable, comparable à ceux des grands événements sportifs. L’augmentation du nombre des abstentions d’un tour à l’autre, l’importance des votes blancs et nuls montrent bien que les citoyens veulent participer même quand il se sentent pris dans une nasse.

Parmi les rares engagements clairs du candidat Emmanuel Macron, il y a l’intention de développer la loi travail et de la faire adopter par ordonnances, éventuellement par utilisation du 49.3.
Pour cela, il faut cependant une certaine acceptation de l’Assemblée nationale. C’est dire maintenant l’importance des élections législatives. Emmanuel Macron devrait bénéficier de la dynamique renouvelée des soutiens. Peut-être fera-t-il quelque annonce pour obtenir une majorité qui lui permette de faire passer ce qui lui tient à cœur.

Le danger de la manipulation démocratique

Tant que la voie démocratique, électorale, semble ouverte, les partis politiques peuvent canaliser les revendications et entretenir l’espérance dans l’évolution, le changement. Quand ces partis entrent en déliquescence et ne sont plus porteurs, même de façon illusoire, de quelque espérance, quand tout est parfaitement verrouillé, comment s’étonner que certains choisissent l’inertie et d’autres la révolte et la violence ?

Emmanuel Macron devrait s’en souvenir au risque de l’austéritaire, l’austérité et l’autorité. François Hollande a laissé les instruments en place.

Le danger de la manipulation démocratique
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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 21:51
Second tour et après ?

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Au premier tour de l’élection présidentielle, 4 candidats obtiennent autour de 20 % des suffrages exprimés. Les autres derrière Benoît Hamon (6,36%) et Nicolas Dupont-Aignan (4,7%), obtiennent chacun moins de 2 %.
Ces 20 % n’ont pas la même signification pour tous les candidats. Ils donnent aux seuls Emmanuel Macron et Marine Le Pen la possibilité de participer au second tour.

C’est un remarquable succès personnel pour Emmanuel Macron, inconnu, il y a quelques années, n’ayant jamais affronté le suffrage universel, sans aucun appareil. Il a su créer autour de sa personne avec un programme flou, une dynamique impressionnante par les supports médiatiques et politiques qu’il a suscités. Soutiens que le jeune candidat récolte sur tout l’échiquier politique. Auprès des médias. Aidé par la grand’peur que suscite la victoire sondagière possible de Marine Le Pen et les flottements dans la droite extrême, désorientée par les mésaventures de son champion entêté.

Atout et problème pour Emmanuel Macron : le trop plein de ralliements hétéroclites, en vue des élections législatives. Candidats, plus ou moins connus, d’aujourd’hui et d’hier, du centre, de droite ou de gauche, prêts à poursuivre la politique des Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande mais qui attendent quelques gratifications...
Peur-être,
Emmanuel Macron pourrait il engager François Hollande comme conseiller à la synthèse…

Marine Le Pen n’est pas arrivée, comme elle l’espérait et comme beaucoup l’annonçaient, en tête de ce premier tour. Il n’en demeure pas moins qu’elle continue de progresser en nombre de voix et en pourcentage par rapport aux élections présidentielles antérieures.
Considérant son assise populaire assurée, elle mène une politique de second tour en élargissant son assise vers la droite avec Nicolas Dupont-Aignan et en revenant sur ses promesses de retraite à 60 ans, sur la sortie de l’euro qu’elle éloigne...

 

Il faut remercier François Fillon. D’avoir, par son entêtement et son programme social fracassant, éliminé la droite de la présidence. D’avoir dévoilé avec quelle facilité la vertueuse droite est prête à devenir la droite extrême quand elle trouve un champion, apparemment propre sur lui, avec la juste ostentation qui permet de reconnaître la bonne société. Pourfendeuse de la fraude sociale, elle n’est nullement gênée, par les petits arrangements familiaux, les petits cadeaux entre amis.
Éternelle contradiction entre le moralisme affiché pour le bas peuple et la morale pratiquée entre soi.

La progression la plus importante est celle de Jean-Luc Mélenchon, passé de 11,10 % en 2012 (3 984 822voix) à 19,58 % (7 060 885 ) en 2017 alors qu’il ne pouvait compter ni sur un parti décidé et efficace, ni sur un important réseau d’élus motivés, la difficulté dans la collecte des signatures l’a bien montré. Et avec des médias plus intéressés, dans un premier temps, par son caractère, ensuite par ses qualités d’orateur, enfin par ses tropismes internationaux mais beaucoup plus rarement par le travail dans l’élaboration de son programme, par la nouveauté de l’alliage qu’il a construit entre le social et l’écologique, par sa volonté de reconstruire une nouvelle démocratie avec la participation du maximum de citoyens, par sa volonté de s’attaquer au vote d’extrême droite et à l’abstention (caravanes pour l’inscription sur les listes électorales). Les médias ont fini, face aux mobilisations qu’il a suscitées, par découvrir qu’il les avait en partie contournés par ses propres moyens.

Lors de ce premier tour, il a déjà été question du vote utile en faveur d’Emmanuel Macron. Ce n’est pas étranger au fait que Jean-Luc Mélenchon ne peut participer au second tour, il ne lui a manqué que 600 000 voix. Nationalement, il recueille 19,58 % des voix. Ce pourcentage est entre 27 et 30 %, suivant les sondages, chez les 18-24 ans, soit le double de 2012, 24 % chez les ouvriers, 22 % chez les employés.
Chez les musulmans, le candidat le plus laïque de la présidentielle, obtient 37 % des voix (20 % en 2012) contre 24 % pour Emmanuel Macron, 17 % pour Benoît Hamon, 10 % pour François Fillon et 5 % pour Marine Le Pen (sondage Ifop – Le Pèlerin).
 

Second tour et après ?

Depuis le début de la campagne électorale, nombreux sont ceux qui donnent des conseils avisés à Jean-Luc Mélenchon : participer à la brillante primaire de la Belle alliance populaire, rallier Benoît Hamon avant qu’il ne soit abandonné par le PS et ses électeurs, maintenant rejoindre le camp de la peur.
Hier, la peur
de tout avait mauvaise presse parce qu’elle poussait les citoyens à voter Le Pen, aujourd’hui la peur de Marine Le Pen a bonne presse pour faire voter Macron. Mais la presse est toujours la presse, elle va toujours dans le même sens. Hier et aujourd’hui ! Faire rentrer dans le rang et dans le cas présent, voter Emmanuel Macron !

Connaissant la diversité des points de vue des partisans de la France insoumise sur le vote au second tour, Jean-Luc Mélenchon a dit qu’il voterait mais n’a pas dit comment. Il ne donne pas de consigne de vote pour préserver l’unité des Insoumis avant les législatives. Tout en rappelant que voter Front national n'était pas une option. Ni pour lui, ni pour les Insoumis consultés.
La France insoumise a organisé une consultation ouverte à tous les Insoumis pour qu’ils disent ce qu’ils allaient faire au second tour, sans que cette consultation soit normative.
Il a tendu une perche à Emmanuel Macron, en lui demandant de faire un geste sur la loi travail que Macron a immédiatement rejeté.
C’était prévisible. Peut-être aurait-il pu demander un geste sur l’usage du 49-3 et des ordonnances dont Emmanuel Macron a dit qu’il les utiliserait dés cet été pour aller plus vite. Et court-circuiter, bon début, tout débat démocratique !
 

Second tour et après ?

Le résultat de la consultation des Insoumis est maintenant connu. 243.000 personnes ont donné leur avis, soit environ 55% des 440.000 inscrits pour soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr, des personnes peuvent changer entre le moment où elles ont donné leur avis et le jour du scrutin. Mais ce n’est pas un sondage, c’est le résultat d’une consultation : vote blanc ou nul, 36,12 %, vote Emmanuel Macron 34,83%, abstention 29,05% (1). Les deux tiers, 65,17%, ne voteront pas pour Emmanuel Macron. D’après un sondage Elabe BFMTV, 44% des électeurs de Mélenchon au premier tour voteraient pour Emmanuel Macron.
Ces résultats permettent de penser que les Insoumis vont compter dans les semaines qui viennent. Une première indication sera donnée dimanche par le taux d’abstentions, de bulletins blancs ou nuls : en 2012, il y a eu 9 049 998 abstentions (19,65%), et 2 154 956 bulletins blancs ou nuls (5,82%)...

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, on va parler du triomphe de la démocratie, de la République, de l’Union européenne (qu’on appellera Europe) alors qu’on aura simplement élu le gendre idéal pour continuer, plus ou moins habilement, la politique suivie pendant des années – avec le succès que l’on sait aussi bien au point de vue socio-économique qu’au point de vue politique avec le vote Marine Le Pen - par les gouvernants successifs dont les artisans se retrouvent dans En Marche ! l’UMPS, comme disait le Front national, officialisée… !

Reste que les résultats du second tour ne vont pas tout régler. Mais servir de base aux discussions, déjà engagées dans tous les camps pour les investitures législatives. La victoire à la présidentielle donnera, certes, une dynamique. Il n’est pas certain qu’elle soit suffisante pour obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Encore moins une majorité cohérente.

De ce point de vue, Jean-Luc Mélenchon fait des calculs risqués quand il annonce que, avec les résultats de la présidentielle, la France insoumise peut espérer être présente dans 451 des 577 circonscriptions où il a dépassé le seuil de 12,5% nécessaires pour se qualifier pour le deuxième tour dont les 67 où il est arrivé en tête. Certes ils est probable qu’il y aura beaucoup de triangulaires ou même de quadrangulaires mais ces multiples candidatures risquent de diviser autant la gauche que la droite.

C’est cependant un motif pour dynamiser les Insoumis surtout si le taux d’abstention, de votes blancs ou nuls est important. Abstentions, votes blancs ou nuls de résistance, d’espoir. Ils ne seront pas comptabilisés pour l’élection mais seront examinés de près et pèseront dans la mobilisation.

L’espoir maintenant est dans une refondation de la gauche autour de la France insoumise et un groupe de députés aussi étoffé que possible. C’est ce que les résultats de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle permet d’espérer...

Tout en sachant que cela ne sera pas suffisant. Et qu’il faudra d’autres mobilisations. Mais c’est la première lueur en Europe pour une contestation qui ne soit pas nationaliste mais pour un changement d’orientation économique et sociale.


 


 

1 - Noter que ces Insoumis n’ont pas suivi Jean-Luc Mélenchon qui votera dimanche et qui veut rendre le vote obligatoire.

Second tour et après ?
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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 11:11
Munich, cube blanc, années noires

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/emissions/les-documentaires-en-aquitaine/gurs-silence-assourdissant-film-ne-jamais-oublier-1240321.htmlMunich, cube blanc, années noires

Munich, capitale de la Bavière, connue pour ses musées, ses monuments, ses industries, ses manifestations festives et sa bière..., est la deuxième ville allemande par le nombre de touristes…
Munich occupe, aussi, une place exceptionnelle, et peu enviable, dans l'histoire du vingtième siècle ! C'est là que le national-socialisme est né et a pris son essor. C'est là que Daladier et Chamberlain se sont inclinés devant Hitler croyant sauver la paix... La suite est connue…

En juillet 2014, nous avons passé quelques jours à Munich (1) et première question, peu diplomatique, à des amis allemands : Où est le nazisme à Munich ? Réponse immédiate : Partout.
Pendant ce bref séjour, nous avons eu l'occasion de visiter plusieurs musées mais aussi un certain nombre de lieux de mémoire. Nous avons aussi appris qu'un Centre munichois de documentation sur l'histoire du national-socialisme était en construction.

Ce centre existe désormais sous forme d'une imposante bâtisse blanche, de 4 étages, construite sur l'emplacement de l'ancienne Braunes Haus (siège du parti nazi) sur la Königsplatz. C’est de ce centre de documentation qu’il sera d’abord question ici, suivi de quelques images plus classiques de Munich et des environs.

Le Centre est remarquable ! Avec une très riche documentation, bien présentée, en panneaux muraux, commentés sur audioguide, en diverses langues dont le français. Et de multiples vitrines pour ceux qui veulent en savoir plus. Avec textes, affiches, photos, films de l’époque…
Le seul parcours principal nous a pris 4 heures (2)... pendant lesquelles nous avons pu suivre l'évolution de la situation politique à Munich depuis la fin de la Première guerre mondiale jusqu'à nos jours (3).

Ce centre a été conçu comme un lieu pédagogique et mémoriel et veut répondre aux questions : Comment ? Pourquoi ? Pourquoi à Munich ? Sans éviter les questions douloureuses : Car nous sommes politiquement responsables et c'est la raison pour laquelle nous devons réfléchir aux crimes et à leurs auteurs... Et de préciser : le Centre se trouve ainsi au cœur du quartier du NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, Parti national-socialiste des travailleurs allemands) où environ 6000 personnes ont permis de faire fonctionner les diverses organisations du parti et leurs activités jusqu'à la fin de la guerre… Dans la ville de Munich, des graines de criminels ont pu croître.

Des groupes de jeunes accompagnés et de moins jeunes visitent le centre : travail de mémoire, travail de transmission.

Trente trois panneaux se succèdent du quatrième étage au rez-de-chaussée, de la Première guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui : 1 - 1914-1918, Guerre et révolution ; 2 - 1918-1919, Kurt Eisner et l’État libre de Bavière ; 3 - 1919, La période des conseils et la contre-révolution ; 6 - 1919-1923, Les débuts du mouvement hitlérien à Munich ; 11 - Munich, capitale du mouvement ; 14 -A contre-courant : refus, opposition, résistance ; 16 – 1933-1939, La vie quotidienne : détourner le regard, être spectateur, participer ; 25 – 1939-1945, Résistance,courage et civisme pendant la guerre ; 28 – 1945-1948, Dénazification et nouveau départ : 30 – Entre travail de mémoire, continuité et refoulement ; 31 – L’héritage nazi : survie et renaissance ; 32 – Contre l’oubli ; 33 – Retard et cheminement du souvenir.

Par ailleurs, l'attention est attirée sur les Zettel, mots anonymes qu'on peut trouver, ici ou là, et qui témoignent de la persistance d'un certain racisme.

Le 29 avril 1945, les Américains libèrent le camp de Dachau, situé à 17 km de Munich, premier camp de concentration mis en place par les nazis, ouvert du 20 mars 1933 au 29 avril 1945. Tout d'abord le lieu d'internement des opposants politiques, il a accueilli par la suite des juifs de Bavière, des prisonniers de guerre soviétiques et des femmes, des homosexuels et des Tziganes. Au total, plus de 200 000 personnes de plus de 30 pays sont passés par ce camp.
La ville de Munich était recouverte d’un réseau de plus de 400 camps et hébergements. Fin 1944, près de 120 000 travailleurs civils étrangers, prisonniers de guerre et détenus des camps de concentration étaient employés de force dans toute l’agglomération...

Libérés par les Américains le 30 avril 1945, les Munichois ont voulu, comme beaucoup d'autres, en Allemagne et ailleurs, oublier leurs responsabilités dans ce qui s'était passé dans leur ville, sous leurs yeux…
La dénazification est d’abord entreprise par les Américains et poursuivie par les Allemands. Mais dans les années 1947-48, l’énergie diminue notamment avec le début de la guerre froide et le retour d’anciens membres du NSDAP dans leurs anciens postes.
Dans les années qui suivent, des groupes néo-nazis sont apparus, ont pu avoir quelques élus dans les assemblées des États régionaux (Länder) mais n’ont pas réussi à percer vraiment.
A partir des années 1980-1990, des initiatives citoyennes, ateliers historiques, conseils de quartier ont intensifié la culture du souvenir. Elles aboutissent à ce qu’en 2001, le conseil municipal et, en 2002, le parlement de Bavière décident de construire le centre de documentation. Financé par le gouvernement fédéral, le Land de Bavière et le Conseil municipal de Munich. La première pierre a été posée en 2012 et le centre inauguré en 2016.

 

Munich, cube blanc, années noires
Munich, cube blanc, années noires

Pour les responsables de la construction du centre, il s’agit d’un lieu pédagogique et mémoriel dédié à l’histoire du national socialisme à Munich. Contre l’oubli, pour la démocratie. Avec la phrase de Primo Levi, affichée au dessus du Centre : C'est arrivé, cela peut donc arriver à nouveau.
A Munich ou ailleurs.

Il ne s’agit pas de repentance, il ne s’agit pas de punir. Repentance de qui ? Punir qui ? Mais de ne pas oublier, de prendre conscience que la démocratie est fragile, qu’elle peut avoir des faiblesses. Que la démocratie ne peut réussir que si elle est ancrée dans les institutions, soutenue par la société civile et vécue au quotidien. Qu’il faut que les choses soient dites ! Comme dans les familles, les faits douloureux ne peuvent être occultés sans risque pour l’avenir (4).

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Dachau est devenu une étape pour les organisations de tourisme

Dachau est devenu une étape pour les organisations de tourisme

Aujourd'hui : Manifestation en faveur d'une voie routière autour de Munich  contre un tunnel.

Aujourd'hui : Manifestation en faveur d'une voie routière autour de Munich contre un tunnel.

Aujourd'hui : Manifestation de Pegida (une dizaine de personnes), un trentaine de contre-manifestants du SPD et une cinquantaine de policiers.

Aujourd'hui : Manifestation de Pegida (une dizaine de personnes), un trentaine de contre-manifestants du SPD et une cinquantaine de policiers.

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La France est-elle prête à regarder son histoire, ses parts de lumière et ses parts d’ombre ? Ce n’est pas certain. Il suffit de voir qu’il a fallu attendre le 16 juillet 1995, 53ème anniversaire de la rafle du Vel d'hiv, pour que le Président de la République, Jacques Chirac, reconnaisse la responsabilité de l’État français dans la déportation et l'extermination de juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Et d’entendre, ces jours-ci, cette responsabilité niée à nouveau.

A l’opposé de la démarche d’un Nelson Mandela, vérité et réconciliation, dialogue sans exclusion, concernant la longue nuit de l’apartheid en Afrique du sud, on préfère dissimuler les choses sous le tapis d’une amnistie qui permet de recycler des compétences comme Maurice Papon, de Bordeaux à Paris en passant par l’Algérie. Amnistie non assumée, qui ignore le devoir de mémoire et de justice.

Récemment, un candidat à la présidence de la République française, peut-être prochain président, a parlé du colonialisme, de la guerre d’Algérie comme crime contre l’humanité. S’il est élu, fera-t-il un acte de conscientisation qui pourrait permettre à la France, à tous les Français de condamner des actes condamnables. Et ensuite, avancer vers la réconciliation des Français, de tous les Français, quelle que soit leur origine et quel que soit le comportement passé de leurs parents ou grands parents.
Pourra-t-on ainsi signer un jour la fin de la guerre d’Algérie ?
Faute d’avoir examiné lucidement son histoire, les mauvais côtés de son histoire, l’opinion française est perpétuellement divisée par des souvenirs douloureux non partagés (4).


 

1 - Cinq jours à Munich (en 2014)

2 – Le Centre prête des sièges pliants qui permettent de faire la visite confortablement.

3 – Toutes les informations de cette note sont tirées de la brochure : NS- Dokumentationszentrum München. Centre munichois de documentation sur l’histoire du national-socialisme. Livret guide de l’exposition 84 pages.

4 - Une émission de France 3 Nouvelle Aquitaine a été diffusée le 24 avril 2017 sur le Camp de Gurs : Gurs, un silence assourdissant, film d'Antoine Laura et Pierre Laval , existe aussi en DVD.

Le Muca (Museum of Urban and Comtemporary Art), premier musée allemand des arts de la rue, était fermé

Le Muca (Museum of Urban and Comtemporary Art), premier musée allemand des arts de la rue, était fermé

Peintures de rue à Solin (banlieue de Münich)
Peintures de rue à Solin (banlieue de Münich)
Peintures de rue à Solin (banlieue de Münich)

Peintures de rue à Solin (banlieue de Münich)

Tableaux de Frantz Marc (1), August Macke (2), Alexej Jawlensky (3 et 4), Elfriede Schroter (5)
Tableaux de Frantz Marc (1), August Macke (2), Alexej Jawlensky (3 et 4), Elfriede Schroter (5)
Tableaux de Frantz Marc (1), August Macke (2), Alexej Jawlensky (3 et 4), Elfriede Schroter (5)
Tableaux de Frantz Marc (1), August Macke (2), Alexej Jawlensky (3 et 4), Elfriede Schroter (5)
Tableaux de Frantz Marc (1), August Macke (2), Alexej Jawlensky (3 et 4), Elfriede Schroter (5)

Tableaux de Frantz Marc (1), August Macke (2), Alexej Jawlensky (3 et 4), Elfriede Schroter (5)

La Villa Lehnbach (Städtlische Galerie in Lehnbachhaus) présente la célèbre collection du Cavalier bleu (Blaue Reiter), avec des tableaux de Kandinsky, Klee, Frantz Marc, August Macke, Alexej Jawslensky,  Elfriede Schroter.

Parc olympique

Parc olympique

Ammersee Andechs
Ammersee Andechs

Ammersee Andechs

Ammersee Diessen

Ammersee Diessen

La Fuggerei à Augsburg

La Fuggerei à Augsburg

La Fuggerei est la plus ancienne cité sociale du monde. Elle a été fondée en 1521 par Jacob Fugger pour les citoyens nécessiteux d'Augsburg. Elle loge encore 150 personne dans 67 maisons pour un loyer symbolique et l'obligation morale de prier 3 fois par jour pour le fondateur et sa famille.
Le locataire le plus célèbre est le maître maçon Franz Mozart, arrière-grand-père de Wolfgang Amadeus Mozart.

Augsburg : La salle dorée de l'Hôtel de ville ( Goldener Saal Rathaus)
Augsburg : La salle dorée de l'Hôtel de ville ( Goldener Saal Rathaus)
Augsburg : La salle dorée de l'Hôtel de ville ( Goldener Saal Rathaus)

Augsburg : La salle dorée de l'Hôtel de ville ( Goldener Saal Rathaus)

Augsburg ; Eglise Ste Anne. Les moines de ce couvent ont accueilli Martin Luther en 1518.
Augsburg ; Eglise Ste Anne. Les moines de ce couvent ont accueilli Martin Luther en 1518.

Augsburg ; Eglise Ste Anne. Les moines de ce couvent ont accueilli Martin Luther en 1518.

Neuschwanstein, les châteaux de Louis II de Bavière
Neuschwanstein, les châteaux de Louis II de Bavière

Neuschwanstein, les châteaux de Louis II de Bavière

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Published by Paul ORIOL - dans Voyages Démocratie racisme
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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 22:47

Suite au rassemblement à la Bastille, le 18 mars 2012, Jean-Luc Mélenchon avait appelé les soutiens de la France Insoumise à sa candidature pour une marche de la Bastille à République, ce 18 mars 2017.

 

 

 

Voici quelques images sur le parcours ...

Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France InsoumiseBastille République de la France InsoumiseBastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France InsoumiseBastille République de la France InsoumiseBastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France InsoumiseBastille République de la France InsoumiseBastille République de la France Insoumise

Quelques images plus personnalisées.

Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise

Des points du programme repris par de nombreux manifestants.

Bastille République de la France Insoumise

Place de la République

Bastille République de la France Insoumise
Bastille République de la France Insoumise
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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 17:21
Les urnes de Pandore

Tout était prévu pour ces printanières élections. La campagne électorale n’a pas commencé, déjà, sur le bord de la route, quelques dégagés, en attendant l’ouverture des urnes de Pandore de la présidentielle et des législatives dont personne ne peut dire ce qui en sortira.

 

Surtout pas les sondeurs. Leur prudence apparaît après les déboires en France lors des primaires de droite et de gauche et lors du référendum britannique et de l’élection présidentielle aux États-Unis.

Désormais un sondage sur les élections ne peut être publié sans qu’il soit précisé : attention, il ne s'agit pas d'une prédiction du vote des Français mais d'une photographie des intentions à la date de réalisation du sondage (1).


Les sondeurs ne présentent pas encore correctement leurs résultats qui devraient être, par exemple : candidat A, 26 +/–3 %, candidat B, 23 +/-3 %. Ceci conduirait à reconnaître que ces résultats sont quasiment identiques pour A entre 23 et 29 % et pour B entre 20 et 26 %. Cela anéantirait la pertinence de maintes discussions, notamment sur les avancées ou les reculs de 1 ou 2 % de tel ou tel candidat.
 

Le second tour de la présidentielle 2017 devait être identique à celui de 2012.
 

Le président sortant, candidat naturel malgré les statuts de son parti, une politique rejetée dans les urnes aux élections intermédiaires, dans la rue (manifestations à répétition), au parlement (49-3), dans la courbe du chômage qui refusait de plier à ses injonctions depuis 2013 et même dans son impopularité lue... dans les sondages et la volonté d’exfiltration bienveillante de certains de ses amis qui avaient inspiré sa politique...
Finalement, François Hollande a pris la décision unique dans l’histoire de la V° République de renoncer à défendre son bilan dans la primaire de gauche d’abord et dans une éventuelle candidature à la présidentielle.

 

Après cette historique abdication, la primaire citoyenne de la Belle Alliance populaire, le parti socialiste et ses alliés du gouvernement, a entraîné un deuxième dégagement, celui du Grand Vizir qui voulait être Calife à la place du Calife, mis benoîtement sur la touche.

Petite tempête, chez EELV, troisième dégagement, l’ancienne ministre qui se croyait candidate légitime, dés le premier tour de la primaire écologiste.

 

Dégagement dès le premier tour de la primaire de la droite et du centre : l’ancien président de la République, doublement légitime, en tant qu’ancien président et tête du parti d’opposition, malgré un bruit de fond de casserole. Suivi, au second tour, du meilleur d’entre nous, ancien premier ministre, malgré le soutien de généreux contributeurs de la gauche, du centre, de la droite. Éliminé au profit du Premier-ministre-collaborateur-honnête-notable-discret mais résilient pendant cinq ans d’un président de la République parvenu et m’as-tu-vu.


 

Les urnes de Pandore

Avec le changement climatique, les perturbations sont quelquefois soudaines. Le notable, honnête, catholique, gaulliste, qui ne pouvait imaginer la candidature de son ancien chef de service, mis en examen, se retrouve quelque jours plus tard dans cette situation. Face à la perfidie de ses adversaires, de ses amis, de la presse et des juges, il n’hésite pas à faire appel au peuple de droite, contre tout le monde, pour renverser le vent de destitution annoncée. Appel gaullien et mea culpa, devant ses troupes catholiques, le voila transformé, obligeant tous, amis et ennemis, fidèles et traîtres, à se rallier car il y aura plus de joie à l’Élysée pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance.

 

Finalement, le désir de changement a, déjà, emporté deux anciens présidents de la République, deux anciens premiers ministres et une ancienne ministre. Tout ceci parfaitement imprévu par ceux qui savent, dont les déclarations remplissent quotidiennement la presse sous toutes ses formes. Et, bien sûr, imprévu par les sondages.


 

Les urnes de Pandore

Tous aux abris. Des dégagements, importants par le nombre, sont à prévoir avec les élections législatives : ceux qui annoncent leur renoncement, leur retraite et ceux qui, du fait de la limitation du cumul des mandats, donneront leur préférence à un mandat local sûr, qui n’est pas en jeu pour le moment, plutôt qu’à un mandat national incertain…

 

Il est possible d’annoncer un certain renouvellement du personnel politique au niveau national qui ne préjuge en rien d’un changement de ligne. Mais aussi des sondages toujours aussi intéressants à commenter. Par les mêmes toujours aussi compétents.

 

Reste qu’à ce jour, et le présent article n’y échappe pas, il a été beaucoup plus discuté des affaires que de la politique, de la ligne politique des candidats. On est cependant en droit de se poser la question de savoir si c’est une qualité ou un défaut.

Car l’impression qu’on peut avoir d’assister à la fin d’un régime, d’un système tient à plusieurs choses :

- la multiplication des affaires qui arrivent sur la place publique, qui témoignent d’un changement d’époque, même si beaucoup se terminent par un non-lieu dont chacun sait qu’il est dû surtout aux qualités procédurières des avocats ;

 

- la parole changeante d’un candidat d’une semaine à l’autre : je ne serai pas candidat si je suis mis en examen suivi d’un je serai candidat même si je suis mis en examen avec quelques hésitations mais sans aucune sanction des éléphants de son clan, ni semble-t-il de ses potentiels électeurs – encore faut-il attendre, prudemment, le résultat de l’élection ;

 

- le candidat élu ne suit que de très loin le programme qu’il a annoncé. La primaire, relativement réussi de la gauche en 2012, a permis de voir que la politique suivie par le président élu n’était pas celle attendue, notamment avec l’arrivée comme premier ministre de celui qui n’avait recueilli que 5 % des voix à cette primaire !

 

- l’apparition de concurrents qui ont été membres d’un même gouvernement, l'un ne s'est pas présenté à la primaire pour faire cavalier seul ou les autres se sont présentés avec des propositions complètement différentes en annonçant qu’ils se désisteraient en faveur du gagnant et qui refusent, ensuite, de le suivre parce qu’il maintient les propositions annoncées...

 

Seule espérance que cette déliquescence morale et politique soit sanctionnée par les électeurs à l'élection présidentielle et aux législatives..

 

 

Les urnes de Pandore

1 – Ces précautions n’existent toujours pas dans les autres sondages. Pour une raison simple : il est possible de comparer les résultats des sondages et de l’élection. Les erreurs apparaissent alors.
Ce moment de vérité n’existe pas devant tous les sondages qui assurent que les Français pensent telle ou telle chose. La qualité du sondage peut être difficilement estimée.

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 20:34

La nation dans tous ces États

 

La question de la nation est sur la scène politique, impulsée, depuis des années, par le nationalisme de l’extrême droite, relayée par la droite. Une partie de la gauche, par conviction nationaliste ou par calcul électoral, court derrière.

Beaucoup à gauche ont quelque peine, aujourd’hui, à assumer l’idée de nation, ce qui n’a pas toujours été le cas. Ils ont abandonné la nation à sa dérive nationaliste et ont voulu la déconstruire, la nier, au profit de la lutte des classes.

 

La nation dans tous ces États

Les prolétaires n’ont pas de patrie. La nation, le sentiment national, le récit national n’existent pas ou n’ont pas lieu d’être. La nation n’est qu’une construction historique. Bien sûr, la nation, et surtout l’État-nation, sont des constructions historiques. La nation n’a pas toujours existé et, telle quelle, n’existera pas toujours. Comme toute institution, l'État-nation est une construction, elle existe. Historique, elle existe aujourd’hui.


En 1945, 51 États ont participé à la fondation de l’Organisation Nations Unies qui devrait plutôt se nommer Organisations des États Unis (mais le terme était déjà pris). L’ONU en comprend, aujourd’hui, près de 200 et cette multiplication devrait continuer en application du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. De nombreux peuples ont obtenu, souvent avec l’appui de la gauche, la reconnaissance de leur État, de leur État nation, d’autres espèrent y parvenir un jour, y compris en Europe.


A côté des États nations, certains États fédéraux font preuve de stabilité comme la Suisse - 26 cantons, 4 langues officielles – ou l’Inde - 29 États, 23 langues… Dautres États, parfois anciens, semblent avoir des difficultés à perdurer en l’état mais ce n’est pas pour disparaître, simplement, dans le néant... Ils risquent d’être démembrés pour donner naissance à d’autres États nations. Ainsi, l’Espagne, agitée par des volontés séparatistes voulant devenir de nouveaux États nations : Catalogne, Euskadi. Au Royaume-Uni, l’Écosse a échoué de peu au dernier référendum et relance la question à l’occasion du Brexit. La Belgique est en proie à des tentations séparatistes...
Dans le monde, existent de nombreux peuples sans État…


L’État nation est une construction… encore en expansion numérique, d’une certaine façon, on pourrait dire qu’il y a, à ce jour, une tendance à la mondialisation de l’État nation. Même si, à l’avenir, la mondialisation peut le mettre en cause au moins dans sa forme actuelle.


Les constructions historiques supranationales comme l’Union soviétique, la Yougoslavie, la Fédération du Mali, la République arabe unie… ont eu une existence relativement éphémère. Aujourd’hui, l’Union européenne, non aboutie, est mal en point. Avec le Brexit d’abord, avec la montée des nationalismes à l’intérieur de ses différentes composantes. Elle semble plus fragile que bien des États qui la composent… et dont certains lui doivent, en partie, leur existence ou leur renaissance.


Il fut un temps où certains opposaient nation et lutte des classes. Pour nombre de partisans de la lutte des classe, la nation n’existait pas ou était un moment éphémère à dépasser. Ce qui a joué dans le soutien à la patrie du socialisme contre les revendications nationales et dans le retard à reconnaître le moment historique des luttes de libération nationale : elles auraient dû attendre mais ont atteint leur but avant la révolution socialiste libératrice dans les métropoles qui devait leur ouvrir la voie


Plus habiles, ceux qui opposaient contradiction principale et contradiction secondaire, avec l’avantage de pouvoir changer suivant les circonstances. Les révolutionnaires ont essayé d’utiliser les luttes nationales pour déboucher sur le socialisme. Dans les faits, c’est plutôt le nationalisme qui a profité de l’aide des pays et des militants souvent communistes qui l’ont quelquefois payé cher. Les pays sont devenus indépendants, ils sont souvent passé, au moins verbalement, par une période socialiste mais les conditions sociales des couches les plus exploitées ont peu évolué.
L
a domination étrangère, coloniale, a été remplacée par des dominants nationaux souvent soutenus de l’extérieur.

Dans les nouveaux États nations comme dans les anciens, les rapports sociaux, dominants-dominés, sont peu différents. Qu’on l’appelle domination de classe, opposition compétents-exécutants, élites-masses populaires..., la division de la société entre ceux d’en haut et ceux d’en bas demeure.


Ce rapport de domination existe aussi au niveau international : La Lutte des classes existe, nous l’avons gagnée, énonce Warren Buffett, troisième homme le plus riche du monde. En effet, il existe, malheureusement, une internationale des capitaux, des dominants, Davos peut en être le symbole.
Il n’existe pas une internationale des dominés qui soit capable de faire face. Mais des structures internationales cache-misère et des initiatives qui ont peine à déboucher malgré quelques succès ponctuels.


Il en est de même au niveau européen. Les institutions européennes sont aux mains des forces dominantes et de leurs groupes de pression organisés, structurellement. Il n’existe pas de véritable parti ou syndicat européens – la Confédération européenne des syndicats est inaudible. Dans l’Union européenne, les contestations, nombreuses, sont surtout organisées au niveau national et, de plus en plus, avec une connotation nationaliste.
La naissance et le développement de Syriza a pu susciter quelques rencontres d’espoir et quelques manifestations de soutien. Au moment de l’épreuve de force, face à l’étouffement organisé par la troïka, le mouvement populaire est resté étrangement insuffisant à l’échelle européenne.


L’organisation européenne des droites nationalistes serait-elle plus avancée - réunion de Coblence - que celle des syndicats ou des partis de gauche, internationalistes ?


L’État nation est le seul lieu où s’exerce une démocratie incomplète, discutable, locale, régionale, nationale. Les démocraties populaires n’ont pas fait leur preuve. Pour le moment, il n’est rien de mieux que cette démocratie incertaine même si elle est fortement biaisée par des inégalités croissantes aux niveaux économique, social, culturel... La règle est une personne, une voix mais le poids des personnes ne se résume pas au bulletin de vote. Certains n’ont pas besoin de voter pour peser sur les décisions grâce aux moyens matériels et immatériels dont ils disposent… Renforcé par l’organisation institutionnelle de l’Union européenne, structure de démocratie indirecte, voulue par les gouvernements des États membres...


La nation est un lieu d’homogénéisation culturelle, linguistique (homogénéisation de la langue nationale, parfois contre d’autres langues), nationalisation de la société. Cette homogénéisation peut rencontrer des difficultés avec des populations nouvellement arrivées, être en conflit avec des entités locales, régionales – qui revendiquent leur droit à l‘existence culturelle ou même étatique au nom du principe des nationalités. Elle peut être menacée par des tendances supranationales, Europe, mondialisation. Mais cette homogénéisation permet d’assurer le vivre ensemble dans une société relativement pacifiée et un fonctionnement institutionnel dans le respect de certaines règles.


C’est aussi le lieu le plus important de solidarité institutionnelle. Certes la solidarité familiale n’est pas négligeable. Mais la solidarité institutionnelle est essentiellement nationale, solidarité entre communes, départements, régions, même si, à ce niveau, l’Union européenne joue un certain rôle. Solidarité nationale surtout entre individus et générations, solidarité de plus en plus attaquée par la mise en question de tout le système de protection sociale : sécurité sociale, allocations diverses, retraites, chômage… Par sa privatisation, par l’internationalisation de la finance et des assurances et au niveau idéologique.


En France, pour l’Insee, la part des dépenses socialisées dans la consommation des ménages s’élevait à 25 % en 2015. Beaucoup plus dans des secteurs essentiels, aux trois quarts pour les dépenses liées à la santé et lenseignement est financé à 90 % par l’État…


Cette homogénéisation de la nation peut, aussi, être dangereuse si elle est dévoyée dans sa forme nationaliste ce qui a malheureusement souvent été le cas. Quand elle s’éloigne de la légitime satisfaction d’être à la prétention d’être supérieure à toutes les autres : ce qui a été porté à son paroxysme par le nazisme sur le plan intérieur et sur le plan extérieur. Ou quand ce nationalisme a détourné un universalisme proclamé pour exporter la civilisation et la construction d’un empire colonial hier ou promouvoir, aujourd’hui, une politique d’exclusion à l’intérieur : liberté, égalité, fraternité confinées à une partie de la population. Qui divise les couches sociales les plus défavorisées et les entraîne dans des affrontements fratricides.


Faute de proposer un avenir solidaire à tous, l’extrême droite divise en offrant à ceux qui souffrent un exutoire illusoire mais qui assure la poursuite de son développement. Pour paraphraser un ancien président de États-Unis si, faute d’ennemi extérieur vous pouvez convaincre l’homme blanc... qu’il vaut mieux que l’homme de couleur le plus talentueux, de grands espoirs vous sont permis.


La nation a eu de multiples définitions mais c’est, probablement, le sentiment d’appartenance qui la définit le mieux. Or le sentiment d'appartenance à la nation française s'affirme régulièrement au fil des générations, y compris chez les enfants de l’immigration - 93 % d’entre eux se sentent Français d’après l’Insee (Figaro 08/01/16). Mais si la solidarité nationale se délite, elle risque d’être remplacée par d’autres solidarités dangereuses pour l’avenir.
La glorification dangereuse de l'État nation et l'appâtage des minorités qui va avec, libèrent une énergie antidémocratique.

La nation dans tous ces États

Lors de la Conférence de Paris sur le climat, 195 États ont pris, à l’unanimité, des décisions pour faire face au réchauffement climatique. Devant le risque que court l’espèce humaine dans sa survie sur la planète, pour la première fois, ils n’ont pas regardé ailleurs, même si ces décisions peuvent paraître insuffisantes et encore plus leur suivi qui risque fort de ne pas être à la hauteur.


La forme État nation étant la construction historique, pour le moment, la plus répandue, il reste à dire quelle place, quel rôle on veut lui attribuer dans la situation actuelle. Si l’on considère que la question fondamentale aujourd’hui est le dérèglement climatique, l’organisation de la vie de 10 milliards de personnes dans un espace planétaire limitée, avec des ressources limitées dont l’exploitation peut être catastrophique, ce n’est pas un État aussi puissant soit-il ou quelques États qui pourront apporter une réponse efficace.


Cette question ne peut être résolue à l’échelle nationale. Une solution au niveau international, mondial est, évidemment nécessaire.


Dans cette optique, les États nations ont, encore, un rôle fondamental à jouer. Dans le cadre d’institutions telles que l’Organisation des nations unies qui pourrait organiser une réponse cohérente, mondiale dans le respect d’une mondialisation des États-nations, de leurs particularismes qui n’entacheraient pas la poursuite du but commun et qui font le sel de la vie.
A défaut, il est à craindre que particularismes nationaux et démocratie soient peu ménagés par une dérive autoritaire généralisée au nom d’une efficacité nécessaire pour la survie.


Le non respect de la démocratie et de la diversité risque d’entraîner des coûts en vies humaines, déplacements de populations, affrontements, qui viendraient s’ajouter à ceux d’un dérèglement climatique qu’il serait encore plus difficile de juguler.

La nation dans tous ces États
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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 11:11

Laïcité, ensemble

 

 

Laïcité, ensemble

La laïcité, délaissée depuis longtemps par la gauche, a été reprise par ceux qui la combattaient, la droite et l’extrême droite, pour en faire une arme d’exclusion, contre les musulmans.

Article 2 de la Constitution de 1958 : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances…

Sans être juridiquement définie, la laïcité repose sur quelques principes : liberté de conscience, liberté de croire ou non, d’avoir une religion ou non, séparation du pouvoir spirituel et temporel, des Églises et de l’État, refus de la domination de la religion sur la société, neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses.

Le mot laïc est apparu au Moyen Âge pour désigner l'homme du commun non instruit dans la religion, ni clerc, ni religieux. Mais l'idée de laïcité a des sources lointaines, chez les philosophes grecs et romains et même chez Averroès, Ibn Roched, philosophe et théologien musulman du douzième siècle. Certains considèrent qu’elle peut être déduite de l’Évangile selon Marc 12:17 : Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
A Rome, les empereurs étant considérés comme des dieux, les chrétiens reconnaissaient son pouvoir temporel et non son pouvoir religieux, forme de laïcité qui leur a valu quelques persécutions jusqu’à la conversion de l’empereur ce qui a renversé la situation.

La laïcité n’est pas une invention, une exclusivité françaises, même s’il est souvent dit que cette notion est intraduisible dans de nombreuses langues. Elle a pris, ailleurs, d’autres formes. Mais elle a été et demeure, en France, l’objet d’un long combat… contre la domination de l’Église catholique sur l’État et la société.
Le débat actuel sur la laïcité ne peut s’abstraire de cette histoire et se résumer à la séparation des Églises et de l’État et au statut scolaire qui ont été plus ou moins stabilisés en fonction du rapport des forces à un moment donné. Et qui peut, à tout moment, être modifié, brutalement ou à la marge, en fonction de nouvelles situations. L’Histoire ne s’arrête pas à la fin du dix-neuvième, début du vingtième siècle.

 

Laïcité, ensemble

En France, comme dans bien des pays européens, pendant des siècles, l’Église a exigé la soumission à l’autorité divine. A sa propre autorité. Les rois étaient de droit divin, représentants de Dieu sur terre, leur pouvoir venait de l’Église ou, au moins, était consacré par elle… Cette alliance du trône et de l’autel est bien illustrée par le sacre des rois de France dans la cathédrale de Reims du huitième au dix-neuvième siècle : trente-trois rois en un peu plus de 1000 ans. Leur autorité était liée. Même si ce n’était pas toujours sans conflit.

Napoléon mit les choses au point pour son sacre qui eut lieu à Notre-Dame de Paris, en 1804. Il se couronnerait lui-même et... le pape donnerait seulement sa bénédiction… Après s'être couronné lui-même, Napoléon couronna Joséphine... Le pape durant toute la cérémonie eut toujours un peu l'air d'une victime résignée, mais résignée noblement.

Laïcité, ensemble

Pour la période moderne, c’est au dix-huitième siècle qu’est fortement contestée, notamment par d’Alembert, l'abus de l'autorité spirituelle réunie à la temporelle. Et, si les mots laïcité, laïciser..., sont des mots de la Troisième République, les choses sérieuses ont commencé bien avant et sont devenues très concrètes avec la Révolution de 1789. Décapiter le Roi n’était pas un simple meurtre familial, comme il y en avait eu ici ou là, mais la suppression d’un roi de droit divin, non remplacé, et du pouvoir de l’Église catholique, par la même occasion. Remplacement de la loi divine par la loi des hommes.

D’autres décisions, moins sanglantes mais tout aussi traumatisantes, allaient dans le même sens : déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, abolition des privilèges (1789), proclamation de la liberté de culte, mariage comme contrat civil (1791), laïcisation de l’État civil - alors que, depuis le seizième siècle, baptêmes, mariages et décès étaient inscrits sur les registres paroissiaux - autorisation du divorce dans certaines conditions (1792), calendrier républicain (1793, aboli en 1806 par Napoléon)...
Cela ne s’est pas fait sans résistance de la part de l’Église. Durant l’été 1793, deux lois sont adoptées contre les prêtres qui s’opposeraient à l’état civil et à la loi sur le divorce que l’Église condamne. En 1801, une loi interdit aux prêtres de célébrer le mariage religieux avant le mariage civil...

Après des péripéties diverses, c’est sous la Troisième République que la laïcité reprend sa progression : suppression du repos dominical obligatoire (1879), sécularisation des cimetières (1881), loi Jules Ferry sur l’instruction publique obligatoire (1882), suppression des prières publiques parlementaires (1884), académiques (1875-1886), judiciaires (1883-1900), loi de séparation des Églises et de l’État (1905) : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes… ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte... sauf pour des dépenses relatives à des exercices d’aumônerie.
En 1905, l’Alsace-Moselle était sous autorité allemande. De ce fait, c’est toujours le concordat de 1801 qui s’y applique, à la demande des élus alsaciens, lors du rattachement à la France en 1919.


 

Laïcité, ensemble

La laïcité a été condamnée à maintes occasions par Rome (1832, 1864, 1906, 1925, 1926). Et cet équilibre, si vanté aujourd’hui par certains, est mis en question dès que les circonstances s’y prêtent.
Pendant le régime de Vichy, le cardinal Gerlier, primat des Gaules déclare : Travail, Famille, Patrie, ces trois mots sont les nôtres. La loi du 5 juillet 1904 qui interdisait aux religieux d'enseigner dans le public, est abrogée en septembre 1940 et l'enseignement privé confessionnel reçoit des subventions de l'État (400 millions de francs en 1941).

Les circonstances changent. Après 1945, la position de l’Église sur la laïcité évolue : parce qu'on ne peut demander aux Français ce qu'on exige des Espagnols » (Pie XII). Les évêques, discrédités pour une bonne part d'entre eux - pas tous, le cardinal Saliège est connu pour ses prises de position courageuses pendant l’occupation – par leur soutien au régime de Vichy ou par leur passivité, admettent le principe d'une juste laïcité.

Depuis la Libération, cette juste laïcité a été retouchée à plusieurs reprises : alors que la France se sécularise, l'aide aux écoles religieuses, les subventions déguisées aux lieux de culte et de culture augmentent. La droite n’a cessé de légiférer contre la laïcité pour renforcer l’école privée, catholique essentiellement : décret Poinso-Chapuis (1948), lois Marie (1951), Barangé (1951), Debré (1959), Guermeur (1977). Législation jamais remise en cause…
En 2004, l’extrême droite et la droite découvrent et reprennent à leur compte la laïcité pour faire adopter, à une forte majorité, la loi qui interdit le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse : en fait, le port du voile par de jeunes musulmanes à l’école. Elle sera suivie, en 2010, par la loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.

La gauche s’est alors divisée entre ceux qui ont approuvé cette loi, pour qui c’était une loi en faveur de la laïcité à l’école, même si elle était présentée par la droite.
Et ceux qui voyaient là essentiellement une loi contre les musulmans, un ersatz de racisme. Parce qu’ils avaient abandonné le combat laïque et n’osaient pas le rependre contre l’islam sur les pas de la droite. Parce qu’ils avaient été incapables de mener à bien la décolonisation. Par paternalisme, faute d’avoir su faire l’unité des travailleurs exploités, de ceux qui croient au ciel et de ceux qui n’y croient pas. Par solidarité avec une partie de la population une fois de plus stigmatisée.

La lutte pour ou contre la laïcité ne se limite pas au vote d’une loi. Elle se continue avec des déclarations comme celles de Nicolas Sarkozy, président de la République, donnant sa version d’une laïcité ouverte et positive en affirmant que dans la transmission des valeurs […] l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. Suivi récemment par son ancien collaborateur qui a utilisé sa foi chrétienne pour authentifier une fibre sociale publiquement discutée – faut-il et suffit-il d’être chrétien pour être social de façon insoupçonnable ? - et, par la même occasion, faire un appel communautariste à l’électorat catholique.

Entendons-nous bien. Un citoyen a le droit, peut-être aussi le devoir, de militer en fonction de ses croyances. François Fillon comme tout autre. Il est plus contestable de suggérer qu’à défaut de foi, il serait difficile d’être social. Il est tout autant discutable de faire campagne en avançant sa foi chrétienne, si on s’oppose à ce que d’autres le fassent en fonction d’une foi différente.
Une telle démarche préfigure une organisation de la vie politique, en fonction des appartenances religieuses et met en question non seulement la laïcité mais aussi le
vivre ensemble. Surtout au moment où Fr. Fillon semble s’aligner sur les positions les plus rétrogrades d’une partie des catholiques français réunis dans la Manifestation pour tous ou Sens commun.

Il faut remarquer une différence fondamentale entre manifester pour le droit à… et manifester contre le droit à… Dans le droit à l’avortement ou au suicide assisté, il ne s’agit en rien d’obliger qui que ce soit à faire quoi que ce soit. Seulement une liberté nouvelle adoptée majoritairement. Ceux, celles qui ne veulent pas utiliser la possibilité ouverte par la loi, n’ont aucune contrainte. Leur liberté est et doit être totalement respectée.
Être contre le droit à…, c’est vouloir limiter la liberté d’autrui. Pourquoi veulent-ils limiter la liberté de ceux qui ne pensent pas comme eux et qui ne leur font aucun tort ?
Tout simplement parce qu’ils veulent mettre la loi divine – leur loi divine, proclamée et interprétée par eux – au dessus de la loi des hommes, démocratiquement adoptée.

La laïcité, c’est aussi cela. Ouvrir au maximum la liberté de chacun tant qu’elle n’empiète pas sur la liberté des autres.

 

François Fillon a déclaré Je suis gaulliste et de surcroît, je suis chrétien. On voit mal de Gaulle, tout aussi gaulliste et chrétien, qui allait à la messe tous les dimanches sans que quiconque y trouvât à redire, faire une telle déclaration ! Des personnalités chrétiennes et/ou de droite se sont étonnés d’une telle déclaration.
Ainsi, le député Les Républicains, Henri Guaino : Répondre à une question sur sa foi et ne pas avoir honte de répondre est une chose, mais en faire un argument électoral me pose un vrai problème.
François Bayrou, connu comme catholique et démocrate chrétien : Je connais François Fillon depuis longtemps, je ne l'ai jamais vu faire de déclaration de cet ordre. Ça doit être lié aux élections d'une manière ou d'une autre, à ce qu'on croit être un corps électoral, et je me refuse à regarder les croyants comme un corps électoral, les athées comme un corps électoral, les agnostiques comme un corps électoral, je ne comprends pas qu'on se laisse aller à ce type de dérive-là, je trouve qu'il faut mettre un terme à ces mélanges déplacés (...) On a l'impression qu'on en est à un point, en raison d'un certain nombre de dérives, où on considère que tout doit être l'objet d'une instrumentalisation politique.

 

Laïcité, ensemble

Dans la situation actuelle, il est difficile de parler de laïcité sans avoir une immédiate montée aux extrêmes quelquefois à front renversé.

D’un coté, il y a ceux qui veulent voir dans la laïcité un rempart contre l’islam au nom de la lutte contre l’islamisme, le djihadisme, le terrorisme islamique. Ceux qui veulent profiter du moment pour défendre la France éternelle, fille aînée de l’Église, l’occident chrétien et même l’occident judéo-chrétien depuis peu. Après la Shoah et près de 2000 ans d’antisémitisme chrétien. S’ajoutent à ceux-ci, les réalistes de gauche qui courent après la droite pour combattre l’extrême droite sur son terrain : sécurité et laïcité.

De l’autre ceux qui espèrent un retour du religieux. Qui, récemment ou depuis toujours, veulent des accommodements raisonnables de la laïcité, toujours plus raisonnables, toujours dans le même sens. Qui utilisent toutes les occasions de revenir en arrière, comme les différentes lois en faveur de l’école privée.
Il en est qui acceptent, difficilement, la moindre visibilité de la religion catholique dans l’espace public et qui s’engagent derrière la visibilité revendiquée par les musulmans pour ouvrir une nouvelle visibilité religieuse.

Pourtant, ce ne sont pas les laïques qui ont obligé les prêtres ou les religieuses à quitter leur uniforme. Le droit à s’habiller à leur convenance leur a été reconnu devant les tribunaux au début du vingtième siècle.
Certains milieux catholiques se sentent en porte-à-faux face à ces musulmans ou musulmanes qui s’affirment comme tels dans la rue. Ils espèrent un retour à une grande visibilité quand d’autres religions qui n’ont pas le même contentieux historique la revendiquent.

Cette sécularisation catholique de la rue – la disparition des soutanes – a probablement joué dans la perception du voile islamique des femmes musulmanes.

On a beau dire que l’islam est présent en France depuis de nombreuses années, il n’a pas participé à l’histoire de la laïcité comme les laïques et les catholiques ou même comme les protestants et les juifs. Il a pu être présent dans les interstices de la société. Et, hélas !, dans l’histoire coloniale de la France.
C’est l’augmentation significative des musulmans en France qui justifie la demande que l’islam soit considéré comme une religion de France comme les autres.
Dans cette optique, il est normal que les musulmans posent certaines revendications qui plaisent ou non et que ces revendications soient discutées pour savoir ce que la société estime acceptable ou non. Il y a là des points de vue différents qui peuvent être gérés et résolus démocratiquement.


 

Laïcité, ensemble

Si les revendications des musulmans posent problème, c’est qu’elles n’apparaissent pas dans une atmosphère apaisée. Qu’elles sont instrumentalisées politiquement de tous les cotés pour transformer des questions qui, souvent, pourraient être résolues sereinement en affrontements plus ou moins énergiques. Qu’elles sont l’occasion pour certains, pas toujours du même coté, de prolonger, de recommencer la Guerre d’Algérie. De les utiliser comme nouvelle forme de racisme. De pousser plus loin les revendications pour exacerber les oppositions.

Ainsi, la loi interdit le port du voile, comme vêtement ostentatoire, au sein des établissements scolaires. Mais reconnaît que les adultes ont le droit de se vêtir librement à condition de ne point cacher le visage.
Ce point acquis, certains ont lancé le burkini, idée remarquable qui peut être considérée comme provocatrice mais qui ne contrevient à aucune loi, ni à celle de l’hygiène, ni à celle de la pudeur, ni à la liberté pour les adultes de se vêtir à leur convenance.
Cette tenue a conduit à l’adoption de quelques arrêtés municipaux dont un pris par une municipalité qui organise sur la commune une plage naturiste. Ces arrêtés contre le burkini ont été annulés juridiquement mais ont conduit à des querelles estivales qui ne vont pas dans le sens de l’apaisement. Et qui risquent de reprendre à la prochaine saison estivale.

D’autres querelles ont déjà été soulevées qui pourraient être réglées si les interlocuteurs avaient le souci du compromis.

Désormais les repas sont souvent pris dans des cantines avec des possibilités de choix des plats. Il ne paraît pas insurmontable d’offrir la possibilité de présenter des repas sans porc ou des repas végétariens. Pendant des années les élèves et étudiants laïques ont été soumis au poisson du vendredi : l’affreux merlan du vendredi au restaurant universitaire !

 

Les tenants de la laïcité, les anciens et les nouveaux, devraient s’étonner qu’en France sur les 11 jours fériés annuels, 6 concernent des fêtes religieuses catholiques – lundis de Pâques et de Pentecôte (?), Ascension, Assomption, Toussaint, Noël (aux États-Unis et en Russie, Noël est la seule fête religieuse). Lors de l’élection présidentielle de 1981, la candidate du PSU, Huguette Bouchardeau, avait proposé que 6 jours mobiles soient mis à la disposition du travailleur qui pourrait les répartir à sa convenance, avec l’accord de l’employeur. C’était un façon laïque de respecter le libre choix des travailleurs en fonction de leurs convictions. Probablement trop simple, trop laïque… En tout cas, pas entendu en 1981, passé inaperçu.
Une telle mesure qui établirait simplement une égalité de traitement de tous, quelle que soit la religion ou l’absence de religion, ne bouleverserait pas grand-chose. Serait le signe d’une volonté d’apaisement. Mais cette proposition serait-elle acceptée sans nouvelles querelles ?

Accepter ou proposer des réformes ne veut pas dire accepter toutes les revendications. La Commission Stasi avait relevé des propositions qu’elle considérait comme acceptables ou non. Malheureusement, le gouvernement, les gouvernements, les politiques ont jugé la question résolue avec le vote de la loi sur le voile. Le reste a été envoyé aux oubliettes. La Commission avait joué son rôle. Et les questions, les solutions remises à plus tard à l’occasion d’une nouvelle montée de fièvre.

Il n’est pas possible de parler, en France, de laïcité vis à vis de l’islam comme cela s’est posé vis à vis de l’Église catholique. L’islam dans le monde est tout aussi opposé à la laïcité que l’était le catholicisme. Mais sa force, en France, n’est pas la même. Il n’en demeure pas moins que certaines revendications avancées par certains musulmans en France sont difficilement admissibles. La condamnation du blasphème ou de l’apostasie est un problème interne à l’islam tant qu’elle ne se traduit pas par des actes contraires à la loi. Le statut de la femme ne concerne pas seulement les musulmanes et le port du voile. Certains comportements – refus de serrer la main, refus d’être soigné par une personne d’un autre sexe - n’enfreignent en rien les lois sur la séparation des Églises et de l’État ou la laïcité de l’école encore que ce soit différent quand il s’agit du refus de reconnaître la supériorité hiérarchique d’une femme, enseignante par exemple, refus de certains cours, de la mixité… Elles n’en demeurent pas moins inacceptables.

Dans cette bataille autour de la laïcité, il est étonnant de voir que certains qui sont en pointe pour revendiquer une laïcité appliquée, quelquefois de façon abusive, aux musulmans de France, sont alliés avec les autorités de pays qui imposent à leur peuple les contraintes religieuses les plus strictes. Il est vrai que ces pays ont des ressources qui leur permettent d’acheter des armes, de faire des investissements et même de financer les tendances les plus intégristes de l’islam.

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 20:08
Étendre le dialogue

Dans trois mois, élection présidentielle : politiques, observateurs, commentateurs discutent du tiercé gagnant. Pourtant facile à prévoir.
Le premier parti de France sera celui des non participants, non inscrits et abstentionnistes, suivi de celui des contestataires et, en dernière position, celui des partis de gouvernement qui se disputeront les restes. Même si, comme lors des élections précédentes, le nombre d’inscriptions de dernière minute a été important, même si la participation est toujours plus forte lors des élections présidentielles.
Se fiant aux sondages, pourtant malmenés ces derniers temps, la sphère médiatique spécule sur le candidat qui, ayant obtenu le plus fort reste, sera face à Marine Le Pen, avec de fortes probabilités d’arriver à la présidence de la République.

La faiblesse chronique de la participation ne chagrine guère politiques et journalistes. Seule question soulevée : qui bénéficiera de la plus ou moins grande participation ?
Pourtant le taux de participation devrait être la principale préoccupation de tous les démocrates. Une faible participation traduit un rejet, un dégoût des politiques ou, au moins, un sentiment de l’inutilité du choix, une indifférence à tout projet commun. Une négation de la démocratie.

A la vue des élections à l’étranger, aux États-Unis et dans plusieurs Länder en Allemagne, des référendums, au Royaume-Uni, le Brexit et, en Italie, l’échec de Mateo Renzi, il est permis de penser que la majorité des peuples des démocraties occidentales désapprouvent, plus ou moins largement, les politiques suivies ou proposées par les partis de gouvernement.
La plupart des gouvernements démocratiques tiennent leur pouvoir d’une minorité de la population de leur pays. Cela devrait les amener à en gommer les aspérités les plus blessantes. Au lieu de quoi, ils semblent s’aligner les uns sur les autres pour aller chaque jour plus loin.
Ils poussent les citoyens à s’enfermer davantage dans un isolement, individuel ou collectif, aux sombres perspectives. Dans un ressentiment qui risque, un jour, d’être explosif.

Pourtant face à ces gouvernements, à ces politiques, la société civile n’est pas sans réactions. La France a connu d’importantes manifestations de masse, répétées, pour exprimer le rejet de la loi travail, rejet confirmé par le Parlement qui a conduit le gouvernement a utiliser l’article 49-3 pour la faire adopter.
Il fut un temps où le gouvernement tenait compte de l’importance des manifestations, de l’opinion du parlement et retirait ou modifiait en conséquence son projet de loi pour obtenir un relatif consensus.
Il n’en est plus de même sous la direction du
faible président de la République et de son gouvernement. Qu’en sera-t-il demain avec son successeur ?

A coté des manifestations traditionnelles, de multiples initiatives prenant des formes diverses s’efforcent de contester les politiques suivies, considérées comme illégitimes. Depuis Nuit debout jusqu’à des actions de désobéissance civile, heureusement non violentes. Ces actions, sans entraîner de larges masses, trouvent des appuis dans une partie significative de la population et, bien que formellement illégales, un commencement de légitimité devant certains tribunaux.

Récemment, lors du procès intenté par BNP Paribas, Jon Palais était jugé pour le vol de 14 chaises, à visage découvert, dans une agence parisienne de la banque, en octobre 2015. Devant le concept de réquisition citoyenne de chaises contre l’évasion fiscale - rendez les milliards, nous rendrons les chaises ! - invoqué par Jon Palais, le procureur a confirmé la légitimité de ces actions en demandant la relaxe alors que BNP Paribas, non représentée au procès, demandait 1 € de dommages et intérêts. Le verdict sera rendu le 23 janvier prochain.

A Nice, Pierre Alain Mannoni était poursuivi pour avoir transporté, dans sa voiture, trois Érythréennes. C’est à dire pour avoir favorisé l’aide à l’entrée et au séjour sur le territoire national d’étrangers en situation irrégulière. Il a été relaxé par le tribunal correctionnel des Alpes Maritimes qui considère qu’il n’avait fait que préserver la dignité de ces personnes. Le parquet a fait appel (1) une dizaine de procès sont prévus à Nice dans les 3 mois qui viennent).

Devant le grand froid annoncé, une réquisition de salles de l’Hôtel Dieu à Paris a été organisée par le DAL (Droit au logement) pour mettre à l’abri des personnes sans logement et une aile de l’hôpital leur a été attribuée. Ce dont le DAL se félicite qui rappelle que des milliers de m2 sont toujours vacants à l’Hôtel Dieu, dans les locaux de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris et dans les hôpitaux en général, tandis que le nombre de sans abris ne cesse d’augmenter.
A Toulouse, le DAL local a annoncé la réquisition du pavillon de dermatologie de l’hôpital de La Grave, avec des sans toit, et invite à apporter des matelas, couvertures, matériel de cuisine, nourriture…

 

Étendre le dialogue

Si des actions de désobéissance civile, non violente, sont conduites dans plusieurs domaines – résistance à l’agression publicitaire, lutte contre les grands projets inutiles et imposés, réquisitions de logement vacants - c’est dans le domaine de l’accueil des étrangers en situation irrégulière que les actions de solidarité, légales ou non, sont le plus fréquentes depuis le réseau éducation sans frontière, la défense des mineurs étrangers isolés, l’aide à ceux de Calais, aux réfugiés voulant passer la frontière italienne...
On assiste depuis plusieurs mois à la recrudescence de cas où la solidarité est légalement organisée par des citoyens regroupés en comités d’accueil pour réfugiés délocalisés qui se forment malgré l’opposition de certains politiques et même d’élus.
Une centaine d’organisations associatives ou syndicales, locales ou nationales, ont publié un manifeste pour préserver le droit de regard, le droit de critique, le droit de s’opposer à des politiques qu’on désapprouve, le droit de se conduire autrement qu’en agent de politiques de fermeture : le droit d’agir en toute humanité (2 L’Humanité 12/01/17).

C’est un phénomène identique à celui observé en Allemagne au moment où de nombreux réfugiés arrivaient mais, là-bas, avec le soutien d’Angela Merkel, alors qu’ici le chef du gouvernement, laïque, et le prétendant, chrétien, à la présidence de la République font un concours à celui qui rejettera le plus de demandeurs d’asile.

Reste que ces manifestations, ces comités, ces collectifs, ces organisations qui montrent la voie, qui s’engagent réellement, personnellement, sont encore minoritaires dans la population comme le gouvernement avec la loi travail, et que leur volonté, leur courage n’a pas l’efficacité du 49.3 pour modifier la loi ou la pratique générale. Qu’ils n’ont pas trouvé la forme politique, la voix, les voix pour toucher la majeure partie de la population. Pour faire comprendre que la solidarité n’est pas la charité, que la mobilisation pour les uns et les autres, aujourd’hui les réfugiés ou les sans abri, est le chemin vers une solidarité plus grande et pour entraîner tous ceux qui s’enferment aujourd’hui et qui sont, peut-être, déjà victimes de certaines exclusions ou qui les craignent, demain.

Le succès de leurs engagements n’est possible que s’ils s’adressent au cœur de tous les Français et s’ils savent les mobiliser, au moment des élections - on aimerait entendre des voix de candidats qui rejettent les rejets - ou hors élection. S’ils arrivent à convaincre, largement au-delà des sphères politiques, militantes, humanitaires que la vie des gens, ici ou ailleurs, est plus importante qu’un pourcentage. Que l’accueil peut même être, comme on est en train de s’en apercevoir en Allemagne, un facteur positif au point de vue économique (3 Le Monde 13/01/17). Certes dans des circonstances différentes.

Pour cela, il faut inventer un nouveau langage, sortir de l’entre soi militant, pour prendre en compte la situation difficile dans laquelle bien des Français sont enfermés. Pour montrer que cette situation n’est le fruit ni des réfugiés, ni des sans abri, ni des sans papier, ni de la fatalité mais d’une politique nationale et internationale qui organise la montée des inégalités, la lutte de tous contre tous, la division de ceux qui ont intérêt à lutter ensemble contre les politiques austéritaires.

Ce sont les mêmes forces qui organisent les interventions extérieures, économiques et financières qui appauvrissent les populations ! Et militaires pour défendre les intérêts de qui ? Avec pour conséquence des millions de malheureux qui fuient misère et conflits. Tandis qu’ici, les mêmes forces politiques, économiques et financières rognent les dépenses publiques entraînant la diminution et la qualité des services publics dans tous les domaines santé, école, justice, sécurité publique, logements sociaux…

Étendre le dialogue

1 - Une dizaine de procès sont prévus à Nice dans les 3 mois qui viennent.

2 - L’Humanité 12/01/17

3 - Le Monde 13/01/17

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